À mesure que le protestantisme s’est séparé de l’Église catholique, il lui a été nécessaire de trouver des raisons historiques qui justifient cette séparation. Il en est résulté une sorte d’histoire alternative qui diffère de la réalité historique reçue. Cette histoire alternative a échappé au contrôle de ses auteurs et a évolué dans sa forme comme dans son application. Même ceux qui sont loin d’être chrétiens ont accepté ces révisions de l’histoire et y recourent pour attaquer l’ensemble de la foi chrétienne.

Prenons par exemple les œuvres de Dan Brown, que l’auteur lui-même présente comme une fiction tout en affirmant que la narration repose sur un fondement historique assuré. Pour ceux qui connaissent l’histoire, ses prétentions à l’historicité peuvent en devenir risibles ; cependant, pour ceux qui manquent de connaissances historiques, de telles œuvres peuvent conduire à de graves confusions.

Parmi les déformations que promeut l’histoire alternative, on avance souvent la thèse selon laquelle la papauté n’existait pas au commencement de la chrétienté. Dans ce chapitre, que j’ai rédigé avec l’aide de deux bons amis (Beatriz Aparicio et Alex Grandet), nous nous proposons d’analyser plus précisément certaines prétentions formulées à tort, qui veulent utiliser le canon XXVIII du Concile de Chalcédoine pour disqualifier le primat de l’évêque de Rome sur toute l’Église.

Le Canon XXVIII selon l’histoire alternative

César Vidal Manzanares, dans son Diccionario de Patrística, écrit :

« … Le canon XXVIII de ce concile accordait à Constantinople le même rang qu’à Rome, ce qui fut jugé inacceptable par Léon, le poussant à retarder son adhésion aux décisions finales du concile et à refuser toute légitimité audit canon. »[1]

Sur un forum de débats connu sur Internet, j’ai reçu le commentaire suivant :

« … Le quatrième Concile œcuménique, celui de Chalcédoine (an 451), a placé le patriarche d’Orient, l’évêque de Constantinople, sur un pied de parfaite égalité avec son collègue de Rome. »[2]

Un autre participant du même forum, citant l’historien protestant Justo González, m’a écrit :

« Il faut tenir compte, comme le dit l’érudit protestant Justo L. González, du fait qu’à propos de cet évêque Léon, “on a dit qu’il fut véritablement le premier ‘pape’ au sens courant du terme” car il se croyait réellement le successeur de Pierre, doté d’une autorité légale et doctrinale sur toute l’Église, même si le secteur oriental du christianisme ne lui a jamais reconnu dans leur plénitude de semblables prétentions. »[3]

La même personne ajoutait également :

« Et quant à la confirmation des décisions dogmatiques de ces sept premiers conciles, on n’a jamais eu besoin de la ratification officielle de Rome pour qu’elles soient reconnues comme valides. »[4]

En résumé, nous voyons qu’il existe des protestants qui voient dans le canon XXVIII une preuve contre la primauté de l’évêque de Rome et sa juridiction sur l’Église entière. L’erreur de l’histoire alternative se trouve déjà dans des ouvrages de référence protestants, tels que celui de César Vidal Manzanares, et continuera avec le temps à se propager à d’autres sources.

Que dit le Canon XXVIII ?

Pour ne pas entrer dans la polémique sur la meilleure traduction du canon, je le cite tel que le transcrit le Père Gorazd (orthodoxe), traducteur du Statut canonique du Patriarche de Constantinople dans l’Église orthodoxe, œuvre de l’archevêque orthodoxe Gregory Afonsky.

« Suivant en toutes choses les décisions des saints Pères et reconnaissant le canon qui vient d’être lu des cent cinquante évêques — aimés de Dieu — (qu’il réunit dans la ville impériale de Constantinople, la Nouvelle Rome, au temps de l’empereur Théodose d’heureuse mémoire), nous promulguons et décrétons, nous aussi, les mêmes dispositions concernant les privilèges de la très sainte Église de Constantinople, puisqu’elle est la Nouvelle Rome ; pour la même raison que les Pères ont légitimement accordé des privilèges au trône de l’Ancienne Rome, parce qu’elle était la ville impériale. Et la majorité des cent cinquante évêques, agissant par la même considération, accorda d’égaux privilèges (isa presbeia) au très saint trône de la Nouvelle Rome, jugeant à juste titre que la ville qui est honorée par la résidence du Souverain et du Sénat jouit des mêmes privilèges que l’antique Rome impériale, et qu’en matière ecclésiastique elle soit pareillement magnifiée et rangée immédiatement après elle ; de sorte que, dans les diocèses du Pont, de l’Asie et de la Thrace, les métropolitains et les évêques desdits diocèses, ainsi que ceux qui sont parmi les barbares, soient ordonnés par le susdit très saint trône de la très sainte Église de Constantinople ; de telle manière que chaque métropolitain des diocèses mentionnés, avec les évêques de sa province, ordonne les évêques de sa propre province, comme il a été déclaré par les divins canons ; mais comme il a été dit, les métropolitains des diocèses mentionnés devront être ordonnés par l’archevêque de Constantinople, après que les élections auront été dûment accomplies selon la coutume, et devront lui être rapportées. »

Une autre traduction du texte qui nous intéresse dit :

« … Les Pères ont décidé que la Nouvelle Rome, honorée (par la résidence) de l’empereur et du Sénat et jouissant des mêmes privilèges que l’antique ville impériale, doit jouir des mêmes avantages dans l’ordre ecclésiastique et occuper le second rang après elle. »[5]

Toutes ces sources affirment que Constantinople cherchait à obtenir — non pas la même place que Rome — mais la seconde place, après elle. Lorsque je demandai pourquoi il pensait que le canon XXVIII accordait à Constantinople la même place qu’à Rome, il me cita, entre autres arguments, le Dictionnaire patristique et de l’Antiquité chrétienne, qui rapporte : « … et l’on discuta des problèmes relatifs aux relations entre les divers patriarcats d’Orient. Dans ce contexte fut approuvé le canon XXVIII qui insistait sur le second rang de Constantinople, la Nouvelle Rome, derrière Rome, malgré les protestations des délégués romains, pour qui cette gradation portait atteinte à la primauté effective romaine ; Léon ne signerait pas réellement ce canon. Ces discussions closes, le concile fut clos le 1er novembre, de nouveau en présence de l’empereur. »[6]

Ce dictionnaire — cité par mon interlocuteur protestant — reconnaît précisément ce que le texte même du canon énonce explicitement : que Constantinople recherchait la seconde place, derrière Rome.

Exposé du contexte canonique

Un point important et essentiel pour comprendre le contexte de la situation est que Byzance est désormais devenue Constantinople — la nouvelle capitale de l’Empire romain —, et qu’apparaît chez certains évêques le désir d’assimiler la nouvelle capitale impériale à Rome. Cela avait déjà été tenté lors du précédent Concile de Constantinople, en l’an 381 apr. J.-C., dont le Canon III — qui ne fut pas reçu par Rome — disait : « L’évêque de Constantinople, cependant, aura la prérogative d’honneur après l’évêque de Rome, parce que Constantinople est la Nouvelle Rome. » Le problème provenait de la croyance erronée selon laquelle le primat romain devrait son origine à Rome comme ville capitale de l’Empire et non à l’évêque de Rome, légitime successeur de l’Apôtre saint Pierre. De cela, on trouve des témoignages clairs dans les écrits de saint Clément de Rome, Tertullien, saint Irénée de Lyon, Eusèbe, etc.

Ainsi, contrairement à l’opinion protestante, la prétention de Constantinople — qui cherchait à étendre sa juridiction sur les diocèses du Pont, de l’Asie et de la Thrace en se plaçant derrière Rome — fut rejetée. Ce canon n’obtint pas la confirmation du Pape, comme le reconnaissent d’ailleurs les protestants eux-mêmes, mais cela n’implique nullement un rejet de la primauté de l’évêque de Rome.

On pourrait se demander : pourquoi, en ce cas, le Pape a-t-il rejeté un canon qui ne portait pas atteinte à la primauté de l’évêque de Rome ? La réponse est simple. Bien que les Pères de Chalcédoine se contentassent du second rang, exerçant un primat sur l’Orient, cela portait atteinte aux prérogatives des sièges patriarcaux d’Antioche et d’Alexandrie. Le refus de cette nouveauté par les légats pontificaux se comprend aisément, d’autant qu’il pouvait en outre être interprété comme la confirmation d’une tradition susceptible d’accorder à l’avenir à Constantinople autonomie et indépendance. Il convient de souligner que le Concile lui-même, en séance plénière, sollicita l’approbation du Pape pour ledit canon :

« Nous vous demandons de daigner donner votre confirmation à cette décision, et, de même que nous nous soumettons à vous, qui êtes la tête, nous avons confiance que la tête consentira à ses fils ce qui leur convient. »[7]

« Pour prouver que nous n’avons agi ni par partialité pour quiconque, ni par esprit d’opposition contre personne, nous vous faisons connaître toute notre conduite, afin que vous la confirmiez et que vous donniez votre assentiment. »[8]

Le contexte historique

Si l’approbation de l’évêque de Rome n’était pas nécessaire pour confirmer les décisions des conciles — comme l’affirment certaines sources protestantes —, pourquoi envoyer cette missive au Pape pour la solliciter ? Surtout lorsque l’on parle de rien moins que plus de 520 évêques (c’est la plus grande participation alors connue dans un concile œcuménique). Il importe de souligner qu’à l’exception des légats pontificaux et de deux évêques d’Afrique, pratiquement tous étaient des Orientaux.

L’historien Pierre Batiffol dit à ce propos :

« Cette lettre synodale du Concile de Chalcédoine est évidemment très suggestive. Elle entend présenter le canon XXVIII de Chalcédoine comme une simple confirmation du canon III de Constantinople, et il ne faut pas oublier que les évêques du concile de 381 ont légiféré pour l’Orient sans rien exiger du Pape Damase, ni collaboration ni confirmation. En 451, au contraire, le canon XXVIII, voté par le concile, agréé par l’empereur, par le sénat, par la ville de Constantinople, est considéré comme un échec par les légats du Pape Léon, et le concile écrit au Pape pour exiger de lui qu’il le confirme, avec ces termes de déférence envers l’autorité déjà relevés, et qui reconnaissent à cette autorité une véritable souveraineté. Sans Rome, rien ne se fait de ce qui doit être fait pour la foi et pour l’ordre. Le siège de Constantinople attend du siège apostolique la confirmation de ses droits, en reconnaissance du zèle que Rome a toujours témoigné pour la cause de la religion et de la concorde. Nous tenons donc à souligner que cette primauté — à laquelle Constantinople rend hommage — ne repose nullement sur la considération du rang historique et politique de la ville de Rome, mais uniquement sur le privilège apostolique du siège romain. »[9]

Une autre preuve en faveur de la reconnaissance de la primauté pétrinienne par les évêques qui participèrent au concile se trouve dans les actes mêmes du concile.

« C’est la foi des Pères ! C’est la foi des Apôtres ! Nous devons la croire ! Anathème à qui ne la croit pas ! Pierre nous a parlé par Léon… C’est là la véritable foi. »[10]

« Car le très saint et bienheureux Léon, archevêque de la grande et antique Rome, par nous et par le présent très saint Synode, avec le trois fois bienheureux et tout glorieux Pierre, l’Apôtre qui est le roc et le fondement de l’Église catholique et le fondement de la foi orthodoxe… »[11]

Comme si cela ne suffisait pas, Anatolius lui-même, Patriarche de Constantinople, écrivit au Pape Léon Ier pour s’excuser et expliquer le canon XXVIII :

« Quant aux choses que le Concile universel de Chalcédoine a récemment décrétées en faveur de l’Église de Constantinople, que Votre Sainteté soit assurée qu’il n’y eut de ma part aucune faute, moi qui dès ma jeunesse ai toujours aimé la paix et la tranquillité, me tenant dans l’humilité. Ce sont les très révérends clercs de l’Église de Constantinople qui y aspiraient, et ce sont eux, soutenus également par les prêtres de ces contrées, qui y ont consenti. Pourtant, toute la force de confirmation des actes a été réservée à l’autorité de Votre Béatitude. Que Votre Sainteté sache donc en toute assurance que je n’ai rien fait pour faire avancer davantage cette affaire… »[12]

Nous avons ici, de la main même du Patriarche de Constantinople, un résumé de la situation fort différent de celui qu’en donne la perspective protestante, et qui confirme que c’est Constantinople qui cherchait la seconde place. Ce canon fut rejeté par le Pape, et sa décision fut respectée à l’époque.

L’apologète catholique Mark Bonocore commente à ce sujet :

« Ainsi fut réglée l’affaire ; et pendant les six siècles qui suivirent, toutes les Églises d’Orient ne se réfèrent plus qu’aux 27 canons du Concile de Chalcédoine — le Canon XXVIII ayant été déclaré nul et sans effet par le veto de Rome. Cela est confirmé par tous les historiens grecs : Théodore le Lecteur (en 551), Jean Scholastique (en 550) et Denys le Petit (en 550), ainsi que par des papes romains tels que saint Gélase (c. 495), Symmaque (c. 500) — tous parlent des 27 canons du Concile de Chalcédoine. […] Ce sont les hérétiques monophysites qui tentèrent d’exploiter la situation du canon XXVIII en alléguant que le Pape Léon avait rejeté l’autorité du Concile. […] 1 600 ans après, on tente la même chose… »[13]

Pour conclure, je voudrais examiner l’affirmation de l’historien protestant Justo González qui, parlant du Pape Léon Ier, dit : « on a dit qu’il fut véritablement le premier ‘pape’ au sens courant du terme ». Et bien qu’il existe d’abondantes preuves qui démontrent que cela est faux, il suffira de quelques exemples affirmant la primauté de l’évêque de Rome, rédigés bien avant le pontificat de Léon Ier.

« L’évêque Osius dit : “Ceci aussi, qu’un évêque ne passe pas de sa province dans une autre province où il y a des évêques, à moins qu’il n’y soit invité par ses frères, de peur que nous ne semblions fermer la porte de la charité. Il faut aussi pourvoir à ce point : si, dans quelque province, un évêque avait un différend contre un autre évêque, son frère, qu’aucun d’eux n’appelle les évêques d’une autre province. — Et si quelque évêque avait été jugé dans quelque cause et croit avoir une bonne raison pour que le jugement soit renouvelé, s’il vous plaît, honorons la mémoire du très saint Apôtre Pierre : que ceux qui ont examiné la cause, ou les évêques qui habitent la province voisine, écrivent à l’évêque de Rome ; et s’il juge que le jugement doive être renouvelé, qu’il le renouvelle et désigne des juges. Mais s’il juge que la cause est telle qu’il ne faut pas revenir sur ce qui a été fait, ce qu’il aura décrété demeurera confirmé. Cela plaît-il à tous ?” Le Concile répondit affirmativement. L’évêque Gaudence dit : “S’il vous plaît, à cette sentence que vous avez prononcée, pleine de sainteté, il faut ajouter : lorsqu’un évêque aura été déposé par le jugement des évêques qui habitent les lieux voisins et qu’il aura annoncé que son affaire doit être traitée à Rome, qu’aucun autre évêque ne soit en aucune façon ordonné sur le même siège après l’appel de celui dont la déposition est en suspens, tant que la cause n’aura pas été déterminée par le jugement de l’évêque de Rome.” L’évêque Osius dit : “Il a plu également que si un évêque avait été accusé et que les évêques de sa propre région, réunis, l’avaient jugé et déposé de sa dignité, et qu’ayant semblé faire appel il eût eu recours au très bienheureux évêque de l’Église romaine, et que celui-ci eût voulu l’entendre et jugé juste que l’examen fût renouvelé, qu’il daigne écrire aux évêques qui sont dans la province limitrophe et voisine, afin qu’ils procèdent eux-mêmes avec diligence à toute l’enquête et statuent selon la foi de la vérité. Et si celui qui demande que sa cause soit de nouveau entendue, par ses supplications, déterminait l’évêque romain à envoyer de sa part un prêtre, il sera au pouvoir de l’évêque de faire ce qu’il voudra ou jugera bon : et s’il décrétait qu’il faut envoyer des hommes qui jugeraient en étant présents avec les évêques, ayant l’autorité de celui qui les envoie, ce sera à son gré. Mais s’il estimait que les évêques suffisent à mettre un terme à l’affaire, qu’il fasse ce qu’il jugera dans son conseil le plus sage.” »[14]

« Nous ne refusons pas la réponse due à ta consultation, car, en considération de notre charge, il ne nous est pas possible de négliger ni de taire ces choses, nous à qui incombe, plus qu’à tous, un zèle plus grand pour la religion chrétienne. Nous portons les fardeaux de tous ceux qui sont chargés ; ou plutôt, c’est en nous qu’il les porte, le bienheureux Pierre Apôtre qui, comme nous en avons confiance, nous protège et nous défend en tout comme héritiers de son administration. »[15]

« En recherchant les choses de Dieu… en gardant les exemples de l’antique tradition… vous avez véritablement affermi… la vigueur de votre religion, car vous avez approuvé que l’affaire fût renvoyée à notre jugement, sachant ce qui est dû au Siège apostolique, puisque tous ceux qui ont été placés en ce lieu désirent suivre l’Apôtre dont procèdent l’épiscopat même et toute l’autorité attachée à ce nom. En le suivant, nous savons aussi bien condamner le mal qu’approuver ce qui est louable. Et à tout le moins, en gardant par devoir sacerdotal les institutions des Pères, vous ne croyez pas qu’il faille les fouler aux pieds : car eux, non par sentence humaine mais par sentence divine, ont décrété que toute affaire qui se traiterait, fût-elle venue de provinces séparées et lointaines, ne devait pas être tenue pour close avant qu’elle ne parvînt à la connaissance de ce Siège, afin que la décision qui serait juste fût confirmée de toute son autorité et que toutes les Églises en tirassent — comme si toutes les eaux venaient de leur source première, et par les diverses régions du monde entier coulaient les purs ruisseaux d’une source incorruptible — ce qu’elles doivent ordonner, qui elles doivent laver, et qui, tachés d’une fange impossible à nettoyer, l’eau digne des corps purs doit éviter. »[16]

« Bien que la tradition des Pères ait concédé une autorité telle au Siège apostolique que personne n’ait osé discuter son jugement — mais l’ait toujours observé par les canons et par les règles —, et que la discipline ecclésiastique aujourd’hui encore en vigueur ait rendu dans ses lois au nom de Pierre, dont elle-même descend également, la révérence qui lui est due ;… ainsi donc, Pierre étant la tête d’une si grande autorité et ayant été confirmé par l’adhésion de tous les aînés qui l’ont suivie, de sorte que l’Église romaine est confirmée tant par les lois humaines que divines — et il ne vous échappe pas que nous tenons sa place et que nous avons également le pouvoir de son nom, mais vous le savez fort bien, frères très chers, et, comme prêtres, vous devez le savoir — ; cependant, bien que nous ayons une telle autorité que personne ne puisse faire appel de notre sentence, nous n’avons rien fait que nous n’ayons spontanément porté, par nos lettres, à votre connaissance… non pas parce que nous ignorions ce qui devait être fait, ou parce que nous faisions quoi que ce soit qui, allant contre le bien de l’Église, pût déplaire… »[17]

« Par disposition du Seigneur, il appartient au bienheureux Apôtre Pierre, selon la mission qu’il a reçue de Lui, d’avoir soin de l’Église universelle. Et en effet, Pierre sait, par le témoignage de l’Évangile (Mt 16, 18), que l’Église a été fondée sur lui. Et jamais son honneur ne peut se sentir dégagé de responsabilités, car il est certain que le gouvernement de celle-ci dépend de ses décisions. Tout cela justifie que notre sollicitude s’étende jusqu’à ces lieux d’Orient qui, en vertu de la mission qui Nous a été confiée, se trouvent d’une certaine manière devant nos yeux… Loin des prêtres du Seigneur le reproche de s’opposer à la doctrine de nos aînés en tentant une nouvelle usurpation, reconnaissant avoir en particulier pour compétiteur celui en qui le Christ a déposé la plénitude du sacerdoce, et contre qui nul ne pourra se dresser, sous peine de ne pouvoir habiter dans le Royaume des Cieux. À toi, dit-il, je donnerai les clefs du Royaume des Cieux [Mt 16, 19]. Nul n’y entrera sans la grâce de celui qui détient les clefs. Tu es Pierre, dit-il, et sur cette pierre je bâtirai mon Église [Mt 16, 18]. Par conséquent, quiconque désire être distingué devant Dieu par la dignité sacerdotale — puisqu’on parvient à Dieu par l’acceptation de Pierre, en qui, comme nous l’avons rappelé plus haut, a été fondée l’Église de Dieu — doit être doux et humble de cœur [Mt 11, 29], de peur que le disciple rebelle ne commence à subir la peine du docteur dont il a imité l’orgueil… »[18]

Voici un témoignage du Concile œcuménique d’Éphèse, célébré vingt ans avant le Concile de Chalcédoine :

« Il n’est douteux pour personne, bien au contraire, il est connu de tous les siècles, que le saint et très bienheureux Pierre, prince et chef des Apôtres, colonne de la foi et fondement de l’Église catholique, a reçu les clefs du royaume des mains de notre Seigneur Jésus-Christ, sauveur et rédempteur du genre humain, et qu’à lui a été donné le pouvoir de lier et de délier les péchés ; et lui, dans ses successeurs, vit et juge jusqu’à ce jour et pour toujours. »[19]

Il faut souligner l’importance de ces antécédents, car ils constituent des témoignages réels et historiques qui confirment que la primauté de l’évêque de Rome était reconnue par toute l’Église.

Le problème que l’histoire alternative apporte à la cause du christianisme est évident. Le plus grave est la faute morale commise en utilisant des informations inexactes pour avaliser ses propres doctrines[20]. En second lieu, l’histoire alternative présente à celui qui n’est pas chrétien un panorama de désaccord et de confusion qui ne favorise pas son acceptation de l’Évangile. Avec le temps, les divers révisionnismes ont diffusé cette version erronée de l’histoire, qui a entretenu les divisions parmi les croyants et le scandale parmi ceux qui ne le sont pas, entraînant comme résultat la ruine de beaucoup d’âmes. Le chrétien doit « demeurer dans la vérité », comme Jésus nous l’a ordonné comme condition inéluctable de notre salut, car quelle association peuvent avoir la lumière et les ténèbres, la vérité et le mensonge ?[21] Ceux qui se servent de l’histoire alternative pour affirmer leurs propres doctrines ou pour renverser les doctrines originelles de la foi mettent en évidence leur propre erreur, exposant au péril leur propre salut et celui d’autrui.

Notes

  1. César Vidal Manzanares, Diccionario de Patrística, Editorial Verbo Divino, Navarre, Espagne.
  2. Roberto Islas Montes sur labibliaweb.com.
  3. Tiré du même forum sur labibliaweb.com.
  4. Ibid.
  5. Karl Joseph von Hefele — Henri Leclercq, Histoire des Conciles, t. II b, p. 815.
  6. Instituto Patrístico Agustiniano, Diccionario Patrístico y de la Antigüedad Cristiana, vol. 1, article « Chalcédoine ». Éd. A. Di Berardino, publ. Sígueme, Salamanca 1991-1992, p. 347, cité dans le même forum de discussion labibliaweb.com.
  7. Inter Leonis Epist. XCVIII, PL LIV, col. 960.
  8. Karl Joseph von Hefele — Henri Leclercq, Histoire des Conciles, t. II b, p. 837.
  9. Pierre Batiffol, Le Siège apostolique, p. 564-565.
  10. Actes du Concile, Session 2.
  11. Actes du Concile, Session 3.
  12. Patriarche Anatolius de Constantinople au Pape Léon, Lettre 132.
  13. Mark Bonocore, The Council of Chalcedon and the Papacy.
  14. Concile de Sardique (an 343), canons III-V | Eccl. Occid. Monumenta Iuris Antiquissima I, fasc. 2, pars 3, 492 ss. Enchiridion Fontium Historiae Ecclesiasticae Antiquae, 550.
  15. Lettre de Sirice, Ad decessorem, à Himérius, évêque de Tarragone, du 10 février 385. | Epistolae Romanorum Pontificum 624. Regesta Pontificum Romanorum a Condita Ecclesia ad a. p. Chr. n. 1198, 2ª ed., 255. Patrologiae Cursus Completus. Series Latina. 13, 1132 C. Mansi III 655. Conciliorum Collectio Regia Maxima (Labbei et Cossartii) sive: Acta Conciliorum et Epistolae Decretales ac Constitutiones Summorum Pontificum, 847 C.
  16. Lettre In requirendis, aux évêques africains, du 27 janvier 417. | Epistolae Romanorum Pontificum 888 C ; Regesta Pontificum Romanorum a condita Ecclesia, 321 ; Patrologiae Cursus Completus, 20 ; Mansi III 1071.
  17. Lettre Quamvis Patrum traditio aux évêques africains, du 21 mars 418. | Epistolae Romanorum Pontificum a S. Clemente I Usque ad Innocentium III, 944 ; Regesta Pontificum Romanorum a Condita Ecclesia, 342 ; Patrologiae Cursus Completus 20, 676 A ; Mansi IV 366 ; Annales Ecclesiastici de Caesaris Baronii, 418, n. 4.
  18. Lettre Manet Beatum de Boniface Ier à Rufus et aux autres évêques de Macédoine, etc., du 11 mars 422. | Epistolae Romanorum Pontificum a S. Clemente I usque ad Innocentium III, 1035 ; Patrologiae Cursus Completus, 776 ; Das Apostolische Symbol, 363 ; Mansi VIII 754.
  19. Concile d’Éphèse, 431. Discours de Philippe, Légat du Pontife romain, à la session III : Enchiridion Symbolorum (Denzinger), 112.
  20. Jn 8, 44 ; 14, 6.
  21. 2 Co 6, 14.