Un lecteur demande :
J’aimerais savoir… sur la véracité du fait que Saint Pierre était à Rome et a été le premier pape et comment je pourrais dire ou démontrer que cela est vrai à ceux qui le remettent en question.
Réponse :
Chère lectrice :
1. La primauté de Pierre
a) Le dogme
Le Christ a constitué l’apôtre saint Pierre comme premier parmi les apôtres et comme chef visible de toute l’Église, lui conférant immédiatement et personnellement la primauté de juridiction. Pour les catholiques, c’est une vérité de foi.
Le Concile Vatican I l’a défini (cf. Dz 1823) et il a été repris avec force par le Concile Vatican II (Lumen gentium, n. 18).
Le chef invisible de l’Église est le Christ glorieux. Pierre remplace le Christ dans le gouvernement extérieur de l’Église militante et est donc le vicaire du Christ sur terre.
Ce dogme se heurte à l’Église orthodoxe grecque et aux sectes orientales, à certains adversaires médiévaux de la papauté (Marsile de Padoue et Jean de Jandun, Wycleff et Hus), à tous les protestants, aux gallicans et fébroniens, aux vieux catholiques (Altkatholiken) et aux modernistes. Selon la doctrine des Gallicans (E. Richer) et des Fébroniens (N. Hontheim), la plénitude du pouvoir spirituel fut immédiatement accordée par le Christ à toute l’Église, et par elle elle passa à saint Pierre, de sorte qu’il fut le premier ministre de l’Église, nommé par l’Église (« caput ministeriale »). Selon le modernisme, la primauté n’a pas été établie par le Christ, mais a été formée par des circonstances extérieures dans l’ère post-apostolique (Dz 2055 s).
b) Fondement biblique
Dès le début, le Christ distingua l’apôtre saint Pierre parmi tous les autres apôtres. Lorsqu’il le rencontra pour la première fois, il lui annonça qu’il changerait son nom de Simon en Céphas = rocher : « Tu es Simon, fils de Jean [selon la Vulgate : de Jonas] ; tu seras appelé Céphas » (Jn 1,42 ; cf. Mc 3,16). Le nom de Céphas indique clairement la fonction à laquelle le Seigneur l’avait destiné (cf. Mt 16,18). Dans toutes les listes des apôtres, Pierre est toujours cité en premier. Chez Matthieu, il est appelé expressément « le premier » (Mt 10,2). Comme, selon l’ordre de l’appel, André précédait Pierre, le fait que Pierre apparaisse en première place indique sa fonction de primauté. Pierre, avec Jacques et Jean, put être témoin de la résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5,37), de la transfiguration (Mt 17,1) et de l’agonie au Jardin (Mt 26,37). Le Seigneur prêche à la foule depuis la barque de Pierre (Lc 5,3), paie pour lui-même et pour lui le tribut du Temple (Mt 17,27), l’exhorte, après sa propre conversion, à confirmer ses frères dans la foi (Lc 22,32) ; après la résurrection, il apparaît à lui seul avant les autres apôtres (Lc 24,34 ; 1 Co 15,5).
Saint Pierre s’est vu promettre la primauté après avoir solennellement confessé, à Césarée de Philippe, la messianité du Christ. Le Seigneur lui dit (Mt 16, 17-19) : “Béni sois-tu, Simon, fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et je te dis que tu es Pierre [= Céphas], et sur ce rocher je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clés du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera libéré au ciel.”
Ces paroles s’adressent immédiatement et exclusivement à saint Pierre. Elles placent devant lui, en trois images, l’idée du pouvoir suprême dans la nouvelle société que le Christ va fonder. Pierre donnera à cette société l’unité et la fermeté inébranlable qu’une maison reçoit lorsqu’elle est bâtie sur le roc vivant ; cf. Mt 7,24 et suivants. Pierre doit aussi être le détenteur des clés, c’est-à-dire l’administrateur du royaume de Dieu sur la terre ; cf. Is 22,22 ; Ap 1,18 ; 3,7 : les clés sont le symbole du pouvoir et de la souveraineté. Il lui revient enfin de lier et de délier, c’est-à-dire (selon la terminologie rabbinique), de lancer ou de lever l’excommunication, ou encore d’interpréter la loi en ce sens qu’une chose est permise (déliée) ou non (liée). Conformément à Mt 18,18, où est accordé à tous les apôtres le pouvoir de lier et de délier au sens d’excommunier ou de recevoir les fidèles dans la communauté, et en tenant compte de l’expression universelle (« tout ce que tu lieras… tout ce que tu délieras »), il n’est pas licite de comprendre que le plein pouvoir accordé à saint Pierre se limite au pouvoir d’enseigner ; il faut l’étendre à tout le domaine du pouvoir de juridiction. Dieu confirmera dans les cieux toutes les obligations que saint Pierre imposera ou supprimera sur la terre.
Contre toutes les tentatives visant à déclarer ce passage (qui n’apparaît que chez Saint Matthieu) comme totalement ou partiellement interpolé à une époque ultérieure, son authenticité s’impose d’une manière qui ne laisse aucun doute. Ceci est garanti, non seulement par la tradition unanime avec laquelle il apparaît dans tous les codex et versions anciennes, mais aussi par la couleur sémitique du texte, bien visible. Il n’est pas possible de nier avec des raisons convaincantes que ces paroles aient été prononcées par le Seigneur lui-même. Il n’est pas non plus possible de démontrer qu’ils sont en contradiction avec d’autres enseignements et faits mentionnés dans l’Évangile.
Le Seigneur a accordé à Pierre la primauté lorsque, après la résurrection, il lui a demandé à trois reprises s’il l’aimait et lui a confié la charge suivante : « Nourrissez mes agneaux, nourrissez mes agneaux, nourrissez mes moutons. » (Jn 21,15-17). Ces paroles, comme celles de Mt 16, 18, se réfèrent immédiatement et exclusivement à saint Pierre. Les « agneaux » et les « brebis » représentent tout le troupeau du Christ, c’est-à-dire toute l’Église ; cf. Jn 10. « Pasteur », en référence aux hommes, signifie gouverner (cf. Ac 20, 28), selon la terminologie de l’antiquité laïque et biblique. Pierre, par cette triple mission du Christ, n’a pas été rétabli dans sa fonction apostolique (puisqu’il ne l’avait pas perdue par son reniement), mais a plutôt reçu le pouvoir suprême de gouverner l’Église entière.
Après l’ascension au ciel, Pierre exerça sa primauté. Dès le premier instant, il occupa une position prééminente dans la communauté primitive : il fit élire Matthias (Ac 1,15ss) ; Il est le premier à annoncer, le jour de la Pentecôte, le message du Christ, qui est le Messie mort sur la croix et ressuscité (2, 14 ss.) ; témoigne du message du Christ devant le Sanhédrin (4, 8 ss.) ; reçoit le premier Gentil dans l’Église : le centurion Corneille (10, 1 ss.) ; il est le premier à parler au concile des apôtres (15,17 ss.) ; Saint Paul marche vers Jérusalem “pour rencontrer Céphas” (Ga 1,18).
c) Le témoignage des pères de l’Église.
Les Pères, conformément à la promesse biblique du primat, témoignent que l’Église est édifiée sur Pierre et reconnaissent sa primauté sur tous les autres apôtres. TERTULLIEN dit de l’Église : « Elle fut édifiée sur lui » (De monog. 8). SAINT CYPRIEN dit, en se référant à Mt 16,18s : « Sur un seul il édifie l’Église » (De unit. eccl. 4). CLÉMENT D’ALEXANDRIE appelle saint Pierre « l’élu, le choisi, le premier parmi les disciples, le seul pour lequel, outre lui-même, le Seigneur paya le tribut » (Quis dives salvetur 21,4). SAINT CYRILLE DE JÉRUSALEM l’appelle « le chef et prince des apôtres » (Cat. 2,19). Selon SAINT LÉON LE GRAND, « Pierre fut le seul choisi dans le monde entier pour être la tête de tous les peuples appelés, de tous les apôtres et de tous les Pères de l’Église » (Sermo 4,2).
Dans leur lutte contre l’arianisme, de nombreux pères interprètent le roc sur lequel le Seigneur a bâti son Église comme la foi en la divinité du Christ, que saint Pierre a confessée, mais sans pour autant exclure la relation de cette foi avec la personne de Pierre, relation qui est clairement indiquée dans le texte sacré. La foi de Pierre était la raison pour laquelle Christ l’avait destiné à être le fondement sur lequel il bâtirait son Église.
2. Pierre, évêque de Rome et premier pape
Une ancienne tradition basée sur les annales de l’Église et l’archéologie romaine nous dit que Pierre meurt à Rome, où il était évêque. De là est l’origine de la prééminence de l’évêque de Rome sur les autres évêques successeurs des Apôtres.
Il a une base scripturaire dans le texte de 1 Pierre 5 :13 : « L’Église qui est à Babylone, choisie avec vous, et Marc mon fils, vous saluent. »
L’expression « Babylone » fait référence à Rome, comme le notent tous les exégètes : “presque tous les auteurs anciens et la plupart des auteurs modernes voient l’Église de Rome désignée par cette expression… Le nom de Babylone était d’usage courant chez les juifs chrétiens pour désigner la Rome païenne. On l’appelle aussi dans l’Apocalypse (14,8 ; 16,19 ; 17,15 ; 18,2.10), dans les livres apocryphes et dans la littérature rabbinique. La Babylone de l’Euphrate, qui du temps de Saint Pierre était une tas de ruines, et la Babylone d’Egypte, une petite station militaire, doit être exclue. (José Salguero, O.P., Bible Annotée, tome VII, BAC, Madrid 1965, p. 145).
Ceci est reconnu même par des auteurs protestants sérieux. Par exemple, Kenneth Scott Latourette, historien prestigieux, écrit dans son livre “Histoire de l’Église” (Volume I, p. 112, Ed. Casa Bautista de Publicaciones) dit : “Pierre voyageait, car nous savons qu’il était à Antioche, et ce qui semble être une tradition digne de confiance, nous savons qu’il était à Rome et y est mort.”
L’Encyclopedia Britannica, tome IX, p. 123 donne la référence de tous les évêques de Rome commençant par saint Pierre et finissant par Jean-Paul II, 264 évêques se succédant de manière ininterrompue.
La « New American Encyclopedia » dit dans sa section sur les papes : « Lorsque saint Pierre quitta Jérusalem, il vécut un certain temps à Antioche avant de se rendre à Rome où il servit comme primat. »
Très fort est également le témoignage de la tradition qui montre l’énorme importance qu’avaient les premiers évêques de Rome sur le christianisme naissant, précisément parce qu’ils étaient les successeurs de Pierre. Ainsi, par exemple, en l’an 96, soit 63 ans après la mort du Christ, face à un grave conflit dans la communauté des Corinthiens, celui qui a pris des mesures pour rétablir l’ordre fut l’évêque de Rome, le pape Clément, et ce malgré le fait qu’à cette époque l’apôtre Jean vivait encore dans la ville grecque voisine d’Éphèse. Cependant, c’est une lettre de Clément qui a résolu le problème et même deux cents ans après cet événement, cette lettre a été lue dans cette Église. Cela ne peut s’expliquer que par l’autorité du successeur de Pierre dans l’Église primitive.
Irénée, évêque de Lyon et père de l’Église de la deuxième génération après les Apôtres, écrivait quelques années plus tard : « S’il y avait eu de la place, je pourrais vous donner les listes des évêques de toutes les Églises, mais je choisis uniquement la ligne de succession des évêques de Rome fondée sur Pierre et Paul jusqu’au douzième successeur aujourd’hui. »
Selon le premier historien de l’Église, Eusèbe de Césarée (312), cette succession est un signe et une assurance que l’Évangile a été conservé et transmis par l’Église catholique.
Auteur: Père Miguel Ángel Fuentes
Source : Le Théologien répond