Quelques textes du magistère sur l’origine apostolique des évêques

Note introductive : Toute l’Église est le Corps du Christ, le Peuple de Dieu, le temple de l’Esprit Saint. Et tous les membres de l’Église ont la même dignité fondamentale des enfants de Dieu, ils ont pour tête le Christ et ont pour fin la dilatation du royaume de Dieu. Mais tous n’ont pas les mêmes fonctions au sein de la communauté, ni les mêmes responsabilités. Et cela non seulement en raison de la nécessité inhérente à toute communauté bien organisée, mais par la volonté expresse du Seigneur, qui fonda l’Église sur le ministère apostolique uni dans le roc de Pierre et perpétué jusqu’à la fin des temps en ses successeurs. Ce sont eux qui ont reçu du Christ la mission de fonder et de perpétuer l’Église, en prêchant la parole de Dieu, dont ils furent constitués les dépositaires authentiques ; en conférant les sacrements de la nouvelle Alliance, et en organisant la communauté hiérarchiquement, avec l’autorité reçue du Christ et non par délégation de la communauté. Cela signifie que la structure sacramentelle de l’Église divino-humaine est hiérarchique, c’est-à-dire que la responsabilité ultime concernant la fidèle transmission de la Parole de Dieu, l’administration des sacrements et la direction de l’Église, ne réside pas dans le peuple indifférencié, mais dans cette partie du Peuple de Dieu qui a reçu du Christ, à travers la succession apostolique, la charge d’enseigner, de sanctifier et de régir l’Église. La foi de l’Église affirme que ce sont les évêques. Elle affirme aussi que l’épiscopat a son principe d’unité dans le successeur de Pierre, l’évêque de Rome. Nous transcrivons ici quelques textes du magistère relatifs à l’autorité des évêques comme successeurs des apôtres. Il est à noter que les doutes sur ce thème surgissent dans l’Église presque exclusivement à partir de la Réforme des « protestants », c’est-à-dire quelque quinze siècles après le Christ. Pour cette raison, les prononciations du magistère antérieures à la Réforme sont indirectes.

1.- Lettre du Pape Clément de Rome aux Corinthiens (vers l’an 97)[1]

Saint Clément de Rome

« Les apôtres nous ont annoncé l’Évangile de la part du Seigneur Jésus-Christ ; Jésus-Christ a été envoyé par Dieu. Le Christ vient donc de Dieu, et les apôtres viennent du Christ : l’un et l’autre procèdent avec ordre de la volonté de Dieu. Ayant donc reçu leurs instructions et pleinement rassurés par la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ, et affermis dans la foi par la parole de Dieu, ils s’en allèrent, avec la pleine assurance que leur donnait l’Esprit Saint, annoncer la bonne nouvelle de l’avènement prochain du royaume de Dieu. Et ainsi, prêchant de contrée en contrée et de ville en ville, ils établissaient leurs prémices — après les avoir éprouvés dans l’esprit — comme évêques et diacres de ceux qui devaient croire. […] Nos apôtres aussi ont su, par notre Seigneur Jésus-Christ, qu’il y aurait des rivalités au sujet de la charge épiscopale. C’est pour cette raison que, ayant reçu une parfaite prescience, ils établirent les susdits, et ordonnèrent ensuite que, à leur mort, d’autres hommes éprouvés recueilleraient leur ministère. Ceux donc qui ont été établis par eux, ou plus tard par d’autres hommes éminents, avec l’assentiment de toute l’Église, et qui ont servi de façon irréprochable le troupeau du Christ avec humilité, paisiblement et sans bassesse, en recevant depuis longtemps de tous un bon témoignage : ceux-là, nous estimons qu’il n’est pas juste de les écarter de leur ministère ».[2]

2.- Lettre du Pape Jules I aux Antiochiens (an 341)[3]

Pape Jules I

« Et si vraiment, comme vous le dites, il y avait quelque faute contre eux, le jugement aurait dû être célébré conformément aux normes de l’Église et non de cette manière. On aurait dû nous écrire à tous, afin que fût déterminé par tous ce qui était juste. Car c’étaient des évêques qui étaient éprouvés, et ce n’étaient pas des Églises quelconques qui souffraient, mais celles-là mêmes que les apôtres ont gouvernées personnellement. Pourquoi ne nous a-t-on pas écrit, surtout s’agissant d’Alexandrie ? Ignorez-vous donc que telle est la coutume ? Qu’on nous écrive d’abord, et que d’ici l’on détermine ce qui est juste. Assurément, si quelque soupçon pesait sur l’évêque de là-bas, il fallait l’écrire à l’évêque d’ici (Rome) »[4].

3.- Synode de Sens (sous le Pape Innocent II, an 1140-1141) contre les erreurs de Pierre Abélard

Parmi la liste des erreurs réprouvées par le Synode, on lit la suivante :

« Le pouvoir de lier et de délier fut donné aux seuls Apôtres, non à leurs successeurs »[5]

4.- Concile de Florence, Bulle sur l’union avec les Arméniens (an 1439)

« Le ministre ordinaire — de la confirmation — est l’évêque. Et bien que le simple prêtre puisse administrer les autres onctions, celle-ci ne doit être conférée que par l’évêque, car c’est des seuls Apôtres — dont les évêques tiennent la place — qu’on lit qu’ils donnaient l’Esprit Saint par l’imposition des mains, comme le met en évidence le passage des Actes des Apôtres » (8, 14-17).[6]

5.- Concile de Trente, session XXIII (an 1563)

Concile de Trente

« Et puisque, dans le sacrement de l’Ordre, comme dans le Baptême et la Confirmation, s’imprime un caractère qui ne peut ni s’effacer ni s’ôter, c’est à juste titre que le saint Concile condamne la sentence de ceux qui affirment que les prêtres du Nouveau Testament n’ont qu’un pouvoir temporel, ou pour un temps limité, et que ceux qui ont été légitimement ordonnés peuvent redevenir des laïcs, pourvu seulement qu’ils n’exercent pas le ministère de la prédication. Car quiconque affirmerait que tous les chrétiens sont indistinctement prêtres du Nouveau Testament, ou qu’ils jouissent tous entre eux d’un égal pouvoir spirituel, ne ferait que confondre la hiérarchie ecclésiastique, qui est en elle-même comme une armée rangée en bataille ; et ce serait comme si, contre la doctrine du bienheureux saint Paul, tous étaient Apôtres, tous Prophètes, tous Évangélistes, tous Pasteurs et tous Docteurs. Mû par cela, le saint Concile déclare qu’outre les autres degrés ecclésiastiques, appartiennent en premier lieu à cet ordre hiérarchique les Évêques, qui ont succédé à la place des Apôtres ; qui sont établis par l’Esprit Saint, comme le dit le même Apôtre, pour gouverner l’Église de Dieu (Actes 20, 28) ; qui sont supérieurs aux prêtres ; qui confèrent le sacrement de la Confirmation ; qui ordonnent les ministres de l’Église, et peuvent accomplir bien d’autres choses, dans lesquelles les autres ministres d’ordre inférieur n’ont aucun pouvoir. Le saint Concile enseigne en outre que, pour l’ordination des Évêques, des prêtres et des autres ordres, on ne requiert ni le consentement, ni la vocation, ni l’autorité du peuple, ni d’aucune puissance séculière, ni d’un magistrat, en sorte que sans cela les ordres seraient nuls ; bien au contraire, il décrète que tous ceux qui, destinés et institués seulement par le peuple, ou par la puissance séculière, ou par un magistrat, montent pour exercer ces ministères, et ceux qui se les arrogent par leur propre témérité, ne doivent pas être tenus pour ministres de l’Église, mais pour des voleurs et des larrons qui ne sont pas entrés par la porte. Tels sont les points qu’il a paru bon au sacré Concile d’enseigner de façon générale aux fidèles chrétiens sur le sacrement de l’Ordre ; résolvant en même temps de condamner la doctrine qui leur est contraire, en des canons propres et déterminés, de la manière qui va être exposée, afin que tous, avec l’aide de Jésus-Christ, suivant cette règle de foi, puissent, parmi les ténèbres de tant d’erreurs, connaître aisément les vérités catholiques et les conserver ».

6. Concile Vatican I, session IV (an 1870)

« Or, ce pouvoir du Souverain Pontife est si loin de nuire à ce pouvoir ordinaire et immédiat de juridiction épiscopale par lequel les évêques qui, établis par l’Esprit Saint (cf. Actes 20, 28), ont succédé aux Apôtres, paissent et gouvernent, comme de véritables pasteurs, chacun le troupeau qui lui a été assigné… »[7]

7. Concile Vatican II, Lumen Gentium (1964), n° 19-27.

Concile Vatican II

(Nous n’incluons que les notes qui revêtent une importance particulière ; pour toutes les notes du texte, se reporter à une édition papier. Les sous-titres ne font pas partie du document, ils sont introduits claritate causa)

 

 

L’institution des Apôtres

19. Le Seigneur Jésus, après avoir longuement prié son Père, appela à lui ceux qu’il voulut et en institua douze pour en faire ses compagnons et les envoyer prêcher le Royaume de Dieu (cf. Mc 3, 13-19 ; Mt 10, 1-42) ; à cette institution des Apôtres (cf. Lc 6, 13), il donna la forme d’un collège, c’est-à-dire d’un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi parmi eux (cf. Jn 21, 15-17). Il les envoya aux fils d’Israël d’abord et à toutes les nations (cf. Rm 1, 16) pour que, participant à son pouvoir, ils fassent de tous les peuples ses disciples, pour qu’ils les sanctifient et les gouvernent (cf. Mt 28, 16-20 ; Mc 16, 15 ; Lc 24, 45-48 ; Jn 20, 21-23), propageant ainsi l’Église et remplissant à son égard, sous la conduite du Seigneur, le service pastoral tous les jours jusqu’à la consommation des siècles (cf. Mt 28, 20). Le jour de Pentecôte, ils furent pleinement confirmés dans cette mission (cf. Ac 2, 1-26), selon la promesse du Seigneur : « Vous recevrez une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). En prêchant partout l’Évangile (cf. Mc 16, 20), accueilli par ceux qui l’écoutent grâce à l’action de l’Esprit Saint, les Apôtres rassemblent l’Église universelle que le Seigneur a fondée en ses Apôtres et bâtie sur le bienheureux Pierre, leur chef, le Christ Jésus étant lui-même la pierre suprême d’assise (cf. Ap 21, 14 ; Mt 16, 18 ; Ep 2, 20).

Les Évêques, successeurs des Apôtres

évêques catholiques

20. Cette mission divine confiée par le Christ aux Apôtres est destinée à durer jusqu’à la fin des siècles (cf. Mt 28, 20), étant donné que l’Évangile qu’ils doivent transmettre est pour l’Église principe de toute sa vie, pour toute la durée du temps. C’est pourquoi les Apôtres prirent soin d’instituer, dans cette société hiérarchiquement ordonnée, des successeurs.

En effet, ils n’eurent pas seulement pour leur ministère des auxiliaires divers[8], mais, pour que la mission qui leur avait été confiée pût se continuer après leur mort, ils donnèrent mandat, comme par testament, à leurs coopérateurs immédiats d’achever leur tâche et d’affermir l’œuvre commencée par eux[9], leur recommandant de prendre garde à tout le troupeau dans lequel l’Esprit Saint les avait institués pour paître l’Église de Dieu (cf. Ac 20, 28). Ils instituèrent donc des hommes de ce genre, leur donnant pour la suite charge d’ordonner qu’après leur mort d’autres hommes éprouvés recueillent leur ministère[10]. Parmi les différents ministères qui s’exercent dans l’Église depuis les premiers temps, la première place, au témoignage de la Tradition, appartient à la fonction de ceux qui, établis dans l’épiscopat, dont la ligne se continue depuis les origines[11], sont les instruments de transmission de la semence apostolique[12]. Ainsi, selon le témoignage de saint Irénée, c’est la Tradition apostolique qui se manifeste[13] et se conserve[14] dans le monde entier par ceux que les Apôtres ont faits évêques et par leurs successeurs jusqu’à nous.

Ainsi donc, les Évêques ont reçu, pour l’exercer avec l’aide des prêtres et des diacres, le ministère de la communauté[15], présidant à la place de Dieu le troupeau dont ils sont les pasteurs[16], comme maîtres de doctrine, prêtres du culte sacré et ministres dotés d’autorité[17]. Et de même que demeure la charge accordée par Dieu singulièrement à Pierre comme premier d’entre les Apôtres, et transmise à ses successeurs, ainsi demeure la charge des Apôtres de paître l’Église, charge que l’ordre sacré des Évêques exerce sans interruption[18]. C’est pourquoi ce saint Synode enseigne que les Évêques, en vertu de l’institution divine, ont succédé à la place des Apôtres[19] comme pasteurs de l’Église, en sorte que qui les écoute, écoute le Christ, qui les méprise, méprise le Christ et celui qui l’a envoyé (cf. Lc 10, 16)[20].

L’épiscopat comme sacrement

Esprit de Dieu

21. Ainsi donc, en la personne des Évêques, que les prêtres assistent, c’est le Seigneur Jésus-Christ, Pontife suprême, qui est présent au milieu des croyants. Car, assis à la droite de Dieu le Père, il ne fait pas défaut au corps de ses pontifes ; c’est par eux en tout premier lieu, par leur service éminent, qu’il prêche la Parole de Dieu à toutes les nations et administre continuellement aux croyants les sacrements de la foi ; c’est par leur paternelle fonction (cf. 1 Co 4, 15) qu’il intègre à son Corps, par la régénération surnaturelle, des membres nouveaux ; c’est enfin par leur sagesse et leur prudence qu’il dirige et oriente le peuple du Nouveau Testament dans son pèlerinage vers l’éternelle béatitude. Ces pasteurs, choisis pour paître le troupeau du Seigneur, sont les ministres du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu (cf. 1 Co 4, 1) ; à eux a été confiée la charge de rendre témoignage de l’Évangile de la grâce de Dieu (cf. Rm 15, 16 ; Ac 20, 24) et d’exercer le ministère glorieux de l’Esprit et de la justice dans la gloire (cf. 2 Co 3, 8-9).

Pour remplir de si hautes charges, les Apôtres furent enrichis par le Christ d’une effusion spéciale de l’Esprit Saint descendant sur eux (cf. Ac 1, 8 ; 2, 4 ; Jn 20, 22-23) ; eux-mêmes, par l’imposition des mains, transmirent à leurs collaborateurs le don de l’Esprit (cf. 1 Tm 4, 14 ; 2 Tm 1, 6-7) qui s’est communiqué jusqu’à nous à travers la consécration épiscopale. Ce saint Synode enseigne que, par la consécration épiscopale, est conférée la plénitude du sacrement de l’Ordre, que la coutume liturgique de l’Église et la voix des saints Pères désignent sous le nom de sacerdoce suprême, réalité totale du ministère sacré[21]. La consécration épiscopale, en même temps que la charge de sanctification, confère aussi les charges d’enseigner et de gouverner, lesquelles cependant, de par leur nature, ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres. En effet, la Tradition, qui s’exprime surtout par les rites liturgiques et par l’usage de l’Église tant orientale qu’occidentale, montre à l’évidence que par l’imposition des mains et les paroles de la consécration la grâce de l’Esprit Saint est donnée[22] et le caractère sacré imprimé, de telle sorte que les Évêques, d’une façon éminente et patente, tiennent la place du Christ lui-même, Maître, Pasteur et Pontife, et agissent en sa personne[23]. Aux Évêques il revient d’introduire, par le sacrement de l’Ordre, de nouveaux élus dans le corps épiscopal.

Le Collège des Évêques et son Chef

Le Pape François et la Hiérarchie

22. De même que, par la disposition du Seigneur, saint Pierre et les autres Apôtres constituent un seul collège apostolique, de la même manière le Pontife romain, successeur de Pierre, et les Évêques successeurs des Apôtres forment un tout entre eux. Déjà la plus antique discipline, en vertu de laquelle les Évêques établis dans le monde entier vivaient en communion entre eux et avec l’évêque de Rome par le lien de l’unité, de la charité et de la paix[24], et de même la réunion de Conciles[25], où l’on décidait en commun de toutes les questions les plus importantes[26] par une décision que l’avis de l’ensemble permettait d’équilibrer[27], tout cela manifeste le caractère et la nature collégiale propres de l’ordre épiscopal. Ce caractère est manifestement prouvé par le fait des Conciles œcuméniques tenus tout au long des siècles. On le trouve aussi évoqué dans l’usage, introduit dès les temps anciens, d’appeler plusieurs Évêques à prendre part au rite de la consécration lorsqu’un nouvel élu doit être élevé au ministère du sacerdoce suprême. C’est en vertu de la consécration sacramentelle et par la communion hiérarchique avec le Chef et les membres du Collège que quelqu’un est fait membre du corps épiscopal.

Le Collège ou corps épiscopal, quant à lui, n’a d’autorité que si on l’entend comme uni au Pontife romain, successeur de Pierre, comme à son Chef, et sans préjudice pour le pouvoir du primat qui s’étend à tous, pasteurs et fidèles. En effet, le Pontife romain a sur l’Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Église, un pouvoir plénier, suprême et universel, qu’il peut toujours exercer librement. L’ordre des Évêques, qui succède au collège apostolique dans le magistère et le gouvernement pastoral, bien mieux dans lequel le corps apostolique se perpétue sans interruption, constitue lui aussi, en union avec le Pontife romain, son Chef, et jamais en dehors de ce Chef, le sujet du pouvoir suprême et plénier sur toute l’Église, pouvoir cependant qui ne peut s’exercer qu’avec le consentement du Pontife romain. Le Seigneur a fait du seul Simon la pierre de son Église, à lui seul il en a remis les clés (cf. Mt 16, 18-19) ; il l’a institué pasteur de tout son troupeau (cf. Jn 21, 15 s.) ; mais cette charge de lier et de délier qui a été donnée à Pierre (Mt 16, 19) a été aussi donnée, sans aucun doute, au collège des Apôtres uni à son Chef (Mt 18, 18 ; 28, 16-20). Ce collège, en tant qu’il est composé de plusieurs, exprime la variété et l’universalité du Peuple de Dieu, et, en tant qu’il est rassemblé sous un seul Chef, l’unité du troupeau du Christ. Dans ce collège, les Évêques, fidèles à respecter le primat et l’autorité de leur Chef, exercent un pouvoir propre pour le bien de leurs fidèles, et même de toute l’Église, l’Esprit Saint assurant sans cesse, par sa force, la structure et la concorde de son organisme. Le pouvoir suprême dont ce collège jouit sur l’Église universelle s’exerce solennellement dans le Concile œcuménique. Il n’y a jamais de Concile œcuménique qui ne soit confirmé comme tel, ou du moins accepté, par le successeur de Pierre ; et c’est la prérogative du Pontife romain de convoquer ces Conciles, de les présider et de les confirmer. Ce même pouvoir collégial peut être exercé, en union avec le Pape, par les Évêques répartis sur la surface de la terre, pourvu que le Chef du collège les appelle à agir collégialement, ou du moins qu’il approuve ou accepte librement l’action commune des Évêques dispersés, en sorte qu’il en résulte un véritable acte collégial.

Relations des Évêques au sein de l’Église

23. L’unité collégiale apparaît aussi dans les relations mutuelles de chacun des Évêques avec les Églises particulières et avec l’Église universelle. Le Pontife romain, comme successeur de Pierre, est le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité qui lie entre eux soit les Évêques, soit la multitude des fidèles. Les Évêques sont, chacun pour sa part, le principe et le fondement de l’unité dans leurs Églises particulières[28], formées à l’image de l’Église universelle ; c’est en elles et par elles qu’existe l’Église catholique une et unique[29]. C’est pourquoi chaque Évêque représente son Église, et tous ensemble, avec le Pape, représentent l’Église universelle dans le lien de la paix, de l’amour et de l’unité.

Chacun des Évêques, placé à la tête d’une Église particulière, exerce son autorité pastorale sur la portion du Peuple de Dieu qui lui a été confiée, et non sur les autres Églises ni sur l’Église universelle. Mais, comme membres du collège épiscopal et légitimes successeurs des Apôtres, ils sont tous tenus, à l’égard de l’Église universelle, de par l’institution et le précepte du Christ, à cette sollicitude qui est éminemment profitable à l’Église universelle, même si elle ne s’exerce pas par un acte de juridiction. Tous les Évêques, en effet, doivent promouvoir et servir l’unité de la foi et la discipline commune de l’ensemble de l’Église, former les fidèles à l’amour envers tout le Corps mystique du Christ, surtout envers ses membres pauvres, souffrants, et envers ceux qui subissent persécution pour la justice (cf. Mt 5, 10) ; ils doivent enfin promouvoir toute l’activité qui est commune à l’ensemble de l’Église, surtout en vue du progrès de la foi et pour que la lumière de la pleine vérité se lève sur tous les hommes. D’ailleurs, il est bien établi que, en gouvernant leur propre Église comme une portion de l’Église universelle, ils contribuent efficacement au bien de tout le Corps mystique, qui est aussi le Corps des Églises[30].

Le soin d’annoncer l’Évangile dans le monde entier revient au corps des pasteurs : à eux tous, en commun, le Christ a donné mandat en leur imposant un devoir commun, selon ce que déjà le pape Célestin rappelait aux Pères du Concile d’Éphèse. C’est pourquoi les Évêques, chacun pour sa part, dans toute la mesure où l’accomplissement de sa propre charge le lui permet, doivent accepter d’entrer en communauté d’effort entre eux et avec le successeur de Pierre, à qui a été confiée, à titre singulier, la charge considérable de propager le nom chrétien. C’est pourquoi ils doivent, de toutes leurs forces, contribuer à fournir aux missions et des ouvriers de la moisson et les secours spirituels et matériels, tant par eux-mêmes directement qu’en suscitant la fervente coopération des fidèles. Il faut enfin que les Évêques se prêtent volontiers, selon l’antique et vénérable exemple, à fournir, dans la communion universelle de la charité, un secours fraternel aux autres Églises, surtout les plus proches et les plus dépourvues, au sein de cette universelle société de la charité.

La divine Providence a voulu que les diverses Églises établies en divers lieux par les Apôtres et leurs successeurs se rassemblent au cours des temps en plusieurs groupes organiquement réunis qui, sans préjudice pour l’unité de la foi et pour l’unique constitution divine de l’Église universelle, jouissent de leur propre discipline, de leur propre usage liturgique, de leur patrimoine théologique et spirituel. Certaines parmi elles, notamment les antiques Églises patriarcales, jouèrent le rôle de sources de foi en engendrant d’autres Églises comme leurs filles, avec lesquelles, jusqu’à aujourd’hui, un lien plus étroit de charité les relie dans la vie sacramentelle et dans le respect mutuel des droits et des devoirs. Cette variété des Églises locales montre avec plus d’éclat, par leur convergence dans l’unité, la catholicité de l’Église indivise. De même, les Conférences épiscopales peuvent aujourd’hui contribuer de façons multiples et fécondes à ce que le sentiment de la collégialité ait une application concrète.

Le ministère des Évêques

évêques

24. Les Évêques, en tant que successeurs des Apôtres, reçoivent du Seigneur, à qui tout pouvoir a été donné dans le ciel et sur la terre, la mission d’enseigner toutes les nations et de prêcher l’Évangile à toute créature, afin que tous les hommes, par la foi, le baptême et l’accomplissement des commandements, obtiennent le salut (cf. Mt 28, 18 ; Mc 16, 15-16 ; Ac 26, 17 s.). Pour remplir cette mission, le Christ Seigneur a promis aux Apôtres l’Esprit Saint et, le jour de Pentecôte, l’a envoyé du ciel afin que, par sa vertu, ils soient ses témoins jusqu’à l’extrémité de la terre devant les nations, les peuples et les rois (cf. Ac 1, 8 ; 2, 1 s. ; 9, 15). Cette charge, que le Seigneur a confiée aux pasteurs de son peuple, est un véritable service : dans la Sainte Écriture, il est expressément appelé « diakonia » ou ministère (cf. Ac 1, 17.25 ; 21, 19 ; Rm 11, 13 ; 1 Tm 1, 12).

La mission canonique des Évêques peut être donnée soit par le moyen des coutumes légitimes que le pouvoir suprême et universel de l’Église n’a pas révoquées, soit par le moyen des lois portées ou reconnues par cette même autorité, soit directement par le successeur de Pierre lui-même ; et si celui-ci s’y oppose ou refuse la communion apostolique, les Évêques ne peuvent pas être mis en charge.

L’office d’enseigner des Évêques

25. Parmi les charges principales des Évêques, la prédication de l’Évangile est la première. Les Évêques sont, en effet, les hérauts de la foi, amenant au Christ de nouveaux disciples, et les docteurs authentiques, c’est-à-dire pourvus de l’autorité du Christ, prêchant au peuple qui leur est confié la foi qui doit régler sa pensée et sa conduite, faisant rayonner cette foi sous la lumière de l’Esprit Saint, dégageant du trésor de la Révélation le neuf et l’ancien (cf. Mt 13, 52), faisant fructifier la foi et veillant à écarter les erreurs qui menacent leur troupeau (cf. 2 Tm 4, 1-4). Les Évêques qui enseignent en communion avec le Pontife romain ont droit, de la part de tous, au respect qui convient à des témoins de la vérité divine et catholique ; les fidèles doivent adhérer à la pensée que leur Évêque exprime au nom du Christ en matière de foi et de mœurs, et lui donner l’assentiment religieux de leur esprit. Cet assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence est dû, à un titre singulier, au magistère authentique du Pontife romain, même lorsqu’il ne parle pas ex cathedra ; en sorte que son magistère suprême soit reconnu avec respect et que l’on adhère sincèrement aux sentences qu’il a émises, selon sa pensée et sa volonté manifestées, lesquelles se révèlent principalement soit par la nature des documents, soit par l’insistance à proposer une même doctrine, soit encore par la manière même de s’exprimer.

Quoique les Évêques, pris un à un, ne jouissent pas de la prérogative de l’infaillibilité, cependant, lorsque, même dispersés à travers le monde, mais gardant entre eux et avec le successeur de Pierre le lien de la communion, ils s’accordent pour enseigner authentiquement qu’une doctrine concernant la foi et les mœurs s’impose de manière absolue, alors c’est la doctrine du Christ qu’infailliblement ils expriment. La chose est encore plus manifeste quand, réunis dans un Concile œcuménique, ils sont, pour l’ensemble de l’Église, des docteurs et des juges en matière de foi et de mœurs, aux définitions desquels il faut adhérer dans l’obéissance de la foi. Cette infaillibilité, dont le divin Rédempteur a voulu pourvoir son Église pour définir la doctrine concernant la foi et les mœurs, s’étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine, à conserver saintement et à exposer fidèlement.

De cette infaillibilité, le Pontife romain, Chef du collège des Évêques, jouit du fait même de sa charge quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, chargé d’affermir ses frères dans la foi (cf. Lc 22, 32), il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs. C’est pourquoi ses définitions sont dites, à juste titre, irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église, étant prononcées sous l’assistance du Saint-Esprit qui lui a été promise en la personne de saint Pierre, et n’ayant donc besoin d’aucune approbation d’autrui ni de recours à un autre jugement. Car alors le Pontife romain ne prononce pas une sentence en tant que personne privée, mais, comme maître suprême de l’Église universelle, en qui réside à titre singulier le charisme de l’infaillibilité de l’Église elle-même, il expose et défend la doctrine de la foi catholique. L’infaillibilité promise à l’Église réside aussi dans le corps des Évêques quand il exerce le magistère suprême avec le successeur de Pierre. À ces définitions ne peut jamais faire défaut l’assentiment de l’Église, en raison de l’action du même Esprit Saint par laquelle le troupeau tout entier du Christ est conservé et progresse dans l’unité de la foi.

Lorsque le Pontife romain, ou le corps des Évêques avec lui, définit une sentence, ils la prononcent conformément à la Révélation elle-même, à laquelle tous doivent se tenir et se conformer, Révélation qui, transmise intégralement sous forme écrite ou par la tradition à travers la succession légitime des Évêques et avant tout par le soin du Pontife romain lui-même, est scrupuleusement conservée dans l’Église et fidèlement exposée sous la lumière de l’Esprit de vérité. Le Pontife romain et les Évêques, en raison de leur charge et de la gravité de la chose, s’appliquent avec zèle, par les moyens appropriés, à scruter comme il convient cette Révélation et à l’énoncer correctement ; mais ils ne reçoivent aucune nouvelle révélation publique appartenant au dépôt divin de la foi.

L’office de sanctifier des Évêques

Évêque

26. L’Évêque, revêtu de la plénitude du sacrement de l’Ordre, est « le dispensateur de la grâce du sacerdoce suprême », en particulier dans l’Eucharistie qu’il offre lui-même ou dont il assure l’oblation[31], et d’où l’Église tire continuellement vie et croissance. Cette Église du Christ est vraiment présente en toutes les légitimes assemblées locales de fidèles qui, unies à leurs pasteurs, reçoivent elles aussi, dans le Nouveau Testament, le nom d’Églises[32]. Elles sont, en effet, chacune en son lieu, le peuple nouveau appelé par Dieu dans l’Esprit Saint et dans une grande plénitude (cf. 1 Th 1, 5). En elles, les fidèles sont rassemblés par la prédication de l’Évangile du Christ, et le mystère de la Cène du Seigneur est célébré « afin que, par la Chair et le Sang du Seigneur, se resserre en un seul corps toute la fraternité ». Chaque fois que la communauté de l’autel se réalise, sous le ministère sacré de l’Évêque[33], se manifeste le symbole de cette charité et de « cette unité du Corps mystique du Christ sans laquelle il ne peut y avoir de salut »[34]. Dans ces communautés, si petites et pauvres qu’elles puissent être souvent, ou dispersées, le Christ est présent, par la vertu duquel se constitue l’Église une, sainte, catholique et apostolique[35]. Car « la participation au corps et au sang du Christ n’a pas d’autre effet que de nous faire passer en ce que nous recevons »[36].

Or, toute célébration légitime de l’Eucharistie est dirigée par l’Évêque, à qui est confiée la charge de présenter à la Majesté divine le culte de la religion chrétienne et de le régler selon les préceptes du Seigneur et les lois de l’Église, auxquelles il apporte pour son diocèse, par son jugement propre, les déterminations ultérieures.

Ainsi, les Évêques, en priant et en travaillant pour le peuple, répandent sur lui en abondance et sous des formes diverses la plénitude de la sainteté du Christ. Par le ministère de la Parole, ils communiquent aux croyants, en vue de leur salut, la vertu de Dieu (cf. Rm 1, 16), et, par les sacrements dont ils règlent par leur autorité la distribution régulière et féconde[37], ils sanctifient les fidèles. Ils dirigent la collation du baptême, par lequel est accordée la participation au sacerdoce royal du Christ. Ils sont les ministres originaires de la confirmation, les dispensateurs des ordres sacrés et les modérateurs de la discipline pénitentielle ; ils exhortent et instruisent avec zèle leur peuple pour qu’il remplisse avec foi et respect son rôle dans la liturgie, et surtout dans le saint sacrifice de la messe. Ils doivent enfin, par l’exemple de leur vie, aider ceux à la tête desquels ils sont placés, en préservant leurs mœurs de tout mal et en les orientant, autant qu’ils le peuvent avec l’aide du Seigneur, vers le bien, afin de parvenir, avec le troupeau qui leur a été confié, à la vie éternelle.

Office des Évêques de gouverner

27. Les Évêques gouvernent les Églises particulières qui leur sont confiées comme vicaires et légats du Christ, par leurs conseils, leurs encouragements et leurs exemples, mais aussi par leur autorité et l’exercice du pouvoir sacré, dont ils n’usent cependant que pour édifier leur troupeau dans la vérité et la sainteté, se souvenant que celui qui est le plus grand doit se faire le plus petit, et celui qui commande, le serviteur (cf. Lc 22, 26-27). Ce pouvoir, qu’ils exercent personnellement au nom du Christ, est un pouvoir propre, ordinaire et immédiat ; son exercice est cependant réglé en dernier ressort par l’autorité suprême de l’Église et peut être resserré en certaines limites, en considération de l’utilité de l’Église ou des fidèles. En vertu de ce pouvoir, les Évêques ont le droit sacré, et devant Dieu le devoir, de porter des lois obligatoires pour leurs sujets, de rendre les jugements et de régler tout ce qui concerne le culte et l’organisation de l’apostolat.

La charge pastorale, c’est-à-dire le soin habituel et quotidien de leurs brebis, leur est pleinement remise ; on ne doit pas les considérer comme des vicaires des Pontifes romains, car ils exercent un pouvoir qui leur est propre et sont, en toute vérité, appelés les chefs des peuples qu’ils gouvernent. Leur pouvoir n’est donc nullement effacé par le pouvoir suprême et universel ; au contraire, il est affermi, renforcé et défendu par lui, l’Esprit Saint maintenant indéfectiblement la forme de gouvernement établie par le Christ Seigneur dans son Église.

L’Évêque, envoyé par le Père de famille pour gouverner sa maison, doit avoir sous les yeux l’exemple du Bon Pasteur, venu non pour être servi, mais pour servir (cf. Mt 20, 28 ; Mc 10, 45) et pour donner sa vie pour ses brebis (cf. Jn 10, 11). Pris parmi les hommes et enveloppé de faiblesse, il peut compatir à ceux qui sont dans l’ignorance et l’erreur (cf. He 5, 1-2). Qu’il ne refuse pas d’écouter ses sujets, qu’il entoure comme de vrais fils et qu’il exhorte à collaborer volontiers avec lui. Devant rendre compte de leurs âmes à Dieu (cf. He 13, 17), qu’il ait soin d’eux, par la prière, la prédication et toutes les œuvres de charité, mais aussi de ceux qui ne font pas encore partie de l’unique troupeau et qu’il doit considérer comme lui étant confiés dans le Seigneur. Débiteur envers tous, comme l’apôtre Paul, il doit être prêt à évangéliser tous les hommes (cf. Rm 1, 14-15) et à exhorter ses fidèles à l’activité apostolique et missionnaire. Quant aux fidèles, ils doivent s’attacher à leur Évêque comme l’Église s’attache à Jésus-Christ, et comme Jésus-Christ s’attache au Père, afin que toutes choses s’accordent dans l’unité[38] et croissent pour la gloire de Dieu (cf. 2 Co 4, 15).

8.- Catéchisme de l’Église Catholique (an 1992), n° 857-865

L’Église est apostolique

succession apostolique

857 L’Église est apostolique parce qu’elle est fondée sur les apôtres, et cela en un triple sens :

— elle a été et demeure bâtie sur « le fondement des apôtres » (Ep 2, 20 ; Ap 21, 14), témoins choisis et envoyés en mission par le Christ lui-même (cf. Mt 28, 16-20 ; Ac 1, 8 ; 1 Co 9, 1 ; 15, 7-8 ; Ga 1, 1 ; etc.) ;

— elle garde et transmet, avec l’aide de l’Esprit qui habite en elle, l’enseignement (cf. Ac 2, 42), le bon dépôt, les saines paroles entendues des apôtres (cf. 2 Tm 1, 13-14) ;

— elle continue à être enseignée, sanctifiée et dirigée par les apôtres jusqu’au retour du Christ, grâce à ceux qui leur succèdent dans leur charge pastorale : le collège des évêques, « assisté par les prêtres, en union avec le successeur de Pierre, pasteur suprême de l’Église » (AG 5) :

Père éternel, tu n’abandonnes pas ton troupeau, mais tu le gardes par tes bienheureux apôtres sous ta constante protection. Tu le diriges encore par ces mêmes pasteurs qui continuent aujourd’hui l’œuvre de ton Fils (MR, Préface des apôtres).

La mission des apôtres

858 Jésus est l’Envoyé du Père. Dès le début de son ministère, il « appela à lui ceux qu’il voulut, et il en institua Douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher » (Mc 3, 13-14). Dès lors, ils seront ses « envoyés » (ce que signifie le mot grec apostoloi). En eux continue sa propre mission : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21 ; cf. 13, 20 ; 17, 18). Leur ministère est donc la continuation de sa propre mission : « Qui vous accueille, m’accueille », dit-il aux Douze (Mt 10, 40 ; cf. Lc 10, 16).

859 Jésus les unit à sa mission reçue du Père : comme « le Fils ne peut rien faire de lui-même » (Jn 5, 19.30), mais reçoit tout du Père qui l’a envoyé, ainsi ceux que Jésus envoie ne peuvent rien faire sans lui (cf. Jn 15, 5), de qui ils reçoivent le mandat de mission et le pouvoir de l’accomplir. Les apôtres du Christ savent donc qu’ils sont qualifiés par Dieu comme « ministres d’une alliance nouvelle » (2 Co 3, 6), « ministres de Dieu » (2 Co 6, 4), « en ambassade pour le Christ » (2 Co 5, 20), « serviteurs du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu » (1 Co 4, 1).

860 Dans la charge des apôtres, il y a un aspect intransmissible : être les témoins choisis de la Résurrection du Seigneur et les fondements de l’Église. Mais il y a aussi un aspect permanent de leur charge. Le Christ leur a promis de rester avec eux jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20). « La mission divine confiée par Jésus aux apôtres est destinée à durer jusqu’à la fin des siècles, étant donné que l’Évangile qu’ils doivent transmettre est pour l’Église principe de toute sa vie, pour toute la durée du temps. C’est pourquoi les apôtres prirent soin d’instituer (…) des successeurs » (LG 20).

Les évêques successeurs des apôtres

861 « Pour que la mission qui leur avait été confiée pût se continuer après leur mort, les apôtres donnèrent mandat, comme par testament, à leurs coopérateurs immédiats d’achever leur tâche et d’affermir l’œuvre commencée par eux, leur recommandant de prendre garde au troupeau dans lequel l’Esprit Saint les avait institués pour paître l’Église de Dieu. Ils instituèrent donc des hommes de ce genre, et disposèrent par la suite qu’après leur mort d’autres hommes éprouvés recueilleraient leur ministère » (LG 20 ; cf. S. Clément de Rome, Cor. 42 ; 44).

862 « De même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier des apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une charge permanente, permanente est également la charge confiée aux apôtres d’être les pasteurs de l’Église, charge dont l’ordre sacré des évêques doit assurer la pérennité ». C’est pourquoi l’Église enseigne que « les évêques, en vertu de l’institution divine, succèdent aux apôtres, comme pasteurs de l’Église, en sorte que qui les écoute, écoute le Christ, qui les rejette, rejette le Christ et celui qui a envoyé le Christ » (LG 20).

L’apostolat

863 Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle demeure, à travers les successeurs de saint Pierre et des apôtres, en communion de foi et de vie avec son origine. Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle est « envoyée » dans le monde entier ; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont part à cet envoi. « La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat. » On appelle « apostolat » « toute activité du Corps mystique » qui tend à « étendre le règne du Christ à toute la terre » (AA 2).

864 « Le Christ, envoyé par le Père, étant la source et l’origine de tout l’apostolat de l’Église », il est évident que la fécondité de l’apostolat, celui des ministres ordonnés comme celui des laïcs, dépend de leur union vitale avec le Christ (cf. Jn 15, 5 ; AA 5). Selon les vocations, les appels du temps et les dons variés du Saint-Esprit, l’apostolat prend les formes les plus diverses. Mais c’est toujours la charité, puisée surtout dans l’Eucharistie, « qui est comme l’âme de tout apostolat » (AA 3).

865 L’Église est une, sainte, catholique et apostolique dans son identité profonde et ultime, parce que c’est en elle qu’existe déjà et sera accompli à la fin des temps « le Royaume des cieux », « le Règne de Dieu » (cf. Ap 19, 6), advenu dans la Personne du Christ et grandissant mystérieusement au cœur de ceux qui lui sont incorporés, jusqu’à sa pleine manifestation eschatologique. Alors tous les hommes rachetés par lui, rendus en lui « saints et immaculés en présence de Dieu dans l’Amour » (cf. Ep 1, 4), seront rassemblés comme l’unique Peuple de Dieu, « l’Épouse de l’Agneau » (Ap 21, 9), « la Cité sainte descendant du ciel, d’auprès de Dieu, ayant en elle la gloire de Dieu » (Ap 21, 10-11) ; et « le rempart de la ville repose sur douze assises portant chacune le nom de l’un des douze apôtres de l’Agneau » (Ap 21, 14).

Source : Apologetica.org

NOTAS

  1. Sur l’autorité de cette lettre, il suffit de signaler qu’elle était tenue pour canonique (partie de la Bible) par certaines communautés anciennes, comme l’Église de Syrie. Elle est écrite par Clément, évêque de Rome, à la communauté chrétienne de Corinthe. Cette lettre est intéressante à bien des égards. Son motif fut la déposition injuste de plusieurs presbytres dans l’Église de Corinthe. Contre cette sédition, Clément en appelle au principe de succession établi par le Christ et les apôtres ; principe qui établit dans l’Église un ordre hiérarchique que l’on ne peut altérer. En second lieu, le fait même de son intervention dans une Église lointaine, avec des formules qui laissent entendre sa responsabilité et semblent exiger des Corinthiens une véritable obéissance, montre que déjà à la fin du Ier siècle l’Église romaine possédait une solide organisation et veillait avec des soins maternels sur les communautés éloignées.
  2. Numéros 42 et 44. J. Collantes, La fe de la Iglesia Católica, Madrid 1995, p. 430.
  3. Les violentes intrigues des ariens contre saint Athanase (298-373) s’acharnèrent à la mort de l’empereur Constantin (337). Par de mesquines campagnes de diffamation et de calomnies, on cherchait à placer aux postes clés des évêques favorables à l’arianisme, doctrine qui, entre autres choses, niait la divinité de Jésus-Christ. Ainsi avait-on fait lors d’un synode de Tyr (335), où Athanase fut déposé. Réunis à Antioche à la mort d’Eusèbe de Césarée (337), les évêques nommèrent pour successeur l’arien Acace ; ils renouvelèrent la déposition d’Athanase et s’emparèrent de force des églises d’Alexandrie, d’où le saint lutteur de Nicée dut s’enfuir. Informé, le pape Jules I écrivit une lettre sévère aux évêques antiochiens, réclamant son droit à être informé et à trancher les questions entre évêques. La conscience de cette responsabilité et de cet arbitrage de Rome était alors vécue comme quelque chose de traditionnel.
  4. J. Collantes, La fe de la Iglesia Católica, Madrid 1995, p. 434 s.
  5. Denzinger-Hünermann 732.
  6. Denzinger-Hünermann 1318.
  7. Denzinger-Hünermann 3061.
  8. Cf. Ac 6, 2-6 ; 11, 30 ; 13, 1 ; 14, 23 ; 20, 17 ; 1 Th 5, 12-13 ; Ph 1, 1 ; Col 4, 11 et passim.
  9. Cf. Ac 20, 25-27 ; 2 Tm 4, 6 s. ; 1 Tm 5, 22 ; 2 Tm 2, 2 ; Tt 1, 5 ; saint Clément de Rome, Ad Corinthios 44, 3, éd. Funk, I, p. 154 s.
  10. Saint Clément, Ad Corinthios 44, 2, éd. Funk, I, p. 154 s.
  11. Cf. Tertullien, Praescr. haer. 32 ; saint Ignace d’Antioche, passim.
  12. Cf. Tertullien, Praescr. haer. 32.
  13. Cf. saint Irénée, Adv. haer. III, 3, 1.
  14. Cf. saint Irénée, Adv. haer. III, 2, 2.
  15. Saint Ignace d’Antioche, Ad Philad., préface, éd. Funk I, p. 264.
  16. Saint Ignace d’Antioche, Ad Philad. 1, 1 ; Ad Magn. 6, 1.
  17. Saint Clément de Rome, Ad Corint. 42, 3-4 ; 44, 3-4 ; 57, 1-2 ; éd. Funk, I, 152-156. 171 s. ; saint Ignace d’Antioche, Ad Philad. 2 ; Ad Smirn. 8 ; Ad Magn. 3 ; Ad Trall. 7. Saint Justin, Apol., 1, 65 ; saint Cyprien, Epistol. passim.
  18. Cf. Léon XIII, encyclique Satis cognitum du 29 juin 1896.
  19. Cf. Concile de Trente, session 23, décr. De sacr. Ordinis, chap. 4 ; Concile Vatican I, session 4, const. dogm. De Ecclesia Christi, chap. 3 ; Pie XII, encycl. Mystici Corporis, 29 juin 1943.
  20. Cf. Léon XIII, lettre Et sane, 17 décembre 1888.
  21. Dans l’ouvrage Tradition apostolique 3 (écrit vers 215 par Hippolyte de Rome), on attribue à l’évêque le « primat du sacerdoce » ; on dit pour l’ordination épiscopale des presbytres : « Achève en eux, Seigneur, la cime du ministère ». On dit des évêques : « accorde-leur, Seigneur, le siège épiscopal pour régir ton Église et tout le peuple ».
  22. Tradition apostolique 2.
  23. Cf. saint Cyprien, Epist. 63, 14 ; saint Jean Chrysostome, In 2 Tim. Hom. 2, 4 ; saint Ambroise, In Ps. 38, 25-26.
  24. Cf. Eusèbe, Hist. Eccl. V, 24, 10 ; Denys, dans Eusèbe, ib. VII, 5, 2.
  25. Cf., au sujet des anciens Conciles, Eusèbe, Hist. Eccl. V, 23-24 ; Concile de Nicée, canon 5.
  26. Cf. Tertullien, De ieiunio, 13.
  27. Saint Cyprien, Epist. 56, 3.
  28. Saint Cyprien, Epist. 66, 8. Il y dit : « L’évêque dans l’Église, et l’Église dans l’évêque ».
  29. Saint Cyprien, Epist. 55, 24. Il y dit : « une seule Église répandue par le monde entier, divisée en de nombreux membres ». Voir aussi Epist. 36, 4.
  30. Saint Hilaire de Poitiers, In Ps. 14, 3 ; saint Grégoire le Grand, Moral. IV, 7, 12.-
  31. Cf. saint Ignace d’Antioche, Ad Smyrn. 8, 1.
  32. Cf. Ac 8, 1 ; 14, 22-23 ; 20, 17 et passim.
  33. Cf. saint Ignace d’Antioche, Ad Smyrn. 8, 1.
  34. Saint Thomas d’Aquin, Summa Theol. III, q. 73, a. 3.
  35. Cf. saint Augustin, C. Faustum, 12, 20 ; Serm. 57, 7.
  36. Saint Léon le Grand, Serm. 63, 7.
  37. Traditio Apostolica d’Hippolyte, 2-3.
  38. Cf. saint Ignace d’Antioche, Ad Ephes. 5, 1.