Est-il vraiment vrai qu’« il n’y a aucune trace » de la doctrine de la succession apostolique dans le N.T. ?
Note introductive : si nous cherchons dans les textes du Nouveau Testament un passage qui dise : « Par la présente, moi, Apôtre N.N., je déclare untel mon successeur », nous ne le trouverons certainement pas. D’une telle expression, « il n’y a aucune trace ». Mais une phrase de ce genre n’est pas non plus nécessaire pour maintenir la doctrine de la succession apostolique ! Il suffit de voir ce que les apôtres de fait ont accompli pour nous rendre compte qu’ils ont eu l’intention d’établir des successeurs, c’est-à-dire des hommes qui guideraient les Églises locales avec une autorité reçue des apôtres. Dans d’autres articles de ce site, on peut voir comment les Pères de l’Église des quatre premiers siècles et le magistère de l’Église ont interprété les Écritures et enseigné sur ce point. Pour un bref exposé de la doctrine et pour savoir à quoi se réfère l’expression « succession apostolique » et à quoi elle ne se réfère pas, voir l’article de A. Lang.
Si nous lisons attentivement les Écritures, et surtout sans préjugés, nous verrons que l’office que Jésus donne aux Apôtres de régir, d’enseigner et de sanctifier l’Église de Dieu ne peut prendre fin avec la mort de ceux-ci. Jésus avait l’intention que l’Église demeurât jusqu’à la fin des temps (Mt 28,20), qu’elle fût prêchée à toute la création (Mc 16,15 ; Mt 28,18) et qu’elle parvînt jusqu’aux extrémités de la terre (Ac 1,8). Cette mission confiée par Jésus aux Apôtres est impossible à accomplir si l’office de régir, d’enseigner et de sanctifier ne se prolonge pas d’une certaine manière jusqu’à la fin des temps et jusqu’aux extrémités de la terre, ce qui ne peut se réaliser si cet office prend fin avec les Apôtres, comme il est évident.
Voyons quelques textes en particulier où l’on constate que les Apôtres, conscients qu’ils mourraient et que l’Église devait perdurer jusqu’à la fin du monde, et qu’elle était comme « une ville sur la montagne » (c’est-à-dire… visible !), ont eu l’intention d’instituer des hommes qui, à leur place, gouverneraient l’Église avec autorité, et qui à leur tour institueraient d’autres à leur place. C’est ce que nous appelons « succession apostolique ». Sans doute les Apôtres l’ont-ils fait non de leur propre volonté, mais mus par l’Esprit Saint, et très probablement sur des instructions précises de la part de Jésus lui-même, comme le dit Clément, évêque de Rome (voir l’article avec les textes des Pères). De cette manière, l’autorité que ces successeurs des apôtres ont eue est considérée comme provenant de Dieu, et non comme purement organisationnelle, et encore moins « invisible », puisque ces successeurs occupent la place des Apôtres. (Voir l’article du magistère de l’Église et celui d’A. Lang pour la distinction entre ce qui était transmissible dans l’office apostolique et ce qui ne l’était pas). Cela deviendra clair après l’analyse de quelques passages.
Les épîtres « pastorales »
Thomas d’Aquin note à juste titre que la matière de ces lettres est « l’instruction de ceux qui régissent le peuple de Dieu » (Commentaire sur 1 Timothée, prologue). Dans ces lettres, tant Timothée que Tite apparaissent comme :
- a) ceux qui tiennent la place de Paul, c’est-à-dire qu’ils agissent en son nom, avec son autorité :
Je t’écris cela dans l’espoir de venir bientôt te retrouver ; mais si je devais tarder, il faut que tu saches comment te comporter dans la maison de Dieu — je veux dire l’Église du Dieu vivant : colonne et support de la vérité… Je t’adjure devant Dieu, devant le Christ Jésus et les anges élus, d’observer ces règles sans esprit de prévention, sans rien faire par favoritisme.
(1 Tm 3,14s et 5,21)
Il leur confère même l’autorité de nommer d’autres à la tête de l’Église :
Si je t’ai laissé en Crète, c’est pour y achever l’organisation et pour établir dans chaque ville des presbytres, conformément à mes instructions (Tt 1,5) Ne te hâte pas d’imposer les mains à qui que ce soit. Ne te fais pas complice des péchés d’autrui. Garde-toi pur (1 Tm 5,22). Et ce que tu as appris de moi en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes sûrs, capables à leur tour d’en instruire d’autres (2 Tm 2,2).
Il est donc clair que l’Apôtre leur enjoint d’agir à sa place, sans rien faire d’autre que ce qu’il leur avait dit, et il leur confère même l’autorité qui jusque-là était réservée aux seuls Apôtres, à savoir établir les guides de l’Église (voir Ac 14,22-23).
Paul les instruit, sachant que la mort lui est proche (2 Tm 4,5-8) ; il s’agit donc d’instructions à mettre en pratique par les responsables des Églises après sa mort, et jusqu’à la venue du Seigneur (1 Tm 6,14), d’où l’on comprend le souci de Paul que Tite et Timothée prennent un soin particulier à choisir ceux qui devront leur succéder (voir les citations plus haut). Il est clair qu’il les laisse, de fait, comme responsables des Églises à sa place.
- b) ils ont la charge des Églises confiées à leurs soins avec toute autorité : À Timothée il confie la délicate mission de garder la doctrine, mission qui, bien que partagée par tous les croyants, trouve en Timothée le principal responsable :
En exposant cela aux frères, tu seras un bon ministre du Christ Jésus, nourri des enseignements de la foi et de la bonne doctrine dont tu t’es toujours montré le disciple… Voilà ce qu’il te faut prescrire et enseigner… En attendant que je vienne, consacre-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement… Veille sur ta personne et sur ton enseignement ; persévère en ces dispositions. Ce faisant, tu te sauveras, toi et ceux qui t’écoutent… (1 Tm 4,6.11.13.16)
Il est clair que l’office de Timothée lui est exclusif, en ce sens que Paul laisse un seul responsable de la communauté pour ce qui touche à l’enseignement, et c’est Timothée. Les autres « écoutent » (1 Tm 4,16). Plus loin, il continue dans la même ligne :
Voilà ce que tu dois enseigner et recommander. Si quelqu’un enseigne autre chose et ne s’attache pas aux saines paroles, celles de notre Seigneur Jésus Christ, et à la doctrine conforme à la piété, c’est un être aveuglé par l’orgueil, un ignorant… Je t’adjure devant Dieu qui donne la vie à toutes choses et devant le Christ Jésus qui a rendu, sous Ponce Pilate, un si beau témoignage, de garder le commandement sans tache et sans reproche jusqu’à l’Apparition de notre Seigneur Jésus Christ… Ô Timothée, garde le dépôt. Évite les discours creux et impies, les objections d’une pseudo-science… (1 Tm 6,3.13-14,20)
Puis il ajoute avec plus de force encore :
Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, au nom de son Apparition et de son Règne : proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire (2 Tm 4,1s).
Il ordonnera la même chose à Tite :
Pour toi, exprime-toi d’une manière conforme à la saine doctrine… Offre en ta personne un exemple de bonne conduite : pureté de doctrine, dignité, enseignement sain, irréprochable… C’est ainsi que tu dois parler, exhorter, morigéner, avec une autorité entière. Que personne ne te méprise (Tt 2,1.7-8,15).
Elle est sûre, cette parole, et je te demande de la certifier avec force, afin que ceux qui ont placé leur foi en Dieu aient à cœur d’exceller dans la pratique du bien (Tt 3,8).
Il faut se rappeler que l’office de l’enseignement « avec toute autorité » était l’office propre des Apôtres, comme il ressort de toutes les Écritures du Nouveau Testament (voir par exemple Ac 6,2-4).
On avertit aussi Timothée (1 Tm 2,1-11) sur ce que doit être le culte des chrétiens, afin qu’il le supervise et ne permette pas que les choses se fassent de n’importe quelle manière.
D’autre part, Paul prend soin de transmettre à Timothée et à Tite d’importantes questions relatives au gouvernement de l’Église, comme par exemple les qualités que doivent posséder ceux qui veulent servir comme évêques, diacres ou presbytres ; et non seulement cela, mais aussi comment ils doivent être considérés s’ils sont accusés et traduits en jugement, toutes choses qui, par leur nature même, reviennent à des personnes qui détiennent l’autorité sur toute la communauté (voir 1 Tm 3,1-10 ; 5,15-20 ; 2 Tm 2,2 ; Tt 1,5-9 ; 2,15ss). Et il leur confie aussi tout le reste de la communauté : vieillards, jeunes gens, jeunes filles, veuves, adolescents et esclaves (1 Tm 5,1-16 ; Tt 2,2-10). Et enfin il leur enseigne comment doivent être admonestés et éventuellement anathématisés les hérétiques :
L’homme de parti, après un premier et un second avertissement, romps avec lui, sachant qu’il est un dévoyé et un pécheur qui se condamne lui-même (Tt 3,10)
En un mot, Tite et Timothée sont établis par Paul pour gouverner avec toute autorité les Églises. Une Église « invisible », comme le théorisent certains, sans hommes de nom et de prénom dotés d’une autorité apostolique, comment pourrait-elle appliquer la discipline de l’« excommunication », ou, comme dit le texte, « rompre » avec un homme qui cause des divisions ? Car sans nul doute cet homme trouvera des passages bibliques qui, selon lui, confirment sa doctrine ! Et qui aura raison ?
- c) ils sont établis avec une autorité divine : en effet, Timothée et Tite (et ensuite les autres) reçurent l’autorité par l’imposition des mains de la part de l’Apôtre, ce qui comportait toujours la grâce de Dieu qui leur était accordée pour mener à bien l’office qu’ils recevaient :
C’est pourquoi je t’invite à raviver le don spirituel que Dieu a déposé en toi par l’imposition de mes mains. Car ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi son prisonnier, mais souffre plutôt avec moi pour l’Évangile, soutenu par la force de Dieu, qui nous a sauvés et nous a appelés d’un saint appel, non en considération de nos œuvres, mais en vertu de son propre dessein et de sa grâce. À nous donnée avant tous les siècles dans le Christ Jésus… Garde le bon dépôt avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous (2 Tm 1,6-9.13-14).
Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi, qui t’a été conféré par une intervention prophétique accompagnée de l’imposition des mains du collège des presbytres (1 Tm 4,14).
Un office tel que celui de régir les Églises, qui est donné avec des signes de la grâce divine (« esprit », « force de Dieu », « don spirituel »), ne peut provenir que de Dieu lui-même, qui seul peut accorder ces grâces.
D’autre part, ces mêmes hommes que Paul avait établis « presbytres dans chacune des Églises » (Ac 14,23) étaient considérés par tous comme établis par l’Esprit Saint lui-même :
Veillez sur vous-mêmes, et sur tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis gardiens, pour paître l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par le sang de son propre fils (Ac 20,28).
C’est-à-dire que ceux qui ont été placés à la tête des Églises comme leurs pasteurs par l’imposition des mains (Timothée et Tite sont les exemples les plus clairs de tout le Nouveau Testament) sont considérés comme placés dans cet office par l’Esprit Saint lui-même ; il est clair, alors, que l’autorité qu’ils possèdent leur vient comme un charisme de la part de Dieu. Ce charisme, en faveur de la transmission fidèle du message évangélique jusqu’à la fin des temps, est ce que nous appelons « succession apostolique ».
Les Actes des Apôtres
Tout le livre des Actes, comme son titre même le déclare, est le récit des premières actions apostoliques de l’Église primitive, et en particulier de Pierre et de Paul. C’est un véritable régal, et nous rendons grâce à Dieu et à Luc, son auteur, pour un tel trésor. Nous pouvons y voir énoncée, non à la manière d’une définition dogmatique, comme le fera l’Église plus tard pour écarter tout doute, mais comme pratique pastorale de fait, la réalité d’hommes qui détiennent l’autorité suprême dans les Églises locales, non de leur propre volonté, mais par la disposition de Dieu et des Apôtres. Cette autorité, nous l’appelons « succession apostolique », c’est-à-dire l’autorité que les Apôtres eux-mêmes voulurent que possèdent ceux qui allaient présider les communautés chrétiennes « jusqu’à la fin du monde », et que le chrétien doit considérer comme occupant la place des Apôtres.
- a) Jacques, le frère du Seigneur
La figure qui ressort le plus à cet égard, et avec une grande clarté, est Jacques.
Il faut savoir que dans les Écritures du Nouveau Testament apparaissent plusieurs personnages nommés « Jacques » (gr : « Iakobus »). Pour ce qui nous occupe à présent, il est important de savoir que le Jacques qui apparaît à la réunion conciliaire de Jérusalem et dans certaines lettres de Paul n’est pas l’un des Douze. On peut consulter, par exemple, ces articles du « The Word Biblical Commentary » (dirigé par des érudits protestants) sur l’auteur de la lettre canonique de Jacques (en anglais) et surtout « The Anchor Bible Dictionary » (également dirigé par des auteurs protestants) sur le nom « Jacques » dans le Nouveau Testament (en anglais) et Jacques, le frère du Seigneur (déjà traduit en espagnol). On peut également consulter n’importe quel commentaire ou dictionnaire biblique.
Eh bien, ce Jacques, qui, sans être l’un des Douze, est néanmoins à la tête de la communauté de Jérusalem, est vu par Paul et les Douze comme un successeur d’eux dans le gouvernement de cette communauté, avec toute l’autorité que cela comporte, de telle sorte que les fidèles et même les Apôtres eux-mêmes se soumettent à ses dispositions. Voyons ce que nous disent les Écritures.
Et (Pierre), de la main, leur ayant fait signe de se taire, il leur raconta comment le Seigneur l’avait tiré de la prison. « Annoncez-le, dit-il, à Jacques et aux frères. » Puis il sortit et s’en alla dans un autre endroit. (Ac 12,17)
À noter ici l’importance de Jacques dans la direction de la communauté, qui doit être averti de l’événement extraordinaire de la libération de Pierre ; la raison ? Sans doute parce qu’il s’agit du pasteur de cette communauté de Jérusalem, pasteur reconnu par Pierre.
Nous lisons sur le concile de Jérusalem :
Quand ils eurent cessé de parler, Jacques prit la parole et dit : « Écoutez-moi, frères. Syméon a exposé comment, dès le début, Dieu a pris soin de tirer d’entre les païens un peuple réservé à son Nom. Ainsi s’accordent les paroles des Prophètes, selon qu’il est écrit : APRÈS CELA JE REVIENDRAI ET JE RELÈVERAI LA TENTE DE DAVID QUI ÉTAIT TOMBÉE ; JE RELÈVERAI SES RUINES ET JE LA REDRESSERAI, AFIN QUE LE RESTE DES HOMMES CHERCHENT LE SEIGNEUR, AINSI QUE TOUTES LES NATIONS QUI ONT ÉTÉ CONSACRÉES À MON NOM, DIT LE SEIGNEUR QUI FAIT CONNAÎTRE CES CHOSES DEPUIS DES SIÈCLES. C’est pourquoi je juge, moi, qu’il ne faut pas tracasser ceux des païens qui se convertissent à Dieu. Qu’on leur mande seulement de s’abstenir de ce qui a été souillé par les idoles, des unions illégitimes, des chairs étouffées et du sang. Car depuis les temps anciens Moïse a dans chaque ville ses prédicateurs, qui le lisent dans les synagogues tous les jours de sabbat. » (Ac 15,13-21)
Nous savons que cette intervention de Jacques est décisive au concile de Jérusalem, et il s’agit de rien de moins que de décider ce qui est nécessaire, et ce qui ne l’est pas, pour le salut. Quelle autorité que celle de cet homme, qui n’est pas un apôtre et qui est à la tête de l’Église, rien de moins qu’à Jérusalem ! Ensuite, dans la lettre qu’ils envoient aux communautés d’Asie, il est dit : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… » (15,28). Ce sont des paroles vraiment pleines de sens : ce « nous » n’est pas seulement les apôtres, mais aussi Jacques et les anciens, qui s’étaient réunis pour délibérer sur cette affaire (15,6). De sorte que nous avons, déjà à l’époque apostolique, certains hommes agissant avec autorité sur des questions de foi et de gouvernement, ce qui, bien entendu, se poursuivrait avec la disparition des Apôtres, à mesure qu’ils mouraient. C’est là ce que, dans l’Église catholique, on appelle « succession apostolique ».
Un autre texte sur l’autorité avec laquelle agissaient Jacques et les autres anciens. Luc raconte :
Après ces quelques jours de préparatifs, nous montâmes à Jérusalem. Des disciples de Césarée nous accompagnèrent et nous menèrent loger chez un certain Mnason, de Chypre, disciple des premiers jours. À notre arrivée à Jérusalem, les frères nous accueillirent avec joie. Le jour suivant, Paul se rendit avec nous chez Jacques, où tous les anciens se réunirent. Après les avoir salués, il se mit à exposer par le détail ce que Dieu avait fait chez les païens par son ministère. Et ils glorifiaient Dieu de ce qu’ils entendaient. Ils lui dirent alors : « Tu vois, frère, combien de milliers de Juifs ont embrassé la foi, et ce sont tous de zélés partisans de la Loi. Or à ton sujet ils ont entendu dire que, dans ton enseignement, tu pousses les Juifs qui vivent au milieu des païens à la défection vis-à-vis de Moïse, leur disant de ne pas circoncire leurs enfants et de ne pas suivre les coutumes. Que faire donc ? Assurément la multitude ne manquera pas de s’assembler, car on apprendra ton arrivée. Fais donc ce que nous allons te dire. Nous avons ici quatre hommes qui sont tenus par un vœu. Emmène-les, joins-toi à eux pour la purification et charge-toi des frais pour qu’ils puissent se faire raser la tête. Ainsi tout le monde saura qu’il n’y a rien de vrai dans ce qu’ils ont entendu dire à ton sujet, mais que tu te conduis, toi aussi, en observateur de la Loi. Quant aux païens qui ont embrassé la foi, nous leur avons mandé nos décisions : se garder des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes. » Le jour suivant, Paul emmena donc ces hommes, se purifia avec eux et entra au Temple, où il fit connaître à quelle date seraient achevés les jours de la purification, à l’issue desquels l’offrande serait présentée pour chacun d’eux. (Ac 21,15-26)
Nous avons ici Paul, celui qui était Apôtre non par dessein humain, mais par la volonté directe et catégorique de Jésus Christ, qui avait reçu l’évangile directement du Seigneur (voir Ga 1,1) ; eh bien, ce même Paul va voir Jacques !, avec qui se trouvaient aussi les anciens. À eux il rend compte de ce qu’il fait auprès des païens, et après que ceux-ci eurent glorifié Dieu pour ce qu’il avait fait au moyen de la prédication de Paul, ils lui ordonnent d’accomplir des préceptes de la Loi qui n’avaient plus aucune valeur, mais afin de ne pas scandaliser les Juifs qui étaient encore scrupuleux sur ce point. Que fait Paul ? Eh bien, sans dire un seul mot, il va accomplir les rites qu’ils lui ordonnent ! Pourquoi fait-il cela ? Parce que Jacques et les autres anciens AVAIENT AUTORITÉ, bien qu’ils ne fussent pas Apôtres. Nous pouvons nous demander : le gouvernement de l’Église fut-il interrompu dans les années qui suivirent ?
En Ga 2,9, Paul dit que Jacques, avec Pierre et Jean, étaient considérés comme « les colonnes » de l’Église (sur l’identité de ce Jacques, qui n’est pas l’un des Apôtres, voir un commentaire biblique, par exemple Richard Longenecker, dans « The Word Biblical Commentary », volume 41, « Galatians », 1990).
De sorte que si les Apôtres eux-mêmes reconnaissaient l’un qui n’était pas Apôtre, comme Jacques, et aussi les autres anciens (gr. « presbyteroi ») comme des pasteurs valides de l’Église de Jérusalem avec toute l’autorité que nous avons vue (des colonnes !), quel doute peut-il y avoir concernant la succession apostolique ? Et si, comme le disent certains, il ne s’agit pas d’une succession d’hommes dans la charge de têtes de la communauté avec autorité d’enseigner et de gouverner conférée par les Apôtres, c’est-à-dire d’une « succession apostolique », alors de quoi s’agit-il ?
- b) Les presbytres de la communauté d’Éphèse
Il y a un texte, que nous avons déjà cité plus haut, de grande valeur lorsqu’il s’agit de voir l’autorité dont disposaient les responsables de la communauté post-apostolique. Il s’agit du discours de Paul à Milet, peu avant de partir pour Rome, d’où il ne reviendrait plus (chose que Paul savait — Ac 20,25). Restant à Milet, Paul envoie un message à Éphèse pour qu’ils viennent le voir, mais curieusement il n’appelle pas toute la communauté des croyants, mais « les anciens de l’Église » (20,17). Pourquoi ? On le verra dans le discours qu’il leur adresse (nous citons seulement les passages les plus importants pour notre sujet) :
Quand ils furent arrivés auprès de lui, il leur dit : « Vous savez vous-mêmes de quelle façon, depuis le premier jour où j’ai mis le pied en Asie, je n’ai cessé de me comporter avec vous, servant le Seigneur en toute humilité, dans les larmes et au milieu des épreuves que m’ont occasionnées les machinations des Juifs ; comment je ne me suis dérobé à rien de ce qui pouvait vous être utile, prêchant et instruisant, en public et en privé, adjurant Juifs et Grecs de se repentir envers Dieu et de croire en notre Seigneur Jésus…
Et maintenant voici que je sais, moi, qu’aucun de vous ne verra plus mon visage, vous tous parmi lesquels j’ai passé en prêchant le Royaume. C’est pourquoi je l’atteste aujourd’hui devant vous : je suis pur du sang de tous, car je vous ai annoncé tout le dessein de Dieu sans rien vous en cacher. Soyez attentifs à vous-mêmes, et à tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis gardiens pour paître l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par le sang de son propre fils. Je sais, moi, qu’après mon départ s’introduiront parmi vous des loups redoutables, qui n’épargneront pas le troupeau, et que du milieu même de vous surgiront des hommes qui tiendront des discours pervers pour entraîner les disciples à leur suite. Veillez donc, vous souvenant que, trois années durant, je n’ai cessé, nuit et jour, d’avertir chacun de vous avec larmes. Et à présent je vous confie à Dieu et à la parole de sa grâce, capable de bâtir l’édifice et de procurer l’héritage parmi tous les sanctifiés…
De toutes manières je vous l’ai montré : c’est en peinant ainsi qu’il faut venir en aide aux faibles et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui a dit lui-même : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » À ces mots, il fléchit les genoux et pria avec eux tous. Tous alors éclatèrent en sanglots et, se jetant à son cou, ils l’embrassaient, affligés surtout de la parole qu’il avait dite : qu’ils ne devaient plus revoir son visage. Puis ils l’accompagnèrent jusqu’au bateau. (Ac 20,18-38).
Nous signalons seulement quelques points :
– Paul appelle les anciens d’Éphèse, car il veut leur confier ses dernières paroles, leur donner du courage, les avertir. Pourquoi à eux et non à tous les croyants d’Éphèse ? Parce que Paul savait qu’après lui et les Douze, CE SONT EUX QUI GOUVERNERAIENT L’ÉGLISE DE DIEU. C’est là ce que nous appelons « succession apostolique ». « Anciens » est un terme technique, et il désigne ceux qui gouvernaient les Églises ; en d’autres termes, Paul ne fit pas appeler les « vieillards », mais les responsables de la communauté, qui seraient pour la plupart d’un certain âge, sans doute, d’où provient le vocable (qui existait déjà dans l’Ancien Testament – hébreu : « zaqén », « ancien » – et qui désignait aussi ceux qui présidaient dans le peuple).
– Ces anciens avaient entendu de Paul (par tradition orale, le seul moyen de transmettre l’évangile alors) une multitude de choses relatives au « dessein de Dieu », « pendant trois ans, nuit et jour » et « un par un », de même que « publiquement ». Ces choses permettaient aux anciens de gouverner l’Église selon Dieu, et de distinguer la saine doctrine de celle qui ne l’était pas, et par conséquent d’exercer une véritable autorité sur les autres fidèles.
– Paul leur ordonne de « prendre un soin très attentif » (gr. « proséjete ») d’eux-mêmes et « de tout le troupeau » (gr. « panti to poimnío ») dans lequel l’Esprit Saint « vous a établis » (gr. « étheto ») pour « paître » (gr. « poimánein ») « comme évêques » (gr. « episkopous ») « de l’Église de Dieu » (gr. « ten ekklesían tou theoú »). De sorte que les anciens sont établis comme « évêques » par l’Esprit Saint, pour être pasteurs, et comme nous le savons nul ne peut être pasteur s’il n’a pas l’autorité pour cela. Dans d’autres textes du Nouveau Testament, nous trouvons que les anciens et les évêques sont établis « par les Apôtres » par l’« imposition des mains » (voir par exemple 1 Tm 4,14), et l’on ne trouvait pas la pratique — courante dans certaines dénominations chrétiennes — selon laquelle celui qui se croyait appelé à l’épiscopat faisait un pas en avant et s’établissait comme tel. De sorte que l’Esprit Saint n’exclut pas l’élection que fait l’Église des anciens, et l’élection que fait l’Église des anciens n’exclut pas l’élection de l’Esprit Saint : celui-ci agit dans celle-là, car il s’agit de « l’Église de Dieu ». Résonne aux oreilles cette expression de la lettre post-conciliaire de Jérusalem : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… » (Ac 15,28), alors qu’en réalité il n’y avait eu aucune manifestation extraordinaire de l’Esprit à ce concile, mais plutôt les discussions passionnées des apôtres, des anciens et de toute l’Église (voir Ac 15,2.7). Ainsi, de manière « invisible », l’Esprit se manifestait très visiblement au moyen des « évêques » qu’il avait lui-même « établis » pour « paître » l’Église de Dieu.
– Paul sait que ce sont des hommes d’argile, et qu’ils peuvent faire naufrage dans la foi : « du milieu de vous surgiront des loups redoutables », etc. (29 et 30). De sorte qu’il devait aussi savoir que ce n’était pas en raison de la sagesse personnelle, ni de la sainteté de vie, que les « évêques » avaient été établis par l’Esprit Saint. MALGRÉ le fait qu’ils n’étaient que des hommes, ce sont EUX qui continuent d’être considérés par Paul comme les « pasteurs » du troupeau, avec une autorité divine (« l’Esprit Saint vous a établis »). Pour ne pas tomber dans les erreurs doctrinales, Paul leur dit de « veiller » (gr. « gregoréite »), « en se souvenant constamment » (gr. « mnemonéuontes ») de ce qu’il leur avait enseigné PENDANT TROIS ANS. (Puisque le présent article a un caractère apologétique, nous nous permettons de noter que, curieusement, il ne leur dit pas de s’en tenir à la seule autorité des Écritures comme arme infaillible pour paître le troupeau, ce qui est la doctrine actuelle de l’évangélisme.) De sorte que les loups redoutables seront ceux qui enseigneront au troupeau des doctrines contraires à ce qu’il leur avait transmis « pendant trois ans, jour et nuit », « un par un et en public ». Ailleurs Paul, tenant compte de ce même besoin de garder le dépôt de la foi intégralement, dira que nous conservions « les traditions que vous avez apprises de nous, de vive voix ou par lettre » (2 Th 2,15), et Pierre dira que dans les écrits de Paul, comme dans les autres Écritures, « il s’y rencontre des points obscurs » que les ignorants et les gens mal affermis détournent « pour leur propre perdition » (2 P 3,16), de sorte que la doctrine de la « seule Bible » comme norme de foi non seulement n’apparaît pas dans les Écritures, mais lui est contraire. Dans l’histoire du christianisme des premiers siècles, les loups redoutables s’appuieront TOUJOURS sur des textes bibliques (interprétés chacun à sa manière) et la vérité de l’évangile sera défendue TOUJOURS au nom de « ce que nous avons reçu des apôtres » et « se transmet dans les Églises fondées par eux » (voir l’article sur la succession apostolique chez les Pères de l’Église des premiers siècles, pour les textes). Ceci, comme nous le voyons par les Actes, n’est pas une invention de Constantin, mais c’est la disposition que laissèrent les Apôtres.
– Paul les confie « à Dieu et à la parole de sa grâce » qui « est capable de bâtir l’édifice et de procurer l’héritage parmi tous les sanctifiés ». Certains verront ici, sans doute, la prétendue doctrine de la « sola scriptura » de Paul, parce qu’il les confie à la « parole » de sa grâce, qui serait la Bible… Nous ne pouvons nous arrêter sur tous les points, et de plus nous préparons un article sur la signification de « parole de Dieu » dans les Écritures, mais qu’il suffise de mentionner que :
- a) lorsque Paul prononça ce discours, il n’existait aucune « parole » écrite du Nouveau Testament vers laquelle les anciens auraient dû se tourner pour « s’édifier », et il ne s’agissait certainement pas des écrits de l’Ancienne Alliance, dans lesquels la doctrine de la Nouvelle ne se trouve qu’obscurément ;
- b) la « parole » de Dieu, chez Paul, est bien plus que la Bible, comme elle l’est chez les autres écrivains du Nouveau Testament, à commencer par Jean qui dit que la parole « était Dieu », et qu’elle « habita parmi nous », se référant à Jésus ;
- c) « parole de sa grâce », dans ce passage, se comprend plutôt comme « toute la révélation de Dieu », y compris sa « grâce », son agir, sa présence, son aide, sa force, etc. Paul ne leur dit pas de « lire les Écritures », mais il les « confie à la grâce de Dieu », qui s’exprime ici par la belle expression « parole de sa grâce ». La toute même expression apparaît en Ac 14,3, où elle ne peut en aucune façon signifier « la Bible », mais plutôt « évangile », c’est-à-dire tout le message du salut sous tous ses aspects. De sorte que la force des anciens (et nous pouvons dire, des responsables des Églises à venir) réside dans la grâce de Dieu, dans sa présence qui édifie l’Église, une Église DANS LAQUELLE surgiront des loups redoutables, mais que le Seigneur ne permettra pas qu’ils détruisent le troupeau, comme il est évident.
Disons en conclusion que, dans le discours de Paul aux anciens d’Éphèse, on voit que les Apôtres (ici Paul) voulaient que dans l’Église de Dieu il y eût une autorité, visible, que ce sont des hommes choisis par l’Esprit Saint comme évêques pour paître le peuple de Dieu, et que cela ne les rend pas nécessairement saints : il y aura de bons pasteurs et il y aura de mauvais pasteurs, mais la grâce de Dieu sera dans son Église pour la gouverner jusqu’au dernier jour de son existence. Après tout, c’est le même Esprit qui les choisit, et par conséquent il pourvoit aussi à leur donner sa grâce.
L’Apocalypse
Dans le livre de l’Apocalypse, on mentionne les « anges des Églises », auxquels Jésus parle, qu’il admoneste, encourage, etc. (chapitres 2 et 3). Selon l’interprétation la plus commune, ces « anges » seraient les évêques des Églises respectives, qui ont la responsabilité de la conduite de celles-ci, et c’est pourquoi ils reçoivent le reproche ou la louange de la part de Jésus.
Dans la littérature extra-biblique contemporaine du livre de l’Apocalypse, nous rencontrons une organisation ecclésiale fortement centrée autour de la figure de l’évêque, comme l’affirme à maintes reprises S. Ignace d’Antioche dans ses lettres, adressées pour la plupart aux communautés d’Asie Mineure, la même région géographique où se situent les « sept Églises » qui reçoivent les messages apocalyptiques. Bien que S. Ignace n’emploie pas le nom d’« ange » lorsqu’il parle de l’évêque d’une communauté (chose très logique puisqu’ils n’avaient pas l’intention d’écrire une lettre de caractère symbolique, comme l’est l’Apocalypse), néanmoins la haute estime dans laquelle il était tenu comme représentant de Dieu dans la communauté permet de penser que l’auteur de l’Apocalypse se réfère à eux lorsqu’il parle des « anges des Églises ».
Dans le livre de l’Apocalypse, Jésus s’adresse aux Églises à travers les « anges » de ces communautés, qui peuvent difficilement être pris pour les « anges » du monde céleste, puisque certains sont durement jugés par Jésus en raison de leurs péchés, chose impossible chez un « ange » au sens strict. Ainsi trouvons-nous par exemple ces reproches adressés aux « anges » des Églises : « tu n’es ni froid ni chaud… je vais te vomir de ma bouche » (3,15-16), « tu passes pour vivant, mais tu es mort » (3,1), etc. Il serait difficile — pour ne pas dire impossible — d’appliquer ces expressions à un ange de la cour céleste ; il semblerait plutôt que, sous le nom symbolique d’« ange de l’Église », l’auteur du livre – tout entier symbolique – veuille se référer à un être humain, qui, à la différence de l’ange, est capable de péché, comme le serait l’évêque, figure placée à la tête d’une communauté de croyants (Église).
Une autre donnée à prendre en compte est que ces « anges », toujours selon le livre de l’Apocalypse, remplissent la fonction que remplirait précisément un évêque : enseigner avec autorité et organiser les communautés, en appliquant la discipline interne qui convient. C’est ce que l’on voit clairement en 2,12-16, où apparaît le message à l’« ange de l’Église de Pergame », qui, après une louange initiale, reçoit aussi un reproche « parce que tu as là des gens attachés à la doctrine de Balaam… Ainsi, toi aussi, tu as des gens attachés à la doctrine des Nicolaïtes. Repens-toi donc ; sinon je vais bientôt venir à toi pour combattre ces gens avec le glaive de ma bouche ». Il s’agit évidemment d’une communauté de personnes, ou plutôt du guide de cette communauté (on emploie la deuxième personne du singulier) qui n’a pas su ordonner cette assemblée convenablement, laissant entrer les faux maîtres nicolaïtes. Il s’agit clairement d’un office de gouvernement, qui, comme nous le savons, était entre les mains de l’« epískopos » ou « évêque ».
Pouvons-nous trouver dans l’Ancien Testament, dont le milieu est fondamental pour comprendre le nouveau, des allusions aux responsables des assemblées sous le nom d’« anges » ? Oui. En Ml 2,7 le prêtre, auquel il faut recourir pour recevoir l’instruction et la sagesse, est appelé en hébreu « mal’aj yhwh tsevaot » (dans la LXX : « angelos kuriou pantokratoros »), que l’on traduit habituellement par « messager du Seigneur des armées », mais que l’on peut aussi traduire par « ange du Seigneur des armées ». De quelque manière qu’on le traduise, ce qui importe pour notre cas est que c’est le même mot (gr : « angelos ») qui est employé dans l’Apocalypse.
De plus, en Ap 1,20 les « anges des Églises » sont également appelés « étoiles » ; il est courant dans le milieu juif de désigner ceux qui président une communauté sous le nom d’« étoiles » (voir par exemple Daniel 12,3). En d’autres termes, pour les oreilles hébraïques qui entendaient le texte de l’Apocalypse, tant « anges » qu’« étoiles » avaient une connotation familière : c’étaient les responsables religieux du peuple. Si à cela nous ajoutons, comme nous l’avons vu, qu’il ne peut s’être agi d’anges au sens d’êtres célestes, il est clair que les messages du Fils de l’homme aux « anges des Églises » s’adressent aux responsables de celles-ci, qui dans le Nouveau Testament sont les « episkopoi » (évêques) et « presbyteroi » (anciens ou presbytres).
Quant au nombre sept, selon l’arithmétique apocalyptique, il représente la totalité, de sorte que nous aurions dans les « sept Églises » représentées toutes les Églises, et avec elles aussi les « anges des sept Églises ».
Conclusion
Comme nous le disions au début, la lecture attentive des Écritures, particulièrement des textes les plus tardifs qui nous montrent quelle fut l’évolution de la discipline de l’Église durant les dernières années apostoliques et au commencement de l’ère post-apostolique, montre que les Apôtres établirent les évêques, presbytres et diacres comme leurs successeurs, à des degrés différenciés, pour le bon gouvernement de l’Église (sur la question particulière des « degrés » du ministère, voir le Catéchisme de l’Église catholique, numéros 1536 à 1600) ; à cette fin, ils imposaient les mains à des hommes choisis afin que, avec autorité, ils gouvernassent le troupeau, enseignassent la doctrine et administrassent le culte ; en un mot, afin qu’ils « veillent sur le troupeau dont l’Esprit Saint les avait établis gardiens pour paître l’Église de Dieu » (Ac 20,28). Sans qu’il soit nécessaire de chercher l’expression « succession apostolique » dans les Écritures — qui certainement n’y apparaît pas, de même que le mot Trinité n’y apparaît pas sans que pour autant nous ne puissions croire à la doctrine trinitaire — nous pouvons être certains que les Apôtres eurent l’intention, et de fait le firent ainsi, d’établir dans les différentes Églises des « successeurs », qui à leur tour devaient prendre soin d’en nommer d’autres (Tt 1,5-9), jusqu’à ce que le Seigneur revînt dans la gloire. Voilà la manière dont l’Esprit Saint ne permet pas que l’évangile de Dieu se corrompe avec le passage du temps, la faiblesse humaine et la rapacité des loups déguisés en brebis.
Auteur : Abbé Juan Carlos Sack