L’euthanasie est un acte qui cherche à provoquer la mort d’une personne malade. Le défi social et médical consiste à chercher le contrôle de la douleur et le soulagement de la souffrance.

La récente légalisation de l’euthanasie en Hollande a provoqué la demande, de la part de certains partis politiques, de la légalisation de l’euthanasie en Espagne. Par ce document, l’Associació Catalana d’Estudis Bioètics (ACEB) souhaite apporter à l’important débat social des réflexions fondamentales sur une question aussi délicate que la dépénalisation d’actions contre la vie humaine.

1- Qu’est-ce que l’Euthanasie ?

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit l’euthanasie comme cette « action du médecin qui provoque délibérément la mort du patient ».

Cette définition met en relief l’intention de l’acte médical, c’est-à-dire la volonté de provoquer volontairement la mort de l’autre. L’euthanasie peut se réaliser par action directe : en administrant une injection létale au malade, ou par action indirecte : en ne fournissant pas le soutien de base pour sa survie. Dans les deux cas, la finalité est la même : mettre fin à une vie malade.

Cette action sur le malade, avec l’intention de lui ôter la vie, s’appelait, s’appelle et devrait continuer à s’appeler homicide. L’information et la connaissance du patient sur sa maladie et sa demande libre et volontaire de mettre fin à sa vie, le prétendu suicide assisté, ne change rien au fait qu’il s’agit d’un homicide, puisque ce qui est proposé entre en grave conflit avec les principes directeurs du Droit et de la Médecine jusqu’à nos jours.

2- Le débat actuel

EutanasiaL’euthanasie est un acte qui cherche à provoquer la mort d’une personne malade et qui entraîne de graves conséquences familiales, sociales, médicales, éthiques et politiques. Sa dépénalisation modifiera à sa racine même la relation entre les générations et les professionnels de la médecine. Le Rapport Remmelink sur la pratique de l’euthanasie en Hollande met en lumière 1 000 morts par euthanasie involontaire (sans consentement) en 1990. Ces 1 000 patients euthanasiés deviennent 1 000 très puissantes raisons de s’opposer à l’euthanasie active. De même, dans les cas où l’euthanasie est demandée par le malade, il existe un grave problème éthique, parce qu’il s’agit d’une défaite sociale et professionnelle face au problème de la maladie et de la mort. Les cas extrêmes et l’autonomie personnelle, toujours invoqués par les partisans de l’euthanasie pour sa dépénalisation, ne doivent pas engendrer des lois socialement injustes, qui opposent le désir individuel au devoir inéluctable de l’État de protéger la vie physique de chaque citoyen.

Il faut éliminer la souffrance humaine, mais non l’être humain qui souffre.

Trois questions complexes sont présentes dans le débat de l’euthanasie : le consensus démocratique, la dignité de la personne humaine et l’autonomie personnelle.

Le consensus :

Le consensus fait du principe législatif l’unique source de vérité et de bien, et laisse la vie humaine à la merci du nombre de voix exprimées dans un Parlement. Les législations sur l’avortement, le clonage humain, la fécondation extracorporelle et l’expérimentation embryonnaire sont la conséquence de l’application du principe des majorités.

Les droits humains ne sont pas octroyés par le nombre de voix obtenues, ni par la société, ni par les partis politiques, bien que ceux-ci doivent toujours les reconnaître et les défendre. Ils ne se fondent pas non plus sur le consensus social, puisque les droits sont possédés par chaque personne, du fait d’être une personne. Les votes parlementaires ne modifient pas la réalité de l’homme, ni la vérité sur le traitement qui lui revient.

La dignité de la vie humaine. Aucune vie n’est dépourvue de valeur.

Le fait de naître et celui de mourir ne sont rien de plus que des faits, et seulement des faits, ornés naturellement de toute l’importance que l’on voudra. Précisément pour cela, ils ne peuvent être tenus pour dignes ou indignes selon les circonstances dans lesquelles ils surviennent, par la simple et élémentaire évidence que l’être humain toujours, en tout cas et situation, est exceptionnellement digne, qu’il soit en train de naître, de vivre ou de mourir. Dire le contraire, c’est aller directement à l’encontre de ce qui nous singularise et nous soude en tant que société.

Légaliser l’euthanasie est une déclaration de défaite sociale, politique et médicale devant le malade, qui ne mettra pas fin aux perplexités de la vie, ni de la mort, ni aux doutes de conscience des médecins, des patients et des proches.

L’autonomie personnelle.

« Le droit de mourir n’est pas réglementé constitutionnellement ; il n’existe pas dans la Constitution la disponibilité de sa propre vie en tant que telle. » Si ce droit absolu sur la vie existait, il existerait d’autres droits, comme la possibilité de vendre ses propres organes ou d’accepter volontairement l’esclavage.

L’autonomie personnelle n’est pas un absolu. On ne peut vouloir la liberté seulement pour soi-même, puisqu’il n’y a pas d’être humain sans les autres. Notre liberté personnelle reste toujours liée à la responsabilité pour tous ceux qui nous entourent et l’humanité entière. La coexistence démocratique nous oblige à nous soumettre et à accepter les impôts, les normes et les lois qui à aucun moment ne sont remis en question comme des limites à la liberté personnelle. Pourquoi ne voulons-nous pas découvrir un bien social dans la protection légale de la vie dans sa finitude ? Quelle culture laisserons-nous à nos enfants si nous leur transmettons que les malades ne méritent pas la protection de tous ?

3- Comment voulons-nous mourir ?

Nous voulons tous une bonne mort, sans qu’artificiellement on nous prolonge l’agonie, ni qu’on nous applique une technologie ou des moyens disproportionnés à la maladie.

Nous voulons tous être traités efficacement contre la douleur, avoir l’aide nécessaire et ne pas être abandonnés par le médecin et l’équipe soignante lorsque la maladie est incurable.

Nous voulons tous être informés adéquatement sur la maladie, le pronostic et les traitements dont la médecine dispose, qu’on nous explique les données dans un langage compréhensible, et participer aux décisions sur ce qu’on va nous faire.

Nous voulons tous recevoir un traitement respectueux ; qu’à l’hôpital nous puissions être accompagnés de la famille et des amis, sans autres restrictions que celles nécessaires à la bonne évolution de la maladie et au bon fonctionnement de l’hôpital.

Comment voulons-nous mourir ?

Sans douleurs.

En pouvant refuser des traitements qui prolongent artificiellement la vie.

Informés sur la maladie et les possibilités de traitements, avec des mots compréhensibles.

En pouvant décider de ce qu’on va nous faire et refuser des traitements qui prolongent artificiellement l’agonie.

Toujours traités avec respect et affection par les professionnels de la santé.

Accompagnés de la famille et des amis.

4- Rôle du Médecin

medico_cabeceraL’acte médical se fonde sur une relation de confiance dans laquelle le patient confie au médecin le soin de sa santé, aspect primordial de sa vie, de lui-même. Dans la relation entre les deux ne peut s’interposer le pacte d’une mort intentionnelle. L’euthanasie signifiera la fin de la confiance déposée durant des millénaires dans une profession qui s’est toujours engagée à ne pas provoquer la mort intentionnellement sous aucun prétexte.

L’euthanasie déshumanisera la médecine. Ce n’est qu’à partir du respect absolu qu’il est possible de conclure que toutes les vies humaines sont dignes, qu’aucune n’est dispensable ou indigne d’être vécue.

L’euthanasie freinera le progrès de la médecine. Les médecins deviendront peu à peu indifférents envers certains types de maladie ; il n’y aura pas de raisons d’enquêter sur les mécanismes pathogènes de la sénilité, de la dégénérescence cérébrale, du cancer en phase terminale, des malformations biochimiques ou morphologiques, etc.

La solution passe par donner un soin intégral à celui qui va bientôt mourir, en lui traitant tant les souffrances physiques que les souffrances psychiques, sociales et spirituelles.

C’est là le fondement de la Médecine palliative qui, à partir de la perspective du respect absolu dû à toute personne et face aux limites thérapeutiques de la médecine elle-même, passe à contrôler les symptômes de la maladie, spécialement la présence de douleur, en accompagnant le malade jusqu’à la mort.

Qu’est-ce que la sédation terminale ?

« On entend par sédation terminale l’administration délibérée de médicaments pour produire une diminution suffisamment profonde et prévisiblement irréversible de la conscience chez un patient dont la mort est prévue proche, avec l’intention de soulager une souffrance physique et/ou psychologique inatteignable par d’autres mesures et avec le consentement explicite, implicite ou délégué du patient. » Recourir au consentement implicite ou délégué lorsque le patient peut connaître l’information ôte au mourant son droit d’affronter l’acte final de sa vie : sa propre mort. La famille et le médecin supplantent et dépouillent le malade de la connaissance de cette décision.

Le véritable respect des droits du patient passe par le rendre participant des décisions sur son soin, même si celles-ci doivent passer par une information désagréable.

La sédation terminale est éthiquement correcte quand :

Le but de la sédation est d’atténuer la souffrance ;

L’administration du traitement cherche uniquement à atténuer la souffrance et non la provocation intentionnelle de la mort.

Il n’y a aucun traitement alternatif qui obtienne les mêmes effets principaux sans l’effet secondaire qui serait le raccourcissement de la vie. Alors l’action est correcte et éthiquement acceptable.

La sédation terminale est correcte uniquement quand on cherche à atténuer la souffrance du malade et non quand la finalité est d’accélérer sa mort. Dans ce cas, il s’agit d’euthanasie active.

Conséquences de la dépénalisation de l’euthanasie

Les circonstances difficiles que provoquent certaines maladies ou une expérience familiale désagréable peuvent être la cause d’une position personnelle en faveur de l’euthanasie. Mais les cas extrêmes n’engendrent pas de lois socialement justes, en raison des difficultés qu’ils comportent eux-mêmes. Les cas extrêmes sont utilisés et présentés comme insolubles, de sorte que si aujourd’hui nous acceptons de tuer intentionnellement un patient comme solution à un problème, demain nous pourrons trouver une centaine de problèmes pour lesquels tuer serait la solution.

L’euthanasie ne résout pas les problèmes du malade ; au contraire, elle détruit la personne qui a les problèmes.

Un antécédent de ce qui a été exposé peut être considéré dans les conséquences de la dépénalisation de l’avortement sous les trois hypothèses ou exceptions à la norme dans la loi sur l’avortement de 1985 : pour viol, pour malformations fœtales ou congénitales et pour le danger pour la santé physique ou psychique de la mère. Le danger pour la santé psychique de la mère est devenu un fourre-tout où tout entre, puisque 97,83 % des motifs se réfugient sous cette hypothèse. Aujourd’hui plus personne ne parle du droit à la vie des enfants à naître, et l’avortement est devenu une pratique médico-sociale habituelle sans aucun contrôle légal dans les cas prévus par la loi.

On parle du contrôle absolu de l’acte euthanasique face à sa dépénalisation, mais l’évidence est très différente, car le médecin, si l’euthanasie est dépénalisée, aura l’impunité de tuer sans que personne ne le sache.

Les exemples suivants mettent en évidence l’insécurité des malades :

La Vanguardia (6/01/2001) a publié la nouvelle suivante : « Médecin de famille et tueur en série ». Un rapport minutieux de l’université de Leicester détermine que « probablement 297 patients de Harold Shipman, connu comme le “Docteur Mort”, ne sont pas morts de causes naturelles ». Shipman, anglais, père de quatre enfants et médecin traitant, purge déjà la prison à perpétuité pour avoir assassiné quinze de ses patients. Dans son dossier on lit qu’il tuait principalement des femmes d’âge moyen, entre 50 et 65 ans, en leur administrant des surdoses de drogues comme l’héroïne, qu’il obtenait avec sa licence de médecin en faisant croire qu’elles étaient pour soulager la douleur de ses patients. Les proches de certaines des victimes continuent de faire pression sur le parquet britannique pour découvrir si leurs êtres chers ont été assassinés. Le Dr Shipman a été découvert pour avoir manipulé le testament de Kathllen Grundy, ce que la famille a dénoncé.

El País (23/06/2000) a publié le cas d’une infirmière anglaise faisant l’objet d’une enquête pour la mort de 18 mineurs. Les doutes ont surgi à partir de la lettre d’une mère se plaignant du traitement reçu par son fils, désormais décédé. Étant versée dans les soins palliatifs appliqués aux cas incurables, ses visites aux différents domiciles n’étaient pas supervisées avec la même rigueur que les tâches du reste de ses collègues. Les autorités de l’Hôpital de Runwell, du comté d’Essex, l’ont suspendue sans salaire. La nouvelle ne citait pas le nom de l’infirmière.

Au Brésil, ABC (11/05/99) a publié « on enquête sur les pompes funèbres à propos du nouvel “ange de la mort” ». L’auxiliaire de soins Edson Izidoro, soupçonné d’avoir tué 131 patients en état grave, a avoué avoir reçu une commission des pompes funèbres et avoir agi pour de l’argent.

La Razón (12/01/99) a publié « Un médecin hollandais dénonce devant le Conseil de l’Europe 900 cas d’euthanasie sans consulter le patient ». La dénonciation a été faite par le docteur Henk Ten Have lors de la réunion de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe qui a eu lieu la veille.

Amnesty International (AI), a publié Diario Médico (3/11/98), a déclaré que les médecins qui interviennent dans l’exécution d’un condamné au moyen d’une injection létale encourent une pratique contraire à l’éthique professionnelle, même si la législation du pays les protège. Le docteur James Welsh a affirmé que lorsque l’usage de l’injection létale a été introduit « il a été présenté comme un système qui humanisait notablement les exécutions. Cependant, dans la pratique, on a la preuve d’un nombre élevé de cas où elle a échoué et a causé une mort douloureuse ».

El Mundo a publié (7/01/99) « La police britannique enquête sur 50 morts par euthanasie ». Plusieurs hôpitaux ont été accusés d’avoir retiré la perfusion intraveineuse à leurs patients, alors qu’ils étaient sous sédation, et de leur avoir causé la mort par déshydratation. Le docteur Gillian Craig a dit à ce propos : « En certaines occasions, mettre un patient sous sédation et le déshydrater équivaut à l’euthanasie. L’eau et les aliments constituent une nécessité fondamentale et ne peuvent être considérés comme un traitement que les médecins peuvent accorder ou retirer à leur guise ».

ABC (8/08/2000) a publié « Au Danemark, on ne prendra pas en charge les malades en phase terminale pour économiser des dépenses ». Le pacte conclu entre médecins et politiciens scandalise la société.

Que se passera-t-il si elle est dépénalisée ?

La dépénalisation de l’euthanasie entraînera une décadence éthique progressive. Gonzalo Herranz décrit en quatre phases les situations par lesquelles nous passerons dans le cas où elle serait dépénalisée :

On présentera l’euthanasie comme un traitement qui ne peut s’appliquer que dans certaines situations cliniques extrêmes, soumises à un contrôle strict de la loi.

Après quelques années, la répétition des cas privera peu à peu l’euthanasie de son caractère exceptionnel. L’accoutumance se produira avec l’idée qu’il s’agit d’une intervention non dépourvue d’avantages, et même d’une thérapeutique acceptable. L’euthanasie gagnera fallacieusement la bataille contre les soins palliatifs par le fait d’être plus indolore, rapide, esthétique et économique, devenant pour le malade un droit exigible à une mort douce, pour les proches une issue plus commode, pour certains médecins un recours simple qui épargne du temps et des efforts, et pour les gestionnaires de santé une intervention d’un rapport coût/efficacité optimal.

Pour ces professionnels qui accepteront l’euthanasie volontaire, l’euthanasie involontaire deviendra, pour des raisons de cohérence morale, une obligation inéluctable. Cette phase comporte l’euthanasie involontaire. Le médecin raisonne que la vie de certains patients capables de décider est si dépourvue de qualité, a un coût si élevé, qu’elles ne sont pas dignes d’être vécues. Il est très facile d’exproprier le patient de sa liberté de choisir de continuer à vivre.

On généralisera ce concept à d’autres malades, et l’euthanasie remplacera la médecine.

Un exemple : la Hollande

HOLANDA

Selon la nouvelle loi hollandaise, l’euthanasie ne sera pas un délit si le médecin la pratique en respectant les exigences suivantes : que la situation du patient soit irréversible et la souffrance insupportable ; que le médecin soit sûr que personne ne contraint le patient et que sa demande de mourir ait été exprimée plus d’une fois ; que le médecin demande l’avis d’un autre collègue, qui devra avoir vu le patient. Toutes ces exigences étaient déjà prévues dans la législation de 1993. Ce qui est nouveau dans cette loi, c’est que les mineurs de 12 à 16 ans peuvent aussi demander l’euthanasie avec la permission de leurs parents. Ceux de 16 et 17 ans n’auront pas besoin du consentement parental, mais bien de leur participation au processus de décision.

P.J. van der Maas et G. van der Wal, professeurs de Santé publique à l’Université Erasmus de Rotterdam et à l’Université libre d’Amsterdam, ont réalisé un rapport à la demande des ministres de la Justice et de la Santé pour évaluer l’application de la législation. Leurs conclusions permettent de comparer la pratique actuelle de l’euthanasie avec celle que reflétait un autre rapport réalisé en 1991 par une commission présidée par le procureur général de l’État Jan Remmelink.

Les deux études se fondent sur deux rapports séparés : l’un fondé sur des entretiens avec des médecins et l’autre sur la procédure de notification.

La comparaison du rapport Remmelink de 1990 et de celui de 1995 met en évidence que, du total des décédés en Hollande :

Les morts par euthanasie ont augmenté de 2 300 cas en 1990 à 3 120 cas en 1995 ;

La coopération au suicide est passée de 400 cas à 540 cas ;

La pratique de l’euthanasie sans consentement explicite se maintient autour de 1 000 cas.

Les demandes explicites d’euthanasie ou de suicide assisté ont augmenté de 9 % depuis 1990.

La procédure de notification ne remplit pas son rôle de contrôle a posteriori. La majorité des cas d’euthanasie ne sont toujours pas déclarés comme tels lors de l’établissement de l’acte de décès, bien que la proportion des déclarations ait augmenté de 18 % en 1990 à 41 % en 1995. Avec la menace théorique d’encourir une responsabilité pénale, il est logique que les médecins ne veuillent pas se dénoncer à la Justice.

Les euthanasies avec consentement sont une grande défaite familiale, sociale, médicale et politique qui doit nous pousser à réfléchir sur la volonté de mourir de ces patients qui disent : « Docteur, je veux mourir », ce qui signifie : « Docteur, je veux vivre, mais serez-vous aussi à ma disposition quand je n’en pourrai plus ? » Les 1 000 cas d’euthanasies sans consentement explicite sont une puissante raison de ne pas permettre cette pratique, puisque nous parlons d’homicides involontaires.

6- Raisons politiques pour dire non à l’Euthanasie

Le débat de l’euthanasie met à découvert quels sont les devoirs de l’État ou politiques et quels sont les devoirs personnels.

La protection de la vie humaine est un devoir politique qui ne peut être relégué à la morale particulière ou privée de chacun. La vie physique est un bien universel qui ne peut être menacé par aucune circonstance.

Il existe deux plans différenciés :

Juridico-politique : il régule les relations entre les hommes — pour la coexistence dans la paix, la sécurité et la liberté — et protège les biens communs auxquels nous participons tous et dans lesquels la vie physique de chaque homme est un présupposé nécessaire à l’existence d’autres biens. Ce n’est pas un devoir de l’État de rendre l’homme bon à travers les lois civiles, mais bien de protéger tous ceux qui peuvent se voir privés du droit fondamental à la vie, spécialement face à la vulnérabilité qu’entraîne la maladie.

Morale : elle régule les actes individuels. Le présumé droit au suicide assisté est une opinion ou un souhait personnel. Autre chose est le souhait que nous avons tous de bien mourir, et tout autre chose de dépénaliser l’acte intentionnel de suppression d’une vie : l’homicide.

Le droit à la protection de la vie physique de chaque personne et sous toute circonstance de maladie ou de vieillesse est le fondement qui nous protège des critères éthiques des autres sur notre propre existence, de la façon dont les autres « me voient », et même de la moralité particulière de celui qui ne découvre pas le respect toujours dû à autrui, comme le médecin qui pratique des euthanasies.

7- Quelques témoignages contre la dépénalisation.

Pablo Salvador Coderch, Professeur de Droit civil à l’Université Pompeu Fabra, écrit dans un article d’Opinion, Ministres de la mort, dans La Vanguardia. Vendredi 27 février 1998.

« Il n’existe rien qui ressemble à un droit à la mort, et personne dans son bon sens ne peut prétendre que l’État reconnaisse à aucun de ses citoyens la faculté d’exiger devant un tribunal qu’un fonctionnaire lui injecte une substance létale. »

« Je ne suis pas d’accord (avec le message envoyé par les médias), déprimant et létal : il faut aider à vivre, ce qui n’est pas toujours facile ; dans quelque cas isolé, il faudra laisser mourir, mais tuer est une solution trop simple. Cela coûte si peu que c’est à la portée de n’importe quel incompétent. »

« Les juges de la Cour suprême fédérale (États-Unis) ont refusé d’admettre qu’il n’y a pas non plus lieu de distinguer entre euthanasie active – tuer – et passive – laisser mourir –….. Ils ont raison : dans la vie et dans le droit, la règle de principe est que ce n’est pas la même chose de faire quelque chose que de s’en abstenir. »

Camilo José Cela. Prix Nobel de Littérature (1989). Le Mauvais Chemin. ABC.

« De par le monde se répand de plus en plus l’idée de la licéité de l’extermination de tout ce qui peut freiner la marche triomphale du vainqueur, et cela est dangereux. Le retardé, pour quelque raison que ce soit, le sot, le faible, le malade, le vieux, le noir, le paria et le perdant ont aussi le droit de continuer à vivre, même mal. Si l’homme n’est pas capable d’adapter sa vie à la justice – et il y a trop longtemps qu’il essaie sans y parvenir – il n’aura pas d’autre remède que de revenir à la charité…….. L’énergie du fort doit s’orienter vers la régénération du faible, ce qui sera toujours possible si l’on essaie sérieusement de le faire. »

« Ce que l’on ne peut admettre, c’est que les surdoués veuillent faire du savon avec les sous-doués ; un morceau de chair à figure humaine, si peu qu’il raisonne, reste un homme et, par le seul fait de l’être, est digne d’un respect absolu. »

Juan Alberto Belloch, ancien ministre de la Justice (1993-1996), répond à la question de la journaliste Carla Fibla : Qu’est-ce qui personnellement vous fait vous montrer si réticent à la dépénalisation de l’euthanasie ?…… « si pratiquer l’euthanasie active et directe est dépénalisé, dans certains cas le risque est que le médecin finisse par soustraire ou supplanter la volonté du patient »…… « Il faut penser à la valeur de la mort, s’il y a ou non un élément de pression sur les plus faibles. » « En voulant réparer une injustice, nous créons un problème plus grand. »

8- Dispositions internationales

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, dans sa recommandation 1418, approuvée le 25 juin 1999, a demandé que soit garanti l’accès des malades en phase terminale aux soins palliatifs, et rappelle que l’euthanasie, même volontaire, contrevient à l’article 2 de la Convention européenne des Droits de l’Homme, qui affirme que « la mort ne peut être infligée intentionnellement à personne ». Les 41 députés exhortaient les Gouvernements à maintenir « l’interdiction absolue de mettre fin intentionnellement à la vie des malades incurables et des mourants ».

Une meilleure connaissance des soins palliatifs dans la prise en charge des malades en phase terminale a fait diminuer sensiblement le soutien à l’euthanasie et au suicide assisté parmi les Oncologues des États-Unis. À la fin de 1999, l’American Medical Association (AMA) a décidé de soutenir au Congrès une loi qui interdirait la coopération au suicide dans tout le pays. L’euthanasie est permise en Oregon depuis 1997 et a, en revanche, été rejetée par référendum dans le Maine.

9- Solutions pour le Malade

La solution aux souffrances qu’entraîne la maladie ne doit pas passer par admettre le meurtre ou l’aide au suicide des personnes malades. Tuer n’est jamais une solution, et encore moins le suicide. Le défi social et médical réside dans le développement d’une Médecine palliative efficace, qui admette la condition souffrante de l’être humain et qui cherche le contrôle de la douleur et le soulagement de la souffrance.

La véritable alternative à l’euthanasie et à l’acharnement thérapeutique est l’humanisation de la mort. Aider le malade à vivre le mieux possible la dernière période de la vie. Il est fondamental d’exprimer le soutien, d’améliorer le traitement et les soins, et de maintenir l’engagement de ne pas l’abandonner, tant de la part du médecin que des soignants, des proches, et aussi de l’entourage social.

Beaucoup de cas de demande d’euthanasie sont dus à une « médecine sans cœur ». L’euthanasie se fonde sur le désespoir et reflète l’attitude du « je ne peux plus rien faire pour vous ». Il faut aider à vivre, mais ce n’est pas toujours facile ; il faudra aussi laisser mourir, mais tuer est une solution trop simple. La réponse face à la demande d’euthanasie n’est pas la légalisation, mais bien une meilleure éducation et une meilleure prise en charge sanitaire et sociale.

La Médecine palliative cherche à répondre à tout besoin des malades lorsqu’ils se trouvent dans une phase avancée de la maladie ou en situation terminale. L’extension des programmes de Soins palliatifs est très importante pour pouvoir mieux prendre en charge ces malades. Précisément en Espagne, le Plan national de Soins palliatifs que sont en train d’élaborer le Ministère de la Santé, l’Insalud et les représentants de toutes les communautés autonomes a pour principal objectif d’améliorer la qualité de vie des patients en situation terminale.

La solution passe par pratiquer une bonne médecine, c’est-à-dire donner un soin intégral à celui qui va bientôt mourir, en traitant tant les souffrances physiques que les souffrances psychiques, sociales et spirituelles du malade.

Il faut être respectueux de la vie et aussi de la mort. À la fin de la vie, on doit suspendre les traitements qui, selon les connaissances scientifiques, ne vont pas améliorer l’état du patient ; et l’on doit uniquement maintenir les calmants, l’hydratation, la nutrition et les soins ordinaires nécessaires, jusqu’à la fin naturelle de la vie.

Auteurs :
Rafael Martínez Die. Notaire.
Ana Sesé Roca. Journaliste.
Xavier Sobrevía Vidal. Médecin et prêtre.
Manuel Sureda González. Médecin oncologue.
Isabel Viladomiu Olivé. Psychologue et master en Bioéthique et Droit.

Source : Encuentra.com

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Colegio de Bioética de Nuevo León, A.C