Au XVIᵉ siècle, un moine du nom de Martin Luther se sépara de l’Église et donna naissance à la Réforme protestante. La pièce maîtresse de sa théologie est connue sous le nom de Sola Fides, ou salut par la « seule foi ». Ceux qui professent cette doctrine soutiennent que l’homme se sauve par la grâce et uniquement par la foi. Les bonnes œuvres, l’accomplissement des commandements ne sont que des conséquences ou des fruits de la foi, et non une condition pour obtenir le salut. Tout au long du présent chapitre, nous ferons un bref tour d’horizon de la doctrine catholique et des hérésies relatives au thème de la grâce et de la liberté humaine.

Bref résumé de la doctrine catholique

Rédemption, Justification

Les catholiques croient qu’après le péché originel, l’homme est tombé de l’état de grâce originelle dans lequel il avait été créé, et que dans cet état il était incapable de se sauver lui-même. C’est là qu’intervient Jésus-Christ qui, par son sacrifice sur la croix, réalise en principe et objectivement la réconciliation des hommes avec Dieu. Nous appelons cet acte admirable la rédemption.

Le mot rédemption vient du latin redemptio, qui correspond à l’hébreu kopher et au grec lytron, qui dans l’Ancien Testament désigne généralement le « prix de la rançon ». Dans le Nouveau Testament, c’est le terme classique qui désigne le « grand prix » que le Rédempteur a payé pour notre libération. La rédemption présuppose l’élévation originelle de l’homme à un état surnaturel et sa chute à travers le péché.

Mais si le Christ est mort pour tous les hommes, tous ne se sauvent pas ; c’est pourquoi chaque individu doit « s’approprier » cette rédemption objective par la rédemption subjective, qui consiste à appliquer le fruit de cette rédemption à chaque individu, et qu’on appelle justification. Ainsi, lorsqu’un homme est justifié, nous disons qu’il est déclaré et rendu juste devant Dieu en vertu du sacrifice du Christ sur la croix.

Grâce et Libre Arbitre

On entend par grâce le don gratuit de la part de Dieu et non mérité de la part de l’homme. Bien que dans ce sens large on puisse parler de grâce naturelle[1], ce terme sera employé ici au sens strict pour désigner un don surnaturel que Dieu, par sa libre bienveillance, accorde à une créature raisonnable pour son salut éternel. Le sacrifice du Christ sur la croix a été un pur acte de grâce, car il l’a accompli sans aucune obligation, par amour et gratuitement.

La grâce est aussi l’aide surnaturelle de Dieu qui pousse l’homme à croire en Lui, puis à persévérer en faisant le bien conformément à sa volonté.

Lorsque l’homme se laisse mouvoir par la grâce et croit, il est justifié par sa foi ; mais il peut aussi résister et ne pas croire. Ce choix de l’homme ne peut être suscité que par Dieu, et sans lui il ne serait pas possible, même s’il s’accomplit avec la coopération de la libre volonté humaine.

Ainsi, Dieu répand sa grâce sur tous les hommes, car comme dit la Bible, il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité[2]. La différence entre l’homme qui décide de croire et celui qui ne croit pas ne réside donc pas dans le fait que Dieu n’aurait pas voulu répandre sa grâce sur l’un ou sur l’autre, mais dans le fait que cet homme, exerçant sa liberté, a accepté ou rejeté les grâces que Dieu lui avait accordées et qui étaient suffisantes pour son salut.

Sanctification

Une fois l’homme justifié, non seulement la justice du Christ lui est imputée, mais il est réellement « rendu juste » (régénéré intérieurement), et il est donc une nouvelle créature. C’est alors que le Saint-Esprit commence l’œuvre de renouvellement, qui n’est pas un simple légalisme où l’homme est déclaré juste tout en demeurant pécheur comme le pensait Luther, mais où l’homme devient réellement juste ; c’est ce que nous appelons la sanctification.

Même après avoir été justifié par sa foi, l’homme conserve la liberté de choisir et peut rejeter la grâce ou la faire fructifier. C’est ce qu’explique la parabole de la vigne[3] : les sarments qui demeurent unis au tronc (le Christ) portent du fruit — les uns davantage, les autres moins — et certains peuvent même ne pas en produire et être coupés.

Cette coopération de la liberté avec la grâce, qui n’est autre que l’exercice du libre arbitre de la personne mû par la grâce, se traduit dans le bon « agir » ; et l’accomplissement des commandements est une condition indispensable au salut. L’homme doit donc agir conformément à la grâce reçue, non seulement en croyant, mais en agissant selon elle.

Si la coopération de la volonté avec la grâce est nécessaire, c’est une erreur de dire que le salut s’accomplit sans intervention humaine (comme le pensaient les réformateurs protestants). Il est en revanche juste de dire que le salut est d’abord l’œuvre de Dieu, et le nôtre de manière subordonnée.

On ne peut pas non plus supposer que si l’homme a la foi, il produira nécessairement de bonnes œuvres, car on exclurait ainsi la possibilité du plein exercice du libre arbitre. L’expérience confirme ce que dit déjà l’Écriture : le croyant justifié peut pécher et tomber, en résistant à la grâce qui lui a été accordée.

C’est pourquoi la seule foi (ou foi fiduciale[4] de Luther) ne sauve pas, mais la foi qui agit par la charité. Nous devons choisir de croire, puis à chaque instant choisir d’agir conformément à la foi. Cette collaboration de la volonté avec la grâce ne doit pas être comprise comme une sorte de paiement par lequel on achèterait le salut à la manière judaïque.

Il ne sera pas difficile, dans cette perspective, de comprendre pourquoi nous serons tous jugés selon nos œuvres au Jugement dernier : par nos œuvres, on verra si nous avons véritablement répondu de façon positive à la grâce de Dieu.

Déviations dans la doctrine de la grâce

Tout au long de l’histoire, il ne manqua pas de déviations dans la doctrine orthodoxe, que ce soit en surestimant ou en dévalorisant le rôle de la grâce et/ou du libre arbitre dans l’œuvre du salut.

Perspective du salut selon Pelage

Pelage était un moine romano-britannique qui s’installa à Rome vers l’an 390 et prêcha la non-nécessité de la grâce divine et de la rédemption du Christ pour le salut, niant par ailleurs l’existence du péché originel. Il soutenait que la corruption de la nature humaine n’est pas innée, mais résulte de mauvais exemples et de mauvaises habitudes, et que les facultés naturelles de l’humanité n’avaient pas été affectées de manière préjudiciable par la chute d’Adam. Il affirmait que les êtres humains peuvent mener des vies de droiture morale et que, pour cette raison, ils méritent le ciel par leurs propres mérites. Il prétendait que la vraie grâce réside dans les dons naturels de l’humanité, notamment le libre arbitre, la raison et la conscience. Il prêchait également ce qu’il appelait des grâces extérieures, telles que la Loi mosaïque et l’enseignement et l’exemple du Christ, qui stimulent la volonté « de l’extérieur », mais sans posséder de puissance divine intrinsèque. La foi et le dogme importaient à peine, car l’essence de la religion était l’action morale. Sa conviction en la perfection morale était due aux influences qu’il avait reçues du stoïcisme[5].

Le stoïcisme fut la philosophie la plus influente dans l’Empire romain durant la période antérieure à l’ascension du christianisme, lorsque l’Empire était encore païen. Les stoïciens, comme les épicuriens, mettaient l’accent sur l’éthique, considérée comme le domaine principal de la connaissance. Il n’est pas surprenant que Pelage, influencé par ces courants philosophiques, ait considéré le salut comme s’obtenant exclusivement par les œuvres. L’homme pouvait mériter le ciel par ses propres mérites, faisant usage exclusif de son libre arbitre, avec lequel il pouvait toujours persévérer dans le bien.

Perspective du salut selon le protestantisme

Martin Luther devint une figure controversée lorsqu’il se sépara de l’Église catholique en prêchant que l’homme se sauve par la seule grâce et par la foi fiduciale ou Seule Foi (Sola Fides). Les bonnes œuvres étaient pour lui un produit naturel de la foi, et il insistait sur le fait qu’elles n’étaient pas nécessaires pour être sauvé. Il prêchait que, puisque le salut est une « grâce » qui s’obtient par la foi, rien d’autre n’était nécessaire, et l’homme pouvait avoir une certitude totale d’être sauvé. Pour lui, il était incompatible de dire que si le salut est une « grâce », les œuvres seraient également nécessaires. Dans ses sermons enflammés, il prêchait qu’il pouvait forniquer vingt-quatre fois par jour sans que cela affecte en quoi que ce soit son salut, puisque celui-ci ne dépendait pas de lui — le Christ l’avait gagné pour lui — et de même qu’il n’avait rien fait pour le recevoir (gratuitement), une fois sauvé, il ne pouvait rien faire pour le perdre. Luther soutenait que sa position était fondée sur l’Écriture, dans Romains 3,28 (« Car nous estimons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la Loi ») et Romains 4,3 (« Abraham crut à Dieu, et cela lui fut compté comme justice »).

À partir de ce moment, cette position devint pour l’essentiel la position officielle de toutes les Églises protestantes évangéliques issues de la Réforme, et c’est encore aujourd’hui la position d’une bonne majorité d’entre elles. Ainsi, évangéliques et fondamentalistes nous assurent avoir une absolue certitude d’être sauvés. Ils concluent de la Bible que le Christ a promis que le ciel leur appartient en échange d’un acte très simple. Tout ce qu’ils doivent faire, c’est « accepter le Christ comme leur sauveur personnel », et l’affaire est réglée. Ils vivront probablement ensuite des vies exemplaires, mais bien vivre n’est pas crucial : selon leur point de vue, cela n’affecte pas leur salut. Peu importe ce qui se passera par la suite, peu importe à quel point ils vivront pécheurs le reste de leurs jours, leur salut est assuré. Le Saint-Esprit pourra peut-être les punir dans cette vie à cause de leurs péchés, mais ils ne pourront en aucune façon perdre leur salut, car celui-ci ne dépend pas de la valeur intrinsèque de leurs âmes ni des effets des péchés qu’ils commettent.

Kenneth E. Hagin, célèbre télévangéliste, affirme que la certitude de ce salut s’obtient en étant « né de nouveau » : « Si vous ne naissez pas de nouveau, vous ne pourrez voir le Royaume de Dieu »[6]. Dans son petit livre The New Birth (La Nouvelle Naissance), Hagin affirme :

« La nouvelle naissance est une nécessité pour être sauvé. Par la nouvelle naissance tu entres dans la juste relation avec Dieu. »

Kenneth affirme que la nouvelle naissance est uniquement le fruit de l’acte d’accepter le Christ comme sauveur personnel ; après cet acte de volonté et de foi, tout est accompli et tu es sauvé pour toujours. Le reste — ceux qui n’ont pas accepté le Christ, y compris ceux qui n’ont jamais entendu parler de lui — peu importe combien de bonnes œuvres ils aient faites, combien droitement ils aient vécu, combien ils aient obéi à la loi naturelle de leur conscience, ils iront en enfer, dans la fournaise de feu, à la damnation éternelle.

Autres perspectives du salut selon d’autres communautés ecclésiales protestantes

Après la Réforme protestante, les Églises évangéliques enseignaient que le salut s’obtenait exclusivement par la foi et qu’une fois obtenu, il ne pouvait se perdre. Mais la paix ne dura guère. Des détracteurs de ces doctrines se levèrent bientôt au sein même de leurs Églises, soutenant qu’il était possible de perdre le salut. Ce mouvement grandit, prit de la force et, jusqu’à nos jours, le débat se poursuit entre Églises évangéliques.

Au XVIIᵉ siècle, Jacobus Arminius prêcha que la libre volonté humaine peut exister sans limiter la puissance de Dieu ni contredire la Bible. Il s’opposait aux doctrines calvinistes qui mettaient l’accent sur la prédestination.

Arminius affirmait que la prédestination était biblique et vraie, c’est-à-dire que Dieu avait destiné certaines personnes au ciel et d’autres à l’enfer, comme l’indique la référence de Jésus aux « brebis et aux boucs ». Mais il insistait davantage sur l’amour de Dieu que sur sa puissance dans le processus par lequel Dieu choisit ceux destinés au paradis.

Après la mort d’Arminius, un groupe de ministres sympathisant avec ses vues développa une théologie systématique et rationnelle fondée sur ses enseignements. Dans leur déclaration publiée en 1610, les arminiens affirmaient que l’élection était conditionnée par la foi, que la grâce pouvait être refusée, que l’œuvre du Christ était destinée à toutes les personnes, et qu’il était possible pour les croyants de tomber en disgrâce.

Au Synode de Dort ou Dordrecht (1618-1619), les calvinistes stricts l’emportèrent sur le groupe des arminiens et condamnèrent ceux qui étaient en désaccord avec leur position. Ils déclarèrent que l’œuvre du Christ était destinée uniquement aux élus pour le salut, que ceux qui croyaient ne pouvaient pas perdre la grâce, et que l’élection de Dieu ne dépendait d’aucune condition. Les évangéliques arminiens furent alors totalement interdits en Hollande par les autres évangéliques calvinistes jusqu’en 1630 et, à partir de cette date, seulement tolérés non sans réserves jusqu’en 1795. Néanmoins, la tradition arminienne se maintint aux Pays-Bas jusqu’à la fin du XXᵉ siècle.

Le théologien britannique John Wesley étudia et confirma l’œuvre d’Arminius dans son mouvement méthodiste au XVIIIᵉ siècle en Angleterre. Pour le peuple, l’arminianisme se résume à l’idée qu’il n’existe pas de prédestination et que les gens sont libres de suivre ou de rejeter l’Évangile.

À partir de là, beaucoup d’Églises évangéliques, à la différence des précédentes, affirment que le salut ne se perd pas, mais qu’il se « refuse », ce qui est en substance une manière élégante de céder, puisqu’au bout du compte c’est la même chose. Quelqu’un qui était hier sur le chemin du ciel peut aujourd’hui être en route vers l’enfer pour n’avoir pas agi conformément à la volonté de Dieu.

Fondement Biblique

L’homme ne peut se sauver lui-même

Il existe de nombreux textes bibliques qui font référence au péché originel et à l’incapacité de l’homme dans l’état de chute à se sauver lui-même :

« Comme en effet par la désobéissance d’un seul homme la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle constituée juste. »[7]

« n’entre pas en jugement avec ton serviteur, nul vivant n’est justifié devant toi. »[8]

« Mais l’homme ne peut acheter son rachat ni payer à Dieu sa rançon. »[9]

« Vois : mauvais je suis né, pécheur ma mère m’a conçu. »[10]

Ces textes étaient présentés par les Pères de l’Église aux pélagiens pour leur prouver que l’homme ne peut rien par ses propres mérites sans l’aide de la grâce.

« Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. »[11]

Le Salut est Grâce

L’Écriture abonde également de textes qui soulignent que le salut n’est pas une grâce que nous recevons en échange de quelque chose, mais qu’il est le fruit de l’amour de Dieu :

« [Dieu] qui nous a sauvés et nous a appelés d’un saint appel, non en considération de nos œuvres, mais conformément à son propre dessein et à sa grâce à nous donnée avant tous les siècles dans le Christ Jésus. »[12]

« il ne s’est pas occupé des œuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint. »[13]

« alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ — c’est par grâce que vous êtes sauvés ! — avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu. »[14]

« Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »[15]

« Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, s’est manifestée… Mais le jour où apparurent la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes… »[16]

Nous sommes justifiés par la Foi

« Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. »[17]

« Ayant donc reçu notre justification de la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ. »[18]

« Le juste vivra de la foi. »[19]

« En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut. L’Écriture ne dit-elle pas : Quiconque croit en lui ne sera pas confondu ? Aussi bien n’y a-t-il pas de distinction entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. »[20]

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. »[21]

« Ils répondirent : “Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et les tiens.” »[22]

« Je vous ai écrit ces choses, à vous qui croyez au nom du Fils de Dieu, pour que vous sachiez que vous avez la vie éternelle. »[23]

Les bonnes œuvres sont nécessaires

Mais de même qu’il est une erreur de nier ou de diminuer le rôle fondamental de la grâce comme le fait le pélagianisme, c’en est également une de nier la coopération de la liberté humaine dans l’œuvre du salut. Ce fut l’erreur fondamentale de Luther qui, dans son ouvrage De servo arbitrio, réduit l’homme à un être purement passif et récepteur de la grâce.

Une mauvaise et fragile exégèse est celle qui fonde sa doctrine uniquement sur certains textes en en ignorant d’autres. Voici quelques textes bibliques qui s’opposent plus frontalement à la doctrine de Luther :

« Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur”, qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Beaucoup me diront en ce jour-là : “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? En ton nom que nous avons chassé les démons ? En ton nom que nous avons fait bien des miracles ?” Alors je leur dirai en face : “Jamais je ne vous ai connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité.” Ainsi, quiconque écoute ces paroles que je viens de dire et les met en pratique, peut se comparer à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n’a pas croulé : c’est qu’elle avait été fondée sur le roc. Et quiconque entend ces paroles que je viens de dire et ne les met pas en pratique, peut se comparer à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont rués sur cette maison, et elle s’est écroulée. Et grande a été sa ruine ! »[24]

Des textes comme celui-ci montrent que la simple profession de foi ne suffit pas, mais qu’il faut faire (agir) la volonté de Dieu. Remarquez que Jésus y parlait précisément de ceux qui avaient professé de leurs lèvres leur foi en Lui (foi fiduciale) et qui Le reconnaissaient comme Seigneur. De ceux-là, Il dit que « Ils n’entreront pas tous », en faisant référence à ceux qui « n’ont pas fait la volonté du Père ».

Il est important de noter que beaucoup de ceux qui sont réprouvés dans ce texte en sont arrivés à prophétiser au nom de Jésus, à chasser des démons et à accomplir des miracles. Jésus ne leur dit pas qu’ils mentent — ils ont effectivement accompli toutes ces œuvres miraculeuses en son nom[25] —, mais ils ne se sont pas sauvés parce qu’ils n’ont pas agi conformément à la volonté de Dieu en gardant les commandements, et c’est pourquoi il leur répond : « Jamais je ne vous ai connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. ».

La leçon à retenir est que le vrai croyant est celui qui « met en pratique » la Parole.

« Mettez la Parole en pratique. Ne soyez pas seulement des auditeurs qui s’abusent eux-mêmes ! Qui écoute la Parole sans la mettre en pratique ressemble à un homme qui observe sa physionomie dans un miroir. Il s’observe, part, et oublie comment il était. »[26]

« Celui donc qui sait faire le bien et ne le fait pas, commet un péché. »[27]

Il arrive souvent que les protestants ne comprennent pas bien la position catholique. Ils ont tendance à voir la nécessité des œuvres comme une forme d’« achat » du salut (ce qui est du pélagianisme). Dans l’Évangile, nous trouvons une parabole qui peut aider à leur faire bien comprendre ce que nous croyons.

« Il en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils. Il envoya ses serviteurs convier les invités aux noces, mais eux ne voulaient pas venir… Alors il dit à ses serviteurs : “La noce est prête, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver.” Ces serviteurs s’en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives. Le roi entra alors pour examiner les convives, et il aperçut là un homme qui ne portait pas la tenue de noces. “Mon ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces ?” L’autre resta muet. Alors le roi dit aux valets : “Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents.” Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »[28]

La parabole fait référence aux noces de l’Agneau (Jésus et son Église). Ceux qui avaient été initialement invités et n’avaient pas voulu venir représentent les Juifs qui ont refusé de croire au Messie ; c’est pourquoi le roi a envoyé chercher sur les chemins quiconque voulait assister (ceux-ci représentent les gentils et les païens).

Parmi tous les invités, beaucoup acceptèrent l’invitation et vinrent à la noce. Ceux qui acceptèrent représentent ceux qui professèrent leur foi en Jésus et l’acceptèrent comme Seigneur. Parmi tous les convives, on trouva cependant quelqu’un qui ne portait pas la « tenue de noces ». Si l’invité ne l’avait pas, ce n’est pas parce qu’il était pauvre ou n’avait pas de quoi l’acheter, car la tenue de noces était fournie par le maître de la fête. Il reste silencieux parce qu’il n’avait aucune raison de ne pas la porter (il n’avait pas voulu la mettre).

La tenue de noces mentionnée dans la parabole symbolise la charité, la vie que doit mener tout chrétien après sa conversion — une vie qui doit être accompagnée d’une obéissance aux commandements et d’une foi qui agit par la charité. Cette idée est réitérée dans tout l’Évangile ; c’est pourquoi, lorsque le jeune homme riche demande à Jésus ce qu’il faut faire pour être sauvé, Jésus lui répond qu’il doit garder les commandements.

« Et voici qu’un homme s’approcha et lui dit : “Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle ?” Il lui dit : “Qu’as-tu à m’interroger sur ce qui est bon ? Un seul est le Bon. Que si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements.” »[29]

Voici quelques textes qui soulignent qu’outre la foi, l’obéissance à Dieu et la charité sont nécessaires :

« après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel. »[30]

« …quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. »[31]

« Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité. »[32]

De tous ces passages, c’est peut-être celui de l’épître de Jacques qui s’oppose le plus frontalement à la doctrine de Luther :

« À quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu’un dise : “J’ai la foi”, s’il n’a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l’un d’entre vous leur dise : “Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous”, sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? Ainsi en est-il de la foi : si elle n’a pas les œuvres, elle est tout à fait morte. Au contraire, on dira : “Toi, tu as la foi, et moi, j’ai les œuvres ? Montre-moi ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par les œuvres que je te montrerai ma foi. Toi, tu crois qu’il y a un seul Dieu ? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent. Veux-tu savoir, homme insensé, que la foi sans les œuvres est stérile ? Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres quand il offrit Isaac, son fils, sur l’autel ? Tu le vois : la foi coopérait à ses œuvres et par les œuvres sa foi fut rendue parfaite. Ainsi fut accomplie cette parole de l’Écriture : Abraham crut à Dieu, cela lui fut compté comme justice et il fut appelé ami de Dieu.” Vous le voyez : c’est par les œuvres que l’homme est justifié et non par la foi seule. De même, Rahab, la prostituée, n’est-ce pas par les œuvres qu’elle fut justifiée quand elle reçut les messagers et les fit partir par un autre chemin ? Comme le corps sans l’âme est mort, de même la foi sans les œuvres est-elle morte. »[33]

Ce texte est si clair qu’il amena Luther à appeler l’épître de Jacques « l’épître de paille »[34].

Harmoniser l’Écriture

De même qu’abondent les textes bibliques qui soulignent la nécessité de la foi, il en existe d’autres qui soulignent la nécessité des œuvres. Sans une exégèse adéquate, on peut trouver des contradictions apparentes entre les uns et les autres. Nous en avons un exemple avec ces deux textes :

« Car nous estimons que l’homme est justifié par la foi sans les œuvres de la Loi. »[35]

« Vous le voyez : c’est par les œuvres que l’homme est justifié et non par la foi seule. »[36]

Des passages comme Romains 3,28, l’Écriture en contient beaucoup : dans les lettres aux Romains et aux Galates, on trouve d’abondantes mentions de ce que le salut de l’homme s’opère par la foi « sans les œuvres de la Loi », tandis que Jacques dit que l’homme est justifié par les œuvres et non par la seule foi. L’Église nous a toujours enseigné que, pour comprendre l’Écriture, il faut étudier le contexte, car c’est par lui que nous pouvons harmoniser les passages et comprendre ce que chacun veut dire. Dans Romains 3,28, l’expression employée n’est pas « œuvres » mais « œuvres de la Loi », du grec ergon nomou, qui signifie littéralement « œuvres de la Torah ». Ce terme est familier dans la prédication moderne sous la forme « œuvres de la Loi » ; il serait cependant plus correctement traduit dans le contexte par « œuvres de la Torah », car la Loi (nomos) dont saint Paul parle tout au long des Romains et des Galates est la « Loi mosaïque », composée non seulement des lois morales ou commandements, mais aussi des lois cérémonielles et des interdictions alimentaires, scellée par la circoncision.

C’est dans ce contexte que saint Paul s’efforçait de faire comprendre aux chrétiens la non-nécessité de l’observance de la Loi mosaïque. Si nous analysons le contexte de ces passages, nous verrons que Paul se trouve là en plein conflit judaïsant, qui fut le premier problème sérieux que rencontra l’Église primitive[37]. Ce conflit éclata lorsqu’un groupe de Juifs attachés à l’ancienne Loi insista pour que les gentils se fassent circoncire s’ils voulaient être sauvés. C’est là que l’Apôtre insiste à maintes reprises sur le fait que les chrétiens ne se justifient pas « par les œuvres de la Loi ».

« Cependant certaines gens descendus de Judée enseignaient aux frères : “Si vous ne vous faites pas circoncire suivant l’usage qui vient de Moïse, vous ne pouvez être sauvés.” »[38]

Saint Paul répond :

« Car la circoncision n’est rien, ni l’incirconcision ; il s’agit d’être une créature nouvelle. »[39]

« Quelle est donc la supériorité du Juif ? Quelle est l’utilité de la circoncision ? »[40]

Luther a mal interprété ces textes et n’a pas compris que lorsqu’il était question des œuvres de la Loi, cela ne faisait pas référence aux œuvres fruits de la foi dont parle l’apôtre Jacques. Ces œuvres non plus n’achètent pas le salut, mais elles sont des conditions pour être sauvés, y compris l’accomplissement des commandements.

Ne pas comprendre les choses ainsi conduit à la doctrine protestante contradictoire qui finit par ignorer ou reléguer au second plan tous les textes bibliques qui soulignent la place de la liberté humaine dans l’œuvre du salut.

« C’est qu’en effet le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon sa conduite. »[41]

« Car il faut que tous nous soyons mis à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun recouvre ce qu’il aura fait pendant qu’il était dans son corps, soit en bien, soit en mal. »[42]

« Et je vis les morts, grands et petits, debout devant le trône ; on ouvrit des livres, puis un autre livre, celui de la vie ; alors, les morts furent jugés d’après le contenu des livres, chacun selon ses œuvres. Et la mer rendit les morts qu’elle gardait, la Mort et l’Hadès rendirent les morts qu’ils gardaient, et chacun fut jugé selon ses œuvres. Alors la Mort et l’Hadès furent jetés dans l’étang de feu — c’est la seconde mort, cet étang de feu — et celui qui ne se trouva pas inscrit dans le livre de vie, on le jeta dans l’étang de feu. »[43]

« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux de droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir.” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ?” Et le Roi leur fera cette réponse : “En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” Alors il dira encore à ceux de gauche : “Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire, j’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli, nu et vous ne m’avez pas vêtu, malade et prisonnier et vous ne m’avez pas visité.” Alors ceux-ci lui demanderont à leur tour : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou prisonnier, et de ne te point secourir ?” Alors il leur répondra : “En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.” Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle. »[44]

Le critère qu’utilisera le Christ pour séparer les « brebis » des « boucs », pour définir si nous nous sauvons ou si nous nous damnons, sera fondé sur les œuvres de miséricorde que nous aurons accomplies — lesquelles procèdent également de la grâce —, d’où l’explication de saint Augustin selon laquelle, en couronnant nos mérites, Dieu couronne ses propres dons.

« C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur des épines ? Ou des figues sur des chardons ? Ainsi tout arbre bon produit de bons fruits, tandis que l’arbre gâté produit de mauvais fruits. »[45]

Sauvé toujours sauvé ?

Une autre doctrine que prêchent aujourd’hui beaucoup d’Églises évangéliques est que le salut ne peut se perdre. Les défenseurs de cette position citent de nombreux textes bibliques qui peuvent être utilisés pour démontrer que le croyant justifié est en état de grâce, mais non pour prouver qu’il ne peut pas tomber de cet état. Nous allons analyser ci-dessous quelques-uns de ces textes :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. »[46]

Les protestants en déduisent que, puisque celui qui « croit » a la « vie éternelle », le fait même que cette vie soit éternelle la rend assurée. Cependant, bien que l’expression « vie éternelle » désigne un état de grâce qui conduira au salut (dans le cas où l’on mourrait en état de grâce), elle n’implique pas que la personne ne puisse pas tomber de cet état par le péché. Nous en avons un exemple dans le texte biblique suivant :

« Quiconque hait son frère est un homicide ; or vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui. »[47]

Dans le passage précédent, Jean parle de quelqu’un qui avait la vie éternelle mais a commencé à nourrir des ressentiments envers son frère. Une fois qu’il a cédé à la haine dans son cœur, cette vie éternelle a cessé de « demeurer » en lui. C’est pourquoi il nous exhorte ensuite à demeurer dans la vie.

« Si quelqu’un, jouissant des biens de ce monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Petits enfants, n’aimons ni de mots ni de langue, mais en actes et en vérité. »[48]

Des textes comme celui-ci montrent qu’avoir été en état de grâce n’implique pas qu’on ne puisse pas en tomber. Dans la parabole de la Vigne, les croyants sont représentés métaphoriquement comme des sarments attachés au tronc de l’arbre (le Christ). La grâce est représentée par la sève qui coule dans les sarments (nous) et sans laquelle ils ne peuvent porter de fruit. Remarquez que les sarments qui cessent de porter du fruit sont coupés :

« Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. »[49]

« Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. »[50]

« Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. »[51]

Plus loin, en terminant la parabole, Jésus explique comment demeurer en Lui :

« Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. »[52]

Un autre passage très utilisé par les protestants pour affirmer que le salut ne peut se perdre est le suivant :

« Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent ; je leur donne la vie éternelle ; elles ne périront jamais et nul ne les arrachera de ma main. Mon Père, quant à ce qu’il m’a donné, est plus grand que tous. Nul ne peut rien arracher de la main du Père. Moi et le Père nous sommes un. »[53]

Ce texte peut servir à prouver que personne ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, mais non à prouver que nous ne pouvons pas le faire nous-mêmes.

« Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, t’attachant à lui ; car là est ta vie… »[54]

L’Écriture regorge de textes qui soulignent qu’il faut persévérer jusqu’à la fin dans le bien pour se sauver.

« Par suite de l’iniquité croissante, l’amour se refroidira chez le grand nombre. Mais celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé. »[55]

« …Reste fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. »[56]

« Et toi, fils d’homme, dis aux enfants de ton peuple : La justice du juste ne le sauvera pas au jour de son crime, et la méchanceté du méchant ne le fera pas succomber au jour où il reviendra de sa méchanceté. Le juste ne peut pas vivre en vertu de sa justice au jour de son péché. Si je dis au juste : “Tu vivras”, mais que lui, se confiant dans sa justice, commette le mal, on ne se souviendra plus de toute sa justice, mais c’est de tout le mal qu’il a commis qu’il mourra. Mais si je dis au méchant : “Tu mourras”, et qu’il revienne de ses péchés et pratique le droit et la justice, s’il rend le gage, restitue ce qu’il a volé, observe les lois qui donnent la vie sans plus faire le mal : il vivra, il ne mourra pas. On ne se souviendra plus de tous les péchés qu’il a commis : il a observé le droit et la justice, il vivra. Les fils de ton peuple disent : “La manière d’agir du Seigneur n’est pas juste.” C’est votre manière d’agir qui n’est pas juste. Lorsque le juste se détourne de sa justice pour commettre le mal, il meurt pour cela. Et lorsque le méchant se détourne de sa méchanceté et pratique le droit et la justice, c’est à cause de cela qu’il vit. Et vous dites : “La manière d’agir du Seigneur n’est pas juste !” Je vous jugerai chacun selon votre conduite, maison d’Israël ! »[57]

Et il y a également des textes qui montrent que nous pouvons perdre le salut :

« Tout athlète se prive de tout ; mais eux, c’est pour obtenir une couronne périssable, nous une impérissable. Et c’est bien ainsi que je cours, moi, non à l’aventure ; c’est ainsi que je fais du pugilat, sans frapper dans le vide. Je meurtris mon corps au contraire et le traîne en esclavage, de peur qu’après avoir servi de héraut pour les autres, je ne sois moi-même disqualifié. »[58]

« Ainsi donc, mes bien-aimés, avec cette obéissance dont vous avez toujours fait preuve, et qui doit paraître, non seulement quand je suis là, mais bien plus encore maintenant que je suis absent, travaillez avec crainte et tremblement à accomplir votre salut. »[59]

« comment nous-mêmes échapperons-nous, si nous négligeons pareil salut ? Celui-ci, inauguré par la prédication du Seigneur, nous a été garanti par ceux qui l’ont entendu. »[60]

Dans Romains 11, saint Paul exhorte les croyants à ne pas se vanter. Beaucoup de nouveaux chrétiens avaient dû s’enorgueillir et mépriser les Juifs. Remarquez comment le peuple de Dieu est comparé à un olivier sur lequel nous, les croyants, sommes greffés. Les Juifs sont les « branches naturelles » et nous l’« olivier sauvage ». La leçon de tout le texte est que nous aussi pouvons être « retranchés » :

« Mais si quelques-unes des branches ont été coupées tandis que toi, sauvageon d’olivier, tu as été greffé parmi elles pour bénéficier avec elles de la sève de l’olivier… Tu diras : On a coupé des branches, pour que, moi, je fusse greffé. Fort bien. Elles ont été coupées pour leur incrédulité, et c’est la foi qui te fait tenir. Ne t’enorgueillis pas ; crains plutôt. Car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, prends garde qu’il ne t’épargne pas davantage. Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : sévérité envers ceux qui sont tombés, et envers toi bonté, pourvu que tu demeures en cette bonté ; autrement tu seras retranché toi aussi. »[61]

Notes

  1. La création, les dons de l’ordre naturel tels que la santé du corps et de l’esprit.
  2. 1 Timothée 2,4
  3. Jean 15
  4. La foi fiduciale désigne la seule confiance en ce que la miséricorde divine remettra les péchés par les mérites de Jésus-Christ (de fide). Le Concile de Trente rejeta les thèses protestantes en ces termes : « Si quelqu’un dit que la foi justifiante n’est rien d’autre que la confiance, ou que c’est cette seule confiance par laquelle nous sommes justifiés, qu’il soit anathème » (DS 1562).
  5. Le stoïcisme est issu d’une école de philosophie occidentale fondée dans la Grèce antique. La philosophie stoïcienne s’est développée à partir de celle des cyniques, dont le fondateur grec, Antisthène, fut disciple de Socrate.
  6. Jean 3,3
  7. Romains 5,19
  8. Psaume 143,2
  9. Psaume 49,8
  10. Psaume 51,7
  11. Jean 15,5
  12. 2 Timothée 1,9
  13. Tite 3,5
  14. Éphésiens 2,5-8
  15. 1 Timothée 2,3-4
  16. Tite 2,11 ; 3,4
  17. Éphésiens 2,8-9
  18. Romains 5,1
  19. Romains 1,17
  20. Romains 10,9-13
  21. Jean 5,24
  22. Actes 16,31
  23. 1 Jean 5,13
  24. Matthieu 7,21-27
  25. En théologie, on appelle gratiae gratis datae des grâces qui, à la différence des gratia gratum faciens (ou grâces de sanctification), sont accordées pour le salut des personnes mais sont indépendantes de la condition morale de celui qui les reçoit.
  26. Jacques 1,22-24
  27. Jacques 4,17
  28. Matthieu 22,2-3.8-14
  29. Matthieu 19,16-17
  30. Hébreux 5,9
  31. 1 Corinthiens 13,2
  32. 1 Corinthiens 13,13
  33. Jacques 2,14-26
  34. À ce sujet, Luther écrivit : « Il faut distinguer entre les livres et les livres. Les meilleurs sont l’Évangile de saint Jean et les épîtres de saint Paul, en particulier celle aux Romains, aux Galates et aux Éphésiens, et la 1ʳᵉ épître de saint Pierre : ce sont eux qui vous révèlent le Christ et vous enseignent tout ce dont vous avez besoin pour votre salut, même si vous ne connaissez aucun autre livre. L’épître de Jacques, en comparaison, n’est que de la paille, car elle ne possède aucun caractère évangélique. » Préface du Nouveau Testament de 1522 (Bibel VI, 10).
  35. Romains 3,28
  36. Jacques 2,24
  37. Raconté au chapitre 15 des Actes des Apôtres
  38. Actes 15,1
  39. Galates 6,15
  40. Romains 3,1
  41. Matthieu 16,27
  42. 2 Corinthiens 5,10
  43. Apocalypse 20,12-15
  44. Matthieu 25,31-46
  45. Matthieu 7,16-17
  46. Jean 5,24
  47. 1 Jean 3,15
  48. 1 Jean 3,17-18
  49. Jean 15,4-5
  50. Jean 15,1-2
  51. Jean 15,6
  52. Jean 15,10
  53. Jean 10,27-30
  54. Deutéronome 30,19-20
  55. Matthieu 24,12-13
  56. Apocalypse 2,10
  57. Ézéchiel 33,12-20
  58. 1 Corinthiens 9,25-27
  59. Philippiens 2,12
  60. Hébreux 2,3
  61. Romains 11,17.19-22