Étude sur les « frères » de Jésus dans le Nouveau Testament

Et le Seigneur me dit : Cette porte restera fermée ; elle ne s’ouvrira pas, et nul homme n’entrera par elle, car le Seigneur, le Dieu d’Israël, est entré par elle (cf. Ez 44,1-2).

Nos frères protestants disent que Marie n’est pas demeurée vierge, mais qu’elle a eu d’autres enfants. Ils citent les évangiles qui parlent des « frères de Jésus » (Mt 13,56 et Mc 3,31). Si Jésus a eu des frères, alors, disent-ils, Marie a eu d’autres enfants. Ils pensent aussi que il prit chez lui sa femme (Mt 1,25) signifie que Joseph a eu des relations avec Marie. Et qu’appeler Jésus premier-né (Mt 1,25) signifie le premier-né parmi d’autres enfants. Ils interprètent avant qu’ils eussent mené vie commune (Mt 1,18) comme si le mot « mener vie commune » signifiait avoir des relations. Enfin, nos frères disent que il ne la connut pas jusqu’au jour où elle enfanta (Mt 1,25), comme si, après avoir enfanté Jésus, Marie et Joseph avaient eu des relations.

Mais quelle est la preuve biblique ?

a) Le mot « frère » a de nombreuses significations dans la Bible.

« Le mot grec pour frère est ADELPHOS et pour sœur ADELPHE. Certes, ces mots peuvent aussi se référer à des frères et sœurs spirituels, comme les termes sont employés dans l’Église chrétienne, ou à des parents aussi proches que des cousins » (1).

Dans l’AT on emploie le mot « frère » à la place de « cousins » : Moïse appela Mishaël et Elçaphân, fils d’Uzziel, oncle d’Aaron, et leur dit : Approchez et emportez vos frères loin du sanctuaire, hors du camp (Lv 10,4). Dans la Genèse, Abram (Abraham) dit à Lot : nous sommes des frères (13,8). Lot était son neveu (Gn 11,27 ; 12,5). Dans le deuxième livre de Samuel on emploie le mot « frère » pour désigner des membres de la même race et du même peuple : vous êtes mes frères (2 S 19,13 ; cf. Ex 2,11). David réunit aussi les fils d’Aaron… et leurs frères, cent vingt… Des fils de Merari… et leurs frères, deux cent vingt (1 Ch 15,4-6 ; voir les versets suivants et 2 R 10,13-14 également). Rébecca est appelée « sœur » par sa mère (Gn 24,55-60). Moïse appelle les fils de l’oncle d’Aaron les frères des fils d’Aaron (Lv 10,1-6). Ils sont appelés frères parce qu’ils sont prêtres (1 Ch 24,30-31).

Dans le NT nous lisons : C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur (Mt 18,35). Jésus lui dit : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais va trouver mes frères et dis-leur… (Jn 20,17-18). Alors Jésus leur dit : Ne craignez pas ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront (Mt 28,7-10). Est « frère » quiconque croit et accomplit : Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est mon frère et ma sœur (Mt 12,46-50). Philippe est appelé frère d’Hérode Antipas bien qu’il fût son demi-frère. (Le Philippe de Lc 3,1 n’est pas le même que celui de Lc 3,19.)

Pourquoi cette ambiguïté ? Parce que l’hébreu et l’araméen (la langue du Christ et de ses disciples) ne contiennent pas de mot spécifique pour « cousin ». Ils employaient « frère » ou « le fils de la sœur de mon père ». Mais au lieu de cette dernière expression, il était plus facile de dire « frère ». Les auteurs du NT avaient l’habitude de faire de même. Quand ils parlaient en grec, ils faisaient comme ceux qui traduisirent le grand rouleau (les Septante). Dans la traduction des Septante, le mot hébreu pour frère ou parent fut rendu par ADELPHOS, qui en grec signifie « frère ». Bien que le grec possède un mot pour cousin, ANEPSIOS, les traducteurs de la Septante préférèrent employer ADELPHOS. C’est pourquoi il faut davantage de recherche pour savoir ce que signifie « frères de Jésus ».

Nous ne pouvons pas prendre le mot « frère » littéralement au sens de « frère selon la chair », parce que ce mot se réfère à deux personnes qui ont les mêmes parents, mais Jésus n’a pas eu de père mortel ; il a plutôt été conçu par l’Esprit Saint. Si les quatre frères étaient ses frères selon la chair, ils auraient le même père que Jésus. Les quatre « frères » seraient véritablement des « demi-frères », ce que la Bible ne les appelle pas.

b) La Bible dit que les frères de Jésus sont Jacques (Santiago dans certaines versions), Joseph, Simon et Jude (Mt 13,55). Mais en regardant d’autres passages de la Bible, nous voyons que ces hommes avaient un autre père selon la chair, tandis que le père de Jésus était Joseph le charpentier. Dans les trois premières listes des noms des femmes qui se rendent au tombeau, et dans la quatrième avec les noms des femmes au pied de la croix, nous remarquons que la mère de Jacques et de Joseph est une autre Marie :

Mt 27,56 : Marie de Magdala, Marie mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.

Mc 15,40 : Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le Petit et de Joset, et Salomé. (Voir 16,1)

Jn 19,25 : Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.

On remarque que Jacques et Joseph, « les frères de Jésus » en Mt 13,56, étaient les fils de Marie, la femme de Clopas (2), peut-être parente de Marie, la mère de Jésus et épouse de Joseph. Marie, la mère de Jésus, ne se rendit pas au Tombeau.

Dans son épître, l’Apôtre écrit : Jude, serviteur de Jésus Christ, frère de Jacques (Jude 1). Si Jacques et Jude étaient frères de Jésus, étant eux-mêmes « frères aussi » (Ac 1,13), pourquoi Jude dit-il seulement « serviteur de Jésus Christ » et n’ajoute-t-il pas « frère » de Lui, comme il le fait avec son frère Jacques ?

Selon l’historien Hégésippe, Simon était le fils de « Marie (femme) de Clopas » (Eusèbe de Césarée, Hist. Eccl. III 2, 32).

c) Luc 2,41 nous montre la famille de Nazareth : Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem. Le verset 51 ne parle que d’un seul fils : Il descendit avec eux et vint à Nazareth ; et il leur était soumis. Il ne nous donne aucune indication qu’il y avait d’autres frères.

d) Dans Jean (19,26-27), Jésus demanda à Jean de prendre soin de Marie. S’il avait eu d’autres frères, il n’aurait pas été nécessaire (ni légal) que Jean le fasse. Certains frères disent qu’il eut bien d’autres frères, mais qu’il demanda cela à Jean parce que Jean croyait, tandis qu’eux ne croiraient en Jésus qu’après sa résurrection (Ac 1,13). Mais si Jésus savait qu’ils allaient croire en Lui après la résurrection, pourquoi ne pas la confier à « ses frères », même s’ils tardaient trois jours à devenir croyants ?

e) Marc dit : N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? (Mc 6,3). De même Mt 13,53. Il ne dit pas « l’un des fils de Marie ». La Bible ne parle jamais des « fils de Marie », mais des « frères de Jésus ». C’est toujours au singulier lorsqu’elle parle de son Fils. (Elle ne dit pas non plus « fils de Marie, mère de Jacques, Joseph, Jude et Simon ».) Luc dit : tu enfanteras UN fils (Lc 1,31).

f) Chaque fois que dans la Bible un ange annonce à une femme qu’elle concevra de manière miraculeuse (par stérilité, vieillesse, virginité), c’est toujours l’unique fils que la femme a.

Dans la Genèse, Dieu fit un miracle avec Sara, et son fils Isaac est son fils unique (Gn 18,10).

Dieu fit un autre miracle avec la femme de Manoah ; d’elle naquit Samson, son fils unique (Jg 13,3). Il est ici intéressant de comparer les paroles de l’ange avec celles que Gabriel dit à Marie : tu concevras et tu enfanteras un fils.

En Luc 1,13, un autre miracle, cette fois avec les parents de Jean-Baptiste. Il en va de même avec Marie. Le schéma n’est pas rompu. Il n’y a qu’un seul fils (3).

g) Quand Gabriel dit à Marie qu’elle serait la mère de Jésus, elle objecta : je ne connais pas d’homme (Lc 1,34), bien qu’elle fût fiancée à Joseph. Ici, le mot « connaître » équivaut à des relations intimes, y compris sexuelles. Ce n’est que lorsque l’ange lui assure que l’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra…, que Marie consent à accomplir la volonté de Dieu (Lc 1,35). La manière étrange dont Marie répondit (v. 34) indique qu’elle avait pensé à demeurer vierge. Son Fils Jésus parlerait de ne pas avoir de relations comme de quelque chose que certains faisaient à cause du Royaume des cieux (Mt 19,12). Sinon, comment comprendre sa réponse de « ne pas connaître » d’homme et en même temps d’être fiancée à l’un d’eux, sachant qu’après le mariage elle pourrait avoir des relations et ainsi avoir un enfant ? (4)

Il convient de mentionner qu’Origène, Clément d’Alexandrie et Justin Martyr mentionnent le Protévangile ou rapportent des incidents relatifs à la naissance de Jésus de la même manière. Johannes Quasten dit que « Le but principal de cette œuvre est de prouver la virginité perpétuelle et inviolée de Marie avant l’enfantement, pendant l’enfantement et après l’enfantement » (Patrologie I, B.A.C., Espagne, 1991, p. 127).

L’expert de la Bible reconnu dans le monde entier, Ignace de la Potterie, dit que ce n’est pas que Marie ait fait un propos conscient de demeurer vierge, mais que c’est une « orientation et une inclination profonde à vivre virginalement, un profond désir de virginité que Marie éprouve et vit existentiellement, mais qui n’a pas encore pu prendre la forme d’une résolution » (p. 59). De la Potterie dit que cette intention provient d’avoir été préparée par Dieu et d’être « pleine de grâce » (5).

M. de la Potterie établit une comparaison entre ce que dit Marie, je ne connais pas d’homme (Lc 1,34) (équivalent à dire « je suis vierge »), dont il dit qu’il « n’a pas de parallèle dans toute la Bible », et le vœu de Jephté en Juges 11,39. (Voir v. 39 : elle n’avait jamais connu d’homme) et elles n’avaient pas connu la couche d’un homme (Jg 21,12). De la Potterie dit que ceux-ci sont exprimés au passé, tandis que Marie parle au présent : je ne connais pas. Marie étant fiancée à un homme, cela signifie qu’elle voulait demeurer vierge. Cela, pour lui (et il cite d’autres érudits pour appuyer sa position), est la meilleure manière d’expliquer ce que Marie dit à l’ange.

h) Dieu donna au peuple le signe pour qu’il reconnaisse qui serait le Messie : la vierge concevra et enfantera un fils, et elle l’appellera Emmanuel (Is 7,14). La manière dont les gens identifieraient que Jésus est le Messie, c’est que sa mère serait une vierge qui enfanterait. Si Marie avait eu plusieurs enfants, c’est-à-dire si elle avait perdu sa virginité, quelle garantie avaient les Juifs, des années plus tard, pour croire que Jésus Christ était le Messie, fils de la vierge ? Car ils pouvaient supposer que l’histoire selon laquelle elle avait conçu par l’Esprit Saint était fausse. D’où le signe. Si Marie n’eut qu’un seul fils, il serait plus facile de croire qu’elle était la vierge prophétisée par Isaïe. Et si elle demeura intacte, sans avoir de relations avec Joseph, les Juifs ne pourraient nier que Jésus fut conçu par l’Esprit Saint, à moins que Jésus ne fût pas son fils. C’est comme le signe que les bergers cherchèrent pour reconnaître Jésus : Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire (Lc 2,12). Si Joseph et Marie l’avaient enveloppé de couvertures et l’avaient couché dans un lit, le signe aurait été perdu.

i) Quand les évangiles nous parlent des « frères » de Jésus, ils apparaissent toujours comme plus âgés que Jésus, car ils se permettent de lui donner des conseils : et ses frères lui dirent : Passe d’ici en Judée, afin que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais (Jn 7,3), et de le réprimander : Les siens, l’ayant appris, partirent pour se saisir de lui (Mc 3,21). Mais si Jésus était le premier-né, cela serait allé contre la coutume juive et orientale. Cela n’était permis qu’aux frères aînés, et non l’inverse. L’aîné conseillait et commandait au plus jeune. (Voir Gn 37,21-22.)

Quand Jésus avait douze ans, ils montèrent à Jérusalem pour l’emmener au temple. Les Juifs avaient déjà coutume d’emmener leurs enfants pour les y accoutumer. Luc dit que ses parents y allaient chaque année (Lc 2,41). Si Marie avait eu davantage d’enfants, elle aurait dû rester à en prendre soin, puisqu’ils auraient été petits, et la femme n’était pas obligée de monter à Jérusalem :

« Selon Lc 2,7, Jésus fut le premier-né de Marie. Or, selon le même Luc (2,41-52), Marie prend part au pèlerinage de la Pâque, ce qui ne se comprendrait guère si elle avait eu de petits enfants, qu’elle aurait dû abandonner pendant quatorze jours. Si Marie avait eu ses enfants après ce pèlerinage, au début de la vie publique de Jésus, ceux-ci auraient eu à peine une vingtaine d’années et n’auraient jamais pu montrer (moins encore selon les manières orientales) une attitude aussi libre, presque de tutelle, à l’égard de leur frère aîné, telle qu’elle nous est décrite en Mc 3,21.31-35 et Jn 7,2-5 » (Diccionario de Teología Bíblica de Bauer, Édit. Herder, p. 448).

j) Dans le livre des Actes nous lisons : Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec quelques femmes, dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères (Ac 1,14). Ici, Luc dit seulement que Marie était mère de Jésus et la sépare des frères. Pourquoi n’a-t-il pas dit « avec Marie, mère de Jésus et ses frères » au lieu de « et avec ses frères » ? (Le grec est clair en ce sens (6).)

k) Il est courant dans la Bible, lorsqu’elle présente la généalogie d’un personnage important, de mentionner toute la famille, mais Luc ne parle que d’un seul fils de Joseph : Jésus, à ses débuts, avait environ trente ans, et il était, à ce que l’on croyait, fils de Joseph, fils d’Héli… (Lc 3,23).

l) Dans un article intitulé La Virginité après l’enfantement : Le sens du fait, de A. Sierra, nous trouvons un autre argument que je vais citer, bien qu’il soit un peu long, afin de ne pas en perdre le sens :

« … Je crois qu’à cet égard [demeurer vierge] un passage de Philon d’Alexandrie (45 apr. J.-C.) est éclairant. À strictement parler, il appartient encore à l’AT ; néanmoins, la réflexion que nous allons citer de ses écrits anticipe les temps du NT… Discourant sur Juda, Philon dit qu’il est le fruit parfait… (De Somniis I, 37). En hébreu, en effet, Juda signifie “confesser (louer) le Seigneur” (De Plantatione, 134) ; comme tel, il est l’action de grâces en personne (De Somniis I, 37 ; Legum Allegoriae III, 26, 146). Et il n’y a pas de doute, commente Philon, que lorsque l’âme parvient à célébrer Dieu et à le reconnaître comme créateur de tout, elle ne peut rien exprimer de meilleur (Legum Allegoriae, 95). C’est ce qu’il y a de plus grand pour une créature.

« Voilà pourquoi Léa, comme le dit l’Écriture, après avoir engendré Juda, son quatrième fils, cessa d’avoir des enfants (Gn 29,35). La raison en est évidente. Juda, qui veut dire louer Dieu, est le sommet de la perfection. Célébrer le Père de toutes choses est le meilleur et le plus parfait des fruits qui soient jamais sortis du sein d’une femme enceinte (De Plantatione, 135).

« C’est pourquoi Léa n’enfante plus. Elle ne savait vers quoi d’autre se tourner, ayant atteint la limite suprême de la perfection (ibid.). Après cette naissance, Léa mit fin, ou plutôt mit un terme à sa descendance. En effet — ainsi pense Philon —, elle s’aperçut que les organes de sa puissance génératrice étaient devenus arides et stériles, parce qu’en elle avait fleuri le fruit parfait, Juda, l’action de grâces (De Somniis I, 37).

« Essayons maintenant de faire la transposition christologique de cette page philonienne, et demandons-nous : pourquoi Marie ne porta-t-elle en son sein d’autre descendance que le Christ ? Certainement pas parce que la génération aurait un je-ne-sais-quoi d’impur, mais parce qu’elle accueillit en son sein ce Fils qui, étant Dieu, était l’ESCHATON, la perfection, l’absolu. En devenant la demeure vivante du Verbe incarné, Marie vraiment (pour reprendre les mots de Philon) ne savait plus vers quoi se tourner, ayant atteint le sommet de la perfection. Comme les jarres de Cana, ainsi le sein de Marie, avec l’incarnation, se remplit jusqu’aux bords (Jn 2,7). Dit sans métaphores : si la communion avec Dieu est la finalité suprême de la création et de l’alliance (cf. Jn 17,21-24), la Vierge pouvait-elle désirer quelque chose de plus, quelque chose de meilleur, un encore, un après en d’autres enfants ? Certainement pas. En vertu de la maternité divine, en effet, elle fut si remplie de Dieu dans le corps et l’esprit que son existence atteignit pleinement ses attentes de créature. Ce Fils (sa personne, son œuvre, le service qui lui est offert par la foi) était Tout pour Marie, comme le Père l’était pour Jésus » (7).

m) Bien qu’apocryphe, le livre L’Ascension d’Isaïe (11,2-17), de la première moitié du deuxième siècle, parle de ce que Marie demeura vierge. Cela démontre que cet enseignement fut cru très tôt.

n) Certains érudits de la Bible soutiennent que si les « frères » de Jésus avaient été des fils de Marie, la manière de les nommer selon la coutume juive aurait été : <<Voici ta mère et les fils de ta mère>>. C’était la manière correcte de s’exprimer, et non de dire <<voici tes frères>>.

o) L’auteur Francisco Sampedro fait remarquer que : « Dans certains textes cela apparaît de manière séparée, <<Marie, la mère de Jésus, et ses frères>> (Ac 1,14), et <<fils de Marie et frère de Jacques, Joseph, Jude et Simon>> (Mc 6,3). La relation de Marie avec Jésus et la relation de Marie avec les autres apparaît comme différente » (voir Pentecostales, 1989, pp. 117-118).

p) Le réformateur protestant Jean Calvin défendit avec beaucoup de force la virginité perpétuelle de Marie. Commentant le passage de Mt 13,55ss, il affirme que les frères de Jésus ne sont pas d’autres fils de Marie, mais tous ses parents : « Soutenir le contraire, c’est faire preuve d’ignorance, de folles subtilités et d’abus de l’Écriture. »

q) On a récemment publié un article du célèbre bibliste Jerome Murphy-O’Connor, où il écrit : « je dirais que les frères de Jésus étaient plus âgés. Je suggérais qu’ils étaient des fils de Joseph d’un mariage antérieur [à celui de Marie]. Cela est confirmé par le fait que Jésus était connu comme fils de Marie. Un jeune homme était connu par le nom de sa mère UNIQUEMENT LORSQU’IL Y AVAIT PLUS D’UNE ÉPOUSE DU MÊME PÈRE. Les premiers chrétiens n’étaient pas des sots. Comment pouvaient-ils penser que Marie était une vierge perpétuelle si, en fait, elle avait eu six enfants après Jésus ? » (dans U.S. Catholic, déc. 1996, p. 8).

r) Nous rapportons ci-après un excellent argument sur la compréhension biblique, au temps de Jésus, concernant ce sujet. Il est tiré de l’Association des Catholiques Hébreux : (8)

La virginité perpétuelle de Marie du point de vue juif

Depuis les anciens jours bibliques, l’adultère portait avec lui un sens de profanation, de sorte qu’une femme qui aurait eu un contact avec un autre homme – même par force – ne pouvait plus rester avec son époux (Gn 49,4 ; 2 S 20,3 ; 16,21-22 ; Livre des Jubilés 33,6-9 ; Epstein, La Loi du Mariage dans le Talmud, p. 51). Le code deutéronomique enseigne qu’une femme divorcée de son mari et qui contracte mariage avec un autre homme ne peut retourner à son ancien mari (Dt 24,4). Comme le Seigneur l’a dit par le prophète Jérémie : Si un homme répudie sa femme, et qu’elle le quitte pour appartenir à un autre, doit-il encore revenir à elle ? Ce pays n’en serait-il pas tout profané ? Autre traduction : « Si un homme éloigne sa femme et qu’elle s’en va de lui et devient l’épouse d’un autre homme, doit-il revenir à elle ? Sa terre (le corps même de son épouse) ne doit-elle pas être grandement contaminée ? » (Jr 3,1 ; voir le Targum de Dt 24,1-4). Dans la loi rabbinique, une femme qui a commis l’adultère est « corrompue » et ne peut continuer à être l’épouse de son mari, mais doit divorcer (9). En outre, tout contact intime de l’épouse avec un homme, juif ou gentil, puissant ou impuissant, naturel ou non naturel, oblige au divorce (10).

FIANCÉ : Dans la Loi juive, un homme fiancé à une femme était considéré comme légalement marié à elle. Le mot pour fiancé en hébreu est Kiddush, un mot dérivé du mot hébreu Kadash, qui signifie « saint », « consacré », « mis à part ». Parce que, par les fiançailles (comme en Mt 1,18 ; Lc 1,27) ou le mariage, une femme devient la propriété de son mari, interdite aux autres.

La Loi orale de Kiddushin (Mariage et Fiançailles) établit : « L’époux, en épousant la jeune femme, la sépare de tous comme si elle était consacrée au temple (Corban) et hors de portée de tous les autres » (Kiddushin 2b, Talmud de Babylone).

Nous savons par l’Évangile de Matthieu 1,14 que Joseph, l’époux de Marie, était un homme juste, un juif pieux, fidèle à la loi. Ayant remarqué que Marie était enceinte et que lui, son fiancé, n’avait rien eu à voir avec sa grossesse, Joseph pouvait soit la condamner publiquement et la livrer pour qu’elle soit mise à mort pour adultère (Dt 22,22-29), soit la répudier en secret.

Il prit sa décision lorsqu’un ange lui apparut en songe, disant : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme, car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de JÉSUS, car il sauvera son peuple de ses péchés (Mt 1,20-21). L’ange n’emploie pas l’expression de l’union conjugale : « aller vers elle » (comme en Gn 30,3.4 et 16) ou « mener vie commune » (Mt 1,18), mais simplement un mot signifiant la conduire dans sa maison comme son épouse (paralambano gunaika), mais sans cohabiter avec elle.

Lorsque l’ange lui révéla que Marie était véritablement l’épouse de l’Esprit Saint, Joseph put amener Marie, sa fiancée, dans sa maison comme son épouse, mais il ne pourrait jamais avoir de rapport sexuel avec elle, parce que, selon la Loi, elle lui serait interdite pour toujours.

ÉPOUSE DE L’ESPRIT SAINT : Nous devons aussi prendre en considération que lorsque Marie apprit de l’archange Gabriel : tu concevras en ton sein et tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de JÉSUS (Lc 1,31), il ajouta aussi que cela se réaliserait parce que l’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu (Lc 1,35).

Pour le dire en ces termes, l’archange déclara à Marie que Dieu entrerait dans une relation conjugale avec elle, faisant qu’elle conçoive Son Fils en son sein. « Couvrir de sa puissance (reshuth) une femme » (Targum de Dt 21,4) était un euphémisme pour « avoir une relation conjugale avec elle ».

De même, « ombrager » (Lc 1,35) en déployant son « aile » ou son « manteau » sur une femme était un autre euphémisme pour les relations conjugales. Ainsi, les rabbins commentèrent (Midrash Genèse Rabbah 39.7 ; Midrash Ruth Rabbah 3.9) que Ruth avait raison dans ses paroles lorsqu’elle demanda à Booz d’avoir des relations conjugales avec elle en lui disant « Je suis Ruth, ta servante ; étends ton manteau sur ta servante (littéralement, “aile” : kanaph), car tu es le plus proche parent » (Rt 3,9).

Tallith, autre mot araméen-hébreu pour manteau, dérive de tellal = ombre. Ainsi, « étendre le manteau de quelqu’un (tallith) sur une femme » signifie cohabiter avec elle (Kiddushin 18b ; voir aussi Mekhilta sur Exode 21,8). Dieu ne dit-il pas à Son épouse Israël : Car ton créateur est ton époux (Jr 3,14) et il sera ton maître et ton époux (Is 54,5) ; moi, je fus un maître pour eux, dit le Seigneur (Jr 31,32) ? Et qu’y a-t-il de plus intime que ce que Dieu dit à Son épouse ? : Je te fis multiplier comme l’herbe des champs ; et tu grandis, et tu devins grande, et tu parvins à un âge nubile ; tes seins se formèrent et ton poil poussa ; mais tu étais nue et découverte. Et je passai de nouveau près de toi et je te regardai ; et voici que ton temps était le temps des amours ; et j’étendis sur toi mon manteau et je couvris ta nudité ; et je te fis un serment et j’entrai en alliance avec toi, dit le Seigneur Dieu, et tu devins mienne (Ez 16,7-8).

MARIE INTERDITE À JOSEPH : Ayant été informé en songe par un ange de la grossesse de celle-ci, et peut-être ensuite par Marie au sujet des paroles que l’archange Gabriel lui avait adressées à l’Annonciation, Joseph sut que Dieu l’avait choisi comme époux pour Marie. Elle lui était désormais interdite pour la vie, et pour le bien de l’Enfant et de Marie, il ne pouvait vivre avec elle que dans une relation absolument chaste.

Vivre dans le célibat au sein du mariage n’était pas inconnu dans la tradition juive. On dit que Moïse, qui était marié, demeura chaste le reste de sa vie après l’ordre donné de s’abstenir de relations sexuelles (Ex 9,15). En préparation, les soixante-dix anciens s’abstinrent plus tard de leurs épouses après leur appel, et ainsi firent Eldad et Médad, quand l’esprit de prophétie tomba sur eux ; on disait certainement que les prophètes devenaient célibataires après que la parole de Dieu s’était communiquée à eux (11).

LE CÉLIBAT SELON LA TRADITION : Élie et Élisée furent célibataires toute leur vie (12). Lorsque, à cause de la Torah (i.e., son étude approfondie), un rabbin s’abstenait d’avoir des relations avec son épouse, cela était permis, parce qu’il cohabitait alors avec la Shekhina (la « Présence divine ») dans la Torah (13).

Il est bien connu que les rabbins parlèrent de l’obligation des hommes de contracter mariage et de procréer : « Celui qui s’abstient de procréer est considéré comme s’il avait versé le sang » (14). Selon Yebamoth 62b, B.T., un homme n’est qu’un demi-homme sans une femme, citant Gn 5,2 où il est dit : Il les créa mâle et femelle ; et il les bénit, et il leur donna le nom d’Adam (litt. « Homme »), le jour où ils furent créés.

Néanmoins, si une personne est fidèle à l’étude de la Torah (i.e., y consacre tout son temps), comme Siméon ben Azzaï, son refus de se marier peut être excusé » (Shulchan Aruch EH 1:4). Le sage rabbin Siméon ben Azzaï (avant le deuxième siècle apr. J.-C.) était extraordinaire dans son savoir. « Avec la disparition de Ben Azzaï, les sages diligents disparurent de la terre » (Sotah 9:15). Il ne se maria jamais et fut célibataire toute sa vie pour ne pas se distraire de ses études, et parce qu’il considérait la Torah comme son épouse, à laquelle il donna toute son âme (Yebamoth 63b). Il fut un sage remarquable (Kiddushin 20a, B.T.), également connu pour sa sainteté (Berakoth 57b, B.T.).

La tradition juive mentionne aussi les célibataires Zenou’im (litt. « les chastes »), à qui fut confié le secret du Nom de Dieu, afin de pouvoir préserver le Saint Nom en « parfaite pureté » (15).

Ceux qui avaient l’espérance d’une révélation divine s’abstenaient par conséquent d’avoir des relations sexuelles et étaient stricts en matière de pureté (Hénoch 83,2 ; Ap 14,2-5). Philon (Apologia pro Iudaeis IX, 14-17), Josèphe (Antiquités XVIII, 21) et Hippolyte (Philosophumena IX, IV, 28A) écrivirent sur le célibat des Esséniens juifs des centaines d’années avant la découverte de leur établissement à Qumrân, près de la mer Morte.

Philon d’Alexandrie (v. 20 av. J.-C.–50 apr. J.-C.), un philosophe juif, décrivit des femmes juives qui étaient vierges et qui s’étaient conservées chastes non par force, comme certaines prêtresses grecques, mais de leur propre volonté, par leur ardent désir de Sagesse. « Désireuses d’avoir la Sagesse pour leurs frères, elles méprisèrent les plaisirs de la chair et ne désirèrent pas de descendance, sinon ces enfants que seule l’âme chère à Dieu peut engendrer » (Philon, De Vita Contemplativa 68 ; voir aussi Philon, De Abrahamo 100).

Car « les chastes sont récompensés en recevant l’illumination de la lumière céleste cachée » (Zohar II, 229b-230a). Car « si l’entendement est sûr et intact, libre de l’oppression des iniquités ou des passions… il pourra contempler clairement tout ce qui est digne de contemplation » (Philon, De Sobrietate 1.5). Et à l’inverse, « l’entendement de l’homme luxurieux est aveugle et ne peut voir ces choses qui valent la peine d’être vues… choses dignes d’être vues, qui sont merveilleuses à percevoir et désirables » (Philon, Quaestiones in Genesim IV.245).

JOSEPH COMME GARDIEN CÉLIBATAIRE : Comme destinataire de la grande révélation que ce qui avait été conçu dans le sein de Marie venait de l’Esprit Saint, et que l’Enfant à naître était destiné à sauver Son peuple de ses péchés, sûrement Joseph sut par là qu’il était appelé à prendre soin de Marie et de son Fils, le Messie, pour le reste de sa vie, ce qui est la raison pour laquelle l’ange lui dit de prendre Marie comme épouse.

Nous pouvons raisonnablement supposer que Marie partageait désormais avec lui tout ce que l’archange Gabriel lui avait dit. Rien de moins qu’une Personne, le Fils de Dieu (Lc 1,35), allait être confiée à ses soins sous l’abri de son humble foyer, désormais le Saint des Saints. La tradition juive mentionne que, bien que les personnes ne dussent s’abstenir d’avoir des relations avec leurs épouses que pendant les trois jours précédant la révélation du Mont Sinaï (Ex 19,15), Moïse choisit de demeurer chaste pour le reste de sa vie avec la pleine approbation de Dieu. Les rabbins expliquèrent que cela était dû au fait que Moïse savait qu’il était destiné à communiquer personnellement avec Dieu, non seulement sur le Mont Sinaï, mais en général durant les quarante ans de séjour dans le désert. Pour cette raison, Moïse demeura « séparé de la femme », demeurant dans la sainteté de la séparation afin d’être au service de Dieu à tout moment ; ils citèrent l’ordre de Dieu à Moïse en Deutéronome 5,28 (Midrash Exode Rabbah 19:3 et 46.3).

Encore une fois, nous pouvons être sûrs que Joseph demeura célibataire toute sa vie parce que, tout au long de ses années de mariage, il fut quotidiennement en communication et au service de Jésus, la Parole de Dieu incarnée.

Les autres arguments de nos frères

« Premier-né » ne signifie pas seulement le premier né parmi d’autres enfants, mais occuper une place spéciale : élu, consacré. D’une femme qui meurt en donnant naissance à son premier enfant, on dit de celui-ci qu’il est le premier-né, même s’il n’a pas de frères. Le psaume 89 dit que David (le dernier de huit fils) est appelé premier-né par Dieu : Et moi, j’en ferai mon premier-né, le plus élevé des rois de la terre (Ps 89,28). Dans la Genèse, Jacob reçut les bénédictions du droit d’aînesse (Gn 25,31-34), bien qu’il fût né après Ésaü (Gn 25,25-26). Éphraïm est appelé « premier-né » en Jérémie 31,9, étant le second fils de Joseph (Gn 41,52). Jésus est le premier-né des morts (Ap 1,5), mais non le premier à mourir. Il occupe une place spéciale parce qu’il est le témoin fidèle jusqu’à la mort.

Et tu diras à Pharaon : Ainsi parle le Seigneur : Israël est mon fils, mon premier-né (Ex 4,22). Appelé « Premier-né », Jésus est l’« Alpha et l’Oméga », le Premier et le Dernier. Il n’y en a pas d’autre. C’est ce que veut dire Col 1,15-16 lorsqu’il l’appelle ainsi.

Israël n’est pas le premier peuple que Dieu a créé, mais c’est le peuple consacré par Lui. En Zacharie 12,10, nous voyons que la même personne est appelée « premier-né » et « fils unique ».

Dans les Antiquités Bibliques du pseudo-Philon (premier siècle apr. J.-C.), la fille de Jephté est appelée à la fois première-née et fille unique (39,11). Et une épitaphe (datée du 28 janvier 5 av. J.-C.), découverte en 1922 dans la nécropole juive de Tell el-Yehoudieh, fait dire à la jeune défunte (Arsinoé) : « Mais le sort, dans les douleurs de l’enfantement de mon fils premier-né, m’a conduite au terme de la vie. » Bien que cette jeune mère soit morte lors de son premier accouchement, son fils est également appelé premier-né.

Nous ne devons pas oublier que le titre « premier-né », pour désigner Jésus, a un autre sens symbolique. Il est appelé premier-né de toute la création (Col 1,15) et de tous les morts (Col 1,18).

Il ne la connut pas jusqu’au jour où elle enfanta ne signifie pas que Joseph ait eu des relations avec Marie par la suite. Jusqu’à ce que n’équivaut pas à dire « mais après, oui… », parce que dans 2 Samuel nous lisons : Et Mikal, fille de Saül, n’eut pas d’enfant jusqu’au jour de sa mort (6,23). Cela ne signifie pas qu’après sa mort elle eut des enfants ! Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds (Ps 110,1). Ce Psaume, qui prophétise Jésus (Ac 2,34-35), ne signifie pas que Jésus ne demeure plus assis à la droite du Père (Ac 7,55) après qu’il a mis ses ennemis comme escabeau de ses pieds.

En Genèse 28,15, nous lisons : Voici que je suis avec toi, et je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai en ce pays ; car je ne t’abandonnerai pas jusqu’à ce que j’aie accompli ce que je t’ai dit. Certainement Dieu n’abandonna pas Jacob par la suite. Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20). Mais Jésus ne sera-t-il plus avec nous par la suite ? Pour voir d’autres exemples, regarde Dt 34,6.

Lorsque l’évangéliste dit que Joseph ne la connut pas jusqu’au jour où elle enfanta un fils, il affirme que Joseph n’eut pas de relations avec Marie tant que le Seigneur ne fut pas né. Mais il n’affirme pas qu’après que Marie eut enfanté, Joseph eut des relations avec elle. Ce que Luc dit, c’est que Jésus naquit sans l’intervention de Joseph.

Il nous reste « il prit chez lui sa femme » (16). Mais avec toutes les preuves que nous avons vues plus haut et en lisant le contexte, nous savons qu’il s’agit de Joseph acceptant Marie comme son épouse parce qu’il comprenait que Marie était enceinte de l’Esprit Saint après que l’ange le lui eut expliqué.

Si Marie eut Jacques pour fils, comment se fait-il que les Pères de l’Église aient cru que Marie demeura vierge, alors que son fils Jacques était évêque de Jérusalem ? Personne ne revendiqua d’être descendant de la famille de Joseph et Marie. Personne, dans les années qui suivirent son assomption, n’allait disant qu’il était frère selon la chair ou neveu de Jésus.

Pour tout ce qui a été dit, nous concluons que Marie n’eut pas d’autres enfants. En fait, dans l’Église primitive, la première personne à formuler l’idée que les frères de Jésus étaient des frères selon la chair fut Helvidius (380 apr. J.-C.). Pendant quatre siècles, les chrétiens ne pensèrent pas ainsi. Quand Helvidius écrivit cela, il fut fortement critiqué. Peut-être n’est-il pas normal qu’un couple vive sans relations, mais il n’est pas normal non plus que leur fils soit Dieu incarné !

Que dit l’Église primitive ?

Le premier témoignage de la virginité perpétuelle de Marie vient du livre apocryphe Protévangile de Jacques, vers 150 apr. J.-C.
Hilaire de Poitiers (354 apr. J.-C.) : Commentaire sur Matthieu 1:4
Athanase (358-362) : Traité contre les ariens, 2:70. « Marie est demeurée et est toujours vierge. »
Justin Martyr : Dialogue avec Tryphon appelle Marie « la vierge » et établit un parallèle avec Ève, mère de l’humanité.
Épiphane de Salamine (374) : Ancoratus et Panarion (antidote contre les erreurs des hérétiques) 78:6.

Pourquoi l’Église catholique maintient-elle la virginité perpétuelle de Marie ? Parce que la Bible l’enseigne et parce que l’Église l’a toujours enseigné. Elle a toujours été appelée « vierge ». Si Marie n’est pas demeurée vierge, pourquoi l’appeler ainsi après la naissance de Jésus ? Nous ne continuons pas d’appeler « célibataire » un homme marié. L’Église primitive parla de Marie comme de « la Vierge » précisément parce qu’elle crut qu’elle vécut et mourut ainsi. Lorsque cet enseignement fut plus tard mis en question, ils ajoutèrent « toujours » (AEIPARTHENOS), comme dans le Credo d’Épiphane (374 apr. J.-C.) et le Deuxième Concile de Constantinople (553). Voir les Pères de l’Église Augustin, Jérôme, Cyrille d’Alexandrie. Les réformateurs protestants parlent de « Marie toujours Vierge ».

Origène a affirmé :

« … ce corps qui fut choisi pour rendre un service au Verbe et au sujet duquel il est dit : L’Esprit Saint descendra sur toi et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre (Lc 1,35), ne connut aucune union avec un homme, l’Esprit Saint étant descendu sur lui et ayant été couvert par la vertu d’en haut. Je soutiens raisonnablement que les prémices de la pureté et de la chasteté parmi les hommes soient Jésus et que celles des femmes soient Marie. Il ne conviendrait pas, en effet, à la piété d’attribuer à quelque autre personne qu’à elle les prémices de la virginité » (Commentaire sur l’Évangile de saint Matthieu, 10:17).

« En effet, selon ceux qui pensent droitement à son sujet, nul autre n’est fils de Marie que Jésus… » (Commentaire sur l’Évangile de saint Jean, 1:4).

Auteur : P. Daniel Gagnon

NOTES :

1. Du livre évangélique Los Evangélicos, Los Católicos y la Virgen María, de Stephen Benko, célèbre théologien protestant. Casa Bautista de Publicaciones. USA, 1981, 1993. p. 18. Ce livre, bien qu’il traite de Marie plus en profondeur, reste encore très au niveau superficiel en comparaison des auteurs catholiques qui traitent ce sujet. Le fait de ne pas traiter les thèmes de manière complète pourrait s’interpréter comme un préjugé.

2. Jacques est appelé fils d’Alphée en Mt 10,3, ce qui semble dire qu’ou bien c’est un autre Jacques, ou bien que Marie était l’épouse de Clopas (CLOPAS en grec) et d’Alphée. Mais c’est la même personne, parce que le nom Alphée en araméen se traduit Cléopas (Clopas) en grec, comme Saul en hébreu est le même que l’Apôtre Paul en grec. Autres exemples : Matthieu-Lévi, Thaddée-Jude.

3. Anne (1 S 2,21) ne relève pas de ce schéma biblique, parce qu’aucun ange ne lui apparut : Et le Seigneur bénissait Anne, qui devenait enceinte.

4. Le Protévangile de Jacques 10,1 (pas plus tard que 120-140 apr. J.-C.) dit que Marie appartint à l’institution des vierges tisserandes du Temple, dont parlent plusieurs documents juifs du Ier siècle, comme l’Apoc. de Baruch 10,9 ; la Pesiqta Rabbati 26,6 (Diccionario de Mariología, p. 1257). « Serait-ce une chose extraordinaire que Joseph ait pratiqué la continence en étant l’époux de Marie ? Nullement, car au temps de Jésus de nombreux juifs, désireux de mieux se préparer à la venue du Sauveur, allaient vivre dans des sortes de couvents, en des lieux retirés, et observaient la chasteté. Nous pourrions même penser que Joseph se laissa influencer par ce courant religieux… Les Esséniens… et ce fut lui qui aida Marie à s’affermir dans un engagement de virginité… » (Nueva Biblia Latinoamericana, Ediciones Paulinas et Verbo Divino, Espagne, 1972, p. 8). Marie aurait été consacrée au Seigneur comme Samuel (1 S 2,21-22) et Anne, qui ne s’écartait pas du temple, servant nuit et jour dans le jeûne et la prière (Lc 2,36-37). Selon le Protévangile, le veuf Joseph fut choisi pour être son protecteur, qui respecterait son vœu de virginité. Ac 21,9 mentionne des vierges dans l’Église primitive.

5. Dans María en el Misterio de la Alianza, Édit. B.A.C., 1988, p. 59.

6. Nuevo Testamento Interlineal Griego-Español, Francisco Lacueva, Editorial CLIE, Espagne, 1984.

7. Nuevo Diccionario de Mariología (Edic. Paulinas, 1988, pp. 2015-2016).

8. Dr. Anthony Opisso, L’Association des Hébreux Catholiques, P.O. Box 798, 12528 Highland, NY

9. Dt., éd. M. Friedman (1864) 270, p. 122b ; Nombres, éd. M. Friedman (1915) 7, p. 4a et 19, p. 66.

10. Sotah 26b ; Yebamoth 55a, b, 87b ; Kethuboth 9a, Talmud de Babylone ; Kethuboth 25a ; Sotah 27a ; Yad, Sotah 2,2, Talmud de Jérusalem.

11. Midrash Exode Rabbah 19 ; 46.3 ; Sifré sur Nombres 99 sect. 11 ; Sifré Zutta 81-82, 203-204 ; Aboth de Rabbi Nathan 9, 39 ; Tanchuma III, 46 ; Tanchuma Zaw 13 ; 3 Petirot Moshé 72 ; Shabbath 87a ; Pesachim 87b, Talmud de Babylone.

12. Zohar Hadash 2:1 ; Midrash Mishlei 30, 105 ; Pirke Rabbi Eliezer 33.

13. Zohar re Gn 1,27 ; 13,3 et Psaume 85,14 dans le Discours du Rabbin Phinéas aux Rabbins José, Juda et Hiya.

14. Rabbin Éliézer dans Yebamoth 63b, Talmud de Babylone ; voir aussi Shulchan Aruch (Code de la Loi juive), section Even ha-Ezer 1:1,3,4.

15. Kiddushin 71a ; Midrash Mishlei (Ecclésiaste) Rabbah 3:11 ; Yer. Yoma 39a, 40a.

16. Les frères de l’église « Lumière du Monde » ont tenté de convaincre les catholiques que le Psaume 69 préfigure Jésus et, dès lors, que le verset huit prouve que Marie eut de nombreux enfants : Je suis devenu un étranger pour mes frères, un inconnu pour les fils de ma mère. Marie est préfigurée. Mais l’Église catholique dit que, bien que quelques versets soient cités dans le NT, ce psaume ne peut être messianique ni préfigurer Jésus (voir The Catholic Study Bible, Oxford Univ. Press, 1990, p. 690). S’il était une préfiguration de Lui, il dirait que Jésus était pécheur : et mes péchés ne te sont pas cachés (v. 5) !

Auteur : P. Daniel Gagnon