Analyse de quelques accusations contre le pape de la Grande Guerre.
Le dénigrement de Pie XII a resurgi une fois de plus, attisé par un nouveau torrent de littérature incendiaire, provenant pour l’essentiel des ennemis de l’Église. Les critiques de son pontificat affirment que Pie XII travailla côte à côte avec Hitler et le Troisième Reich. S’il avait élevé la voix contre les atrocités nazies, disent-ils, peut-être aurait-on pu arrêter l’Holocauste, la mort de millions de Juifs et d’autres groupes aux mains des nazis.
Il n’est surprenant pour personne que les7 médias séculiers aient fait circuler avec enthousiasme ces affirmations sensationnelles. Le scandale fait toujours vendre. Mais… ces allégations sont-elles fondées ? Regardez de près l’histoire d’un homme que les horreurs du régime nazi ont profondément angoissé, et ses efforts pour trouver la meilleure manière de s’y opposer.
Pie XII, l’enseignement social catholique et l’Holocauste
Quand vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le signe que Dieu vous donne pour que vous sachiez qu’Il est sur le point de punir le monde de ses crimes par la guerre, les famines et les persécutions contre l’Église et le Saint-Père… Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir ; plusieurs nations seront anéanties. Et à la fin de ces choses, mon Cœur Immaculé triomphera. Ainsi parla Notre-Dame aux enfants de Fatima, au Portugal, lorsqu’elle leur apparut en 1917.
Dans la nuit du 25 janvier 1938, les cieux brillèrent d’une lumière pourpre que le monde entier put observer. La science a tenté d’expliquer ce phénomène comme un cas d’aurore boréale, bien que l’on ne sache pas pourquoi elle fut visible sur toute la planète. (Les aurores boréales sont des phénomènes visibles uniquement aux environs du pôle Nord.) Cet événement n’est guère mentionné dans les cours d’histoire aujourd’hui ; cependant, il ne fait aucun doute que le pape Pie XII l’avait présent à l’esprit lorsqu’il assuma la charge de Souverain Pontife en 1939, au milieu des horreurs croissantes de ce qui allait devenir la Seconde Guerre mondiale.
La guerre annoncée dans la prophétie devint réalité. Le pape Pie XII, en réponse à la demande de Notre-Dame de Fatima, consacra le monde au Cœur Immaculé de Marie en 1942. En 1950, il définit également le dogme de l’Assomption, l’entrée de Marie au ciel en corps et en âme.
Des décennies après sa mort, on tente de réécrire l’histoire, et le pape Pie XII est diffamé en ce qui concerne sa conduite durant la Seconde Guerre mondiale. Quoi qu’il en soit, nous pouvons trouver des raisons d’avoir confiance dans le triomphe dont parla Notre-Dame. Un triomphe qui surviendra comme conséquence de la persévérance dans la diffusion de la vérité historique. Cette vérité est si écrasante qu’elle parle d’elle-même.
Publications incendiaires
Le dénigrement de la réputation de Pie XII a été alimenté par un torrent de littérature diffamatoire, notamment le livre de John Cornwell « Le Pape de Hitler » (Hitler’s Pope), qui se vend beaucoup ces jours-ci. Le livre présente la thèse selon laquelle Pie XII travailla main dans la main avec Hitler et le Troisième Reich. Si le pape avait parlé contre les atrocités, dit le livre, il est possible que l’Holocauste (l’extermination de millions de Juifs européens et d’autres minorités raciales) aurait pu être évité. Cette thèse est désormais largement acceptée comme vraie.
Ce livre, cependant, est rempli de mauvaises interprétations et de détails historiques inexacts. Bien que l’auteur affirme être un catholique dévot, son impartialité est pour le moins discutable, puisqu’il se déclare en désaccord avec les enseignements de l’Église sur plusieurs points fondamentaux. Il est l’une des voix d’une nouvelle vague de critiques qui, en grande partie, sont insatisfaits de la manière dont le pape Jean-Paul II a mis en œuvre les réformes du concile Vatican II et de la fermeté de la position de l’Église concernant les questions morales.
Il n’est pas surprenant que les médias séculiers aient fait circuler ces critiques avec intensité. Le scandale fait toujours vendre, et plus particulièrement celui-ci, qui fournit un bouc émissaire pour les fautes de l’Holocauste.
Bien que le livre de Cornwell ait récemment porté cette question sur le devant de la scène, on sait que les semences du mécontentement furent jetées bien auparavant, dans les années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale. Camille Cianfarra, correspondante du New York Times au Vatican pendant la guerre, écrivit un livre en 1944 dans le but de mettre en lumière l’attitude [critique] évidente dans certains cercles américains. Cianfarra écrivait alors : « La croyance générale là-bas [aux États-Unis] semblait être que Pie XII oscillait, indécis, en essayant d’anticiper qui allait gagner la guerre, tandis qu’il se préparait à rejoindre les nations victorieuses. Pourquoi n’avait-il pas condamné ouvertement les puissances de l’Axe ? Pourquoi ne s’était-il pas joint aux Nations unies ? En d’autres termes, au fond, on soupçonnait le Vatican de jouer sur deux tableaux, en évitant de prendre une position claire et ferme. »
Cette journaliste, solidement séculière et sans partialité envers l’Église, conclut tout au long de son livre et à plusieurs reprises que les actions de Pie XII durant la guerre furent une dénonciation constante du régime nazi. Beaucoup ont récemment allégué que Pie XII demeura « silencieux » pendant la guerre. Cianfarra écrit : « L’esprit ultranationaliste, les passions exaltées, la haine insatiable, la cruauté bestiale déchaînée par la guerre ont entraîné l’effondrement des valeurs éthiques et morales et ont créé un vide spirituel dans lequel les exhortations, les appels, les prières et les efforts diplomatiques du pape Pie XII se sont perdus, comme s’étaient perdus ceux de son prédécesseur, le pape Benoît XV, durant la Première Guerre mondiale. La voix du Pontife romain, appelant à l’amour et à la bonne volonté entre les hommes, a été écrasée par le fracas des armes. »
Des preuves encore plus nombreuses, comme l’ensemble des communications entre le président Franklin D. Roosevelt et le Saint-Père, ou l’estime que les dirigeants du monde eurent pour le pape dans les années qui suivirent le conflit, témoignent de l’efficacité de ses efforts durant la guerre. Cela n’empêcha pas que de nouvelles accusations soient portées contre Pie XII durant les années soixante, avec la pièce de théâtre « Le Vicaire » (en anglais « The Deputy ») du dramaturge allemand Rolf Hochhuth. Cette œuvre présente le pape comme un homme froid, calculateur et sans sentiments, qui choisit délibérément de laisser l’Holocauste se produire.
Un livre récent de Ralph McInerny, « La diffamation de Pie XII », explique avec soin les divers préjugés qui guidèrent Hochhuth dans son œuvre. Comme avec John Cornwell, il y a des éléments importants dans la vie de Hochhuth qui jettent une ombre sur sa véracité. Fut-il toujours fidèle à la vérité historique, ou avait-il des comptes personnels à régler avec le Magistère de l’Église et désirait-il rejeter sur quelqu’un la responsabilité de l’Holocauste ?
Heureusement, la récente vague critique a été contrebalancée par la réponse écrasante d’éminents chercheurs qui fondent leurs recherches sur des faits historiques incontestables. La recherche de la vérité a été grandement aidée par la transparence du Vatican concernant ses activités durant la Seconde Guerre mondiale. Peu après avoir été consacré pape, Paul VI leva la limite traditionnelle de soixante-quinze ans qui restreint la plupart des documents de la Secrétairerie d’État du Vatican et chargea une équipe d’historiens jésuites de publier la documentation des années 1936 à 1945. La recherche révèle les véritables contributions du pape durant l’Holocauste et permet une meilleure compréhension de la pensée sociale catholique.
Une esquisse biographique de Pie XII
En jetant un regard sur sa biographie, il devient évident que la diplomatie était l’un des grands talents de Pie XII (Eugenio Pacelli). Dès sa jeunesse de prêtre, ordonné en 1899, les dons intellectuels du père Pacelli le faisaient tenir en haute estime, lui qui était diplômé en droit civil et en droit canonique.
Le pape Pie X remarqua les capacités du père Pacelli et le chargea d’aider à la tâche monumentale de codification des lois de l’Église catholique. Le résultat fut le code, ou recueil de canons, publié en 1917. Cette même année, le père Pacelli fut envoyé comme nonce apostolique à Munich pour mettre en œuvre le plan de paix du pape Benoît XV.
Bien que les relations avec le Kaiser fussent difficiles, le nonce put négocier un concordat avec l’État bavarois en 1925. Le concordat ne fut pas une simple concession politique d’un commun accord, mais plutôt une tentative d’assurer la liberté de profession religieuse et d’éducation pour les familles catholiques allemandes.
Bien que son œuvre diplomatique lui ait valu des menaces contre sa vie à plus d’une occasion, le travail pastoral du père Pacelli à Munich le rendit toujours très aimé. Le climat politique en Bavière était particulièrement tendu après l’assassinat du gouverneur Kurt Eisner en 1919. Cependant, l’archevêque Pacelli fut l’un des rares personnages publics à rester dans la ville.
Les Allemands remplirent les rues pour lui faire leurs adieux lorsqu’il fut transféré à la nouvelle nonciature de Berlin en 1925. On espérait que Monseigneur Pacelli réussirait à négocier un autre concordat avec Berlin, garantissant les droits religieux des familles catholiques et la liberté d’éduquer leurs enfants dans la foi. En juillet 1929, un tel accord fut conclu, bien que le parti nazi en violât les termes à peine quelques semaines après l’avoir accepté.
De même, il y eut toujours une affection réciproque entre l’archevêque et les catholiques allemands, et l’adieu fut douloureux lorsqu’il fut appelé à Rome en novembre 1929 pour être élevé au cardinalat. Le pape Pie XI nomma alors le cardinal Pacelli secrétaire d’État adjoint et sollicita son aide dans les forces diplomatiques du Vatican. En 1929, le cardinal Pacelli fut consacré sous le nom de Pie XII.
Pie XII et les nazis
Au départ, les nazis ne semblaient pas représenter un très grand danger pour l’Église, du moins pas autant que les communistes. L’idéologie communiste était alors en train de détruire la Russie et de persécuter les chrétiens. Lorsque le cardinal Pacelli était à Berlin, il avait été chargé d’ordonner des évêques afin de les faire entrer clandestinement en Russie, dans une tentative de préserver la foi vivante en ces lieux.
L’effondrement de l’Empire austro-hongrois laissa un vide de pouvoir en Allemagne, vide qui semblait particulièrement favorable au communisme. L’Église chercha alors à trouver un allié pour contrer cette menace. Les nations démocratiques, déjà affaiblies par la grave dépression économique, étaient invariablement réticentes à collaborer avec le Vatican. Cela laissa le nazisme et le fascisme comme les options anticommunistes les plus fortes.
Sans aucun doute, les fascistes avaient déjà clairement établi qu’ils n’étaient pas des amis de l’Église. Mussolini, chef du gouvernement fasciste en Italie, dénonçait publiquement la curie comme des « microbes noirs aussi fatals pour l’humanité que les germes de la tuberculose ». Le parti nazi, qui affirmait initialement soutenir les valeurs de la famille et la liberté de religion, semblait offrir, au moins, une direction qui laisserait l’État allemand intact. Le Vatican, cependant, vit les dangers de l’idéologie nazie et continua de proclamer la vérité.
Ceux qui scrutent les écrits du pape à la recherche d’une condamnation explicite du régime nazi auront du mal à la trouver. Apparemment, les détracteurs de Pie XII auraient voulu que le pape publiât un document identifiant Hitler et son régime par leur nom comme l’un des grands maux de l’époque. Pourtant, dire que le pape resta silencieux, c’est révéler une incompréhension du langage diplomatique qu’il employa : un langage qui maintenait la neutralité politique tout en dénonçant courageusement l’erreur. Souhaiter que le pape eût parlé plus directement, c’est présumer que la parole pontificale aurait pu arrêter Hitler et le parti nazi dans la mission dans laquelle ils s’étaient déjà engagés lorsque Pie XII fut intronisé pape en 1929.
Le pape parla bel et bien, mais il parla en suivant un principe social catholique important : proclamer la foi sans la politiser. L’Église ne doit jamais être utilisée à des fins politiques ; elle doit plutôt déclarer les vérités de la loi naturelle.
Il appartient aux catholiques dans la sphère séculière de veiller à ce que la société fonctionne d’une manière compatible avec la loi naturelle. Ce principe s’applique dans de nombreuses situations ; par exemple, il ne convient pas que les évêques ou les prêtres désignent le candidat pour lequel les catholiques doivent voter lors d’une élection présidentielle. Au contraire, évêques et prêtres utilisent l’office magistériel de l’Église pour proclamer la doctrine sociale catholique, en confiant son application aux laïcs qui occupent la position appropriée dans le domaine séculier.
Jean-Paul II décrit cela comme « l’autonomie légitime de l’ordre démocratique ». Dans son encyclique sociale Centesimus Annus, Jean-Paul II écrivit : « L’Église respecte l’autonomie légitime de l’ordre démocratique et n’a pas qualité pour exprimer des préférences pour telle ou telle institution ou solution constitutionnelle. Sa contribution à l’ordre politique est précisément sa vision de la dignité de la personne révélée dans toute sa plénitude dans le mystère du Verbe incarné. » Comme le pape Pie XII, Jean-Paul II a affronté de nombreuses offenses contre la dignité de la personne humaine, et, comme Pie XII, il s’est attaché à enseigner la vérité concernant cette dignité qui transcende tout système social ou politique.
Déclarations publiques du pape
Cela ne signifie pas que le rôle du pape Pie XII fût de rester silencieux devant la réalité de l’Holocauste. Cela signifie qu’il dut enseigner la foi sans la politiser. Ce qui est certain, c’est que le pape s’exprima, et les nazis entendirent ce qu’il dit. Dans son message de la veille de Noël 1942, Pie XII se référa aux « centaines de milliers de personnes qui, sans faute de leur part, et seulement en raison de leur appartenance à une nation ou à une race, ont été condamnées à mort ou à une extinction progressive ». Il appela alors l’humanité à faire le vœu d’éliminer pour toujours de telles pratiques.
La réaction au discours dans le monde entier prouve qu’il fut clairement compris. Le New York Times, le lendemain, déclara : « Parce que le pape parle pour tous les peuples et à toutes les nations en guerre, la position claire qu’il prend sur les questions fondamentales du conflit a d’autant plus de poids et d’autorité. Lorsqu’un guide, uni impartialement à des nations des deux côtés de la lutte, condamne comme hérésie cette nouvelle forme d’État-nation qui se subordonne tout à lui-même… le “jugement impartial” est comparable au verdict d’une cour de justice. »
Alors, plusieurs gouvernements protestèrent que le pape aurait pu parler plus vigoureusement, en mentionnant l’Allemagne par son nom dans son message de Noël. Quoi qu’il en soit, les Allemands comprirent clairement que Pie XII s’adressait à eux. L’Office central de sécurité du Reich déclara alors que le discours avait été « une longue attaque contre tout ce que représentent nos idées ». Le journal du Vatican L’Osservatore Romano continua, pendant plus d’un an, à publier des articles sur le discours de Noël. Le pape avait parlé haut et clair.
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| Pie XII prononçant son discours de Noël 1942. À droite de la photo, derrière Sa Sainteté, nous voyons Giovanni Battista cardinal Montini, qui assumerait plus tard le pontificat romain sous le nom de Paul VI. |
Le discours de Noël 1942, bien qu’il fût l’un des plus importants prononcés par le pape pendant la guerre, ne fut certainement pas la première occasion où Pie XII parla contre les régimes totalitaires. Sa première encyclique, Summi Pontificatus, écrite l’année où il fut élu pape, identifia deux erreurs principales qui imprégnaient l’Europe, erreurs qui se matérialisaient tout particulièrement dans le parti nazi.
Premièrement, le pape souligna l’importance de l’unité de la race humaine. Comme Jean-Paul II, Pie XII mit l’accent sur la dignité de la personne humaine créée à l’image de Dieu et rachetée sur la Croix. Il situa la personne humaine dans le contexte de la loi naturelle, parlant de l’unité de la demeure commune (la terre) « dont les ressources servent à tous les hommes, par droit naturel, pour soutenir et développer la vie ; dans l’unité en vue d’une fin surnaturelle, Dieu lui-même, vers qui tous devraient graviter ; unis dans les moyens pour atteindre cette fin. »
Un second point de l’encyclique mit l’accent sur la subordination de l’autorité civile à l’autorité divine. Le pape écrit sur le danger d’un État qui « se met à la place du Tout-Puissant et élève le gouvernement ou un groupe au rang de fin même de l’existence, critère suprême de la morale et de l’ordre juridique, et qui, par conséquent, empêche toute tentative d’en appeler aux principes de la raison naturelle et de la conscience chrétienne ». Pie XII enseigna, en contraste avec les principes du nazisme, que l’État ne peut être que le moyen par lequel on atteint la fin ultime : la sanctification de l’homme.
Son argument selon lequel un État qui se consacre lui-même comme autorité suprême et comme raison de l’existence de l’homme viole non seulement la conscience chrétienne, mais aussi la loi naturelle elle-même, fut particulièrement fort. C’est une distinction significative, car, en la faisant, le pape parla avec une autorité qui s’étendait non seulement aux chrétiens, mais aussi à toute l’humanité.
Alors qu’il agissait comme secrétaire d’État du pape Pie XI en 1933, Pie XII (qui était alors le cardinal Pacelli) avait aidé à négocier un concordat avec le gouvernement allemand. Beaucoup de ceux qui cherchent à le diffamer citent ce concordat comme preuve que la papauté et le parti nazi opérèrent d’un commun accord pendant la guerre. Il y a cependant une grande différence entre le concordat et cette encyclique. Comme nous l’avons noté auparavant, le concordat fut signé non comme une sanction mutuelle de la politique des parties, mais plutôt comme un effort pour assurer la liberté religieuse aux catholiques allemands. L’encyclique, en revanche, fut écrite avec l’intention de proclamer l’enseignement de l’Église concernant l’unité de tout le genre humain et la primauté de la loi naturelle.
La réponse nazie
Le parti nazi n’a jamais pensé que le pape restait silencieux. En fait, il soupçonnait qu’il parlait assez fort à travers les enseignements contenus dans Summi Pontificatus. Le service secret allemand se plaignit ainsi : « Alors que le clergé catholique avait été réservé pendant les premiers mois de la guerre, il a déployé une plus grande activité ces derniers mois, principalement sous l’influence de l’encyclique papale Summi Pontificatus. L’attitude des prêtres à cet égard manifeste une telle unanimité qu’il est évident que des instructions ont été diffusées depuis un centre. »
Summi Pontificatus acquit une importance internationale. En Grande-Bretagne, elle fut largement publiée et distribuée. Les Français l’estimèrent tant qu’ils larguèrent 88 000 exemplaires de l’encyclique sur l’Allemagne. Le père John Rader, historien clé des activités du Vatican pendant la guerre, décrivit la réaction nazie : « [Le gouvernement allemand] répondit en imprimant sa propre version de Summi Pontificatus, qu’il distribua en Pologne. Toute mention de la Pologne dans le texte fut remplacée par l’Allemagne afin qu’aux yeux des Polonais il semblât que Pie XII avait écrit en faveur de la cause nazie… les prêtres allemands qui purent obtenir des exemplaires [de l’encyclique authentique] et osèrent la lire depuis la chaire furent arrêtés.
Le principe de proportionnalité
Le message de l’encyclique de 1939 et le discours de Noël 1942 ne sont que deux des nombreuses occasions où le pape s’exprima publiquement sur les maux du nazisme. Si les nazis réagirent si clairement à ces déclarations, on pourrait se demander : pourquoi le pape ne parla-t-il pas plus directement, en élevant la voix ?
Nous devons garder à l’esprit que le pape menait une guerre différente de celle que menaient les Alliés et l’Axe. Il ne disposait pas d’une armée et ses fins étaient, malgré ce que peuvent dire ses détracteurs, avant tout spirituelles. Il l’exprima clairement dans sa première encyclique.
Dans les événements de l’Holocauste, Pie XII faisait face à une grande iniquité provoquée par le Prince des Ténèbres. Une fois que le pape décida d’entrer dans le conflit, il dut tenir compte du principe de proportionnalité, c’est-à-dire : il fallait déterminer si une bonne action (parler contre l’iniquité) éliminait plus de maux qu’elle ne pouvait en causer. Cette considération était constamment présente à l’esprit du Saint-Père.
L’historienne Margherita Marchione nous rapporte une audience privée que le cardinal Paolo Dezza, S. J., eut avec le Saint-Père :
En décembre 1942, je prêchai une retraite pour le Saint-Père au Vatican. À cette occasion, j’eus une longue audience au cours de laquelle Pie XII manifesta sa peine et son angoisse en parlant des atrocités nazies en Allemagne et dans d’autres pays de l’occupation allemande. Il dit alors : « On se plaint que le pape ne dise rien. S’il parlait, les choses empireraient. » Il me rappela qu’il avait récemment envoyé trois lettres : l’une à celui qu’il définissait comme « l’héroïque archevêque de Cracovie », le futur cardinal Sapieha, et deux autres à des évêques en Pologne. « Ils m’ont répondu, dit-il, avec gratitude ; mais ils ajoutèrent qu’ils ne pouvaient pas publier la lettre, car cela aggraverait la situation. » Il cita alors l’exemple de Pie X qui, confronté au problème de la Russie, disait : « Il faut garder le silence pour éviter de plus grands maux. »
Pie XII garda donc le silence pour éviter de plus grands maux. Ce principe fut confirmé pendant la guerre : les émissions de Radio Vatican ou les notes de L’Osservatore Romano suscitaient des supplications de la part du clergé polonais et allemand pour ne pas continuer, si l’on ne voulait pas aggraver les persécutions. Aussi angoissante que fût la situation pour lui, Pie XII devait garder le silence afin de ne pas provoquer de nouvelles iniquités.
Entre-temps, le pape comptait sur les prélats locaux pour appliquer les principes sociaux catholiques avec prudence et sens pratique. Le remarquable historien Anthony Rhodes cite le Saint-Père disant : « En ce qui concerne les déclarations d’ordre épiscopal, nous laissons aux évêques le soin de décider ce qui est publié de nos communications. La réserve est conseillée, compte tenu du danger de représailles et de pressions, ainsi que d’autres mesures issues de la psychologie et de la durée de la guerre. »
Rhodes poursuit en signalant que lorsque les évêques hollandais protestèrent avec plus de force, le résultat fut la déportation vers les camps de concentration de tous les Juifs baptisés catholiques. (Sainte Edith Stein, morte à Auschwitz, fut l’une des victimes de cette déportation.) Le Saint-Père savait qu’il valait mieux laisser au jugement prudent des évêques de chaque région le soin de décider quand et comment parler avec fermeté. Il s’occupa donc d’établir l’enseignement de l’Église pour les temps présents et confia aux évêques sa mise en œuvre.
Efforts pontificaux pour sauver les Juifs
Si l’on veut, les actions du pape Pie XII parlent de ses efforts pour empêcher l’Holocauste plus clairement que ses paroles. Les historiens nous disent que les actions du Saint-Père sauvèrent plus de 860 000 Juifs. À Rome et dans toute l’Europe, les maisons religieuses ouvrirent leurs portes pour cacher des milliers de Juifs, suspendant pour un temps les règles de clôture ecclésiastique. À Rome, des centaines de Juifs furent nourris quotidiennement par le Vatican pendant la période d’occupation, trouvant refuge dans des bâtiments du Vatican dans toute la ville.
Nous devons également rappeler la bonne volonté du Saint-Père, prêt à donner l’or du Vatican pour payer la rançon mise sur la tête des Juifs romains pendant l’occupation de l’Italie, ou son offre immédiate de sommes d’argent et de prières pour aider les Romains après que les Alliés eurent bombardé Rome vers la fin de la guerre. Après la guerre, le grand rabbin de Rome se convertit au catholicisme. À son baptême, il prit le nom d’« Eugenio » en l’honneur de Pie XII. Pour lui, assurément, le pape ne se tut pas.
Lorsque nous lisons l’histoire des actions de ce pape durant l’une des périodes les plus sombres de l’histoire humaine, nous ne pouvons que voir que les dangers contre lesquels il nous avertit sont des dangers auxquels nous sommes encore confrontés aujourd’hui. Lorsque nous lisons des déclarations qui diffament Pie XII, nous ne pouvons que voir que ces déclarations cherchent à diffamer l’Église du Christ et la vérité qu’elle proclame.
C’est une bataille pour laquelle le Seigneur Jésus a entièrement équipé ses fidèles. Sa propre Mère a promis la victoire à ceux qui utilisent les armes de la prière et de la pénitence. Ainsi armés, nous ne cherchons « pas “la nuit illuminée par une lumière inconnue”, mais une autre lumière beaucoup plus familière, Jésus, la vraie lumière de l’homme. « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas submergée. » (Jean 1 :5)
Quelques faits et quelques citations sur Pie XII et l’Holocauste.
Monseigneur Eugenio Pacelli, qui deviendrait le pape Pie XII, dans son discours à plus de 250 000 pèlerins à Lourdes, en France, le 28 avril 1935 : « Ils [les nazis] sont en réalité de misérables plagiaires qui habillent de vieux erreurs de nouveaux vêtements. Cela ne fait pas la moindre différence qu’ils se regroupent sous les étendards de la révolution sociale, qu’ils se laissent guider par une fausse conception du monde et de la vie, ou qu’ils se laissent posséder par la superstition d’un culte racial du sang. »
Comme cardinal et comme nonce apostolique en Allemagne, le futur pape Pie XII fut un opposant déclaré aux politiques raciales du Parti national-socialiste allemand. Pendant le Carême de 1937, le pape Pie XI publia l’encyclique « Mit brennender Sorge » (« Avec une vive inquiétude »). Celui qui deviendrait un jour Pie XII (Monseigneur Eugenio Pacelli) rédigea personnellement le brouillon de l’encyclique. Elle fut ensuite introduite clandestinement en Allemagne et lue dans toutes les églises catholiques à la même heure, le dimanche des Rameaux 1937. Elle condamnait fermement la doctrine nazie et mettait en garde contre le potentiel génocide juif.
Le 20 septembre 1938, Pie XI déclara à des pèlerins allemands qu’aucun chrétien ne peut prendre part à l’antisémitisme, puisque, spirituellement, tous les chrétiens sont sémites.
Mars 1939, le journal « Das Berlin Morgenpost » attaqua le nouveau pape Pie XII : « L’élection du cardinal Pacelli n’est pas accueillie favorablement en Allemagne, car il s’est toujours opposé au nazisme et a pratiquement déterminé les politiques du Vatican sous son prédécesseur. »
Un éditorial du New York Times du 25 décembre 1941 : « La voix de Pie XII est une voix solitaire dans le silence et l’obscurité qui enveloppent l’Europe en ce Noël. Il est presque le seul dirigeant qui reste sur le continent européen à oser élever la voix. »
En février 1942, protestants et catholiques de la Hollande occupée par les nazis préparèrent une lettre condamnant la déportation des Juifs vers les camps d’extermination. Seuls les évêques catholiques, « en suivant le chemin indiqué par notre Saint-Père », lurent la lettre publiquement depuis la chaire, malgré les menaces nazies.
Dans son message de Noël 1942, Pie XII protesta en faveur des « centaines de milliers de personnes qui, sans faute de leur part, et seulement en raison de leur appartenance à une nation ou à une race, ont été condamnées à mort ou à une extinction progressive ».
En mai 1943, la hiérarchie de l’Église catholique hollandaise condamna publiquement la déportation des Juifs hollandais vers les camps de concentration en Allemagne et en Pologne.
Pendant la guerre, Pie XII supervisa la fourniture de passeports à des milliers de Juifs, en leur procurant de faux certificats de naissance, en les déguisant en religieux catholiques et en leur offrant abri et refuge dans des monastères de clôture et des couvents.
Pie XII répondit à la supplication du Congrès juif mondial en août 1943 et persuada les autorités italiennes d’évacuer 20 000 réfugiés juifs des camps d’internement du nord de l’Italie.
En octobre 1943, Pie XII négocia avec l’ambassadeur allemand auprès de Rome occupée par les Allemands, sauvant ainsi la vie de milliers de Juifs.
En décembre 1943, 500 réfugiés juifs furent libérés des prisons italiennes par l’intervention de Pie XII. Ce même mois, 3 200 réfugiés juifs d’Autriche, de Tchécoslovaquie et de Hongrie furent sauvés par le pape lorsqu’il les transféra dans un camp de réfugiés supervisé par le Vatican.
Pendant et après la guerre, puis de nouveau au moment de son décès en 1958, le pape Pie XII reçut les éloges de Juifs religieux et laïcs pour ses efforts contre l’Holocauste nazi. L’ancien diplomate israélien Pinchas Lapide déclara que l’on estimait à 860 000 le nombre de Juifs sauvés par l’Église catholique sous la direction de Pie XII, et que ce nombre dépassait de beaucoup le total sauvé par toutes les autres Églises et institutions religieuses. Le gouvernement d’Israël approuva officiellement la création d’une forêt avec la plantation de 80 000 arbres dans le désert du Néguev, au sud-est de Jérusalem, comme monument à la mémoire des efforts héroïques de Pie XII et des 860 000 vies qu’il sauva.
Citation de la Grolier Multimedia Enciclopaedia de 1996 : « Désireux de préserver la neutralité du Vatican, craignant les représailles et se rendant compte de son impuissance à arrêter l’Holocauste, Pie XII agit néanmoins dans des cas individuels pour sauver de nombreux Juifs et d’autres personnes, grâce à des rançons payées par l’Église, des documents et l’asile. »
La charité et l’exemple pastoral du pape Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale impressionnèrent fortement Israel Zolli, le grand rabbin de Rome. En 1944, le rabbin Zolli entra dans l’Église catholique, choisissant « Eugenio », le nom du pape Pie XII, comme son propre nom de baptême.
Après sa mort, des éloges pour les efforts pontificaux de la part des Juifs arrivèrent du monde entier. L’un de ceux qui louèrent Pie XII fut Albert Einstein, qui déclara : « Lorsque la révolution [nazie] arriva en Allemagne, moi qui étais un amoureux de la liberté, je portai mon attention sur ce que feraient les universités, sachant qu’elles s’étaient toujours vantées de leur dévouement à la cause de la vérité ; mais non, les universités furent immédiatement réduites au silence. Alors je tournai mon regard vers les rédacteurs des grands journaux, qui, les années précédentes, avaient publié des éditoriaux enflammés proclamant leur amour de la liberté ; mais, comme les universités, ils furent réduits au silence en quelques semaines. Seule l’Église se dressa fermement sur le chemin de la campagne de Hitler pour supprimer la vérité. Je n’avais jamais eu d’intérêt particulier pour l’Église, mais maintenant j’éprouve une grande affection et admiration, parce que seule l’Église a eu le courage et la persévérance de se dresser en faveur de la liberté intellectuelle et morale. Je me vois contraint de confesser que ce que j’avais autrefois méprisé, je le loue maintenant sans réserve aucune. »
Golda Meir, qui était alors ministre des Affaires étrangères, louant le pape défunt, déclara : « Nous partageons la peine du monde entier à la mort de Sa Sainteté Pie XII. Au cours d’une génération de guerres et de dissensions, il affirma les grands idéaux de la paix et de la compassion. Pendant dix ans de terreur nazie, lorsque notre peuple traversa les horreurs du martyre, le pape éleva la voix pour condamner les persécuteurs et compatit avec leurs victimes. La vie de notre temps a été enrichie par une voix qui exprima les grandes vérités morales au-dessus du tumulte des conflits quotidiens. Nous portons le deuil de cette perte d’un grand défenseur de la paix. »
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Congrès juif mondial envoya deux millions de lires comme don de gratitude au Vatican, déclarant que le premier devoir du Congrès était de remercier Pie XII et l’Église catholique pour ce qu’ils avaient fait afin de sauver les Juifs.
Isaac Herzog, le grand rabbin de Jérusalem, déclara : « Le peuple d’Israël n’oubliera jamais que Sa Sainteté et ses illustres délégués, inspirés par les principes éternels de la religion, qui forment les fondements mêmes de la véritable civilisation, ont agi pour leurs frères et sœurs moins fortunés à l’heure la plus tragique de notre histoire, ce qui est un témoignage vivant de la Divine Providence en ce monde. »
« Le Christ, par son sang, a fait des Juifs et des Gentils un seul peuple, “détruisant le mur de séparation… dans sa chair”, par lequel les deux peuples étaient séparés » Pie XII, « Mystici Corporis Christi », 1943.
Auteur : Sarah Weyker
Source : Envoy Magazine, août 2002
Traducteur : Carlos Caso-Rosendi (USA)