Un lecteur du site ApologeticaCatolica.org a envoyé la consultation suivante :

« Un ami protestant m’a envoyé un article qui donne plusieurs arguments bibliques contraires au dogme de l’Immaculée Conception. On y affirme que Marie avait le péché et qu’elle-même le reconnaissait. Je vous envoie maintenant les passages qui m’ont troublé afin que vous me donniez votre avis à ce sujet, ce dont je vous remercie d’avance. »

Réponse :

Cher Manuel, je vais analyser ci-dessous les arguments les plus pertinents de l’article que tu nous envoies.

1. La « bassesse » de Marie.

L’argument en question dit :

« Marie a reconnu simplement ce qu’elle était devant Dieu. Elle a reconnu sa « bassesse » et le besoin du Christ comme « son Sauveur ». Cette « bassesse » dont Marie nous parle dans le « Magnificat » n’était pas la manifestation d’une grande modestie de Marie, comme le prétend Rome. Si Marie avait réellement été sans péché et parfaite comme Jésus, elle n’aurait jamais parlé de sa « bassesse », car elle ne l’aurait pas eue ; cela aurait été purement et simplement de la fausse humilité, et cette dernière ne se serait jamais produite si Marie avait réellement été « conçue sans péché ». La véritable humilité consiste à reconnaître ce que l’on est, ainsi que ce que l’on n’est pas. »

Il importe de partir d’une traduction plus appropriée du texte du Magnificat auquel l’argument fait référence :

« parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante. Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse. »[1]

Le mot qu’emploie ici le texte grec est ταπείνωσις (tapeinōsis), qui peut être traduit par « humiliation », « état d’humilité », et qui se rapporte à la condition de la personne en tant qu’elle se reconnaît petite ou se fait petite.[2]

Nous devons tous reconnaître notre petitesse devant Dieu, mais cette petitesse n’implique en aucune manière un état de péché, mais bien la relation naturelle qui existe entre la créature et son Créateur. Les anges aussi s’humilient devant Dieu et n’ont pas de péché.

Beaucoup de bibles protestantes traduisent ici ce mot par « bassesse » (les différentes versions de la Reina-Valera), et bien que la traduction ne soit pas tout à fait incorrecte (une autre traduction possible du mot étant « condition basse »), elle ne me paraît pas ici la traduction la plus adéquate.

En Actes 8,33, le même mot ταπείνωσις est employé pour désigner la condition du Christ :

« … « Comme une brebis il a été conduit à la boucherie ; comme un agneau muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre pas la bouche. Dans son abaissement la justice lui a été déniée. Sa postérité, qui la racontera ? Car sa vie est retranchée de la terre. » »[3]

Dans ce texte, les bibles protestantes qui, dans le texte du Magnificat, traduisaient « bassesse » traduisent ici « humiliation ». Cette manière de traduire paraît tendancieuse, car si le mot se rapporte au Christ, elles mettent « humiliation », et s’il se rapporte à Marie, elles mettent « bassesse ».

Le mot ταπείνωσις (tapeinōsis) vient de ταπεινόω (tapeinoō), qui signifie « humble », et celui-ci provient à son tour de ταπεινός (tapeinos), terme que le Christ lui-même emploie pour se référer à lui-même lorsqu’il dit :

« Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. »[4]

Supposer que Marie était pécheresse parce qu’elle a parlé de son humiliation ou de son humilité, c’est comme affirmer que Jésus l’était aussi puisque l’Écriture emploie les mêmes mots pour parler de sa condition.

Dans le Magnificat, Marie parle de sa condition humble (d’autres exégètes interprètent cela comme une référence à l’humiliation que subissaient elle et son peuple), mais cela est bien loin de reconnaître une condition de péché.

Un autre exemple se trouve dans Jacques 1,10, où ταπείνωσις est également employé :

« Que le frère d’humble condition se glorifie de son exaltation, et le riche de son humiliation, car il passera comme fleur d’herbe. »[5]

Au verset 9, on emploie ταπεινός (tapeinos) pour refléter la condition humble des pauvres, tandis que le verset 10 emploie ταπείνωσις (tapeinōsis) pour désigner l’humiliation des riches. C’est là un autre exemple où l’on voit que ce mot se rapporte à la condition d’humilité ou d’humiliation de la personne, plutôt qu’à une condition de péché. S’il en était autrement, nous devrions comprendre que Jacques nous ordonne de nous glorifier dans notre condition de pécheurs ; or, le contexte y est clairement opposé.

2. Si Marie n’a pas commis de péché, cela signifie-t-il qu’elle n’avait pas besoin du Christ comme Sauveur ?

« Du fait que Marie soit bénie entre les femmes (Lc 1, 28), qu’elle soit un exemple d’obéissance et de fidélité à Dieu, cela signifie-t-il que Marie était parfaite, qu’elle n’avait pas de péché et que, par conséquent, elle n’avait pas besoin du salut que Jésus allait apporter au monde par son sacrifice sur la croix ? Non. Marie, comme tous les hommes, ne pouvait pas se sauver elle-même, ni par ses œuvres, ni par sa propre justice ni par sa sainteté, car, tout comme les autres, elle était humaine et donc descendante d’Adam et Ève. La Bible dit clairement que Marie se voyait dans le besoin du salut que seul Dieu peut donner par Sa grâce ; et il le donne par les seuls et suffisants mérites du Christ Jésus. Marie s’exclama lorsqu’elle alla visiter Élisabeth : « … Mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a porté son regard sur la bassesse de sa servante… » (Luc 1, 47-48). »

« … Comme le dit Miguel Ángel Tiscar, ancien prêtre catholique-romain, « Elle dit, et nous ne pouvons pas dire que Marie est trompeuse ni menteuse. Elle dit : en Dieu mon Sauveur, donc elle a été sauvée ! ». Si elle a été sauvée, c’est qu’auparavant elle était perdue, n’est-ce pas ?, puisque l’on est sauvé de la perdition ou de la condamnation que l’on mérite en justice (Rm 3, 23). »

Pour répondre à cette objection, nous devons clarifier ce qu’est véritablement la foi catholique au sujet de l’Immaculée Conception.

À la phrase « Marie, comme tous les hommes, ne pouvait pas se sauver elle-même, ni par ses œuvres, ni par sa propre justice ni par sa sainteté, car, tout comme les autres, elle était humaine », nous répondons que nous sommes d’accord. À la phrase « Marie se voyait dans le besoin du salut que seul Dieu peut donner par Sa grâce ; et il le donne par les seuls et suffisants mérites du Christ Jésus », nous disons que cela est à 100 % la doctrine catholique.

Nous croyons que Marie a eu besoin du salut du Christ, et la difficulté de comprendre comment elle a été sauvée par les mérites du Christ sans avoir été conçue dans le péché n’est pas nouvelle. Des théologiens comme saint Jean Chrysostome ou saint Thomas d’Aquin ont présenté leurs objections à ce sujet. Frère Nelson Medina l’explique :

« L’objection cesse dès que nous découvrons que précisément ce que nous célébrons est la manière singulière dont le salut de Dieu s’est rendu pour la première fois présent dans la vie de Marie. Dieu sauve en relevant celui qui tombe, mais aussi en ne le laissant pas tomber. Ne pas tomber est une manière d’avoir été soutenu, une manière d’avoir été sauvé. Marie n’est pas celle qui n’a pas eu besoin du salut, mais celle qui a été sauvée d’une manière particulière, en raison de sa mission particulière… Être sauvé n’implique pas d’avoir péché ou d’avoir été sous le pouvoir du péché. »[6]

En voyant les choses de cette manière, on ne peut nier que nous, catholiques, croyons que Marie a bel et bien eu besoin d’être sauvée par le Christ, mais nous croyons qu’elle a été sauvée d’une manière particulière en raison de la mission unique et transcendante qu’elle aurait à accomplir : abriter en son sein pur et sans tache le Verbe de Dieu. Ce n’était pas là une mission quelconque ; ce ne serait pas une chair souillée par le péché et sous la domination de Satan que le Christ prendrait pour lui-même. Pour nous, l’Immaculée Conception de Marie redonde au bénéfice plutôt qu’au détriment de la dignité du Rédempteur.

Une fois cela compris, nous pouvons comprendre la faille de ce raisonnement de l’ex-prêtre lorsqu’il demande : « Elle dit, et nous ne pouvons pas dire que Marie est trompeuse ni menteuse. Elle dit : en Dieu mon Sauveur, donc elle a été sauvée ! Si elle a été sauvée, c’est qu’auparavant elle était perdue, n’est-ce pas ? »

Voici l’imprécision du raisonnement protestant, que l’on peut illustrer par un exemple simple : imaginons un piéton renversé par une voiture en traversant la rue. Quelqu’un vient, le secourt et le sauve. On peut bien dire qu’il l’a sauvé. Mais imaginons qu’il l’arrête avant qu’il ne traverse la rue. Il n’a jamais été renversé, mais il a tout de même été sauvé.

3. Mais la Bible dit que tous ont péché…

« La Bible dit que tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu (Romains 3, 23). Il semble que les catholiques romains ne se soient pas rendu compte que TOUS signifie TOUS, et cela inclut Marie. L’Apôtre Jean lui-même déclare en 1 Jean 1, 10 que si nous disons que nous n’avons pas péché, nous faisons de lui un menteur, et sa Parole n’est pas en nous. Avec la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, les catholiques romains ont fait de Dieu un menteur. »

Une erreur fréquente consiste à prendre un texte hors de son contexte et à partir de là pour en tirer des doctrines de façon hasardeuse. Nous, catholiques, connaissons ces textes, mais nous ne croyons pas que saint Paul ni saint Jean aient eu l’intention d’inclure le cas particulier de la Sainte Vierge Marie ni d’y faire référence, car il est question ici de la condition générale de l’être humain.

À ce propos, il convient de préciser que dans l’Écriture « tous » ne signifie pas toujours « absolument tous ». Si nous lisons bien Romains 3, 23, il y est dit aussi que TOUS ont été privés de la gloire de Dieu ; cependant, cela n’est pas vrai pour absolument tous, car Hénoch et Élie ne le furent pas. Nous en avons des témoignages dans l’Écriture elle-même :

« Hénok marcha avec Dieu, puis il disparut, car Dieu l’enleva. »[7]

« Or, comme ils marchaient en conversant, voici qu’un char de feu et des chevaux de feu se mirent entre eux deux, et Élie monta au ciel dans le tourbillon. »[8]

Mais comment pourrait-il y avoir ici une référence à absolument tous si Hénoch et Élie ont été enlevés au ciel ? Devrions-nous penser que saint Paul ne connaissait pas ces événements bibliques ? Ou bien serait-il plus cohérent de supposer qu’il ne faisait pas référence aux cas exceptionnels ?

Car de même que, dans ce cas, il ne le faisait pas lorsqu’il se référait au fait d’être privés de la gloire de Dieu, il n’y a pas lieu de supposer que, lorsque dans la même phrase il affirme que tous ont péché, il incluait spécifiquement le cas de Marie. Cela est fort hasardeux.

Un autre exemple où dans la Bible « tous » ne signifie pas « absolument tous » se trouve dans d’autres textes :

« Il y eut aux jours d’Hérode, roi de Judée, un prêtre du nom de Zacharie, de la classe d’Abia, et il avait pour femme une descendante d’Aaron, dont le nom était Élisabeth. Tous deux étaient justes devant Dieu, et ils suivaient, irréprochables, tous les commandements et observances du Seigneur. »[9]

En appliquant le même raisonnement protestant, nous devrions conclure que Zacharie et son épouse n’avaient pas de péché, car l’Écriture affirme qu’ils marchaient sans reproche dans tous les commandements et qu’ils étaient justes.

De la même manière, nous croyons que le texte de saint Jean ne prétend pas faire référence au cas particulier de la Vierge Marie, car il ne traite pas ce sujet, mais la condition naturelle de nous tous en tant que pécheurs. Une preuve en est que, à la différence de Romains 3, 23, il ne fait pas référence au péché originel, mais aux péchés commis (le péché originel est un péché « contracté » et non « commis » – nous l’avons contracté du fait d’être descendants d’Adam, mais nous ne l’avons pas commis nous-mêmes, c’est Adam qui l’a commis).

Remarquez que saint Jean dit : « Si nous disons que nous n’avons pas péché… ». Lorsqu’il parle d’« avoir » péché, il parle de péchés commis et non du péché originel. Or, les petits enfants n’ont pas commis de péchés personnels, de sorte que saint Jean ne parle pas non plus d’eux. Un petit enfant pourrait dire, en se référant aux péchés personnels que mentionne Jean, qu’il n’a pas péché, et il ne ferait pas pour autant de Dieu un menteur.

Si lorsque saint Jean dit cela il n’est pas en train de viser le cas particulier des enfants, pourquoi le viserait-il dans le cas particulier de Marie — celle qui devait porter en son sein et donner sa chair au Verbe de Dieu ?

De plus, le même Jean dit plus loin :

« Quiconque demeure en lui ne pèche pas. Quiconque pèche ne l’a vu ni connu. »[10]

Sur la base de ce texte, il serait hasardeux d’affirmer qu’il y eut un temps où Marie ne demeura pas en Lui, étant donné que l’ange la proclame « pleine de grâce » dans un état permanent, et même avant que l’Esprit Saint n’accomplît en elle l’œuvre de l’Incarnation. Sur ce, nous pouvons passer à l’argument suivant.

4. Que signifie appeler Marie « pleine de grâce »

« L’autre texte biblique sur lequel Rome s’appuie pour son dogme marial est Luc 1, 28 : « Et l’ange, étant entré là où elle se trouvait, dit : Salut, comblée de faveur ! Le Seigneur est avec toi ; bénie es-tu entre les femmes » (Luc 1, 28). Voyons, « Salut », en grec « Chaire », signifie Salutations ! Ce n’est rien d’autre qu’un Bonjour ! actuel. « Comblée de faveur ! », en grec : « Kecharitoméne », participe auquel Rome s’est accrochée pour enseigner que Marie était « pleine de grâce » jusqu’au comble, sans laisser place à aucun péché, ni originel ni personnel, manque de tout fondement, et pour la réfuter il suffit de remarquer qu’Éphésiens 1, 6 emploie exactement le même verbe grec, sans qu’il vienne à l’idée de personne de dire que tous les croyants sont « pleins de grâce » à la manière dont Rome le dit de Marie. Actes 4, 33 dit : « Et c’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante était sur eux tous », c’est-à-dire la faveur de Dieu envers tous, accomplissant ainsi les paroles des anges de Luc 2, 14 : « … sur la terre paix, bienveillance envers les hommes ». »

Bien que « pleine de grâce » soit une traduction correcte du mot κεχαριτωμενη (kecharitōmenē), même cette traduction n’embrasse pas le sens profond de ce mot.

Le mot κεχαριτωμενη est une extension de trois mots : χαριτοω (charitoo), μένη (mene) et κε (ke). χαριτοω (charitoo) signifie « grâce », κε (ke) est un préfixe de χαριτοω qui indique que le mot est au temps parfait. Celui-ci indique un état présent résultant d’une action achevée dans le passé. μένη (mene) en fait un participe passif. « Passif » signifie que l’action est réalisée sur le sujet (dans notre cas la Vierge Marie) par une autre personne (dans notre cas Dieu). En résumé, le mot κεχαριτωμενη de Marie est un participe passif de χαριτοω (charitoo) : c’est Dieu qui est l’auteur de son état de grâce : remplie, comblée de grâce.

Lorsque l’ange Gabriel emploie κεχαριτωμενη pour se référer à Marie, il le fait comme pronom (un pronom prend la place d’un nom ou d’un titre), ce qui représente l’identité de la personne dont on parle. Ainsi Marie est identifiée par un simple terme, lequel n’est pas son nom (Marie),

Sur cette base, nous interprétons que l’ange ne dit pas que Marie est pleine de grâce (en ce moment particulier), mais qu’il se réfère à elle comme la « pleine de grâce » ou « comblée de grâce ». Or, cet état, étant le produit d’une action passée (puisqu’il s’agit d’un participe passif parfait), indique une perfection de la grâce qui est intensive et extensive. L’état de Marie est l’état résultant d’une action passée de Dieu envers elle, par laquelle il l’a comblée de grâce, étant ainsi identifiée de cette manière.

Il convient de souligner que ce mot par lequel l’ange identifie Marie n’est employé que pour elle dans toute l’Écriture. κεχαριτωμενη n’est pas conjugué de la même manière que χαριτοω, raison pour laquelle l’auteur de l’article protestant omet l’énorme différence qu’il y a entre χαριτοω et κεχαριτωμενη, ce dernier étant un participe passif au temps parfait, ce qui suggère que l’état de grâce de Marie est total et permanent.

Nous avons un cas semblable lorsque la Bible parle d’Étienne. En Actes 6, 8, il est dit qu’« Étienne, rempli de grâce et de puissance… », cependant il se passe ici quelque chose de similaire, et il s’agit d’un adjectif « pleres » (rempli) suivi du génitif « charitos » (χαριτοω) (de grâce). Les adjectifs reflètent les qualités des sujets, tandis que les pronoms remplacent ou identifient le sujet dans une phrase. Ainsi, il y a une différence entre le mot employé pour Marie et celui employé pour Étienne, car le premier implique un état permanent de grâce, tandis que le second un état ponctuel d’Étienne à ce moment-là.

Le pape Jean-Paul II a expliqué le sens du mot κεχαριτωμενη :

« L’expression « pleine de grâce » traduit le mot grec « kecharitomene », qui est un participe passif. Aussi, pour exprimer avec plus d’exactitude la nuance du terme grec, ne devrait-on pas dire simplement « pleine de grâce », mais « rendue pleine de grâce » ou « comblée de grâce », ce qui indiquerait clairement qu’il s’agit d’un don fait par Dieu à la Vierge. Le terme, sous la forme du participe parfait, exprime l’image d’une grâce parfaite et durable qui implique la plénitude. Le même verbe, au sens de « combler de grâce », est employé dans la lettre aux Éphésiens pour indiquer l’abondance de grâce que le Père nous accorde dans son Fils bien-aimé (cf. Ep 1, 6). Marie la reçoit comme prémices de la Rédemption. »[11]

5. Marie a accompli les rites de purification parce qu’elle était « impure ».

« En Luc 2,22, il est dit que lorsque les jours de la purification de Marie furent accomplis, selon la loi de Moïse, ils l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur… »

Luc 2,23-24 : comme il est écrit dans la loi du Seigneur : Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur, et pour offrir en sacrifice, selon ce qui est dit dans la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux jeunes pigeons.

Si Marie était sans tache, il n’aurait pas été nécessaire de présenter les deux tourterelles ; il ne faut pas oublier que le sang est pour la rémission, et dans ce cas, sans aucun doute, ce n’était pas pour le Christ que le sang était versé, et il est bien clair que ce devait être pour Marie, laquelle avait besoin, elle, d’être purifiée. »

De toutes les objections contre l’Immaculée Conception, citer Luc 2, 22-24 est peut-être la plus absurde, et elle est causée par la profonde incompréhension qu’ont certains protestants des Écritures. On tente de prendre le Lévitique en exemple pour justifier l’hypothétique péché de la Bienheureuse Vierge Marie.

Le Lévitique dit :

« Parle aux Israélites, et dis-leur : Si une femme conçoit et enfante un garçon, elle sera impure pendant sept jours, comme elle est impure au temps de son indisposition menstruelle. »[12]

Si nous regardons la prescription du Lévitique, elle parle de celle qui enfante un garçon et qui devient impure. Nous n’entrerons pas dans les détails sur la nature de cet état d’impureté, bien qu’il soit évident que la femme, en enfantant, ne commet aucun péché, car le péché implique la désobéissance à la loi divine. La menstruation n’est pas non plus un péché chez la femme.

Cependant, sans toucher à ce point, il faut d’abord considérer que Marie n’a pas donné naissance à un simple garçon, mais au Fils de Dieu lui-même :

« … L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. »[13]

Est-ce un simple homme comme les autres que cet être saint, le Fils de Dieu, pour que sa naissance rende sa mère rituellement impure ?

Car dans ce cas, nous serions en train de dire que Jésus est cause d’impureté, puisqu’il l’aurait causée à Marie. Mais non, l’Être Saint qui naîtra de la Vierge est le Fils de Dieu, et rappelons-nous que de ce même Fils de Dieu saint Jean-Baptiste a témoigné :

« Le lendemain, il voit Jésus venir vers lui et il dit : « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » »[14]

Ainsi, en ordonnant les faits, nous avons que, premièrement, l’auteur de l’argument affirme que Marie, pour avoir enfanté un garçon, est devenue impure, et de là il suppose qu’elle était « en péché » ; cependant, l’ange a assuré que le Garçon qui naîtra de la Vierge est le Saint Fils de Dieu, et de surcroît, Jean nous dit qu’il enlève le péché du monde. La question serait… Quel bon sens peut faire penser à quelqu’un que le Saint par excellence, le Fils de Dieu qui sanctifie les âmes, qui au simple contact de sa tunique purifiait les hémorroïsses et guérissait les maladies, ait laissé Marie impure par sa naissance ? Comment est-il possible que celui qui enlève le péché du monde ait laissé, par sa naissance, un péché et une impureté en Marie ? Insinuer que Marie est devenue impure et a contracté quelque péché pour avoir enfanté le Verbe de Dieu est franchement ridicule.

Il ne faut pas oublier que Jésus est né sous la Loi de Moïse :

« Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi. »[15]

Évidemment, la femme qui a donné naissance à Jésus devait accomplir les prescriptions légales. Jésus lui-même les accomplit, puisqu’il fut circoncis, ce qui était un rituel légal.

Que Marie ait présenté le sacrifice légal n’est pas une preuve de son « impureté », ni encore moins qu’elle ait péché ; bien au contraire, c’est une preuve de son humilité et de son obéissance à Dieu, car la toute pure, malgré sa sainteté, l’a fait pour obéir à la Loi de Dieu.

Et cela nous rappelle immédiatement le beau lien entre la Mère et le Fils, car Jésus lui-même, l’Humble des humbles, a fait de même :

« Jean le Baptiste fut dans le désert, proclamant un baptême de repentir pour la rémission des péchés. »[16]

Et qu’a fait Jésus ? Voici ce qu’il fit :

« Et il advint qu’en ces jours-là Jésus vint de Nazareth de Galilée, et il fut baptisé dans le Jourdain par Jean. »[17]

Nous voyons ici que Jésus reçut le baptême de Jean, qui était pour la conversion et la rémission des péchés.

Si Jésus était Immaculé et Très Saint… pourquoi s’est-il soumis à un baptême qui était pour les pécheurs ? À adopter l’optique protestante, nous devrions penser que Jésus non plus n’était pas immaculé.

Passons maintenant au sujet des tourterelles.

Pourquoi ont-ils offert les tourterelles ? Parce que la Loi sous laquelle Jésus est né le prescrivait. Jésus accomplit pleinement la Loi ; nous en avons un autre exemple au chapitre 17 de Matthieu.

« Comme ils étaient venus à Capharnaüm, les collecteurs du didrachme s’approchèrent de Pierre et lui dirent : « Est-ce que votre maître ne paie pas le didrachme ? » — « Mais si », dit-il. Quand il fut arrivé à la maison, Jésus devança ses paroles en lui disant : « Qu’en penses-tu, Simon ? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils taxes ou impôts ? De leurs fils ou des étrangers ? » Et comme il répondait : « Des étrangers », Jésus lui dit : « Par conséquent, les fils sont exempts. Cependant, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, saisis le premier poisson qui montera, et ouvre-lui la bouche : tu y trouveras un statère ; prends-le et donne-le-leur, pour moi et pour toi. » »[18]

Selon la loi de Moïse, chez les Juifs, chaque homme adulte devait payer un impôt annuel pour le temple ; cet impôt était de deux drachmes, c’est-à-dire le salaire de deux journées d’un paysan. Selon Jésus lui-même, il n’avait pas à le faire, et c’est pourquoi il dit à Pierre : « Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils taxes et impôts ? De leurs fils ou des étrangers ? Il répondit : Des étrangers. Et Jésus lui dit : Donc les fils sont exempts. » Étant le Fils de Dieu, Jésus accomplit cette prescription légale. Il était Fils, non étranger, mais il accomplit tout de même la Loi. De la même manière, il n’est pas étonnant que Marie aussi ait vécu conformément à la Loi. De même la Bienheureuse Vierge et le Juste Joseph : ils sacrifièrent les deux tourterelles pour accomplir la Loi et ne pas causer de scandale aux Juifs.

6. Une femme ne peut pas être mère de tous les hommes.

« Célèbre est le passage des Évangiles où Jésus, sur la croix, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils » (Jean 19, 26), puis dit à Jean : « Voici ta mère » (Jean 19, 27). Rome a enseigné que c’est là la preuve que Marie est « notre Mère ». Cependant, Jésus nous a toujours enseigné au sujet du Père qui est aux cieux, non au sujet d’une Mère terrestre ni céleste. On dit, et très justement, qu’« un texte hors de son contexte est un prétexte ». Le fait que Jésus ait dit à sa mère que Jean, le disciple, serait « son fils », ne peut s’extrapoler à tous les croyants, puisqu’aucune femme ne peut être la mère de tous. »

Cet argument ne se rapporte pas réellement à l’Immaculée Conception, mais il est plutôt un rejet de la maternité spirituelle de Marie envers nous, chrétiens, et bien que cela ne relève pas exactement du sujet en question, je profiterai de l’occasion pour faire quelques commentaires à ce propos.

Ici, la raison que donne l’article pour soutenir que Marie ne peut pas être la mère de tous les chrétiens est qu’« aucune femme ne peut être la mère de tous », mais il ignore qu’il est question là non d’une maternité selon la chair, mais d’une maternité « spirituelle ». Le concept de maternité et de paternité spirituelle n’est pas étranger aux Écritures.

Abraham est appelé père des Juifs selon la chair :

« Que dirons-nous donc d’Abraham, notre ancêtre selon la chair ? »[19]

Mais il est aussi père spirituel de tous les croyants par la foi.

« … et il reçut le signe de la circoncision comme sceau de la justice de la foi qu’il possédait quand il était incirconcis ; ainsi devint-il à la fois le père de tous ceux qui croiraient sans avoir la circoncision, pour que la justice leur fût également comptée, et le père des circoncis, qui ne se contentent pas d’être circoncis, mais marchent sur les traces de la foi qu’avant la circoncision eut notre père Abraham. »[20]

« Comprenez-le donc : ceux qui se réclament de la foi, ce sont eux les fils d’Abraham. »[21]

Or, si saint Paul lui-même n’a pas de scrupule à appeler un homme « père spirituel » de tous les croyants, pourquoi Marie ne pourrait-elle pas être appelée leur mère, elle aussi, en un sens spirituel ? Serait-il cohérent que quelqu’un eût répliqué à saint Paul, en ce temps-là, qu’Abraham ne pouvait pas être le père de tous parce qu’un homme ne saurait l’être ?

Notes

  1. Luc 1, 48 (Bible de Jérusalem)
  2. The New Testament Greek Lexicon
  3. Actes 8, 32-33
  4. Matthieu 11, 29
  5. Jacques 1, 9-10
  6. Frère Nelson Medina, Homélies sur FrayNelson.com.
  7. Genèse 5, 24
  8. 2 Rois 2, 11
  9. Luc 1, 5-6
  10. 1 Jean 3, 6
  11. Catéchèse de Jean-Paul II (8-V-96)
  12. Lévitique 12,2
  13. Luc 1,35
  14. Jean 1,29
  15. Galates 4,4
  16. Marc 1,4
  17. Marc 1,9
  18. Matthieu 17,24-27
  19. Romains 4,1
  20. Romains 4, 11-12
  21. Galates 3,7