Mon témoignage personnel

Ce témoignage personnel retrace ma vie et le parcours qui va de la vie au sommet de Broadway (New York) à la vie de la rue à Ottawa, jusqu’à ma nouvelle vie en Jésus. (Sa lecture vous prendra environ 35 minutes.)

david macdonald 2Les débuts

Je suis né le cadet de quatre garçons à Overbrook, un quartier pauvre d’Ottawa, au Canada. Ma famille n’était pas du tout religieuse. J’ai entendu bien des idées religieuses. Mes parents m’ont fait baptiser presbytérien « au cas où », mais il n’y avait en réalité aucune pratique de la foi chrétienne. Nous n’allions jamais à l’église. La famille était très intelligente et affectueuse, mais il y avait beaucoup de disputes entre nous.

 

Pas de Dieu

Pas de paix

Connaître Dieu

Connaître la paix

 

Nous n’avions pas de Dieu. De plus, notre quartier était un peu rude. Il y avait des motards, des suicidés, quelques voitures piégées et des meurtriers. Un garçon de dix ans a poignardé à mort ses deux sœurs cadettes dans la maison voisine de la nôtre. Très tôt, j’ai développé un trouble alimentaire, peut-être en réponse à la peur dans laquelle je vivais ; je refusais de manger des journées entières. Mes camarades se développaient, mais moi je restais maigrichon.

Mon vide spirituel se manifestait aussi par une soif insatiable d’attirer l’attention. À cinq ans, j’étais tout petit et drôle ; tout le monde riait aux éclats et j’adorais cela. Pourtant, cette soif d’attention n’était pas bonne pour un enfant de ma taille. J’ai reçu bien des raclées de la part des mauvais garçons du quartier. Lors de l’une d’elles, on m’a cassé le coude avec un bâton de hockey. Il visait ma tête !

Mon grand-père maternel était ministre de la United Church (l’Église unie du Canada), et ses grands-parents avaient été pratiquants dans l’Église unie. Ma grand-mère nous a donné une Bible (la version King James), et pendant un temps ma mère s’est mise à me la lire. J’adorais cela, sans savoir pourquoi. C’étaient les Hanlon, une famille catholique, qui me gardaient ; leur fille Claire était ma meilleure amie. Je regardais toujours la Croix accrochée au mur de leur maison : elle m’attirait et elle me manquait.

Un jour, je suis entré en extase dès que mes frères aînés sont rentrés à la maison en apportant une guitare qu’ils avaient achetée 12 dollars. Aussitôt, je l’ai saisie et je me suis mis à chanter et à en jouer. Ils se regardaient l’un l’autre en disant : « Il est doué (il joue bien). » Je crois que Dieu m’a donné cette guitare pour m’aider à me concentrer. Dès lors, la musique fut le centre de ma vie. Notre famille n’est jamais allée à aucune église.

En cinquième année, j’ai vu des garçons faire voler des cerfs-volants dans la cour de l’école et je me suis dit intérieurement : « Je veux apprendre à faire cela. » Je suis donc allé acheter un cerf-volant et je me suis mis à le faire monter. Je voulais qu’il vole toujours plus haut. J’ai acheté 3 000 pieds de fil (environ 900 mètres !). Mon cerf-volant volait plus haut que celui de tous les autres. Si haut qu’il n’était qu’une petite tache dans le ciel, très difficile à distinguer. Mais je voulais qu’il monte encore plus haut. J’ai déroulé tant de fil que j’ai atteint le bout ; il s’est détaché de la bobine et le cerf-volant a disparu. Ce serait plus tard l’histoire de ma vie : toujours aller au-delà de ce que je pouvais maîtriser.

Je me revois pédalant à la fin d’une longue file de quinze ou vingt cyclistes sur une piste cyclable. Je me suis mis en tête de tous les dépasser. J’ai commencé à pédaler fort ; quand j’étais arrivé à la cinquième place, les autres vélos se sont mis à prendre la direction opposée et je me suis retrouvé de nouveau en queue de file. Après cinq ou dix tentatives de ce genre (et une fois épuisé par la dépense d’énergie), un adulte m’a dit : « Pourquoi ne te mets-tu pas simplement derrière pour profiter de cette belle journée ensoleillée en te promenant à vélo, au lieu d’essayer de passer en tête de file ? » L’idée de simplement profiter sans « gagner » m’était un concept totalement étranger. Ironiquement, j’ai toujours été le plus chétif des joueurs, dans les pires équipes des ligues mineures de hockey, de rugby et de baseball. Celle-là (gagner) n’était pas une formule efficace pour me contenir.

La IglesiaUn jour, je me promenais à vélo et je suis passé juste devant une église avant la messe du dimanche. C’était l’époque où les gens s’habillaient bien pour s’y rendre. J’ai vu l’un de mes camarades d’école entrer en short. Je me suis moqué de lui : « Ha ha, tu vas à l’église en short ! » Il s’est retourné, m’a regardé et m’a répondu : « Au moins, moi, j’y vais. » Les grandes portes de l’église se sont refermées, et moi j’ai continué à tourner en rond dans la rue déserte.

À partir de là, je suis devenu religieux à ma manière. J’ai appris par cœur toutes les paroles de « Jésus-Christ Superstar ». Je sais aujourd’hui que son contenu est faible du point de vue des Écritures, mais il m’a enseigné l’Évangile d’une certaine façon, et le nom de Jésus suffisait à donner à mon être comme un souffle de vie. J’avais l’habitude de sauter partout dans la maison en chantant : « what’s the buzz, tell me what’s a happening. »

Parfois, je me réveillais au petit matin avec des nœuds à l’estomac. Une nuit, quand j’avais dix ans, je me suis réveillé et j’ai vu, par ma fenêtre, une croix de néon bleue au clocher d’une église. Elle brillait davantage à travers la glace qui pendait de notre toit, et la lumière entrait dans ma chambre. C’était magnifique ; les nœuds à mon estomac ont disparu. Je crois que ce fut ma première expérience spirituelle ; après cela, j’ai commencé à chanter des choses qui parlaient de Jésus. J’ai inventé une petite chanson que je chantais encore et encore, jusqu’à rendre mes frères fous.

Je m’attirais beaucoup d’ennuis à l’école et je passais beaucoup de temps dans la cour (au coin, en pénitence). Une fois, l’institutrice est venue me chercher dans la cour où elle m’avait envoyé en punition et m’a dit : « David, nous sommes censés suivre les ordres de nos maîtres ; c’est ainsi que Dieu nous a faits. » Je l’ai regardée d’un air de défi et je lui ai répondu : « Moi, je ne crois pas en Dieu ! » J’ai vu son visage se décomposer. Sans Dieu comme référence morale, les enfants sont incontrôlables ; moi, en tout cas, je l’étais. L’année suivante, une autre institutrice m’a laissé la liberté de faire ce que je voulais en classe et de m’asseoir quand je voulais. Cette année-là, j’ai remporté un prix scolaire, mais j’ai retenu une très mauvaise leçon qui me causerait bien des malheurs des années plus tard, en grandissant : s’est renforcée en moi l’idée que je pouvais établir mes propres règles pour vivre cette vie.

"War of the Worlds"À cette époque, j’ai vu un film intitulé « War of the Worlds » (La Guerre des mondes), tiré d’un roman de H. G. Wells. Une scène a produit une impression incroyable sur mon esprit d’enfant de onze ans. Les extraterrestres dominaient la terre et toute l’humanité allait être détruite. Les gens se pressaient dans une église, suppliant Dieu de les sauver et intercédant auprès de lui. Les murs de l’église se sont lézardés et le toit a commencé à céder. Soudain, un silence s’est fait au-dehors. Après quelques instants, les gens sont sortis en hésitant et ont trouvé tous les extraterrestres morts. Les bactéries les avaient tués. Les prières avaient été exaucées. Je ne savais pas qu’un jour j’arriverais dans une église, terrifié, cherchant refuge, tandis que mon monde s’effondrerait et que les murs de mon instinct de conservation commenceraient à tomber en poussière.

En septième année, l’école présentait un spectacle : « Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat » (Joseph et l’étonnante tunique aux mille couleurs). Je n’avais aucune idée de l’histoire ni des paroles, mais la professeure de musique m’a demandé de mener la chanson, avec cinq filles dansant derrière moi. L’assemblée de l’école, une foule de 800 enfants, s’est déchaînée sur la chanson et a « fait crouler la salle » sous les cris et les applaudissements. C’était la première fois que je faisais l’expérience de ce genre d’adhésion massive, et dès lors j’ai su que je voulais encore plus de cette « drogue de l’attention » que je venais de découvrir. Malheureusement, je n’ai guère réfléchi aux paroles de l’histoire biblique que j’avais chantée.

La folie adolescente frappe

david macdonald 3

Quand la puberté est arrivée, j’ai fait mes adieux à Dieu. À part une fille rencontrée lors d’un échange bilingue, qui m’avait donné une croix, je ne crois pas avoir voulu quoi que ce soit de tout cela. J’avais les filles, la musique, l’alcool et la marijuana. Au bout de quelques années, j’ai retiré la croix de mon cou et je l’ai remplacée par un signe « capricorne » de l’horoscope.

 

 

C’était un peu avant que je jette la croix (à 14 ans).

J’étais un peu nigaud, mais dès que j’avais une guitare en main… Tremblez ! C’est ce qui m’a rendu très connu à l’école secondaire. Mes parents ont reconnu mon talent et m’ont offert des cours particuliers de guitare, de flûte, de chant et de piano. Mes professeurs m’emmenaient à des festivals de musique classique. Je me suis procuré deux magnétophones à cassettes et j’ai commencé à enregistrer les chansons que j’écrivais, en superposant un instrument sur l’autre. Je m’exerçais cinq heures par jour à la guitare, à la flûte et au piano. Ce qui me retenait à l’école, c’était la salle de musique : c’était l’oasis de ma vie déjantée.

Spectacle de talents à l’école secondaire

Je passais aussi beaucoup de temps dans les discothèques, et je suis devenu un très bon danseur. Malheureusement, cela m’a valu des raclées de la part de certains voyous. Une nuit, un type deux fois plus grand que moi m’a suivi à la sortie de la discothèque avec sa bande. Il s’est mis à me frapper encore et encore, jusqu’à me casser le nez. J’ai réussi à m’échapper et à courir. Sa bande de vingt gars m’a poursuivi avec l’intention de m’achever. Je me suis caché dans un banc de neige. Tous couraient à ma recherche. Je n’étais qu’à dix pieds (trois mètres) d’eux, mais ils n’ont pas réussi à me voir. Je n’arrivais pas à y croire. Je suis resté dans ce banc de neige pendant deux heures, le nez cassé, le visage en sueur et le sang tombant sur la neige fraîche. Alors même que je ne connaissais pas Dieu, Dieu, lui, me connaissait et me protégeait. Je suis certain qu’il les a aveuglés, comme je l’ai lu plus tard dans la Bible, lorsque les Araméens furent frappés d’aveuglement après la prière d’Élisée (2 R 6, 18). Miraculeusement, peu après cet incident, ma famille a acheté une maison de l’autre côté de la ville et j’ai changé d’école.

Montréal et les Bahamas

J’ai commencé à jouer de la guitare et à chanter dans les rues d’Ottawa. (Remarquez la flûte à mes côtés : elle est devenue une grande part de mon expression musicale.)

16 ans

david macdonald
16 años

C’est dans la rue que je me suis vraiment forgé. J’ai appris à attirer l’attention et à maintenir l’intérêt du public. Un chanteur francophone de Montréal, Manuel Tadros, m’a remarqué et m’a demandé de rejoindre son groupe. Il était très connu, et nous avons joué dans la grande boîte à chansons de Montréal, « Les Deux Pierrots ». Peu à peu, il s’est fait connaître et, au fil du temps, il est devenu célèbre comme auteur-compositeur et comme acteur au Québec, écrivant des chansons pour Roch Voisine et jouant dans des dizaines de films, d’émissions de télévision et de publicités.

david macdonald 7

 

 

 

 

 

 

Les Deux Pierrots, un club d’une capacité de 1 500 personnes à Montréal. Je suis à gauche (à 18 ans), Manuel Tadros (jeune) est au centre. Claude Foisy au clavier. Le public québécois était formidable, car il pouvait chanter et sauter en même temps. Ce qui m’attriste vraiment aujourd’hui, c’est de voir comment le christianisme au Québec a été mis au ban : la fréquentation des églises est tombée à 7 %. Ô Seigneur, répands ta grâce sur le Québec.

david macdonald

C’est à cette époque que j’ai réalisé mon premier enregistrement avec une petite maison d’Ottawa, Diana Records, propriété de Ralph Mongeau. C’est là qu’a commencé la « belle vie ». À l’automne de cette année-là, j’ai été envoyé comme soliste au Club Med de Paradise Island, aux Bahamas. Boisson et sexe, musique et danse : telle était ma vie à 18 ans.

Club Med, Paradise Island, Bahamas, à 18 ans. Il y avait longtemps que j’avais arraché la croix de mon cou. Vinnie, celle qui était alors ma petite amie à Ottawa, a pris cette photo. Elle était très bonne et douce, mais mon ambition l’a emporté et je l’ai quittée. Mon abandon l’a profondément blessée. Le manque de chasteté brise toujours les cœurs. Aujourd’hui, elle est mariée à un homme formidable et ils ont un fils.

New York, New York

Les magazines de mode de New York emmenaient leurs mannequins aux Bahamas pour des séances de photos en hiver. Je suis tombé amoureux de l’une d’elles. Elle m’a invité à vivre avec elle dans son appartement de New York. Un homme d’affaires qui se trouvait là et qui vivait à New York m’a dit : « Ah oui ? Ça durera deux semaines tout au plus. Tu te sens de le faire ? » Je lui ai répondu : « Non, ça ne se passera pas comme ça, c’est du véritable amour. » Il m’a donné sa carte en me disant de l’appeler quand elle me mettrait à la porte. Je lui ai dit : « C’est du véritable amour », mais j’ai pris la carte.

Le soir de mon arrivée à New York, j’attendais à l’entrée principale de la gare routière avec mon sac à dos et ma guitare, tel un innocent Canadien de 19 ans, perdu. La seule chose que j’ai remarquée, c’étaient quelques gars portoricains à côté de moi. Ils ont commencé à me poser des questions du genre : « D’où viens-tu, mon pote ? Depuis combien de temps es-tu ici ? », etc. En les écoutant, je me préparais à perdre tout ce que j’avais sur moi ; pourtant, l’un d’eux a dit :

As-tu déjà entendu parler du Seigneur Jésus-Christ ? Savais-tu qu’il nous a sauvés par son sang, et que tu peux le partager si tu « renais » en lui ?

J’ai poussé un profond soupir et je me suis senti soulagé. Je n’étais pas croyant, mais jamais de ma vie je n’avais été aussi heureux de voir des « chrétiens nés de nouveau ». En toute politesse, je me suis excusé et, soulagé, j’ai poursuivi mon chemin.

Deux jours après avoir emménagé avec le mannequin, j’ai appelé l’homme d’affaires qui m’avait donné sa carte. Le mannequin m’avait mis à la porte ! Comment savait-il ce qui allait arriver ?

J’ai commencé à jouer dans des boîtes de nuit de Greenwich Village, comme le Folk City. On y voyait des photos dédicacées de Bob Dylan, Joni Mitchell, Paul Simon et de bien d’autres artistes célèbres qui étaient mes dieux à cette époque. J’avais des étoiles plein les yeux. Je pensais qu’un jour je pourrais devenir aussi célèbre qu’eux, et qu’alors je serais heureux et que ma vie serait accomplie. Mais pour l’instant, mon truc, c’était de jouer dans les rues et dans les stations de métro. Washington Square Park était un endroit « génial », plein de distractions, mais j’ai vite compris qu’il était rempli de musiciens « wanna be » (des rêveurs et des débrouillards) qui, comme moi, n’avaient pas d’argent. Il m’est même arrivé, un après-midi, de me faire voler par une fille que j’avais ramenée chez moi après avoir joué à Washington Square. Ma vie impure commençait à porter ses fruits. Ce n’était que le début, le présage de ce que mon manque de chasteté finirait par me coûter.

J’ai quitté la scène des rues du centre-ville pour aller à Central Park, juste à la sortie de la Cinquième Avenue, là où les gens fortunés se promènent le week-end et font leurs pique-niques. Je jouais devant quelques centaines de personnes sur le flanc de la colline et je transformais l’endroit en une fête. Je gagnais ainsi pas mal d’argent, et j’ai vécu de cela pendant un peu plus de deux ans.

Harlem World : dans le monde du rap

Un soir, je me suis empressé de me présenter aux dirigeants d’une maison de disques du milieu afro-américain de Harlem, dans un McDonald’s proche du Greenwich Village Speakeasy. Ils m’ont invité dans leur boîte de nuit, appelée Harlem World, au coin de la 116e Rue et de Lenox Avenue. Je suis allé les rencontrer. Ils ont adoré l’enregistrement que j’avais apporté et que j’avais réalisé au Canada. Ils m’ont dit : « Hé, on sera en studio demain. Tu veux venir nous écrire quelques lignes de cuivres ? » « Bien sûr », leur ai-je répondu. Je croyais me trouver à l’endroit le plus cool du coin.

J’attendais mon bus devant la discothèque pour rentrer au centre-ville quand, soudain, j’ai senti un bras me serrer le cou au point que je ne pouvais plus respirer. J’ai été jeté à terre et l’homme a tenté de me pousser vers une ruelle. J’ai résisté, et il s’est enfui avec ma guitare, ma chaîne en or et mon argent. Je me suis relevé et je suis retourné au club en criant : « On m’a pris ma guitare ! On m’a pris ma guitare ! » « Fat Man », Jack Taylor, le propriétaire du club et gangster notoire, a dit : « Attrapez le type qui a volé la guitare. » Aussitôt, l’équipe de Harlem World est entrée en action, activant ses contacts dans le milieu underground de Harlem pour retrouver ma guitare. Deux heures plus tard, ils sont revenus avec ma guitare.

On m’a confié un travail de producteur d’enregistrements de rap. Nous avons enregistré le premier album de Love Bug Starski (de son vrai nom Kevin Smith), intitulé « Positive Life » (Vie positive), au studio « The Platinum Factory », à Bedford-Stuyvesant, Brooklyn. Beaucoup d’historiens du rap attribuent à Luv Bug Starski le mérite d’avoir donné son nom au hip-hop. Car, peu avant d’aller en prison, il animait un street dance où il criait : « Hip Hop, ya don’t stop! » La formule est devenue une « marque déposée », et Luv Bug est aujourd’hui considéré comme une « légende urbaine » du milieu du hip-hop. À ce moment-là, Luv Bug sortait de prison et voulait faire un rap sur le côté positif de la vie plutôt que sur la drogue. Amen pour cela.

Pendant les dix-huit mois que j’y ai passés, j’ai produit Jeckyl & Hide, the Harlem World Crew, Lady « Smiley » et bien d’autres. Bien des nuits, je partais pour le studio de Brooklyn à 21 h et je rentrais à la maison à 10 h 30. Quelques fois, je me suis effondré à même le sol du studio. J’ai appris à dormir n’importe où et à sommeiller dès que je le pouvais. J’ai énormément appris.

Harlem World m’a amené à côtoyer des artistes de premier plan du monde afro-américain, comme « The Mighty Sparrow » et « Eartha Kitt » (Catwoman). Je me souviens qu’une fois, je m’occupais du son pour Eartha et je suis monté d’un bond sur la scène pour régler des choses. Soudain, je me suis rendu compte que j’étais déplacé et que j’avais dégringolé en rebondissant hors de la scène.

20 ans, et l’innocence s’était évanouie
david macdonald

 

 

 

 

 

 

 

 

Cold Crush au Harlem World, au tout début des années 1980. Remarquez le ballon au-dessus de la piste de danse.
david macdonald

 

 

 

 

 

 

C’était une époque exaltante ; le break dance commençait tout juste à faire fureur dans les discothèques de Harlem et du South Bronx. Harlem World était un endroit où ça bougeait. On me surnommait « Mighty Whitey » (qui se prononce « Madday Wadday »), ce qui veut dire quelque chose comme « petit Blanc puissant », et l’on m’a appris à danser le break dance. On avait librement accès à des tas de cocaïne, d’héroïne et de tout ce qu’on peut imaginer, à huis clos, mais ils essayaient de tenir cela hors de ma vue. Tous ces gars avaient un cœur d’or et veillaient toujours sur « Mighty Whitey », si bien que je n’ai jamais eu d’ennuis. Ils avaient l’habitude de se placer discrètement derrière moi quand je dansais, pour se moquer, parce que j’étais une espèce de maladroit qui… évidemment, dansait comme un Blanc ! J’ai fini par en avoir assez. J’ai fini par devenir un danseur correct, et au fond de mon âme je savais que Harlem m’avait mené à deux pas du circuit des auditions du centre de Broadway.

Au milieu : Steve Negron. J’ai appris récemment que Steve avait trouvé Jésus et s’était converti. Au premier plan : le DJ « Master Maze ». Malheureusement, il a choisi une autre voie et est mort à 21 ans d’une blessure par balle. Que le Seigneur ait pitié de lui.

L’équipe du Harlem World Crew (de gauche à droite) : Son of Sam, DJ Kool D., Charlie Rock, de son vrai nom Charles Leake (Charlie m’a appris à danser l’electric boogie). Charlie a quitté le monde de la nuit et est entré à l’université. Il est aujourd’hui consultant en informatique. Il a récemment commencé à produire des concerts de R&B à New York, présentant certains des grands artistes des années 1970 comme « The Spinners » et « The Stylistics »
Ces photos sont de Joe Conzo www.joeconzo.com

Je dois admettre que le rap n’était pas ce qui me passionnait : j’aimais bien davantage la soul et le R&B. Je pensais que le rap aurait une courte vie, qu’il mourrait en quelques mois, tout au plus en quelques années. (C’était en 1981. Mon vieux, ce que je me trompais !) Une nuit, à 2 heures du matin, j’étais au troisième étage de Harlem World avec Fat Man et une dizaine de ses gars. J’essayais de le convaincre de revenir au R&B, que je préférais de loin. Je me suis énervé au point de dire : « Vous pouvez prendre votre musique rap et vous la mettre là où… », et je suis sorti. Au moment où je partais, j’ai senti dix paires d’yeux furieux braquées sur ma tête. Je suis descendu et j’ai tenté de sortir. C’est alors que je me suis rendu compte que j’avais fait une vraie bêtise, car si je marchais dans les rues de Harlem à 2 heures du matin sans aucun de ces types pour me protéger, je ne tiendrais pas deux minutes. Je suis donc remonté et je me suis excusé. Ils m’ont dit que j’avais eu de la chance qu’ils n’aient pas décidé de me passer une bonne raclée cette nuit-là. J’étais bien trop petit et maigrelet pour avoir une aussi grande gueule. Fat Man, Jack, pour une raison ou une autre, s’est montré très, très doux avec moi et m’a laissé partir avec toute mon arrogance. Je crois que Dieu veillait sur moi.

Je me revois regardant un immeuble de rapport à Harlem qui portait une grande croix sur sa façade. C’était leur église. J’ai été surpris et émerveillé par ces gens qui avaient tant de foi qu’ils avaient transformé un immeuble locatif à moitié délabré de Harlem en une église. Cela m’a touché, mais à mes sentiments pour Dieu j’ai préféré le sexe, la drogue et ma folle ambition de gloire.

« Fat Man » voulait que j’enregistre un album qui devait s’intituler « Mighty Whitey and the Harlem World Crew ». Nous avons commencé l’enregistrement, mais j’ai commis l’erreur d’aller voir un avocat de la Cinquième Avenue qui rédigeait des contrats pour les « gars blancs », avec toutes sortes de clauses juridiques. « Fat Man » a regardé le contrat et m’a dit : « Hé petit, ce n’est pas comme ça que les choses marchent ici. » Tout simplement, je n’avais pas compris la culture. Cette situation a gelé notre affaire d’enregistrement.

Le bras droit de Jack Taylor était O. C. Tolbert. O. C. était un grand chanteur, mais il chantait de la soul, il ne faisait pas de hip-hop ; à force d’attendre son tour pour obtenir un enregistrement, il a fini par devenir le garde du corps de Jack. Je crois que ce milieu underground le tenait prisonnier, mais il avait un cœur d’or. Une fois, comme Jack s’était absenté un moment, je lui ai demandé : « O. C., veux-tu faire un enregistrement ? », car je voulais produire du R&B et non du rap. O. C. m’a répondu : « Oh, le voilà qui recommence. » J’ai poursuivi : « Que mettrais-tu sur la pochette de ton 33 tours ? » Il m’a répondu : « Je veux avoir l’air vraiment riche : de beaux habits, un chapeau et des chaînes. » C’était là la différence entre les jeunes Noirs et les jeunes Blancs à cette époque. Les chanteurs blancs voulaient s’habiller comme des pauvres, simplement, en blue-jean ; les Noirs cherchaient à paraître très riches, avec de beaux costumes blancs. J’écoutais sans cesse O. C. faire des arrangements très cool de R&B avec sa voix, et j’essayais de l’imiter, mais je n’y arrivais jamais : j’étais blanc ! Néanmoins, je suis devenu un bien meilleur chanteur en côtoyant O. C.

Dans une boîte de nuit de Greenwich Village, j’ai rencontré un Blanc, Russ Mason, qui travaillait à faire une parodie de rap intitulée « Prep Rap », au sujet de la ligue scolaire Preppy Ivy (celle des Blancs riches). Il était guide touristique dans les studios de NBC et connaissait le producteur de « Coast to Coast with Tom Snyder ». Nous avons terminé la chanson ensemble et l’avons présentée dans l’émission, qui était diffusée sur NBC. Ce soir-là, le « Weird Al Yankovic » encore inconnu a fait ses débuts nationaux avec « Another One Rides the Bus » dans la même émission, et ce fut le commencement de sa carrière.

Les gars de Harlem World m’ont vu jouer de la guitare avec ce rappeur blanc sur NBC et se sont mis très en colère de me voir jouer à la télévision internationale, et en plus en parodiant le rap. Ils m’ont appelé et sont venus me cueillir. Ils m’ont emmené jusqu’à Harlem et se sont mis à me poser des questions sur l’émission et sur la façon dont je m’étais retrouvé avec ce type. Je pouvais sentir qu’il se passait quelque chose. Ils étaient vraiment hors d’eux et j’étais en danger. Je leur ai demandé de me laisser sortir de leur camionnette, mais ils ont refusé. Je le leur ai demandé un bon nombre de fois, et je devenais de plus en plus désespéré, car leurs questions se faisaient de plus en plus incisives et agressives. J’étais terrifié. Je sentais qu’ils allaient me frapper jusqu’à ce que je perde connaissance, ou peut-être pire. Finalement, Fat Man a dit : « Laissez partir le petit », et ce fut la fin de toute cette histoire avec eux. J’ai fini par produire « Prep Rap » pour Nemperor/CBS Records ; la chanson a eu une petite place au Billboard, mais elle n’a jamais percé.

Quelques années plus tard, Harlem World cherchait un guitariste country et s’est imaginé que, puisque j’étais blanc, je serais probablement un bon musicien de country. Pourtant, je suis la preuve vivante que tous les guitaristes blancs ne savent pas jouer du country ! Mais j’étais heureux qu’ils m’appellent, car ce fut en quelque sorte une manière de me pardonner. Fat Man a toujours eu un côté tendre pour les gars comme moi, et il a pardonné mon arrogance et mon ambition égoïste.

Un an après que j’eus quitté Tayster/Rojac Records, O. C. a enfin enregistré une grande chanson : « I’ve Got It ». Il est devenu l’un des chanteurs les plus importants du R&B underground des années 1980.

J’ai appris que Jack Taylor était mort quelques années plus tard, après une longue bataille contre la cocaïne base. Harlem World a fermé en 1985, et avec cela s’est tournée une page de l’histoire de la musique. Je prie pour que Fat Man, Jack Taylor, ait rencontré le Seigneur avant de mourir. Je prie pour toi, Jack.

O. C. Tolbert est retourné à Détroit. Il a tourné sa vie vers Jésus à la fin des années 1980. Il a pu se libérer de la drogue et est devenu prédicateur-chanteur évangélique. Un soir de 1995, alors qu’il donnait un grand spectacle de réveil, il a été victime d’une crise cardiaque en descendant de la scène et a quitté cette vie. La dernière chanson qu’il a enregistrée s’intitulait « Heaven Bound » (« Lié au Ciel »), produite par Bob Dennis qui, dans les années 1960, avait masterisé toutes les chansons de Motown. Le refrain de cette chanson dit :

Je m’en vais au Ciel
Je m’en vais chanter et crier
Que personne là-haut ne pourra me chasser
Car je suis lié au Ciel

Ceci est pour toi, O. C. Un jour, nous chanterons de la soul ensemble au Ciel, et alors je pourrai chanter comme toi. :-)

Frôler la mort

On dit que « le Seigneur veille sur les fous et sur les ivrognes ». Je suis certain qu’il a veillé sur moi. Une nuit de 1982, je jouais de la guitare et je chantais dans la station de métro sous la Citibank, à l’angle de la 53e Rue et de Lexington, comme je le faisais toujours. La soirée avait été bonne, j’avais gagné environ 80 dollars. J’ai tout rassemblé et je rentrais chez moi vers 23 heures. J’étais seul dans la voiture. Trois types se sont assis, un de chaque côté et un en face. Ils se sont regardés les uns les autres, puis m’ont regardé. J’ai eu un mauvais pressentiment ; je me suis accroché à ma guitare et je l’ai ramenée vers moi, mais il était clair que l’atmosphère devenait lourde et qu’ils allaient m’agresser. À cet instant précis, la porte qui relie les voitures à l’arrière du train s’est ouverte, et un Portoricain coiffé d’un bonnet rouge est entré. Ce fut littéralement un « ange gardien ». Les « Guardian Angels » sont un groupe de jeunes qui patrouillent dans le métro par groupes de vingt pour protéger les gens qui voyagent dans les voitures. Les trois types faisaient deux fois ma taille et me tenaient. L’un d’eux m’a caressé la tête et, tout excité, m’a dit : « Tu as eu de la chance cette fois ! »

Un jour, je descendais du trottoir pour traverser la 52e Rue quand un autobus a surgi et a freiné si près de moi qu’il a frôlé mes cheveux et que le souffle a fait voler mon manteau. Je suis resté stupéfait d’avoir été si près de la mort.

Un jour, en descendant vers la station de métro de la 42e Rue, un type m’a saisi par le bras et me réclamait de l’argent ; je me suis dégagé et j’ai continué à marcher. Quand j’ai regardé derrière moi, j’ai vu que sept types costauds me suivaient. J’ai dévalé les escaliers, certain que, s’ils m’attrapaient, ils me passeraient une raclée, ou peut-être pire. En tournant au coin, dans la station, un policier se tenait là, debout. Quand les types l’ont vu, ils ont bifurqué sur la gauche et sont partis. Pourquoi Dieu me protégeait-il alors que je ne croyais pas encore en lui ? Je l’ignore.

Le premier avortement

Je n’ai jamais compris que le sexe était quelque chose de sacré selon l’ordre de Dieu, un don qu’il fait aux hommes comme moyen d’union et de génération de la vie. Je concevais le sexe comme quelque chose que l’on fait pour s’amuser, comme l’expression de ses sentiments envers quelqu’un qui nous plaît et qui nous attire. L’idée d’un engagement pour toute la vie est toujours restée hors du champ de ma compréhension. Je fréquentais une fille que j’avais rencontrée alors que je jouais à Central Park. Après une grossesse inattendue, je l’ai « aidée » à tout arranger pour avorter. L’avortement l’a profondément affectée, mais nous étions convaincus qu’un bébé n’était pas une bonne chose pour nous à ce moment-là, puisqu’elle était étudiante à l’American Music & Dramatic Academy (AMDA) et que j’étais en pleine ascension sur l’échelle du monde du spectacle. Nous étions tous deux fous de réussite. Pourtant, cela l’a vraiment affectée. Elle a toujours porté le poids de cette perte, même maintenant qu’elle est mariée et a un enfant avec une personne célèbre qui figure au Rock & Roll Hall of Fame, au point que, si je la nommais, tous ceux qui lisent ceci sauraient de qui il s’agit. Moi, j’ai atténué ma douleur par mon ambition.

L’appel de Broadway et de Hollywood

Les colocataires avec qui je partageais le loyer étaient acteurs. Un jour, ils m’ont montré une annonce où le « Village Voice » cherchait des chanteurs de rock and roll, des acteurs, des musiciens et des danseurs pour travailler dans un spectacle de Broadway. L’audition avait fait l’objet d’une grande publicité. Je m’y suis rendu, dans un théâtre de la 42e Rue, avec ma guitare, pour attendre dans la file pendant quelques bonnes heures dès le matin, aux côtés de 2 000 autres âmes espérant décrocher leur instant de gloire. Quand mon audition de deux minutes est enfin arrivée, il était environ 14 heures. J’ai explosé sur scène avec un morceau de blues, puis j’ai chanté une belle ballade. On m’a dit de ne pas quitter la ville. Après six semaines et six rappels, j’ai été engagé pour un spectacle de Broadway où j’incarnais Mick Jagger, Sting, Alice Cooper, Procol Harum et les Crew-Cuts. Je jouais aussi de la guitare, de la flûte et de la trompette dans le spectacle. J’avais 21 ans et j’étais l’un des plus jeunes à Broadway cette saison-là.

Au cours des trois années suivantes, la belle vie allait être ma vie. J’ai travaillé avec Robert Downey Jr., Christopher Lloyd et la vedette de Broadway Liz Callaway, Jimmy Haslip des Yellowjackets et Gary Katz de Steely Dan. J’ai participé à la tournée de « Cats », en dehors de Broadway, comme covedette, et j’ai tenu le rôle principal dans des films de Paramount, Columbia et ABC TV ; j’ai fait des publicités pour Nintendo et Levi’s ; j’ai produit de la musique pour CBS Records et j’ai remporté le Feature Pick du Billboard Magazine. J’étais de toutes les bonnes fêtes de New York, côtoyant tous les gens célèbres, me droguant et buvant avec eux. Les agents me disaient : « Tu vas devenir une star », et je les croyais.

J’ai été engagé pour jouer au Playwrights Horizons (Off-Broadway) dans une pièce intitulée « Elm Circle ». À un moment de la représentation, j’incarnais un « chrétien né de nouveau » qui essayait d’évangéliser une jeune fille (le personnage principal) dans un train. C’était ironique que je joue un évangélisateur, alors que j’étais athée à cette époque. Dieu me devançait. Dans la pièce, elle rejetait mon évangélisation comme une folie, presque comme cette fois où j’avais rejeté les deux gars « nés de nouveau » à la gare centrale. Dans la pièce, elle cherchait le sens de la vie tandis qu’elle voyageait vers Hollywood pour devenir une star de cinéma ; pourtant, à la fin, elle se suicidait. C’est ainsi que se termine la pièce, un témoignage puissant et un véritable avant-goût de ce que représenterait pour moi mon rejet de Dieu. Cependant, je n’ai pas saisi le message.

Voici David Mac Donald incarnant Mick Jagger dans un spectacle intitulé « Rock & Roll: the First 5000 Years » à Broadway ; à ses côtés se trouve Karen Mankes, qui allait accéder à la célébrité dans la série de films « Police Academy » (L’Académie de police).

Tout montait, encore et encore. Sauf une chose : le vide que je ressentais au-dedans et que j’essayais de combler avec toujours plus de succès. En grandissant, j’avais dressé une liste de réussites qui, pensais-je, me rendraient heureux. Par exemple : être à Broadway, avoir une belle fille, être célèbre, gagner de l’argent, etc. Je pensais que si je pouvais obtenir tout ce qui figurait sur cette liste, ma vie serait de rêve. Pourtant, après avoir coché tous les éléments de la liste, je n’étais toujours pas heureux. Cela me frustrait. Tout ce que je touchais, je le changeais en or, mais rien ne suffisait. J’avais un trou au-dedans de moi. J’essayais de le combler par le sexe : j’étais un coureur de jupons. J’ai essayé la cocaïne, l’alcool et les fêtes déchaînées. Rien n’a marché. Je ne comprenais pas que ce trou était une faim de Dieu.

Un peu moins d’un an après le premier avortement, j’ai été engagé à Broadway pour un spectacle intitulé « Baby », qui parlait de trois couples attendant un enfant. J’étais le seul à Broadway à connaître ce sujet en détail, et ce fut le premier grand rôle de Liz Callaway, qui jouait mon épouse. Je comprends aujourd’hui pourquoi mon subconscient ne me laissait pas travailler dans ce spectacle. Trois jours avant le début des répétitions, j’ai tout laissé tomber pour aller tourner une série intitulée « Flashdance » pour NBC. La série a été mise de côté, et Todd Graff, qui m’avait remplacé dans « Baby », a été nommé aux Tony Awards pour le rôle que j’avais abandonné. L’album enregistré se trouve ici 

Aujourd’hui, il est un écrivain et un réalisateur très connu. Je trouve ironique qu’après un avortement j’aie été engagé pour le rôle d’un futur père dans un spectacle intitulé « Baby », et que je l’aie abandonné par ambition de toujours plus de notoriété. J’ai emménagé dans un appartement de la 14e Rue avec un autre acteur. Il disait que nous devions transformer ce vieux logement défraîchi en un espace cool de célibataires. Moi, je pensais que c’était une excellente idée. Deux jours après mon emménagement, il est sorti avec ses amis au Studio 54 pour passer une de ces « folles nuits » de vendredi. À son retour, il m’a trouvé avec tout le mur de ma chambre abattu : les briques, le plâtre, la peinture, tout était répandu partout. Il m’a regardé, ahuri, et m’a dit : « C’est pas cool, je vais commencer les réparations… », et il a continué à pester de plus belle. J’ai toujours été très enthousiaste en tout, et tout allait bien, car l’amitié n’était pas brisée. Après plusieurs mois, ma chambre était splendide, et alors j’ai dû déménager parce que j’avais été engagé pour un spectacle. Telle était l’histoire de ma vie : j’ai changé 23 fois de domicile en 4 ans.

Un autre avortement déclenche la chute en spirale

Je n’avais pas retenu la leçon. J’ai bientôt rencontré une fille qui était médecin et danseuse professionnelle dans un groupe de danse connu. Elle dansait à New York l’automne, le printemps et l’hiver, et travaillait comme médecin à Montréal l’été. J’étais très fier d’elle. Un soir, elle m’a annoncé qu’elle était enceinte, alors même qu’elle prenait la pilule. Nous avons convenu qu’il n’était pas opportun d’avoir un bébé, parce que nous « bâtissions nos carrières », et nous l’avons avorté.

Bien qu’elle aussi voulût avorter, une fois dans la salle d’opération, au moment où le médecin a commencé à se servir de la machine à succion pour retirer les morceaux de notre bébé, elle s’est mise à hurler avec emportement : « Enlève ça ! » Ce fut pour elle un désastre sur le plan émotionnel. Ni toute sa formation médicale, ni son succès éclatant dans la danse ne pouvaient arracher son vide. Malgré toute son instruction et son éclat de danseuse, il n’y avait aucune explication au déséquilibre émotionnel dans lequel elle est entrée ; sinon qu’elle avait fait quelque chose d’horriblement mal. Aucun succès n’a pu recouvrir cette blessure dans sa maternité. Après l’avortement, un vide m’a envahi moi aussi et, comme beaucoup de couples qui avortent, nous avons rompu peu de temps après.

Utilisé avec permission

J’ai écrit une chanson :

you and me / tu y yo
have killed the seed/ matamos la semilla
that was planted in our souls/ que habíamos plantado en nuestras almas
now there’s only you/ ahora solo eres tú
and only me/ y solamente yo
and a memory of our world/ y un recuerdo de nuestro mundo
we had it all and watched it blow/ el que tuvimos y vimos desvanecerse
away, and where it goes/ y adonde fue
we haven’t got a clue/ no tenemos una pista
nothing we can do/ nada podemos hacer

Je pensais que la chanson parlait de la relation perdue. En y regardant de plus près, je peux voir mon âme crier contre ce que j’avais fait à mon propre enfant. Mon vide spirituel transparaissait dans la chanson. Les ténèbres m’entouraient. J’ai appris depuis que bien des couples se brisent après un avortement, et que très souvent tous deux sombrent dans le vide de la dépression.

Je jouais le Rock & Roll Cat dans la tournée nationale de « Cats » aux États-Unis. J’ai maigri jusqu’à ne plus peser que 115 livres (environ 50 kilos) et, alors que j’étais censé jouer Rum Tum Tugger, le chat très cool, star du rock, j’avais une allure désastreuse, infernale ; le démon s’était emparé de moi. J’étais tombé dans un trouble alimentaire, l’anorexie. Je suis tombé gravement malade, avec un ulcère à la gorge. Le médecin m’a dit que je ne devrais pas parler pendant trois semaines. J’ai fait le brave et je lui ai dit : « Hé, j’ai 10 000 personnes par semaine et 80 000 dollars par an dans un premier rôle, je ne peux pas arrêter de chanter maintenant. » Il m’a répondu : « Eh bien, alors fais ce que tu veux ! » J’ai continué à chanter et, peu de temps après, ma voix a complètement disparu ; j’ai tout perdu, y compris le spectacle.

J’ai perdu ma carrière et je n’ai pas pu parler pendant 3 ans. Je communiquais par écrit, avec du papier et un crayon. J’avais 24 ans. Les effets de l’avortement ont fait s’évaporer ma carrière.

Je suis tombé en dépression. J’étais seul avec mon esprit misérable, et il était implacable, il ne se taisait jamais. Je ne pouvais pas parler plus de 10 minutes par jour.

Un jour, je marchais dans Times Square quand, soudain, j’ai entendu un murmure derrière moi. C’était la voix d’un jeune homme qui disait : “Assume the living God, you can’t close the doors when the walls are caving in!” (« Accueille le Dieu vivant, tu ne peux pas fermer les portes quand les murs s’effondrent ! ») Je me suis retourné et j’ai vu une foule ; je n’ai jamais su qui c’était, mais je n’ai jamais oublié ces paroles.

Un matin, j’étais assis dans un café de la 72e Rue, sur Broadway ; je n’avais plus de voix et mon avenir semblait s’évanouir. Soudain, des bribes, encore et encore, du Notre Père me sont revenues à l’esprit. Je n’avais plus pensé à aucune prière depuis la cinquième année, quand nous priions chaque jour à l’école dans le cadre des exercices d’ouverture. Je ne pouvais me rappeler qu’une ligne à la fois et j’oubliais tout ce qui suivait, mais au cours d’une heure environ j’ai réussi à l’écrire presque en entier sur ma serviette. J’ai été émerveillé par sa sagesse et sa profondeur. Je n’y avais même jamais réfléchi auparavant dans ma vie d’adulte. « Ô Seigneur, pardonne à notre culture d’avoir arraché ta prière de nos écoles publiques. »

Je suis resté bloqué à New York pendant environ 9 mois, attendant de guérir et que ma carrière puisse reprendre. J’ai abandonné l’alcool et la drogue, et ma quête de la vérité a commencé. Durant cette période, je me suis mis à chercher des réponses au « sens de la vie ». Je me suis engagé dans toutes sortes de pratiques de la spiritualité New Age (je suis allé à Boston, dans le Connecticut, à San Francisco, etc.). Beaucoup de ces choses ressemblaient à une secte. C’était la manière typiquement spirituelle de Hollywood : « deviens spirituel et vis comme un païen ». J’ai lu Shirley MacLaine dans son livre « Out on a Limb », j’ai parcouru tous les États-Unis et j’ai dépensé la plus grande partie de mon argent dans ces organisations. J’aurais donné ma vie pour trouver quelque chose qui me sorte du gouffre où j’étais. J’allais de l’une à l’autre. Dieu est patient.

Jésus m’appelle, mais je le laisse passer

Un jour, je marchais près du Madison Square Garden, non loin de mon appartement. Il y avait plusieurs autobus remplis de gens de couleur, très bien habillés selon leurs coutumes. Les souvenirs de Harlem me sont vite revenus à l’esprit ; je me suis donc dirigé vers l’un d’eux et j’ai écrit sur mon bloc-notes (je ne pouvais pas parler) : « Qu’est-ce qui se passe ? » Et l’homme m’a dit : « Monte et tu le sauras. »

À l’intérieur, j’étais le seul visage blanc au milieu d’une foule de milliers de personnes. La musique a commencé. C’était une rencontre de réveil. Je veux dire une rencontre pour Revivre ! Mon vieux, ce que c’était bon ! Le prédicateur était embrasé pour Dieu. À la fin, il y a eu un « appel à l’autel ». Deux grands gaillards m’ont saisi par la poitrine en disant : « Crie pour le Seigneur, mon frère ! » Ils ne savaient pas que j’étais muet. J’ai poussé un gémissement, mais j’ai senti le feu. Une petite vieille s’est avancée vers moi, les larmes aux yeux, et m’a dit : « Maintenant, lis la Bible. Ne la quitte jamais, joins-toi à une Église. Que Dieu te bénisse, mon fils ! » Je suis retourné à mon appartement de la 19e Rue, très remué, mais je n’ai pas cherché d’église ni la Bible. Le feu s’est peu à peu éteint. Je comprends maintenant combien il est important de se joindre à une communauté de chrétiens croyants une fois qu’on a eu une rencontre avec l’Esprit Saint.

La tragédie frappe

À cette même époque, dans ma ville d’origine, Ottawa, au Canada, mon petit neveu Andrew, âgé de 20 mois, fut battu à mort par sa gardienne, qui fut condamnée à 5 ans de prison pour meurtre au deuxième degré. Ce meurtre fit la une de tous les journaux et le procès fut très médiatisé.

Une nuit, pendant le procès, à 3 heures du matin, je me suis réveillé en criant vers Dieu au sujet de cette situation. J’étais abasourdi de me retrouver mêlé à une circonstance aussi horrible. J’ai écrit dans mon journal : « Dieu, ce n’est pas clair. Pourquoi est-ce que je ressens cela et que je me trouve dans cette situation, alors que ce n’est pas moi qui ai tué ce bébé ? »

Aussitôt, ma main s’est mise à écrire d’elle-même. Je regardais ma main, mais je ne savais pas ce que j’étais en train d’écrire jusqu’à ce que j’aie terminé. Alors j’ai regardé et je suis resté bouche bée. C’était écrit : « Tu as assassiné des bébés »

J’ai compris instantanément que les avortements auxquels j’avais pris part étaient des meurtres et que, même si l’avortement était légal, aux yeux de Dieu ils étaient comparables à ce que la baby-sitter avait fait à mon neveu. Au milieu de la crise, Dieu m’a montré la sainteté de la vie dès la conception et combien il aime tous les enfants, même ceux qui ne sont pas encore nés. Ô Dieu, pardonne-moi.

Mon frère Bruce, dont le fils était l’enfant assassiné, était un brillant ingénieur en informatique qui ne croyait pas en Dieu. Peu après la tragédie, son mariage a pris fin, et il s’est remarié en fondant une nouvelle famille. Il était bénévole chez les Castors et avait apparemment obtenu tout ce que la société offre aux gens intelligents, séduisants et respectueux de la loi. Mais, sans Dieu, personne ne peut obtenir le pardon nécessaire pour guérir d’une telle tragédie. Cette année (2002), il a abattu sa femme et s’est suicidé avec son fusil de chasse. Ce meurtre-suicide a laissé orphelins deux beaux enfants, qui ont été élevés et pris en charge par la famille de Rod, un autre de mes frères. Brenda et Bruce, vous me manquez. Que le Seigneur ait pitié. Voici une chanson que j’ai écrite pour les enfants :

De retour à Ottawa

Ayant perdu ma voix, je suis retourné à Ottawa, cherchant à guérir et à être auprès de ma famille après la perte tragique d’Andrew. Mon grand-père Ivan, un ancien fermier bien établi, m’a pris chez lui. Il avait 90 ans et j’étais censé prendre soin de lui ; mais, souvent, je sortais errer çà et là. Il était presque sourd et j’étais muet — le couple parfait — mais nous parvenions à communiquer d’une façon ou d’une autre. Il m’a appris à me lever à 6 heures du matin, l’heure à laquelle j’avais l’habitude de me coucher. Il m’a appris à avoir des horaires pour les repas, et il ne buvait jamais.Photo de mon grand-père Ivan Hawkshaw

J’ai installé un studio d’enregistrement dans la maison. Je me servais de sa surdité comme excuse, sans tenir compte du fait que la batterie peut faire trembler toute une maison. Il s’est montré très tolérant à mon égard ; je l’aimais. À cette époque, je pouvais parler environ 30 minutes par jour. Il allait à la United Church, mais il se moquait du prédicateur qui habitait justement dans la maison voisine, derrière la sienne, et qui arrivait toujours ivre. À mesure que la vie de mon grand-père touchait à sa fin, je pouvais le voir entrer de plus en plus en relation avec Jésus, et j’apprenais. Cela m’impressionnait, mais j’étais encore plongé dans ce curieux mélange que le New Age fait du mysticisme oriental et du paganisme occidental.

Un tournant décisif à Montréal

J’allais à Montréal pour rencontrer un gourou célèbre du New Age qui devait me donner un nouveau nom (quelque chose comme « Sri Baba »). J’étais sur le point de tout quitter pour aller vivre dans un petit village de la secte, en Virginie, appelé Yogaville. Mais, quand j’ai pris l’autobus à Montréal, je me suis perdu et je suis descendu n’importe où. J’ai regardé autour de moi et j’ai vu une église gigantesque : c’était l’Oratoire Saint-Joseph. Je suis resté paralysé devant sa beauté et sa majesté.

Je me suis approché de cette église pour mieux la voir, et j’ai vu un groupe de petites vieilles poser leurs mains sur les pieds de la statue de Jésus. Elles murmuraient des prières et marchaient humblement, la tête inclinée. J’ai été très ému et je me suis dit : « Ces femmes ont la foi ! L’église n’est peut-être pas un froid édifice de pierres rempli d’hypocrites. » (c’était ce que je pensais à ce moment-là). J’ai marché autour du tombeau du frère André (je devine qu’il devait intercéder pour moi) ; je me suis senti très touché et j’ai monté les marches vers le grand sanctuaire d’en haut. Les lumières étaient éteintes et le sanctuaire vide. Il n’y avait qu’une seule lumière au-dessus de la Croix. À la différence de mon expérience au Madison Square Garden, cette fois j’étais seul avec le Seigneur, rien que lui et moi. J’ai posé mon visage contre terre, sur le sol de marbre, et j’ai dit :

« Seigneur Jésus, je ne te connais pas du tout, mais me voici, songeant à changer de nom, à quitter ma maison et à me joindre à une secte. Pourrais-tu, je t’en prie, venir dans ma vie ? Prends mon cœur, prends ma santé, prends mes circonstances, prends tout ce qui est à moi. Je suis à toi. »

Quand je me suis relevé, j’avais perdu tout intérêt pour ce gourou et pour la secte à laquelle j’étais sur le point de me joindre ; j’avais reçu l’effusion de l’Esprit Saint.Le New Age s’en est allé , Dieu merci ! Je me suis levé et je suis sorti comme un homme nouveau, un homme appelé à la sainte Église catholique et apostolique.

L’appel à abandonner la musique

Une fois à Ottawa, j’ai senti que Dieu m’appelait à abandonner complètement le monde de la musique. Cela me terrifiait, car c’était comme faire un saut dans le vide, un saut dans l’absurde. J’étais appelé à abandonner le « dieu » de l’art pour le Dieu du Notre Père. J’ai fermé mon studio d’enregistrement ; une partie de mon matériel, je l’ai donnée, une autre partie, je l’ai vendue : guitares, claviers, système d’enregistrement, système de sonorisation, y compris ma flûte bien-aimée. J’ai détruit des heures de travail, y compris celles que je considérais comme une extension de mon âme, 10 ans de coûteux enregistrements master de mes propres compositions. Je suis allé travailler pour un salaire dérisoire dans une organisation caritative. Je m’agenouillais devant une église à 5 heures, chaque matin.

Avec le recul, ce fut le grand moment de clarté que je n’avais jamais connu. Cependant, comme l’explique le philosophe Kierkegaard : « il y a un prix à faire d’un absurde une décision pour Dieu ». Parfois, ce qui suit est difficile. Nous avançons « avec crainte et tremblement » (Mt 5, 33 ; 2 Co 7, 15 ; Ph 2, 12). Abraham ne s’est pas désespéré en voyant les yeux d’Isaac alors qu’il levait le couteau (Gn 22, 1-19) ; Marie ne s’est pas effondrée sous la douleur d’être incomprise de Joseph avant que l’ange ne lui rende visite (Mt 1, 24) ; les apôtres ne se sont pas désespérés par peur de professer la foi, comme les premiers chrétiens (Actes des Apôtres) ; et moi, je ne me suis pas senti désespéré par le tourbillon émotionnel qu’était l’abandon de tout ce à quoi je m’identifiais. Et la souffrance d’être mal compris par mes amis et ma famille, qui pensaient que je devenais fou, ne m’a pas non plus brisé. Ainsi, le paradoxe de la décision pour Dieu, comme l’explique Kierkegaard, est que « plus nous approchons de l’Absolu, par l’introspection, moins nous sommes compris du monde extérieur ».

Mais j’ai commis une erreur : j’ai coupé les liens avec ma famille et je ne leur ai plus parlé pendant que je remettais de l’ordre dans mes idées et dans ma vie.

Une nuit, par accident, j’ai laissé ma maison verrouillée de l’intérieur et je me suis retrouvé dehors. J’ai commencé à marcher dans le quartier en me demandant ce que je pouvais faire. J’ai frappé à la porte du presbytère de la paroisse St. Mary, et le père Bob Bedard m’a ouvert. Il m’a jeté un regard et a dit : « Mon Dieu, pauvre garçon, entre. » Il a deviné que je n’avais pas très bonne mine. Il m’a hébergé au presbytère pendant 3 nuits, m’a nourri et nous avons parlé. Quand il a entendu mon récit de ce qui m’était arrivé à Montréal et de la manière dont j’avais tout quitté pour suivre Jésus, il a compris que j’étais un nouveau chrétien et que j’avais besoin d’être nourri spirituellement (ce qui n’avait pas eu lieu après mon expérience avec Jésus à New York). Il m’a invité au groupe de prière, et ma marche à la suite du Christ a commencé. J’ai commencé à aller à la messe en 1989, à réciter le chapelet chaque jour en 1991, et je suis devenu catholique en 1995. Je pensais que je ne rejouerais jamais.

J’ai décidé d’aller à l’université et j’ai obtenu mon diplôme en 2000 (B. Com., Magna Cum Laude — la plus haute distinction —, ce qui m’a surpris : j’étais un musicien doté d’un cerveau) et j’ai commencé à travailler auprès de personnes handicapées, le cadeau du millénaire que Dieu me faisait. J’ai commencé à marcher dans la lumière et à m’approcher du corps du Christ. Toute cette histoire de 10 ans loin de la musique, le miracle d’une carrière que Dieu m’a donnée dans les technologies destinées aux personnes handicapées, par-delà mon propre handicap, et la façon dont j’ai surmonté ce handicap, vous pouvez la découvrir ici :

Jésus m’a rendu la musique

En avril 1998, je participais à une retraite de fin de semaine des Cursillos de la Chrétienté. Il y eut un enseignement qui disait que l’Amour est le centre de la vie chrétienne.Alors, l’animateur de la retraite a dit : « J’aimerais que chacun crée une expression artistique de ce qu’il a appris pendant cet enseignement. » Certains ont pris des marqueurs de couleur et se sont mis à dessiner. Quand mon tour est venu, j’ai vu une guitare.

Je n’avais pas touché un instrument depuis 10 ans. Je l’ai prise, j’ai commencé à faire des accords et à chanter les paroles qu’avait prononcées celui qui donnait l’enseignement. Une autre personne m’a suivi dans le chant, et une très belle chanson est née : « Love at the Centre » (l’amour au centre). Tous les participants se sont déchaînés et se sont mis à chanter ; personne ne savait que j’étais musicien. Elle est devenue « la chanson » de la retraite. Ma voix était revenue, claire et parfaite. Je chantais mieux que le jour de mes débuts à Broadway, et je le faisais pour une juste raison : pour Dieu, pour Jésus !

Voici mes compagnons du cursillo pour hommes d’avril 1998, quand Dieu m’a rendu la musique. Des centaines de personnes priaient pour nous. Beaucoup d’entre nous ont reçu de véritables miracles. Je suis le troisième en partant de la gauche, sur la rangée du bas.

J’ai dit au Seigneur : « Seigneur, j’aimerais enregistrer cette chanson, mais je ne sais pas comment. Je n’ai ni argent, ni instruments, ni studio. » Plusieurs jours plus tard, un ami m’a abordé dans la rue et m’a dit : « David ? » J’ai répondu : « Oui ? » Il a poursuivi : « Tu m’as produit dans les années 1980, et ta production m’a tellement inspiré que j’ai acheté un équipement de 10 000 dollars et une flûte. Mais je suis avocat maintenant et je n’ai pas de temps libre. Aimerais-tu que je te prête mon équipement et la flûte ? » Je suis resté bouche bée et j’ai accepté. Quelques jours plus tard, j’ai rencontré un autre ami qui m’a dit : « David, j’ai une guitare électrique et un amplificateur, mais je ne m’en sers pas. Veux-tu que je te les donne ? » J’étais stupéfait et j’ai dit : « Oui ! » Une femme de l’église est venue me dire ensuite : « David, ma mère est décédée et j’ai hérité d’elle un piano numérique de 1 200 dollars. Aimerais-tu que je te le donne ? » En quelques semaines, ma chambre était remplie de matériel d’enregistrement et j’enregistrais ma première chanson chrétienne. Amen.

Le miracle de la flûte retrouvée

Mais quelque chose d’étrange s’est produit. Le lendemain du jour où j’avais reçu toutes ces choses, c’était le Vendredi saint. Je suis sorti de la douche et je me suis rendu compte que la porte d’entrée de la maison était ouverte et que la flûte, qui coûtait cher au demeurant, n’était plus là. J’ai fouillé mon appartement à la recherche de la flûte, mais il n’y avait rien. Je me suis dit intérieurement : « Oh non, on me l’a volée ; je vais devoir cesser de payer l’université pour acheter une flûte neuve à ce type. » J’ai appelé la police, et on m’a dit : « Faites tous les magasins d’achat-revente, les prêteurs sur gages et tous les magasins de musique d’occasion. » J’ai passé toute la journée à parcourir la ville à sa recherche, sans succès. Au dernier endroit où je suis allé, le propriétaire m’a reconnu et m’a dit : « David Mac Donald ?… Tu es venu ici il y a 10 ans, tu as mis ta flûte en dépôt et tu n’es jamais revenu la chercher ; mais elle ne s’est jamais vendue. Veux-tu que je te la rende ? » Je n’arrivais pas à y croire : c’était la flûte que j’avais laissée 10 ans plus tôt ! Le propriétaire du magasin me l’a rendue.

Mais je n’avais toujours pas retrouvé la flûte volée que l’avocat m’avait prêtée. Le lendemain, c’était le dimanche de Pâques, le jour de la Résurrection de Notre-Seigneur. J’ai ouvert une commode pour prendre des vêtements, et la flûte de mon ami était là… je n’ai aucune idée de comment… Je suis certain d’avoir vérifié ce meuble avant d’appeler la police. Le Seigneur m’avait joué un tour pour que je puisse retrouver ma flûte d’origine, en me faisant croire que l’autre avait été volée.

Me voici réuni avec ma flûte. La photo a été prise lors d’une mission récente à Guam. Je la fais sonner comme si c’était une clarinette. (Photo : Dwayne Sanchez)

Une radio chrétienne commence à passer la musique

CHRI Radio (99.1 FM), à Ottawa, est la plus grande station de radio chrétienne du Canada, avec un auditoire de 32 000 auditeurs. Je suis arrivé au studio sans prévenir et j’ai dit : « J’ai réalisé cet enregistrement à la maison ; je n’ai pas joué depuis 10 ans, alors je ne sais pas ce qu’il vaut. » On m’a répondu qu’il était excellent et on l’a mis en rotation régulière. Quelques autres stations l’ont repris, et un petit ministère de musique est né pour moi.

Un jour, je marchais vers la radio quand le producteur m’a demandé de lire une publicité ; c’était la première fois que je le faisais. J’ai regardé le texte et j’ai commencé à lire au micro. Il disait :

Noël, c’est l’amour ; Noël, c’est la famille. Ce Noël, centre-le sur ta famille.

Je suis resté bouche bée. Je n’avais pas parlé à ma famille depuis 10 ans. Je savais que c’était un signe de Dieu. J’ai appelé mes parents le matin de Noël et je leur ai demandé si je pouvais leur rendre visite pour Noël. Ils m’ont répondu : « bien sûr ». J’ai frappé à la porte et j’ai vu mes neveux adolescents (que je n’avais pas revus depuis leur toute petite enfance), ainsi que trois nouvelles nièces et deux autres neveux que je n’avais jamais vus auparavant. Les émotions ont été incroyables, et j’ai cru qu’à ce moment-là j’allais exploser. Ils m’ont accueilli à bras ouverts. Dieu est étonnant. Dieu nous veut en famille.

Aujourd’hui, mon objectif est de mener une vie « radicalement modérée ». Je travaille 3 jours par semaine dans les technologies pour personnes handicapées. J’essaie aussi de servir, par mon ministère, des personnes aux prises avec des problèmes de dépendance, des troubles alimentaires, ou qui luttent contre différentes formes de péché. J’aide mes neveux devenus orphelins cet été. Je consacre beaucoup de temps à la musique, que ce soit en écrivant des chansons, en les enregistrant dans mon petit studio ou en jouant lors de concerts. J’ai eu la bénédiction de participer à d’impressionnants événements chrétiens, et la musique m’a conduit dans différentes parties du monde, comme le Guatemala, Guam, Saipan, et, en 2005, une tournée en Europe. J’ai pu collaborer avec de grands musiciens qui aiment eux aussi le Seigneur.

Mais surtout, la partie préférée de ma vie, c’est de m’asseoir en prière avec mon Seigneur ou de lire la sainte Parole dans la Bible. Quand je lis la Bible, je ressens un lien avec les hommes et les femmes de l’Antiquité qui nous ont laissé le grand héritage que Dieu leur avait donné. Dans la prière, je ressens un lien puissant avec Celui qui m’a créé et vers qui je retournerai quand mon temps sur cette terre sera achevé.

Seigneur Jésus, merci pour tout ce que tu m’as donné. Merci pour tout ce que j’ai perdu, et merci pour tous les cœurs que tu as touchés au moyen de mon histoire, et pour les cœurs que tu as aimés et guéris, les conduisant au bonheur en ton très précieux et saint Nom. Amen.

Auteur : David MacDonald

Source : Davidmacd.com

 

IMPORTANT: Ce témoignage a été reproduit par ApologeticaCatolica.org avec la permission expresse de M. David McDonald ; si vous souhaitez le reproduire, vous devez le contacter directement.