L’histoire d’un Témoin de Jéhovah endoctriné devenu un fervent catholique.

Alors Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon, fils de Jona, car ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux : tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » 

Matthieu 16, 17-19

« Il y a un temps fixé pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel ».

Ecclésiaste 3, 1

Ce que j’ai écrit ici ressemble fort à un journal de voyage. Dans ce voyage, il y a eu et il y aura bien des étapes et, pour ne pas le rendre plus long que nécessaire, j’ai décidé de ne mentionner que les plus importantes. Il faut prendre de la distance par rapport aux choses avant de les décrire complètement, et je n’en ai pas encore été capable ; ce que je relate ici est assez récent, même si les débuts du processus remontent à plusieurs années en arrière.

Je n’ai l’intention de polémiquer avec personne ; ma décision est ferme et limitée seulement par ma capacité à comprendre les choses honnêtement. Je ne veux pas non plus offenser qui que ce soit. Je comprends que dans l’esprit de chacun il y a des préjugés, des peurs, de fausses informations. Le monde nous bombarde chaque jour de concepts que nous avons à peine le temps de digérer intellectuellement. C’est pourquoi je demande à ceux qui trouveraient dans ce document quelque motif de contrariété de bien vouloir réfléchir posément à ces choses et de les considérer à tête froide. J’ai constaté que c’est là une vertu fort rare de nos jours ; je crois cependant qu’il est possible de la cultiver, et j’encourage ceux qui se sentiraient troublés à examiner mon cas avec la plus grande impartialité.

Il y a une trentaine d’années…

Quand j’avais douze ou treize ans, nous vivions dans une maison du quartier d’Agronomía, à Buenos Aires, à l’angle des rues Quirós et Bucarelli. De l’autre côté de la rue, en traversant le carrefour en diagonale, se trouvait une église catholique, la paroisse Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus. Mes parents venaient de familles catholiques ; tous deux étaient catholiques baptisés, mais éloignés de l’Église pour diverses raisons qu’il est inutile de mentionner ici. Ni moi ni mes frères et sœurs n’avons jamais été baptisés, à cause de cet éloignement. La pensée de mes parents était alors : « qu’ils choisissent leur religion quand ils seront grands et pourront prendre leurs propres décisions ». Dans mon cas, aujourd’hui, c’est une prophétie accomplie.

Vers 1965, une dame d’origine polonaise se mit à rendre régulièrement visite à ma mère pour lui parler de religion. Personne à la maison n’avait la moindre idée de la religion que pratiquait cette brave femme (elle s’appelait Catalina Karpowicz), mais ma mère la recevait quelques minutes tous les quinze jours et lui achetait deux revues : « La Tour de Garde » et « Réveillez-vous ! ». Ces deux revues finissaient généralement dans un tiroir où ma mère collectionnait toutes sortes de vieux papiers, journaux et revues. Curieusement, les religieuses de Sainte-Thérèse ramassaient ce papier à chaque fin de mois dans les maisons du quartier pour le recycler, récoltant ainsi quelques fonds pour l’école paroissiale en construction.

Ma mère se souvient que le seul membre de la famille à lire ces fameuses revues était votre serviteur, qui à l’époque dévorait les livres avec avidité et ne laissait dans la maison pas une étiquette sans la lire. Le matériel de lecture consistait généralement en explications de divers passages de la Bible. Il y avait à la maison une bonne bibliothèque, une Bible et quelques publications qui expliquaient les histoires bibliques en des termes accessibles aux jeunes. À douze ans, j’avais une idée assez complète de la structure de la Bible, de l’histoire d’Israël et de la vie de Jésus.

J’en étais à ces lectures quand, un beau jour, une autre de ces dames de « La Tour de Garde » apparut par hasard à la maison et commença à tenir des séances hebdomadaires d’étude biblique avec ma mère et ma sœur. Par la suite, mon père, mes frères et moi nous joignîmes à l’étude. Ce fut la fin de la dernière année heureuse de mon enfance et de ma jeunesse. Les enseignements apparemment inoffensifs des dames de « La Tour de Garde » allaient changer complètement notre vie. Mais cette partie de l’histoire prêterait peut-être à controverse et je ne la raconterai pas en détail. Ce qui est certain, c’est qu’à peine quelques mois après le début de l’étude, nous fûmes baptisés, ayant commencé à vivre notre « nouvelle vie » de Témoins de Jéhovah.

Pour ceux qui ne sauraient pas qui sont les Témoins de Jéhovah, je recommande la lecture des livres de Raymond Franz « Crise de conscience » et « À la recherche de la liberté chrétienne », ainsi que du livre de James Penton « Apocalypse différée ». Outre ces publications, il existe beaucoup de bons ouvrages écrits par des membres de différentes confessions chrétiennes, des sociologues et des spécialistes de religion comparée qui vous donneront une idée des croyances et du mode de fonctionnement de cette puissante secte nord-américaine, fondée à la fin du siècle dernier par un commerçant de Pittsburgh, en Pennsylvanie, nommé Charles Taze Russell.

Notre vie dans la « vérité » laissait beaucoup à désirer. Les Témoins de Jéhovah mettent un accent marqué sur la connaissance de leurs doctrines, lesquelles sont incontestables pour les fidèles, comme dans presque toutes les religions. La différence avec les autres religions tient à l’étrangeté et à l’hostilité sociale des enseignements de la Société Watchtower, éditrice de « La Tour de Garde » et directrice spirituelle des Témoins de Jéhovah. L’endoctrinement amène le Témoin moyen à vivre dans une sorte de plan marketing vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Beaucoup de choses sont interdites ou mal vues : les rendez-vous entre jeunes célibataires, les anniversaires, la participation aux sports, Noël, les fêtes patriotiques ou du nouvel an, les transfusions sanguines et une infinité d’autres choses trop nombreuses pour être énumérées ici. Vous imaginez déjà combien la vie devint amusante dans la maison de Quirós et Bucarelli.

« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, pour que vous alliez et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure »Jean 15, 16

À l’âge de vingt-cinq ans, ma répulsion pour le système de la Watchtower atteignit son apogée. Cela finit par provoquer le rejet de ma famille et, en conséquence, mon éloignement du foyer. Pendant près de douze ans, je n’eus aucun contact avec mes parents ni mes frères et sœurs. Je me mariai, je m’installai avec mon épouse aux États-Unis et je vécus dans différentes régions du pays : Boston, Houston, San Antonio, Miami. Après sept ans de mariage, mon épouse et moi décidâmes de nous séparer ; nous divorçâmes un an plus tard. Alors, pour la première fois, j’étais seul au monde, et dans un pays étranger.

Ce fut alors que me parvinrent des nouvelles selon lesquelles mon frère Mario était très perturbé. Mario travaillait au siège central des Témoins à Buenos Aires comme technicien graphique. Il commença à souffrir de dépression aiguë et dut être mis sous traitement. Je l’appris par des amis et décidai de lui passer un coup de fil, renouant ainsi les relations coupées depuis tant d’années. En désobéissance au commandement exprès de la Watchtower, mes parents, mes frères et ma sœur s’entretenaient avec moi de sujets bibliques. Ma mère priait pour que je redevienne Témoin de Jéhovah.

En 1991, alors que je vivais à Charlottesville, en Virginie, je commençai à faire le bilan de mon expérience ; mon mariage raté et une carrière erratique dans l’industrie du tourisme aux États-Unis ne me laissaient guère satisfait. Au milieu de cette révision, les Témoins locaux se présentèrent chez moi et je repris rapidement l’étude de la Bible avec eux. À la fin de cet été-là, je déménageai à Boston, où je fus affecté à une congrégation hispanophone de Back Bay.

Parmi les membres de cette congrégation, je fis pour la première fois l’expérience des effets de la dépression. La congrégation et ses activités avaient sur moi un effet déprimant. Je priais Dieu pour obtenir du soulagement, mais rien ne s’améliorait. Je commençai à penser à passer dans une autre congrégation, de langue anglaise. Je le fis finalement, et j’y rencontrai James, un « ancien » (comme les Témoins appellent leurs presbytres), qui avait servi au siège central de la Watchtower à New York.

Pendant environ un an, j’eus des rencontres hebdomadaires avec James pour lire les Écritures en nous passant des « aides pour comprendre la Bible » fournies par la Watchtower. En conséquence, je me mis à lire des commentateurs classiques de la Bible : Scofield, Matthew Henry, Spurgeon, Jamieson, Brown et d’autres, que je me procurais à la librairie de la Société biblique du Massachusetts, à la bibliothèque de la Harvard Divinity School, auprès de librairies par catalogue et d’autres sources.

Finalement, des rumeurs et des soupçons d’apostasie (déviation par rapport aux croyances imposées par la Société Watchtower) commencèrent à se faire jour. Durant l’hiver 1993, je quittai les Témoins, convaincu qu’ils n’étaient pas chrétiens, mais plutôt un groupe de personnes sous l’influence d’une doctrine dont le but est la création d’une « imitation corporative du christianisme ». Sans savoir où j’allais, je me retirai de là, et l’on m’isola rapidement et complètement de ces personnes que j’avais fréquentées pendant trois ans.

« Quand mon âme défaillait en moi, je me suis souvenu de Jéhovah, et  ma prière est parvenue jusqu’à toi, dans ton saint Templeceux qui suivent de vaines illusions abandonnent leur miséricorde. Mais moi, avec une voix de louange, je t’offrirai des sacrifices, j’accomplirai ce que j’ai promisLe salut appartient à Jéhovah : Jéhovah parla au poisson, et celui-ci vomit Jonas sur la terre ». Jonas 2, 7-10

Mes premières heures, après m’être libéré de l’oppression idéologique de la Watchtower, furent des heures de soulagement. Les jours semblaient soudain longs et pleins de possibilités, maintenant que les interminables obligations « théocratiques » n’avaient plus à être accomplies.

    Ma première réaction fut d’essayer de mettre « la maison en ordre ». Comme je l’ai toujours fait, je me mis à chercher des livres qui m’expliquent les choses sous différents points de vue, et jour après jour je me consacrai à l’étude des Écritures avec une ardeur nouvelle et sans les entraves d’autrefois. Je commençai à respirer de l’air frais.

À cette époque, je vivais dans un immeuble d’appartements du quartier de Fenway, à Boston. Une de mes voisines, Mary Ellen, avait alors l’habitude de bavarder avec moi lorsque nous nous croisions dans les couloirs de l’immeuble. Un jour, pendant que nous prenions une tasse de thé, Mary Ellen se mit à parcourir ma bibliothèque. Promenant son regard sur le dos des volumes, elle me demanda : As-tu quelque chose de C. S. Lewis ? Je lui répondis que je n’avais aucune idée de qui était C. S. Lewis. Rétrospectivement, j’avais bel et bien entendu parler de Lewis, à travers Jorge Luis Borges, mais seulement comme commentateur de littérature anglaise.

Quelques semaines plus tard, Mary Ellen m’offrit un volume de morceaux choisis de C. S. L. Le livre me plut beaucoup. Le fer aiguise le fer, et vraiment mon esprit, ankylosé par le manque d’exercice sur le terrain de la théologie, se mit à s’entraîner quotidiennement aux vigoureuses callisthénies de Lewis. Aujourd’hui, j’admire le professeur Lewis comme l’apologiste chrétien le plus efficace qu’ait connu le XXe siècle. Je pus bientôt me rendre compte qu’il y avait beaucoup de choses que personne ne m’avait jamais expliquées. La vaste étendue de l’édifice doctrinal chrétien s’ouvrit devant moi comme une vallée de trésors incommensurables. De Lewis je passai à Chesterton, et je lus Orthodoxy, The Everlasting Man et Saint Thomas Aquinas. Vinrent bientôt les Pères de l’Église, que j’avais consultés auparavant sans les approfondir : Origène, saint Augustin, Chrysostome, mais principalement saint Augustin, un autre de ces dons en forme d’hommes que l’Église a produits au fil des siècles. De Lewis je reçus aussi Baxter, George MacDonald, Bultmann, et de Bultmann je passai à Heidegger. Entre-temps, je m’intéressai à l’œuvre de Buber et, pour m’instruire des coutumes et de l’histoire juives, je lus Josèphe (« Antiquités judaïques ») et Edersheim (« Le Temple » et « La Vie de Jésus le Messie »). C’est à Mary Ellen que je dois d’avoir reçu la clef pour entrer dans tout ce monde à travers C. S. Lewis.

Si quelqu’un se demande pourquoi j’accorde tant d’importance à Lewis, il fait bien. Le professeur Lewis fut un homme d’une profonde connaissance chrétienne, mais aussi quelqu’un qui pratiqua le christianisme avec charité. Je recommande la lecture de n’importe laquelle de ses biographies ; il en existe plusieurs. Son œuvre apologétique est un tour de force pour les chrétiens de toutes les confessions. Spécialement son ouvrage « Mere Christianity », qui est une véritable perle.

Rééducation dans la foi

    Avec le temps, en lisant toutes ces choses, je commençai à remarquer un changement dans ma vision des Écritures. Je me mis à lire TOUTE l’Écriture, sans écarter les passages qui ne convenaient pas à mes idées préconçues.

    Quand on est éduqué par une secte fondamentaliste, le message clair des Écritures se déforme, et l’on finit par voir la Bible comme un manuel d’opérations, et l’âme humaine comme une machine qui doit se conformer à ce manuel. S’il est vrai que notre vie doit se conformer aux Écritures, le processus fondamentaliste commence toujours par l’instruction de règles et va rarement au-delà. Dans la Bible, il y a beaucoup de règles, toutes bonnes et claires. Quand on accepte le christianisme, les limitations morales que nous nous imposons nous donnent la paix et nous permettent de concentrer nos efforts sur la croissance spirituelle ; mais les règles sont un moyen, non une fin. Elles sont une aide qui doit être transcendée quand on est spirituellement mûr. Les règles sont le lait de la doctrine : quand on grandit vers la maturité, personne n’a plus à nous dire quoi faire, parce que nous savons nous-mêmes pourquoi nous faisons ce que nous faisons.

Mais le processus ne va pas de l’intérieur de l’homme vers l’extérieur : c’est tout le contraire. C’est Dieu qui fait croître, et la fonction de la Bible est de nous familiariser avec l’esprit et le cœur de Dieu, en nous donnant une idée de la manière dont des hommes d’autres temps ont agi sous l’impulsion de la même force.

Par exemple, les Témoins ne prêtent jamais aucune attention à Marie. On la mentionne simplement comme la mère de Jésus et, à partir de là, on ne lui accorde plus aucune importance. Pourtant, quand nous lisons avec impartialité le récit de l’Annonciation ou celui des noces de Cana, nous voyons que le rôle de Marie dans la Bible n’est pas un rôle mineur. Cela, et bien d’autres choses encore, surgissait dans mon esprit sous forme de nouvelles interrogations. Les chapitres qui suivent sont les réponses que j’ai trouvées aux différents problèmes qui se sont présentés à moi. La conclusion sera évidente à la fin, et j’espère que ces réflexions seront de quelque utilité à ceux qui se trouvent à différentes étapes du même chemin.

  1. S. Lewis et G. K. Chesterton

Voici deux personnes qui se convertirent (le premier à l’anglicanisme, le second au catholicisme) à l’âge adulte. Quand je lus le récit de la conversion de Lewis au christianisme, je fus surpris par l’absence totale de résistance argumentative de la part de quelqu’un qui connaissait bien le grec classique et qui, probablement, n’eut pas grand mal à se familiariser avec le grec biblique. Je recommande à qui le souhaite de lire la confession de Lewis et de la méditer. Ce fut pour moi une grande leçon que de la lire dans son ouvrage « Surprised by Joy ».

Ce que je ne pouvais vraiment pas comprendre, en lisant l’autobiographie spirituelle de Lewis, c’était l’absence d’arguments contre le christianisme formel des Églises catholique ou anglicane. Je me posais le problème ainsi : voici un homme préparé et intelligent, versé dans les langues anciennes, l’interprétation des textes, la logique, etc., et aussi quelqu’un qui (nous le savons par sa propre confession) ne voulait pas être chrétien.

Comment est-il possible que cet homme n’ait pas vu les énormes trous doctrinaux que le fondamentalisme démasque dans les religions formelles ? Il était évident que cet homme était armé pour résister mieux que quiconque aux assauts de la logique chrétienne ; et pourtant jamais, durant ses mois de résistance et de lutte, il ne s’arrêta à considérer les choses que l’on « démasque » ou « expose » habituellement à propos des Églises catholique romaine, anglicane, etc. Tout au contraire : il y a chez lui une acceptation presque absolue du rituel et de la doctrine. De fait, le seul cas de résistance que j’aie lu chez Lewis le place dans la ligne des « conservateurs » anglicans, et non à l’« avant-garde ».

Cela me fit réfléchir. Deux esprits privilégiés (l’un des livres que j’admire le plus est « The Man Who Was Thursday » de Chesterton) étaient d’accord pour régler leur vie sur la plus sévère orthodoxie. Tous deux avaient embrassé ce changement à l’âge adulte, Chesterton alors qu’il se trouvait au sommet de sa renommée d’écrivain et de journaliste. De toute évidence, il y avait là quelque chose qui méritait un second regard.

Quand je fus éduqué comme Témoin de Jéhovah, on m’apprit à penser que les autres religions chrétiennes, spécialement le catholicisme, avaient été adultérées en se mêlant des affaires politiques du monde et en mélangeant le christianisme originel avec les rites païens qui prévalaient dans les pays où elles s’étendaient par l’évangélisation ou le colonialisme. Ainsi, il était courant chez les Témoins de croire (j’ignore s’ils le déclarent encore ainsi) que les Églises de la chrétienté (toutes, sauf eux !) étaient représentées dans la Bible par la prostituée vêtue d’écarlate qui apparaît dans l’Apocalypse et que l’apôtre Jean appelle « Babylone la Grande ». Selon les Témoins, tout était si contaminé que Dieu, pour préserver la foi, avait dû se choisir un nouveau peuple et lui révéler ses vérités éternelles.

Des doctrines comme la Trinité, l’existence de l’âme, la vie céleste pour les chrétiens fidèles, la croix, la virginité de Marie et beaucoup d’autres qu’il serait long de mentionner et de décrire une à une sont détrônées en citant divers textes bibliques qui, à première vue et hors contexte, paraissent irréfutables.

Grâce à Dieu, on ne lit pas la Bible en textes isolés de trois lignes à la fois. Tôt ou tard, nous finissons tous par en lire de grandes portions, et au fil des années il en est qui lisent la Bible entière encore et encore. Tel est sûrement le cas du professeur Lewis, qui ne trouva jamais dans sa Bible, bien qu’armé d’un intellect affûté et d’une connaissance sûre du grec, les dogmes « antiques » que la Société Watchtower prétendait nous avoir révélés. Il y a une raison à cela, et la voici : la théologie de la Société Watchtower est fausse, comme l’est la théologie de nombreuses sectes fondamentalistes qui ont manipulé et même modifié leurs versions particulières des Écritures pour parvenir à leurs propres fins.

Ce qui suit, je le présente dans un ordre logique et, pour cela, je dois le sortir du plan de l’expérience temporelle. Ici s’achèvent les anecdotes et commence un peu de raisonnement sérieux.

Sola Scriptura

Depuis Luther, bon nombre de personnes, parfois suivies par des foules, parfois seules, ont défié cette doctrine et d’autres doctrines de l’Église catholique en fondant leurs raisonnements sur des interprétations privées et très personnelles de ce qui est écrit dans la Bible. Il y a beaucoup d’exemples, et je suis sûr que nous en traiterons plusieurs ; c’est pourquoi je ne vais pas m’étendre.

La base de tout ce raisonnement est ce que Luther et d’autres ont appelé la doctrine ou dogme de la « Sola Scriptura » qui, en somme, dit que seule la Bible peut être utilisée pour établir la doctrine chrétienne, et que toute autre source est soupçonnée d’être fallacieuse (la tradition orale ou liturgique, par exemple). Cela semble en apparence très sensé, mais c’est en réalité un sophisme, car ce n’est pas quelque chose que la Bible elle-même soutient. Où, dans les Écritures, hébraïques ou chrétiennes, est-il exprimé que les Écritures sont l’unique source de vérité doctrinale ? Attention à ce que vous citez… car « Toute Écriture est divinement inspirée et utile » ne dit pas cela ; regardez bien… « ta parole est la vérité… » pas davantage. Un examen soigneux des Écritures démontre, entre autres choses, ce qui suit :

  • Les Écritures sont inspirées de Dieu et sont donc la vérité
  • Les Écritures forment un corps parfait, en total accord
  • Les Écritures sont un instrument utile pour éduquer et discipliner dans la vie chrétienne
  • Les traditions qui invalident l’Écriture sont des traditions d’hommes

Mais il n’existe pas un seul texte biblique qui dise que l’Écriture est la seule source faisant autorité en matière de doctrine. Nous nous rappelons tous la confirmation biblique de cela : le jour où Jésus, face aux pharisiens et aux sadducéens, durcit la norme du divorce qui avait été donnée à Moïse, en leur citant un texte de la Genèse et en raisonnant avec eux la formule qui, depuis lors, se répète dans tout mariage chrétien : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ». C’est un fait curieux que, dans ce cas, un commandement soit durci par la citation d’une intention antérieure de Dieu et de la concession de Moïse à la dureté de cœur des hommes. Ces deux choses se trouvent dans l’Écriture, mais ce qui détermine finalement le nouveau commandement, c’est l’autorité de Jésus. Jésus utilisa le texte de la Genèse pour valider logiquement son nouveau commandement, qui annule, mais ne contredit pas, le commandement de Moïse.

La doctrine de la Sola Scriptura est donc contradictoire avec elle-même, puisqu’elle ne peut être prouvée à partir de la Bible. Nous verrons bientôt combien Dieu fut sage de ne pas mettre « tous les œufs dans le même panier ».

Cas de tradition orale ou d’origine inconnue présents dans la Bible

La célébration du Yom Kippour

À mesure que nous nous familiarisons avec l’Ancien Testament, l’œil observateur découvre des choses surprenantes. Un cas évident, pour qui voudra l’étudier, est l’observance du jour du pardon. Il n’y a aucun moyen de reconstruire l’observance du Yom Kippour en partant de ce qui est écrit dans le Pentateuque. Essayez de reconstituer la cérémonie de l’offrande pour le péché en vous fondant exclusivement sur les Écritures. Vous vous rendrez vite compte que vous ne pouvez même pas commencer sans devoir recourir aux sources traditionnelles juives. Le livre d’Alfred Edersheim « Le Temple » est une bonne aide pour comparer la cérémonie avec le précédent biblique. Il m’apparaît bien clairement que quelqu’un a dû transmettre tous ces détails par voie de tradition orale (le Grand Prêtre en formant son successeur, ou le corps sacerdotal lévitique, peut-être). Si nous cherchons, nous trouverons beaucoup d’exemples semblables.

Les enseignements des pharisiens, l’opinion de Jésus

Dans le passage bien connu de Matthieu 23, 2-3, Jésus lui-même dit : « Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. Obéissez-leur et faites tout ce qu’ils vous disent »

Qu’est-ce que la chaire ou le siège de Moïse ? Certainement, aucun registre biblique ne nous l’indique, mais il est clair que ce à quoi Jésus se réfère ici, c’est à la collection de traditions transmises à travers les siècles depuis Moïse. Aujourd’hui, dans les universités du monde entier, il n’est pas rare de trouver une chaire dédiée à la mémoire d’un de leurs fondateurs, et sur laquelle ses nouveaux administrateurs enrichissent et élargissent le savoir général commencé par le fondateur. (La chaire lucasienne de physique, qu’ont occupée entre autres Isaac Newton et Stephen Hawking, en est un exemple.)

    Ce que Jésus condamne ici, ce n’est pas la tradition en soi. De fait, il indique aux Juifs de son temps qu’ils doivent «faire tout ce qu’ils vous disent ». Ce que Jésus condamne, c’est le fait de prêcher une chose qu’on ne pratique pas, c’est-à-dire l’hypocrisie religieuse, mais non la tradition. La seule exception (illustrée par le cas du corban) est lorsque la tradition invalide des commandements exprès de l’Écriture ou s’y oppose franchement. Si nous croyons aux livres de l’Ancien Testament parce que Jésus les a cités, nous ne devrions pas négliger l’enseignement traditionnel. Toutes les traditions ne sont pas contestables, et il est évident que Jésus les trouva utiles.

    Pour achever de faire le point, lisez s’il vous plaît 2 Thessaloniciens 2, 15 dans votre propre Bible.

« Ce n’est pas pour vous faire honte que j’écris ces choses, mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés. Car, eussiez-vous dix mille pédagogues dans le Christ, vous n’avez pas plusieurs pères. C’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus ». 1 Corinthiens 4, 14-15

Une Autorité, une Église

    Dans le monde où nous vivons, où le manque de parole d’honneur est de plus en plus répandu, nous prenons bien soin de mettre par écrit les accords ou contrats importants. Cela ne garantit pas qu’il n’y ait pas de problèmes d’interprétation quand surgit un désaccord. Qui ne me croit pas peut passer au tribunal le plus proche et bavarder un moment avec le juge à ce sujet. Je mentionne cela parce que Jésus a laissé son héritage dans des hommes, et non dans de l’encre. N’est-il pas très frappant que nous n’ayons pas une autobiographie de Jésus, au lieu de quatre Évangiles ? La vérité est que si l’on se fie aux prémisses fondamentales selon lesquelles Dieu contrôle la situation et que rien ne peut se perdre ni s’abîmer pendant qu’Il s’occupe d’autre chose… qu’est-ce qui empêche de croire que l’Esprit Saint peut maintenir vivantes les traditions fondamentales de la foi à travers le temps ? Cela arrive, même si nous nous méfions de tout ce qui n’a pas été couché sur le papier. Avec de la bonne foi, on peut facilement trouver son chemin à travers une tradition orale. Il est fort possible que bien des choses qui figurent aujourd’hui dans la Bible aient vécu oralement pendant des siècles, alors que les Hébreux manquaient de scribes et d’un lieu fixe où demeurer. De fait, l’Église chrétienne existe depuis avant l’achèvement du canon des Écritures. L’Église et les Écritures se valident mutuellement, et non l’une d’abord et l’autre ensuite. Dans l’enfance de l’Église, il n’était pas nécessaire de prouver que l’Église était la vraie manière d’adorer ; la seule chose qu’il fallait prouver était la messianité de Jésus, le reste tombait sous le sens. Il faut lire ce chapitre 2 de la lettre aux Thessaloniciens pour se rendre compte qu’il est nécessaire que l’Église soit attaquée par l’Antéchrist, qui s’érige lui-même en juge du monde, en dieu de ce monde. C’est à ce moment-là que l’Écriture nous sert à identifier l’Église ; mais ce n’est pas seulement pour cela que Paul dit, en 2 Thessaloniciens 2, 15, que la tradition orale est aussi une source d’autorité. Tout va ensemble et se valide : Église, Tradition et Écriture sont un tout uni et harmonieux, et non une série de parties en conflit, comme le Congrès, le Président et la Cour suprême, qui doivent se limiter les uns les autres pour éviter l’absolutisme. Quand quelqu’un nous demande : Où cette doctrine se trouve-t-elle dans la Bible ? il est licite de répondre : Montre-moi d’abord où il est dit dans la Bible que toutes les doctrines chrétiennes doivent être dans la Bible. Fin de la partie.

La monarchie du Christ n’est pas une démocratie

Eh bien, quand y a-t-il eu des élections pour élire le Messie ? Je n’ai pas voté aux élections générales, mais je l’ai bel et bien accepté comme mon Roi, mon Sauveur et mon Protecteur. Quel bon arrangement que celui-là ! Car je sais que le Père a accordé au Fils de régner sur moi, mais je suis libre de le rejeter ou de l’accepter, et je l’ai accepté. On voit là l’humilité de l’un et de l’autre, et le très grand respect que Dieu et son Fils ont pour notre liberté. Mais ce n’est pas tout : ils nous envoient un Aide, l’Esprit Saint, et nous donnent un lieu où demeurer, l’Église. Ce n’est pas un lieu parfait, parce qu’il est temporairement entre des mains d’hommes. Quand le Christ délégua à Pierre son autorité, il ne s’écoula pas une minute avant que Pierre ne commette une erreur et ne doive être réprimandé par Jésus pour avoir des « pensées d’hommes » ; vint ensuite le triste épisode des trois reniements de Pierre, « avant que le coq chante ». Quelqu’un me dira : « oui, bien sûr, cela arriva avant qu’il ne reçoive l’Esprit Saint à la Pentecôte » ; accordé, mais sa scandaleuse et coupable dissimulation, il la commit après avoir reçu l’Esprit Saint (voir le fait dans la lettre aux Galates). Et oui, l’Église, fondée sur un tel homme, a bien des fois renié le Christ par ses actions ; comme Pierre, elle a été à la fois sublime et ignominieuse.

Mais réfléchissons… aucun homme ne peut s’attribuer le mérite de l’avoir soutenue. Soit dit avec tout le respect voulu : une équipe de nigauds qui gagne le championnat doit avoir un grand entraîneur ; c’est pourquoi la gloire de la persistance de l’Église à travers les siècles revient à qui la mérite : non pas à Pierre ni à ses successeurs humains, mais au Maître, Fondateur, Soutien et Protecteur qui la guide invisiblement, et qui aussi la réprimande et la corrige de la même manière que Yahweh guida et réprimanda Israël dans les temps anciens. Rappelons-nous qu’Israël n’est pas seulement l’Israël de Samuel, de David (le héros), de Salomon (le sage), de Daniel et d’Isaïe. C’est aussi l’Israël de Saül, de David (l’adultère, l’assassin), de Salomon (le concupiscent) et d’autres personnages pas très brillants. Cependant, l’histoire sacrée est une école qui nous enseigne deux belles leçons : l’irrédimibilité de l’être humain déchu dans la chair, et la gloire de la miséricorde de Dieu dans l’Esprit. C’est une leçon si claire qu’elle passe parfois inaperçue. Voyez-la là, dans toute sa glorieuse majesté. Sur cette pierre je bâtirai mon Église, ce qui revient à dire : sur ceci de si commun, de si grossier, de si étranger à ma gloire et à ma perfection ; sur toi, petit Pierre, repose mon Église terrestre ; lie et délie, ouvre et ferme, quoi que tu fasses elle survivra jusqu’à ce que je vienne, et elle sera le foyer de millions d’hommes. La porte des étoiles repose sur les épaules d’un pauvre pêcheur galiléen ; cela n’est possible que parce que Quelqu’un la soutient depuis le ciel.

Si nous lisons Actes 1, 20, où il est dit « qu’un autre prenne sa charge » (et rien de moins que pour accomplir une prophétie), puis 2 Timothée 2, 2, nous voyons qu’il y a deux choses incontestables : autorité et succession. Le Christ n’a pas fondé une Église de cent ans, ni ne l’a fondée sur une chair immortelle ; il a pourtant dit que les portes de l’Hadès (ou de la tombe, ou de l’enfer : les puissances destructrices de Satan) ne prévaudraient pas contre elle. L’autorité posée sur les épaules de Pierre, des Douze et des Soixante-dix est transmise par l’imposition des mains à leurs successeurs. Dans le cas du Concile de Jérusalem (Actes 15), nous voyons ces hommes à l’œuvre avant la mort des apôtres. Il existait déjà, en des temps si précoces, un groupe d’hommes ayant autorité pour rendre des avis et trancher des questions de doctrine ; Jacques est l’un d’eux (Actes 15, 2, 4, 6, 22), mais il n’est pas un apôtre, bien qu’il soit choisi par les apôtres. Qui peut lire le Nouveau Testament sans remarquer qu’il y a une hiérarchie avec des responsabilités ? Nous l’y voyons sous une forme naissante, mais parfaitement fonctionnelle. Quand quelqu’un dit « il a semblé bon à l’Esprit-Saint et à nous… » et qu’on ne se donne pas la peine de fonder la décision sur des textes bibliques (bien qu’on utilise des textes bibliques pour élucider le sujet débattu), nous sommes en présence d’une autorité qui n’a pas d’équivalent dans le système juif. Nous sommes devant un cas très semblable à celui de Jésus, dans ce que j’ai cité plus haut sur le durcissement de la loi sur le divorce. L’Église primitive est une structure simple mais bien définie. Comme un bébé qui montre parfaitement les membres et les caractéristiques fondamentales d’un homme ou d’une femme adultes. Là se trouvent le cerveau, le cœur, les bras, les jambes. Jugerait-on sain d’esprit un homme qui m’aurait connu quand je n’avais qu’un an et qui nierait maintenant que l’adulte, c’est bien moi, parce que je ne porte plus de couches et ne balbutie plus comme un petit enfant ?

L’Église est dynamique, et elle est dans le monde pour croître et se développer ; elle est libre de choisir (lier et délier, ouvrir et fermer), d’essayer des choses, d’apprendre par expérience et de se développer. Toujours sous les justes principes de Dieu, elle trouvera des bénédictions quand elle agira bien et des problèmes quand elle agira mal. Elle sera disciplinée, non parce que Dieu la hait, mais parce que Dieu l’aime et a fait d’elle une école d’immortels.

Dès les années 92 à 101 apr. J.-C., Clément, évêque de Rome, écrit une épître aux Corinthiens (et ce n’est pas une lettre de salutations aimables : c’est une lettre solide, de nature disciplinaire et doctrinale). Ignace d’Antioche écrit en 98 apr. J.-C., dans sa lettre aux Philadelphiens : « il y a un évêque avec les presbytres et les diacres ». Il n’existe aucune preuve que les chrétiens du premier siècle décidaient par eux-mêmes de leur doctrine ou de leur mode d’adoration. Certes, l’Église n’avait pas un caractère dictatorial, mais plutôt exhortatif, encourageant. Et que dire de l’autorité de pardonner les péchés ? Beaucoup nient qu’une telle autorité ait été déléguée à de simples hommes (comme cela arrivait déjà au temps de Jésus ! Mt 9, 1-8). Mais en Jean 20, 22-23, il est très clair que Jésus accorde cette autorité à ses disciples après sa résurrection, avec la bénédiction de l’Esprit Saint.

Ainsi, tandis que les Juifs demandent des miracles et que les Grecs cherchent la sagesse nous, nous prêchons un Christ crucifié : scandale pour les Juifs, folie pour les Gentils. Mais pour ceux qui sont appelés, Juifs comme Grecs, un Christ, force de Dieu et sagesse. Car la folie divine est plus sage que la sagesse des hommes, et la faiblesse divine est plus forte que la force des hommes.1 Corinthiens 1, 22 et 23

Le Canon des Écritures

    Un vieux professeur nous disait qu’il existe trois sortes d’Histoire : celle qui reste dans les livres, celle qui est véritablement arrivée et celle que l’on subit. L’Histoire de l’Humanité a beaucoup de chroniqueurs, mais tous ne sont pas des personnes désintéressées, neutres et d’une clarté limpide. Bien au contraire.

    Nous pouvons cependant apprendre bien des choses et les juger, à vue de nez, en essayant de ne pas tomber dans la couleur que le narrateur donne à ses personnages et à ses situations. En ce sens, l’Histoire devient de plus en plus claire au fil des siècles, car meurent les intérêts établis qui la déformaient, et l’on peut définir les grands courants qui ont poussé le cours de l’histoire dans une direction ou dans une autre. Un autre livre que je recommande aux chrétiens désireux d’examiner les choses avec application : A Study On History d’Arnold Toynbee et le déjà mentionné The Everlasting Man de G. K. Chesterton. S’il suffit de la bonne foi pour s’engager dans le christianisme, et s’il n’est pas nécessaire de se mettre à déterrer des manuscrits ou à apprendre le grec pour être chrétien, il est important de s’informer dans cette recherche. Les mauvaises cartes nous mènent en des lieux où il ne nous convient peut-être pas d’aller… tel a été le cas avec les Témoins de Jéhovah et ma famille. Si j’avais su alors ce que je sais maintenant, jamais on ne m’aurait trompé ainsi.

    La première étape de la tromperie consiste à limiter la compréhension de la Bible à une seule sorte d’interprétation. Le mot herméneutique n’apparaît pas beaucoup dans les écrits des Témoins de Jéhovah. Ce n’est pas un mot très connu, de toute façon. D’autres se sont occupés de l’herméneutique des Témoins, en attirant l’attention sur le style interprétatif particulier de la Société Watchtower, qui saute de l’antitype historique au simple récit, du symbole à la littéralité, sans aucune espèce de problème. Les douze tribus de l’Israël de Dieu dans l’Apocalypse sont symboliques, mais la somme des membres des tribus est symétrique et littérale. Ce détail m’a toujours frappé quand j’étais Témoin, et je pensais alors que peut-être un jour une explication un peu plus potable leur apparaîtrait.

    Le problème du canon des Écritures est l’un des plus importants. J’ai déjà traité les cas de l’autorité ecclésiastique, de la succession apostolique, de la doctrine de la « Sola Scriptura »

    Quand on examine l’histoire de l’Église chrétienne, ce qui apparaît en premier, c’est Jésus. Puis un groupe naissant de disciples : quatre (les fils de Zébédée, Pierre et André), de là les Douze, et après les Douze, les Soixante-dix. Ils sont environ cinq cents au moment de l’Ascension de Jésus, et ils continuent de croître en nombre jusqu’à ce qu’on parle de congrégations dispersées dans tout l’Empire romain, à peine quarante ans après la mort de Jésus. Avec quoi prêchaient les premiers chrétiens ? La Bible, dans le format que nous avons aujourd’hui, n’était pas à la disposition des apôtres ; de fait, il fallut un temps assez long avant que le canon des Écritures fût fixé. Sur ce point, catholiques et protestants diffèrent. Je prends la liberté de transcrire un passage du livre « Né fondamentaliste, né de nouveau catholique » de David Currie :

« Un autre exemple courant de ce problème, contenu à la racine même d’une définition ou d’un système, est celui de la personne qui affirme : « Toutes les généralisations sont fausses ». Cette affirmation est, bien sûr, une généralisation, et il s’ensuit qu’elle est donc fausse par sa propre définition. Elle s’autodétruit. La personne est en train de dire en réalité : « Toutes les généralisations sont fausses, excepté celle-ci. »

Le protestant se trouve dans cette même position invalidée par sa propre logique […]

Il n’y a aucun endroit de la Bible où il soit explicitement enseigné que la Bible est l’autorité finale [seule, absolue] de la foi. La Bible est-elle la Parole autorisée de Dieu ? Elle l’est certainement ! La Bible uniquement ? Non ! Ce n’est pas seulement que les mots [seule et ultime autorité] ne se trouvent pas dans la Bible : le concept même est étranger à la Bible. Le protestant nous dit en réalité : « Seules les doctrines explicitement fondées sur l’enseignement biblique sont totalement fiables – excepté cette doctrine [de la Sola Scriptura] ». Ce système ne peut être véridique avec une incohérence pareille.

La Bible nous donne bel et bien un bon indice de l’endroit où se trouve l’autorité finale, en 1 Timothée 3, 15 : « l’Église du Dieu vivant, colonne et fondement de la vérité ». Le Christ a disposé son Église pour qu’elle vive de génération en génération, pour qu’elle soit la gardienne de la vérité. L’Église est l’arbitre de ce qui est vrai ou non. Elle utilise et vénère la Bible, mais elle ne peut pas placer la Bible dans une position dont la Bible elle-même s’exclut – celle d’être la seule et ultime source d’autorité dans la vie chrétienne.

Le problème n’est pas de placer la Bible « au-dessus » ou « au-dessous », mais plutôt de déterminer si notre point de vue sur la Bible est biblique. À moins que quelqu’un ne me montre où je me trompe, je ne peux que signaler ce qui est réellement évident : que le point de vue protestant sur la Bible est antibiblique. Si cette conclusion est vraie, le système [théologique] protestant tout entier s’effondre, tombant sur ses adhérents avec des conséquences éternelles ».

    Si cela est vrai, la Bible chrétienne originale est à la disposition de tous dans n’importe quelle librairie catholique, et la Bible au format protestant, depuis Luther, n’est rien d’autre qu’une Bible amputée. C’est très sérieux, et j’invite chacun à l’examiner avec soin et personnellement. Ne pas se laisser guider par ce que disent les gens ou par ce qui est écrit dans tel manuel, mais passer sérieusement à l’examen des choses, aussi près de la source qu’il le faudra, avec bonne foi, honnêteté et sans orgueil. Au début, moi aussi je croyais que la théologie catholique était un fatras dépourvu de sens. Aujourd’hui, je me repens de ma sottise et je confesse mon ignorance. Le magistère de l’Église catholique a dicté très peu de matière si l’on considère les longues années de son existence ; mais, que je sache, on n’a reçu aucune « nouvelle lumière » qui corrige Ignace, Clément ou Augustin d’Hippone : ils sont toujours là, à la même place, disant les mêmes choses depuis vingt siècles.

Pourquoi j’ai accepté le catholicisme romain

Évite les discussions folles, les généalogies, les querelles et les disputes au sujet de la Loi, car elles sont inutiles et vaines. Quant au sectaire, après un premier et un second avertissement, éloigne-toi de lui : tu sais qu’un tel homme est perverti et qu’il pèche, condamné par sa propre sentence(Tite 3, 9-10)

    Ayant réexaminé les doctrines de la Sola Scriptura et de la Sola Fide, et ayant déterminé le rôle que la communauté chrétienne sous autorité apostolique joue dans la préservation de la foi, je ne fus plus surpris que Chesterton et Lewis aient adhéré à l’Église liturgique la plus proche. Lewis se fit anglican, je crois, parce que, issu d’une famille de l’Ulster et professeur à Oxford, le champ chrétien lui était plus fertile dans cette confession. Adopter le catholicisme dans ces circonstances aurait été suicidaire ; qui plus est, cela aurait été totalement inutile du point de vue des fruits. Je crois que le professeur Lewis a fait, par ses livres, plus de catholiques que d’anglicans, mais ce n’est là qu’une impression personnelle. Quant à Chesterton, sa position était différente, et il n’eut aucun mal à accepter le catholicisme une fois que ses raisons furent satisfaites par l’étude de la doctrine, à laquelle Chesterton s’appliqua avec diligence, comme nous pouvons le voir dans ses livres.

    Quand je repasse brièvement les raisons fondamentales du protestantisme, je conclus que je n’avais pas d’autre issue que de me réconcilier avec l’Église.

  1. Les Écritures sont la seule autorité de la foi ; la tradition apostolique n’existe pas.

Faux d’après ce qui a été longuement exposé dans les paragraphes précédents.

Contradictoire avec 1 Timothée 3, 14 et 15 (voir spécialement le v. 14 !) et 2 Thessaloniciens 2, 15

Contradictoire avec les registres historiques du christianisme du Ier au IVe siècle (voir la bibliographie à la fin de cet article)

  1. La foi en Jésus-Christ est la seule chose nécessaire au salut.

    Luther a dit qu’il pouvait commettre l’adultère vingt-quatre fois par jour sans que cela ajoute ni retranche un gramme à ses chances de salut. Je dois être d’accord avec cette déclaration, quoique pas pour les raisons que Luther aurait de l’affirmer. Cela pourrait bien être une raison pour laquelle Melanchthon et Luther ne sont pas au ciel en ce moment, si l’on me permet l’ironie.

Faux et contradictoire avec les textes bibliques suivants et leur contexte général. Le salut s’obtient ou résulte…

  • Du fait de croire au Christ (Jean 3, 16 ; Actes 16, 31)
  • Du fait du repentir (Actes 2, 38 ; 2 Pierre 3, 9)
  • Du fait du baptême (Jean 3, 5 ; 1 Pierre 3, 21 ; Tite 3, 5)
  • Par l’œuvre de l’Esprit Saint (Jean 3, 5 ; 2 Corinthiens 3, 6)
  • Du fait de la déclaration de notre foi (Luc 12, 8 ; Romains 10, 9)
  • Du fait de connaître la vérité (1 Timothée 2, 4 ; Hébreux 10, 26)
  • Par les œuvres (Romains 2, 6-7 ; Jacques 2, 24)
  • Du fait de garder les commandements (1 Corinthiens 7, 19)
  • Par la bonté imméritée ou grâce (Actes 15, 11 ; Éphésiens 2, 8)
  • Par le sang sacrificiel du Christ (Romains 5, 9 ; Hébreux 9, 22)
  • Par la justice ou la sainteté du Christ (Romains 5, 17 ; 2 Pierre 1, 1)
  • Par le sacrifice de la croix (Éphésiens 2, 16 ; Colossiens 2, 14)

Vingt siècles de doctrine

Ce qui suit : baptême des enfants, vénération de Marie, vénération des saints, prières aux saints, usage d’icônes ou d’images, présence de Jésus dans le pain et le vin de l’Eucharistie, autorité et succession apostoliques, sanctification de certaines coutumes autrefois païennes, incarnation, millénarisme, autorité papale, pardon des péchés, confession, absolution, usage de contraceptifs dans le mariage, sainteté de la vie, purgatoire, enfer, manière de faire face aux fautes présentes et passées de l’Église (inquisitions, excommunications), résurrection de la chair, exercice de la charité, nature et relation du Père, du Fils et de l’Esprit Saint… etc. : toutes ces doctrines émanent de notre capacité d’admettre qu’il existe un magistère doté d’une autorité donnée par le Christ pour comprendre l’ensemble de la doctrine, et non, comme c’est l’usage hors du catholicisme, de décider seul de la vérité par la simple lecture de la Bible et dans l’ignorance totale de ce que nos frères et anciens spirituels des temps passés entendirent de la bouche de Notre Seigneur et de ses Apôtres.

    À ceux qui me jugeraient mal pour m’être soumis au magistère après cette longue étude, je vous mets au défi de lire honnêtement ces livres et ces notes, et de demander avec humilité, à ceux qui la connaissent, la vérité de ce que l’Église enseigne. Vous découvrirez, si vous agissez avec humilité et sincérité intellectuelle et émotionnelle, une vérité qui dure depuis vingt siècles déjà et entre dans son troisième millénaire ; vous vous unirez à la fraternité des saints qui furent capables de mourir, et plus capables encore de vivre pour la gloire de Notre Seigneur, Roi et Sauveur, le Christ Jésus, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

(Apocalypse 22, 20-21)

Auteur : Carlos Caso-Rosendi / USA

Bibliographie

  • STEPHEN K. RAY, Crossing the Tiber
  • EUSÈBE, The History of the Church from Christ to Constantine
  • GRAHAM HENRY, Where We Got the Bible
  • THOMAS HOWARD, Evangelical Is Not Enough
  • JOHN HENRY CARDINAL NEWMAN,  An Essay On The Development of Christian Doctrine
  • JOHANNES QUASTEN, Patrology
  • LUDWIG OTT, Fundamentals of the Catholic Dogma
  • WILLIAM JURGENS, The Faith Of The Early Fathers
  • CLIVE STAPLES LEWIS, Surprised By Joy, Mere Christianity, God in the Dock
  • GILBERT K. CHESTERTON The Catholic Church and Conversion, The Thing: Why I am a Catholic, Orthodoxy, St. Thomas Aquinas The Dumb Ox, The Everlasting Man
  • SAINT AUGUSTIN D’HIPPONE, Contre les donatistes, La Cité de Dieu
  • CHARLES KEATING, Catholicism and Fundamentalism
  • PATRICK MADRID,Surprised by Truth
  • SCOTT HAHN & KIMBERLY HAHN, Rome Sweet Rome
  • DAVID B. CURRIE, Born Fundamentalist, Born Again Catholic
  • MARK P. SHEA, By What Authority?

Informations des deux côtés de la controverse

  • EARLY CHRISTIAN WRITERS: The Didache, Epistle of Clement, Epistle of Ignatius, Epistles and Martyrdom of Polycarp, Epistle to Diognetus, Epistle to Barnabas Translated by Maxwell Staniforth, Penguin Books 1968
  • LA BIBLIA DE NAVARRA, 1990 Universidad de Navarra
  • THE OXFORD DICTIONARY OF THE CHRISTIAN CHURCH
  • VALIDITY IN INTERPRETATION, Hirsch
  • THE ANTE-NICENE FATHERS, Alexander Roberts and James Donaldson
  • THE NICENE AND POST-NICENE FATHERS, Eerdmans Edition 1983
  • CATHOLIC AND CHRISTIAN, Alan Schreck 1984
  • INSTITUTIONS OF THE CHRISTIAN FAITH, Calvin
  • THE COMPACT HISTORY OF THE CATHOLIC CHURCH , Alan Schreck
  • COMMENTARY ON THE PSALMS, Martin Luther
  • FACTS ABOUT LUTHER, O’Hare
  • DISENT AND ORDER IN THE MIDDLE AGES, Jeffrey Russell
  • THE SPIRIT OF PROTESTANTISM, Robert McAffee Brown