Cher ami protestant :
Tu me demandes pourquoi les catholiques re-sacrifient continuellement Jésus-Christ dans la Messe. Je vais répondre à cette question, mais non pas en deux ou trois lignes. Si tu es vraiment intéressé par ce qu’enseigne l’Église catholique, et je crois que tu l’es, je te traiterai comme un frère bien-aimé dans le Christ et je tenterai une explication plus profonde. La question recevra sa réponse en temps voulu, une fois que je t’aurai donné un aperçu de questions plus fondamentales. J’emploierai dès le premier instant les Écritures et l’histoire. J’aimerais avant tout définir quelques termes et sources d’autorité en ce domaine avant que nous commencions.
Lorsque nous arriverons au moment de la réponse, même si peut-être tu ne seras pas d’accord avec moi, tu pourras néanmoins constater que les catholiques disposent d’une montagne de preuves bibliques pour parler de la Messe. La position des catholiques est certainement une position qui peut se soutenir non seulement avec des preuves bibliques, mais aussi historiques, et qui s’inscrit très bien dans la vision globale du salut, telle que Dieu l’a révélée. Et si nous n’en venons pas à coïncider en tout, alors il restera clair que dans les textes bibliques tout n’est pas clair et évident, et que des gens qui s’approchent honnêtement de la Bible peuvent avoir des désaccords. Nous lisons la Bible – toi et moi – à travers le prisme de la tradition, moi à travers une tradition qui remonte à deux mille ans, toi à travers une qui remonte à cinq cents.
Si je comprends bien, ta question peut se résumer ainsi : Comment la Messe, c’est-à-dire l’offrande non sanglante du Christ, peut-elle être un véritable sacrifice, alors qu’en même temps les catholiques nient qu’elle soit un re-sacrifice de Jésus-Christ ? Si c’est vraiment un sacrifice, n’est-ce pas là nier et contredire directement les Écritures, qui nous enseignent que Jésus-Christ s’est sacrifié une fois pour toutes ? Ce sacrifice du Christ n’est-il pas suffisant ? Pourquoi devons-nous recourir à d’autres sacrifices répétés ? Comment pouvons-nous appeler le sacrifice du Christ « offrande », et en même temps appeler « offrande » la Messe ? Les catholiques ne font-ils pas injure au Christ en célébrant des « sacrifices » ?
Présupposés nécessaires avant d’entrer dans le sujet

Avant d’approfondir le sacrifice de la Messe, nous devons nous demander avec quelle autorité, c’est-à-dire à partir de quelles sources faisant autorité, nous savons ce qu’est l’Eucharistie, ce qu’elle représente, et comment nous devons la célébrer. En bon protestant que j’étais, j’ai toujours considéré la Cène du Seigneur ou Communion comme un rite que nous célébrions une fois par mois pour rappeler mentalement ce que le Seigneur a fait pour nous. Aussi simple que cela. Cependant, l’Église catholique d’aujourd’hui, et l’Église des premiers siècles, ont compris l’Eucharistie comme bien plus que cela. Alors, l’Eucharistie est-elle quelque chose de plus qu’un simple souvenir ? Comment pouvons-nous le savoir ? Et avant tout, le Nouveau Testament enseigne-t-il tout ce que l’Eucharistie est et signifie ? De fait, nous n’avons dans les Écritures que peu de détails sur cette célébration[1]. Les détails furent donnés aux croyants par Paul et les Apôtres en personne, tandis qu’ils vivaient et établissaient leurs traditions dans les Églises (2 Th 2,15 ; 3,6 ; 1 Co 11,2). Les écrits du Nouveau Testament n’avaient pas l’intention d’être des manuels sur « Comment célébrer la Cène du Seigneur ». Cette information avait plutôt déjà été livrée aux Églises et confiée aux « surveillants » (évêques). Les lettres qui suivirent furent des instruments correctifs, destinés à redresser des abus dans ce qui avait déjà été enseigné auparavant.
Le sens de ces lignes, avant de passer à expliquer ce qu’est l’Eucharistie, est de te montrer que l’on ne peut pas aller à la Bible en présupposant que tous les détails et explications sur toutes choses s’y trouveront clairement exprimés, comme s’il s’agissait d’un « divin manuel » sur la manière de célébrer la Cène du Seigneur, en guise de « guide pour la célébration ». Les choses ne sont pas ainsi[2]. Le fait que les Réformateurs, réunis à Marbourg (Allemagne) en 1529, ne soient pas parvenus, même de loin, à un accord sur le sujet de la Cène du Seigneur, me paraît quelque chose de très significatif. Lorsque je visitai Marbourg en 1983, à la recherche de mes racines protestantes, je vis avec intérêt la fresque qui les représente, assis, débattant jusqu’aux moindres détails, mais sans pouvoir parvenir à une conclusion unanime sur la signification des Écritures à ce sujet. Si la preuve biblique est aussi claire, comme certains le disent, je ne comprends pas pourquoi même ces grands « réformateurs » de l’Église, et tous leurs 28 000 groupes protestants héritiers de cette pensée, ont tant de différences à ce sujet, allant jusqu’à nier, pour certains, que l’Eucharistie (et aussi le Baptême) ait la moindre valeur dans le plan actuel du salut (par « plan actuel du salut » nous traduisons ici ce que les anglophones appellent « dispensation » ; dans la théologie catholique cela s’appelle « économie du salut »). Te rends-tu compte qu’il n’y eut qu’une seule doctrine sur l’Eucharistie pendant mille cinq cents ans, depuis le premier siècle de l’histoire de l’Église ? Lorsque les « réformateurs » ouvrirent les vannes de la confusion, causée par la libre interprétation et le jugement privé, celle-ci prit la forme de diverses écoles dogmatiques. Cinquante ans ne s’étaient pas encore écoulés depuis les « 95 thèses » de Luther qu’un livre fut publié en allemand qui portait pour titre : « Deux cents définitions des mots ‹ Ceci est mon Corps › »
Dans la perspective de Luther, découragé par les factions qui commençaient déjà à se former, il écrivit : « Il y a presque autant de sectes et de croyances que de têtes ; celui-ci n’admet pas le Baptême ; celui-là rejette le Sacrement de l’autel ; un troisième dit qu’il existe un monde intermédiaire entre le présent et le jour du jugement ; il ne manque pas non plus quelqu’un pour enseigner que Jésus-Christ n’est pas Dieu. Il n’y a personne, cependant, si bouffon soit-il, qui n’affirme être inspiré par l’Esprit Saint, et qui ne tienne pour prophéties ses songes et ses divagations » (cité dans Leslie Rumble, Bible Quizzes to a Street Preacher [Rockford, IL : TAN Books, 1976], 22).
Dans la perspective de l’Église primitive, la célébration de l’Eucharistie fut transmise en héritage à l’Église par les Apôtres eux-mêmes, et non au moyen de « manuels », ni même par des lettres apostoliques, qui viendraient plus tard. L’Église était la dépositaire de cette information et de cette pratique, la dépositaire de l’enseignement apostolique. C’est elle qui transmit aux générations futures l’enseignement et la pratique qu’elle avait reçus. C’est en ce sens que l’Église parle de la « Sainte Tradition » qui se conserve en elle. C’est pourquoi je considère que les Pères Apostoliques et les autres Pères de l’Église sont très importants, car ils sont des témoins authentiques de la Tradition Apostolique « déposée dans l’Église, à la manière dont un homme riche dépose son argent dans une banque » (saint Irénée). C’était de fait la première et principale source d’instruction durant les premiers siècles. Le principe de la Sola Scriptura n’existait tout simplement pas ; bien plus, les Pères réfutaient ceux qui proposaient des doctrines prétendument bibliques qui ne comptaient pas sur l’appui de l’enseignement et de la Tradition Apostolique constants. C’était l’Église qui transmettait la vérité. Elle était « la colonne et le fondement de la vérité » (1 Tm 3,15). Martin Luther écrit : « Cela, nous devons le leur concéder (aux catholiques) comme vrai, à savoir que la Papauté possède la Parole de Dieu et l’office des Apôtres, et que nous avons reçu d’eux les Saintes Écritures, le Baptême, le Sacrement et la chaire. Que saurions-nous de ces choses sans eux ? (Sermons on the Gospel of John, Chap. 14-16, 1537, dans le volume 24 de Luther’s Works, St. Louis, Missouri : Concordia Publi. House, 1961, 304).
Ainsi je ne répondrai pas à ta question en recourant seulement à la Bible, même si assurément je le ferai aussi ; je consulterai également les Pères de l’Église, parce que je respecte la manière dont ils ont interprété les textes et les enseignements. Irénée dit de Clément qu’il « a vu les saints Apôtres et s’est entretenu avec eux, ayant encore résonnant à ses oreilles leurs prédications, et ayant les authentiques traditions devant ses propres yeux. Et lui (Clément) n’était pas le seul ; beaucoup vivaient encore qui avaient été instruits par les Apôtres… Dans le même ordre et avec la même succession, l’authentique tradition reçue des Apôtres et transmise par l’Église, ainsi que la prédication de la vérité, nous ont été confiées ». (Adversus Haereses, 3.3.2 s). Je respecte leurs enseignements – je dois l’avouer – plus que ne le font les évangéliques d’aujourd’hui, qui ont jeté par-dessus bord et contredit quinze siècles de présence et de conduite de l’Esprit Saint dans son Église. Je trouve particulièrement curieux combien de nombreux évangéliques apprécient leurs professeurs et maîtres actuels, et en même temps combien ils ignorent ces premiers maîtres, maîtres assurément extraordinaires.
Qu’est-ce que la Messe ?
Avec ce bref arrière-plan, avançons un peu. Tu demandes ce que signifie le mot « Messe ». En elle-même, la parole est insignifiante. Elle vient de la conclusion latine de la célébration, lorsque le prêtre congédie l’assemblée par ces mots : Ite, Missa est, qui signifient littéralement : « Allez, c’est déjà la fin ». L’usage prolongé de cette salutation finale fit que le mot « Messe » en vint à désigner toute la célébration.
La Messe est une liturgie ou un service très ample et profond, qui contient mystère et typologie. Elle incorpore la beauté et la puissance de la Passion du Christ, la recréant devant nos yeux. Elle est symbolique et elle est réelle, d’un langage à la fois simple et typologique. Elle est paradoxale et à la fois simple. Elle contient toute la dignité, la profondeur, le symbolisme, la richesse et la réalité spirituelle que l’on attendrait de l’acte de culte central de l’Église fondée par Jésus-Christ et les Apôtres. Elle incorpore toute la typologie de l’Ancien Testament, dont elle était l’ombre. La Messe fut prophétisée par Malachie (Ml 1,11), comme le comprit l’Église primitive (nous le verrons plus loin). « Messe » est simplement un autre titre du service divin, de la liturgie, du partage du Corps du Christ dans la Cène du Seigneur.
La Messe comme sacrifice : l’Autel
La Messe signifie-t-elle un véritable sacrifice ? Oui, de plusieurs manières. Je décris la plus simple en premier lieu. Dans l’Ancien Testament, un sacrifice commençait par une offrande, quelque chose qui était solennellement porté devant la présence de Dieu, et là offert à Lui. Tel est le premier sens d’« offrande » ou de « sacrifice » dans la Messe. Le peuple de Dieu se rassemble autour de la table du Seigneur (c’est-à-dire de l’autel, le lieu du sacrifice ; Ml 1 ; 1 Co 10,21). Aux Israélites, Dieu ordonne d’apporter les prémices de la terre pour les déposer sur l’autel et offrir ainsi leur adoration. « ‹ Et maintenant, voici que j’ai apporté les prémices du fruit de la terre que tu m’as donnée, Seigneur ›. Et tu le déposeras devant le Seigneur ton Dieu, et tu adoreras devant le Seigneur ton Dieu » (Dt 26,10).
L’Église a toujours considéré cela, dans la Messe, comme profondément significatif. Lorsque nous nous réunissons, chacun venant de son propre lieu, pour adorer Dieu, nous apportons nos dons pour les Lui offrir. En un certain sens, ceux-ci sont déposés sur l’autel comme une offrande. Qu’offrons-nous à Dieu ? Beaucoup de choses : nous-mêmes (Rm 12,1), nos louanges (He 13,15) et nos dons (1 Co 16,2), etc. L’offertoire, durant la célébration, est la manière d’offrir ces choses à Dieu de façon à la fois réelle et symbolique. Soit dit en passant, « symbole » n’est pas un vilain mot… J’ai un ami qui dit que l’Évangile ne renferme plus de symbolismes. Il a raison, il se révèle désormais au moyen de symboles. Le plus étrange, c’est que cet ami à moi célèbre « la Cène du Seigneur » et dit qu’elle n’est… qu’un symbole ! À mon sens, c’est là une contradiction avec ses principes. Les symboles, de fait, sont nécessaires, et correspondent parfaitement à la manière humaine dont notre esprit a de comprendre. Nous employons le symbole pour toutes choses. Pour les protestants aussi, le Baptême et la Communion sont des « symboles », de même que les croix dans les églises, les autels de bois, les bannières chrétiennes, les alliances de mariage, incliner nos têtes ou faire des gestes avec les mains, nous agenouiller, fermer les yeux pour prier, tenir « la Parole de Dieu bien haut » quand nous prêchons depuis la chaire, imposer les mains, etc. Toutes ces choses sont des symboles. (Pour en savoir plus sur ce sujet, voir l’excellent livre de Thomas Howard, Evangelical Is Not Enough, publié par Ignatius Press.)
Durant l’offertoire, nous apportons deux choses à déposer sur l’autel. Mais avant tout, l’« autel » est-il un concept du Nouveau Testament, ou est-il un résidu périmé de l’Ancien ? L’Église catholique a un autel (He 13,10 ; 1 Co 10,21 ; etc.). Ignace d’Antioche (35-107 apr. J.-C.) et les premiers croyants chrétiens s’accordent : « Assurez-vous, par conséquent, que tous célèbrent une Eucharistie commune ; car il n’y a qu’un seul Corps de Notre Seigneur Jésus-Christ, et une seule coupe d’union avec son Sang, et un seul autel du sacrifice, de même qu’il n’y a aussi qu’un seul évêque, avec son clergé et mes compagnons de service, les diacres. Cela garantira que tout ce que vous ferez sera conforme à la volonté de Dieu » (Lettre aux Philadelphiens 4, écrite vers 106 apr. J.-C.). Remarque les quatre mots-clés qui reviennent constamment : corps, sang, autel et sacrifice. L’érudit protestant J. N. D. Kelly commente cette dernière citation : « La référence d’Ignace à ‹ un seul autel, de même qu’il n’y a aussi qu’un seul évêque › nous révèle que lui aussi pensait [l’Eucharistie] en termes de sacrifice ».
Il y a aussi un autel dans le Ciel, en or (Is 6,6 ; Ap 6,9 ; 8,3.5 ; 9,13 ; 11,1 ; 14,18 ; 16,7). On a l’impression que nous ne pouvons échapper aux autels…, à commencer par les offrandes sacrificielles des fils d’Adam, en passant par Abraham, et en arrivant à la Croix et à la Table du Seigneur, l’autel auquel se référait l’auteur de la lettre aux Hébreux ; et même à la fin même du texte inspiré, nous voyons que Dieu ne nous a pas dispensés des autels en cette nouvelle « ère spirituelle » dans les cieux, mais nous voyons qu’il a un autel « en or » devant son trône, et l’Agneau du sacrifice éternellement sous ses yeux. Impressionnant. Les catholiques ont des autels qui représentent à la fois la Croix du Seigneur et sa Dernière Cène (en réalité une seule et même chose) ; les protestants ont une table posée devant, dans leurs temples, qui n’est nullement un autel. Quoi qu’il en soit, ils conservent encore les fameux « altar calls », c’est-à-dire les appels à l’autel, lorsqu’ils invitent les gens à s’avancer et à recevoir le Christ. Il est très ironique de voir comment ils usent de tous les symboles des catholiques, mais vidés de leur authentique et originel contenu. Nous reprendrons ce sujet plus loin.
Dans l’Église, après la Liturgie de la Parole et la Prière des Fidèles, nous avons ce que nous appelons l’« Offertoire ». Ici nous remettons nos dons au Seigneur. Nous donnons aussi une part de notre argent à Dieu et à l’Église, pour ce dont il y a besoin. Cela correspondrait aux offrandes et aux dîmes de l’Ancien Testament. Il s’agit d’une offrande au sens biblique, c’est-à-dire de quelque chose de librement remis, offert au Seigneur.
Ces dons, réels et symboliques, sont apportés devant la présence du trône de Dieu ; ils nous représentent, nous, les croyants, qui offrons sur l’autel non seulement des dons, mais aussi – et principalement – nous-mêmes, nos familles, tout ce que nous sommes et possédons. Lorsque je vois une famille, à la célébration dominicale, portant à l’autel les dons du pain et du vin, je me vois moi-même et tout ce que je possède être reçu par le prêtre et déposé sur l’autel. Je me livre à la Croix, je renouvelle ma remise à Dieu, je livre ma vie comme Lui a livré la sienne, je m’abandonne à la volonté de Dieu, je suis de nouveau offert à Dieu comme un sacrifice vivant et saint. Il prend le peu que je puis Lui offrir, et le change en le Christ lui-même. Tout ce que je suis est consumé par le Père, non plus dans les flammes de l’immolation comme cela se passait dans l’Ancien Testament, mais comme une offrande et une bénédiction d’action de grâces et d’acceptation. J’ai l’impression que les catholiques, souvent, ne se rendent pas compte de la beauté de la Messe, comme probablement toi lorsque tu étais un jeune catholique ; cela arrive parce que nous ne lisons pas assez, n’étudions pas, ne prions pas, ne pratiquons pas suffisamment ces mystères immenses. C’est un véritable dommage lorsque ces si riches mystères sont devant nos yeux et que nous ne les remarquons pas. Jésus réprimandait ses disciples, comme il le fait encore aujourd’hui, en leur disant : « Ils ont des yeux et ne voient pas… » (Mc 8,18).
Nous portons à l’autel le vin et le pain, fruits de la terre, dons de Dieu, façonnés par les mains de l’homme. Nous prenons quelque chose qu’Il nous a donné, nous le transformons en pain et en vin, et nous Lui rendons une part de ses dons. Nous rendons grâce à Dieu pour ses dons, pour la vie, pour les fruits de la terre. « Béni sois-tu à jamais, Seigneur ! »
Présence Réelle ou symbolique ?
Or donc, le pain et le vin sont sur l’autel. Que se passe-t-il ensuite ? Nous savons que Jésus n’a pas dit que le pain et le vin « représentaient » son Corps et son Sang (bien qu’en araméen existent les mots pour « représenter », qu’Il aurait bien pu employer, s’Il en avait eu l’intention), mais qu’il a dit que le pain et le vin sont son Corps et son Sang. De fait, certains érudits pensent que le mot « corps » en grec traduirait le mot « chair » en araméen (la langue qu’employa Jésus), puisqu’il n’y a pas de mot plus exact pour signifier « corps » en araméen que le mot « chair ». Ainsi Jésus serait en train de dire « Ceci est ma chair ». Cela sonne assez catholique, n’est-ce pas ?
La Présence Réelle de Jésus dans l’Eucharistie ne fut jamais niée dans l’Église primitive, sauf par les gnostiques. Pourquoi les gnostiques niaient-ils la Présence Réelle ? Parce qu’ils considèrent Jésus comme seulement un homme, et que le Christ serait un esprit venu sur Jésus, c’est-à-dire que Jésus et le Christ seraient deux entités distinctes. Le Christ n’eut pas, selon cette doctrine, un corps réel, et par conséquent il ne peut exister une chose telle que la Présence Réelle du Corps et du Sang du Christ dans l’Eucharistie. Les Pères de l’Église, curieusement, argumentaient en sens inverse : puisqu’il y a une Présence Réelle dans l’Eucharistie, alors Jésus a dû avoir un corps réel lorsqu’il vécut sur la terre. Un argument des plus intéressants, n’est-ce pas ? Ne trouves-tu pas frappant que les Protestants suivent désormais le raisonnement du gnosticisme, au lieu de s’accorder avec les enseignements et les pratiques des premiers chrétiens ? Il n’y eut pas d’autre manière de penser dans l’Église des premiers siècles jusque bien avant dans le IXe siècle ; et ce n’est qu’au XIVe siècle que surgirent des enseignements qui niaient la Présence Réelle du Seigneur dans l’Eucharistie, en interprétant les paroles du Seigneur d’une manière symbolique, au lieu de littérale. (Et dire que ce sont les Protestants qui doivent tout interpréter plus littéralement !)
Imagine un instant Jésus interrompu par Jacques ou par Jean, tandis qu’il dit « Ceci est mon Corps »… Jean s’empresse de le corriger : « Non, ce n’est pas ton corps, cela symbolise seulement ton corps ». Et Jésus qui le regarde avec attention et lui dit : « Qu’as-tu dit ? » Comme nous le verrons, ce fut cela qui fit perdre la foi à Judas ; ce fut précisément en ce moment de foi en l’Eucharistie que Satan entra en lui.
Nous laisserons de côté, pour le moment, la question de la Présence Réelle, bien que dans mon livre j’écrirai sur ce sujet avec force détails, en étudiant tant l’Ancien que le Nouveau Testament, l’Église primitive, la Réforme et les temps modernes. J’ai aussi inclus dans mon livre Crossing the Tiber une « Brève Histoire de la Résistance » ; de cette résistance – comme tu le sais – tu es (et j’étais) le descendant.
Revenons à la question du Sacrifice : les paroles de Jésus lors de l’institution de la Cène du Seigneur sont chargées d’un sens sacrificiel. De fait, il prend ce qui était un sacrifice (la Pâque) et le transforme avec un nouveau symbolisme et avec une nouvelle réalité. Ce que les juifs mangeaient chaque année – et ils devaient manger l’agneau du sacrifice, faute de quoi il n’aurait aucun effet – symbolisait l’Agneau qui devait venir. Mais maintenant que le véritable Agneau s’était offert, ils devaient aussi manger l’Agneau, non de manière symbolique, mais réelle. Agneaux temporels – Agneau Éternel. Les premiers étaient des symboles, le second – la Réalité. Les juifs mangeaient auparavant le symbole, tandis que le nouveau Peuple de Dieu mange la Réalité. « Ceci est mon Corps qui sera livré pour vous ». Paroles assurément étranges ! Lorsque nous voyons ces passages dans l’original grec, et à la lumière de la culture juive – ce que nous ferons tout de suite – nous découvrons qu’il y a un usage étendu de la terminologie sacrificielle.
Lire la Bible dans son contexte vital
Mais avant d’aborder la nature sacrificielle de l’Eucharistie, rappelons quelques passages importants de l’Écriture : « La Pâque, la fête des Juifs, était proche… Jésus dit alors : – Faites-les s’étendre. Il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. Ils s’étendirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. Jésus prit alors les pains et, ayant rendu grâce, il les distribua à ceux qui étaient étendus… Quand ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : – Ramassez les morceaux qui sont restés… Alors, à la vue du signe que Jésus venait de faire, les gens disaient : – Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde ! » (Jn 6,4.10-14).
Le mot grec pour « grâces » est « eucharisteô », d’où provient notre usage du mot « Eucharistie ». Jean, intentionnellement, répète ce mot au verset 23, où il doit être vu comme une allusion à l’intention eucharistique du passage. Cette conclusion se justifie d’autant plus si l’on considère que l’évangile fut écrit à la fin du premier siècle, lorsque la Cène du Seigneur était appelée, techniquement, Eucharistie, comme cela ressort clairement des lettres de saint Ignace d’Antioche, disciple de Jean (voir par exemple sa lettre aux Éphésiens 13, aux Philadelphiens 4, aux Smyrniotes 7), et de tant d’autres. L’érudit protestant Oscar Cullmann écrit : « Le long discours de Jésus dans l’évangile de Jean… a été considéré depuis les temps anciens par la plupart des exégètes comme un discours sur l’Eucharistie… Ici l’auteur fait que Jésus lui-même établisse la séparation entre le miracle de la multiplication matérielle du pain matériel et le miracle du Sacrement » (Early Christian Worship, traduit par A. Stewart Todd et James B. Torrance, Philadelphia, Westminster Press, 1953, p. 93).
C’est là l’unique miracle opéré par Jésus durant son ministère terrestre qui ait été rapporté par les quatre évangélistes, démontrant ainsi l’importance de l’événement. Jésus met en place le décor du discours du « Pain de Vie », qui « est descendu du ciel ». Par la multiplication des pains, Jésus démontre son pouvoir de fournir du pain à tous, préparant une table dans le « désert », qui est une manière voilée de parler du monde. Nous verrons bientôt que Jésus explique que le pain qu’il offre, dans l’Eucharistie, est sa chair, qui « est vraiment une nourriture » et qui sera fournie à travers son Église à tous les hommes, en tous lieux, de tous les temps.
Le ton sacrificiel employé par les évangélistes dans les évangiles synoptiques suggère que les premiers chrétiens associaient déjà, depuis l’antiquité, le miracle des pains à l’Eucharistie, si l’on tient compte du fait que les évangiles furent écrits dans la seconde moitié du premier siècle. L’historien protestant et anticatholique Philip Schaff écrit : « Ici le plus profond mystère du christianisme prend corps encore et encore, et l’histoire de la Croix se reproduit devant nos yeux. Ici la nourriture miraculeuse des cinq mille se perpétue spirituellement… Ici le Christ… donne son propre corps et son propre sang, sacrifiés pour nous… comme nourriture spirituelle, comme le véritable pain qui descend du ciel » (History of the Church, Grand Rapids, MI, Eerdmans, 1980, 1:473).
Dans ce récit, Jean nous donne une belle description de l’Église : « tous les gens » que formaient les cinq mille personnes (sans compter les femmes et les enfants) représentent l’Église universelle, réunie en « petits groupes » de cinquante et de cent, qui représentent les églises locales, toutes nourries par le Christ, le grand Souverain Prêtre, qui distribue « le pain » à tous, à travers les mains de ses prêtres, les Apôtres. Plus loin, dans le même chapitre, Jésus explique que le pain est sa chair, qui doit être mangée, tout comme devait être mangée la chair de l’Agneau Pascal. Il pose ainsi le fondement du futur enseignement apostolique et des sacrements de l’Église.
Après la multiplication des pains, Jésus dit : « Je suis le pain vivant descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra à jamais. Et le pain que je donnerai pour la vie du monde, c’est ma chair. Les Juifs alors se querellaient entre eux, disant : – Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? Jésus leur dit alors : – En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang vraiment une boisson… Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n’allaient plus avec lui. Jésus dit alors aux Douze : – Voulez-vous partir, vous aussi ? Simon-Pierre lui répondit : – Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,51-55.66-68).
Comment les premiers destinataires de l’évangile de Jean l’auraient-ils accueilli ? N’oublions pas que cet évangile fut écrit entre 90 et 100 apr. J.-C. Selon George Beasley-Murray, peut-être l’exégète baptiste le plus important de notre époque, « il n’est pas nécessaire d’interpréter le texte exclusivement au sens du corps et du sang de la dernière cène du Seigneur ; cependant, il est évident que ni l’évangéliste ni ses lecteurs chrétiens n’auraient pu écrire ou lire ces paroles de Jésus sans une référence consciente à l’Eucharistie ; à tout le moins faut-il dire qu’ils reconnaissaient l’événement de la cène du Seigneur comme l’accomplissement le plus parfait (de ce qui est dit dans le discours du Pain de Vie) ». Voir George Beasley-Murray, John, vol. 36 du Word Biblical Commentary, Waco, TX, Word Books, 1987, p. 95).
Dans ce discours, on dirait que Jésus décide de parler d’une manière particulièrement difficile, désireux d’effrayer ses disciples inutilement… Il leur adressa des paroles dures à comprendre, les invitant, apparemment, à être des cannibales ; en conséquence, beaucoup se scandalisèrent et s’éloignèrent définitivement de lui. Le mot grec que Jean emploie pour « manger » n’est pas celui que l’on utilise habituellement pour décrire un dîner délicat : c’est l’expression grecque qui signifie « mordre », « manger bruyamment », et l’on pourrait la traduire par « mâcher » sa chair (voir Raymond Brown, The Gospel according to John I-XII [New York, NY : Doubleday, 1966], 283). « Ce scandale – dit Cullmann – appartient désormais au Sacrement, de la même manière que le scandale contre le corps humain appartient au divin Logos » (Oscar Cullmann, Early Christian Worship, 100). Et les Protestants de tradition anabaptiste et zwinglienne se scandalisent bel et bien de l’Eucharistie. C’est là l’unique cas (dans l’évangile), du moins qui ait été rapporté, de disciples qui s’éloignent de Jésus pour une question doctrinale. En tant que Protestant, moi aussi je m’étais scandalisé et éloigné de la signification réelle de ces paroles. Pourquoi Jésus n’arrêta-t-il pas la débandade des disciples ? Il aurait pu, avec facilité, leur dire : « Attendez, ne voyez-vous pas que je parle d’une manière symbolique ? Revenez, car je vous parlais de façon figurative ». Comme il ne le fit pas, beaucoup de ses disciples s’éloignèrent de lui. Mais les Douze demeurèrent avec lui : ils se rendirent compte que ses paroles étaient des paroles de vie éternelle.
Ce passage fut compris, dès les premiers jours de l’Église, comme une explication qui anticipe l’Eucharistie. Saint Basile le Grand (330-379 apr. J.-C.) écrivit dans son épître À la patricienne Césarie, sur la Communion : « Il est bon et salutaire de communier chaque jour, et de participer ainsi au saint corps et sang du Christ. Car il le dit avec grande clarté : celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (The Nicene and Post-Nicene Fathers, 2e série, 8:179). Selon Raymond Brown, « il y a deux grandes indications qui nous portent à penser qu’ici (en Jean 6) l’on parle de l’Eucharistie. La première indication est l’insistance de Jésus sur la nécessité de manger et de se nourrir de son corps et de son sang : nous ne pouvons prendre ces paroles comme une simple métaphore qui nous parlerait d’« accepter sa révélation »… Ainsi, si nous voulons attribuer aux paroles de Jésus en Jean 6,53 un sens positif, nous devons les rapporter à l’Eucharistie : ‹ Prenez, mangez : ceci est mon corps ; … buvez … ceci est mon sang ›. La seconde indication qui se réfère à l’Eucharistie est la formule que nous trouvons en Jean 6,51, où Jean nous parle de ‹ chair ›, tandis que les évangiles synoptiques, rapportant la Dernière Cène du Seigneur, nous parlent de son ‹ corps ›. Cependant, il faut savoir qu’il n’y a pas de mot hébreu ou araméen pour ‹ corps ›, tel que nous entendons ce mot ; pour cette raison, de nombreux érudits soutiennent qu’à la Dernière Cène ce que Jésus dit véritablement fut l’équivalent araméen de ‹ Ceci est ma chair › » (The Gospel According to John I-XII, 284-285). Nous devons nous rappeler une fois de plus que Jean écrivit son évangile entre 90 et 100 apr. J.-C. ; de cette période se conservent des documents qui démontrent que l’Eucharistie était clairement célébrée par l’Église catholique, dans tout l’Empire romain, comme la participation au corps et au sang du Christ littéralement. Si l’Eucharistie devait se prendre au sens symbolique, et si toute autre pratique aurait été vue comme de l’idolâtrie, Jean aurait pu facilement clarifier la doctrine, comme de fait il aimait le faire dans son évangile (voir Jn 1,42 ; 21,19). Il aurait pu clarifier à ses lecteurs qu’il s’agissait d’une manière symbolique de parler, et que cela ne signifiait pas ce que les premiers chrétiens pensaient que cela signifiait. Mais Jean écrivit un évangile sacramentel, et il savait exactement ce qu’il écrivait, et pourquoi.
Le cadre du discours : la Pâque et le traître
Nous lisons ensuite les paroles de Jésus à Judas dans le même contexte de Jean 6 : « Jésus leur répondit : Ne vous ai-je pas choisis, vous les Douze ? Et l’un de vous est un diable ! Il parlait de Judas, fils de Simon Iscariote ; c’était lui en effet qui devait le livrer, lui, l’un des Douze » (Jn 6,70-71).
Le contexte du passage est toujours important pour son interprétation. En lisant la Bible, il faut toujours se demander des choses comme : pourquoi l’auteur place-t-il cet événement à cet endroit-ci, et non à cet autre ? Ou encore : quelle conclusion l’auteur attend-il de nous en plaçant ces paroles dans ce contexte ? Dans notre passage, il nous paraît contextuellement significatif que Jean mentionne la trahison de Judas à cet endroit de son récit. Où trouvons-nous de nouveau, dans les évangiles, l’événement de la trahison de Judas ? Dans chacun des évangiles, la mention de Satan entrant en Judas est faite dans le contexte de la Dernière Cène. Chaque évangile commence le récit avec l’avertissement que c’était la Pâque, et se termine par l’affirmation que Satan entra en Judas – exactement comme en Jean 6. Et cela s’explique parce que Jean encadre son discours eucharistique au chapitre 6 de telle sorte que le lecteur voie le clair parallèle avec les récits synoptiques de la Cène du Seigneur. Le premier verset de Jean 6 dit que Jésus prononça son discours sur la nécessité de « manger sa chair » durant la Pâque. La mention qu’il fait ensuite de Judas paraîtrait totalement déplacée ici, sauf si on la comprend dans le cadre « eucharistique » de tout le chapitre. Comme la Bible est merveilleuse !
L’institution de l’Eucharistie
Passons maintenant à l’institution de l’Eucharistie, telle que la rapporte l’évangile de Marc (écrit dans la dernière partie du premier siècle). Marc écrivit : « Et tandis qu’ils mangeaient, il prit du pain, et, ayant béni, il le rompit et le leur donna, en disant : Prenez, ceci est mon corps. Puis, prenant une coupe, après avoir rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude » (Mc 14,22-24). Il semble que Jésus, intentionnellement, emploie la terminologie d’Exode 24,8 : « Voici le sang de l’alliance que le Seigneur a conclue avec vous, selon toutes ces paroles ». C’est ici, comme on le remarquera, que Jésus accomplit ce qu’il avait promis en Jean 6 : « Ceci est mon corps… ceci est mon sang ». Quelles paroles pourraient être plus claires que celles-ci ? À ce moment-là, Jésus et les Apôtres mangeaient le repas de la Pâque, l’agneau du sacrifice, qui était la préfiguration du corps du Seigneur, et maintenant, assis à cette même table, Jésus soulève un morceau de pain et dit : « Ceci est mon corps ».
Il est intéressant de noter que dans le texte grec, le substantif « corps » porte un article défini qui, selon la grammaire grecque, fait que l’expression apparaît avec une force particulière, chose qui se perd dans la traduction française. Littéralement nous pourrions le traduire par « ceci-ci est mon corps » ; on déclare que ceci (le pain) est mon corps. Jésus prononça ces paroles en araméen, la langue que parlaient lui et ses Apôtres. Certains érudits pensent que les paroles de Jésus ici furent « Ceci est ma chair », puisqu’il n’y a pas de mot araméen pour désigner « corps », mais « chair ». Ce qui se comprendrait très bien avec ce passage de Jean 6, lorsque Jésus dit : « vous devez manger ma chair et boire mon sang ».
Voyons maintenant ce que nous dit Luc dans son évangile : « Lorsque l’heure fut venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui, et il leur dit : J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ; car je vous le dis, jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse dans le royaume de Dieu. Et ayant pris une coupe, après avoir rendu grâce, il dit : Prenez ceci et partagez entre vous ; car je vous le dis, désormais je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce que vienne le royaume de Dieu. Puis, prenant du pain, après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : Ceci est mon corps, donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. Il fit de même pour la coupe après le repas, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, versé pour vous » (Lc 22,14 s).
Paul et Luc ajoutent les éléments de « mémoire », « souvenir » (en grec « anamnèse »), que n’inclut ni Marc ni les autres évangiles. Il y a des indices de développement liturgique jusque dans le Nouveau Testament lui-même (voir The Study of Liturgy, éd. par Cheslyn Jones, Geoffrey Wainwright, Edward Yarnold et Paul Bradshaw [New York, NY : Oxford Univ. Press ; 1978, 1992], 204). Le mot « mémoire » est un terme sacrificiel, et il est employé dans la version grecque des Septante (on appelle version « des Septante » la version grecque de l’Ancien Testament, qui était largement utilisée au temps de Jésus). « En Lv 24,7 le mot anamnèsis traduit l’hébreu ‹ azkarah ›, qui était un sacrifice mémorial … Ce sacrifice particulier (azkarah) était compris comme un souvenir perpétuel de l’alliance » (Dictionary of New Testament Theology, éd. par Colin Brown [Grand Rapids, MI : Zondervan Publ., 1979], 3:239). Anamnèsis est employé en Nombres 10,10, où de nouveau il fait mention du sacrifice, de sorte que l’expression de Jésus à la Dernière Cène avait sans doute pour ses auditeurs un caractère sacrificiel. Nous ne pouvons pas penser qu’il ait échappé à Jésus, en ce moment crucial de la Dernière Cène, le fait que le mot anamnèsis (ou son équivalent en araméen) avait cette signification sacrificielle… Nous devons plutôt penser que ce que Jésus fait est, précisément, de donner un contexte sacrificiel à cette Eucharistie qu’il institue durant la célébration juive de la Pâque ; Paul, en 1 Corinthiens, semble avoir très bien saisi cet aspect.
Ils le reconnurent…
Enfin, à propos de Luc, j’aimerais commenter l’un des moments les plus intéressants du Nouveau Testament. Il paraît évident que l’on fait ici référence à l’Eucharistie, que ce soit par l’emploi de la même terminologie, par le décor de l’histoire, ou par la date à laquelle l’évangile fut écrit. Nous lisons en Luc : « Et voici que ce même jour, deux d’entre eux se rendaient à un village nommé Emmaüs, distant de Jérusalem d’environ onze kilomètres. Et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. Or, tandis qu’ils conversaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha et fit route avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? … Alors Jésus leur dit : Ô cœurs insensés et lents à croire à tout ce qu’ont annoncé les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? Et, commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. Ils approchèrent du village où ils se rendaient, et lui fit mine d’aller plus loin. Mais ils le pressèrent, en disant : Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà décline. Et il entra pour rester avec eux. Or, tandis qu’il était à table avec eux, il prit le pain, le bénit, et, l’ayant rompu, il le leur donna. Leurs yeux alors s’ouvrirent, et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux. Et ils se dirent l’un à l’autre : Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, tandis qu’il nous parlait en chemin, et qu’il nous ouvrait les Écritures ? À cette heure même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem, où ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons … Et eux racontaient ce qui s’était passé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain » (Lc 24,13-17.25-33.35).
Quelle manière vraiment étrange ont ces voyageurs de raconter comment et quand ils reconnurent que c’était Jésus ! Et quelle manière étrange de conclure le récit évangélique ! Après sa résurrection, Jésus leur expliquait les Écritures, tandis qu’ils marchaient ensemble. « Et, commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait ». Ce dut être l’un des plus beaux sermons explicatifs de tous les temps, prêché par Jésus lui-même ! Cependant, alors même que c’est Jésus en personne qui leur explique les Écritures, ils ne comprirent pas qui il était. Mais lorsque Jésus prit le pain, le rompit, le bénit et le leur donna, « leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent ». C’est là un passage très intéressant : les disciples ne présentent pas le « fait de découvrir Jésus » comme conséquence d’une « prédication biblique », mais déclarent plutôt qu’ils « l’avaient reconnu à la fraction du pain » (Lc 24,35). Il est à noter que Luc emploie ici les mêmes mots que Jésus utilisa quelques chapitres plus tôt, lorsqu’il institua l’Eucharistie (il prit, bénit, rompit et donna). Les seules fois où le Nouveau Testament emploie ces mots de cette manière, c’est lorsque l’évangéliste parle de l’Eucharistie et… ici en Lc 24. Luc essayait-il de dire quelque chose, en concluant son évangile par ce récit historique ? Raymond Brown écrit : « L’insistance dont fait preuve Luc à expliquer que les disciples reconnurent Jésus à la fraction du pain a été communément comprise comme un enseignement eucharistique, de manière à pouvoir convaincre la communauté qu’eux aussi pouvaient rencontrer Jésus ressuscité à la fraction du pain eucharistique » (The Gospel according to John I-XII, 1100).
L’Eucharistie dans l’enseignement de Paul
Quoi qu’il en soit, allons maintenant aux paroles de Paul en 1 Corinthiens, sans perdre de vue Malachie 1,11. Paul écrit : « Car j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis : que le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré, prit du pain et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit : Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De même, après le repas, il prit aussi la coupe, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci, chaque fois que vous en boirez, en mémoire de moi. Car chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement se rendra coupable envers le corps et le sang du Seigneur » (1 Co 11,23-27).
Paul confirme ici les paroles de Jésus et la tradition orale de l’Église, puisque ces choses n’avaient pas encore été consignées dans les évangiles. De fait, si nous jetons un coup d’œil à la chronologie, 1 Corinthiens est probablement le premier témoignage écrit des paroles de Jésus à la Dernière Cène. Disons deux ou trois choses sur ce passage, avant de poursuivre.
Les mots « recevoir » et « transmettre » sont des mots techniques employés pour la transmission de la tradition apostolique (voir aussi 1 Co 15,3). Les Corinthiens n’apprirent pas ce qui touche à la Cène du Seigneur en lisant le Nouveau Testament. Ils l’apprirent par la tradition livrée ou transmise par Paul au moyen de l’enseignement oral et de l’exemple (2 Co 11,2 ; 2 Th 2,15 ; 3,6), tradition que Paul, à son tour, reçut directement du Seigneur, ou peut-être directement des Douze Apôtres (Ga 1,18, etc.). Les lettres du Nouveau Testament n’eurent jamais l’intention de remplacer la tradition enseignée par les Apôtres, Parole Vivante de Dieu transmise personnellement (1 Th 2,13). Les lettres de Paul n’étaient pas envoyées ni vues comme des « manuels d’église » avec des instructions complètes sur la Cène du Seigneur, puisque les Corinthiens avaient déjà été convenablement instruits par Paul lui-même, en personne. Ses lettres avaient pour finalité de corriger des abus et des pratiques défectueuses qui s’étaient introduits dans la pratique religieuse des fidèles de Corinthe. La foi avait été transmise oralement, par l’instruction faite de la part des apôtres aux saints (Jude 3), c’est-à-dire à l’Église. Les lettres furent envoyées bien plus tard pour encourager et exhorter les églises dans ce qu’elles savaient déjà par tradition (1 Co 4,17 ; 2 P 3,1-2).
À propos du mot « mémoire », je dois faire quelques remarques. Selon Thomas Howard, dans son livre Evangelical Is Not Enough (San Francisco, Ignatius Press, 1984), le mot « mémoire » n’exprime pas le contenu ultime du mot grec « anamnèsis », qui est employé au moment de l’institution de l’Eucharistie. « Le mot suggère une mémoire qui, en même temps, signifie un ‹ rendre présent › (106). Le Theological Dictionary of the New Testament emploie le mot re-présentation et « le rendre présent, par la communauté, le Seigneur qui institua la Cène » (1:348). « Ce re-rappeler ou re-présenter signifie que quelque chose de ‹ passé › se fait ‹ présent ›, quelque chose qui, ici et maintenant, nous affecte de manière vitale et profonde. En d’autres termes, l’Eucharistie est le rendre présent du véritable Agneau Pascal, qui est le Christ… Ainsi, dès les premiers jours, l’Église comprit l’Eucharistie comme le ‹ re-présenter › du sacrifice du Christ, avec sa puissance salvatrice actuelle. Toutes les anciennes liturgies montrent clairement que dans le culte eucharistique l’Église fait l’expérience de la puissance du Sauveur présent » (Olive Wyon, The Altar Fire, Londres, SCM Press, 1956, 35-36). L’auteur protestant Max Thurian écrivit : « Ce mémorial n’est pas un simple acte de recueillement subjectif, c’est une action liturgique… qui rend présent le Seigneur… qui rappelle devant le Père céleste, comme un mémorial, l’unique sacrifice du Fils, et cela rend présent le Fils dans son mémorial » (The Eucharistic Memorial, II, The New Testament, Ecumenical Studies in Worship, tel que cité dans le Dictionary of the New Testament, édité par Colin Brown, Grand Rapids, MI, Zondervan Publ. 1979, 3:244).
Jésus dit que le Calice est le Sang de la Nouvelle Alliance, faisant une claire référence aux paroles de Moïse. Cette manière de parler et d’employer les termes est assurément tirée du langage sacrificiel de l’Ancien Testament, et d’Ex 24,8 en particulier : « Moïse prit alors le sang et en aspergea le peuple, en disant : Voici le sang de l’alliance que le Seigneur a conclue avec vous, selon toutes ces paroles. » Jésus nous parle de sang véritable, non d’un vin symbolique qui représente le sang. Faisant référence aux paroles de l’alliance de sang de Moïse, Jésus dit : « Ceci est mon sang de l’alliance », tandis qu’il remet le calice à ses disciples, leur ordonnant de boire son sang, dont il leur avait parlé et qu’il leur avait longuement expliqué dans son discours de Jean 6.
Enfin, un mot à propos de profaner le Corps du Seigneur : être coupable « du corps et du sang » de quelqu’un signifiait à cette époque « être coupable d’homicide ». Comment quelqu’un pouvait-il être coupable d’homicide si le corps (le pain) n’est qu’un symbole ? La présence réelle du Corps du Christ est nécessaire pour qu’une offense puisse être commise contre lui. Comment quelqu’un peut-il être coupable « du corps et du sang du Christ » pour avoir mangé un morceau de pain ou bu une gorgée de vin ? « Personne n’est coupable d’homicide s’il commet une violence contre l’image ou la statue d’une personne sans toucher physiquement cette personne. Les paroles de Paul n’ont pas de sens sans le dogme de la Présence Réelle » (Leslie Rumble et Charles M. Carty, Eucharist Quizzes to a Street Preacher [Rockford, IL. : TAN Books, 1976], 7-8).
J’aimerais commenter un dernier passage de Paul avant de considérer plus en détail le cœur de la question, c’est-à-dire le Sacrifice Eucharistique, et le fait qu’il n’y a qu’un seul sacrifice survenu dans le temps, et que le sacrifice quotidien de la Messe est une re-présentation de cet unique et singulier sacrifice, et non une re-crucifixion de Jésus. Prends encore un peu patience avec moi…
Paul continue : « Je vous parle comme à des gens sensés ; jugez vous-mêmes de ce que je dis. La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il n’y a qu’un pain, à nous tous nous ne formons qu’un seul corps, car tous nous participons à ce pain unique. Considérez le peuple d’Israël : ceux qui mangent les victimes ne sont-ils pas en communion avec l’autel ?… je dis que ce que l’on sacrifie, les païens le sacrifient à des démons et non à Dieu ; or je ne veux pas que vous entriez en communion avec les démons. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons. » (1 Co 10,15-18.20-21).
Que signifie, dans ce passage, le mot « participation » (en grec koinônia) ? S’agit-il d’un langage symbolique ? Non, cela signifie une participation réelle. Saint Augustin, voulant décrire ce qui se passe dans l’Eucharistie, met dans la bouche de Jésus les paroles suivantes : « Ce n’est pas toi qui me transformeras en toi, comme cela se passe avec la nourriture corporelle, mais c’est plutôt toi qui te transformeras en moi » (Confessions, 7,10,16). Le Theological Dictionary of the New Testament de Gerhard Kittel enseigne lui aussi que « koinônia dénote participation, communion, avec le sens d’une intime proximité. Elle exprime une relation qui est mutuelle. Elle signifie participation, communication, communion ».
Saint Jean Chrysostome dit : « Car qu’est-ce que le pain ? Le Corps du Christ. Et en quoi se transforment ceux qui y participent ? En le Corps du Christ : non pas plusieurs corps, mais un seul corps » (Homélie sur 1 Corinthiens). Nous ne participons pas seulement par un geste symbolique, mais, comme le dit clairement Paul, nous participons en vérité au corps et au sang du Christ. Comment cela pourrait-il être ainsi, si la participation était purement symbolique ? Les évangéliques fondamentalistes se targuent d’être ceux qui prennent la Bible dans son sens le plus littéral : la Bible dit ce qu’elle veut dire, et veut dire ce qu’elle dit. Cependant, en bon fondamentaliste que j’étais, je n’hésitais pas à mettre de côté le sens littéral de ces passages, de même que l’interprétation de l’Église primitive, pour pouvoir m’en tenir à la Bible selon la tradition fondamentaliste dans laquelle j’avais été instruit et que j’avais acceptée.
L’Eucharistie représente aussi l’unité du Corps du Christ, que les Protestants ont brisée. Il n’y a pas d’exemple plus fort de l’unité du Corps du Christ que celui du pain et du vin. Le pain est fait de nombreux grains séparés, qui sont recueillis et broyés pour obtenir la farine, dont on pétrit et cuit un seul pain. Les raisins, à l’origine séparés, sont récoltés et pressés pour obtenir le fruit de la vigne, le vin. De même que les nombreux grains forment un seul pain, de même nous aussi, lorsque nous mangeons cet unique pain, le Corps du Christ, nous nous transformons en un seul corps. Nous devenons son corps de manière très réelle, en participant et en mangeant sa Chair et en buvant son Sang. Rappelle-toi que Paul enseigne que nous mangeons d’un seul pain, ce qui indique le corps réel du Christ, car si nous nous en tenons au symbole extérieur, nous mangeons des pains séparés, distincts. Les catholiques mangent d’un seul pain, le Christ ressuscité, le Pain de Vie.
L’Eucharistie est le sommet et la source de l’unité, comme l’enseigne clairement le Catéchisme de l’Église catholique : « L’Eucharistie est notre pain quotidien. La vertu propre à ce divin aliment est une force d’union : il nous unit au Corps du Sauveur et fait de nous ses membres, afin que nous devenions ce que nous recevons » (2837, citant saint Augustin, Sermon 57,7).
Mais nous pouvons nous demander : Paul pense-t-il en termes sacrificiels ? Jetons un coup d’œil aux mots qu’il emploie, et aux exemples qu’il donne. Rappelons-nous que 1 Corinthiens n’est pas un « manuel » ou un « catéchisme » des doctrines chrétiennes. Cette doctrine avait déjà été transmise aux Corinthiens par tradition orale (1 Co 11,2), par Paul en personne. La lettre avait pour intention d’être une missive de caractère correctif, pour leur faire rappeler et approfondir la connaissance et la pratique eucharistiques qu’ils possédaient et pratiquaient déjà. « Le sens sacramentel du pain et du vin non seulement se présuppose dans cette lettre, mais il est le fondement de toute l’argumentation présente… La boisson et la nourriture spirituelles apparaissent maintenant, avec plus de clarté, comme le Corps et le Sang du Christ ; et bien que le fondement ultime de cette définition ne soit donné que plus tard (1 Co 11,23-26), Paul le suppose déjà ici comme quelque chose de communément partagé avec ses lecteurs, ce qui a une force suffisante pour fonder l’argumentation qui suit… Ce que les écrits du Nouveau Testament présupposent … est encore plus important que ce qu’ils disent effectivement » (The Study of Liturgy, 191).
Remarquons quelque chose d’intéressant : Paul compare trois sacrifices différents. Pour ses lecteurs, le sens était clair. Chaque sacrifice s’offre sur un autel (table du sacrifice) : en premier lieu le sacrifice des juifs (v. 18), puis celui des païens (v. 19-21, offert aux idoles), et enfin celui des chrétiens, l’Eucharistie. Par ces comparaisons, Paul confirme le caractère sacrificiel de l’Eucharistie chrétienne. La « table du Seigneur » est un terme technique commun dans l’Ancien Testament qui se réfère à l’autel du sacrifice (Lv 24,6.7 ; Ez 41,22 ; 44,15 ; Ml 1,7.12), de sorte que les lecteurs de la lettre auraient immédiatement saisi la corrélation que Paul suggérait. En ce sens, je suis surpris que, à mes premiers jours de catholique, je n’aie pas remarqué cet important détail : la « table du Seigneur » dans l’Église, à laquelle se réfère Paul, et qui plonge ses racines dans la terminologie et la pratique de l’Ancien Testament, est désormais l’autel du nouveau sacrifice, dont parle Malachie (1,11). Observons que la « table du Seigneur » est mentionnée deux fois dans le premier chapitre de Malachie, avant et après la promesse de Dieu d’un sacrifice nouveau et universel offert par les gentils. La « table du Seigneur », c’est-à-dire l’autel du sacrifice, sera le lieu de cette offrande, qui correspond à l’Eucharistie, offerte sur la « table du Seigneur » de 1 Corinthiens 10,21.
Permets-moi de te poser cette question : savais-tu ces choses lorsque tu quittas l’Église catholique ? Le parallélisme n’est-il pas saisissant et sans équivoque ? Malachie encadre deux fois le « sacrifice sans tache » des gentils avec les termes sacrificiels de « table du Seigneur ».
Saint Paul emploie alors cette même terminologie pour expliquer le nouveau sacrifice offert sur « la table du Seigneur » dans l’Église. Le sacrifice de l’Eucharistie sur la « table du Seigneur » est comparé aux autres sacrifices, sobrement connus, qui s’offrent sur les tables d’autels tant païens que juifs. Paul, le plus brillant disciple du plus lucide rabbin juif, Gamaliel, n’emploie pas cette terminologie de l’Ancien Testament à la légère : c’est un élève exceptionnel… Il sait que ses lecteurs interprètent cette terminologie sacrificielle en la mettant en relation avec l’Eucharistie. Peut-on mettre en doute que Paul, le brillant maître de la Torah, ait compris l’Eucharistie en termes sacrificiels, interprétant la « table du Seigneur » comme un accomplissement de Malachie 1,11 ? « Le parallélisme que Paul dessine entre la participation des juifs et des païens à leurs sacrifices au moyen du repas de la chair des victimes et l’agape chrétien dans le Christ au moyen de l’Eucharistie nous démontre qu’il considère le repas de l’Eucharistie comme un repas sacrificiel, ce qui implique que l’Eucharistie elle-même est un sacrifice » (Jerome Biblical Commentary, éd. par Raymond E. Brown, Joseph A. Fitzmyer et Roland E. Murphy [Englewood Cliffs, NJ : Prentice-Hall, 1968], 269).
Il m’est parfois arrivé de m’émouvoir tellement au sujet du Seigneur et de l’Église que je me suis bloqué en écrivant. Le Seigneur a été si merveilleux.
Répondre à ta question
Nous pouvons enfin aborder ta question précise : comment la Messe peut-elle être un sacrifice réel sans impliquer un nouveau sacrifice du Christ ? En résumé, et je crois avoir fait cette précision dans mon article d’Ankerberg, il n’y a qu’un seul et unique sacrifice, un sacrifice éternel, et nous y participons quotidiennement dans les dimensions du temps et de l’espace, sur le plan temporel. Les protestants ont tendance à s’empêtrer dans le temps (je le sais, je suis passé par là) tandis que les catholiques ont tendance à voir les choses en termes de temps et d’éternité. Il en va de même lorsque nous discutons de l’intercession des saints. Nous rencontrons des protestants qui argumentent : Où la Bible dit-elle que nous devons prier les saints défunts ? Le catholique s’étonne et répond : où la Bible dit-elle que les saints sont morts ? C’est simplement une question de perspective. Les protestants ont tendance à poser un toit de tôle au-dessus de leurs têtes, ils ne sont pas capables de voir au-delà de la dimension du temps – et de la sphère temporelle – vers l’éternité. Pour eux, les saints sont morts et le sacrifice du Christ est terminé et consommé. Pour un catholique, les saints sont vivants,[3] mais dans une autre dimension (le ciel), et le sacrifice du Christ fut accompli il y a deux mille ans, mais il est encore un événement réel et un événement éternel aux yeux d’un Dieu et d’une Église non contenus dans le seul temps, et sans la vision restreinte que les Protestants ont acceptée en raison de la tradition dont ils ont hérité.
Dire que le Christ est mort une seule fois et ne meurt plus (He 7,27 ; 9,12 ; 10,10), et dire à la fois qu’il est offert à chaque messe comme sacrifice, paraît contradictoire ou paradoxal à un Protestant qui tend à considérer toutes les questions horizontalement au lieu de verticalement, mais cela ne pose pas de problème si tu changes ta manière de penser, si tu élargis ta vision pour penser bibliquement. Laisse-moi te demander : comment Jésus peut-il être un Roi assis à la droite du Très-Haut (He 1,3) et être en même temps un Agneau sacrificiel, un sacrifice sur l’autel (Ap 5,6) ? Comment peut-il être en deux lieux à la fois, dans deux conditions si radicalement différentes ? Comment peut-il être assis au ciel à la droite du Père et en même temps se trouver en un lieu différent, dans nos cœurs (Col 1,27) ? Il a maintenant des capacités étonnantes, des prérogatives jamais exercées tant qu’il fut sur la terre, lorsqu’il renonça pour un temps à l’usage de certaines prérogatives de sa divinité (Ph 2,5-11).
Nous abordons maintenant l’un de ces paradoxes qui ne le sont qu’en apparence. Les catholiques re-sacrifient-ils le Christ sur l’autel à chaque Messe ? NON.
Les catholiques rendent-ils présent l’unique sacrifice du Christ et y participent-ils dans la Messe ? OUI.
Reportons-nous de nouveau à Malachie 1,11, qui prophétise le futur sacrifice immaculé sur la Table du Seigneur : « Car du levant au couchant, grand est mon Nom parmi les nations, et en tout lieu un sacrifice d’encens est présenté à mon Nom, ainsi qu’une offrande pure. Car grand est mon Nom parmi les nations, dit Yahvé Sabaot ». Soulignons ici les pluriels et les singuliers. En tout lieu ( = pluriel, en tous les lieux) et une offrande pure (singulier). Une offrande offerte en tout lieu. Ayant déjà discuté ce verset, je ne veux pas m’étendre sur ce point, mais cela correspond merveilleusement à la Messe, comme l’enseignaient déjà les premiers chrétiens à une époque aussi reculée que le siècle I, quand les apôtres étaient encore vivants, et depuis lors l’interprétation est si clairement répandue au cours des deux premiers siècles que l’on peut admettre qu’elle fut un clair enseignement apostolique, provenant des apôtres eux-mêmes. Rappelons-nous qu’ils pensèrent beaucoup de choses qui n’ont pas été conservées dans les rares documents que nous avons recueillis dans le canon. Nous avons ainsi un unique sacrifice offert en de multiples lieux dans le futur parmi les nations à travers le monde entier – une excellente description de la Messe.
Nous devons maintenant souligner la permanence du sacrifice du Christ. Il n’est pas seulement un unique et définitif sacrifice, bien qu’il soit assurément rapporté au temps et à l’espace, mais il est aussi perpétuel dans sa réalité et ses effets, rapporté à l’éternité. C’est un sacrifice incessant et ses effets se poursuivent. Le Christ s’offre toujours lui-même au Père. Il s’offre toujours, bien qu’il ne soit mort qu’une seule fois (He 7,27). C’est là la singulière offrande pure de Malachie. Il offre toujours cette immolation, dont le fait physique est déjà passé mais dont la valeur demeure. Il intercède constamment pour nous en tant que Souverain Prêtre. Le Christ est, à la fois, prêtre et offrande sacrificielle. La passion et la mort du Christ sont choses passées, mais Lui, qui a enduré sa passion et sa mort, demeure à jamais revêtu des mérites de sa passion et de sa mort. Tu pourrais bien être d’accord avec cela, parce que tu comprends aussi l’achèvement de l’œuvre du Christ, offerte une seule fois, efficace à jamais.
Dans la scène apocalyptique, le Christ demeure debout, devant le Père, sur l’autel doré, devant le trône, la gorge tranchée : « Alors je vis, debout, au milieu du trône et des quatre Vivants et des Vieillards, un Agneau, comme égorgé » (Ap 5,6). Cela a été magnifiquement représenté dans une peinture de Jan Van Eyck intitulée « L’Adoration de l’Agneau », qui se conserve à Gand (Belgique). J’ai eu le privilège de demeurer devant cette peinture, enthousiasmé, pendant presque une heure, à l’analyser et à l’apprécier. C’est probablement ma peinture préférée de toute l’Histoire de l’art (avec la Descente de Croix de Rembrandt, en second lieu, que j’ai vue à Munich). L’Agneau se tient majestueusement sur l’autel, la gorge tranchée ouverte à la manière des sacrifices de l’Ancien Testament. L’Esprit Saint plane au-dessus de lui, répandant sa lumière sur tout. Le sang coule de l’Agneau dans un calice. Des personnes des quatre points cardinaux du globe (du lieu par où le soleil se lève et par où il se couche, pour Malachie) viennent jusqu’à l’Agneau pour partager une même coupe et une même chair, et pour adorer dans l’éternel sacrifice re-présenté en tout temps.
Le Christ ne cesse d’offrir son sacrifice. Il intercède éternellement pour son peuple. Lorsque l’ère de la rédemption aura pris fin et que la Seconde Venue aura été menée à son terme, alors seulement le sacrifice du Christ aura été achevé. Un sacrifice est achevé lorsque ceux pour qui il est offert goûtent ses fruits et reçoivent tous les bénéfices de son efficacité. Le Christ n’aura alors plus à s’offrir lui-même désormais comme « victime » propitiatoire et expiatoire sur l’autel. Le Christ s’offre lui-même comme victime précisément pour toute l’humanité sur la terre, pour les hommes qui vivent encore dans le temps, en voie d’être justifiés et rachetés. Cette offrande permanente du sacrifice de la Croix prendra fin lorsque viendra la fin des temps. L’offrande que le Christ présente au Père est pour ce monde et se dirige vers la consommation du dernier jour.
Il y a eu beaucoup de spéculations de la part des théologiens, catholiques et protestants côte à côte, sur la nature de la Cène du Seigneur. Les théologiens catholiques ont discuté et spéculé sur la nature et les effets de l’Eucharistie dans une tentative de sonder les profondeurs de ce mystère des mystères, si simple et si profond à la fois. Si temporel et si éternel simultanément. La théologie s’approche toujours davantage d’une compréhension complète de sa plénitude, mais cette plénitude sera réservée pour le dernier jour, où ce qui est vu faiblement dans un miroir sera vu et compris pleinement. Le pain et le vin consacrés signifient non seulement le corps et le sang du Christ, mais aussi son sacrifice. La consécration des deux espèces est une immolation symbolique, mais le symbolisme est sacramentel et contient ainsi ce qu’il signifie. La Messe est un sacrifice, parce qu’elle signifie et en même temps contient la réalité complète du sacrifice de la Croix.
Dans ce qui suit, et pendant quelques paragraphes, je veux tirer parti de l’excellent livre de Marie-Joseph Nicolas Qu’est-ce que l’Eucharistie ?, car il est profond et simple à comprendre. J’ai environ soixante-dix livres sur mon étagère qui traitent exclusivement de la Messe et de l’Eucharistie, mais je n’ai pas le temps de les citer tous, ce dont je suis sûr que tu tiendras compte.
La Messe : un nouveau sacrifice ?
Que signifient les mots « la réalité complète du sacrifice de la Croix » ? Si nous voulons les comprendre, il y a deux opinions extrêmes que nous devons écarter. L’une va trop loin, l’autre reste en deçà. La première pourrait argumenter ainsi : le temps et l’espace ont été abolis dans le mystère de l’Eucharistie ; ce que je rends présent dans la Messe est la passion, la mort et en outre la résurrection du Christ. Cette explication est absolument impossible. Le temps n’est pas comme l’espace. Ce qui est passé n’existe pas de manière très prolongée sous la forme dominée par le temps qu’embrassent les faits historiques de la passion et de la mort. La coexistence entre l’hier et l’aujourd’hui n’est pas possible. Au contraire, le corps glorifié du Christ est absent DE et, cependant, coexiste AVEC nous. Nous existons en même temps, au même moment dans la durée. Le rendre présent, ce n’est pas lui rendre l’être qu’il n’a plus, c’est placer son être là où il puisse entrer en contact avec nous. En aucune manière, donc, le Christ n’est présent sur l’autel comme sanglant et mort, mais selon son état présent de triomphateur sur la mort.
D’autres disent que ce qui est le plus important dans le sacrifice de la Croix est le sacrifice intérieur, l’état entièrement spirituel et immanent d’oblation dans lequel son âme s’est plongée. L’oblation intérieure de Jésus n’a pas cessé d’exister, elle se poursuit au ciel et cela s’exprime d’une manière particulièrement saisissante et visible par le don de lui-même dans l’Eucharistie. Mais cette explication des faits ne voit pas avec assez de clarté que le sacrifice de l’Eucharistie est le sacrifice de la Croix. Il pourrait sembler qu’il y ait, selon ce point de vue, deux « moments » de l’unique sacrifice, le « moment » eucharistique en tant que simple signe et commémoration du « moment » historique, et en même temps comme une nouvelle extériorisation et incarnation de la disposition intérieure de Jésus.
Nous devons aller encore plus loin et défendre cette idée de permanence, présente dans la première explication et absente de la seconde. Il nous suffit de rappeler l’idée de la permanence du sacrifice de la Croix en lui-même. Ce n’est pas seulement l’état de l’âme du Christ en oblation qui demeure, c’est aussi ce qu’il offre, sa nature humaine immolée mais victorieuse de la souffrance et de la mort, revêtue des mérites qu’il possède comme fruit permanent de son sacrifice. Ce qui est passé sert à ce qui demeure : la souffrance du Christ et sa mort, qui sont des faits passés, sont au service de cet état de victime qui est continuellement agréable à Dieu. Le Christ est éternellement celui qui meurt pour nous et s’offre lui-même comme tel. Le prêtre, lorsqu’il consacre le pain et le vin, le rend présent pour nous en cet état même, ou, plus exactement, le Christ lui-même, par la médiation du prêtre, se rend lui-même présent comme tel, comme la victime, triomphatrice de la mort, qui est comme en train de remonter de la mort à cause de nous.
C’est cela que le Concile de Trente veut dire par ces paroles : c’est le même sacrifice parce que c’est le même prêtre, la même victime, offerte d’une autre manière. Dans la Messe, le même sacrifice est offert d’une manière symbolique et sacramentelle. La Messe est le sacrement du sacrifice de la Croix, en tout ce que le sacrifice de la Croix a de permanent. C’est la raison pour laquelle le Concile nous fait la précision que la Messe possède toutes les qualités du sacrifice de la Croix et nous en applique les fruits. Comme nous l’avons dit, la force du sacrifice de la Croix est dans le pouvoir dont, aux yeux de Dieu, le Christ est revêtu. Le Christ est contenu dans l’Eucharistie comme exerçant ce pouvoir et l’appliquant ici et maintenant à ceux qui partagent l’Eucharistie. Il n’y a donc pas d’exagération à affirmer que l’Eucharistie est le sacrifice de la Croix rendu présent une fois de plus. L’idée de renouvellement que cette expression implique n’est cependant pas tout à fait exacte. En ce point, nous abordons une présence, actuelle et active, de la victime qui est toujours en train de se sacrifier, et c’est cela que le Christ est jusqu’à la fin des temps. Lorsque nous disons au croyant : « Tu dois assister à la Messe comme si tu assistais au sacrifice de la Croix », nous exagérerions si nous voulions dire par là que le croyant doit ressentir de la compassion pour le Christ comme s’il souffrait ici et maintenant. Nous n’exagérons pas si nous disons qu’ils doivent participer à l’offrande que le Christ fait de lui-même en notre nom, une offrande qui, dans le passé, fut douloureuse et sanglante et, parce qu’elle fut ainsi, retient toute sa vertu dans le présent.
La Messe, par conséquent, n’est pas un nouveau sacrifice, c’est-à-dire qu’elle n’ajoute rien de nouveau à celui de la Croix sur le plan sacrificiel. Elle ne place devant Dieu aucun nouvel acte de propitiation et d’expiation, et ne Lui fournit donc aucune nouvelle raison d’accorder la grâce à l’humanité. C’est la même victime qui est présente en cet état toujours actif, que lui a conféré son immolation suivie de la résurrection. Cet état eucharistique n’ajoute aucune valeur nouvelle dans l’ordre du sacrifice. La Messe est un sacrifice uniquement par sa relation avec le sacrifice de la Croix.
Cependant, chaque Messe est un véritable sacrifice. Chaque consécration est un acte sacrificiel, quoique dans l’ordre sacramentel, c’est-à-dire en tant qu’elle signifie et contient l’acte du sacrifice éternel et invisible dont elle est le signe sensible. Il y a, comme nous le savons, autant de présences du Christ que d’hosties consacrées. Mais il n’y a qu’un seul Christ présent dans toutes. C’est ce qu’affirme saint Paul, alors même que nous avons tous séparé les pains individuels dans chaque paroisse, nous recevons tous un unique pain. De manière semblable, il y a de nombreuses offrandes sacrificielles, autant que de Messes célébrées, mais il n’y a qu’un seul sacrifice du Christ, qui s’exprime dans tous ces sacrifices. Il y a de nombreux sacrifices qui sont rapportés à un seul sacrifice absolu et qui acquièrent chacun leur caractère sacrificiel seulement en vertu de cette relation.
Il nous aiderait à comprendre cela si nous gardions toujours à l’esprit qu’il y a un Auteur principal de la multitude des consécrations eucharistiques, un seul prêtre véritable et invisible, représenté par la multitude des prêtres dans les Messes : c’est le Christ dans la gloire, le prêtre éternel.
Et nous ne devrions pas croire que la Nouvelle Alliance a aboli le sacerdoce. Dans l’Ancien Testament il y eut trois niveaux de sacerdoce : le Souverain Prêtre (Aaron et ses successeurs), les Lévites comme prêtres ministériels, puis tout le peuple de Dieu comme sacerdoce universel (Ex 19,6 : « Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. Telles sont les paroles que tu diras aux fils d’Israël »). Nous voyons trois niveaux de sacerdoce : Souverain Prêtre (un seul), sacerdoce ministériel (celui de tous les Lévites) et sacerdoce universel (tout le peuple de Dieu). C’est la même chose aujourd’hui ! Nous avons trois niveaux : un Souverain Prêtre (Jésus-Christ), des prêtres ministériels (les apôtres et leurs successeurs, les évêques et les prêtres), et le peuple de Dieu (une nation de prêtres). Il y a une merveilleuse continuité.
Qu’apporte de nouveau la célébration de la Messe ?
Revenons à la Messe. Qu’y a-t-il donc de nouveau dans la Messe, de différent de l’unique Crucifixion ? Qu’ajoute le sacrifice eucharistique au sacrifice de la Croix perpétué dans la personne du Christ glorifié ? Pour user d’une terminologie plus technique, qu’ajoute le « sacrement » à la « réalité » qu’il rend présente ?
Premièrement et principalement, il ajoute le fait de nous rendre présente cette réalité, d’insérer le sacrifice transcendant du Christ dans notre temps humain d’où il sort par sa résurrection. L’éternité fait irruption dans notre temps, ou bien nous sommes élevés, transportés au ciel pour partager la liturgie révélée dans le livre de l’Apocalypse. L’une ou l’autre perspective revient au même ; nous sommes introduits dans un événement éternel, une liturgie céleste, un service d’adoration cosmique. Nous ne devons pas oublier que le salut de chaque homme s’accomplit durant le temps de sa vie terrestre au moyen du « contact », à travers la rencontre avec son Sauveur. Cette rencontre personnelle, cette réponse de chacun de nous à Dieu, qui prend notre chair et nous donne sa vie, est mise au premier plan et de manière essentielle au moyen de la foi, une foi qui est aussi une acceptation. L’objet de cette foi qui sauve et justifie est le Christ dans l’acte véritable par lequel il nous sauve. « La vie que je vis maintenant dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi » (Ga 2,20). Je dois m’approprier et faire mien ce sacrifice rédempteur accompli par le Christ en mon nom. Telle est la condition que je dois remplir si je suis véritablement disposé à recevoir en moi-même le salut, le pardon de Dieu, son amour et sa grâce. L’idée qui sous-tend l’institution des sacrements est de mener à bien cet acte salvifique du Christ de manière sensible, concrète et extérieurement présente. J’adhère à cette présence par la foi qui prend possession de son objet, et je me soumets à l’acte tout-puissant par lequel je suis sauvé. Chaque sacrement est un acte invisible du Christ dans l’âme et se fonde sur le sacrifice du Christ, de la même manière que chaque réception profitable d’un sacrement est fondée sur ma foi dans le sacrifice du Christ mort pour moi. Dans l’Eucharistie, c’est le sacrifice lui-même qui se fait actuel et présent pour moi. Toute son efficacité est mise à ma disposition. Je crois et je reçois. L’efficacité du sacrifice du Christ est offerte à, et mise à la disposition de, chaque homme existant dans cette sphère du temps sur laquelle chaque sacrifice du Christ est greffé.
Seule l’Eucharistie donne au Christ cette existence dans notre temps humain. Sa mort et sa résurrection l’en écartent. Sans le prêtre, qui lui sert d’instrument et, en un certain sens, de prolongement de son humanité (une continuelle incarnation, comme l’est aussi, en un certain sens, le Corps du Christ, l’Église), le Christ pourrait certainement offrir son sacrifice, mais non depuis cette terre et dans le temps terrestre. De manière semblable, le Verbe n’aurait pu se faire homme et l’un de nous sans la portion de chair qu’il prit de la Vierge Marie.
Nous sommes maintenant en mesure de montrer plus en détail ce qu’il y a de nouveau dans le sacrifice de la Messe par comparaison avec celui de la Croix.
Regardons-les individuellement.
Chaque consécration implique une nouvelle et réelle intervention du Christ, puisqu’il est le prêtre principal et invisible de la Messe. C’est Lui qui s’offre lui-même et non – à proprement parler – le prêtre qui offre l’hostie.
Cette intervention n’est pas une nouvelle offrande par rapport à l’offrande qu’il fait perpétuellement de lui-même et qui est le véritable état de son être glorieux. Il s’agit d’une application de Son éternelle offrande, de son insertion en un point donné de l’espace et du temps.
Le sacrifice de la Messe, par conséquent, n’acquiert par son offrande sacramentelle aucun mérite nouveau, aucune efficacité nouvelle, aucune valeur de sacrifice nouvelle, mais une nouvelle application de son efficacité. La Messe applique l’efficacité du sacrifice de la Croix à un moment donné du temps et à l’homme qui vit dans le temps.
Le sacrifice de la Croix, en prenant cette forme sacramentelle, a ajouté ceci : il s’offre à travers l’Église, c’est-à-dire au moyen des hommes. Le Christ Prêtre agit ici au moyen d’un instrument auquel passe le pouvoir de son sacerdoce et qui donne vie aux paroles et aux gestes humains visibles. Et c’est précisément à cause de l’usage de cet instrument que le sacrifice limite non pas sa valeur intrinsèque mais sa portée effective. Il a en vue les intentions de l’Église ici présente, des prêtres et des fidèles de la paroisse, et il va au-devant de leur foi. À première vue cela semblerait limiter l’horizon du sacrifice du Christ, mais en réalité cela le perfectionne, non au sens de le rendre plus parfait en lui-même, mais en tant que cela élargit son rayon d’action dans l’humain. C’est-à-dire : la Messe rend possible que le sacrifice du Christ soit maintenant offert aussi par les hommes à Dieu en et par leur Chef et Prêtre souverain, le Christ le Seigneur.
De manière semblable, la victime du sacrifice de la Messe assume toutes nos offrandes personnelles. C’est l’un des principes essentiels de l’Alliance de Rédemption (et nous pouvons l’appeler le principe de la Co-rédemption) que les hommes, loin d’être dispensés par le sacrifice du Christ de s’offrir eux-mêmes en sacrifice, en deviennent d’autant plus capables. Les victimes imparfaites que nous sommes acquièrent de la valeur par leur union à la victime parfaite. En s’offrant lui-même par la médiation des hommes, le Christ offre les hommes eux-mêmes avec lui. Cela est admirablement exprimé par la liturgie de l’offertoire. Le pain et le vin tirés de la Création sont le symbole de ce que les hommes ont reçu de Dieu, de tous leurs biens, de leur être véritable. La transsubstantiation du pain et du vin dans l’être véritable de Jésus-Christ exprime parfaitement le fait que Jésus-Christ assume complètement ce que nous avons et ce que nous sommes. Après la Consécration, nous n’offrons plus à Dieu nos offrandes, mais le Christ en nous. Seul Dieu qui se fait homme pouvait faire exister la victime parfaite, mais en s’incarnant il incorpore à lui tout l’humain, et fait que toute l’Église soit son corps et comme une extension de lui-même.
Enfin, le sacrifice du Christ, en se faisant eucharistique, réalise plus pleinement l’idée du sacrifice, comme nous l’avons expliqué. Lorsqu’il meurt sur la Croix, le Christ réunit certainement toute la communauté des hommes en Lui-même. Il fit office de prêtre et offrit son sacrifice. Cette victime fut visible, objective, extérieure. Il ne manqua pas non plus un symbolisme unique d’une efficacité sans égale, en tant que la « sorte de mort » qu’il choisit, en l’élevant comme il le fit les bras étendus, signifie authentiquement le total abandon d’une victime obéissante et soumise, son offrande à Dieu et son don aux hommes. Cependant, la réalité même de cette immolation sanglante ne permettait pas qu’elle eût un caractère rituel. Sur la Croix, le Christ fut la victime visible, mais il ne fut pas visiblement le prêtre, puisqu’il souffrit passivement et que les auteurs de son immolation, loin d’accomplir une cérémonie sacrée au nom de nous tous, perpétrèrent un crime odieux et sacrilège. Le sacrifice du Christ ne devint un fait cérémoniel que sous sa forme eucharistique, permettant que l’immolation du Christ soit toujours en train de s’accomplir, selon le désir des hommes qui vivent dans le temps et ne peuvent exister que par la répétition de leurs actes.
Le sacrifice du Christ ne cesse pas d’être réel, il « recommence » dans les formes sacrées et liturgiques, qui sont symboliques. Ce fut le Christ lui-même qui, avant le moment effectif de sa mort, créa cette caractéristique de son sacrifice, en la liant à notre condition terrestre. Il offrit son sacrifice rituellement lors de la Dernière Cène avant de l’offrir de manière effective sur la Croix.
Nous ne devons jamais oublier que nous parlons d’un rite qui contient une réalité qui est double : d’une part la réalité du Christ s’offrant lui-même, une victime immolée et glorifiée ; d’autre part la réalité des hommes offrant leurs vies réelles et leur être réel, leur existence quotidienne. Notre participation au sacrifice sacramentel serait une hypocrisie si elle consistait seulement en des formes et des signes vides, si elle ne supposait pas l’offrande authentique de nos propres vies en union avec le Christ, dans les conditions réelles où nous vivons. La vie sacramentelle n’est jamais autosuffisante, elle présuppose notre vie réelle, tant celle du Christ que celle des Chrétiens. Elle présuppose la vie réelle et le don de la vie jusqu’au jour de notre mort. Elle présuppose et exige une grande foi.
Cela nous aidera à comprendre comment la Messe est le sacrifice de toute l’humanité et comment, d’autre part, elle est le sacrifice de l’Église en exclusivité, c’est-à-dire de l’humanité déjà effectivement rachetée. Seuls ceux qui croient peuvent y participer, aussi seule par la foi et l’acceptation de celle-ci participons-nous à elle. Ce n’est que par l’offrande à Dieu dans le Christ de nos biens terrestres que nous avons part à la victime parfaite qu’est le Christ. C’est donc seulement l’Église, en ses membres vivants, qui est unie au Christ dans le sacrifice eucharistique.
Mais ce sacrifice intercède pour le monde entier. Il offre le salut au monde entier. Cela signifie que le monde entier tel qu’il est, tout ce qui existe dans la nature humaine, est en conséquence ouvert à recevoir la grâce du Christ, et est habilité à s’approprier et à mettre à profit pour lui sa mort et sa résurrection.
Nous pouvons résumer en disant que le sacrifice de la Messe ajoute notre part au sacrifice de la Croix, qui n’acquiert pas pour autant plus de valeur ou d’efficacité, mais un caractère plus humain. En expliquant cela, on insiste habituellement sur le fait que chaque Messe est une nouvelle application de l’efficacité du sacrifice de la Croix. Mais nous ne devons pas oublier que l’« efficacité » du sacrifice de la Croix réside surtout dans son ascendant sur le Cœur de Dieu le Père, dans sa valeur comme culte parfait. L’application aux hommes du « pouvoir » du sacrifice du Christ – et c’est alors que son efficacité atteint « sa consommation » – implique toujours l’offrande de sa valeur au moyen des hommes. Et c’est ce qui arrive de fait. Chaque Messe contient en elle-même, dans toute sa plénitude, l’adoration du Christ, son action de grâces, son désir de réparation, mais en passant à travers l’Église, à travers nous, et faisant ainsi nôtre son offrande et son adoration.
Ainsi, nous finissons là où nous avons commencé : Le Sacrifice de la Messe est le sacrifice du Christ représenté de manière sacramentelle, nous fournissant son Corps et son Sang en accomplissement de sa promesse. Je crois que désormais sa nature sera plus claire, selon ce qu’enseigne le Catéchisme. Sinon, qu’on relise ce qui précède et qu’on tente de le comprendre à nouveau. À titre de rappel, le Catéchisme déclare : « Le sacrifice du Christ et le sacrifice de l’Eucharistie sont un unique sacrifice : « C’est une seule et même victime, c’est le même qui offre maintenant par le ministère des prêtres et qui s’offrit alors lui-même sur la croix ; seule la manière d’offrir diffère ». « Dans ce divin sacrifice qui s’accomplit à la messe, ce même Christ qui s’est offert lui-même une fois de manière sanglante sur l’autel de la croix, est contenu et offert d’une manière non sanglante ».
Alors, pourquoi les Protestants allèguent-ils toujours que le monde catholique a un autre sacrifice, ou disent-ils que nous re-sacrifions le Christ encore et encore sans cesse ? L’un d’eux a dit : « Avec tous les fragments du corps du Christ que les catholiques et toi mangez, je me demande s’il restera quelque chose du Christ au ciel ». Quelle sottise ! Je veux croire que c’est simplement une méprise et non une tentative de troubler les gens ou de les tromper. Je ne voudrais pas te compter parmi eux. J’ai tendance à t’imaginer honnête et sincère en ces matières, et j’espère avoir raison.
Je crois aussi que l’histoire est du côté catholique, surtout si l’on considère les citations que j’ai employées dans cet article. Laisse-moi te citer une dernière fois saint Justin, qui fut décapité pour sa foi en 165 apr. J.-C. « Selon les paroles de Dieu par la bouche de Malachie, l’un des douze prophètes, comme je l’ai dit auparavant, à propos des sacrifices en ce temps présentés par vous [les Juifs] : ‹ Je ne me complais pas en toi, dit le Seigneur, et je n’accepterai pas les sacrifices de tes mains ; du coucher du soleil jusqu’au levant Mon Nom sera glorifié parmi les gentils, et en tout lieu on offrira de l’encens à Mon Nom, et une oblation pure : car Mon Nom est grand parmi les gentils, dit le Seigneur, mais toi tu le profanes. › Il dit alors à ces Gentils, c’est-à-dire à nous, qu’en tout lieu on Lui offrirait des sacrifices, c’est-à-dire le pain de l’Eucharistie ainsi que le calice de l’Eucharistie, confirmant à la fois que nous glorifions Son Nom et que vous le profanez. »
Ignace, le disciple de Paul et de Pierre, écrit au premier siècle : « Mais regarde ces hommes qui ont ces fausses notions au sujet de la grâce de Jésus-Christ qui est descendue jusqu’à nous, et observe comme ce qu’ils sont s’oppose à l’esprit de Dieu… Ils s’abstiennent même de l’Eucharistie et de la prière publique [liturgique], parce qu’ils n’admettent pas que l’Eucharistie est le corps même de notre Sauveur Jésus-Christ, dont la [chair] a souffert pour nos péchés, et que le Père dans sa bonté a ressuscité. En conséquence, du fait qu’ils rejettent les dons de Dieu, ils sont condamnés dans leurs contestations mêmes. Ils devraient mieux apprendre la charité, s’ils aspiraient à connaître un jour la résurrection… Rejette le sectarisme, car il est le commencement de tout mal »[4].
Si je dois choisir entre me ranger du côté de ces nobles prédécesseurs dans la foi, qui sont la première génération après les apôtres, ou bien me ranger du côté des protestants actuels, capricieusement attachés à « la seule Bible », qui jettent par-dessus bord quinze siècles d’Église, tu comprendras que la chose est hors de discussion : je reste avec les premiers ; c’est de la bonne compagnie !
Je sais que la présente réponse fut bien plus longue que ce que tu supposais, ou souhaitais, probablement, mais j’ai voulu être un peu plus détaillé, dans l’espoir de te donner un bon aperçu. J’espère t’aider à clarifier les choses et te faciliter la compréhension des enseignements Catholiques, historiques et bibliques, au sujet de l’Eucharistie. C’est pour cette raison que j’ai consacré beaucoup de temps aux passages de la Bible, aux citations des premiers Pères de l’Église et à l’explication de la manière dont on comprend, dans une perspective catholique, ce que la Messe actualise. Même en supposant que tu ne sois pas d’accord, j’espère qu’au moins tu traiteras avec un peu plus de respect intellectuel tes frères Catholiques, car cet enseignement est très défendable du point de vue biblique, et il est certainement viable. Il n’est ni anti-biblique ni incompréhensible, bien qu’il ne fasse aucun doute qu’il s’agit d’un profond mystère.
Je ne pourrai pas entretenir une grande correspondance durant les prochains mois, puisque j’ai plusieurs conférences à préparer, un cours sur la Bible que je commence à donner en novembre (pour lequel nous pensons que participeront des centaines de Catholiques (et de Protestants), et de plus je me vois pressé par l’éditeur de terminer mon second livre. En outre, mes enfants pensent que je suis marié avec ce fichu ordinateur. Je veux prendre un peu de repos.
Que Dieu te bénisse, Paul, et j’espère que nous pourrons rester amis tandis que nous partageons ces sujets si importants pour nous deux. Si tu voulais des suggestions de bonnes lectures sur ce sujet pour approfondir ta recherche, je serais ravi de te suggérer quelques titres, et non des moindres mon livre, qui apporte une multitude de données nouvelles. J’ai aussi commandé pour toi un livre que je t’enverrai par la poste dès qu’il sera arrivé.
Que tu reçoives les meilleures bénédictions de Dieu sur toi, ta famille et ta congrégation, tandis que tu t’efforces de Le servir dans la sainteté et l’amour.
Dans le Christ,
Steve Ray
* * *
Deux Annexes : 1) Un passage du Catéchisme Catholique de John Hardon et 2) le paragraphe original de ma lettre à John Ankerberg qui a motivé cette conversation.
Un bref fragment du Catéchisme Catholique de John A. Hardon (NY : Image Books, 1981)
LE SACRIFICE DE LA MESSE
Déjà à la Dernière Cène, le Christ fit clairement comprendre aux apôtres que ce qu’Il faisait en ce moment et ce qu’Il achèverait sur le Calvaire était un sacrifice, qu’Il désirait qu’ils poursuivent en sa mémoire. Dans le Judaïsme, le pain et le vin étaient des composantes qui faisaient habituellement partie du sacrifice. Les paroles que Jésus employa en l’instituant, lorsqu’il parla de la Nouvelle Alliance, de son corps qui devait être livré, de son sang qui devait être répandu, de faire cela en mémoire de Lui – toutes ces paroles ont de profondes implications sacrificielles.
Aux temps apostoliques, l’Église ne douta pas que, si le sacrifice de la croix fut certainement suffisant pour la rédemption du monde, le Christ se proposa de perpétuer ce sacrifice d’une manière rituelle jusqu’à la fin des temps. Ce fut l’un des principaux thèmes de la lettre aux Hébreux, qui tint pour acquis que le Christ s’était offert lui-même une seule fois à Dieu le Père sur l’autel de la croix, mais elle en vint aussi à affirmer que sa rédemption fut un fait qui s’étend dans le temps. Le sacerdoce du Christ « demeure pour toujours », « puisqu’Il continue d’intercéder pour tous ceux qui s’approchent de Dieu par Lui » (He 7,24-25).
Il s’agit d’un renouvellement du Calvaire. L’étroite association de ce que fit le Christ à la Dernière Cène avec ce qu’il fit le Vendredi Saint a été la norme de l’Église pour relier intimement les deux phénomènes. Pour cette raison, le sacrifice de l’autel n’est pas une simple commémoration vide du Calvaire, mais un véritable et propre acte de sacrifice, par lequel le Christ, Souverain et Éternel Prêtre, au moyen d’une immolation non sanglante, s’offre lui-même comme victime agréable au Père éternel, comme il le fit sur la Croix. Seule la manière de s’offrir est différente. »
« Le prêtre est le même, c’est-à-dire Jésus-Christ, dont le ministre humain représente la personne divine à l’autel. En raison de son ordination, le ministre est constitué souverain prêtre et possède le pouvoir d’accomplir les actions ‹ in persona Christi ›, à la place de la personne authentique du Christ. »
« La victime est aussi la même, c’est-à-dire le Sauveur dans sa nature humaine avec son véritable corps et son véritable sang.
Worth souligna que ce qui fait de la Messe un sacrifice est que le Christ est un être humain vivant doté d’une volonté humaine, capable, néanmoins, d’offrir (donc prêtre) et d’être offert (donc victime), non moins véritablement aujourd’hui que lorsque cela advint sur la croix.
La re-présentation signifie que sur la croix, Jésus s’offrit lui-même et toutes ses souffrances à Dieu en s’immolant jusqu’à sa mort physique, mais une immolation qu’Il offrit librement à son Père céleste. À l’autel, en raison de l’état glorieux de sa nature humaine, « la mort n’a plus de pouvoir sur Lui » (Rm 6,9).
En conséquence, l’effusion de son sang est impossible. Cependant, selon le plan de la divine providence, le sacrifice continuel du Christ est manifesté dans la Messe au moyen de signes extérieurs qui sont symboles de sa mort. Comment cela peut-il être ? « Par la transsubstantiation du pain en le corps du Christ et du vin en son sang, son corps et son sang sont tous deux réellement présents. Mais ce n’est pas tout. Leur séparation dans la consécration représente la séparation actuelle de son corps et de son sang. Alors la re-présentation commémorative de sa mort, qui eut effectivement lieu sur le Calvaire, est montrée symboliquement au moyen de symboles séparés qui représentent l’état de victime. »
« Le Catholicisme, par conséquent, affirme que, parce que le Christ est réellement présent dans son humanité au ciel et à l’autel, il est maintenant capable, comme il le fut le Vendredi Saint, de se livrer librement en offrande au Père. Il ne peut plus mourir dès lors qu’il est maintenant dans un corps glorifié, mais l’essence de son oblation reste la même : la soumission continuelle de sa volonté à la volonté du Père.
La Messe est un mémorial de la passion du Christ et de sa mort tout au long de la liturgie Eucharistique, comme cela apparaît déjà dans un rituel du IIe siècle.
Les Apôtres, dans leurs mémoires, qui sont appelées Évangiles, ont tenu pour acquis que Jésus l’ordonna ; qu’Il prit du pain et, après avoir rendu grâce, dit : « Faites ceci en mémoire de moi ; ceci est mon corps. » De même, il prit aussi le calice, en rendant grâce, et dit : « Ceci est mon sang. » Et il le leur donna une seule fois.
« Est-ce seulement la mort du Christ que l’on commémore ? L’Église enseigne que c’est « un mémorial de sa mort et de sa Résurrection », bien qu’évidemment de manières différentes. Lorsque nous disons que la Messe commémore la mort du Christ, nous voulons dire que de manière mystérieuse le Christ s’offre réellement lui-même comme prêtre éternel et que son oblation n’est pas seulement un souvenir psychologique mais une réalité mystique. Lorsque nous disons que la Messe est un mémorial de sa résurrection, cela signifie aussi qu’il ne s’agit pas simplement d’un souvenir mental. Après tout, le Christ qui est maintenant au ciel et le prêtre principal à l’autel est le Sauveur glorifié. Sa résurrection n’est pas seulement un fait qui eut lieu une fois, mais un fait continu dans l’histoire du salut. Appeler la Messe un mémorial de la résurrection peut évoquer l’image d’un agréable souvenir qui traverse doucement l’esprit. Cela devrait plutôt nous dire que dans la Messe le Seigneur glorifié est présent et est notre centre, et nous unit tous, encore mortels, à Lui, qui est notre résurrection.
Le Saint Sacrifice de la Messe est le moyen voulu par Dieu pour appliquer les mérites du Calvaire. Sur ce point, il serait utile de clarifier une question, par ailleurs compliquée : Comment la Messe applique-t-elle les mérites de la passion et de la mort du Christ ? Durant la période de la Réforme, ce fut l’une des questions les plus épineuses que l’Église aborda, dont certains disaient aux prêtres qu’ils se trompaient en déclarant que la Messe fût une source de grâce divine. Et on leur disait que, ou bien eux et le magistère de l’Église se trompaient, ou bien saint Paul se trompait lorsqu’il écrivit que, lorsque le Christ mourut, « Lui, au contraire, offrit un unique sacrifice pour les péchés, puis prit sa place pour toujours, à la droite de Dieu » (He 10,12). Le dilemme paraît insoluble : Ou bien le Christ mourut une fois pour toutes et sa mort suffit à la rédemption de l’humanité, ou bien, malgré sa mort unique et suffisante, la Messe devrait, en quelque sorte, « suppléer » à ce qui fut « insuffisant » dans la passion du Sauveur.
« Le Concile de Trente s’appliqua à la solution dans un article mémorable qui résume quinze siècles de foi Catholique en l’efficacité de la Messe, mais une efficacité qui dépend entièrement du Calvaire.
Le sacrifice [de la Messe] est véritablement propitiatoire, de sorte que si nous nous approchons de Dieu avec un cœur droit et une foi véritable, avec crainte et révérence, avec regret et repentir, par le moyen de la Messe nous pouvons obtenir miséricorde et trouver grâce pour nous secourir au temps du besoin. Par cette oblation le Seigneur est apaisé, Il accorde la grâce et le don du repentir, et pardonne nos mauvaises œuvres et nos péchés, si graves que soient certains d’entre eux.
Les bienfaits de cette oblation (c’est-à-dire l’unique oblation sanglante) sont reçus en abondance à travers cette oblation non sanglante. En aucune façon, donc, le sacrifice de la Messe ne diminue la valeur du sacrifice de la croix.
Par conséquent, la Messe peut fort bien être offerte, selon la tradition apostolique, pour les péchés, les peines, la satisfaction et les autres nécessités des fidèles sur la terre, autant que pour ceux qui sont morts dans le Christ et ne sont pas encore complètement purifiés.
« Ce que l’Église enseigne est que, si les bienfaits du salut furent mérités pour l’humanité sur la croix, ces bienfaits doivent encore être appliqués par nous, principalement au moyen de la Messe. Entre ces deux réalités, mérite et application, se situent la réalité de la foi et de la liberté humaines : la foi pour croire que Dieu nous demande d’user de canaux tels que la Messe, et la liberté de nous unir humblement en esprit à l’auto-immolation du Christ : Lui sur la croix qui a souffert, et nous sur notre croix, qu’Il nous offre à porter quotidiennement si nous voulons être ses disciples. »
* * *
Passage de ma lettre à John Ankerberg sur la Messe, où je porte un jugement critique sur son livre Protestants et Catholiques :
La Messe
M. Ankerberg, je vous renvoie directement à la page 81 de votre livre « Protestants et Catholiques : Sont-ils désormais d’accord ? », où je crois que vous déformez sérieusement la position catholique au sujet de la Messe. Les Catholiques vous écouteraient si vous étiez honnête et présentiez correctement leur position. Mais si vous ne faites que ridiculiser les enseignements de l’Église, ils vous congédieront poliment comme un malappris ou une personne peu intéressée par la vérité. Il vous vaudrait mieux montrer la position honnête de l’Église Catholique et agir avec droiture, au lieu de dresser des hommes de paille faciles à abattre. L’Église Catholique n’enseigne pas que le Christ est « sacrifié de nouveau » sur l’autel. Pourquoi essayez-vous de dire ce qu’ils font ? La citation que vous apportez de l’Encyclopédie Catholique n’emploie pas le mot « re-sacrifice », et pourtant vous la paraphrasez avec vos propres mots en disant qu’elle professe l’idée que le Christ se sacrifie de nouveau [sur l’autel]. Les mots sont importants et gêneront les Catholiques qui comprennent ce que vous faites – jouant librement avec la terminologie pour satisfaire vos propres intérêts. L’Église Catholique enseigne exactement le contraire, et vous, en homme instruit, devriez savoir que le Christ fut sacrifié une seule fois et pour toujours, comme l’Épître aux Hébreux nous le dit clairement, et qu’Il n’a pas besoin de descendre et d’être de nouveau crucifié chaque jour.
Les Catholiques enseignent qu’il n’y eut qu’un seul sacrifice et que la Messe est une représentation de ce sacrifice, un partage et une mise en commun de l’unique sacrifice – le repas de l’Agneau (Ex 12,11 ; Jn 6,52-58). Il n’y a pas plusieurs sacrifices – un seul. Les Catholiques enseignent que la Messe est une participation à l’unique sacrifice, le sacrifice du Calvaire. Remarquons, cependant, que nous voyons le Christ devant le trône de Dieu en Apocalypse 5,6, toujours présenté comme un « agneau égorgé » (le parfait en langue grecque, qui signifie qu’il fut et demeure égorgé). L’Apôtre Jean nous dit que l’Agneau fut égorgé, mais qu’il est encore sur l’autel devant le trône de Dieu[5]. Nous observons en outre une autre anomalie : le Christ est assis à la droite du Père, et le Christ, l’Agneau de Dieu, demeure sur l’Autel. Dans le monde temporel, Il fut égorgé une seule fois, mais au ciel, le monde hors du temps, il semble que le sacrifice du Christ soit un fait éternel. On dit aussi qu’il fut crucifié avant la création du monde (Apocalypse 13,8).
Posons-nous une question : Quand le Christ fut-il crucifié ?
– 1) « Avant la création du monde », ou bien
– 2) en l’an 30 apr. J.-C., ou bien
– 3) « l’Agneau demeure comme égorgé », présenté dans l’éternité future ?
Le Catholique voit simplement la Messe comme un partage de ce fait éternel. Cela nous présente ce fait éternel dans sa véritable nature, nous transporte au ciel pour voir, expérimenter et partager la liturgie éternelle en nous situant devant le véritable trône de Dieu. Les Catholiques s’étonnent de ce que les Évangéliques se compliquent tellement avec cela, car pour nous c’est une réalité très simple, connaturelle.
Pour être honnête, à la page 81 vous auriez dû citer le nouveau Catéchisme de l’Église Catholique, et non apporter votre paraphrase personnelle et votre interprétation privée de ce que nos livres disent.[6]. Au paragraphe 1367, le Catéchisme affirme : « Le sacrifice du Christ et le sacrifice de l’Eucharistie sont donc un unique sacrifice : « C’est une seule et même victime, c’est le même qui offre maintenant par le ministère des prêtres et qui s’offrit alors lui-même sur la croix ; seule la manière d’offrir diffère. » « Dans ce divin sacrifice qui s’accomplit à la messe, ce même Christ qui s’est offert lui-même une fois de manière sanglante sur l’autel de la croix, est contenu et immolé de manière non sanglante ». De sorte que surgit un doute, que je crois légitime, sur la rectitude d’intention des Protestants, qui affirment continuellement que l’Église Catholique enseigne que le sacrifice de la Messe est un sacrifice nouveau, distinct de celui de la Croix, et que nous sacrifions le Christ « de nouveau » sur nos autels… Nous ne pensons ni n’enseignons cela : pour nous, la Messe est une participation à l’unique sacrifice. L’Histoire semble être de notre côté, et c’est là aussi quelque chose dont je veux te dire un mot.
Pour commencer, l’un des premiers Chrétiens, Justin Martyr, écrivit : « De là Dieu parle par la bouche de Malachie, l’un des douze prophètes, comme je l’ai dit auparavant, à propos des sacrifices en ce temps présentés par vous [les Juifs] : ‹ Je ne me complais pas en vous ›, dit le Seigneur, ‹ et je n’accepterai pas tes sacrifices de tes mains ; du lever au coucher du soleil Mon Nom sera glorifié parmi les gentils, et en tout lieu on offrira de l’encens à Mon Nom, et une offrande pure : car Mon Nom est grand parmi les gentils, dit le Seigneur, mais vous le profanez. › Il parla alors aux Gentils, c’est-à-dire à nous, qui en tout lieu Lui offrons des sacrifices, c’est-à-dire le pain de l’Eucharistie et aussi le calice de l’Eucharistie, affirmant à la fois que nous glorifions Son Nom et que vous le profanez. »[7]
Lorsque je lis la lettre de Paul aux Corinthiens, il me semble voir le même langage : « Je vous parle comme à des hommes sensés ; jugez vous-mêmes de ce que je vous dis. La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas une participation au sang du Christ ? Le pain que nous partageons n’est-il pas une participation au corps du Christ ? Car il n’y a qu’un seul pain, et nous qui sommes nombreux ne formons qu’un seul corps, nous partageons un seul pain. Pensons au peuple d’Israël ; ceux qui mangent les sacrifices ne participent-ils pas à l’autel ? J’entends dire que ce que les païens sacrifient, ils l’offrent aux démons et non à Dieu. Je ne souhaite pas que vous fraternisiez avec les démons. Vous ne pouvez partager la table du Seigneur et la table des démons. »[8]
Observons comment est employé le langage sacrificiel. L’expression « table du Seigneur » est un terme technique et, dans l’Ancien Testament, se réfère toujours à la table du sacrifice. Pourquoi Paul emploierait-il de tels termes frappants de la terminologie sacrificielle s’il tentait de nier toute association entre l’Eucharistie et le sacrifice ?
Voilà ce qui me préoccupe réellement et que tu n’as pas le courage d’aborder : Pourquoi la position protestante sur la Cène du Seigneur est-elle si en désaccord avec l’enseignement universel des premiers Chrétiens, qui appelaient la Cène du Seigneur « Eucharistie » ? J’ai toujours soutenu, à l’époque qui précéda mon catholicisme, que les quatre premiers siècles du Christianisme furent essentiellement évangéliques, et qu’ensuite des éléments païens s’infiltrèrent, et que l’Église Catholique fut le résultat de cet amalgame. Après avoir lu les écrits des Pères (la Didachè, Ier siècle, Ignace d’Antioche, 106 apr. J.-C. ; Clément de Rome, 96 apr. J.-C. ; Justin Martyr, IIe siècle ; Barnabé, Ier siècle, etc.), j’ai dû admettre que je ne pouvais pas trouver mes doctrines Évangéliques favorites représentées chez ces auteurs, alors que j’y trouvais précisément des doctrines Catholiques[9]. C’est là un problème réel qui a besoin d’être affronté, et tu ne sembles pas le faire. Il fut habile de ta part d’éviter que tes lecteurs prennent contact avec l’histoire des premiers siècles : lorsque je le fis pour la première fois, crois-moi, ce fut comme un seau d’eau froide ! Pourquoi seraient-ce précisément ceux qui ont reçu les Évangiles des Apôtres qui en auraient perdu la trace le plus rapidement, comme le soutiennent les évangéliques en général ? Cela n’a pas de sens. Pourquoi le Seigneur aurait-il attendu mille cinq cents ans, jusqu’à la venue de Luther, pour remettre le train sur ses rails ? Je suppose que la réponse est que « mille ans sont comme un jour pour Lui », n’est-ce pas ?…
* * *
Question d’un frère Protestant : « J’ai lu ta réponse à John Ankerberg … Ma question est : comment peux-tu dire que le Christ n’est pas « re-sacrifié » dans la Messe alors que la manière même de s’exprimer du Nouveau Catéchisme que tu apportes pour ta défense dit qu’Il s’est immolé de manière non sanglante, et qu’ensuite ils emploient le même mot immolé rapporté à Son sacrifice réel sur la croix. Les deux usages du mot « immolé » dénotent tous deux un sacrifice, ce qui rendrait au moins acceptable l’usage du mot « re-sacrifice » par John Ankerberg. Si c’est comme tu le dis (et tu présentes la position catholique d’une manière que je n’avais jamais entendue), alors pourquoi le Nouveau Catéchisme ne précise-t-il pas (soit dit en passant, pourquoi y a-t-il un nouveau catéchisme ? y a-t-il quelque chose de mauvais dans l’ancien ?) qu’Il n’est pas effectivement sacrifié (immolé) mais qu’il s’agit d’une célébration de et d’une participation à celle-ci ? Pourquoi doit-il être immolé de nouveau ? Et si le second usage du mot « immolé » n’est pas le même que le premier, alors pourquoi cette distinction n’a-t-elle pas été faite plus clairement ? »
Réponse : En premier lieu, admettons que ta question n’est pas tout à fait claire, du moins pour moi. Je discuterai du terme « mystère » un peu plus tard, par opposition au terme « trouble » que tu emploies plus loin, mais pour l’instant il suffira de dire que le mystère de l’Eucharistie n’est pas quelque chose qui puisse être expliqué en termes simples. L’Église a cherché à définir aussi clairement qu’il lui a été possible de nombreux mystères, et l’Eucharistie n’a pas été le moindre d’entre eux. Il n’est pas étrange que tu ne le comprennes pas, puisqu’il est difficile à comprendre avec l’esprit humain. Si je me souviens bien, cependant, tu me critiquais pour être trop « cérébral » tandis que toi tu comprenais les vérités « les plus profondes ». Maintenant je parle de mystères et tu attends que tout soit expliqué avec une précision mathématique. Cependant…
Le fait que le Christ ait été une fois pour toutes crucifié et pour toujours présenté comme l’« agneau égorgé » devant le Père, cela ne t’aide-t-il pas à comprendre ? Je pense avoir clarifié dans ma lettre que l’Agneau avec une entaille au cou se trouvait éternellement présent devant le Père et que l’éternel sacrifice se rend présent dans l’Eucharistie. Le sacrifice ou immolation se rend réel pour nous à l’autel. Sais-tu que l’autel dans l’Église Catholique représente simultanément la croix (le lieu du sacrifice ; Ml 1,7.12 ; 1 Co 10,21) et la table sur laquelle nous mangeons la Cène du Seigneur ? Sur cette table du Seigneur le sacrifice du Christ s’est rendu réel pour nous. Il est re-présenté. Cela semble suffisamment simple pour moi. De nouveau le Catéchisme dit : « L’Eucharistie est donc un sacrifice parce qu’elle re-présente (rend présent) le sacrifice de la croix, parce qu’elle en est le mémorial et parce qu’elle en applique le fruit » (CEC 1366).
Le Concile de Trente dit : « [Le Christ], notre Seigneur et Dieu, devait s’immoler, une fois pour toutes, à Dieu le Père par sa mort sur l’autel de la croix, pour y accomplir la consommation de la rédemption. Mais parce que son sacerdoce ne devait pas prendre fin avec sa mort, à la Dernière Cène, « la nuit où il fut livré », [Il voulut] laisser à son épouse bien-aimée l’Église un sacrifice visible (comme l’exige la nature de l’homme) par lequel le sacrifice sanglant qu’il avait accompli une fois pour toutes sur la croix serait re-présenté, sa mémoire serait perpétuée jusqu’à la fin du monde, et sa vertu salutaire appliquée à la rémission des péchés que nous commettons quotidiennement ».
Ne pourrais-tu pas, par hasard, considérer le sacrifice du Christ comme perpétuel et disponible aujourd’hui pour te racheter des péchés que tu commets ? N’appliques-tu pas les œuvres accomplies du Christ en les considérant chaque jour comme présentes et efficaces ?
L’Éternel sacrifice du Christ se rend présent quotidiennement par un bienveillant acte de Dieu. Ne Lui refuse pas ce pouvoir, et tu ne devrais pas non plus mépriser l’enseignement constant de l’Église depuis le Ier siècle. Un tel rejet me paraîtrait arrogant et j’espère qu’il ne sera pris en considération que superficiellement.
Protestant : « Es-tu en train de me dire que si je commence à chercher dans les documents de l’Église Catholique je ne trouverai jamais aucun enseignement officiel qui postule que la Messe est un « re-sacrifice » du Seigneur ? L’obscurité d’une telle idée ne trompe pas les Protestants mais trompe les Catholiques, qui ne sont jamais parvenus à clarifier ce qui se passe réellement. »
Réponse : Si tu explores la totalité de l’enseignement Catholique, tu ne trouveras pas de contradictions au sujet de la Présence Réelle du Christ dans l’Eucharistie, ni au sujet de ce qui se passe à la consécration. Tu trouveras beaucoup de spéculations parmi les théologiens, les laïcs et les sceptiques ; mais l’enseignement officiel de l’Église sera cohérent. Cet enseignement a été développé et approfondi quant à la compréhension du mystère, il a été défini (par exemple, la transsubstantiation au quatrième concile du Latran en 1215) et ensuite expliqué, mais aucun des textes de l’Écriture ni des documents officiels ou des conciles postérieurs n’a été contredit. Comme la définition de la Trinité, qu’il fallut plusieurs siècles pour définir, toute doctrine est abordée, discutée et définie chaque fois que le peuple de Dieu en a besoin. Autre exemple : il n’y eut pas de Canon officiel [des Écritures] pendant plusieurs siècles : bien que nous soyons d’accord, toi et moi, que la Bible a toujours existé, et qu’elle a toujours contenu la vérité, elle n’était cependant pas encore définie de manière dogmatique et claire.
De la même manière, tu pourras voir un développement de la compréhension et de la doctrine de l’Eucharistie, mais tu ne trouveras aucune différence substantielle dans l’enseignement de l’Église en 2000 ans de développement. Si tu trouves quelque aspect que tu penses être contradictoire, fais-le-moi savoir et nous en discuterons, mais jusqu’à présent je n’en connais aucun, et si tu crois qu’il y en a, comme il est naturel dans une bonne discussion, la charge de le prouver t’incombe.
De plus, tu devrais reconnaître que tu ne trouves rien dans l’enseignement de l’Église qui dise que le Christ est « re-sacrifié », parce que cela serait remarquablement contraire à l’Écriture (par exemple, He 7,27 ; 9,12 ; 10,10). Les Catholiques, comme moi, peuvent être un peu timides parfois, mais nous connaissons la Bible. Un enseignement selon lequel le Christ serait « re-sacrifié » dans la Messe serait en flagrante contradiction avec les nettes affirmations de l’Écriture et cela ne serait pas très intelligent. Rappelle-toi que les Catholiques sont d’accord avec la Bible depuis 2000 ans, la connaissent bien, et n’admettraient pas une telle absurdité.
Je sais que tu connais l’enseignement d’Hébreux 6,6 : « il est impossible de les rénover une seconde fois en vue de la conversion, alors que pour leur part ils remettent en croix le Fils de Dieu et le bafouent publiquement. » Intéressant, n’est-ce pas ?
Nous sommes maintenant en mesure de considérer ton paragraphe suivant : « L’opacité d’une telle proposition ne dépend pas des protestants, mais plutôt des catholiques, qui n’ont jamais clarifié ce qui se passe réellement durant la Messe. » Je ne suis pas d’accord avec le mot opacité [murkiness] puisqu’il implique une intention tordue. Il provient de l’ancien anglais « mirce », équivalent de l’ancien scandinave « myrkr », qui signifie « ténèbres ». L’Église Catholique, ainsi que l’Orthodoxe, dans la Sainte Tradition des Pères, comprend que le sacrifice de la Messe est un « mystère », ce qui n’est pas la même chose que dire « ténèbres » ou « opacité ». Je crois que nous sommes ici devant un point clé.
Considérons un instant les deux natures du Christ en une seule Personne, ou la Trinité de trois personnes en une seule nature. S’agit-il de quelque chose de facile à expliquer ? Essaie d’en faire l’essai la prochaine fois que les Témoins de Jéhovah frapperont à ta porte. C’est un mystère, non des « ténèbres », et nous savons que c’est vrai parce que c’est l’enseignement constant de l’Église et que cela est attesté dans l’Écriture (bien que nulle part cela ne soit affirmé avec autant de clarté que dans un manuel théologique « trois Personnes divines en une seule substance »). Merriam-Webster définit « mystère » comme « une vérité religieuse que l’on ne peut connaître que par révélation et qui ne peut être pleinement comprise », définition qui me paraît raisonnable. Un bon Dictionnaire Catholique écrit : « une réalité qui ne peut être expliquée par la raison, mais qui tire sa force de la foi surnaturelle ». Cela ne devrait pas t’être difficile à accepter, car je te mets au défi de me donner une explication pleinement scientifique de la manière dont l’Esprit Saint habite en nous, ou de ce qui se passe lorsqu’on est « repos dans l’Esprit ». Pourrais-tu alors m’expliquer parfaitement ces réalités que tu acceptes ? Ou, pour reprendre tes propres mots, « clarifie-moi ce qui se passe réellement ». Soutiens-tu que tu peux expliquer clairement tout ce qui se passe dans la vie spirituelle et dans notre âme ? Peux-tu expliquer ce qui se passe lorsque nous naissons de nouveau ? Peux-tu expliquer ce qui se passe lorsqu’une personne a été guérie spirituellement ? Peux-tu décrire avec des détails scientifiques quel processus mécanique ou biologique a lieu ? Peux-tu expliquer comment l’Esprit Saint féconda Marie de la Parole Éternelle de Dieu ? Appellerais-tu ces réalités « ténébreuses » ou « troubles », ou plutôt « mystérieuses » ?
Les Pères de l’Église n’eurent aucun mal à admettre certains phénomènes qui sont des mystères ! Et si tu n’es pas d’accord, je te demanderais de me montrer l’un des Pères de l’Église ou des Pères Apostoliques qui pensent différemment. De fait, ce serait un bon exercice pour toi de rechercher qui fut la première personne dans l’histoire du Christianisme à nier la Présence Réelle du Christ dans l’Eucharistie ou à nier qu’elle fût un sacrifice.
En Malachie 1,11 il est dit : « Mon Nom sera grand parmi les nations [gentils], du levant au couchant, et en tout lieu un sacrifice d’encens est présenté à mon Nom, ainsi qu’une offrande pure. Car grand est mon Nom parmi les nations ». Les pères apostoliques et toute l’Église primitive expliquèrent ce passage à partir de l’Eucharistie. Un érudit protestant bon connaisseur de l’Ancien Testament, Joyce Baldwin, récapitula ces versets de Malachie de la manière suivante :
(1) Le nom de Dieu sera honoré parmi les nations (Gentils), et elles en viendront à connaître Dieu ;
(2) ce culte mondial ne serait pas dépendant des sacrifices lévitiques offerts à Jérusalem ; et,
(3) « sera offert » se réfère à l’avenir imminent, dans lequel l’oblation pure transcendera toutes les offrandes précédentes.
Baldwin insiste sur le fait que « l’adjectif ‹ pure › n’est employé nulle part ailleurs pour décrire les offrandes… Dans le meilleur des cas, les sacrifices lévitiques ne furent jamais décrits en ces termes » (Haggai, Zachariah, Malachi, vol. 24 dans les Commentaires de l’Ancien Testament de Tyndale [Downers Grove, IL : Inter-Varsity Press ; 1972], 229-230).
Le langage de Malachie est clairement sacrificiel et rend compte avec netteté d’une unique oblation, chose jamais vue dans l’Ancien Testament.
Ce sacrifice, offert mondialement, est supérieur aux sacrifices lévitiques des Juifs et ne pourrait jamais être conçu sur un pied d’égalité avec les sacrifices païens, si sincères que puissent être ces derniers. Le sacrifice (singulier) sera offert mondialement (multiples sacrifices) et remplacera et sera supérieur à tous les sacrifices précédents. Ce sacrifice unique atteint sa plénitude avec le sacrifice singulier et définitif du Christ, tandis que la meilleure explication des multiples sacrifices « du lever au coucher du soleil » est la célébration de l’Eucharistie, telle qu’elle a été comprise par les chrétiens qui reçurent l’évangile de la bouche des apôtres.
Cela nous conduit à considérer l’Église, l’alliance ouverte à toutes les nations, Juifs et Gentils, comme le cadre de cette « offrande pure » qui sera offerte en tous les lieux de la planète. Que cette référence à l’Eucharistie ait été faite en pensant à l’Église, c’est quelque chose qui peut se percevoir à une époque aussi reculée que la Didachè (également connue sous le nom de « doctrine des douze Apôtres », composée probablement en Syrie vers 60-80 apr. J.-C., qui est, après le Nouveau Testament, le plus ancien document littéraire chrétien). J’apporterai quelques exemples pour le moment : Le sacrifice est une « offrande pure » singulière, et pourtant « en tout lieu » : la Messe Catholique s’y ajuste comme un anneau au doigt. Saint Augustin affirmait déjà : « Que réponds-tu à cela ? Ouvre enfin les yeux, donc, à tout moment, et vois, du lever au coucher du soleil, le Sacrifice des Chrétiens est offert, non en un seul lieu, comme il fut établi avec les Juifs, mais en tous lieux ; et non à quelque dieu que ce soit, mais à celui qu’Il annonça d’avance, le Dieu d’Israël… Non en un seul lieu, comme il le prescrivit pour vous dans la primitive Jérusalem, mais en tous lieux, même dans Jérusalem elle-même. Non selon l’Ordre d’Aaron, mais selon l’Ordre de Melchisédech » (La Foi des premiers Pères, 3:168).
Je vais maintenant te fournir quelques citations des premiers Pères pour étayer cela. Je te confesse que, en tant qu’évangélique, je fus absolument consterné lorsque je pus constater qu’aucun des représentants de l’Église primitive dans sa totalité, et je veux dire aucun (excepté les Gnostiques), ne rejetèrent l’idée de l’eucharistie comme d’un véritable sacrifice.
La Didachè, ou « Doctrine des Apôtres » (écrite avant même certains des documents du Nouveau Testament) :
Rassemblez-vous le Jour du Seigneur, rompez le pain et offrez l’Eucharistie, mais d’abord confessez vos péchés, afin que votre sacrifice soit parfaitement pur. Que celui qui est en désaccord avec son prochain ne participe pas avec vous jusqu’à ce qu’il se soit réconcilié avec lui, et vous éviterez ainsi toute profanation de votre sacrifice. C’est là l’offrande dont le Seigneur a dit : « En tout lieu et toujours, offrez-moi un sacrifice qui soit sans tache, car je suis un grand roi, dit le Seigneur, et mon nom est l’émerveillement des nations » [Malachie 1,11].
Clément de Rome (probablement mentionné en Philippiens 4,3, il connut Paul et Pierre)
« Nos péchés ne seront pas petits si nous expulsons de l’épiscopat [les évêques ou le groupe de ceux qui sont dirigés par les évêques] ceux qui, de manière irréprochable et sainte, ont offert leurs Sacrifices. »
Et Clément affirme en outre : « Le Souverain Prêtre, par exemple, a ses propres services qui lui sont assignés… Il y a des ministères particuliers établis pour les Lévites, et le laïc est tenu par les règles qui affectent l’état laïc. De la même manière, mes frères, lorsque nous offrons notre propre Eucharistie à Dieu, chacun doit s’en tenir à son rang. »
Ignace d’Antioche (v. 35-107 apr. J.-C.)
Soyez convaincus, par conséquent, que vous participez tous à une Eucharistie commune ; car il n’y a qu’un seul Corps de notre Seigneur Jésus-Christ, un calice d’union avec Son Sang, et un seul autel de sacrifice – de même qu’il n’y a qu’un seul évêque, avec son clergé et ses propres serviteurs qui l’accompagnent, les diacres. Cela vous permettra de vous assurer que tout ce que vous faites est en complet accord avec la volonté de Dieu. » J.N.D. Kelly commente cette dernière citation en disant que « la référence d’Ignace à un seul autel, de même qu’à un seul évêque, révèle que lui aussi pense en termes sacrificiels ».
Et de nouveau : « Mais regardez ces hommes qui ont ces perverses notions au sujet de la grâce de Jésus-Christ qui est descendue à nous, et voyez combien ils sont contraires à la pensée de Dieu… Ils s’abstiennent même de [participer à] l’Eucharistie et de la prière publique [liturgique], parce qu’ils n’admettent pas que l’Eucharistie est le corps même de notre Sauveur Jésus-Christ, dont la [chair] fut immolée pour nos péchés, et que le Père dans sa bonté ressuscita. En conséquence, puisqu’ils rejettent les dons de Dieu, ils sont condamnés dans leurs discussions. Ils feraient mieux d’apprendre à être charitables s’ils veulent connaître la résurrection… Abjure de leurs discordes, car elles sont le commencement de leurs maux. »
« Obéissez à votre évêque et à vos prêtres avec des esprits indivisés… Tenez-vous dans une participation commune du pain – le remède d’immortalité, et le souverain remède par lequel nous échapperons à la mort et vivrons dans le Christ Jésus pour toujours. »
Telles sont les paroles des hommes qui furent guidés par les apôtres eux-mêmes. Dois-je prêter l’oreille à leurs enseignements, ou à ceux des Fondamentalistes, qui sont à deux mille ans de distance des apôtres ?
Et le DEUXIÈME SIÈCLE ? Écoutons Justin Martyr, le grand Apologiste : « Et cet aliment est appelé chez nous l’Eucharistie, à laquelle nul n’est admis à participer sinon l’homme qui croit que les choses que nous enseignons sont vraies, et qui a été lavé du lavage qui est pour la rémission des péchés, jusqu’à la régénération, et qui vit comme le Christ l’a ordonné. Car nous ne recevons pas ces éléments comme du pain ni une boisson ordinaires ; mais de la même manière que le Christ notre Sauveur, s’étant fait chair par la Parole de Dieu, fournit sa chair et son sang pour notre salut, de même aussi nous avons professé que l’aliment que nous avons béni par la prière de Sa parole, et dont notre sang et notre chair sont nourris par transmutation, est la chair et le sang de ce Jésus qui fut fait chair. »
Justin ajoute : « Ainsi donc Dieu parle par la bouche de Malachie, l’un des douze [prophètes], comme je l’ai dit auparavant, à propos des sacrifices présentés en ce temps par vous [les Juifs] : « Je ne me complais pas en toi, dit le Seigneur, et je n’accepterai pas de sacrifices de tes mains ; car du lever du soleil jusqu’à son coucher, Mon nom a été glorifié parmi les gentils, et en tout lieu on offre de l’encens à Mon nom, et une offrande pure : car Mon nom est grand parmi les gentils, dit le Seigneur, mais vous le profanez. » [Ainsi] Il s’adresse alors aux Gentils, c’est-à-dire à nous, qui en tout lieu Lui offrons des sacrifices, c’est-à-dire le pain de l’Eucharistie, et aussi le calice de l’Eucharistie, confirmant à la fois que nous glorifions Son Nom et que vous le profanez. »
Et une fois de plus : « En conséquence, Dieu, anticipant tous les sacrifices que nous offrons par ce nom, et que Jésus-Christ nous ordonna d’offrir, c’est-à-dire dans l’Eucharistie du pain et du calice, et qui sont célébrés par les chrétiens en tous les lieux à travers le monde entier, témoigne que ceux-ci Lui sont agréables en disant : « du lever au coucher du soleil mon nom est glorifié parmi les Gentils » [Malachie 1,11] »[10]
Ce sont là quelques citations des premier et deuxième siècles, concepts qui se multiplieront dans les siècles suivants. Or donc, trouves-tu ici quelque part ton concept d’Eucharistie ?
L’historien protestant J.N.D. Kelly dit : « Justin parle des « sacrifices que nous offrons par ce nom, et que Jésus-Christ nous ordonna d’offrir, c’est-à-dire dans l’Eucharistie du pain et du calice, et qui sont célébrés par les chrétiens en tous les lieux à travers le monde entier ». Non seulement ici mais aussi ailleurs, il identifie « le pain de l’Eucharistie et aussi le calice de l’Eucharistie » avec le sacrifice prophétisé par Malachie ».
« Il fut naturel pour les premiers chrétiens de penser à l’Eucharistie comme à un sacrifice. L’accomplissement de la prophétie réclamait un solennel sacrifice chrétien, et le rite lui-même fut enveloppé de l’atmosphère sacrificielle dont notre Seigneur revêtit la Dernière Cène. Les paroles de l’institution, « Faites ceci », doivent s’être chargées de connotations sacrificielles pour ceux qui les entendaient au deuxième siècle ; Justin, en tout cas, l’entendit ainsi … Si nous nous demandons en quoi consistait ce « sacrifice », la Didachè ne fournit aucune réponse claire. Justin, cependant, montre bien que l’« oblation pure » préannoncée par Malachie était le pain et le vin mêmes de l’offrande de Jésus. Même en supposant qu’il soutienne que « les prières et les actions de grâces » sont les seuls sacrifices agréables à Dieu, nous devons nous rappeler qu’il emploie l’expression « action de grâces » comme techniquement équivalente à « le pain et le vin eucharistiques ». Le pain et le vin, de plus, sont offerts « comme mémorial de la passion », une phrase qui, tenant compte de l’identification de ceux-ci avec le corps et le sang du Seigneur, implique bien plus qu’un acte de simple souvenir spirituel. Bien qu’il puisse sembler que, même si son langage ne fut pas pleinement explicite, Justin s’achemine vers une conception de l’Eucharistie comme l’offrande de la passion du Sauveur. » Doctrines chrétiennes primitives par le célèbre érudit protestant J.N.D. Kelly (San Francisco : Harper & Row, 1978).
Tu écris : « Je suis intéressé par ta réponse. C’est quelque chose de purement académique, en ce sens que je n’essaie pas réellement de t’attaquer, mais je devrais te poser la même question si j’étais dans l’Église Catholique, ce que je suis, quoique non dans la Romaine. »
Je te réponds : Je suppose que tu peux te dire à toi-même ce que tu veux, mais la définition historique de Catholique, avec un « C » majuscule, ne peut certainement pas s’appliquer à toi, bien que je te l’accorde avec un « c » minuscule. Comme tu peux le voir, lorsqu’un mot s’écrit avec une majuscule, il se prend en un sens bien déterminé, comme un terme technique, ou un nom. Comme le dit Cyrille de Jérusalem : « Et si tu visites quelque ville, ne demande pas simplement où se trouve « la maison du Seigneur », puisque les autres, les sectes des impies, essaient eux aussi d’appeler leurs repaires « la maison du Seigneur » – ne demande pas non plus simplement où se trouve l’Église, demande plutôt où se trouve l’Église Catholique. Car tel est le nom singulier de la sainte Église, la mère de nous tous, qui est l’Épouse de notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu. »
M’en remettant à la Miséricorde,
Auteur : Steve Ray
Source : Apologetica.org
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NOTES
- Soit dit en passant, la Bible n’est pas l’arbitre ultime dans la question de la monogamie, puisqu’elle présente la polygamie comme norme ; c’est à la tradition catholique que les évangéliques doivent de croire en la monogamie. On peut en dire autant à propos des thèmes pro-vie, de la Trinité, du canon des Écritures, et de bien d’autres sujets que les évangéliques acceptent à cent pour cent parce que ce sont des traditions catholiques, même s’ils l’ignorent. ↩
- Il est intéressant de noter que l’Ancien Testament ne fournit pas non plus un manuel juif de la manière de célébrer toutes les fêtes du Seigneur. Cela se connaissait par tradition vivante, de génération en génération. Les juifs comprenaient que Moïse, lorsqu’il descendit du mont Sinaï, apportait avec lui des lois écrites et des traditions orales ; cela se voit, par exemple, dans le fait que Moïse, dans l’Exode, s’asseyait au milieu du peuple pour juger ses causes, selon les commandements du Seigneur. Cette autorité passa de génération en génération dans le peuple d’Israël, à travers les prêtres et les autres chefs. Jésus lui-même reconnut cette autorité et ne la nia ni ne l’abolit ; au contraire, il l’approuva, comme cela ressort de Mt 23,2, où l’on parle de la « chaire de Moïse ». ↩
- Mt 22,29-32 : « Jésus leur répondit : « Vous êtes dans l’erreur, faute de connaître les Écritures et la puissance de Dieu. Car, à la résurrection, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. Quant à la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu ce que Dieu vous a dit : « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » ? Il n’est pas un Dieu de morts, mais de vivants. » ↩
- Ignace d’Antioche, L’Épître aux habitants de Smyrne, 7,8, dans Écrits chrétiens primitifs, 102-103, écrite vers 106 apr. J.-C. ↩
- Comme nous le faisons, les protestants considèrent un autel, la table du sacrifice, au ciel devant le trône de Dieu (Is 6,1 ; Ap 6,9 ; 8,3.5 ; 9,13 ; 11,1 ; 14,18 ; 16,7). Les autels disparaissent-ils donc avec la Nouvelle Alliance ou Loi ? ↩
- Si tu manipules tes propres documents de manière si désinvolte, les Catholiques se méfieront de la manière dont tu lis et interprètes la Bible. La crédibilité est difficile à recouvrer auprès d’un lecteur, une fois qu’on l’a perdue. ↩
- Justin Martyr dans son dialogue avec Tryphon le Juif vers 135 apr. J.-C. [Chapitre 41]. Justin considère l’Eucharistie comme un sacrifice, et cela a été prophétisé plusieurs siècles auparavant par Malachie [1,10]. Ce fut la doctrine universelle de l’Église primitive. ↩
- Que signifie le terme participation ? Fait-il aussi partie d’un langage symbolique ? Non, il signifie une participation réelle. Saint Augustin met ces paroles dans la bouche de Jésus pour décrire ce qui se passe dans l’Eucharistie : « Ce n’est pas moi qui me transformerai en toi, comme cela arrive avec la nourriture corporelle ; c’est plutôt toi qui te transformeras en moi. » (Confessions, VII, 10, 16) Comme l’affirme Kittel : « koinônia dénote participation, communion. » (TDNT, III, 798). ↩
- Par exemple, le chrétien du premier siècle, Ignace d’Antioche, dont l’histoire nous rapporte qu’il connut les apôtres, écrit : « Observez ceux qui défendent des opinions erronées au sujet de la grâce de Jésus-Christ qui est venue à nous, et voyez comme ils s’opposent à la pensée de Dieu ! Ils ne s’engagent dans aucune œuvre de charité, ni à l’égard des veuves ni des orphelins, ni avec les personnes malheureuses, ni avec ceux qui sont en prison ou hors de prison, ni avec les affamés ou les assoiffés. De l’Eucharistie et de la prière ils se tiennent à l’écart, parce qu’ils ne confessent pas que l’Eucharistie est la Chair de notre Sauveur Jésus-Christ, qui souffrit pour nos péchés, et que le Père dans Son amour surabondant ressuscita d’entre les morts. Et ainsi, ceux qui contestent le don de Dieu finissent par être victimes de leurs partis pris. Il leur vaudrait mieux cultiver la charité, ainsi auraient-ils part à la résurrection [du Christ]. » (Épître aux habitants de Smyrne, 6, 7). ↩
- Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon le Juif, chapitre 117 ; tiré des Pères antérieurs au Concile de Nicée, 1:257. Justin affirme de manière très explicite que l’Eucharistie est le sacrifice pur que Dieu, par le moyen du véritable Messie, a substitué à ceux du Temple Juif. Il défend que c’est là la doctrine universelle de l’Église primitive. ↩