J’ai été reçu dans l’Église catholique en février 1991 par le père John Hardon S.J., un fait qui, un an plus tôt, m’aurait paru complètement inconcevable. Rien ou presque dans ma vie n’aurait laissé présager ce revirement surprenant des choses, mais cela fut une manifestation de l’insondable miséricorde et providence de Dieu.

Ma première connaissance du christianisme est venue de l’Église méthodiste unie, la dénomination dans laquelle j’ai été éduqué. L’église que nous fréquentions, dans un quartier ouvrier de la ville de Detroit (Michigan, États-Unis), me semblait, comme à n’importe quel enfant au début des années 1960, être en déclin, sociologiquement parlant, à tel point que l’âge moyen des membres était d’environ cinquante ans ou plus. Dans mes études, des années plus tard, en tant qu’évangélique, j’ai appris que la diminution et le vieillissement des congrégations étaient l’un des signes visibles de la détérioration du protestantisme traditionnel.

Comme il s’est avéré, notre église a fermé ses portes en 1968, et après cela, je n’ai fréquenté l’église que rarement au cours des neuf années suivantes. Mon éducation religieuse précoce ne fut toutefois pas totalement vaine : à mesure que je gagnais du respect pour Dieu, ce que je n’ai jamais abandonné fut la compréhension de Son amour pour l’humanité, ainsi qu’une appréciation du sens des commandements moraux fondamentaux et sacrés.

Quoi qu’il en soit, pour une raison ou une autre, je n’ai pas eu d’intérêt croissant pour le christianisme à ce moment-là. En 1969, à l’âge de onze ans, je suis entré en contact pour la première fois avec ce qu’on appelle l’autel par excellence du christianisme fondamentaliste, dans une église baptiste que nous avons visitée deux ou trois fois. Je me suis avancé pour être « sauvé », de manière tout à fait sincère, mais sans la connaissance ni la force de volonté requises (selon les normes évangéliques les plus exigeantes) pour mener à bien cette résolution passagère.

Durant cette période, j’ai été fasciné par le surnaturel, mais malheureusement, cela s’est engagé sur le terrain d’un occultisme vague, à tout propos. Je me suis adonné, avec grand sérieux, à la perception extrasensorielle (ESP), à la télépathie, aux planches Ouija, à la projection astrale, et même à la sorcellerie vaudou (avec en tête un professeur de gymnastique odieux !). Je lisais sur Houdini (1) et Uri Geller (2), entre autres.

Entre-temps, mon frère Gerry, qui a dix ans de plus que moi, s’est converti, en 1971, à l’évangélisme des Jesus Freaks (3), une tendance qui était à son apogée à ce moment-là. Il a subi une transformation réellement remarquable, sortant du milieu culturel du rockeur typique, drogué et bagarreur, et s’est mis à prêcher avec zèle à notre famille. C’était un spectacle nouveau pour moi. J’avais déjà été influencé par la contre-culture hippie, et comme j’avais toujours été d’une certaine manière anticonformiste, le « Jesus Movement » (Mouvement de Jésus) exerça sur moi une étrange fascination, bien que je n’aie eu aucune intention de m’y joindre.

Je me sentais fier de ma « modération » à l’égard des questions religieuses. Comme la plupart des chrétiens nominaux et des incrédules sincères, je réagissais à toute manifestation d’un christianisme sérieux et fervent avec un mélange de peur, de moquerie et de condescendance, tout en pensant qu’une telle conduite était « déplacée », fanatique, et en dehors du courant principal de la culture américaine.

Au début des années 1970, je visitais de temps à autre l’église luthérienne du Messie, à Detroit, où mon frère se rendait, avec ses amis chevelus du « Jesus Freak », et je me tortillais sur mon siège sous l’effet de la conviction que produisaient les puissants sermons du pasteur Dick Bieber, un personnage du genre de ceux dont je n’avais jamais entendu parler. Je me souviens avoir pensé que ce qu’il prêchait était indiscutablement la pure vérité, et que s’il s’agissait de la question d’« être sauvé », il n’y aurait aucune place pour ceux de l’entre-deux ni pour les lâches. Par conséquent, j’étais réticent, pour ainsi dire, parce que je pensais que ce serait la fin du plaisir et de la vie avec mes amis. À cause de ma rébellion et de mon orgueil, Dieu devait recourir aux méthodes les plus drastiques pour mon réveil.

En 1977, j’ai connu une dépression sévère pendant six mois, ce qui était totalement atypique pour mon tempérament d’auparavant. Les causes immédiates étaient les pressions de la fin de l’adolescence, mais rétrospectivement il est clair que Dieu me ramenait à la maison, à l’ultime non-sens de ma vie — une quête individualiste, vide et futile du bonheur, sans finalité ni relation avec Dieu. J’ai été conduit, chancelant, au bout de moi-même. C’était une crise existentielle terrifiante dans laquelle je n’avais d’autre issue que de crier vers Dieu. Il répondit rapidement.

Il se trouva qu’à Pâques 1977, l’extraordinaire film Jésus de Nazarethde Franco Zeffirelli (encore aujourd’hui mon film chrétien préféré) passait à la télévision. J’avais toujours apprécié les films sur la Bible, comme Les Dix Commandements. Ils donnaient vie aux personnalités bibliques, et l’élément dramatique (en tant que forme d’art) communiquait la vitalité du christianisme d’une manière unique et efficace. Jésus, tel qu’il était dépeint dans ce film, laissa en moi une impression extraordinaire, et le moment ne pouvait être mieux choisi. Il apparaissait comme l’anticonformiste par excellence, ce qui m’attirait.

Je m’émerveillais de la manière dont Il traitait les gens, et cela donnait le sentiment de choses que l’on ne pouvait jamais attendre : ce qu’Il dirait ou ferait était toujours quelque chose d’une perspicacité ou d’un impact incomparables. Je commençai à comprendre, avec l’aide de mon frère, la raison de l’Évangile pour la première fois : ce que la Croix et la Passion signifiaient, ainsi que quelques-uns des points fondamentaux de la théologie et de la sotériologie (la théologie du salut) auxquels je n’avais jamais pensé auparavant. J’appris aussi que ce Jésus n’était pas seulement le Fils de Dieu, mais Dieu le Fils, la deuxième Personne de la Trinité — quelque chose que, incroyablement, je n’avais jamais entendu auparavant, ou que simplement je n’avais pas compris si je l’avais entendu. Je commençai à lire sérieusement, pour la première fois de ma vie, la Bible (la traduction de la Bible vivante [Living Bible], qui est la paraphrase la plus informelle).

C’est la combinaison de ma dépression et de ma nouvelle connaissance du christianisme qui provoqua ma décision de suivre Jésus comme mon Seigneur et Sauveur d’une manière beaucoup plus sérieuse, en juillet 1977 — ce que je considérerais encore comme une « conversion au Christ », et ce que la perspective évangélique voit comme l’expérience de la « nouvelle naissance » ou d’« être sauvé ». Je continue de voir cela comme un pas spirituel valable et indispensable, bien que, en tant que catholique, je doive, bien sûr, l’interpréter d’une manière quelque peu différente de celle que j’avais auparavant. Malgré mon élan initial de zèle, je retombai dans la tiédeur pendant trois ans, jusqu’en août 1980, lorsque je remis enfin tout mon être à Dieu, et connus un « renouveau » profond dans ma vie spirituelle.

Tout au long des années quatre-vingt, j’ai fréquenté des églises luthériennes, les « Assemblées de Dieu » (4), ainsi que des sectes non confessionnelles ayant de fortes connexions avec le « Jesus Movement », caractérisées par la jeunesse, la spontanéité du culte, la musique contemporaine et une chaleureuse camaraderie. Beaucoup de mes amis étaient d’anciens catholiques (apostats) (5). Je savais peu de choses du catholicisme jusqu’au début des années 1980. Je le considérais comme une « dénomination » exotique, austère et inutilement ritualiste, qui n’avait pas grand attrait pour moi. Je n’étais pas attiré par nature vers la liturgie, et je ne croyais absolument pas aux sacrements, bien que j’aie toujours eu une grande révérence pour la « Cène du Seigneur » et cru que quelque chose de réel s’y communiquait.

D’autre part, je n’ai jamais été publiquement anticatholique. Ayant pris une part active à des travaux apologétiques contre les sectes (me spécialisant dans le russellisme, ou témoins de Jéhovah), je compris rapidement que le catholicisme était totalement différent des sectes, en ce qu’il possédait des « doctrines centrales » correctes, comme celle de la Trinité et de la Résurrection corporelle du Christ, ainsi qu’une légitimité historique admirable ; entièrement chrétien, quoique immensément inférieur à l’évangélisme (6).

J’étais, pourrait-on dire, un évangélique typique de l’espèce qui avait un intérêt théologique un peu supérieur à la moyenne. Je me familiarisai avec les œuvres de beaucoup des « grands » : C.S. Lewis, Francis Schaeffer, Josh McDowell, A.W. Tozer, Billy Graham, Hal Lindsey, John Stott, Chuck Colson, la revue Christianity Today, Keith Green et les Ministères « Last Days », les Jesus Peoplede Chicago et la revue Cornerstone, la fraternité chrétienne Inter-Varsity(une organisation universitaire), ainsi que la scène de la musique chrétienne : en somme, des influences plutôt bénéfiques, au point de n’avoir absolument rien à regretter.

Mon vif intérêt pour l’évangélisation et l’apologétique m’amena à devenir, avec la permission de mon église, missionnaire sur les campus universitaires pendant quatre ans. Je me suis aussi impliqué dans le mouvement pro-vie et dans l’Operation Rescue.

Il me devint rapidement clair que les militants de Rescue catholiques étaient aussi engagés envers le Christ et aussi pieux que les évangéliques. Rétrospectivement, rien ne remplace l’observance étroite et généralisée des catholiques fervents. J’avais rencontré d’innombrables évangéliques qui manifestaient ce que je pensais être une marche sérieuse avec le Christ, mais rarement avec l’intensité qu’on trouve dans la vie des catholiques. Je commençai à me lier d’amitié avec mes frères catholiques de Rescue, parfois même en prison, y compris des prêtres et des religieuses. Bien que toujours sceptique sur le plan théologique, mon admiration personnelle pour les catholiques orthodoxes décolla comme un missile Tomahawk.

En janvier 1990, je lançai un groupe de discussion œcuménique que j’animais. Trois amis catholiques, familiers du mouvement Rescue (Operation Rescue), John McAlpine, Leno Poli et Don McSween, se mirent à y assister. Leurs revendications en faveur de l’Église, en particulier concernant l’infaillibilité papale et conciliaire, m’amenèrent à me plonger dans un projet de recherche massif sur cette question. Je croyais avoir trouvé de nombreuses erreurs et contradictions au fil de l’histoire. Je compris ensuite, cependant, que mes nombreux « exemples » n’entraient même pas dans la catégorie des déclarations infaillibles, telles que définies par le Concile du Vatican de 1870. J’étais aussi un peu malhonnête, car je passais sous silence des faits historiques qui confirmaient fortement la position catholique, comme l’acceptation précoce et généralisée de la Présence réelle, de l’autorité de l’évêque et de la communion des saints.

Entre-temps, je lisais des livres exclusivement catholiques (et tous les courts opuscules de Catholic Answers (7) ), l’esprit ouvert, et mon respect ainsi que ma compréhension du catholicisme grandirent énormément. Je commençai (providentiellement) par L’Esprit du catholicisme de Karl Adam, un livre trop extraordinaire pour être résumé convenablement ici. C’est, je crois, un livre presque parfait sur le catholicisme en tant que monde et mode de vie, surtout pour une personne familière de la théologie catholique de base. Je lus les livres de Christopher Dawson, un grand historien de la culture, de Joan Andrews (une héroïne du mouvement Rescue), et de Thomas Merton, le célèbre moine trappiste, qui tous m’impressionnèrent grandement.

Mes trois amis de notre groupe de discussion continuèrent de répondre sereinement à mes questions, qui se comptaient presque par centaines. J’étais stupéfait de constater que le catholicisme semblait avoir été « bien pensé » — c’était un merveilleux et complexe système de croyances cohérent, incomparable avec quelque partie que ce soit de l’évangélisme.

À ce moment-là, je devins terriblement préoccupé par l’acceptation protestante (et la mienne propre), libre et facile, de la contraception. J’en vins à croire, en accord avec l’Église, qu’une fois que l’on considère le plaisir sexuel comme une fin en soi, alors le prétendu droit à l’« avortement » n’est pas loin, logiquement. Mes amis évangéliques pro-vie pouvaient facilement faire exception, mais les moins spirituellement disposés ne l’auraient pas fait, comme l’a pleinement confirmé la révolution sexuelle en plein essor depuis que l’usage généralisé de la Pilule a commencé aux alentours de 1960.

Une fois qu’un couple pense pouvoir contrarier le dessein de Dieu quant à une possible conception, alors la notion de mettre fin à une grossesse s’ensuit selon une certaine logique diabolique, privée de la conduite spirituelle de l’Église. En cela, comme dans d’autres domaines tels que le divorce, l’Église est indéniablement sage et véritablement progressiste. G.K. Chesterton et Ronald Knox, les grands apologistes, purent déjà voir l’écriture sur le mur dès les années trente.

J’étais absolument effrayé par le fait qu’aucun corps chrétien n’avait accepté la contraception jusqu’à ce que les anglicans le fassent en 1930, ainsi que par l’inévitable progression, dans les nations, de la contraception vers l’avortement, comme l’avait montré de façon irréfutable le père Paul Marx. Finalement, un livre intitulé L’Enseignement de « Humanae Vitae » de John Ford, Germain Grisez et al., me convainquit de la distinction morale entre la contraception et la Planification familiale naturelle, et me poussa au bord.

J’acceptais désormais une croyance très « non protestante », mais je ne songeais même pas encore à me faire catholique (ce qui est, bien sûr, inconcevable pour un évangélique). J’étais encore la proie qui succombait au principe de conversion de Chesterton — celui selon lequel on ne peut être juste envers le catholicisme sans commencer à l’admirer et à se laisser convaincre par lui.

Entre-temps, ma femme Judy, qui avait été élevée dans le catholicisme et était devenue protestante avant que nous ne nous rencontrions, s’était elle aussi convaincue, de manière indépendante, de l’erreur de la contraception. Elle revint à l’Église le jour même où je fus reçu. Que l’unité est belle ! Ainsi, en juillet 1990, j’étais déjà convaincu que le catholicisme possédait la meilleure théologie morale de tous les corps chrétiens, et je respectais grandement son sens de la communauté, de la dévotion et de la contemplation.

La théologie morale et les éléments mystiques intangibles se mirent à danser pour moi la danse de la conversion, et s’enracinaient de plus en plus profondément dans mon âme ; au-delà des calculs rationnels de mon esprit, mais sans s’y opposer — ce que le cardinal Newman (8) appelait « le Sens illatif ».

Mon ami catholique, John, lassé de mon rabâchage constant sur les erreurs catholiques et les ajouts au fil des siècles, suggéra que je lise l’ Essai sur le développement de la doctrine chrétienne du cardinal Newman. Ce livre démolit complètement tout le schéma de l’histoire de l’Église que j’avais construit. Je pensais, typiquement, que le christianisme primitif était protestant et que le catholicisme était une corruption tardive (bien que je situe l’effondrement à la fin du Moyen Âge plutôt qu’à l’époque habituelle de Constantin au IVe siècle).

Martin Luther, je le reconnaissais, avait découvert dans la Sola Scriptura le moyen de nettoyer les bernacles catholiques accumulées sur le navire chrétien, à l’origine propre et immaculé. Newman, au contraire, fit voler en éclats la notion d’un navire sans bernacles. Les navires ont toujours des bernacles. La vraie question était de savoir si le navire arriverait à destination. La Tradition, pour Newman, était comme un gouvernail et une barre, et elle était tout à fait nécessaire pour la conduite et la direction. Comme une carte de navigation.

Newman démontra brillamment les caractéristiques des vrais développements, par opposition aux corruptions, au sein de l’Église visible et historiquement instituée par le Christ. Je me trouvai incapable et sans volonté de réfuter son raisonnement, et une pièce cruciale de l’énigme s’était mise en place — la Tradition m’était désormais crédible et évidente. Ainsi commença ce que l’on appelle en quelque sorte un « changement de paradigme ». En lisant l’Essai, j’éprouvai un sentiment mystique singulier, intense et inexprimable, de révérence pour l’idée d’une Église « une, sainte, catholique et apostolique ». Le catholicisme était maintenant pensable, et je tombai soudain dans une crise intense. Je croyais désormais en l’Église visible et soupçonnais qu’elle était aussi infaillible. Une fois que j’eus accepté l’ecclésiologie catholique, la théologie suivit son cours comme une évidence, et je l’acceptai sans difficulté (y compris les doctrines mariales).

Mes amis catholiques avaient cultivé les terres rocailleuses de ma volonté et de mon esprit si obstinés pendant près d’un an, en y plantant les « Semences catholiques », qui maintenant prirent rapidement racine et grandirent, à leur grande surprise. J’avais lutté le plus durement juste avant de lire Newman, dans un effort désespéré pour sauver mon protestantisme, tout comme un homme qui se noie juste avant de succomber ! Je poursuivis ma lecture, tout en essayant activement désormais de me persuader entièrement du catholicisme, en parcourant l’autobiographie de Newman, le livre de Tom HowardL’évangélisme ne suffit pas, qui m’aida à apprécier le génie de la liturgie pour la première fois, et deux livres de Chesterton (9) sur le catholicisme.

Plus ou moins à cette époque, j’eus une conversation avec un vieil ami, Al Kresta, qui avait aussi été mon pasteur pendant quelques années et dont je tenais les opinions théologiques en très haute estime. Je lui avouai que j’étais terriblement en difficulté avec certains éléments du protestantisme, et que je pourrais peut-être (mais c’était une idée improbable) être en train de songer à devenir catholique. À ma grande stupéfaction, il me dit que lui aussi allait dans la même direction, citant en particulier le problème que la formulation et la déclaration du Canon des Écritures posent aux protestants et à leur prémisse de « la Bible seule ».

Ce genre d’événements rares et « confirmatoires » contribua à créer le fort sentiment que quelque chose d’étrange était tout simplement en train de se produire durant la période déroutante qui précéda ma conversion totale. Al était dans une telle crise théologique (comme je l’étais) qu’il renonça à son ministère pastoral deux mois après notre conversation.

À ce moment aussi, j’eus le grand privilège de rencontrer le père John Hardon, l’éminent catéchiste jésuite, et je commençai à assister à ses cours informels sur la spiritualité. Cela me donna l’occasion d’apprendre personnellement auprès d’un prêtre catholique faisant autorité, qui est aussi un homme charmant et humble. Après sept semaines passées tour à tour à mettre en question ma santé mentale et à atteindre de nouveaux sommets d’immense découverte, le dernier souffle de la mort vint précisément sous la forme que j’avais pressentie. Je savais que si je devais rejeter le protestantisme, alors je devais en examiner les racines historiques : la soi-disant Réforme protestante. J’avais lu auparavant quelques documents sur Martin Luther, et je le considérais comme l’un de mes plus grands héros. J’avais accepté le mythe habituel de Luther comme l’intrépide et vertueux rebelle contre les ténèbres de la tyrannie catholique et de la superstition ajoutées au « christianisme primitif ».

sa philosophie fut libérale, il finit par devenir conservateur et fonda un journal pour exposer ses opinions avec son ami l’écrivain Hilaire Belloc, également conservateur. Le style brillant, vigoureux et incisif de Chesterton le rendit très célèbre. Bien qu’il ne se convertît au catholicisme qu’en 1922, presque toutes ses œuvres le défendent, de même que l’orthodoxie en général. (Tiré de MS Encarta 2003). Mais lorsque j’étudiai une grande partie de la biographie en six volumes sur Martin Luther, Luther, du jésuite allemand Hartmann Grisar, mon opinion de Luther fut mise sens dessus dessous. Grisar me convainquit que les principes fondamentaux de la Révolution protestante étaient dans l’ensemble faibles. J’avais toujours rejeté les notions de Luther sur la prédestination absolue et la dépravation totale de l’humanité. Je compris maintenant que si l’homme possédait un libre arbitre, il n’avait pas à être déclaré juste seulement en un sens judiciaire, abstrait, mais qu’il pouvait participer activement à sa rédemption et pouvait réellement devenir juste par la grâce de Dieu. C’est, en quelque sorte, le débat classique sur la Justification.

J’appris de nombreux faits fâcheusement troublants au sujet de Luther ; par exemple, sa méthodologie existentielle extrêmement subjective, son dédain pour la raison et le précédent historique, et son intolérance dictatoriale envers les points de vue contraires, y compris ceux provenant de ses compagnons protestants (10). Ces découvertes, parmi d’autres, m’abasourdissaient et me convainquirent au-delà de tout doute qu’il n’était réellement pas un « réformateur » de l’Église « pure » et pré-nicéenne, mais plutôt un révolutionnaire qui créa une nouvelle théologie sous de nombreux aspects, quoique pas tous. Le mythe fut anéanti.

J’étais désormais « sceptique » à l’égard du concept protestant courant de l’église invisible, « redécouverte ». Au bout du compte, mon amour inné de l’histoire joua un rôle crucial dans mon abandon du protestantisme, qui tend à prêter très peu d’attention à l’histoire (comme cela est de fait nécessaire pour conserver un quelconque niveau de vérité plausible contre le catholicisme).

À ce stade, il devint, à mon avis, un devoir moral et intellectuel d’abandonner le protestantisme sous sa forme évangélique. Ce n’était pourtant pas facile. Les vieilles habitudes et perceptions ont la vie dure, mais je refusai de laisser les sentiments et les préjugés interférer avec le merveilleux processus d’illumination dans lequel prédomina la grâce de Dieu. J’attendis dans l’expectative l’ultime impulsion pour me rendre totalement. Le cours imprévisible de la conversion atteignit son point culminant le 6 décembre 1990, alors que je lisais la méditation du cardinal Newman sur « L’Espérance en Dieu Créateur », et en un instant je compris de façon résolue que je ne devais plus opposer la moindre résistance à l’Église catholique. À la fin, comme dans la plupart des expériences de convertis, une peur glaciale s’installe, semblable au trac qui précède le mariage. En un instant, ce dernier obstacle disparut, et une paix émotionnellement et théologiquement tangible l’emporta.

Au cours des trois années qui ont suivi ma conversion, des choses étonnantes se sont produites dans notre cercle d’amis (je ne m’en attribue pas le mérite dans ces cas, tout au plus une petite influence, mais plutôt la manière si merveilleuse dont Dieu meut le cœur des gens). Quatre personnes sont revenues à l’Église de leur enfance et trois, comme moi, se sont converties après une vie entière de protestantisme. Parmi elles se trouvent mon ancien pasteur, Al, et sa femme, Sally ; l’un de mes meilleurs amis et compagnon fréquent dans la communauté évangélique, et sa femme Lori ; l’ami de toujours de Dan, Joe Polgar, qui avait été virtuellement dans le paganisme pendant quelques années ; un autre ami, Terri Navarra ; et la fille d’un ami, Tom McGlynn, Jennifer. De plus, un autre couple que nous connaissons s’était converti à l’orthodoxie orientale, un deuxième y songe sérieusement, et un troisième couple pourrait se convertir au catholicisme. Inutile de dire que beaucoup de nos amis protestants voient ces événements avec une trépidation muette. L’un de mes anciens pasteurs, lors de la rencontre la plus houleuse que j’aie eue depuis ma conversion, me traita de « blasphémateur » parce que je croyais qu’il y avait dans la Tradition chrétienne davantage que simplement ce qui est contenu dans la Bible ! Un autre bon ami, qui est ministre baptiste, dit que, bien que j’eusse commis une terrible erreur, je suis tout de même sauvé, en raison de sa croyance en la sécurité éternelle ! Après tout, grâce à Dieu, cela a été une expérience plutôt douce parmi nos amis protestants évangéliques. Beaucoup ignorent totalement notre catholicisme. Je crois que tous les catholiques peuvent partager ces expériences que j’ai vécues et que je décris, en ce sens que chaque nouvelle découverte de quelque vérité catholique est tout aussi stimulante. À mesure que nous grandissons tous dans notre foi, réjouissons-nous des abondantes sources de délice, ainsi que des temps instructifs de souffrance que

Dieu nous dispense dans son Corps, pleinement manifesté dans l’Église catholique. Je m’y sens tout à fait chez moi, autant qu’on pourrait l’espérer de ce côté-ci du ciel.

AD MAIOREM GLORIAM DEI

Auteur : Dave Armstrong

Notes

1 Très célèbre magicien nord-américain du début du XXe siècle.

2 Britannique d’origine israélienne qui plia une cuillère sans la toucher, rien que par la pensée, en direct (quel phénomène !)

3 « Jesus Freak », n’en déplaise aux lecteurs et même à Dave en personne, encore une de ces nombreuses inventions nord-américaines et anglaises destinées à convaincre les gens de la souveraineté de Jésus-Christ Notre Seigneur dans nos vies, mais qui tombe dans un syncrétisme frôlant le païen et le vicieux. La personne de Jésus n’a pas besoin de tels spectacles ni de doctrines aussi « showbiz » pour être proclamée. (note du traducteur)

4 Groupe sectaire pentecôtiste. Il est considéré dans toute l’Europe comme une secte dangereuse et il est interdit en Russie. John Ashcroft appartient à cette secte et sa nomination comme Procureur général des États-Unis provoqua un grand émoi dans les médias (mais pas dans le Tiers-Monde, pourquoi donc ?)

5 Comme ça, sans plus. Ce phénomène se produit beaucoup en Amérique latine, car il n’y a aucune éducation au sujet des sectes pentecôtistes. Ils se font appeler eux-mêmes chrétiens, au détriment de la véritable Foi universelle en Jésus-Christ.

6 (??????)

7 Catholic Answers de John Keating. www.Catholic.com (il devrait y avoir une section en espagnol <réclamation du traducteur>)

8 Le Vénérable John Henry Newman, écrivain anglais. Champion du catholicisme en Angleterre. Cardinal de l’Église en 1877. Sa devise cardinalice : Ex umbris et Imanigibus ad Veritatem(Des ombres et des images vers la Lumière que donne la Vérité)

9 Gilbert Keith Chesterton (1874-1936), écrivain anglais, né à Londres. Bien qu’au début sa

10 Entre autres choses, il fit brûler des anabaptistes et leur chef Thomas Müntzer, et les fit pendre aux chapiteaux des temples (?!). Il écrivit un manuel sur la manière de faire une Nuit de Cristal et des génocides. 400 ans plus tard, son fils spirituel le fit en Allemagne. Il abandonna les paysans et se rangea du côté de l’État (Tiré de My Beliefs de Hermman Hesse) (Note du traducteur, qui le considérait lui aussi comme un héros).