Nous ne savons pas avec certitude quand les Juifs commencèrent à réunir les Livres Saints en collections. Mais nous savons avec pleine assurance que les Juifs possédaient des livres qu’ils considéraient comme sacrés et qu’ils entouraient d’une grande vénération. Nous ignorons quand le canon juif des Livres Saints fut définitivement clos. Pour les uns, ce serait au temps d’Esdras et de Néhémie (Ve s. av. J.-C.) ; pour d’autres, à l’époque des Maccabées (IIe s. av. J.-C.). Ce qui est certain, c’est que les Juifs possédaient, au Ier siècle de notre ère, une collection de Livres Saints qu’ils considéraient comme inspirés par Dieu et qui contenaient la révélation de la volonté divine faite aux hommes. En ce sens, nous avons des témoignages très clairs de Flavius Josèphe[1], du quatrième livre d’Esdras[2] et du Talmud[3].
Jésus-Christ, les apôtres et l’Église primitive reçurent des Juifs le canon de l’Ancien Testament. Par conséquent, il paraît opportun d’étudier les témoignages historiques qui sont parvenus jusqu’à nous au sujet de la formation du canon de l’Ancien Testament.
I. LE CANON DE L’ANCIEN TESTAMENT CHEZ LES JUIFS.
1. LES LIVRES PROTOCANONIQUES.- Nous parlerons d’abord de la formation du canon des livres protocanoniques de l’Ancien Testament, qui étaient acceptés par tous les Juifs. En nous en tenant aux témoignages bibliques, il semble que la formation du canon ait connu l’évolution suivante.
Avant l’exil, il existe de nombreux passages de la Sainte Écriture qui démontrent que les Hébreux prirent un soin particulier à conserver certains livres écrits par Moïse, Josué, Samuel et d’autres grands hommes du peuple israélite. En diverses occasions, Dieu ordonne à Moïse de mettre par écrit les lois, tant civiles que cultuelles (cf. Ex 17,14 ; 34,27 ; Nb 33,2 ; Dt 31,9-14). Il écrivit aussi le livre de l’alliance (Ex 24,4 ; Dt 27,8 ; cf. Ex 20,22-23,19). La Loi mosaïque, donnée par le grand législateur au peuple élu, fut postérieurement augmentée de nouvelles lois et adaptée aux nécessités des temps. Cette Loi, désignée par les Hébreux sous le nom de « Torah », jouit toujours d’une grande autorité parmi eux. Josué, le successeur de Moïse, ajouta de nouvelles lois et ordonnances, « les écrivant dans le livre de la Loi de Dieu » (Jos 24,25). Samuel, prophète, « écrivit le droit royal dans un livre, qu’il déposa devant Yahvé » (1 S 10,25). Ézéchias, roi, fit recueillir les sentences de Salomon (Pr 25,1).
Mais c’est surtout à l’époque du roi Josias (640-608 av. J.-C.) que l’on commence à recourir à l’autorité d’un texte écrit, dont le caractère de code sacré semble avoir été officiellement reconnu. Avant le règne de Josias, il n’est pas établi que la Loi mosaïque ait joui d’une autorité « canonique » universellement reconnue. Selon le témoignage de la Sainte Écriture, avant la réforme de Josias, il existait de nombreuses pratiques de culte qui n’étaient pas conformes aux prescriptions du Lévitique (cf. 2 R 23,4-15). Cependant, après que le grand prêtre Helcias eut trouvé dans le temple de Yahvé « le livre de la Loi » (cf. 2 R 22-23 ; 2 Ch 34-35), les choses changèrent radicalement. On ne sait pas si le livre trouvé doit être identifié avec le Pentateuque entier, ou plutôt avec le seul Deutéronome. Mais le fait est qu’à partir de ce moment, « le livre de la Loi » fut considéré comme quelque chose de très sacré et comme la collection des lois données par Dieu à Israël. Dans les livres des Rois, nous trouvons déjà les premières citations explicites de « la Loi de Moïse » (cf. 1 R 2,3 = Dt 29,8 ; 2 R 14,6 = Dt 24,26).
Les prophètes Isaïe (Is 30,8 ; 34,16) et Jérémie (Jr 36,2-4.27-32) écrivirent leurs prophéties. Et l’œuvre du prophète Jérémie est indubitablement inspirée de l’esprit de la réforme de Josias. Ce même prophète cite des prophètes antérieurs (Jr 26,18s ; 49,14-16 = Mi 3,12 ; Ab 1.4), ce qui semble indiquer qu’il existait déjà des collections de prophéties.
Après l’exil, nous avons des témoignages scripturaires importants, desquels nous pouvons déduire que presque tous les livres protocanoniques étaient déjà réunis en collections et considérés comme canoniques. Les textes bibliques de cette époque nous font connaître trois classes de Livres Saints : la Loi (Torah), les Prophètes (Nebi’im) et les Écrits ou Hagiographes (Ketubim).
Le premier témoignage en ce sens est celui du livre de Néhémie (ch. 8-9). On y raconte qu’Esdras, prêtre et scribe, lut et expliqua la Loi de Moïse devant le peuple (444 av. J.-C.). Et, après avoir écouté sa lecture, le peuple promit par serment de l’observer, ce qui semble indiquer qu’il reconnaissait au Pentateuque une autorité canonique.
Le prophète Daniel affirme qu’il « méditait dans les livres sur le nombre des soixante-dix ans… dont Yahvé avait parlé au prophète Jérémie » (Dn 9,2 ; cf. Jr 25,11 ; 29,10). Cela démontre avec assez de clarté qu’à cette époque il existait déjà une collection de Livres Saints.
Le livre de l’Ecclésiastique, écrit en hébreu en Palestine vers l’an 180 av. J.-C. par Jésus, fils de Sirac, et traduit en grec par son petit-fils vers l’an 130 av. J.-C., contient un prologue ajouté par le traducteur qui est de la plus haute importance pour l’histoire du canon. Le petit-fils de Jésus ben Sirac y parle de son grand-père, lequel « s’adonna beaucoup à la lecture de la Loi, des Prophètes et des autres livres des pères » (Si, prologue ; le traducteur emploie trois fois la même expression dans le prologue). Nous pouvons en déduire que la Bible était déjà divisée à cette époque en trois groupes. Deux d’entre eux, la Loi et les Prophètes, étaient très probablement déjà définitivement complets et clos. Le troisième, en revanche, désigné par un terme indéfini, les autres livres, semble insinuer qu’il était encore en cours de formation et qu’il n’avait pas encore atteint son terme final. En outre, Jésus ben Sirac, dans l’hymne de louange aux pères (Si ch. 44-49), suit ordinairement l’ordre des écrits bibliques, prouvant ainsi qu’il connaissait tous les livres que les Hébreux plaçaient sous le titre de prophètes antérieurs et postérieurs. D’autre part, des citations qu’il fait d’autres livres de l’Ancien Testament, on peut conclure qu’il connaissait presque tous les livres du canon hébreu. Les seuls auxquels il semble ne faire aucune référence sont le Cantique des Cantiques, Daniel, Esther, Tobie, Baruch et la Sagesse.
Dans le deuxième livre des Maccabées, écrit en grec vers l’an 120 av. J.-C., se trouve une lettre des Juifs de Jérusalem, écrite peu après 164 av. J.-C., adressée à Aristobule et aux Juifs d’Égypte (cf. 2 M 1,10-2,19). On y parle d’un exemplaire de la Loi que le prophète Jérémie aurait remis aux déportés (2 M 2,1). On y fait aussi référence aux écrits sacrés que Néhémie avait réunis dans sa bibliothèque, et à ceux que Judas Maccabée — suivant son exemple — avait rassemblés après qu’ils eurent été dispersés par la guerre (2 M 2,13-15). Les livres que réunirent tant Néhémie que Judas Maccabée sont désignés sous les titres généraux de « livres des rois », « livres des prophètes », « livres de David » et « lettres des rois au sujet des offrandes » (2 M 2,13).
Le premier livre des Maccabées parle de Daniel et de ses trois amis : Ananias, Azarias et Misaël, qui, par leur innocence et leur grande foi, furent délivrés de la gueule des lions et de la fournaise de feu (1 M 2,59s). Cela nous démontre que le livre de Daniel faisait déjà partie du canon des Saintes Écritures vers la fin du IIe siècle (cf. 1 M 12,9).
Premier siècle de notre ère.– À cette époque, on nous donne déjà clairement le nombre des Livres Saints et leur triple division : Loi, Prophètes et Hagiographes. Cependant, dans certains milieux juifs, il existait des doutes sur la canonicité du Ct, du Si, des Pr, d’Ez et d’Est. Pour les uns, ils devaient être exclus de la collection des Livres Saints et de la lecture publique de la synagogue ; pour les autres, ils avaient la même autorité que les autres Livres Saints. Cela suppose que, dès cette époque, ils avaient été reçus dans le canon de l’Ancien Testament.
Philon (+38 apr. J.-C.), le philosophe juif alexandrin, ne traite pas ex professo du canon de l’Ancien Testament, mais il cite le Pentateuque — auquel il attribue un plus haut degré d’inspiration —, Jos, Jg, R, Is, Jr, les Prophètes Mineurs, les Psaumes, Pr, Jb, Esd[4].
Le Nouveau Testament contient d’innombrables citations de l’Ancien Testament, bien qu’il ne nomme pas explicitement les livres. Il semble qu’il ne soit fait aucune allusion aux livres de Rt, Esd-Ne, Est, Qo, Ct, Ab, Na, ni aux deutérocanoniques de l’Ancien Testament. Mais il est indubitable que les auteurs du Nouveau Testament admettaient et utilisaient les livres canoniques reçus par les Juifs.
Flavius Josèphe (38-100 apr. J.-C.), dans son livre Contre Apion (1,7-8), composé vers l’an 97-98 apr. J.-C., écrit que les Juifs n’avaient pas des milliers de livres en désaccord et en contradiction entre eux, comme c’était le cas chez les Grecs, mais seulement vingt-deux[5], qui étaient à juste titre considérés comme divins et contenaient l’histoire du passé. Il distribue les 22 livres de la manière suivante : cinq de Moïse, treize des prophètes[6] et quatre autres livres qui contenaient des hymnes de louange à Dieu et des préceptes de vie pour les hommes[7]. Ce texte de Flavius Josèphe est d’une grande importance, bien qu’il ne nous donne pas les noms des livres.
Le quatrième livre d’Esdras, écrit vers la fin du Ier siècle apr. J.-C., affirme que le nombre des livres sacrés est de vingt-quatre[8]. L’auteur de ce livre d’Esdras nous donne une description de type légendaire sur la manière dont Esdras, scribe et prêtre, parvint à reconstituer les livres sacrés détruits par Nabuchodonosor. Mû par l’esprit prophétique, il dicta à quatre scribes, pendant quarante jours consécutifs, quatre-vingt-quatorze livres. De ceux-ci, vingt-quatre devaient être lus par les dignes et les indignes, et les soixante-dix autres devaient être remis aux hommes instruits (4 Esd 14,44s). Le nombre de vingt-quatre livres corrobore évidemment le chiffre de 22 livres que nous donne Flavius Josèphe, et que l’on obtient en joignant Ruth aux Juges et les Lamentations à Jérémie. En conséquence, la petite différence entre vingt-quatre et vingt-deux n’est qu’apparente et dépend du calcul que l’on suit.
Deuxième siècle après Jésus-Christ.- Le Talmud[9] de Babylone nous donne enfin le canon complet de l’Ancien Testament. Il énumère 24 livres selon leur ordre et donne les noms des auteurs. Le nombre coïncide donc avec celui que nous donnent le 4 Esd et Flavius Josèphe. Ce qui nous indique qu’à cette époque le canon des Juifs était déjà clos. Ce fait semble avoir eu lieu, selon la tradition rabbinique, au synode de Jamnia (vers l’an 100 apr. J.-C.). Après la destruction de Jérusalem, les Juifs savants se consacrèrent avec grand zèle à conserver ce qui subsistait encore du passé, en particulier les Saintes Écritures. À partir du synode de Jamnia, qui fixa définitivement le canon déjà admis depuis deux siècles, la grande préoccupation des rabbins fut la conservation du texte sacré. Les travaux des Massorètes ne poursuivaient que ce but.
Le témoignage du Talmud de Babylone est contenu dans une Baraïta[10] du traité intitulé Baba Bathra (la « dernière porte »). Le texte est postérieur au IIe siècle apr. J.-C., mais il recueille une tradition d’une époque bien antérieure. Il dit ceci : « Nos docteurs nous ont transmis l’enseignement suivant : L’ordre des Prophètes est celui-ci : Jos, Jg, S, R, Jr, Ez, Is et les Douze (Prophètes Mineurs)… L’ordre des hagiographes est le suivant : Rt, Ps, Jb, Pr, Qo, Ct, Lm, Dn, Est, Esd et Ch. Et qui les écrivit ? Moïse écrivit son livre, la section de Balaam[11] et Job. Josué écrivit son livre et les huit derniers versets de la Loi[12]. Samuel écrivit son livre, celui des Juges et Ruth. David écrivit son livre par l’intermédiaire des dix anciens : Adam, Melchisédech, Abraham, Moïse, Héman, Yeduthun, Asaph et les trois fils de Coré. Jérémie écrivit son livre, le livre des Rois et les Lamentations. Ézéchias et ses associés écrivirent les livres d’Isaïe, des Proverbes, du Cantique des Cantiques et de l’Ecclésiaste. Les membres de la Grande Synagogue écrivirent Ézéchiel, les Douze (Prophètes Mineurs), Daniel et Esther. Esdras écrivit son livre et les généalogies des Chroniques jusqu’à son époque, et Néhémie les compléta »[13].
Dans ce catalogue, rien n’est dit des sept livres deutérocanoniques : Tobie, Judith, Baruch, l’Ecclésiastique, 1 et 2 Maccabées et la Sagesse.
De ce qui a été dit, nous pouvons conclure que le canon juif fut formé successivement. Qu’il contenait les livres protocanoniques, suivant le canon palestinien. Cependant, il est très possible que les livres deutérocanoniques n’aient pas été absolument exclus du canon juif palestinien, car, comme nous le verrons plus loin, certains deutérocanoniques étaient utilisés par les Juifs de Palestine. Le canon, fixé définitivement au synode de Jamnia, devait très probablement être déjà achevé au IIe siècle av. J.-C., comme nous le démontre la version des Septante, commencée au IIIe siècle et terminée à la fin du IIe siècle av. J.-C.
2. ESDRAS FUT-IL L’AUTEUR DU CANON JUIF ?– Nombreux sont les auteurs anciens qui attribuent à Esdras le canon des 24 livres de l’Ancien Testament[14]. C’est pourquoi on a coutume de l’appeler canon esdrien. Cette opinion fut de nouveau ressuscitée au XVIe siècle par le juif Élie Lévita (+1549), lequel affirma qu’Esdras avait été aidé dans son travail par les « membres de la Grande Synagogue »[15]. Élie Lévita fut suivi par de nombreux protestants et catholiques, de telle sorte que cette opinion devint l’opinion commune jusqu’à nos jours. Aujourd’hui, cependant, elle a été abandonnée par tous les auteurs. Pour les protestants, Esdras aurait clos de manière définitive le canon, de telle sorte qu’à l’avenir il ne fut plus permis d’ajouter d’autres livres ; pour les catholiques, en revanche, la compilation canonique d’Esdras n’avait pas été définitive. C’est pourquoi les Juifs alexandrins purent ajouter plus tard les livres deutérocanoniques.
Divers étaient les arguments sur lesquels s’appuyait cette opinion. En premier lieu, le zèle d’Esdras pour la Loi[16]. Le 2 M 2,13 affirme que Néhémie constitua une bibliothèque pour recueillir les Livres Saints. Flavius Josèphe[17] attribue la formation du canon au temps d’Artaxerxès Ier Longue-Main (465-425 av. J.-C.), c’est-à-dire à la période où eut lieu l’activité religieuse d’Esdras et de Néhémie. Et le récit du 4 Esd 14,18-47 démontre que c’était une croyance commune parmi les Juifs que le canon avait été déterminé par Esdras.
Cependant, les difficultés qui s’opposent à cette théorie sont très fortes. Si Esdras fut celui qui clôtura le canon des livres protocanoniques, on ne s’expliquerait pas les doutes qui surgirent plus tard à propos de certains livres protocanoniques. En outre, les livres des Chroniques et d’Esdras ne furent écrits qu’au temps des Grecs, c’est-à-dire bien après la mort d’Esdras ; et, cependant, ils sont énumérés parmi les Livres Saints du canon esdrien. D’autre part, comment expliquerions-nous l’introduction postérieure des livres deutérocanoniques dans le canon des Juifs alexandrins ? Quant aux témoignages de 2 M 2,13-14, de Flavius Josèphe, du 4 Esdras et du Talmud, ils démontrent seulement qu’au temps d’Esdras les livres protocanoniques furent recueillis et que, dès lors, ils furent traités avec une grande vénération. L’affirmation d’un groupe de Pères qui attribuent à Esdras la formation du canon de l’Ancien Testament n’a pas de valeur probante, puisqu’elle s’appuie sur la légende du 4 Esd, à laquelle ils font fréquemment allusion.
Les Juifs palestiniens admettaient, au temps du Christ, tous les livres protocanoniques comme sacrés. Cela semble être hors de tout doute. Il existe même certains indices qui semblent indiquer que les Juifs palestiniens eux-mêmes connaissaient et utilisaient quelques-uns des livres deutérocanoniques. À Qumrân, on a trouvé des fragments de trois livres deutérocanoniques : de l’Ecclésiastique (grotte 2), de Tobie (grotte 4) et de Baruch (grotte 7)[18].
Les Juifs alexandrins, en revanche, considéraient comme canoniques non seulement les livres protocanoniques, mais aussi les deutérocanoniques, tels qu’ils se trouvaient dans la version des Septante. De là est née la division du canon en palestinien et alexandrin, comme nous le verrons ci-après.
3. LES LIVRES DEUTÉROCANONIQUES.- La version grecque des Septante, exécutée en Égypte entre 300 et 130 av. J.-C., contenait, outre les livres protocanoniques, reçus par tous les Juifs, sept autres livres appelés deutérocanoniques : Tobie, Judith, Baruch, l’Ecclésiastique, 1 et 2 Maccabées, la Sagesse, ainsi que des fragments d’Esther (10,4-16,24) et de Daniel (3,24-90 ; 13 ; 14).
L’Église chrétienne, dès les temps apostoliques, reçut, parmi les Livres Saints, les deutérocanoniques, sans faire aucune distinction entre livres protocanoniques et deutérocanoniques. De cette manière, le canon des Juifs alexandrins devint le canon de l’Église catholique.
Mais nous pouvons nous demander : quelle autorité avaient les livres deutérocanoniques parmi les Juifs palestiniens et hellénistes ? Étaient-ils reçus aussi comme sacrés par les Juifs de Palestine ?
Opinions :
a) Selon la sentence de plusieurs auteurs, le canon juif aurait été unique pour tous les Juifs. Et ce serait le canon bref, qui n’engloberait pas les livres deutérocanoniques. Cette manière de penser est très commune chez les protestants, et elle est aussi suivie par quelques catholiques. Mais ceux-ci supposent qu’il n’est pas nécessaire que l’Église ait reçu le canon des Juifs. Il suffit qu’elle l’ait reçu des apôtres, et ceux-ci du Christ, lequel aurait donné à ses disciples des instructions particulières au sujet de l’inspiration des deutérocanoniques. Proposée sous cette forme, l’hypothèse est totalement orthodoxe ; mais elle ne paraît pas s’appuyer sur les données historiques, comme nous le verrons plus loin.
b) Pour d’autres auteurs, le canon de l’Ancien Testament aurait été unique tant pour les Juifs palestiniens que pour les alexandrins. Ce canon unique contiendrait tous les livres protocanoniques et deutérocanoniques. Ce n’est qu’à une époque postérieure (Ier-IIe s. apr. J.-C.) que les pharisiens auraient rejeté les deutérocanoniques pour des motifs particuliers. Les Juifs hellénistes, au contraire, les auraient conservés.
c) Une troisième opinion, qui nous paraît la plus probable, soutient qu’il exista chez les Juifs un double canon. Le canon bref des Juifs de Palestine, qui ne contenait pas les livres deutérocanoniques, et le canon large des Juifs alexandrins, qui comprenait les livres deutérocanoniques.
Cette divergence entre les Juifs palestiniens et alexandrins s’explique facilement si nous tenons compte du milieu dans lequel vivait chaque groupe. Les Juifs alexandrins avaient un concept de l’inspiration biblique plus large que les Palestiniens. Ils étaient convaincus de posséder la sagesse divine, et celle-ci, se répandant à travers les âges dans les âmes saintes, peut susciter partout et en tout temps des amis de Dieu et des prophètes[19]. D’autre part, cette divergence était provoquée en un certain sens par la grande estime et la révérence que certains groupes de Juifs palestiniens avaient pour certains livres deutérocanoniques[20].
Il est indubitable que la version grecque alexandrine, appelée des Septante, contenait les deutérocanoniques. La place qu’ils occupent dans les Septante n’est pas à la fin, comme s’ils étaient un appendice ou d’un genre inférieur ; ils sont au contraire mêlés aux livres protocanoniques. Ce qui semble être un indice clair qu’on leur reconnaissait la même autorité et la même dignité et qu’on leur attribuait la même valeur[21].
Il y a, en outre, des témoignages qui nous démontrent que la plus grande partie des deutérocanoniques de l’Ancien Testament étaient lus et vénérés par les Juifs palestiniens et par ceux de la diaspora.
L’Ecclésiastique fut écrit en hébreu et conservé pendant longtemps dans cette langue[22]. Il est fréquemment loué par le Talmud[23] et cité de nombreuses fois par les rabbins jusqu’au Xe siècle apr. J.-C. En certains endroits, il est même cité comme écriture canonique[24]. D’où il semble se déduire que, dans l’antiquité, l’Ecclésiastique fut tenu pour canonique, au moins par certains cercles de Juifs.
Tobie et Judith étaient très lus par les Juifs, comme on le voit par les Midrashim, où ils sont commentés[25]. Au temps de saint Jérôme, on utilisait encore le texte araméen ou hébreu[26].
Baruch était lu publiquement par les Juifs, encore au IVe siècle, le jour de l’Expiation, selon le témoignage des Constitutiones apostolicae[27]. En outre, la version grecque de Ba fut faite par le même auteur qui fit celle de Jr 29-41. En conséquence, il paraît que Ba était déjà uni à Jr lorsqu’on fit la version grecque de ce dernier.
Le premier livre des Maccabées, selon le témoignage du Talmud de Babylone[28], était lu en entier lors de la fête des Encénies ou de la dédicace du temple (Hanoukka)[29]. Il est également cité par Flavius Josèphe[30], et au temps d’Origène[31] et de saint Jérôme, le texte hébreu du 1 M se conservait encore[32].
Le deuxième livre des Maccabées fut écrit originairement en langue grecque, raison pour laquelle il est moins cité par les écrivains judéo-palestiniens.
Le livre de la Sagesse, dont la langue originale fut aussi le grec, est cité plusieurs fois dans le Nouveau Testament[33], ce qui suppose qu’il était connu des Juifs. Saint Épiphane nous informe que les Juifs de son temps (IVe s.) disputaient au sujet du livre de la Sagesse[34]. Ce qui semble indiquer que certains admettaient sa canonicité, comme on le déduit des paroles de saint Eustathe d’Antioche[35].
Les parties deutérocanoniques d’Esther (10,4-16,24) appartiennent probablement au texte original. Cela semble confirmé par le fait que, dans les Septante, les fragments deutérocanoniques ne forment pas un appendice à la partie protocanonique, comme dans la Vulgate, mais y sont mêlés. Ils sont utilisés par Flavius Josèphe.
Les fragments deutérocanoniques de Daniel (3,24-90 ; 13 ; 14), écrits en langue hébraïque ou araméenne, durent aussi faire partie du texte original. Il est de la plus haute importance que ces parties deutérocanoniques se trouvent dans la version de Théodotion (fin du IIe s. apr. J.-C.), faite directement de l’hébreu. Saint Jérôme prit ces fragments deutérocanoniques de Daniel dans la version de Théodotion et les incorpora à sa version latine faite sur l’original hébreu. Il est également probable que l’histoire de Suzanne[36] se trouvait dans la version de Symmaque.
De ce qui a été dit, nous pouvons conclure que beaucoup des deutérocanoniques de l’Ancien Testament jouissaient d’une grande autorité parmi les Juifs palestiniens. Cela ne veut pas dire, cependant, qu’ils les considéraient comme canoniques. Le plus vraisemblable paraît être que les livres deutérocanoniques furent reçus dans le canon des Saintes Écritures par les Juifs hellénistes, indépendamment des Juifs palestiniens. Plus tard, l’Église, guidée par l’autorité de Jésus-Christ et des apôtres, approuva ce canon et le fit sien, comme nous le verrons en son lieu. De cette manière, le canon plus large des Juifs alexandrins devint le patrimoine de l’Église du Christ. L’Église, dans son choix, ne se laissa pas guider par l’esprit particulariste des pharisiens, mais par l’esprit universaliste de Jésus-Christ et des apôtres.
II. LE CANON DE L’ANCIEN TESTAMENT CHEZ LES CHRÉTIENS.
1. LE CHRIST ET LES APÔTRES.– Au temps du Christ, comme nous l’avons déjà vu, il existait certainement chez les Juifs une collection de Livres Saints de l’Ancien Testament, à laquelle on attribuait la plus haute autorité normative. Jésus-Christ et les apôtres reçurent aussi cette collection de livres avec une extrême révérence et l’approuvèrent, la considérant comme sacrée et normative. Cela se déduit de la manière de procéder du Christ et de ses disciples. Ils recourent fréquemment au témoignage des Saintes Écritures, les considérant comme parole de Dieu[37].
La collection de Livres Saints acceptée par le Christ contenait sans aucun doute tous les livres protocanoniques admis alors par les Juifs. Parmi ceux-ci, il faut inclure aussi sept livres protocanoniques (Rt, Esd-Ne, Est, Qo, Ct, Ab, Na) qui ne sont cités nulle part dans le Nouveau Testament. Le Christ et les apôtres se conformèrent indubitablement en cela à l’opinion qui était alors commune parmi les Juifs palestiniens. Et si parfois ces livres sont cités sans être précédés de la formule introductive qui indiquait le caractère divin du livre[38], cela ne veut pas dire qu’ils niaient ce caractère divin aux livres ainsi cités[39].
En ce qui concerne les deutérocanoniques, il est plus difficile de déterminer s’ils étaient admis par le Christ et ses disciples comme canoniques. Car, bien que les auteurs du Nouveau Testament connussent les livres deutérocanoniques, ils ne les citent cependant jamais avec la formule « il est écrit ». De là vient que nous ne pouvons pas conclure avec une certitude absolue que les écrivains néotestamentaires les considéraient comme inspirés et canoniques. Néanmoins, nous pouvons démontrer de manière indirecte que les apôtres les considéraient comme d’origine divine. En effet, le texte sacré utilisé par les apôtres fut la version des Septante, comme il ressort du fait que, sur quelque 350 citations de l’Ancien Testament qui apparaissent dans le Nouveau, environ 300 concordent avec le texte des Septante[40]. Cela démontre que les apôtres se servaient du texte grec des Septante comme du texte sacré par excellence. Ce qui indique qu’il était approuvé par les apôtres eux-mêmes, comme l’affirme saint Augustin[41]. Et, par conséquent, ils admettaient comme canoniques et inspirés tous les livres qui y étaient contenus, y compris les deutérocanoniques, qui faisaient partie de ladite version. Comme les apôtres étaient les gardiens du dépôt de la foi, dont la source est la Sainte Écriture, s’ils n’avaient pas considéré les livres deutérocanoniques comme inspirés, ils auraient eu l’obligation stricte d’en avertir les fidèles. D’autant plus que les deutérocanoniques étaient mêlés aux protocanoniques dans la version des Septante. Or, dans aucun document ancien nous ne trouvons la moindre trace d’un tel avertissement. Tout au contraire, les témoignages anciens affirment que l’Église reçut des apôtres la collection complète des livres de l’Ancien Testament, comme nous allons le voir tout de suite.
On ne trouve pas dans le Nouveau Testament de citations explicites des livres deutérocanoniques. Mais on y rencontre de fréquentes allusions qui démontrent que les auteurs néotestamentaires connaissaient les deutérocanoniques de l’Ancien Testament. Que les exemples suivants suffisent :
Si 5,13 – Jc 1,19
Si 24,17 (23) – Jn 15,1
Si 24,25 – Mt 11,28s
Si 28,2 – Mt 6,14
Si 51,1 – Mt 11,25-27
Si 51,23s – Mt 11,28s
2 M 6,18-7,42 – He 11,35
Sg 2,13.18-20 – Mt 27,43
Sg 3,8 – 1 Co 6,2
Sg 5,18-21 – Ep 6,13-17
Sg 6,18 – Rm 13,9s
Sg 7,25 – He 1,3
Sg 12,12 – Rm 9,20
Sg 13-15 – Rm 1,19-32
Sg 17,1 – Rm 11,33
2. L’ÉGLISE PRIMITIVE (Ier-IIe S.).- Personne ne met en doute que l’Église primitive ait reçu comme livres canoniques et inspirés — suivant l’exemple de Jésus-Christ et des apôtres — tous les protocanoniques de l’Ancien Testament. En revanche, il n’en va pas de même pour les livres deutérocanoniques. À leur sujet, certaines discussions ont eu lieu à l’âge patristique.
Il y eut d’abord une période d’unanimité (Ier-IIe s.), durant laquelle n’apparaît aucun doute sur l’autorité et l’inspiration des livres deutérocanoniques. Du moins, aucune trace de doutes n’est parvenue jusqu’à nous dans les écrits des Pères. Les écrivains chrétiens anciens citent les livres proto et deutérocanoniques sans faire aucune distinction. Nous avons des témoignages très importants des Pères des Ier-IIe siècles. Les Pères apostoliques, bien qu’ils n’affirment pas explicitement que les deutérocanoniques sont inspirés, citent cependant leurs paroles avec les mêmes formules que les autres Écritures.
La Didachè (vers 90-100) 4,5 fait clairement allusion à Si 4,31 (36). De même, Didachè 5,2 se réfère à Sg 12,7, et Didachè 10,3 à Sg 1,4.
Saint Clément de Rome (+101) allègue l’exemple de Judith et la foi d’Esther[42]. Il fait aussi allusion au livre de la Sg et au Si[43].
L’Épître de Barnabé (vers 93-97 apr. J.-C.) semble faire allusion, en 6,7, à Sg 2,12, et en 19,9 à Si 4,36.
Saint Polycarpe (+156) cite, bien que non expressément, dans l’Epistola ad Philippenses 10,2, Tb 4,11, ou bien 12,9[44].
Saint Ignace d’Antioche (+109) fait allusion au livre de Judith 16,14 dans son Epistola ad Ephes. 15,1.
Le Pasteur d’Hermas (vers 140-154) contient de nombreuses allusions à divers livres deutérocanoniques : au Si, à Tobie, au 2 M et à la Sg[45].
Lorsque commencèrent en Orient les disputes des chrétiens avec les Juifs, les apologistes se virent obligés de se servir uniquement des livres protocanoniques, parce que les Juifs n’admettaient pas la canonicité des deutérocanoniques. C’est ce que nous dit expressément saint Justin[46].
Saint Justin (+165), dans son Apologie 1,46, fait allusion aux parties deutérocanoniques de Dn 3. Et dans le Dialogue avec Tryphon 71, il accuse les Juifs de rejeter de la version grecque des Septante les Écritures qui témoignaient en faveur du Christ.
Athénagore (vers 177), dans son ouvrage Legatio pro Christianis 9, cite explicitement Ba 3,36, le considérant comme l’un des prophètes.
Saint Irénée (+202) cite Baruch sous le nom de Jérémie[47]. Il allègue les chapitres 13 et 14 de Daniel, les attribuant à ce prophète[48]. Il se sert aussi fréquemment du livre de la Sagesse[49].
Clément d’Alexandrie (+215) connaît tous les livres et passages deutérocanoniques, si l’on excepte 1 et 2 M, et les considère comme sacrés et canoniques[50].
Origène (+254) se sert fréquemment de tous les livres deutérocanoniques, qu’il considère comme inspirés, suivant en cela — comme il le confesse lui-même — l’autorité de l’Église[51] : « Ausi sumus uti in hoc loco Danielis exemplo, non ignorantes, quoniam in hebraeo positum non est, sed quoniam in Ecclesiis tenetur » (« …nous savons que cet exemple de la vie de Daniel ne se trouve pas dans le texte hébreu, mais nous l’utilisons parce qu’il est accepté dans les Églises »).
Tertullien (+ vers 225) cite tous les livres deutérocanoniques, sauf Tb et les parties deutérocanoniques d’Est. Il accuse en outre les Juifs de rejeter beaucoup de choses des Livres Saints qui étaient favorables au Christ[52].
Saint Cyprien (+258) place parmi les Écritures canoniques tous les livres deutérocanoniques, à l’exception de Judith[53].
Saint Hippolyte de Rome (+235) admet tous les deutérocanoniques, à l’exception de Judith et des parties deutérocanoniques d’Esther[54].
Cette tradition unanime au sujet des livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament est confirmée par le témoignage des monuments, des peintures et des sculptures dont on ornait les cimetières chrétiens des premiers siècles. Dans les peintures, surtout, sont représentés des faits et des personnages dont nous parlent les livres deutérocanoniques. On a trouvé trois peintures et deux sculptures de Tobie. Les trois jeunes gens du livre de Daniel sont représentés dans la fournaise, les bras levés en attitude de prière[55]. De cette scène, 17 peintures et 25 sculptures nous ont été conservées. On montre aussi Suzanne entre les deux vieillards dans 6 peintures et 7 sculptures, et Daniel en attitude de prononcer la sentence contre les deux vieillards pervers (deux peintures et une sculpture). On voit aussi fréquemment Daniel dans la fosse aux lions (39 peintures et 30 sculptures)[56].
Cela nous démontre que les chrétiens, à partir du IIe siècle apr. J.-C.[57], se servaient tant des livres protocanoniques que des deutérocanoniques. Et ils leur attribuaient la même autorité qu’aux protocanoniques.
L’unanimité de la tradition chrétienne au sujet des livres deutérocanoniques durant les deux premiers siècles de notre ère est admirable. Et cette unanimité ressort encore davantage si nous tenons compte du fait que l’Église n’avait encore donné aucune décision officielle sur le canon des Saintes Écritures.
3. PÉRIODE DE DOUTES AU SUJET DES DEUTÉROCANONIQUES (IIIe-Ve S.).- À la fin du IIe siècle et au début du IIIe commencent à se manifester les premiers doutes sur l’inspiration des deutérocanoniques. Ces doutes, plutôt de type théorique, dureront jusqu’à la fin du Ve siècle. Nous les appelons de type théorique parce que les auteurs qui doutent de l’autorité divine des deutérocanoniques continuent, dans la pratique, à les citer et à s’en servir à côté des protocanoniques comme écriture sacrée.
Les causes qui donnèrent origine à ces doutes durent être multiples. En premier lieu, les disputes avec les Juifs. Comme ceux-ci niaient l’autorité des deutérocanoniques, les apologistes, en disputant avec eux, se voyaient obligés de se servir seulement des livres protocanoniques. Cela dut influer sur certains écrivains qui commencèrent à douter de l’autorité divine des deutérocanoniques. Et ces doutes s’étendirent de plus en plus dans diverses régions. Les premiers témoignages sont :
Saint Méliton de Sardes (vers l’an 170 apr. J.-C.), après un voyage en Palestine pour connaître exactement les lieux où se déroulèrent les faits racontés dans l’Ancien Testament et pour savoir quels et combien étaient les livres de l’ancienne économie, envoie leur liste à l’évêque Onésime. Dans cette liste ne figurent que les livres protocanoniques, sauf Esther, sans doute parce qu’à cette époque certains Juifs doutaient de l’autorité divine d’Esther[58].
Origène (+254) rapporte — vers l’an 231 — que beaucoup de chrétiens doutaient de l’inspiration de certains livres de l’Ancien Testament[59]. Lui-même, écrivant au diacre Ambroise, ne juge pas suffisant d’appuyer ses raisons sur des arguments tirés de deux livres deutérocanoniques. Ce qui indique qu’à cette époque il y avait bon nombre de chrétiens qui doutaient des deutérocanoniques ou les rejetaient. Dans son commentaire du psaume 1, il donne la liste de 22 livres, c’est-à-dire celle des protocanoniques[60]. Et dans son ouvrage De Principiis 4,3, il affirme que le livre de la Sagesse est écriture, mais non canonique, parce que « tous ne lui reconnaissent pas d’autorité ». Dans la pratique, cependant, Origène emploie fréquemment les deutérocanoniques sans faire aucune distinction avec les protocanoniques[61].
Au IIIe siècle, nous trouvons une autre cause qui dut influer puissamment sur l’esprit de nombreux écrivains de cette époque : les livres apocryphes. Ceux-ci se répandaient à la faveur de noms de grande autorité qui, cependant, n’avaient rien à voir avec lesdits livres. De là surgirent des doutes encore plus grands au sujet des deutérocanoniques, dont on doutait déjà.
Au IVe siècle, beaucoup de Pères grecs n’admettent que les livres protocanoniques et attribuent aux deutérocanoniques une moindre autorité, du moins théoriquement. Cependant, dans la pratique, ils ne font guère de distinction entre les proto et les deutérocanoniques.
Saint Athanase (+373) n’énumère que 22 livres de l’Ancien Testament, c’est-à-dire les protocanoniques. En outre, il omet Esther, mais ajoute Baruch avec la lettre de Jérémie. Il cite ensuite d’autres livres non canoniques (gr. « ou kanonizómena »), composés par les Pères, qui doivent être lus aux catéchumènes : la Sagesse, le Si, Est, Jdt, Tb, la Didachè, le Pasteur d’Hermas[62]. De ceux-ci doivent être distingués les apocryphes, qui ne doivent pas être lus. Dans la pratique, il semble que saint Athanase utilise aussi les deutérocanoniques comme inspirés, sans les distinguer des protocanoniques[63].
Saint Cyrille de Jérusalem (+386) n’admet que les 22 livres protocanoniques, en incluant parmi eux Baruch et la lettre de Jérémie. Il connaît aussi les livres apocryphes et ceux « dont on doute » (gr. « amphiballómena »), probablement les deutérocanoniques, lesquels sont presque tous cités dans ses Catéchèses comme inspirés[64]. Saint Cyrille interdit aux catéchumènes de lire tant les livres apocryphes que les livres incertains ou deutérocanoniques[65]. Cependant, cette interdiction ne l’empêche pas d’utiliser les deutérocanoniques comme Livres Saints avec force probante.
Saint Épiphane (+403), de même, nous donne la liste des livres protocanoniques de l’Ancien Testament, qui, selon lui, sont au nombre de 22, conformément aux lettres de l’alphabet hébreu. Parmi les protocanoniques, il énumère Est, Ba et la lettre de Jr. Quant au livre de la Sagesse et à l’Ecclésiastique, il affirme qu’ils sont douteux (gr. « en amphilekto »). Les autres, il les considère comme apocryphes (enapókryfa)[66]. Dans la pratique, il cite lui aussi fréquemment les deutérocanoniques, et parfois avec la formule : « mû par l’Esprit Saint », ou « parole de l’Esprit Saint »[67].
Saint Grégoire de Naziance (+389) n’admet que 22 livres de l’Ancien Testament, parmi lesquels manque Esther. Il ne fait aucune allusion à des livres d’autres catégories. Dans ses œuvres, cependant, il utilise avec une certaine fréquence beaucoup des deutérocanoniques[68].
Saint Amphiloque (+ après 394) parle de trois catégories de livres : les livres certains (gr. « asphaléis »), qui sont les protocanoniques, moins Esther. Tous les autres sont pseudonymes (gr. « pseudónymoi »). Mais parmi ceux-ci, il y a deux groupes : « les intermédiaires et proches de la vraie doctrine », qui sont peut-être les deutérocanoniques, et les « apocryphes », qui sont faux et séducteurs[69]. Mais, à l’exemple des Pères précédents, il cite lui aussi les deutérocanoniques[70].
Durant le Ve siècle, les doutes au sujet des deutérocanoniques diminuent assez sensiblement. Nous ne trouvons que quelques rares témoignages d’écrivains orientaux qui rejettent encore les deutérocanoniques[71]. Cependant, les doutes des Pères orientaux pénétrèrent en Occident, parvenant à influencer certains Pères latins, qui en vinrent à douter de l’inspiration des livres deutérocanoniques ou à la rejeter. Ainsi pensent, entre autres :
Saint Hilaire de Poitiers (+366), qui n’admet que les 22 livres protocanoniques, selon les lettres hébraïques. Mais il fait lui-même observer que certains ajoutent Tobie et Judith, obtenant ainsi le nombre 24 des lettres grecques[72]. Dans la pratique, toutefois, il utilise presque tous les livres deutérocanoniques[73], les considérant comme Écriture sacrée ou prophétie.
Rufin (+410) distingue trois classes de livres : ceux qui furent reçus par les Pères dans le canon, c’est-à-dire les protocanoniques, dont il énumère 22 ; les livres ecclésiastiques, qui doivent être lus à l’église, mais qui ne peuvent pas être allégués comme autorité pour confirmer la foi. Ce sont : Sg, Si, Tb, Jdt, 1-2 M. Et, finalement, les apocryphes, qui ne peuvent pas être lus à l’église[74]. Cependant, lui aussi cite les deutérocanoniques, et parfois comme Écriture sacrée[75]. D’autre part, c’est de Rufin qu’est l’affirmation suivante : « Id pro vero solum habendum est in Scripturis divinis, quod LXX interpretes transtulerunt : quoniam id solum est quod auctoritate apostolica confirmatum est » (« nous devons considérer comme véritable dans les Écritures divines seulement ce que les traducteurs de la version des LXX nous ont transmis, puisque cela seul a été confirmé par l’autorité apostolique »)[76]. Or, la version grecque des LXX contenait aussi les livres deutérocanoniques ; il semble donc que Rufin admettait en quelque manière l’autorité canonique desdits livres.
Saint Jérôme (+420) semble avoir, dans un premier temps, considéré tous les deutérocanoniques comme sacrés et canoniques, puisqu’il suivait la version des LXX, qui les contenait tous. Cependant, à partir de l’an 390, quand il commença sa version directe de l’hébreu, influencé, semble-t-il, par ses maîtres juifs, il n’admet plus que les livres contenus dans la Bible hébraïque. En ce sens, il nous dit dans le Prologue galeatus : « Hic prologus Scripturarum, quasi galeatum principium, omnibus libris, quos de hebraeo vertimus in latinum, convenire potest, ut scire valeamus, quidquid extra hos est, inter apocrypha esse ponendum. Igitur, Sapientia quae vulgo Salomonis inscribitur, et Iesu filii Sirac liber (Si) et Iudith et Tobias et Pastor non sunt in canone. Machabaeorum primum librum hebraicum repperi. Secundus graecus est » (« ce prologue des Écritures, comme un commencement casqué, peut convenir à tous les livres que nous traduisons de l’hébreu en latin, afin que nous sachions que tout ce qui est en dehors de ces livres doit être compté parmi les apocryphes. Ainsi donc, la Sagesse, qui est communément attribuée à Salomon, et le livre de Jésus fils de Sirac (l’Ecclésiastique), et Judith et Tobie et le Pasteur ne sont pas dans le canon. Le premier livre des Maccabées, je l’ai trouvé en hébreu, le second est en grec »)[77]. Vers l’an 397, il confirme sa pensée en refusant aux deutérocanoniques toute valeur probante en matière dogmatique : « Sicut ergo Iudith et Tobi et Machabaeorum libros legit quidem Ecclesia, sed inter canonicas scripturas non recipit : sic et haec duo volumina (Si et Sg) legat ad aedificationem plebis, non ad auctoritatem ecclesiasticorum dogmatum confirmandam » (« Et de même que l’Église lit certes les livres de Judith, de Tobie et des Maccabées, mais ne les reçoit pas parmi les Écritures canoniques, de même qu’elle lise ces deux volumes — l’Ecclésiastique et la Sagesse — pour l’édification des fidèles, mais non pour confirmer l’autorité des dogmes ecclésiastiques »)[78]. En l’an 403, dans une lettre à Læta, où il lui donne des instructions pour l’éducation chrétienne de sa fille, après avoir proposé le canon des Hébreux, il ajoute cet avertissement : « Caveat omnia apocrypha. Et si quando ea non ad dogmatum veritatem, sed ad signorum reverentiam legere voluerit, sciat… multa his admixta vitiosa » (« Qu’elle se garde de tous les apocryphes. Et si elle voulait malgré tout les lire, non pour fonder la vérité des dogmes, mais par révérence pour ce qu’ils représentent, qu’elle sache que… il s’y mêle beaucoup de choses défectueuses »)[79]. Il rejette les parties deutérocanoniques d’Esther et de Daniel (dans les préfaces aux deux livres)[80], de même que Baruch et la lettre de Jérémie, parce que les Hébreux ne les considèrent pas comme sacrés et canoniques[81].
En d’autres endroits de ses œuvres, il ne se montre pas aussi tranchant à l’égard des deutérocanoniques. C’est ainsi qu’il traduit vers 390-391 le livre de Tobie à la demande de quelques amis. Il fait observer, cependant, que les Hébreux le considéraient comme apocryphe ; mais il justifie sa décision de le traduire en disant : « melius esse iudicans pharisaeorum displicere iudicio et episcoporum iussionibus deservire » (« il vaut mieux s’opposer au jugement des pharisiens et obéir aux ordres des évêques »)[82]. De même, il traduit Judith, après que plusieurs amis le lui eurent demandé, mais il proteste que les Hébreux le tenaient pour apocryphe, et affirme que son « auctoritas ad roboranda illa quae in contentionem veniunt, minus idonea iudicatur » (« l’autorité de ces livres pour fonder les vérités qui sont mises en discussion est jugée moins idoine »)[83]. En l’an 394, il dit en se référant à Judith : « Legimus in Iudith, si cui tamen placet volumen recipere » (« Nous lisons dans le livre de Judith — si l’on veut bien accepter ce livre — que… »)[84] ; en 397, il place le livre de Judith à côté de Ruth et d’Esther : « Ruth et Esther et Iudith tantae gloriae sunt, ut sacris voluminibus nomina indiderint » (« Ruth, Esther et Judith sont des noms d’une telle gloire qu’ils en vinrent à donner leurs noms aux livres saints »)[85]. Et vers 405, parlant du même livre de Judith, il écrit : « Hunc librum synodus nicaena in numero sanctarum Scripturarum legitur computasse » (« on lit que le concile de Nicée a compté ce livre au nombre des Saintes Écritures »)[86]. De Tobie, il dit aussi en une autre occasion : « Liber… Tobiae, licet non habeatur in canone, tamen usurpatur ab ecclesiasticis viris » (« Le livre de Tobie, bien qu’il ne soit pas dans le canon, est cependant utilisé fréquemment par les hommes d’Église »)[87].
Le saint Docteur cite aussi fréquemment les deutérocanoniques, les considérant comme Écriture sacrée[88]. On a compté environ deux cents citations des livres deutérocanoniques chez saint Jérôme[89].
Cependant, c’est aujourd’hui une opinion assez commune que saint Jérôme, après l’an 390, nia l’inspiration des deutérocanoniques de l’Ancien Testament et les exclut du canon. Qu’on tienne compte du fait qu’il s’agissait là d’une opinion personnelle et privée, qui n’avait rien à voir avec la doctrine et l’enseignement de l’Église, comme nous le verrons.
Il faut noter, cependant, que l’opinion qui rejetait les deutérocanoniques ou leur attribuait une moindre autorité fut le fait d’une minorité de Pères. La plus grande partie des Pères grecs et latins des IVe et Ve siècles considèrent les deutérocanoniques comme sacrés et inspirés[90]. Parmi eux, nous pouvons compter saint Basile le Grand (+379)[91], saint Grégoire de Nysse (+395)[92], saint Ambroise (+396)[93], saint Jean Chrysostome (+407)[94], Orose (+ vers 417)[95], saint Augustin (+430)[96], saint Cyrille d’Alexandrie (+444)[97], Théodoret de Cyr (+458)[98], saint Léon le Grand (+461), saint Isidore de Séville (+636) et les Pères de l’Église syriaque, Aphraate et saint Éphrem[99].
Les Pères cités, et d’autres encore que nous pourrions citer, considèrent les deutérocanoniques comme Livres Saints. Mais tous ne citent pas le catalogue complet des livres deutérocanoniques, parce qu’ils s’en servent d’ordinaire d’une manière occasionnelle. Il suffit qu’ils citent l’un des deutérocanoniques comme Écriture sacrée pour que soit sauf le principe selon lequel les deutérocanoniques ont la même autorité que les protocanoniques.
Les codex grecs des IVe et Ve siècles qui sont parvenus jusqu’à nous confirment la tradition patristique, car ils contiennent les deutérocanoniques. Mais ceux-ci ne sont pas placés à la fin, comme en appendice, mais à leur place déterminée. C’est ainsi que nous les présentent les principaux codex : le Sinaïticus (S), le Vaticanus (B) et l’Alexandrinus (A).
Une autre preuve forte de la canonicité des deutérocanoniques nous est donnée par les conciles provinciaux africains d’Hippone (an 393 apr. J.-C.) et les IIIe et IVe de Carthage (années 397 et 419), qui nous présentent le catalogue complet des Livres Saints, en y incluant aussi les deutérocanoniques. Le pape saint Innocent Ier, dans une lettre à l’évêque de Toulouse, Exupère, de l’an 405, donne également le catalogue complet des livres canoniques[100].
4. RETOUR À L’UNANIMITÉ (VIe s. et suivants).- À partir de la fin du Ve siècle, les doutes au sujet des deutérocanoniques vont disparaissant. De cette manière se rétablit au VIe siècle l’unanimité, qui n’est pas obscurcie par quelques voix discordantes, lesquelles doutent encore de l’inspiration des deutérocanoniques. Celles-ci sont assez rares en Orient ; moins rares en Occident, où l’autorité de saint Jérôme exerça une grande influence, faisant que certains doutèrent jusqu’à l’époque du concile de Trente. Cependant, dès le VIIe siècle, saint Isidore de Séville exprimait très bien le sentiment de l’Église par ces paroles : « Quos (deuterocanonicos libros) licet Hebraei inter apocrypha separent, Ecclesia Christi tamen inter divinos libros et honorat et praedicat » (« bien que les Hébreux comptent ces livres — les deutérocanoniques — parmi les apocryphes, l’Église du Christ, cependant, les honore et les proclame comme livres divins »)[101].
Chez les Grecs, les Pères suivants n’admettent pas encore le canon complet : Théodore de Mopsueste (+428)[102], Léonce de Byzance (+543)[103], saint Jean Damascène (+ vers 754)[104] et Nicéphore de Constantinople (+829)[105]. Chez les Latins, doutent encore de la canonicité et de l’inspiration des deutérocanoniques : Junilius l’Africain (+ vers 550)[106], saint Grégoire le Grand (+604)[107], Walafrid Strabon (+849)[108], Rupert de Deutz (+1135)[109], Hugues de Saint-Victor (+1141)[110], Hugues de Saint-Cher (+1263)[111], Nicolas de Lyre (+1340)[112], Alphonse Tostat (+1455)[113], saint Antonin de Florence (+1459)[114], Denys le Chartreux (+1471)[115] et le cardinal Thomas de Vio Cajétan (+1534)[116].
Saint Thomas d’Aquin (+1274) met les deutérocanoniques sur le même plan que les autres livres de la Sainte Écriture, comme on le voit clairement par un discours académique de 1252, découvert en 1912 par le P. Salvatore[117], dans lequel il mentionne tous les livres de la Bible, tant les proto que les deutérocanoniques. C’est pourquoi les doutes exprimés antérieurement par certains auteurs au sujet de la pensée de saint Thomas n’ont aucun fondement.
5. DÉCISIONS DE L’ÉGLISE AU SUJET DU CANON BIBLIQUE.- L’Église chrétienne a toujours considéré les livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament comme inspirés, et elle les a reçus avec la même révérence et la même vénération que les protocanoniques. Ce fut la cause pour laquelle lesdits livres furent lus dans les assemblées liturgiques dès les premiers siècles de l’Église.
Les premières décisions officielles de l’Église connues de nous datent du IVe siècle. Le concile d’Hippone (an 393) établit, en effet, que « praeter Scripturas canonicas nihil in Ecclesia legatur sub nomine divinarum Scripturarum » (« que rien ne soit lu dans l’Église sous le nom d’Écritures divines, sinon les seules Écritures canoniques »), et il donne ensuite le catalogue complet des Livres Saints[118]. Ce même canon est proposé par les conciles III et IV de Carthage, célébrés respectivement en 397 et 419[119], et par le pape saint Innocent Ier dans une lettre à l’évêque de Toulouse Exupère (an 405)[120].
Les Grecs reçurent le canon complet du IVe concile de Carthage au IIe concile in Trullo (an 692)[121]. Et Photius (+891) fit de même[122]. Certains auteurs affirment que le synode de Nicée (an 325) avait déjà déterminé le canon des Livres Saints ; cependant, il paraît plus vraisemblable de le nier, puisque dans les canons conciliaires qui sont parvenus jusqu’à nous, rien n’est dit du canon des Livres Saints. Quant au canon 60 du concile de Laodicée (vers 360), qui n’énumère de l’Ancien Testament que les livres protocanoniques, en incluant Baruch, on sait aujourd’hui qu’il n’est pas authentique, mais qu’il est une addition ancienne faite aux canons dudit concile[123].
Le Décret de Gélase donne le canon complet des Saintes Écritures[124]. Ce décret est attribué aussi à saint Damase Ier (366-384) et à saint Hormisdas (514-523). Cependant, de nos jours, les critiques ont coutume de nier son authenticité. Il ne s’agirait pas d’un document provenant d’une autorité publique, comme un concile ou un pape, mais d’une œuvre privée composée par un clerc en Gaule méridionale ou en Italie septentrionale au début du VIe siècle. D’autres critiques, en revanche, défendent son authenticité.
Sont également des témoignages de la tradition ecclésiastique de cette époque les catalogues des Livres Saints qui se trouvent dans quelques anciens codex de la Sainte Écriture. Le codex Claromontanus (DP), composé au Ve-VIe siècle, contient le canon du IIIe-IVe siècle, avec les livres deutérocanoniques[125]. Le Canon de Mommsen, du IVe siècle, nous présente aussi le canon complet[126].
L’enseignement traditionnel sur le canon fut confirmé solennellement par le concile de Florence, lequel, dans le décret pro Iacobitis (4 février 1441), donne le canon complet des Livres Saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, en incluant tous les deutérocanoniques[127]. « (L’Église) professe — affirme le concile — que le même et unique Dieu est l’auteur de l’Ancien et du Nouveau Testament…, puisque c’est sous l’inspiration du même Esprit Saint qu’ont parlé les saints de l’un et l’autre Testament, dont elle reçoit et vénère les livres… »[128].
Et, finalement, le concile de Trente, pour faire face aux protestants, qui niaient les deutérocanoniques de l’Ancien Testament, définit solennellement le canon des Saintes Écritures. Dans la session IV, du 8 avril 1546, est promulgué le décret solennel, qui dit : « Le sacro-saint concile de Trente, œcuménique et général…, reçoit et vénère avec le même pieux attachement et la même révérence tous les livres, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament… Et si quelqu’un ne recevait pas comme sacrés et canoniques ces livres entiers avec toutes leurs parties, tels qu’on a coutume de les lire dans l’Église catholique et qu’ils sont contenus dans l’ancienne version Vulgate latine, ou méprisait sciemment et volontairement les traditions susdites, qu’il soit anathème »[129].
Le concile Vatican I, dans le but de dissiper quelques doutes isolés, qui subsistaient encore chez tel ou tel auteur catholique au sujet de l’autorité des livres deutérocanoniques, renouvela et confirma le décret du concile de Trente. Et il déclara solennellement : « Si quelqu’un ne reçoit pas comme sacrés et canoniques les livres de la Sainte Écriture entiers, avec toutes leurs parties, tels que le saint concile de Trente les a énumérés, ou nie qu’ils soient divinement inspirés, qu’il soit anathème »[130].
Finalement, le concile Vatican II répète et confirme de nouveau la doctrine des deux conciles précédents, par ces paroles : « Notre sainte Mère l’Église, fidèle à la foi des Apôtres, reconnaît que tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, sont sacrés et canoniques, en tant que, écrits sous l’inspiration de l’Esprit Saint, ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été confiés comme tels à l’Église » (Const. dogmatique Dei Verbum ch. 3, n. 11).
6. Le canon de l’Ancien Testament dans les autres églises chrétiennes.-
a) L’Église syriaque : Chez les Syriens a existé une tradition assez semblable à celle de l’Église catholique en ce qui concerne les livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament. La plupart de leurs écrivains les considèrent comme inspirés et canoniques. Le monophysite Jacques d’Édesse (+708) admet Ba, Est, Jdt, Sg, Si. Grégoire Barhébraeus (+1286) commente dans ses écrits Dn 3 et 13, Sg, Si, et cite aussi Ba et M. L’écrivain nestorien Isho’dad (+852) présente un canon de 22 livres ; mais Ébedjésus (+1318) énumère dans son catalogue la majorité des deutérocanoniques, de même qu’Ibn Chaldun (+1406). L’ancienne Église syriaque admettait aussi les deutérocanoniques, comme nous le prouve le catalogue des Livres Saints du IVe siècle qui est parvenu jusqu’à nous[131].
b) L’Église éthiopienne admet aussi le canon complet de l’Ancien Testament, auquel elle a incorporé quelques livres apocryphes, comme le 4 Esd, le 3 M, Hénoch[132].
c) L’Église copte et l’arménienne admettent le canon complet de l’Ancien Testament. Mais, à l’exemple des Éthiopiens, elles admettent certains livres apocryphes. Les Coptes ajoutent le psaume 151 et le 3 M[133], et les Arméniens incluent le 3 Esd, le 3 M, le Testament des XII patriarches, etc.
d) Grecs orthodoxes. L’Église grecque admit le canon complet de l’Ancien Testament depuis le concile in Trullo (an 692) jusqu’au XVIIe siècle. Photius lui-même, auteur du schisme, admit les deutérocanoniques[134]. Cependant, au XVIIe siècle, sous l’influence des protestants, commencèrent à apparaître certains doutes au sujet desdits livres. Ce fut principalement Cyrille Lucaris (+1638), patriarche de Constantinople, lequel, contaminé de calvinisme, rejeta les deutérocanoniques en les considérant comme apocryphes[135]. Toutefois, le synode de Constantinople célébré en 1638 sous le successeur de Cyrille Lucaris, Cyrille Contari, et les synodes de Jassy (an 1642) et de Jérusalem (1672) condamnèrent la sentence de Cyrille Lucaris et acceptèrent le canon complet des Livres Saints, en y incluant les deutérocanoniques.
Au milieu du XVIIIe siècle, sous l’influence de l’Église russe, les doutes sur les deutérocanoniques commencèrent à réapparaître et trouvèrent un écho chez bon nombre de théologiens grecs. Aujourd’hui, la canonicité de ces livres est rejetée par beaucoup. Et comme il n’y a pas encore eu de décision officielle de l’Église grecque à ce sujet, l’admission ou la négation des deutérocanoniques est actuellement une opinion libre.
e) L’Église russe accepta jusqu’au XVIIe siècle le canon complet de l’Ancien Testament. Mais à la fin du XVIIe siècle, l’empereur Pierre le Grand (1689-1725), pour des raisons nationalistes, sépara l’Église russe de la grecque orthodoxe et supprima le patriarcat, instituant à sa place le Saint-Synode. Dans cette œuvre, il fut efficacement aidé par l’évêque Théophane Prokopovitch, lequel, entre autres choses, niait la canonicité des deutérocanoniques de l’Ancien Testament[136]. Cette opinion fut acceptée par de nombreux théologiens et en vint même à être approuvée par le Saint-Synode[137]. De là vient qu’aujourd’hui nombreux sont ceux qui rejettent la canonicité des deutérocanoniques.
f) Les protestants, du fait qu’ils nient l’autorité de l’Église, se virent obligés de déterminer le canon en s’appuyant sur des témoignages historiques ou sur des critères internes et subjectifs. Pour cette raison, les protestants conservateurs, suivant l’autorité de saint Jérôme, rejettent tous les deutérocanoniques de l’Ancien Testament, les considérant comme apocryphes[138]. Le premier à nier la canonicité des deutérocanoniques fut Carlstadt, en 1520, dont le vrai nom était André Bodenstein[139]. C’est pourquoi la Bible de Zurich de 1529 les place en appendice. Luther le suivit bientôt, lequel, dans sa première traduction allemande de la Bible (an 1534), les place en appendice sous le titre d’apocryphes[140]. En 1540, Calvin rejeta aussi les deutérocanoniques.
Les diverses confessions protestantes rejetèrent également la canonicité des deutérocanoniques. Néanmoins, la Confession gallicane (1559)[141], la Confession anglicane (1562), la Confession belge (1562) et la IIe Confession helvétique (1564) les conservent encore en appendice à la fin de la Bible. Au synode de Dordrecht (Hollande), en 1618, quelques théologiens calvinistes demandèrent que les livres apocryphes[142], c’est-à-dire les deutérocanoniques, fussent éliminés des Bibles. Le synode décida de suivre une voie moyenne, ordonnant qu’à l’avenir ils fussent imprimés en caractères plus petits. Cette coutume a été suivie en général par les luthériens jusqu’à nos jours. Entre les années 1825-1827, et de nouveau dans les années 1850-1853, eurent lieu en Angleterre de dures controverses au sujet de la réception des deutérocanoniques dans la Bible. Cela conduisit la Société biblique anglaise à la détermination (3 mai 1826) de ne plus imprimer désormais les livres deutérocanoniques avec le reste de la Sainte Écriture. Les protestants libéraux modernes, comme ils nient l’ordre surnaturel, nient aussi le concept d’inspiration et de canonicité. Pour eux, tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament sont des écrits purement humains, et le canon s’est formé sous l’influence de causes fortuites, comme cela peut arriver dans n’importe quelle autre littérature profane[143].
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NOTES
- Contra Apion 1,8. ↩
- 4 Esd 14,37-48. ↩
- Talmud de Babylone (Baba bathra 14b-15a). ↩
- Cf. H. E. Ryle, Philo and Holy Scripture (Londres 1895). ↩
- Le nombre 22 correspond aux lettres de l’alphabet hébreu. Ce même chiffre de 22 livres est corroboré par Méliton de Sardes (Eusèbe, Hist. Eccl. 4,26), Origène (Expos. in Ps. I), saint Athanase (Epist. Fest. 39), saint Cyrille de Jérusalem (Catech. 4,33.35), saint Grégoire de Naziance (Carm. 1,12), Rufin (In symb. 37), saint Jérôme (Prol. gal.), saint Épiphane (Mens. et pond. 4s.22), saint Isidore de Séville (Etym. 16,10). ↩
- Les 13 livres des prophètes sont : Jos, Jg-Rt, Samuel, R, Ch, Esdras-Néhémie, les 12 prophètes mineurs, Is, Jr-Lm, Ez, Dn, Jb, Est. ↩
- Ces quatre autres livres doivent être : les Psaumes, Pr, Ct, Qo. Cf. W. Fell, Der Bibelkanon des Josephus : BZ (1909) 1-16.113-122.235-244. ↩
- Le nombre 24 provient probablement de l’alphabet grec. Cette énumération réunit deux à deux les livres de S, les deux des R, les deux des Chroniques et ceux d’Esd et de Ne ; les 12 prophètes mineurs forment aussi une seule unité. ↩
- Talmud signifie « enseignement, doctrine », parce qu’il recueille l’enseignement des rabbins. Le Talmud se compose de deux parties : la Mishna et la Guemara. La Mishna fut compilée à la fin du IIe siècle apr. J.-C., à Tibériade, par le rabbin Juda han-Nasi ; on y mentionne près de 150 rabbins, qui sont ordinairement appelés Tannaïtes. La Guemara est comme le complément du Talmud par les rabbins postérieurs, appelés Amoraïm, qui exposèrent la Mishna en Palestine de l’an 219 à 359, et à Babylone de 219 à 500 apr. J.-C. C’est pourquoi la première est connue comme la révision palestinienne, et la seconde comme la révision babylonienne. ↩
- Baraïta = « extérieur », désigne le matériel qui a été transmis par les rabbins, mais qui n’a pas été incorporé à la Mishna. ↩
- Nb 23-24. ↩
- Il s’agit de Dt 34,5-12 : mort de Moïse. ↩
- Baba Bathra 14b-15a. Cf. H. Strack – P. Billerbeck, Kommentar zum N.T. aus Talmud und Midrasch IV p. 424s. ↩
- Ainsi saint Irénée, Clément d’Alexandrie, Origène, Tertullien, saint Jean Chrysostome. ↩
- Ch. D. Ginsburg, The Massoreth hammasoreth (Londres 1867) p. 111. ↩
- Esd 7,6.11 ; Ne 8-10. ↩
- Contra Apion 1,8. ↩
- Cf. J. T. Milik, Dieci anni di scoperte nel deserto di Giuda (Turin 1957) p. 23. ↩
- Cf. Sg 7,27. ↩
- Par les documents de Qumrân, nous savons que ceux-ci lisaient et utilisaient quelques-uns des deutérocanoniques. Cf. J. T. Milik, Dieci anni di scoperte nel deserto di Giuda (Turin 1957) p. 23. ↩
- Voici l’ordre qu’ils ont dans le codex Vaticanus (B) : Gn, Ex, Lv, Nb, Dt, Jos, Jg, Rt, 1-2 S, 1-2 R, 1-2 Ch, Esd-Ne, Ps, Pr, Qo, Ct, Jb, Sg, Si, Est, Jdt, Tb, Os, Am, Mi, Jl, Ab, Jon, Na, Ha, So, Ag, Za, Ml, Is, Jr, Ba, Lm, Lettre de Jr (=Ba 6), Dn. Manquent 1-2 M, mais ils se trouvent dans le Sinaïticus et l’Alexandrinus. Le B reproduit l’ordre des anciens manuscrits grecs. ↩
- Dans la Geniza d’une ancienne synagogue du Caire, on a trouvé une grande partie du texte hébreu du Si, entre les années 1896-1900. ↩
- Cf. Chagiga 2,1 ; Sanhedrin 10b. Voir S. Schechter, The Quotations from Ecclesiasticus in Rabbinic Literature, Jewish Quarterly Review (1891) 687-706. ↩
- Talmud de Babylone, Erubin 65a ; ibid. Baba kama 92b. ↩
- Les Midrashim sont une exposition libre et parfois arbitraire du texte biblique. ↩
- Praef. in Tob. ↩
- Const. Apost. 5,20. ↩
- Yoma 29a. ↩
- Hanoukka signifie « consécration ». Voir 1 M 4. ↩
- Contra Apion 1,1. ↩
- Dans Eusèbe, Hist. Eccl. 6,25. ↩
- Saint Jérôme, Prol. gal. ↩
- Sg 2,13.18 = Mt 27,43 ; Sg 3,8 = 1 Co 6,2 ; Sg 4,10 = He 11,5 ; Sg 5,18-21 = Ep 6,14.16s ; Sg 6,4.8 = Rm 2,11 ; 13,1 ; Sg 12,24-15,19 = Rm 1,19-32. ↩
- Saint Épiphane, Haer. 8,6. ↩
- C. Orig. 18. ↩
- Dn 13. ↩
- Mc 7,13 ; Rm 3,2. ↩
- Cette formule était : « il est écrit », « il se trouve écrit », et d’autres semblables. ↩
- Le Christ et les apôtres attribuent à la Sainte Écriture une autorité absolue. De là vient que tout ce qui y est écrit doit s’accomplir (Mt 21,42 ; 26,24.31.54.56 ; Lc 4,21 ; 18,31 ; Jn 5,34-39, etc.). Le motif pour lequel Jésus-Christ et les apôtres attribuent aux Écritures une si grande autorité est leur origine divine. Cette origine divine s’exprime dans le N. T. par diverses formules : « L’Esprit Saint a prédit par la bouche de David » (Ac 1,16 ; 3,18.21) ; « Dieu, qui par ses prophètes avait promis dans les saintes Écritures » (Rm 1,2) ; « c’est avec raison que l’Esprit Saint a parlé par le prophète Isaïe » (Ac 28,25). ↩
- Cf. R. Cornely, Introductio generalis : CSS (Paris 1894) n. 31 ; H. H. Swete-R. R. Ottley, An Introduction to the Old Testament in Greek (Cambridge 1914) 381-405. ↩
- Cf. Epist. 82 ad Hieron. 5,35. Il dit littéralement que ladite traduction grecque (LXX) était « ab Apostolis approbata ». ↩
- Cf. Epist. 1 ad Cor 22,4-6. ↩
- Cf. Epist. 1 ad Cor 27,5 (=Sg 11,22 ; 12,12) ; 59,3 (=Si 16,18s). ↩
- Cf. Epist. ad Philip. 10,2. ↩
- Cf. Sim 5,3,8 (=Si 18,30) ; Mand. 5,2,3 (=Tb 4,19) ; Mand. 1,1 (=2 M 7,28) ; Mand. 1,1 (=Sg 1,14). ↩
- Cf. Dialogue avec Tryphon 120. ↩
- Cf. Adv. Haer. 5,31,1. ↩
- Cf. Adv. Haer. 4,5,2 ; 4,26,3. ↩
- Cf. Adv. Haer. 4,38,3. ↩
- Il allègue Jdt 8,27 dans Strom. 2,7,35 : MG 8,969 ; Tb 4,16 dans Strom. 2,23 : MG 8,1089 ; il cite le livre de la Sg 25 fois, celui de Ba 24 fois et celui du Si 50 fois, spécialement dans le Pédagogue. Il fait aussi allusion aux parties deutérocanoniques de Dn et d’Est dans Strom. 1,21 : MG 8,852s. Il est probable qu’il fasse aussi allusion au 2 M 1,10 dans Strom. 5,14 : MG 9,145. ↩
- In Matth. Comm., serm. n. 61. Il cite environ 40 fois la Sg et environ 70 fois le Si, et les appelle « parole divine » (Contra Celsum 3,72 ; 8,50). Tb et Jdt, Dn et Est sont considérés comme sacrés et reçus par l’Église (Ep. ad Africanum n. 2.4.9.13). Il allègue aussi 2 M 7,28 dans De Princ. 2,1,5, et Ba 3,9-13 dans Hom. in Jer. 7,3. ↩
- Cf. De cultu fem. 1,3. ↩
- Cf. ML 4,651-780. ↩
- Cf. MG 10,677-807. ↩
- Cf. Dn 3,24ss plutôt que Dn 3,19. ↩
- Cf. G. Wilpert, Pitture delle catacombe romane (Rome 1903) pp. 39, 52, 112, 265, 307-316, 327-337 ; C. Kaufmann, Handbuch der christlichen Archeologie (Paderborn 1922) 316ss ; F. Grossi-Gondi, I monumenti cristiani iconografici e architettonici dei sei primi secoli (Rome 1923) 12-14 ; O. Marucchi, Manuale di Archeologia cristiana (Rome 1933) pp. 312-314 ; G. Wilpert, La fede della Chiesa nascente (Città del Vaticano 1938) pp. 121ss. ↩
- Les peintures des catacombes romaines vont du IIe au Ve siècle. ↩
- Cf. Eusèbe, Hist. Eccl. 4,26,12-14. ↩
- Cf. De Or. 14,4. ↩
- Cf. Comm. in Ps. 1, dans Eusèbe, Hist. Eccl. 6,25,1s. ↩
- Cf. A. Merk, Origenes und der Kanon des A. T. : Bi (1925) 200-205 ; J. Ruwet, Les « antilegomena » dans les œuvres d’Origène : Bi 23 (1942) 18-42 ; 24 (1943) 18-53 ; idem, Les apocryphes dans les œuvres d’Origène : Bi 25 (1944) 143-166.311-344. ↩
- Cf. Epist. Fest. 39. ↩
- Cf. J. Ruwet, Le canon alexandrin des Écritures. S. Athanase. Appendice : Le canon alexandrin d’après S. Athanase : Bi 33 (1952) 1-29. ↩
- Il cite le Si dans Catech. 2,15 ; 9,6 ; 11,19 : MG 33,404.644.716 ; la Sg dans Catech. 9,2 : MG 33,640, et Dn dans ibid., 2,15s ; 14,25 ; 16,31 : MG 33,421.639.857.961. ↩
- Cf. Catech. 4,33-36. ↩
- Cf. Haer. 8,6 ; 76,5 ; De mens. et pond. 4 et 22s. ↩
- Cf. Haer. 24,6 ; 30,25. ↩
- Il cite le livre de la Sg dans Or. 28,8 : MG 36,34 ; le Si dans Or. 37,6,18 : MG 36,290.304 ; le livre de Ba dans Or. 30,13 : MG 36,121 ; celui de Dn 3,14 dans Carm. praecept. ad virg. 177-184 : MG 37,592s, et Dn 13 dans Or. 36,7 : MG 36,273 ; Carm. 1,12 : De veris Scripturae libris : MG 37,472. ↩
- Cf. Carm. ad Seleucum 251-324. ↩
- Cf. Or. 2,4 ; 1,2. ↩
- Cf. Canons apostoliques (vers 400) : cf. F. X. Funk, Didascalia et constitutiones apostolorum (Paderborn 1905) p. 590s. Le Pseudo-Athanase, dans son ouvrage Synopsis Scripturae Sacrae 1,2.3.39.41s, donne 22 livres. ↩
- Cf. Prol. in Ps. 15. ↩
- Cf. In Ps. 52,19 : ML 9,335 ; In Ps. 66,9 : ML 9,441 ; In Ps. 78,9 : ML 9,482 ; Trin. 4,42 : ML 10,127 ; In Ps. 118,2.8 ; 127,9 ; 135,11 : ML 9,514.708.775 ; In Ps. 125,6 : ML 9,688. ↩
- Cf. Comm. in symb. apost. 36-38. ↩
- Cf. Comm. in symb. apost. 5 et 46 : ML 21,344.385 ; Bened. Ioseph 3 ; Bened. Beniamin 2 : ML 21,332s ; Apol. 2,32-37 : ML 21,611-616. ↩
- Cf. Interpretatio historiae Eusebianae 6,23, dans Rufini vita 17,2 : ML 21,270. Cf. M. Stenzel, Der Bibelkanon des Rufin von Aquileia : Bi 23 (1942) 43-61. ↩
- Cf. Prol. in libr. Samuelis et Malachim. ↩
- Cf. Praef. in libr. Salomonis. ↩
- Cf. Epist. 107 ad Laetam, 12. ↩
- Rufin se scandalisait de ce que saint Jérôme rejetât les parties deutérocanoniques de Daniel, et il les défend vaillamment contre le moine de Bethléem (cf. Rufin, Apol. 2,32-35). ↩
- Cf. Prol. comm. in Ier. À propos de saint Jérôme, on peut consulter les travaux suivants : L. Sanders, Études sur Saint Jérôme (Bruxelles-Paris 1903) p. 196-267 ; P. Gaucher, St. Jérôme et l’inspiration des livres deutérocanoniques : Science catholique 18 (1904) 193-210.334-359.539-555.703-726 ; L. Schade, Die Inspirationslehre des Heiligen Hieronymus : BS 15,4-5 (1910) 163-211 ; L. H. Cottineau, Chronologie des versions bibliques de St. Jérôme : Miscellanea Geronimiana (Rome 1920) 43-68 ; F. Cavallera, St. Jérôme : Sa vie et son œuvre (Paris 1922) 23-63.153-165 ; A. Penna, Principi e carattere dell’esegesi di S. Gerolamo (Rome 1950) ; H. H. Howort, The Influence of St. Jerome on the Canon of the Western Church : JTS (1909) 481-496 ; (1910) 231-247 ; (1912) 1-8 (voir Bi, 1920, 554.561). ↩
- Cf. Prol. in Tob et Prol. in Io. ↩
- Praef. in libr. Iudith. ↩
- Cf. Epist. 54 ad Furiam, 16. ↩
- Cf. Epist. 65 ad Principiam 1-2. ↩
- Cf. Praef. in libr. Iudith. ↩
- Cf. Prol. in Io. ↩
- En 406, il cite la Sg en disant : « Scriptum est, si cui tamen placet librum recipere » (« Il est écrit — si l’on veut bien accepter ce livre — que… »), dans Comm. in Zach. 8,4 ; le Si est allégué avec la formule : « dicente Scriptura Sancta » (« comme le dit la Sainte Écriture »), dans Comm. in Is 3,12 et Epist. 118 ad Iulian. 1 ; Judith est cité en faisant précéder l’expression « legimus in Scripturis » (« nous lisons dans les Écritures »), dans Comm. in Matth. 5,13 ; de Tobie, il parle dans le Comm. in Ecl 8. ↩
- Cf. J. Ruwet, De Canone, dans Institutiones Biblicae 1, p. 113 n. 31. ↩
- Les textes des Pères où ils parlent des deutérocanoniques comme inspirés et canoniques peuvent se voir dans S. M. Zarb, De historia canonis… p. 151ss. ↩
- Ce Père cite tous les deutérocanoniques. Voir S. M. Zarb, o.c., p. 16s. ↩
- Saint Grégoire aussi emploie tous les deutérocanoniques : S. M. Zarb, o.c., p. 168s. ↩
- Il utilise également tous ces livres. Cf. J. Balestri, Biblica introductionis generalis elementa (Rome 1932) n. 284 ; S. M. Zarb, o. c., p. 175s. ↩
- Ce grand commentateur emploie lui aussi tous les deutérocanoniques. Cf. S. M. Zarb, o. c., p. 157-160 ; L. Dennefeld, Der alt. Kanon der antiochenischen Schule : BS 14,4 (1909) 29-38 ; Ch. Baur, Der Kanon des Hl. Johan. Chrysostomus : ThQ (1924) 258-271. ↩
- Il cite la plus grande partie des deutérocanoniques : S. M. Zarb, o. c., p. 190. ↩
- Il donne le catalogue des Livres Saints, parmi lesquels se trouvent tous les deutérocanoniques (Doct. Christ. 2,8,13 : ML 34,41). Cf. C. J. Costello, St. Augustine’s Doctrine on the Inspiration and Canonicity of Scripture (Washington 1930) p. 65-97. ↩
- Cf. A. Kerrigan, St. Cyril of Alexandria Interpreter of the O. T. (Rome 1952) p. 17ss. ↩
- Il utilise la plus grande partie des deutérocanoniques : S. M. Zarb, o. c., p. 164s. ↩
- Cf. T. J. Lamy : RB 2 (1893) 13-17 ; J. Holzmann, Die Peschitta zum Buche der Weisheit (Fribourg 1903) 10. ↩
- Cf. EB n. 16-21. ↩
- Etymologiae 6,1,9. ↩
- Théodore de Mopsueste, s’appuyant sur des raisons de critique interne, rejeta non seulement les deutérocanoniques, mais aussi certains livres protocanoniques, comme Job, le Cantique des Cantiques, Esdras-Néhémie, Esther et les Paralipomènes. Mais ses opinions furent condamnées par le IIe concile de Constantinople (an 553). Cf. L. Pirot, L’œuvre exégétique de Théodore de Mopsueste (Rome 1913) ; J. M. Vosté, L’œuvre exégétique de Théodore de Mopsueste au IIe concile de Constantinople, RB 38 (1929) 382-395.542-554. ↩
- Il donne le catalogue de 22 livres seulement. Dans la pratique, cependant, il cite Ba, Si et Sg (De sectis act. 2,1-4 : MG 86,1200-4). ↩
- Il cite 22 livres et fait observer que Sg et Si n’appartiennent pas au canon (De fide orthod. 4,17 : MG 94,1176-80). ↩
- Cf. MG 100,1056-60. ↩
- Cf. De part. div. legis 1,3. ↩
- Il ne considère pas les livres des M comme canoniques (Moralia 19,21,34 : ML 76,119). ↩
- Il doute de Ba et de la lettre de Jr (Glossa ordin. in Bar : ML 114,63s). ↩
- Il a quelque doute sur la Sg : ML 169,1379 ; 170,331s. ↩
- Il fait une distinction entre les livres canoniques, qui sont 22, et les livres de lecture (De Scripturis et scriptoribus sacris 6 : ML 175,15s). ↩
- Il distingue lui aussi entre livres canoniques (ils sont 22) et livres d’édification. Cependant, dans ses Postillae, il commente tant les proto que les deutérocanoniques. ↩
- Il a la même division que Hugues de Saint-Cher. ↩
- Sa pensée ne paraît pas très claire. Cf. E. Martín Nieto, Los libros deuterocanónicos del A. T. según el Tostado : EstAbulenses (1953) 107. ↩
- Cf. Chron. 1,3,5.9 ; Summa Theol. 3,18,6. ↩
- Il nie la canonicité des deutérocanoniques, à la suite de saint Jérôme. ↩
- Cajétan écrivit : « Iudith, Tobiae et Machabaeorum libri a divo Hieronymo extra canonicos libros supputantur et inter apocrypha locantur, cum libro Sapientiae et Ecclesiastico… Nec turberis, novitie, si alicubi repereris libros istos inter canonicos supputari vel in sacris Conciliis vel in sacris Doctoribus. Nam ad Hieronymi limam reducenda sunt tam verba Conciliorum quam Doctorum… » (« Les livres de Judith, de Tobie et des Maccabées sont comptés par saint Jérôme en dehors des livres canoniques et placés parmi les apocryphes, avec le livre de la Sagesse et l’Ecclésiastique… Et ne te trouble pas, novice, si tu trouves quelque part que ces livres sont comptés parmi les canoniques, soit dans les saints Conciles, soit chez les saints Docteurs. Car c’est à la lime de Jérôme qu’il faut ramener tant les paroles des Conciles que celles des Docteurs… »), dans In omnes authenticos V. T. libros comm., Paris 1546, 481s. Cf. A. Colunga, El Card. Cayetano y los problemas de introducción bíblica : CT (1918) 26-30 ; J. M. Vosté, Thomas de Vio Card. Caietanus sacrae paginae magister (Rome 1935) 9-12. ↩
- Cf. F. Salvatore, Due Sermoni inediti di S. Tommaso d’Aquino (Rome 1912) 17-20. ↩
- Cf. Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et ampl. collectio (Florence 1759) 3,924. ↩
- Cf. EB n. 19 ; Denz. 92. ↩
- Cf. EB n. 21. Cf. C. H. Turner, Latin Lists of the Canonical Books. III : From Pope Innocent’s Epistle to Exuperius of Toulouse : JTS 12 (1911s) 77-82. ↩
- On peut voir le texte dans S. M. Zarb, De historia… p. 193-7. ↩
- Cf. MG 104,589-592. ↩
- Cf. EB n. 12. ↩
- Cf. EB n. 26. ↩
- On peut voir le texte dans J. Ruwet, De Canone, dans Institutiones Bibl. I (Rome 1951) 228ss. ↩
- Cf. W. Sanday, The Cheltenham List of the Canonical Books of the O. and N. T. and of the Writings of Cyprian : Studia biblica et ecclesiastica 3 (1891) 217-303. ↩
- Cf. EB n. 47 ; Denz. 706. ↩
- « (Ecclesia) unum atque eumdem Deum veteris et novi testamenti… profitetur auctorem, quoniam eodem Spiritu sancto inspirante utriusque testamenti sancti locuti sunt, quorum libros suscipit et veneratur » (EB n. 47). ↩
- « Sacrosancta oecumenica et generalis Tridentina synodus, omnes libros tam veteris quam novi testamenti… pari pietatis affectu ac reverentia suscipit ac veneratur… Si quis autem libros ipsos integros cum omnibus suis partibus, prout in ecclesia catholica legi consueverunt et in veteri vulgata latina editione habentur, pro sacris et canonicis non susceperit, et traditiones praedictas sciens et prudens contempserit, anathema sit » (EB n. 57.60). ↩
- « Si quis sacrae Scripturae libros integros cum omnibus suis partibus, prout illos sancta Tridentina Synodus recensuit, pro sacris et canonicis non susceperit, aut eos divinitus inspiratos esse negaverit : anathema sit » (EB n. 79 ; Denz. 1787). ↩
- Cf. A. S. Lewis, Catalogue of the Syriac Mss… : Studia Sinaitica I (Londres 1894) 11-14. ↩
- Cf. A. Baumstark, Der äthiopische Bibelkanon : Oriens Christianus 5 (1905) 162-173 ; M. Chaine, Le canon des livres saints dans l’église éthiopienne : RSR 5 (1914) 22-39. ↩
- Cf. I. Guidi, Il canone biblico della chiesa copta : RB 10 (1901) 161-174. ↩
- Cf. Photius, Syntagma canonum 3 : MG 104,589-592. ↩
- Dans son ouvrage Orientalis Confessio christianae fidei (Genève 1629), il affirme qu’il accepte le canon du synode de Laodicée, qui ne contient pas les deutérocanoniques, sauf Ba. ↩
- Cf. T. Prokopowitcz, Christiana orthodoxa theologia (Leipzig 1792). ↩
- Pour les Russes, la négation de la canonicité des deutérocanoniques est donc presque un dogme de foi. ↩
- Cf. W. H. Daubney, The Use of the Apocripha in the Christian Church (Londres 1900) ; H. H. Howort, The Origin and Authority of the Biblical Canon in the Anglican Church : JTS 8 (1906s) 1-40.231-265 ; 9 (1907s) 188-230 ; 10 (1908s) 182-232. ↩
- Karlstadt, De canonicis scripturis libellus (Wittenberg 1520). ↩
- À ce propos, il dit : « Apocryphes, c’est-à-dire des livres qui ne doivent pas être estimés à l’égal de la Sainte Écriture, mais qui sont bons et peuvent être lus avec profit ». ↩
- Dans la Confession de 1559, on lit : « Utiles non sunt tamen eiusmodi, ut ex iis constitui possit articulus fidei » (« ils sont utiles, mais non de telle sorte que la foi puisse se fonder sur eux »). ↩
- On sait que les protestants appellent apocryphes les deutérocanoniques de l’Ancien Testament ; quant aux livres proprement apocryphes de l’A. T., ils les désignent sous l’appellation de pseudépigraphes. ↩
- E. Von Dobschutz, The Abandonment of the Canonical Idea : The American Journal of Theology 19 (1915) 416-429. ↩