Église catholique

Comment as-tu pu faire cela ? Ta conversion est-elle sérieuse ? Et maintenant tu idolâtres Marie ? Comment peux-tu confier tes secrets les plus intimes à un autre homme en confession ? Pourquoi t’es-tu converti ? Comment peux-tu accepter des enseignements qui ne se trouvent pas dans la Bible ?

Voilà quelques-unes des questions dont on m’assaille depuis que j’ai été reçu dans l’Église catholique. À mesure que les années passent, elles se sont faites plus fréquentes ; j’ai donc décidé de prendre la plume pour informer les curieux. J’espère que ce bref récit aidera les catholiques à comprendre la mentalité « évangélique » et qu’il aidera aussi les évangéliques à réfléchir un peu au problème central qui gît au cœur de cette affaire : l’autorité.

Mon entrée dans l’Église catholique ne fut pas une conversion paulinienne, comme celle survenue sur le chemin de Damas. S’il est vrai que Dieu peut faire de telles choses, mon chemin vers la foi des âges fut une expérience éducative et graduelle. La conversion est, en somme, une affaire spirituelle, mais bien des facteurs peuvent contribuer à ce qu’elle advienne. Mon déplaisir devant la confusion où se trouve la chrétienté évangélique fut le point de départ. Je crois que ce fut la grâce de Dieu qui me permit de discerner la faiblesse de ce système religieux.

Avant que mon insatisfaction ne se fasse sentir, je me sentais très heureux dans le christianisme évangélique. Je me confiais au Christ, je croyais que mes péchés seraient pardonnés et je pensais connaître les Évangiles et le Nouveau Testament. Je pensais aussi que toutes les autres religions étaient dans l’erreur, et je voyais l’Église catholique comme une église apostate pleine de corruption médiévale, qui obscurcissait l’Évangile pour la ruine des âmes. J’étais convaincu que la Parole de Dieu dans la Bible était l’unique autorité pour le croyant (Sola Scriptura) et que j’étais justifié par ma foi seule et rien que ma foi (Sola Fide). C’étaient là, pour moi, les principaux cris de guerre de la Réforme. Quand je rencontrais un catholique, j’essayais de lui montrer la « vérité » et de l’amener à la connaissance du Christ. J’étais si anticatholique que je refusais de prier dans la chapelle de l’aumônier de l’université où j’enseignais. Je savais que l’Union chrétienne évangélique cherchait à convertir les catholiques, et je pensais alors que toute l’affaire catholique n’était que pure hypocrisie.

Mais la grâce de Dieu commençait à opérer dans mon cœur. Tout commença avec la question du baptême. Les chrétiens évangéliques sont très divisés sur ce point. Certains acceptent le baptême des petits enfants, d’autres croient que le baptême est réservé au croyant adulte. J’étudiai les faits et ne pus trouver aucune référence explicite au baptême des petits enfants dans le Nouveau Testament ; je décidai donc de rechercher quand cette pratique avait commencé chez les chrétiens. Se pouvait-il qu’elle remontât au temps des apôtres, ou s’était-elle infiltrée dans l’Église au cours des premiers siècles ? Avec le temps, je découvris que le baptême des petits enfants était clairement appuyé par le témoignage historique. S’il avait été une innovation, il devrait y avoir quelque trace de protestation contre son introduction dans l’Église. Je ne pus trouver un seul groupe chrétien antérieur au XVIe siècle qui rejetât le baptême des enfants. Et je découvris même que ces premiers chrétiens baptistes ne faisaient qu’asperger la tête de l’adulte lors de son baptême. Je constatai que l’immersion (qui était aussi un point important pour certains évangéliques) ne commença qu’au XVIIe siècle. Je trouvai alors que les églises baptistes faisaient piètre figure quant à la rigueur et à la continuité historiques.

Je rejetai donc le baptême « exclusivement pour adultes ». C’était pour moi une part cruciale de la vérité, et j’essayai de convaincre les évangéliques baptistes, maintenant que je connaissais l’erreur de leurs croyances. Certains me dirent que je m’obsédais pour une question d’importance secondaire. Cela me choqua : comment un commandement solennel de Jésus-Christ pouvait-il être tenu pour d’importance secondaire ? Je fus stupéfait lorsque le célèbre leader évangélique Martyn Lloyd-Jones, dans son livre « What Is an Evangelical? » (Qu’est-ce qu’un évangélique ?), commenta la question de la désunion des églises évangéliques en disant : « Une autre question que nous devons ranger dans la même catégorie est celle de l’âge et du mode du baptême : l’âge du candidat et la manière d’administrer le rite du baptême. Je dois donc la ranger dans la catégorie des choses non essentielles, parce qu’on ne peut prouver ni l’un ni l’autre en n’utilisant que les Écritures. J’ai lu des livres sur le sujet pendant quarante-quatre ans, et je crois que j’en sais moins aujourd’hui que je n’en savais avant de commencer. Par conséquent, tout en affirmant avec nous tous que je crois au baptême, parce qu’il est de toute évidence un ordre de Dieu, nous ne devons pas nous séparer sur l’âge du candidat et le mode de son administration. »

Nous avons ici un homme qui, croyant en l’autorité de la Bible comme seul guide du croyant, n’a pas pu établir le modèle biblique du baptême. C’est ce que j’appelle « apprendre et NE PAS parvenir à la connaissance de la vérité ». Ironiquement, dans le même ouvrage, Lloyd-Jones enseigne la suffisance de l’Écriture et affirme que l’évangélisme est bien plus clair dans son raisonnement que le catholicisme ! Cela m’aida à porter mon attention sur d’autres désaccords qui existent entre les évangéliques. S’il ne s’agissait que de questions secondaires, il n’y aurait nul besoin de dénominations séparées, chacune brandissant des théories différentes sur le retour du Seigneur, la signification de la Cène du Seigneur, la possibilité pour le croyant de perdre ou non son salut, ou la dispute sur les dons charismatiques. La liste est longue.

Ma formation académique est celle d’un historien, et à ce titre je me suis concentré sur l’histoire de l’Église. Je n’en revenais pas de constater que je ne pouvais trouver une seule trace de christianisme évangélique dans l’Église avant le XVIe siècle. Ni les vaudois ni les disciples de Wyclif n’avaient idée du salut par la foi seule. Les deux groupes participaient aux sacrements de l’Église catholique et commencèrent comme des mouvements de réforme au sein de l’Église, et non comme des églises séparées. Pas un seul des Pères de l’Église n’a prêché le salut par la foi seule. Wyclif lui-même mourut en assistant à une messe, sans s’être fait baptiser comme croyant et content de son baptême catholique reçu enfant !

La théorie selon laquelle la conversion de l’empereur romain Constantin au IVe siècle marqua le début de la corruption de l’Église est encore plus incroyable. Je découvris que l’Église primitive croyait au baptême des enfants, à la régénération baptismale, aux évêques, à la succession apostolique, à la présence du Christ dans l’Eucharistie, au sacerdoce sacrificiel, aux prières pour les morts et à un rôle particulier pour l’évêque de Rome. Tout cela se trouve clairement des siècles avant Constantin. Selon les mots du cardinal Newman, « se plonger dans l’histoire, c’est cesser d’être protestant ». Je ne pus trouver une seule trace d’évangéliques bibliques, une poignée de fidèles qui se seraient accrochés aux croyances qui distinguent les évangéliques d’aujourd’hui : la Bible seule et la justification par la foi seule. Le traitement évangélique de l’histoire de l’Église est superficiel : on nous parle de gens comme Ambroise, Augustin, Athanase comme s’ils étaient des chrétiens « sola Biblia », en ignorant complètement le contexte catholique dans lequel ils vécurent. Je trouve cela intellectuellement malhonnête.

J’ai découvert que l’histoire des évangéliques repose sur des mythes. L’Église catholique, me disait-on, avait brûlé les exemplaires de la Bible. Au contraire, j’ai constaté que l’Église catholique a préservé la Bible, en définissant le canon de la Bible, et que, oui, elle a brûlé et interdit de lire des éditions qui étaient des traductions inexactes et hérétiques. Par exemple, des Bibles comme la traduction de Tyndale, qui arborait des notes de bas de page attaquant l’Église et le Pape. J’ai aussi trouvé des versions traduites dans les langues vernaculaires parues bien des années avant la Réforme allemande. Les Évangiles avaient déjà été traduits en anglo-saxon bien avant que la langue anglaise ne fût formée !

Je découvris aussi que le fameux « Livre des martyrs » de John Foxe, un catholique apostat du XVIe siècle, était inexact. Beaucoup des « martyrs » du règne de Marie Tudor étaient des antiorthodoxes qui auraient été brûlés sous le règne de la reine protestante Élisabeth. De fait, Foxe soutint un régime qui tortura et tua des catholiques qui voulaient simplement vivre dans la foi de leurs ancêtres. Il soutint aussi un régime qui brûla des chrétiens évangéliques comme les baptistes ! Ce furent des chrétiens protestants qui persécutèrent les pères du puritanisme dans l’Angleterre du XIXe siècle, et ce groupe, à son tour, une fois établi en Amérique, prit part à la persécution de ses propres compagnons dans la foi.

J’avais accepté la fausse idée, perpétuée par Lloyd-Jones et d’autres maîtres évangéliques, selon laquelle les catholiques croient en la révélation continue. Je découvris, bien au contraire, que la doctrine catholique enseigne que la révélation publique s’achève avec ce qu’ont reçu les apôtres et que la foi a été transmise une fois pour toutes aux saints. C’est le devoir de l’Église, « colonne et fondement de la vérité » (1 Tim 3, 15), d’interpréter et de discerner le dépôt originel de la foi. L’Église catholique n’a pas inventé la transsubstantiation au XIIe siècle, pas plus qu’elle n’a inventé le dogme trinitaire au IVe siècle. Comme évangélique, j’étais perplexe de me retrouver dans la même position que les Témoins de Jéhovah, qui arguent que le mot « Trinité » ne se trouve pas dans la Bible. Je pensais que l’enseignement s’y trouvait et que le mot ne faisait que le définir. Mais j’avais alors ce problème : je ne pouvais pas utiliser cet argument avec un catholique en discutant du purgatoire. Ma réponse était que le cas du purgatoire ne pouvait être défini clairement. C’était une réponse plutôt faible, dès lors qu’elle était subjectivement évangélique. Après tout, Luther, Calvin, Wesley et quantité d’autres réformateurs pouvaient « voir » le baptême des petits enfants, tandis que Spurgeon, Billy Graham et bien d’autres ne pouvaient pas le trouver dans la Bible. L’enseignement catholique était plus logique : Dieu a établi une Église comme arbitre final, et on ne peut Lui imputer la confusion. Le développement de la doctrine est comme le développement d’une pellicule photographique. L’image est sur la pellicule, mais à mesure que le temps et les circonstances changent, l’image devient plus visible.

Je ne pus trouver un seul texte affirmant que la Bible seule était suffisante. Le fameux passage où il est affirmé que l’Écriture est utile (2 Tim 3, 16) signifie clairement qu’elle est une aide, mais non qu’elle est suffisante. De même qu’il est profitable pour ma santé de boire de l’eau régulièrement, sans que cela suffise comme alimentation complète. Je ne pus trouver un seul verset où il serait enseigné que la Parole de Dieu devait être exclusivement la parole écrite. Je découvris que Jésus avait honoré des traditions de la foi juive de sa communauté qui ne se trouvaient pas dans l’Écriture. Sa condamnation des fausses interprétations des traditions données par les pharisiens n’était pas une condamnation de la tradition en elle-même, puisque l’Église qu’Il a fondée sur les apôtres a accepté aussi bien les écrits que la tradition orale.

À un moment donné, je décidai de réexaminer ma foi au Christ. Est-il possible que l’on ait été trompé ? Est-il possible que le Christ ait été un faux Messie ? Après tout, les Juifs l’avaient rejeté. Se pouvait-il que le peuple le plus brillant et le plus durable du monde se soit trompé ? Je me mis donc à lire l’apologétique juive contre le christianisme, qui centre ses attaques principalement sur l’affirmation que les prophéties concernant le Messie ne se sont pas accomplies. Ils affirment aussi que Jésus n’a jamais déclaré être Dieu et que ses disciples venus de la gentilité ont ajouté des « concepts païens » comme la naissance virginale et l’Incarnation. Cela me fascinait, parce que cela ressemblait beaucoup aux accusations des anticatholiques, qui affirment que ces mêmes choses sont des ajouts païens. Je commençai à voir là l’aboutissement logique de la théorie évangélique : si le paganisme a contaminé le christianisme, comment celui-ci peut-il être un enseignement divin et permanent, comparable à l’incorruptible Torah ? Un autre livre antichrétien me poussa encore plus loin dans cette direction en me demandant : si la religion du Christ est la vérité, pourquoi y a-t-il tant d’églises chrétiennes différentes ? C’est ainsi que l’intellect juif voit le christianisme : comme un échec.

Alors, je tournai de nouveau mon regard vers le Christ. Je ne pouvais pas rejeter sa divinité. Je pouvais voir que le Nouveau Testament enseignait qu’Il est Dieu, et que ce n’était pas un ajout païen. Le judaïsme moderne n’était pas identique au judaïsme du temps de Notre-Seigneur. C’était quelque chose qui s’était développé avec le temps et s’était divisé en sectes. Même au sein du judaïsme orthodoxe, il existe des interprétations rabbiniques en conflit. Je continuai à m’accrocher à ma croyance au christianisme « la Bible seule ». Le mode de vie et la communauté évangéliques sont très accueillants et, à mes yeux, les offices catholiques paraissaient froids en comparaison. En même temps, j’étais chaque fois plus déçu par l’apologétique anticatholique. Des livres comme « Catholicisme romain » de Loraine Boettner (un classique anticatholique) présentaient de grossières distorsions de la réalité de la doctrine et de l’histoire. Je me souviens d’avoir lu le livre d’un évangélique qui ridiculisait la doctrine catholique de l’intention sacramentelle. En réalité, il ridiculisait une représentation faussée de cette doctrine. L’interprétation évangélique classique des textes pétriniens cruciaux, comme Matthieu 16, se fondait sur une vision défectueuse, et je pouvais déjà alors le voir clairement. Le jeu de mots entre « Petros » et « petra » était périphérique, puisque Notre-Seigneur parlait araméen. L’écrasante majorité des érudits évangéliques d’aujourd’hui accepte que Pierre est le rocher et qu’il a été, d’une manière spéciale, le dépositaire des clefs de l’autorité. Car de même que les anciens rois d’Israël déléguaient leurs clefs d’autorité à leur ministre principal ou vizir, Jésus avait désigné Pierre comme son représentant ou vicaire. Les clefs, dans toute culture civilisée, représentent le pouvoir. Je me rendis compte que l’on forçait à dessein les écrits des Pères de l’Église pour les faire entrer dans le moule anticatholique.

D’aucuns avancent que les Pères de l’Église seraient en désaccord avec l’idée que Pierre est le Rocher dont parle Matthieu XVI. Un examen attentif des écrits patristiques révèle qu’ils se réfèrent à divers aspects et significations des Écritures : de même qu’une maison se construit sur une série de fondations, les écrivains patristiques observent les différents sens de l’Écriture sans se contredire en rien.

Contrairement à ce qu’annonçait le mythe évangélique, je trouvai là une abondante évidence historique du séjour de Pierre à Rome et de l’établissement de son épiscopat. En entendant Notre-Seigneur dire que ce n’étaient pas la chair et le sang qui lui avaient révélé sa divinité, on peut voir le don de Dieu qu’est la papauté sous une forme embryonnaire, si l’on veut. Je fus surpris de découvrir que dès le premier siècle (alors que l’apôtre Jean était encore en vie), l’évêque de Rome écrivait à l’église de Corinthe pour donner des instructions et avertir ses membres que ne pas tenir compte de son conseil les mettrait en grave danger. Au fil des siècles, l’évidence en faveur de la papauté grandit, et je trouvai qu’il existait des réponses raisonnables aux objections évangéliques. Je me souviens très bien du commentaire que je lus dans le livre d’or d’une certaine église anglicane ; il était manifestement écrit par un visiteur catholique et disait : « Là où est Pierre, là est l’Église. » Ces paroles, qui se gravèrent dans mon esprit, étaient les paroles d’Ambroise, prononcées au IVe siècle. L’église anglicane a peut-être conservé les édifices catholiques construits avant la Réforme, mais elle n’a certainement pas conservé la foi ancienne. Malgré sa patine de catholicisme, l’église anglicane du XIXe siècle est protestante. Cela se manifeste dans l’ordination des femmes et d’autres aberrations qui ont pris forme en son sein. Le rôle de Pierre devint si clair pour moi que je ne pouvais même pas prendre en considération la prétention des églises orthodoxes d’Orient à être la véritable Église du Christ. Dans ces églises (ou, pour mieux dire, dans ces communions), je pus apprécier une belle liturgie, mais aussi un manque de clarté magistérielle. Par exemple, jusqu’aux années 1930, les églises chrétiennes rejetèrent clairement la contraception comme une chose intrinsèquement immorale. En 1930, l’église anglicane l’approuva, et d’autres ont suivi depuis lors. Cela inclut les orthodoxes, qui acceptent aussi le divorce et le remariage. Seule l’Église catholique a tenu une position ferme sur ces questions, et cela au prix de la perte de l’Angleterre au XVIe siècle.

Les orthodoxes abandonnèrent le successeur de Pierre pour se plier au pouvoir impérial de Constantinople. Ayant mis leur confiance dans les princes, ils ont finalement récolté un échec. Tandis que toutes ces choses m’indiquaient sans aucun doute que le rocher de l’Église catholique était ferme, le libéralisme de certaines gens au sein de l’Église me troublait. Alors, en lisant la parabole de la maison bâtie sur le roc, je me rendis compte que la pluie et le vent l’abîment aussi. Les excentriques et les dissidents ne peuvent pas démolir la maison. Ils pourront arracher des morceaux au rocher, mais ils ne peuvent pas le détruire. C’est ainsi que je découvris que, parallèlement à ce qui arriva à Notre-Seigneur, l’opposition se concentre sur trois domaines principaux.

Durant son ministère terrestre, les autorités religieuses furent horrifiées par ses déclarations d’être Dieu, par le fait qu’il pardonnait les péchés et par Sa déclaration que, pour avoir la vie éternelle, il fallait manger de Son corps et de Son sang. Cela demeure la raison d’une opposition virulente chez les évangéliques. Je me souviens très bien que, lorsque j’étais évangélique, je dédaignais l’enseignement catholique de la confession à un prêtre, la croyance en la transsubstantiation, la messe et l’infaillibilité du Pape et de l’Église. Je me souviens d’avoir répliqué que seul Dieu peut être infaillible.

Mon examen attentif des Écritures me démontra aussi que la doctrine catholique sur Marie s’enracine dans la Parole de Dieu et n’est pas importée du paganisme. Le fait que les païens aient eu des déesses n’invalide pas la croyance en Marie, pas plus que le fait que les païens aient offert des sacrifices n’invalide les sacrifices ordonnés dans la Bible. Je pus voir que les catholiques ne l’adorent pas plus que les anglicans n’adorent Oliver Cromwell lorsqu’ils déposent une couronne au pied de sa statue les jours de fête.

La doctrine catholique de la communion des saints devint pour moi une vérité établie. Si « la prière fervente du juste a beaucoup de puissance », alors ceux qui sont morts dans le Seigneur, étant les esprits parfaits d’hommes justes, doivent avoir pour nous une valeur superlative. Cela s’illustre parfaitement au chapitre cinq de la Révélation (Apocalypse), où les vingt-quatre vieillards représentent les saints qui offrent leurs prières à Dieu. Avant d’entrer dans l’Église catholique, l’une des dernières lignes de résistance de l’évangélique est d’alléguer que la vie de certains catholiques est, en bien des cas, désastreuse. Cette objection trouva sa réponse quand je lus Ronald Knox. Knox fut élevé dans un foyer fortement évangélique et se convertit ensuite au catholicisme. Il dit un jour que s’il oubliait son parapluie à l’entrée d’un temple méthodiste, il le retrouverait là à son retour, mais qu’on ne pouvait pas garantir qu’il en irait de même dans une église catholique. Les méthodistes ont maintes fois utilisé cette phrase contre lui, mais en réalité c’est un témoignage contre eux. Le Christ est venu sauver des pécheurs, et le filet de l’Église est jeté pour tous les hommes et toutes les femmes. L’Église n’est pas un club de lecteurs de la Bible de classe moyenne ; l’Église de Jésus-Christ est une potion mélangée, et l’erreur des réformateurs fut de croire que l’Église devait être composée à cent pour cent des élus de Dieu.

Notre-Seigneur a dit clairement qu’« il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus ». S’il est vrai que j’ai connu quelques catholiques passablement éloignés de la foi, il est vrai aussi que la grande majorité des catholiques sont des gens de bien qui s’efforcent de vivre selon les enseignements de l’Église. Le fait que beaucoup de catholiques désobéissent aux enseignements de l’Église confirme les paroles de Notre-Seigneur : « à qui l’on aura beaucoup donné, il sera beaucoup demandé ». Ce sont les catholiques qui subiront le jugement le plus sévère, celui qui commence par la Maison de Dieu, lorsque le Seigneur, à la fin des temps, séparera le bon grain de l’ivraie.

Je commençai à me rendre compte que, comme les pharisiens du temps de Jésus, les évangéliques avaient une vision superficielle de l’adoration de Dieu. Cela peut sembler un peu rude, mais de fait beaucoup de chrétiens « sola Biblia » ont accumulé une série de règles qui condamnent des comportements assurément inoffensifs comme s’ils étaient quelque chose d’antichrétien. D’abord on favorise l’opinion selon laquelle boire de l’alcool est un péché, puis on enseigne que Notre-Seigneur ne but que du jus de raisin et que le vin du miracle de Cana était un jus sans alcool. À un autre, il peut sembler que danser est abominable. On peut dresser une longue liste de coutumes semblables. Il y a des évangéliques qui pensent que fumer est la preuve qu’on n’est pas croyant, mais Spurgeon, le commentateur baptiste du XIXe siècle, fumait. D’autres n’achètent pas de billets de loterie, mais investissent leur argent en Bourse. Il est presque impossible de créer un stéréotype du croyant évangélique, mais on peut dire avec assurance que la grande majorité croit en la contraception. Ils donnent à Dieu la dîme de leurs gains (l’évangélisme ne revient bon marché à personne), mais non de leurs corps. Le système entier de « la Bible seule » est subjectif. On raconte l’histoire d’une dame à qui quelqu’un demanda si elle croyait réellement qu’elle et son domestique étaient les seuls chrétiens, ce à quoi elle répondit : « Eh bien… je ne suis pas très sûre que Jacques le soit. »

Je ne suis pas seul : ces dernières années, beaucoup d’évangéliques traditionnels sont passés à la foi catholique. Ils l’ont fait bien que le chemin vers l’Église fût bloqué par de fausses représentations semées par l’opposition. C’est sûrement une grâce de Dieu, car il y aura toujours de l’opposition pour ceux qui veulent accomplir parfaitement les paroles de Notre-Seigneur. L’opposition vient des forces du sécularisme, du matérialisme, du modernisme et d’autres philosophies. Toutes rejettent les enseignements propres à l’Église catholique. L’Église est la petite pierre prédite par le prophète Daniel, qui brisera la fausse statue. Elle est la semence qui grandit jusqu’à devenir un arbre puissant. Elle est le chemin qu’Isaïe a prophétisé et que les hommes ne pourront manquer de trouver. Elle est la maison fondée sur le roc.

Le cardinal Herbert Vaughan (1832-1903) l’a résumé en de très sages paroles que j’utiliserai comme corollaire :

« C’est une pratique commune des adversaires de l’Église catholique que d’essayer de freiner les âmes en leur présentant une multitude de difficultés et d’objections contre les doctrines de l’Église. Sur ce point, on peut dire deux choses. Premièrement, il serait très facile d’examiner cette liste de difficultés et d’en publier un examen, déjà réalisé par de savants catholiques dans de grandes œuvres. Mais il est évident que, pour affronter de tels problèmes, il faudrait être théologien ou passer sa vie entière à faire des recherches, puisqu’il est nécessaire de répondre à toutes les accusations. D’un autre côté, nous avons les travaux des écrivains anticatholiques, écrits pour aveugler ou brouiller le chemin. Des œuvres composées de calomnies, de citations altérées et d’un mélange soigneusement dosé d’erreur et de vérité. Elles cherchent à la fois à frapper et à aliéner tant le sens moral que le sens intellectuel. Si elles n’y réussissent pas complètement, elles peuvent du moins semer la perplexité et l’anxiété, et retarder la marche de celui qui cherche Dieu. Mais au lieu d’entrer dans un labyrinthe semé de difficultés et dans un casse-tête d’objections, la voie la plus courte et la plus satisfaisante devrait être choisie. D’abord, trouvez le divin maître, le pasteur suprême, le Vicaire du Christ. Concentrez toutes vos facultés mentales et morales sur la tête terrestre de l’Église de Dieu. Telle est la clef pour résoudre cette situation. »

Traducteur : Ignacio de Argenzola

Source : Voxfidei.com

Avec l’aimable autorisation de This Rock

Références

Publié originellement en anglais dans « This Rock », vol. 9, n° 3, en mars 1998.
Robert Ian Williams, natif du pays de Galles, enseigne à Londres et a publié une série de courts traités sur la foi catholique et son histoire. Il reçoit du courrier (en anglais) à : Ecclesia Press, Y Garreg Lwyd, Whitchurch Road, Bangor is y Coed, Wrexham LL13 0BB, Royaume-Uni.