Les Pères de l’Église croyaient-ils en la doctrine du salut par la Seule Foi ?
À l’époque où je me sentais attiré par le protestantisme, je n’avais jamais prêté attention à cette question, estimant que cette doctrine n’avait pas de fondement dans l’Écriture. Cependant, de nos jours, répondre à cette question peut s’avérer éclairant, car bien qu’à un fondamentaliste il puisse paraître sans importance de savoir ce que croyaient les premiers chrétiens à ce sujet, il existe des raisons fondamentales pour qu’il en soit autrement. En effet, si cette doctrine était une nouveauté du XVIᵉ siècle, il n’y aurait finalement aucune justification pour la « Réforme ».
En tant que catholiques, nous devons être ouverts aux développements légitimes de la doctrine chrétienne, mais quiconque s’est donné la peine d’étudier l’histoire et les textes patristiques parviendra à une conclusion sévère : la doctrine du salut par la Seule Foi (Sola Fides) n’était pas crue avant Luther, mais explicitement anatématisée et rejetée par les premiers chrétiens.
Et voilà le nœud de la question, car si cette doctrine était vraie, cela impliquerait que l’Église a prêché l’erreur tout au long de son histoire. Un protestant peut trouver aisé d’accepter cela, car nous avons déjà vu que la plupart des fondamentalistes croient que l’Église s’est « paganisée » à la suite de la conversion de l’empereur Constantin le Grand et de son décret sur la liberté de culte dans l’édit de Milan. Pourtant, des siècles avant Constantin, cette doctrine était rejetée comme hérétique.
Je me propose ci-après de compiler des textes patristiques des Pères et écrivains ecclésiastiques les plus éminents de l’Église, à commencer par les disciples directs des Apôtres, et de démontrer par eux que le consensus des Pères de l’Église croyait que :
L’homme, bien qu’il possède le libre arbitre, ne peut se sauver sans la grâce de Dieu. Dieu, par sa grâce, a l’initiative première de son salut, et en exerçant cette liberté, l’homme répond et coopère avec la grâce. (En entendant par grâce la faveur gratuite et imméritée de Dieu.)
Dieu appelle tous les hommes au salut et répand sa grâce sur tous à travers le Christ, car il veut que tous les hommes soient sauvés. Ceux qui se damnent le font par leur propre volonté.
La grâce de Dieu meut l’homme à croire au Christ et à lui obéir. Sans la grâce, il ne peut faire ni l’un ni l’autre, et il n’a même pas l’initiative pour ce faire.
Ainsi, le salut est grâce, mais nous devons coopérer en faisant usage de notre liberté ou libre arbitre.
Par la foi, l’homme est justifié. En étant justifié, il n’est pas seulement déclaré juste, mais rendu juste (régénéré).
Ensuite, l’homme justifié, mû par la grâce, doit vivre selon la volonté de Dieu, faisant le bien et observant les commandements, mais il est libre de ne pas le faire et de déchoir de l’état de grâce de Dieu.
En ce sens, pour se sauver, il ne suffit pas seulement de croire (Seule Foi), mais de croire et ensuite d’agir. Les œuvres et l’observance des commandements sont nécessaires au salut, non comme monnaie d’échange, car il s’agit d’une grâce.
La Didachè (65 – 80 apr. J.-C.)
Déjà dans ce primitif témoignage de la foi de l’Église, il apparaît clairement que rien ne servira d’avoir eu la foi pendant toute sa vie si, au dernier moment, on n’est pas parfait :
« Veillez sur votre vie ; que vos lampes ne s’éteignent pas et que vos reins ne se dénouent point ; soyez au contraire prêts, car vous ne savez pas l’heure à laquelle notre Seigneur vient. Rassemblez-vous souvent, cherchant ce qui convient à vos âmes, car tout le temps de votre foi ne vous sera d’aucune utilité si vous n’êtes pas parfaits au dernier moment. »[1]
Clément de Rome (? – 101 apr. J.-C.)
Clément a été souvent cité par des apologètes protestants comme partisan de la doctrine de la Seule Foi, sur la base du texte suivant :
« En conclusion, tous furent glorifiés et agrandis, non par eux-mêmes ou par leurs œuvres ou par la justice qu’ils pratiquèrent, mais par la volonté de Dieu. Et nous aussi, appelés par sa volonté dans le Christ Jésus, nous ne sommes pas justifiés par nous-mêmes, ni par notre sagesse, notre intelligence, notre piété ou les œuvres que nous avons faites dans la sainteté du cœur, mais par la foi, par laquelle le Dieu tout-puissant a justifié tous les hommes depuis le commencement. »[2]
Clément dit en réalité la même chose que le concile de Trente lorsqu’il déclare que « rien de ce qui précède la justification, que ce soit la foi ou les œuvres, ne mérite la grâce de la justification. Car si c’est par la grâce, ce n’est plus par les œuvres. De plus, comme dit l’Apôtre, la grâce n’est plus la grâce »[3]. Trente enseigne ainsi qu’il n’y a rien d’antérieur à la justification, y compris les œuvres (de quelque type que ce soit), qui mérite la justification.
Dans d’autres textes, cependant, Clément parle de la manière dont les Prophètes furent déclarés justes non seulement en croyant, mais en obéissant :
« Unissons-nous donc à ceux à qui la grâce de Dieu a été accordée ; revêtons-nous de la concorde en nous maintenant dans un esprit d’humilité et de continence, justifiés par nos œuvres et non par nos paroles. »[4]
« Prenons pour exemple Hénoch, qui, trouvé juste dans l’obéissance, fut enlevé, sans qu’on trouvât trace de sa mort. »[5]
« Abraham, appelé ami de Dieu, fut trouvé fidèle parce qu’il obéit aux paroles de Dieu. »[6]
Clément est un excellent représentant de la doctrine catholique de la justification. L’homme est justifié par la foi, mais il est sauvé à condition de garder les commandements et d’accomplir pleinement la volonté de Dieu (les œuvres ne sont pas seulement le produit de la foi, mais une condition pour se sauver) :
« Pour notre part, efforçons-nous de nous trouver au nombre de ceux qui l’attendent, afin de participer aussi aux dons promis. Mais comment y parvenir, très chers ? Nous y parviendrons à condition que notre esprit soit fidèlement affermi en Dieu ; à condition que nous cherchions en tout ce qui lui est agréable et acceptable ; à condition, enfin, que nous accomplissions pleinement ce qui s’accorde à ses desseins irréprochables et que nous suivions le chemin de la vérité, en rejetant loin de nous toute injustice et méchanceté, l’avarice, les querelles, la malice et les tromperies, les commérages et les calomnies, la haine de Dieu, l’orgueil et la jactance, la vaine gloire et l’inhospitalité. Car ceux qui font de telles choses sont odieux à Dieu, et non seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui les approuvent et y consentent. L’Écriture dit en effet : Au pécheur Dieu a dit : Pourquoi exposes-tu mes préceptes et prends-tu mon alliance dans ta bouche, toi qui hais la discipline et qui jettes mes paroles derrière toi ? »[7]
Clément avertit également du danger de perdre le salut, c’est pourquoi il avertit que pour se sauver il faut persévérer jusqu’à la fin en menant une conduite digne de Dieu et en obéissant aux commandements.
« Veillez, très chers, de peur que ses bienfaits, qui sont nombreux, ne deviennent pour nous un sujet de condamnation, si nous ne menons pas une vie digne de lui, faisant d’un cœur unanime ce qui est bon et agréable devant lui. L’Écriture dit en effet quelque part : L’Esprit du Seigneur est une lampe qui scrute les replis du ventre.
Considérons combien il est proche de nous et comment pas une seule de nos pensées, pas un seul de nos desseins ne lui échappe. Il est donc juste que nous ne désertions pas le poste que sa volonté nous a assigné. »[8]
(Notons que dans le texte précédent, Clément reconnaît que l’on peut déchoir de l’état de grâce et se condamner, contrairement à la doctrine protestante « Sauvé toujours sauvé ».)
« Or donc, puisque tout est vu et entendu par Lui, craignons-le et renonçons aux exécrables désirs des œuvres mauvaises, afin d’être protégés par sa miséricorde des jugements à venir. Car où l’un de nous pourrait-il fuir loin de sa puissante main ? Quel monde accueillera les déserteurs de Dieu ? »[9]
« …Car Dieu vit, et le Seigneur Jésus-Christ vit, et le Saint-Esprit, et aussi la foi et l’espérance des élus : seul celui qui, dans un esprit d’humilité et de constante modestie, aura accompli sans revenir en arrière les justifications et les commandements donnés par Dieu, celui-là seul sera inscrit et choisi au nombre de ceux qui se sauvent par Jésus-Christ… »[10]
Il est aussi un clair représentant de la doctrine catholique du mérite :
« Il est donc bon que nous soyons prompts et fervents pour le bien agir, car tout nous vient de Lui. Il nous avertit en effet : Voici le Seigneur et sa récompense devant sa face, afin de rendre à chacun selon son travail. Avec tout cela, il nous exhorte, nous qui croyons en lui de tout notre cœur, à ne pas être paresseux ni négligents pour toute bonne œuvre. »[11]
Et si cela ne suffisait pas, il reconnaît que par la charité on peut obtenir le pardon des péchés :
« Heureux sommes-nous, très chers, si nous avons accompli les commandements de Dieu dans la concorde de la charité, afin que, par la charité, nos péchés nous soient remis. »[12]
Polycarpe (75 – 155 apr. J.-C.)
On conserve une lettre adressée à l’Église de Philippes (la traduction de J. B. Lightfoot peut être consultée sur Internet[13]), dans laquelle il établit comme condition pour se sauver non seulement la foi, mais l’accomplissement parfait de la volonté de Dieu et l’obéissance aux commandements :
« C’est pourquoi, les reins ceints, servez Dieu dans la crainte et la vérité ; abandonnez les paroles vaines et creuses et l’erreur de la multitude, croyant en celui qui a ressuscité notre Seigneur Jésus-Christ d’entre les morts et lui a donné la gloire et un trône à sa droite ; à lui furent soumises toutes choses, celles du ciel et celles de la terre ; à lui tout souffle rend adoration ; il viendra comme juge des vivants et des morts ; et Dieu demandera compte de son sang à ceux qui refusent de lui obéir. Or, celui qui l’a ressuscité d’entre les morts nous ressuscitera nous aussi, pourvu que nous accomplissions sa volonté et marchions dans ses commandements et que nous aimions ce qu’il a aimé, en nous gardant de toute iniquité, fraude, cupidité, médisance, faux témoignage… ; ne rendant pas le mal pour le mal, ni l’injure pour l’injure, ni coup pour coup, ni malédiction pour malédiction. Souvenons-nous plutôt de ce que le Seigneur a dit pour notre enseignement : Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés ; pardonnez et il vous sera pardonné ; soyez compatissants afin d’obtenir compassion. De la mesure dont vous mesurerez, on vous mesurera aussi. Et : Bienheureux les pauvres et ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. »[14]
Le Pasteur d’Hermas (141 – 155 apr. J.-C.)
Hermas raconte avoir eu une vision où il voit une tour qui se construit sur les eaux, et où l’on apporte des pierres pour l’édifier. Il est frappant que toutes les pierres ne soient pas utilisées : les unes étaient lancées loin de la tour, d’autres mises en pièces, d’autres placées près de la tour mais inutilisées parce que rongées, d’autres écartées à cause de leur forme, ne s’ajustant pas à la construction. Plus loin, la Dame explique que la Tour symbolise l’Église et que les pierres symbolisent les différents types de chrétiens.
« Ceux qui entraient dans la construction sans avoir besoin d’être taillés sont ceux que le Seigneur a approuvés, parce qu’ils marchèrent dans la droiture du Seigneur et accomplirent ses commandements. »[15]
« — Et ceux qu’on rejetait et qu’on jetait, qui sont-ils ? Ce sont ceux qui ont péché, mais qui sont disposés à faire pénitence ; c’est pour cela qu’on ne les jetait pas loin de la tour, car lorsqu’ils auront fait pénitence, ils seront utiles à la construction…
Veux-tu connaître les pierres qui étaient mises en pièces et qu’on jetait loin de la tour ? Ce sont les fils d’iniquité ; ils ne se firent croyants qu’hypocritement, et aucune méchanceté ne s’éloigna d’eux. C’est pourquoi ils n’ont pas de salut, car à cause de leurs méchancetés ils ne sont pas bons pour la construction… »[16]
« Quant aux autres, que tu as vues jetées en grand nombre sur le sol et qui n’entraient pas dans la construction, parmi elles, les pierres rongées représentent ceux qui ont connu la vérité, mais n’y ont pas persévéré et ne se sont pas attachés aux saints. C’est pourquoi ils sont inutiles. — Et que représentent les pierres fendues ? — Ce sont ceux qui gardent les uns contre les autres quelque ressentiment dans leur cœur et ne maintiennent pas la paix entre eux… Les pierres ébréchées représentent ceux qui ont cru et maintiennent la plus grande partie de leurs actes dans la justice, mais ont aussi leur part d’iniquité. C’est pourquoi ils sont ébréchés et non entiers. »[17]
« Quant aux autres pierres que tu as vu jeter au loin et tomber sur le chemin, puis rouler du chemin vers des lieux impraticables : elles représentent ceux qui ont cru, mais qui ensuite, entraînés par leurs doutes, abandonnent leur chemin, qui est le véritable. S’imaginant donc pouvoir trouver un chemin meilleur, ils s’égarent et errent misérablement par des solitudes sans sentiers. »[18]
Il établit ainsi qu’il ne suffit pas de croire, mais qu’il faut aussi persévérer et accomplir les commandements ; autrement, l’on finira par représenter l’une de ces pierres rongées jetées loin de la tour.
Plus loin, lorsque l’auteur du Pasteur demande au Pasteur, l’ange de la pénitence, s’il serait sauvé, celui-ci lui répond affirmativement, à condition de garder les commandements et d’y persévérer.
« Moi — dit-il —, je suis chargé de la pénitence, et à tous ceux qui se repentent je donne l’intelligence. Ne te semble-t-il pas — me dit-il — que ce repentir même est une forme d’intelligence ? Oui — poursuivit-il —, le repentir est une grande intelligence. Car le pécheur qui fait pénitence comprend qu’il a fait le mal devant le Seigneur ; le remords de l’acte qu’il a commis monte à son cœur, et il se repent et ne fait plus le mal, mais se livre de multiples manières à la pratique du bien, et il humilie et tourmente son âme pour avoir péché. Tu vois donc que la pénitence est une forme de grande intelligence.
C’est précisément pour cela, seigneur — lui dis-je —, que je veux t’interroger sur tout avec exactitude : d’abord, parce que je suis pécheur et que je veux savoir quelles œuvres je dois pratiquer pour vivre, car mes péchés sont nombreux et de formes très variées. Tu vivras — me répondit-il — si tu gardes mes commandements et marches en eux. Et quiconque gardera ces commandements vivra pour Dieu. »[19]
Ignace d’Antioche (? – 107 apr. J.-C.)
Pour saint Ignace, il ne suffit pas de proclamer la foi : il faut y persévérer jusqu’à la fin ; c’est pourquoi la foi et la charité doivent être liées dans l’unité. Le prix de l’athlète de Dieu est la vie éternelle, où il recevra la récompense de ses bonnes œuvres. Il établit aussi que le salut est à la disposition de l’homme qui, par son libre arbitre, choisit entre la vie et la mort ; mais si l’on n’est pas même disposé à mourir pour le Christ, on n’a pas la vie éternelle :
« Rien de tout cela ne vous est caché, pourvu que vous ayez de manière accomplie envers Jésus-Christ cette foi et cette charité qui sont le commencement et le terme de la vie. Le commencement, je veux dire, c’est la foi ; le terme, la charité. Les deux, liées dans l’unité, sont Dieu, et tout le reste, qui touche à la perfection et à la sainteté, en découle. Nul, s’il professe la foi, ne pèche ; nul, s’il possède la charité, ne hait. L’arbre se manifeste par ses fruits : de même, ceux qui font profession d’être au Christ se montreront par leurs œuvres. Car l’affaire n’est pas maintenant de proclamer la foi, mais de se maintenir dans sa force jusqu’à la fin. »[20]
« Sois sobre, comme un athlète de Dieu. Le prix est l’incorruption et la vie éternelle, dont toi aussi tu es persuadé. En tout et pour tout, je suis ta rançon, moi et mes chaînes, que tu as aimées. »[21]
« Soyez attentifs à l’évêque, afin que Dieu vous soit attentif. Je m’offre en rançon pour ceux qui se soumettent à l’évêque, aux anciens et aux diacres. Et puisse-t-il m’être accordé d’avoir part avec eux en Dieu ! Travaillez les uns avec les autres, luttez unis comme des intendants de Dieu, comme ses assistants et serviteurs.
Efforcez-vous de plaire au Capitaine sous les drapeaux duquel vous militez, et dont vous recevrez la solde. Qu’aucun de vous ne soit déclaré déserteur. Que votre baptême demeure comme votre armure, la foi comme un casque, la charité comme une lance, la patience comme un arsenal de toutes les armes. Que votre caisse de fonds soit faite de vos bonnes œuvres, dont vous recevrez ensuite de magnifiques épargnes. »[22]
« Or, les choses touchent à leur terme, et deux choses ensemble nous sont proposées : la mort et la vie, et chacun ira à sa propre place. C’est comme s’il s’agissait de deux monnaies, l’une de Dieu et l’autre du monde, chacune portant gravée sa propre effigie : les incrédules, celle de ce monde ; mais les fidèles, par la charité, l’effigie de Dieu le Père gravée par Jésus-Christ. Si nous ne sommes pas disposés à mourir pour Lui, pour imiter sa passion, nous n’aurons pas sa vie en nous. »[23]
Justin Martyr (100 – 165 apr. J.-C.)
Pour saint Justin, l’homme ne se sauve pas seulement par la foi, mais en marchant dans la vertu et par le mérite de ses actions :
« Nous sommes vos meilleurs auxiliaires et alliés pour le maintien de la paix, car nous professons des doctrines telles que celle-ci : il n’est pas possible qu’échappe au regard de Dieu un malfaiteur, un avare, un conspirateur, pas plus qu’un homme vertueux, et chacun marche, selon le mérite de ses actions, vers le châtiment ou vers le salut éternel. Car si tous les hommes savaient cela, nul ne choisirait la méchanceté même pour un instant, sachant qu’il marche vers la condamnation éternelle par le feu ; mais par tous les moyens il se contiendrait et s’ornerait de vertu, afin d’obtenir les biens de Dieu et d’échapper aux châtiments. »[24]
« …quant à atteindre l’immortalité, il nous a été enseigné que seuls l’atteignent ceux qui vivent saintement et vertueusement auprès de Dieu, de même que nous croyons que seront châtiés par le feu éternel ceux qui auront vécu injustement et ne se seront pas convertis. »[25]
« Mais que ceux dont on voit qu’ils ne vivent pas comme Il l’a enseigné soient déclarés non chrétiens, quand bien même ils répéteraient de la langue les enseignements du Christ ; car Il a dit que devaient être sauvés non ceux qui se contentent de parler, mais ceux qui pratiquent aussi les œuvres. Et en effet il a dit ceci : Ce ne sont pas tous ceux qui me disent “Seigneur, Seigneur” qui entreront dans le Royaume des Cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux. »[26]
Il possède aussi une perspective claire du libre arbitre et, avec presque 1400 ans d’avance, rejette la position calviniste où l’homme est virtuellement une marionnette incapable de résister à la grâce (d’où ils concluent que celui qui se damne, c’est parce que Dieu n’a jamais répandu sa grâce sur lui, mais l’a abandonné à sa méchanceté).
« De ce que nous avons dit précédemment, personne ne doit tirer la conséquence que nous affirmons que tout ce qui arrive arrive par nécessité du destin, du fait que nous disons que les événements sont connus d’avance. Voici comment nous résolvons aussi cette difficulté. Nous avons appris des Prophètes, et nous affirmons que telle est la vérité, que les châtiments et les tourments, de même que les bonnes récompenses, sont donnés à chacun selon ses œuvres ; s’il n’en était pas ainsi, et que tout arrivât par destin, il n’y aurait absolument pas de libre arbitre. En effet, s’il est déterminé que celui-ci soit bon et celui-là mauvais, ni l’un ne mérite louange, ni l’autre blâme. Et si le genre humain n’a pas le pouvoir de fuir, par libre détermination, ce qui est honteux et de choisir ce qui est beau, il est irresponsable de toutes les actions qu’il accomplit. Mais que l’homme soit vertueux et pèche par libre choix, nous le démontrons par l’argument suivant : nous voyons le même sujet passer d’un contraire à l’autre. Or, s’il était déterminé à être mauvais ou bon, il ne serait pas capable des contraires et ne changerait pas si fréquemment. En réalité, on ne pourrait pas dire que les uns sont bons et les autres mauvais, dès lors que nous affirmerions que le destin est la cause des bons et des mauvais et qu’il agit en contradiction avec lui-même ; ou bien il faudrait tenir pour vrai ce que nous avons insinué plus haut, à savoir que vertu et méchanceté ne sont que des mots, et que c’est seulement par opinion qu’on tient une chose pour bonne ou mauvaise. Ce qui, comme le démontre la vraie raison, est le comble de l’impiété et de l’iniquité. Ce que nous affirmons être un destin inéluctable, c’est qu’à ceux qui ont choisi le bien est réservée une digne récompense, et à ceux qui ont choisi le contraire, un châtiment également digne. Car Dieu n’a pas fait l’homme à la manière des autres créatures, par exemple les arbres ou les quadrupèdes, qui ne peuvent rien faire par libre détermination ; en ce cas, il ne serait pas digne de récompense ou de louange, n’ayant pas choisi par lui-même le bien, mais étant né bon ; ni, s’il avait été mauvais, ne serait-il justement châtié, ne l’ayant pas été librement, mais n’ayant pu être autre chose que ce qu’il fut. »[27]
Théophile d’Antioche (? – ~200 apr. J.-C.)
On ne conserve que trois livres, écrits approximativement en 180 apr. J.-C. (À Autolycos), mais déjà dans son premier livre il parle de la manière dont nous serons jugés selon nos œuvres, et dont ceux qui persévèrent dans les bonnes œuvres obtiennent la vie éternelle :
« Et si tu veux, lis toi aussi avec intérêt les Écritures des Prophètes, et elles te guideront avec plus de clarté pour échapper aux châtiments éternels et obtenir les biens éternels de Dieu. Car Celui qui nous a donné la bouche pour parler, qui a formé l’oreille pour entendre et fait les yeux pour voir, examinera tout et jugera avec justice, rendant à chacun selon ses mérites. À ceux qui, avec patience, cherchent l’incorruption par les bonnes œuvres, il fera la grâce de la vie éternelle, de la joie, de la paix, du repos et d’une multitude de biens… »[28]
Irénée de Lyon (130 – 202 apr. J.-C.)
Pour saint Irénée, la grâce est également résistible, car Dieu a fait l’homme libre ; et comme Dieu répand sa grâce sur tous les hommes, celui qui se damne l’est par son propre choix, de même que celui qui se sauve l’est parce qu’il persévère dans les bonnes œuvres :
« Cette phrase : “Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, mais tu n’as pas voulu !” (Mt 23,37) a bien découvert l’antique loi de la liberté humaine ; car Dieu a fait l’homme libre, lequel, de même qu’il eut une âme dès le commencement, jouit aussi de la liberté, afin qu’il pût librement accueillir la Parole de Dieu, sans que celui-ci le forçât. Dieu, en effet, ne s’impose jamais par la force, car le bon conseil est toujours présent en lui. C’est pourquoi il donne le bon conseil à tous. Aux êtres humains comme aux anges il accorda le pouvoir de choisir — car les anges aussi usent de leur raison —, afin que ceux qui lui obéissent conservent pour toujours ce bien comme un don de Dieu qu’ils gardent. En revanche, ce bien ne se trouvera pas chez ceux qui lui désobéissent, et c’est pourquoi ils recevront le juste châtiment ; car Dieu, certes, leur offrit ce bien avec bienveillance, mais eux ne se soucièrent ni de le conserver ni de le tenir pour précieux : ils méprisèrent la bonté suprême. Ainsi donc, en abandonnant ce bien et, d’une certaine manière, en le rejetant, c’est avec raison qu’ils seront passibles du juste jugement de Dieu, ce dont l’Apôtre Paul témoigne dans sa Lettre aux Romains : “Méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa générosité, ignorant que la bonté de Dieu te pousse à te repentir ? Par la dureté et l’impénitence de ton cœur, tu amasses toi-même la colère pour le jour de la colère, où se révélera le juste jugement de Dieu” (Rom 2,4-5). En revanche, il dit : “Gloire et honneur à celui qui fait le bien” (Rom 2,10).
Dieu nous a donc donné le bien, comme l’Apôtre en témoigne dans ladite épître, et ceux qui agissent selon ce don recevront honneur et gloire, parce qu’ils ont fait le bien quand il était en leur pouvoir de ne pas le faire ; en revanche, ceux qui n’agissent pas bien seront passibles du juste jugement de Dieu, parce qu’ils n’ont pas fait le bien alors qu’il était en leur pouvoir de le faire. Si, en effet, certains hommes étaient mauvais par nature et d’autres bons par nature, ni ceux-ci ne seraient dignes de louange pour être bons, ni ceux-là condamnables, car ainsi auraient-ils été faits. Mais, comme tous sont de la même nature, capables de conserver et de faire le bien, et capables aussi de le perdre et de ne pas le faire, c’est avec justice que les hommes sensés (combien plus Dieu !) louent les seconds et témoignent qu’ils ont décidé de manière juste et persévéré dans le bien, tandis qu’ils réprouvent les premiers et les condamnent à bon droit pour avoir rejeté le bien et la justice.
C’est pour ce motif que les Prophètes exhortaient tous les hommes à agir avec justice et à faire le bien, comme nous l’avons maintes fois expliqué ; car cette manière de nous comporter est entre nos mains, mais, étant si souvent tombés dans l’oubli par notre grande négligence, il nous fallait un bon conseil. C’est pourquoi le bon Dieu nous conseillait le bien par le moyen des Prophètes. »[29]
Il souligne également que le salut s’obtient au prix de beaucoup d’efforts et en « luttant » :
« C’est pourquoi le Seigneur dit que le Royaume des Cieux est aux violents : “Les violents s’en emparent”, c’est-à-dire ceux qui s’efforcent, luttent et sont continuellement vigilants : ceux-là s’en emparent. C’est pourquoi l’Apôtre Paul écrivit aux Corinthiens : “Ne savez-vous pas que, dans le stade, ils sont nombreux à courir, mais qu’un seul reçoit le prix ? Courez de manière à le remporter. Tout athlète se prive de tout, et cela pour recevoir une couronne corruptible ; nous, en revanche, pour une incorruptible. Moi, je cours ainsi, et non à l’aventure ; je ne lutte pas comme qui frappe l’air ; mais je mortifie mon corps et je le soumets au service, de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même condamné.” Étant un bon athlète, il nous exhorte à concourir pour la couronne de l’incorruption, et à estimer cette couronne que nous acquérons par la lutte, sans qu’elle nous tombe du dehors. Plus nous luttons pour une chose, plus elle nous paraît précieuse ; et plus elle est précieuse, plus nous l’aimons. Car nous n’aimons pas de la même manière ce qui nous vient automatiquement et ce que nous avons construit avec beaucoup d’effort. Et comme la chose la plus précieuse qui pût nous arriver est d’aimer Dieu, c’est pourquoi le Seigneur a enseigné et l’Apôtre a transmis que nous devons l’obtenir en luttant pour cela. Autrement, notre bien serait irrationnel, car nous ne l’aurions pas gagné par l’exercice. La vue ne serait pas pour nous un bien si désirable si nous ne connaissions pas le mal de la cécité ; la santé nous devient plus précieuse quand nous faisons l’expérience de la maladie ; ainsi encore la lumière comparée aux ténèbres, et la vie à la mort. De même, le Royaume des Cieux est plus précieux pour ceux qui connaissent celui de la terre ; et plus il est précieux, plus nous l’aimons ; et plus nous l’aimons, plus nous aurons de gloire devant Dieu. »[30]
Il rejette ce qui serait connu plus d’un millénaire plus tard comme la doctrine du « Sauvé toujours sauvé » :
« C’est pourquoi disait ce presbytre : nous ne devons pas nous enorgueillir ni faire reproche aux anciens ; mais nous devons craindre que, après avoir connu le Christ, nous ne fassions ce qui déplaît à Dieu, et qu’en conséquence nos péchés ne nous soient plus pardonnés, mais que nous soyons exclus de son Royaume. Paul dit à ce propos : “S’il n’a pas épargné les branches naturelles, peut-être ne t’épargnera-t-il pas non plus, toi qui es un olivier sauvage greffé sur les branches de l’olivier et qui reçois de sa sève.”[31]
Clément d’Alexandrie (150 – 215 apr. J.-C.)
Son rejet de la doctrine de la Seule Foi est si limpide qu’il n’est nul besoin de commentaire :
« “Il y a aussi d’autres brebis”, dit le Seigneur, “qui ne sont pas de cet enclos” — jugées dignes d’un autre enclos et d’une autre demeure, en proportion de leur foi. “Mais mes brebis entendent ma voix”, comprenant intuitivement les commandements. Et ceux-ci doivent être reçus avec une acceptation magnanime et digne, de même que la récompense, fruit du travail. Aussi, quand nous entendons “Ta foi t’a sauvé”, nous ne pensons pas qu’il dise absolument que seront sauvés ceux qui ont cru, à moins qu’ils n’œuvrent aussi pour cela. Mais c’est seulement aux Juifs qu’il adressa ces paroles, eux qui gardaient la Loi et vivaient de manière irréprochable, et auxquels il ne manquait que la foi au Seigneur. Personne, donc, ne peut être croyant et en même temps licencieux ; mais, même s’il renonce à la chair, le croyant doit vaincre les passions, pour être ainsi capable d’atteindre sa propre demeure. Or, savoir est plus que croire, de même qu’être couronné du plus grand honneur après avoir été sauvé est plus grand que d’être sauvé. En conséquence, le croyant, par une grande discipline, se dépouillant des passions, passe à la demeure qui est meilleure que la précédente, sachant que le plus grand tourment est de porter avec soi le repentir pour les péchés commis après le baptême. »[32]
Hippolyte de Rome (? – 235 apr. J.-C.)
Saint Hippolyte, comme le reste des Pères, reconnaît que l’homme se prépare à la vie éternelle au moyen de la foi, à travers ses bonnes œuvres :
« Et de la même manière, les Gentils, par la foi au Christ, se préparent la vie éternelle à travers les bonnes œuvres. »[33]
« Lui, en administrant à tous le juste jugement du Père, rendra à chacun ce qui est juste selon ses œuvres… la justification se verra en ce qu’il rendra à chacun ce qui est juste ; car ceux qui ont fait le bien auront une juste jouissance éternelle, et les amants de l’iniquité auront un châtiment éternel. Mais les justes ne se souviendront que des bonnes œuvres par lesquelles ils ont atteint le Royaume des Cieux, dans lequel il n’y a ni sommeil, ni douleur, ni corruption. »[34]
Origène (185 – 254 apr. J.-C.)
Origène prend soin d’avertir que les chrétiens doivent être instruits pour comprendre qu’il ne suffit pas seulement de croire, mais qu’il faut aussi agir :
« Considérons maintenant le juste jugement de Dieu, dans lequel chacun est rétribué selon ses œuvres. En premier lieu, nous devons rejeter les hérétiques qui disent que les âmes sont bonnes ou mauvaises par nature, et maintenir à la place que Dieu rétribuera chacun selon ses œuvres et non selon sa nature. En second lieu, les croyants seront instruits à ne pas penser qu’il suffit seulement de croire ; ils doivent se rendre compte que le juste jugement de Dieu rétribuera chacun selon ses œuvres. »[35]
« Que personne ne pense que quelqu’un qui a une foi suffisante pour être justifié et avoir gloire devant Dieu puisse en même temps avoir la méchanceté habitant en lui. Car la foi ne peut coexister avec l’incrédulité, ni la justice avec la méchanceté, comme la lumière et les ténèbres ne peuvent habiter ensemble. »[36]
Il reconnaît aussi que les croyants justifiés peuvent déchoir de l’état de grâce lorsque, par leur propre volonté, ils commettent des péchés graves et n’accomplissent pas les commandements :
« …Même dans l’Église, si quelqu’un est “circoncis” par la grâce du baptême et devient ensuite transgresseur de la loi du Christ, la circoncision du baptême compte pour lui comme incirconcision, car “la foi sans les œuvres est morte”. »[37]
« Le Sauveur aussi, en disant : “Je vous dis : ne résistez pas au mal” et “Celui qui s’irrite contre son frère sera passible du jugement” et “Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur”, et de même dans les autres commandements, ne transmet pas autre chose que ceci : il est en notre pouvoir d’observer ce qui est commandé. C’est pourquoi nous sommes à juste titre passibles de condamnation si nous transgressons les commandements que nous sommes capables d’accomplir.
Et c’est pourquoi lui-même déclare aussi : « Celui qui entend mes paroles et les met en pratique est semblable à un homme sage qui a bâti sa maison sur le roc. » Et aussi cette déclaration : « Celui qui entend ces choses et ne les fait pas est semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. »
Même les paroles qu’il a adressées à ceux qui sont à sa droite, « Venez à moi, les bénis de mon Père », « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire », montrent clairement qu’il dépendait d’eux-mêmes d’être dignes de louange pour avoir fait ce qui était commandé et recevoir ce qui était promis, ou dignes de blâme ceux qui, ayant entendu ou reçu le contraire, s’entendirent dire : « Retirez-vous de moi, maudits, au feu éternel. »
Observons aussi ce que l’Apôtre Paul nous a enseigné sur le fait d’avoir le pouvoir sur notre propre volonté, étant possesseurs de l’une ou l’autre des causes de notre salut ou de notre ruine :
« Méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa générosité, ignorant que sa bonté te conduit au repentir ? Mais par ta dureté et par ton cœur impénitent, tu amasses pour toi-même la colère pour le jour de la colère et de la révélation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres : la vie éternelle à ceux qui, persévérant à faire le bien, cherchent gloire, honneur et immortalité ; mais colère et courroux à ceux qui sont contentieux et n’obéissent pas à la vérité, mais obéissent à l’injustice. Tribulation et angoisse sur tout être humain qui fait le mal, sur le Juif en premier lieu, et aussi sur le Grec ; en revanche, gloire, honneur et paix à tout homme qui fait le bien : au Juif en premier lieu et aussi au Grec. »
On trouvera aussi d’innombrables passages de la Sainte Écriture qui démontrent clairement que nous avons le libre arbitre. Autrement, les commandements qui nous ont été donnés seraient une contradiction — observer ce qui pourrait nous sauver, ou transgresser ce qui nous condamnerait — si le pouvoir de les garder ne nous était pas donné. »[38]
Dans son œuvre la plus importante, connue comme le De Principiis ou le Peri-Archon (Περί αρχών), il écrit :
« L’enseignement apostolique est que l’âme, ayant une substance et une vie propres, sera, après son départ de ce monde, rétribuée selon ses mérites, étant destinée à obtenir l’héritage de la vie éternelle et de la béatitude, si ses actions le lui ont procuré, ou sera livrée au feu et aux peines éternelles, si la faute de ses crimes l’y a conduite. »[39]
Cyprien de Carthage (200 – 258 apr. J.-C.)
Saint Cyprien établit également comme condition pour se sauver l’accomplissement des commandements et les bonnes œuvres :
« Prophétiser, chasser les démons et accomplir de grandes actions sur la terre sont sans doute des choses sublimes et admirables, mais l’on n’atteint pas le Royaume des Cieux, quand bien même on ferait toutes ces choses, à moins de marcher dans l’observance du droit et de la justice.
Le Seigneur dénonce et dit : « Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom, et en ton nom chassé des démons, et en ton nom fait de nombreux miracles ? Et je leur dirai : Je ne vous ai jamais connus ; éloignez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. » Il y a nécessité de justice, afin que l’on puisse bien mériter de Dieu le juge ; nous devons obéir à ses préceptes et à ses avertissements, pour que nos mérites puissent recevoir leur récompense. »[40]
« Nous croyons, en effet, que les mérites des martyrs et les œuvres des justes sont d’un grand prix auprès du Juge, mais ce sera quand viendra le jour du jugement, quand, après la fin de cette vie et du monde, son peuple se tiendra debout devant le tribunal du Christ. »[41]
Dans le De opere et eleemosynis (Les bonnes œuvres et les aumônes), il écrit :
« Le Saint-Esprit parle dans les Saintes Écritures et dit : “Par l’aumône et la foi, les péchés sont purifiés.” Assurément, non pas les péchés précédemment contractés, car ceux-là sont purifiés par le sang et la sanctification du Christ, mais ceux qui sont contractés ensuite. De plus, il dit encore : “Comme dans le bain de l’eau salvifique le feu de la géhenne est éteint, ainsi la flamme est domptée par l’aumône et par les bonnes œuvres.” Parce qu’au baptême la rémission des péchés est accordée une fois pour toutes, l’exercice constant et incessant des bonnes œuvres, à la ressemblance du baptême, accorde de nouveau la miséricorde de Dieu… ; ceux qui après la grâce du baptême se sont égarés peuvent être purifiés de nouveau. »[42]
Dans ce texte, il parle de la manière dont on obtient aussi le pardon des péchés commis après le baptême au moyen des bonnes œuvres (un concept totalement étranger à la doctrine protestante). Il est également notable qu’il cite comme Écriture non seulement le livre des Proverbes (16,6), mais aussi l’Ecclésiastique (3,30), et qu’au chapitre 5 il cite Tobie — deux livres que les protestants ont retirés de leurs Bibles en les considérant comme « apocryphes ».
Quasten commente ce même texte :
« Cyprien enseigne ici l’efficacité des bonnes œuvres pour le salut. Puisque personne n’est exempt “de quelque blessure de la conscience”, tout le monde est obligé de pratiquer la charité. Il ne peut y avoir d’excuse pour personne. Ceux qui craignent que leurs richesses ne diminuent par l’exercice de la générosité et qu’ils ne soient exposés à l’avenir à la pauvreté et au besoin devraient savoir que Dieu prend soin de ceux qui secourent les autres. “Que personne, très chers frères, n’empêche ni ne retienne les chrétiens de l’exercice des œuvres bonnes et droites, sous prétexte que quelqu’un pourrait s’en excuser au profit de ses enfants, puisque dans les dépenses spirituelles nous ne devons penser qu’au Christ, qui a déclaré que c’est lui qui les reçoit, préférant, non pas nos semblables, mais le Seigneur, à nos enfants.” “Si tu aimes vraiment tes enfants, si tu leur montres pleinement la douceur de ton amour paternel, tu devrais être d’autant plus charitable, afin que par tes bonnes œuvres tu puisses recommander tes enfants à Dieu.” Ce traité de Cyprien fut l’une des lectures favorites de l’antiquité chrétienne. Les actes du concile général d’Éphèse (431) en citent plusieurs passages, bien que nous ne connaissions aucune traduction grecque de cette œuvre. »[43]
« Les remèdes pour se rendre Dieu propice sont donnés dans les paroles de Dieu lui-même ; les instructions divines ont enseigné ce que les pécheurs doivent faire : que par des œuvres de justice Dieu est satisfait… »[44]
Lactance (250 – 317 apr. J.-C.)
Dans les Divinae institutiones, à propos du libre arbitre, il avertit que nous pouvons obtenir la vie éternelle par notre vertu ou la perdre par nos vices (encore une fois, rien de la Seule Foi) :
« C’est pour cette raison qu’Il nous a donné la vie : que nous puissions ou perdre cette vérité et cette vie éternelle par nos vices, ou la gagner par notre vertu. »[45]
Hilaire de Poitiers (315 – 367 apr. J.-C.)
Saint Hilaire parle de la manière dont persévérer dans la foi est aussi un don de Dieu, mais cela n’exclut pas le libre arbitre :
« Persévérer dans la foi est un don de Dieu, mais le premier mouvement de la foi commence en nous. Notre volonté doit être telle que, proprement et par elle-même, elle le fasse. Dieu donnera la croissance après que le commencement aura été fait. Notre faiblesse est telle que nous ne pouvons par nous-mêmes le mener à terme, mais il récompense le commencement, en considération de ce qu’il a été fait librement. »[46]
« La faiblesse humaine est impuissante si elle espère obtenir quelque chose par elle-même. Le devoir d’une telle nature est simplement ceci : faire le commencement avec la volonté, afin de s’attacher au service du bien. La miséricorde divine est telle qu’elle aidera ceux qui sont disposés, fortifiant ceux qui ont commencé et assistant ceux qui s’y essaient. Le commencement, cependant, est notre part, de sorte qu’il puisse nous conduire à la perfection. »[47]
Il rejette par avance la doctrine calviniste de la prédestination qui attribue l’élection à un jugement divin inscrutable. Pour saint Hilaire, cette distinction repose sur le mérite (encore une fois, rien de la Seule Foi).
« Car, selon l’Évangile, beaucoup sont appelés et peu sont élus… L’élection, par conséquent, n’est pas une question de jugement accidentel. C’est une distinction faite au moyen d’une sélection fondée sur le mérite. Bienheureux, donc, celui qui choisit Dieu : béni pour la raison qu’il est digne de l’élection. »[48]
Athanase d’Alexandrie (295 – 373 apr. J.-C.)
Il affirme qu’au jugement on verra si nous avons persévéré dans la foi et accompli les commandements :
« Car cela n’est pas productif de vertu, ni n’est aucune preuve de bonté. Car aucun de nous n’est jugé sur ce qu’il ignore, et personne n’est appelé saint pour son savoir et sa connaissance, mais chacun sera appelé en jugement sur ces points : s’il a gardé la foi et observé véritablement les commandements. »[49]
« Il doit venir, non plus pour souffrir, mais pour nous donner les fruits de sa propre croix — c’est-à-dire la résurrection et l’incorruption —, et non plus pour être jugé, mais pour juger tous, selon ce que chacun a fait dans la vie mortelle, soit le bien, soit le mal… Ainsi, le Seigneur lui-même dit aussi : “Ils verront le Fils de l’Homme assis à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel dans la gloire du Père”… Selon le bienheureux Paul : “Il nous faut tous comparaître devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive ce qu’il a fait dans sa vie mortelle, soit le bien, soit le mal.” »[50]
Dans son ouvrage Contre les ariens, au chapitre 25 du troisième discours, il déclare qu’il est possible de déchoir de l’état de grâce et de perdre le salut en commettant des péchés graves sans faire pénitence :
« Car ce que le Verbe possède par nature, comme je l’ai dit, dans le Père, il désire que cela nous soit donné irrévocablement par l’Esprit, sachant que l’Apôtre dit : “Qui nous séparera de l’amour du Christ ?”, car “les dons de Dieu” et “la grâce de son appel sont irrévocables”. C’est l’Esprit qui est en Dieu, et non celui que nous voyons en nous-mêmes ; et comme nous sommes fils et dieux parce que le Verbe est en nous, ainsi nous devrions être dans le Fils et le Père, et nous serons considérés comme un avec le Fils et le Père, parce que l’Esprit est en nous, lui qui est dans le Verbe et dans le Père.
Lorsque donc un homme déchoit de l’Esprit par quelque méchanceté, s’il se repent d’être tombé, la grâce demeure irrévocablement pour qui y est disposé ; sinon, celui qui est tombé n’est plus en Dieu (parce que l’Esprit Saint et Paraclet qui est en Dieu l’a abandonné), mais le pécheur sera en celui auquel il s’est soumis, comme il arriva dans le cas de Saül : l’Esprit de Dieu s’éloigna de lui et un esprit mauvais le tourmentait. »[51]
« C’est pourquoi la méditation de la loi est nécessaire, mon bien-aimé, ainsi que le commerce continuel avec la vertu, “afin que le saint se trouve parfait et préparé à toute bonne œuvre”.
C’est pour ces choses qu’existe la promesse de la vie éternelle, comme Paul l’écrivit à Timothée, l’appelant à l’exercice et à la méditation constants, en disant : « Exerce-toi à la piété. Car l’exercice corporel est utile à peu de chose, mais la piété est utile à tout, ayant la promesse de la vie présente et de celle qui est à venir. » »[52]
Cyrille de Jérusalem (315 – 386 apr. J.-C.)
Il conçoit le salut dans une perspective complètement opposée à celle des réformateurs. Pour se sauver, il ne faut pas seulement croire, mais persévérer uni au Christ comme le sarment à la vigne ; autrement, la possibilité que Jésus nous maudisse pour n’avoir pas produit de fruits demeure latente. C’est pourquoi il appartient au chrétien de porter du fruit pour ne pas être retranché :
« Tu es fait participant d’une vigne sainte : si tu demeures dans la vigne, tu croîtras comme un sarment fécond ; mais si tu n’y demeures pas, tu seras consumé par le feu. Produisons donc du fruit dignement. Qu’il ne nous arrive pas la même chose qu’à cette vigne infructueuse, de peur qu’à sa venue Jésus ne la maudisse pour sa stérilité. Que tous puissent au contraire prononcer ces paroles : “Mais moi, comme un olivier verdoyant dans la maison de Dieu, je me confie dans l’amour de Dieu pour les siècles des siècles.” Il ne s’agit pas d’un olivier sensible, mais intelligible, porteur de la lumière. C’est à lui de planter et d’arroser, mais c’est à toi de porter le fruit. C’est pourquoi ne méprise pas la grâce de Dieu : garde-la pieusement quand tu la reçois. »[53]
Basile de Césarée (329 – 379 apr. J.-C.)
Pour saint Basile, il ne suffit même pas de renoncer seulement au péché pour se sauver : les fruits (les œuvres) sont également nécessaires :
« La simple renonciation au péché ne suffit pas pour le salut des pénitents ; les fruits dignes de la pénitence sont aussi requis d’eux. »[54]
« Quiconque obéit à l’Évangile doit être purifié de toutes les souillures de la chair et de l’esprit, afin de pouvoir être agréable à Dieu dans l’ordre des bonnes œuvres de la sainteté. »[55]
« C’est selon tes mérites que tu “seras toujours avec le Seigneur”, et si tu espères être enlevé “sur les nuées à la rencontre du Seigneur dans le ciel, pour être toujours avec le Seigneur”. »[56]
Il reconnaît également que ceux qui se sauveront seront ceux qui furent fidèles. Il parle aussi de la manière dont ceux qui reçoivent le Saint-Esprit peuvent en être séparés s’ils commencent à mener une vie de péché :
« Eux donc, qui furent scellés par l’Esprit pour le jour de la rédemption, et qui ont conservé purs et intacts les prémices qu’ils reçurent de l’Esprit, ce sont eux qui entendront les paroles : “Très bien, bon serviteur ! puisque tu as été fidèle dans les petites choses, reçois le gouvernement de beaucoup.” De la même manière, ceux qui ont offensé l’Esprit Saint par la malice de leurs voies, ou n’ont pas travaillé pour Celui qui le leur a donné, seront privés de ce qu’ils ont reçu, et leur grâce sera donnée à d’autres ; ou, selon l’un des évangélistes, ils seront entièrement mis en pièces — ce qui signifie être séparés de l’Esprit. »[57]
« Dieu est le Créateur de l’univers, et le juste Juge qui récompense toutes les actions de la vie selon leurs mérites. »[58]
« Le repos éternel attend ceux qui ont lutté tout au long de la vie, attentifs aux dispositions de la loi, non comme un paiement dû pour leurs œuvres, mais accordé comme un don de Dieu dans sa magnificence à ceux qui ont espéré en lui. »[59]
Grégoire de Nysse (331 – 394 apr. J.-C.)
Pour illustrer la nécessité des œuvres pour le salut, saint Grégoire utilise la figure de l’armure de l’hoplite, soldat d’élite de l’armée grecque qui portait une cuirasse spéciale composée de deux plaques protégeant les deux côtés du torse. Grégoire compare l’hoplite bien armé des deux côtés au chrétien qui possède à la fois la foi et les œuvres.
« Paul, unissant la vertu à la foi et les tissant ensemble, construit d’elles la cuirasse de l’hoplite, armant le soldat proprement et sûrement des deux côtés. Un soldat ne peut être considéré comme convenablement armé quand une partie de l’armure n’est pas jointe à l’autre. La foi sans les œuvres de justice ne suffit pas pour le salut, et il n’est pas juste non plus de vivre assuré en soi-même pour le salut, si l’on est séparé de la foi. »[60]
Ambroise (340 – 397 apr. J.-C.)
Saint Ambroise parle de la manière dont les œuvres seront placées au jugement dans une balance où il sera décidé si nous serons sauvés ou condamnés ; ainsi, la vie éternelle ne se fonde pas seulement sur la connaissance des choses divines, mais aussi sur le fruit des bonnes œuvres :
« Les mérites de chacun de nous seront placés dans une balance, où un peu de poids, soit de bonnes œuvres soit de mauvaise conduite, la fera pencher vers son destin : si le mal l’emporte, malheur à moi ! s’il en va bien, on reçoit le pardon. Nul homme n’est exempt de péché, mais là où le bien prévaut, le mal s’éloigne, s’éclipse et se couvre. C’est pourquoi, au jour du jugement, nos œuvres nous secourront ou nous précipiteront dans l’abîme avec le poids d’une meule de moulin… »[61]
« Mais les Saintes Écritures disent que la vie éternelle se fonde sur la connaissance des choses divines et sur le fruit des bonnes œuvres. L’Évangile est témoin de ces deux affirmations. Car le Seigneur Jésus parla ainsi de la connaissance : “La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ, que tu as envoyé.” Sur les œuvres, il donna cette réponse : Quiconque abandonne maison, frères, sœurs, père, mère, épouse, enfants ou terres à cause de mon nom recevra le centuple et héritera la vie éternelle. »[62]
Jean Chrysostome (347 – 407 apr. J.-C.)
Il est catégorique en rappelant que, pour avoir la vie éternelle, il ne suffit pas de croire, car si l’on ne mène pas une vie droite, la foi ne vaut rien pour le salut :
« “Est-il donc suffisant”, dit quelqu’un, “de croire au Fils pour avoir la vie éternelle ?” Nullement. Et écoute cette déclaration du Christ lui-même : “Ce n’est pas quiconque me dit : Seigneur, Seigneur, qui entrera dans le Royaume des Cieux” ; et le blasphème contre l’Esprit suffit à jeter un homme en enfer. Mais pourquoi parler de cette portion de doctrine ? Quand bien même un homme croirait dûment au Père, au Fils et au Saint-Esprit, s’il ne mène pas une vie droite, sa foi ne lui vaudra rien pour son salut. C’est pourquoi, lorsqu’il a dit : “La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu”, nous ne devons pas supposer que la (connaissance) dont il parle suffise à notre salut…Bien qu’il ait été dit ici : “Qui croit au Fils a la vie éternelle”… même de cela nous n’affirmons pas que la foi seule suffise pour le salut. Et les règles de vie données en maints endroits de l’Évangile le montrent. »[63]
« “Ne pense pas”, dit-il, “que parce que vous avez cru, cela suffise à votre salut… à moins d’exhiber une conduite irréprochable.” »[64]
Jérôme (340 – 420 apr. J.-C.)
Saint Jérôme, comme d’autres Pères, déclare que les baptisés peuvent déchoir de l’état de grâce et perdre leur salut par les choix de leur libre arbitre. Ceux qui, par la grâce, supporteront les épreuves recevront la couronne de vie :
« Il n’est pas conforme à la justice divine d’oublier les bonnes œuvres et les services que tu as rendus et rends aux saints en son nom, et de ne se souvenir que des péchés. L’Apôtre Jacques aussi, sachant que les baptisés peuvent être tentés et tomber par leur propre libre choix, dit : “Bienheureux l’homme qui supporte la tentation, car, après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment.” Et pour que nous ne pensions pas être tentés par Dieu, comme nous lisons dans la Genèse qu’Abraham le fut, il ajoute : “Que nul, lorsqu’il est tenté, ne dise : C’est Dieu qui me tente ; car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente personne. Mais chacun est tenté par sa propre concupiscence, qui l’entraîne et le séduit. Puis la concupiscence, ayant conçu, enfante le péché ; et le péché, une fois consommé, engendre la mort.” Dieu nous a créés avec le libre arbitre, et nous ne sommes forcés par la nécessité ni à la vertu ni au vice. Autrement, s’il y a nécessité, il n’y a pas de couronne. Comme dans les bonnes œuvres c’est Dieu qui les mène à la perfection, car ce n’est pas de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui, dans sa miséricorde, nous aide à pouvoir atteindre le but. »[65]
Augustin d’Hippone (354 – 430 apr. J.-C.)
Saint Augustin est très cité par les protestants (aussi bien luthériens que calvinistes) comme un représentant de la doctrine de la Seule Foi et pour ses textes relatifs à la prédestination. Il existe cependant des textes très clairs d’Augustin lui-même sur le purgatoire et la prière pour les défunts, doctrines opposées à la Seule Foi.
La plupart des textes cités par les protestants sont des textes où saint Augustin combat le pélagianisme (une hérésie qui prêchait que l’homme se sauvait par les œuvres et non par la grâce). Nous en avons un exemple en ce qui concerne le libre arbitre, que Luther déclara être « pur mensonge » (dans le De Servo Arbitrio) ; or, quand Augustin est accusé par les pélagiens de nier le libre arbitre, il se défend vigoureusement :
« Tu affirmes que dans un autre de mes livres j’ai dit : “On nie le libre arbitre si l’on défend la grâce, et l’on nie la grâce si l’on défend le libre arbitre.” Pure calomnie. Je n’ai pas dit cela ; ce que j’ai dit, c’est que cette question présente de si énormes difficultés qu’il pourrait sembler que l’on nie l’un si l’on admet l’autre. Et comme mes paroles sont peu nombreuses, je vais les répéter, afin que mes lecteurs voient comment tu falsifies mes écrits et avec quelle mauvaise foi tu abuses de l’ignorance des esprits lents et obtus, pour leur faire croire que tu m’as répondu parce que tu ne sais pas te taire.
J’ai dit vers la fin du premier livre, dédié au vertueux Pinien, dont le titre est De gratia contra Pelagium : « Dans cette question qui traite du libre arbitre et de la grâce de Dieu, il est si difficile d’en délimiter le champ que, lorsqu’on défend le libre arbitre, on semble nier la grâce de Dieu, et lorsqu’on défend la grâce de Dieu, on semble détruire le libre arbitre ». Mais toi, homme honnête et véridique, tu supprimes les paroles que j’ai dites et tu en mets d’autres de ton invention. J’ai dit, oui, que cette question était difficile à résoudre, non qu’elle fût impossible. Et bien moins encore ai-je affirmé, comme tu m’en accuses faussement, que si l’on défend la grâce, on nie le libre arbitre, et que si l’on défend le libre arbitre, on nie la grâce de Dieu. Cite mes paroles textuelles, et tes calomnies s’évaporent. »[66]
« Il n’est pas vrai, comme tu le dis, “que nous appelons pélagiens ou célestiens tout homme qui reconnaît dans l’homme le libre arbitre et affirme que Dieu est le créateur des enfants” ; nous donnons plutôt ce nom à ceux qui n’attribuent pas à la grâce divine la liberté à laquelle nous avons été appelés ; et à ceux qui refusent de reconnaître le Christ comme Sauveur des enfants ; à ceux qui n’admettent pas chez les justes la nécessité d’adresser à Dieu quelque demande de l’oraison dominicale. Ceux-là, oui, nous les appelons pélagiens et célestiens, parce qu’ils participent de leurs erreurs criminelles. »[67]
« Tu dis que “je loue la continence des temps chrétiens non pour enflammer les hommes d’amour pour la virginité, mais pour condamner le mariage, institué par Dieu”. Mais afin que nul ne croie que te tourmente le soupçon d’une mauvaise interprétation de mes sentiments, tu me dis, comme pour approuver : “Si c’est avec sincérité que tu exhortes les hommes à la virginité, tu dois confesser que la vertu de chasteté peut être observée par ceux qui le veulent, de sorte que n’importe qui peut être saint dans le corps et dans l’esprit”. Je réponds que je l’admets, mais non dans ton sens. Toi, tu attribues ce pouvoir aux seules forces du libre arbitre ; moi, je l’attribue à la volonté aidée par la grâce de Dieu. Cependant, je demande : sur quoi l’esprit exerce-t-il son pouvoir de ne pas pécher, sinon sur un mal qui, s’il triomphe, nous fait tomber dans le péché ? Et pour ne pas devoir dire, avec les manichéens, que ce mal vient d’une nature mauvaise, étrangère à nous et mêlée à nous, il nous reste à confesser qu’il existe dans notre nature une blessure qu’il faut guérir, et dont la tache nous rend coupables si elle n’est pas lavée par le sacrement de la régénération. »[68]
Il rejette par avance la doctrine luthérienne selon laquelle l’homme se justifie et se sauve par la simple foi fiduciale :
« Jacques est si énergiquement contraire aux prétendus savants qui disent que la foi sans les œuvres vaut pour le salut, qu’il les compare aux démons, en disant : Tu crois qu’il y a un seul Dieu. Tu fais bien ; mais les démons aussi croient, et ils tremblent. Que peut-on dire de plus bref, de plus vrai et de plus énergique, quand nous lisons aussi dans l’Évangile que les démons dirent cela en confessant que le Christ est le Fils de Dieu, et qu’ils furent réprimandés par lui, tandis que Pierre est loué pour sa confession ? Jacques dit : À quoi sert-il, mes frères, que quelqu’un dise avoir la foi, s’il n’a pas les œuvres ? La foi pourra-t-elle le sauver ? Et il ajoute : Car la foi sans les œuvres est morte. Combien sont trompés ceux qui se promettent la vie éternelle avec une foi morte ! »[69]
« Maintenant, si le méchant était sauvé par le feu en raison de sa seule foi, et si c’est ainsi que le passage du bienheureux Paul devait être compris — “Mais lui-même sera sauvé, comme à travers le feu” — alors la foi sans les œuvres suffirait pour être sauvé. Mais alors ce que l’Apôtre Jacques dit serait faux. Et fausse aussi serait une autre parole du même Paul : “Ne vous y trompez pas”, dit-il, “ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les homosexuels, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les insulteurs, ni les extorqueurs n’hériteront du royaume de Dieu.” »[70]
Il rejette aussi la position calviniste et déclare que c’est l’homme, par son propre choix, qui perd la grâce et se rend mauvais (Calvin affirmait que ceux qui ne furent pas prédestinés ne reçurent jamais la grâce, car s’ils l’avaient reçue, ils n’auraient pu lui résister et se sauveraient).
« Mais si quelqu’un, déjà régénéré et justifié, retombait par sa propre volonté dans sa mauvaise vie, certes cet homme ne peut pas dire : Je ne l’ai pas reçue ; car il a perdu la grâce qu’il avait reçue de Dieu, et par son propre libre choix il s’est rendu mauvais. »[71]
« Il a accordé le pardon, et il paiera la couronne. Du pardon il est donateur, et de la couronne débiteur — mais pourquoi débiteur ? A-t-il reçu quelque chose ?…Le Seigneur s’est fait débiteur non pour avoir reçu quelque chose, mais pour avoir promis quelque chose. On ne lui dit pas “Paie pour ce que tu as reçu”, mais “Paie pour ce que tu as promis”. »[72]
Sa déclaration la plus claire à ce sujet se trouve peut-être dans son traité sur la grâce et le libre arbitre :
« La foi sans les bonnes œuvres n’est pas suffisante pour le salut. Des personnes peu intelligentes, cependant, à propos des paroles de l’Apôtre : “nous estimons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi”, ont pensé qu’il voulait dire que la foi suffit à un homme, même s’il mène une mauvaise vie, sans bonnes œuvres. Il est impossible qu’une telle personne doive se juger vase d’élection selon l’Apôtre, qui, après avoir déclaré que dans le Christ Jésus ni la circoncision ne vaut quelque chose, ni l’incirconcision, mais la foi qui agit par la charité. C’est là cette foi, infidèle à Dieu, des démons impurs — qui eux aussi “croient et tremblent”, comme dit l’Apôtre Jacques. Ils ne possèdent donc pas la foi par laquelle l’homme vit — la foi qui agit par la charité de telle sorte que Dieu la récompense selon ses œuvres par la vie éternelle. Mais dans la mesure où nous tenons de Dieu nos bonnes œuvres, de qui viennent aussi notre foi et notre amour, le même grand maître des gentils a désigné la vie éternelle comme un don de Sa grâce.
Et de là naît un autre problème d’une importance non négligeable que, avec la grâce de Dieu, nous devons résoudre. Si la vie éternelle est donnée aux bonnes œuvres, comme le dit en toute clarté l’Écriture : « Car le Fils de l’Homme… rendra à chacun selon ses œuvres », comment la vie éternelle peut-elle être grâce, si la grâce n’est pas donnée pour les œuvres, mais gratuitement, selon l’Apôtre : « Or, à celui qui travaille, le salaire n’est pas compté comme une grâce, mais comme un dû » ? Et ailleurs : « De même, dans le temps présent aussi, il existe un reste selon l’élection de la grâce », et aussitôt après : « Et si c’est par grâce, ce n’est donc plus par les œuvres ; autrement la grâce n’est plus grâce ». Comment donc la vie éternelle sera-t-elle grâce, si elle répond aux œuvres ? Ou bien l’Apôtre n’appelle-t-il peut-être pas grâce la vie éternelle ? Bien au contraire : il le dit si clairement que c’est tout à fait indéniable. Et cette question ne requiert pas un esprit pénétrant. Il suffit d’un auditeur attentif. Car lorsqu’il eut dit : « Car le salaire du péché, c’est la mort », il ajouta aussitôt : « mais le don de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur ».
Ce problème, à mon avis, ne peut se résoudre qu’en comprenant que nos bonnes œuvres, auxquelles est donnée la vie éternelle, appartiennent elles aussi à la grâce de Dieu, puisque notre Seigneur Jésus-Christ dit : Sans moi vous ne pouvez rien faire. Et le même Apôtre, en disant : Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi ; et cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu ; ce n’est pas par les œuvres, afin que nul ne se glorifie, vit que les hommes pourraient tenir les œuvres pour non nécessaires et la seule foi pour suffisante, et aussi que les hommes pourraient se glorifier de leurs bonnes œuvres, comme s’ils se suffisaient à eux-mêmes pour les accomplir ; c’est pourquoi il ajouta : car nous sommes son ouvrage, créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance afin que nous y marchions. Et que signifie donc ceci : que l’Apôtre, recommandant la grâce et assurant qu’elle ne provient pas des œuvres, afin que nul ne se glorifie, donne ensuite la raison et dise : nous sommes son ouvrage, créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres ? Comment donc, pas par les œuvres, afin que nul ne se glorifie ? Mais remarque et comprends : non par les œuvres comme tiennes et de ta provenance, mais comme des œuvres dans lesquelles le Seigneur t’a façonné — c’est-à-dire t’a formé et créé —, car c’est cela qu’il dit : Nous sommes son ouvrage, créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres, non par la création qui donna la vie aux hommes, mais par cette autre qui suppose déjà l’homme et dont parle le Psaume : Crée en moi, ô Dieu, un cœur pur, et dont l’Apôtre dit : Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une nouvelle créature ; les choses anciennes sont passées ; voici que toutes sont devenues nouvelles. Et tout cela provient de Dieu. Nous sommes façonnés — c’est-à-dire formés et créés — pour les bonnes œuvres, que nous n’avons pas préparées nous-mêmes, mais Dieu, afin que nous y vivions. Ainsi donc, très chers, si notre vie bonne n’est rien d’autre que grâce de Dieu, sans aucun doute la vie éternelle, qui est donnée à la vie bonne, est un don de Dieu, toutes deux assurément gratuites. Mais seule celle qui est donnée est grâce ; et celle qui est donnée en ce cas, puisqu’elle est la récompense de la vie bonne, est une grâce qui récompense une autre grâce, comme une rétribution selon la justice, afin que s’accomplisse, puisqu’il est vrai, que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. »[73]
Il n’est pas difficile de se rendre compte pourquoi Luther ne put recourir au témoignage des Pères de l’Église en sa faveur dans la Réforme protestante — témoignage qui non seulement lui était hostile, mais le déclarait hérétique. C’est pourquoi il dut se réfugier dans la Sola Scriptura (doctrine également rejetée par l’Église primitive et les Pères de l’Église), de manière à prendre des textes bibliques de façon sélective et à les interpréter à sa guise. Pourtant, même là, les doctrines du moine augustinien ne trouvent pas d’appui. Il n’est pas étonnant qu’il ait appelé l’épître de Jacques « épître de paille » et qu’il ait tenté de la retirer du Nouveau Testament avec l’épître aux Hébreux, Jude et l’Apocalypse ; mais pour justifier la doctrine de la Seule Foi, il aurait dû mutiler la moitié de la Bible.
Notes
- La Didachè 16, 1-2. Daniel Ruiz Bueno, Padres Apostólicos (Pères Apostoliques), Biblioteca de Autores Cristianos 65, 5e édition, Madrid 1985, p. 92-93. ↩
- Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens XXXII, 3-4. Daniel Ruiz Bueno, Padres Apostólicos, Biblioteca de Autores Cristianos 65, 5e édition, Madrid 1985, p. 207. ↩
- Trente, Session VI, Décret sur la justification, chap. 8. ↩
- Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens XXX, 3. Ibid., p. 205. ↩
- Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens IX, 3. Ibid., p. 185. ↩
- Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens X, 1. Ibid., p. 186. ↩
- Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens XXXV, 4-8. Ibid., p. 210. ↩
- Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens XXI, 1-4. Ibid., p. 198. ↩
- Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens XXVIII, 1-2. Ibid., p. 204. ↩
- Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens LVIII, 2. Ibid., p. 231. ↩
- Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens XXXIV, 2-4. Ibid., p. 209. ↩
- Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens L, 5. Ibid., p. 224. ↩
- http://escrituras.tripod.com/Textos/EpPolicarpo.htm ↩
- Polycarpe de Smyrne, Lettre aux Philippiens 2. Ibid. p. 662-663 ↩
- Le Pasteur d’Hermas, Vision troisième, 5,3. Ibid. p. 954 ↩
- Le Pasteur d’Hermas, Vision troisième, 5,4. Ibid. p. 955 ↩
- Le Pasteur d’Hermas, Vision troisième, 6,2-4. Ibid. p. 955-956 ↩
- Le Pasteur d’Hermas, Vision troisième, 7. Ibid. p. 957 ↩
- Le Pasteur d’Hermas, Précepte quatrième, 2,2-4. Ibid. p. 977 ↩
- Ignace d’Antioche, Lettre aux Éphésiens, XIV,1-2. Ibid. p. 455 ↩
- Ignace d’Antioche, Lettre à Polycarpe II,3. Ibid. p. 498 ↩
- Ignace d’Antioche, Lettre à Polycarpe VI,1-2. Ibid. p. 500-501 ↩
- Ignace d’Antioche, Lettre aux Magnésiens V,1-2. Ibid. p. 462 ↩
- Justin Martyr, Apologie I, 12, 1-2. Daniel Ruiz Bueno, Padres Apologetas Griegos, Biblioteca de Autores Cristianos 116, 3e édition, Madrid 1996, p. 191-192. ↩
- Justin Martyr, Apologie I, 21, 6. Ibid., p. 205-206. ↩
- Justin Martyr, Apologie I, 16, 8. Ibid., p. 199. ↩
- Justin Martyr, Apologie I, 43, 1-8. Ibid., p. 228-229. ↩
- Théophile d’Antioche, À Autolycos I, 14. Ibid., p. 781. ↩
- Irénée de Lyon, Contre les hérésies IV, 37,1-2 ↩
- Irénée de Lyon, Contre les hérésies IV, 37,7 ↩
- Irénée de Lyon, Contre les hérésies IV, 27,2 ↩
- Clément d’Alexandrie, Stromates VI, XIV. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf02/vi.iv.vi.xiv ↩
- Saint Hippolyte, Commentaire sur les Proverbes. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf05/iii.iv.i.vi.i ↩
- Saint Hippolyte, Contre Platon, sur l’Univers 3. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf05/iii.iv.ii.iii ↩
- Origène, Commentaire sur Romains 2,5. Commentary on Romans [2:5]; Bray, 57-58. Dave Armstrong, The Church Fathers Were Catholic, p. 136. ↩
- Origène, Commentaire sur Romains 4,2. Commentary on Romans [4:2]; Bray, 109-110. Dave Armstrong, The Church Fathers Were Catholic, p. 137. ↩
- Origène, Commentaire sur Romains 2,25. Commentary on Romans 2:25; Bray, 76. Dave Armstrong, The Church Fathers Were Catholic, p. 136. ↩
- Origène, De Principiis III,1,6. New Advent, Fathers of the Church, http://www.newadvent.org/fathers/04123.htm; Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf04/vi.v.iv.ii ↩
- Origène, De Principiis, Préface 5. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf04/vi.v.i; New Advent, Fathers of the Church, http://www.newadvent.org/fathers/04120.htm ↩
- Cyprien de Carthage, Sur l’unité de l’Église 16. On the Unity of the Church, 16; ANF, Vol. V, 423. New Advent, Fathers of the Church, http://www.newadvent.org/fathers/050701.htm; Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf05/iv.v.i ↩
- Cyprien de Carthage, Sur les lapsi, Traité III, 17. On the Lapsed [Treatise III], 17; ANF, Vol. V. New Advent, Fathers of the Church, http://www.newadvent.org/fathers/050703.htm; Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf05/iv.v.iii ↩
- Cyprien de Carthage, Les bonnes œuvres et l’aumône, Traité VIII, 2. Johannes Quasten, Patrología I, Biblioteca de Autores Cristianos 206, 5e édition, Madrid 1995, p. 653. ↩
- Ibid. ↩
- Cyprien de Carthage, Les bonnes œuvres et l’aumône, Traité VIII,2. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf05/iv.v.viii ↩
- Lactance, Les institutions divines VII, 5. New Advent, Fathers of the Church, http://www.newadvent.org/fathers/07017.htm; Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf07/iii.ii.vii.v ↩
- Hilaire de Poitiers, Sur les psaumes 118[119]:Nun, 20. William A. Jurgens, The Faith of the Early Fathers, Vol. I, The Liturgical Press, Minnesota 1970, p. 386. ↩
- Hilaire de Poitiers, Sur les psaumes 118[119]:Ain,10. Ibid. p. 386-387 ↩
- Hilaire de Poitiers, Sur les psaumes 64[65], section 5. Ibid. p. 386 ↩
- Athanase, Vie de saint Antoine 33. New Advent, Fathers of the Church, http://www.newadvent.org/fathers/2811.htm; Early Church Fathers, http://www.ccel.org/ccel/schaff/npnf204.xvi.ii.xi.html ↩
- Athanase d’Alexandrie, L’incarnation du Verbe 56, 4. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf204/vii.ii.lvi ↩
- Athanase d’Alexandrie, Contre les ariens 3, 25. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf204/xxi.ii.iv.iii ↩
- Athanase d’Alexandrie, Lettres festales XI, 7. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf204/xxv.iii.iii.ix ↩
- Cyrille de Jérusalem, Catéchèse I, 4. http://www.mercaba.org/tesoro/CIRILO_J/Cirilo_03.htm; Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf207/ii.v ↩
- Basile le Grand, Les Morales I, 3. Dave Armstrong, The Church Fathers Were Catholic, p. 142. ↩
- Basile le Grand, Les Morales II, 1. ↩
- Basile le Grand, Sur le Saint-Esprit XVIII. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf208/vii.xxix; New Advent, Fathers of the Church, http://www.newadvent.org/fathers/3203.htm ↩
- Basile le Grand, Sur le Saint-Esprit XVI, 40. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf208/vii.xvii; New Advent, Fathers of the Church, http://www.newadvent.org/fathers/3203.htm ↩
- Basile le Grand, Homélie I, 4. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf208/viii.ii; New Advent, Fathers of the Church, http://www.newadvent.org/fathers/32011.htm ↩
- Basile le Grand, Sur les psaumes 114, n° 5. William A. Jurgens, The Faith of the Early Fathers, Vol. II, The Liturgical Press, Minnesota 1979, p. 22. ↩
- Grégoire de Nysse, Homélies sur l’Ecclésiaste 8. William A. Jurgens, The Faith of the Early Fathers, Vol. II, The Liturgical Press, Minnesota 1979, p. 45-46. ↩
- Ambroise, Lettre II, à Constance, un évêque. Dave Armstrong, The Church Fathers Were Catholic, p. 144. ↩
- Ambroise, Sur les devoirs du clergé, Livre II, 2, 5. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf210/iv.i.iii.ii; New Advent, Fathers of the Church, http://www.newadvent.org/fathers/34012.htm; Site officiel du Vatican, http://www.vatican.va/spirit/documents/spirit_20010605_ambrogio_en.html ↩
- Jean Chrysostome, Homélie sur l’Évangile de Jean 31, 1. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf114/iv.xxxiii; http://www.newadvent.org/fathers/240131.htm ↩
- Jean Chrysostome, Homélie sur l’épître aux Corinthiens 23, 2. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf112/iv.xxiv ↩
- Jérôme, Against Jovinian II, 3. New Advent, Fathers of the Church, http://www.newadvent.org/fathers/30092.htm; Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf206/vi.vi.II ↩
- Augustin d’Hippone, Réplique à Julien IV, 47. Obras Completas de San Agustín, Tomo XXXV, Biblioteca de Autores Cristianos 457, Madrid 1984, p. 702-703 ↩
- Augustin d’Hippone, Réplique à Julien III, 2. Ibid., p. 574 ↩
- Augustin d’Hippone, Réplique à Julien V, 65. Ibid., p. 825 ↩
- Augustin d’Hippone, La foi et les œuvres 14, 23. Obras Completas de San Agustín, Tomo XXXIX, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid 1988, p. 578 ↩
- Augustin d’Hippone, Manuel de foi, d’espérance et de charité (Enchiridion) XVIII, 3. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/augustine/enchiridion/chapter18 ↩
- Augustin d’Hippone, Remontrance et Grâce 6, 9. William A. Jurgens, The Faith of the Early Fathers, Vol. III, The Liturgical Press, Minnesota 1979, p. 157 ↩
- Augustin d’Hippone, Commentaire sur les Psaumes 83, 16. Ibid., p. 19 ↩
- Augustin d’Hippone, Sur la grâce et le libre arbitre XVIII-XX. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf105/xix.iv.xviii; http://www.ccel.org/print/schaff/npnf105/xix.iv.xix; http://www.ccel.org/print/schaff/npnf105/xix.iv.xx; http://www.newadvent.org/fathers/1510.htm ↩