–Pardonnez-moi, mais la longueur de cet article est pour les lecteurs une véritable provocation.
–Je tiens mes lecteurs en grande considération, et j’espère qu’ils sauront faire un effort spécial pour lire dans ce long article la synthèse et la conclusion de tous les précédents. Je ne crois pas qu’ils me feront défaut.
La situation actuelle de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X en relation avec l’Église catholique doit être connue à la lumière de plusieurs documents pontificaux. Je rappellerai quelques-uns des principaux, fût-ce sous une forme abrégée, en donnant toujours le lien vers le texte intégral.
–1988. Jean-Paul II, dans Ecclesia Dei (lettre apostolique-motu proprio, 2-VII-1988) exprime « la grande affliction de l’Église de Dieu » causée par Mgr Lefebvre lors des ordinations de quatre Évêques pour la FSSPX :
« Cet acte [30-VI-1988] a été en lui-même une désobéissance au Pontife romain en une matière très grave et d’une importance capitale pour l’unité de l’Église, telle que l’ordination d’évêques, par laquelle se maintient sacramentellement la succession apostolique. C’est pourquoi cette désobéissance –qui comporte un véritable rejet de la Primauté romaine– constitue un acte schismatique (can. 751)…
« La racine de cet acte schismatique peut être décelée dans une notion imparfaite et contradictoire de la Tradition. Imparfaite, parce qu’elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition… qui progresse dans l’Église sous l’assistance de l’Esprit Saint… Mais elle est surtout contradictoire une notion de la Tradition qui s’oppose au Magistère universel de l’Église, lequel appartient à l’Évêque de Rome et au Collège des Évêques. Nul ne peut demeurer fidèle à la Tradition s’il rompt les liens et les attaches avec celui à qui le Christ lui-même, en la personne de l’Apôtre Pierre, a confié le ministère de l’unité dans son Église (cf. Mt 16, 18 ; Lc 10, 16 ; Vatican I, ch. 3, Dz 3060). »
« Le succès qu’a connu récemment le mouvement promu par Mgr Lefebvre peut et doit être pour tous les fidèles un motif de réflexion sincère et profonde sur leur propre fidélité à la Tradition de l’Église, authentiquement proposée par le Magistère ecclésiastique, ordinaire ou extraordinaire, spécialement dans les Conciles œcuméniques, de Nicée à Vatican II. De cette méditation nous devons tous tirer une conviction nouvelle et efficace de la nécessité d’élargir et d’accroître cette fidélité, en rejetant totalement les interprétations erronées et les applications arbitraires et abusives en matière doctrinale, liturgique et disciplinaire. » Le Pape développe ici, en ce sens, une exhortation spéciale aux Évêques et aux théologiens.
« Dans les présentes circonstances, je désire surtout adresser un appel à la fois solennel et fervent, paternel et fraternel, à tous ceux qui jusqu’à présent ont été liés de diverses manières aux activités de l’archevêque Lefebvre, afin qu’ils accomplissent le grave devoir de demeurer unis au Vicaire du Christ dans l’unité de l’Église catholique et qu’ils cessent de soutenir de quelque façon que ce soit cette manière d’agir répréhensible. Tous doivent savoir que l’adhésion formelle au schisme constitue une grave offense envers Dieu et comporte l’excommunication dûment établie par la loi de l’Église (can. 1364). »
–1999. La Commission Pontificale Ecclesia Dei (PCED), répondant à des consultations, s’est manifestée à plusieurs reprises. Dix ans après Ecclesia Dei, Mgr Camille Perl, Secrétaire de la Commission, écrit dans une lettre du 28-IX-1999 : « Les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X sont validement ordonnés, mais ils se trouvent suspendus dans l’exercice de leurs fonctions sacerdotales. Dans la mesure où ils adhèrent au schisme de l’ex-Archevêque Lefebvre, ils sont pareillement excommuniés. Cela signifie que les Messes célébrées par de tels prêtres sont valides, mais illicites, c’est-à-dire contraires au droit de l’Église. »
–2008. La même PCED, une dizaine d’années plus tard, également par l’intermédiaire de son Secrétaire, Mgr Perl, dans une lettre du 23-V-2008 répond à quelques consultations de M. Brian Mershon, parmi lesquelles une où le demandeur se réfère aux « affirmations répétées du Cardinal Castrillón [alors Président de la PCED] selon lesquelles la FSSPX n’est pas en schisme formel », contrairement à ce que pensent certains canonistes catholiques. Mgr Perl répond :
« Les affirmations faites par le Cardinal Castrillón doivent être entendues en un sens technique, canonique. Déclarer que la Société Saint-Pie X “n’est pas en schisme formel” signifie dire qu’il n’y a pas eu de déclaration officielle de la part du Saint-Siège selon laquelle la Société Saint-Pie X est en schisme. Jusqu’à présent, l’Église a cherché à montrer le maximum de charité, de courtoisie et de considération envers tous ceux qui sont impliqués, dans l’espoir qu’une telle déclaration ne soit finalement pas nécessaire. »
« Les Messes offertes par les prêtres de la Société Saint-Pie X sont valides, mais illicites… Les sacrements de la Pénitence et du Mariage requièrent que le prêtre jouisse des facultés du diocèse ou possède une délégation propre. Comme ce n’est pas le cas de ces prêtres, ces sacrements sont invalides. Il demeure certain, cependant, que si les fidèles ignorent réellement que les prêtres de la Société Saint-Pie X n’ont pas la faculté propre d’absoudre, l’Église supplée à ces facultés afin que le sacrement soit valide (canon 144). »
« Bien qu’il soit certain que la participation à la Messe dans les chapelles de la Société Saint-Pie X ne constitue pas en elle-même une “adhésion formelle au schisme” (cf. Ecclesia Dei 5c), une telle adhésion peut survenir au cours d’une période de temps pendant laquelle on assimile une mentalité schismatique qui vous sépare de l’enseignement du Souverain Pontife et de toute l’Église catholique »… C’est pourquoi cette Commission « ne peut recommander que des membres des fidèles fréquentent leurs chapelles ».
–2009. La levée de l’excommunication des Évêques de la FSSPX (21-I-2009) et la lettre apostolique expliquant cette rémission qui a suivi (10-III-2009) furent des actes du Pape très importants en vue de faciliter la réintégration de la FSSPX à la pleine unité de l’Église catholique. Le Pape explique que la levée de l’excommunication des Évêques eut pour but de les appeler « au repentir et au retour à l’unité », en faisant remarquer que « bien qu’ils aient été libérés de la sanction ecclésiastique, ils n’exercent légitimement aucun ministère dans l’Église ».
« La rémission de l’excommunication tend au même but auquel sert la sanction : inviter une fois de plus les quatre Évêques au retour. Ce geste était possible après que les intéressés eurent reconnu en principe le Pape et son pouvoir de Pasteur, malgré les réserves sur l’obéissance à son autorité doctrinale et à celle du Concile ».
–2009. La PCED est réformée, en la rattachant à la Congrégation de la Foi au moyen de la lettre apostolique-motu proprio Ecclesiæ unitatem (2-VII-2009).
Benoît XVI explique la raison du changement : « Précisément parce que les problèmes qui doivent être traités actuellement avec la Fraternité sont de nature essentiellement doctrinale, j’ai décidé –vingt et un ans après le motu proprio Ecclesia Dei–… de réformer la structure de la Commission Ecclesia Dei, en l’unissant de manière étroite à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. » Désormais son Président est le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, actuellement le Card. William Levada, et Secrétaire, Mgr Guido Pozzo.
–2011. Entretien accordé par le Supérieur Général de la FSSPX (2-II-2011), Mgr Bernard Fellay, au Séminaire de Saint-Thomas (Winona, États-Unis). Il y expose longuement la situation actuelle de la Fraternité en relation avec l’Église. Je renvoie au texte français, en une première partie et en une seconde. Et en espagnol, seulement la première (la seconde manque).
Mgr Fellay commence par avertir –et son avertissement est très important– que dans les conversations tenues entre la FSSPX et le Saint-Siège « il faut distinguer la fin que poursuit Rome de celle que nous avons. Rome a indiqué qu’il existait des problèmes doctrinaux avec la Fraternité et que ceux-ci devaient être clarifiés avant une reconnaissance canonique –problèmes qui, s’agissant de l’acceptation du Concile, proviendraient évidemment de notre côté. Pour nous, en revanche, il s’agit d’autre chose : nous voulons exposer à Rome ce que l’Église a toujours enseigné, et par là, signaler les contradictions existant entre cet enseignement pluriséculaire et ce qui advient après le Concile. De notre part, c’est là le seul objectif que nous poursuivons ».
Les conversations avec « les interlocuteurs romains », poursuit Mgr Fellay, touchent à leur fin, et selon lui il n’y a pas eu de progrès majeurs : « ils n’acceptent pas de reconnaître les contradictions entre Vatican II et le Magistère antérieur ». Cependant, pour la Fraternité ce sont des rencontres importantes : « il s’agit de faire entendre à Rome la foi catholique et, plus encore même, de la faire entendre dans toute l’Église ». Mais il faudra attendre. « Jusqu’ici on a toujours considéré Vatican II comme un tabou, ce qui rend presque impossible la guérison de cette maladie qu’est la crise de l’Église ».
Le Summorum Pontificum, reconnaît-il, a été « un pas capital », mais il a reçu « l’opposition massive des évêques ». Et deux difficultés nouvelles ont surgi, la prochaine réunion à Assise, aux 25 ans de la première, et la béatification annoncée de Jean-Paul II, qui « n’est pas seulement une consécration de la personne de Jean-Paul II, mais aussi du Concile et de tout l’esprit qui le suit ». À la question : « comment est-il possible que Dieu permette de vrais miracles pour authentifier une fausse doctrine, à l’occasion des multiples béatifications et canonisations réalisées ces dernières décennies ? », Mgr Fellay répond que, selon lui, les miracles « sont douteux », et que par ailleurs « on a changé les termes de la canonisation, en les rendant moins forts qu’avant. Je crois que cela va de pair avec une mentalité nouvelle, qui ne veut pas définir dogmatiquement en engageant l’infaillibilité ».
La Fraternité a déjà accompli ses 40 ans d’existence, et « c’est une œuvre qui continue de croître, ce qui, humainement, paraîtrait presque impossible. C’est clairement le signe de Dieu sur l’œuvre de Mgr Lefebvre ». L’intervieweur fait remarquer que le nombre de fidèles et de chapelles croît, ce qui laisse prévoir que la consécration d’autres Évêques auxiliaires pour la Fraternité pourrait peut-être devenir nécessaire ; et il demande : « Croyez-vous que Rome pourrait être aujourd’hui favorable à d’autres consécrations épiscopales dans la Tradition ? » –« Pour moi la réponse est très simple : il y aura ou il n’y aura pas [de consécration d’]évêques selon que les circonstances qui ont occasionné la première consécration se reproduisent ou non ».
Partant de ces documents et déclarations, je passe à les commenter.
–La Fraternité lefebvriste va croissant et se sent forte dans sa position actuelle. Nous avons déjà vu (130 in fine) la fausse interprétation triomphaliste que la FSSPX donna à la levée de l’excommunication de ses Évêques, telle qu’elle se manifeste dans la lettre de Mgr Fellay (24-I-2009) : on lève une excommunication « que nous avons toujours rejetée », c’est-à-dire qui fut toujours tenue pour nulle ; « désormais la Tradition catholique n’est plus excommuniée », et « nous attendons la prompte réhabilitation de Mgr Marcel Lefebvre ». D’autre part, Mgr Fellay, dans la première réponse de l’entretien mentionné, laisse clairement entendre que la FSSPX ne prétend pas, dans les conversations actuelles avec Rome, obtenir la reconnaissance canonique de l’Église, c’est-à-dire l’union pleine et visible avec l’Église catholique, qui est justement l’objectif principal du Saint-Siège. Cela, à ce que je comprends, impliquerait une sujétion au Pape dont ils sont actuellement libres. Maintenant, tels qu’ils sont, ils jouissent d’une situation prospère et croissante.
Selon les statistiques de juillet 2010, la FSSPX, de 1970 à aujourd’hui, n’a cessé de croître à un rythme stable. Elle a 6 séminaires, 14 Districts, 161 Prieurés, 725 Centres de Messes, 90 écoles, 529 prêtres et 214 séminaristes, 117 Frères, 176 Sœurs, 5 couvents de carmélites et est présente dans 31 pays.
–La situation schismatique de cette grande Communauté lefebvriste devient patente parce qu’elle « refuse la sujétion au Souverain Pontife » (can. 751) et aux Évêques catholiques, dans les diocèses desquels elle installe normalement ses Prieurés. Depuis plus de deux décennies, la Fraternité se gouverne elle-même totalement en marge de l’autorité apostolique du Pape et des Évêques. Et sans aucun problème de conscience, elle exerce illicitement ses ministères épiscopaux et sacerdotaux, célébrant des Messes, des mariages, des confessions, des confirmations, des ordinations, des catéchèses, etc., car elle estime que sa situation sui generis dans l’Église est parfaitement licite, puisqu’elle est exigée par la Providence divine « pour la continuité de l’Église ». C’est là ce qui fait d’elle une Communauté schismatique, bien que cette condition n’ait pas été formellement déclarée. Et c’est pourquoi le Pape les appelle « au repentir et au retour à l’unité », parce qu’ils ont rompu avec elle.
–Dans la mesure où les erreurs et les abus perdurent dans l’Église catholique, la FSSPX se justifie elle-même et se développe. Ainsi le faisait déjà remarquer Jean-Paul II dans Ecclesia Dei (1988, 5a). Du succès de l’œuvre promue par Mgr Lefebvre, disait-il, « nous devons tous tirer une conviction nouvelle et efficace de la nécessité d’élargir et d’accroître cette fidélité… en rejetant totalement les interprétations erronées et les applications arbitraires et abusives en matière doctrinale, liturgique et disciplinaire ». Ces Églises locales qui ne répondront pas à cette exigence pressante du Pape verront croître en elles l’apostasie ou le lefebvrisme.
Le nombre de lefebvristes et celui de philo-lefebvristes s’accroît, et tous se confirment eux-mêmes dans leurs positions, chaque fois que dans l’Église catholique –un Cardinal célèbre une Messe avec des petits ballons, –un autre fait remarquer que la résurrection de Lazare ne fut pas, bien sûr, telle que l’évangéliste la décrit, –un autre interdit dans sa Cathédrale la célébration de la Messe ancienne, –un autre exige le respect de la décision médicale de provoquer l’avortement d’une fillette enceinte, –un autre publie un livre dans lequel il a honte d’Humanæ vitæ. La FSSPX s’affirme et s’accroît –chaque fois qu’un théologien catholique, sans perdre sa chaire, admet la possibilité que la résurrection de Jésus ne lui ait pas fait recouvrer glorifié son propre corps ; –chaque fois qu’un Évêque empêche, « pour éviter des divisions dans le Diocèse », que soit publiée une éventuelle Notification romaine réprouvant un théologien de sa juridiction ; –chaque fois que dans des Librairies religieuses, parfois diocésaines, on diffuse des livres hérétiques ; –chaque fois que dans les funérailles paroissiales on supprime le purgatoire, en déclarant simplement que « notre frère jouit déjà de Dieu au ciel » ; –chaque fois que la sotériologie, salut-damnation, est supprimée dans la prédication et la catéchèse ; –chaque fois que quelque missionnaire se targue de ne pas prêcher l’Évangile et de se limiter à l’inculturation et aux œuvres de bienfaisance, etc.
–Réserves sur l’autorité du Pape. Benoît XVI, dans sa lettre explicative sur la levée des excommunications (10-III-2009), dit qu’elle « fut possible après que les intéressés eurent reconnu en principe le Pape et son pouvoir de Pasteur, malgré les réserves sur l’obéissance à son autorité doctrinale et à celle du Concile ». C’est là une phrase d’interprétation complexe et délicate. Comment comprendre ces réserves dans l’obéissance à l’autorité doctrinale de l’Église, c’est-à-dire ces réticences dans « l’obéissance de la foi » (Rm 1, 5) ?
Si quelqu’un dit croire avec des réserves à la virginité de Marie, nous comprenons qu’il n’a pas foi en elle, car la certitude est une note propre à la foi théologale. Si quelqu’un croit avec des réserves à la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, nous en déduisons qu’il n’a pas la foi catholique. Encore que ce pourrait être, en ce cas, que ces doutes portassent sur la condition véritablement sacerdotale de celui qui consacre : s’il n’est pas prêtre ordonné, il n’y a pas de présence réelle eucharistique dans sa fausse consécration. Ces doutes qu’une personne peut avoir, par conséquent, ne se réfèrent pas à la doctrine de la foi catholique, mais à la réalité sacramentelle ou non sacramentelle concrète qu’elle a devant elle.
Eh bien, j’ai déjà signalé dans l’article précédent (131) que la foi catholique est celle qui croit en cette Église catholique, celle qui existe visiblement en notre temps, visible, audible et palpable, et en ce Pape, avec son propre nom… Et j’ai déjà indiqué que celui qui ne croit pas en cette Église et en ce Pape demeure dans l’incrédulité, dans l’intempérie spirituelle solitaire, ou dans quelque mode de lefebvrisme, croyant à « l’Église éternelle » et à « la Primauté de Pierre », mais hors de l’unité de l’Église. Les réserves susdites au sujet de l’autorité du Pape me paraissent une expression douce et bienveillante de Benoît XVI. Mais en réalité il ne semble pas y avoir d’intermédiaire dans cette grave question : ou bien il y a foi que ce Pape est le Pape, et en ce cas il n’y a pas de place pour les réserves, ou bien il n’y a pas foi que ce Pape soit le Pape, et l’on tombe dans le sédévacantisme, qui s’édifie à la mesure de ses pensées et de ses désirs une Église aussi éternelle qu’imaginaire, avec une Primauté romaine illusoire.
Ces réserves dans l’autorité et l’obéissance au Pape expliquent que la Fraternité continue de considérer comme licite et même héroïque l’ordination schismatique de ses Évêques : ils la considèrent pleinement justifiée et licite. Ces réserves expliquent aussi que, en bonne conscience, elle continue depuis plus de vingt ans d’estimer totalement nulles les sanctions de l’Église, et par conséquent d’ignorer que « ses ministres n’exercent légitimement aucun ministère dans l’Église » (Benoît XVI, 10-III-2009). Bien plus, elles expliquent que la FSSPX soit aujourd’hui disposée, si elle estimait que les circonstances de demain l’exigent ainsi –comme le considéra Mgr Lefebvre en 1988–, à réaliser de nouvelles ordinations épiscopales « pour assurer la continuité de l’Église »…
Dans un entretien accordé récemment par Mgr Fellay à Buenos Aires (31-III-2011), il racontait que, lorsqu’en juin de l’année précédente la FSSPX préparait des ordinations de sous-diacres en Allemagne, il y eut de grandes protestations, spécialement de l’Épiscopat allemand. « Trois appels consécutifs, nous les reçûmes du Cardinal Castrillón Hoyos, demandant au nom du Pape que nous ne réalisions pas les ordinations ». Mais, les quatre Évêques lefebvristes réunis, poursuit en narrant le Supérieur Général de la Fraternité, ils décidèrent de les réaliser, comme une mesure de survie à laquelle on ne peut renoncer, quoique en les transférant en Suisse. Comme on le voit, la reconnaissance que la Fraternité fait « en principe du Pape et de son pouvoir de Pasteur » est purement verbale.
–Réserves sur l’autorité du Concile œcuménique Vatican II. La foi catholique nous oblige à recevoir sans réserves un Concile œcuménique et à l’interpréter à la lumière des Conciles antérieurs, car la foi nous donne la certitude que la chaîne du Magistère apostolique développe, au cours des siècles, sous l’assistance de l’Esprit Saint, une croissance homogène à la doctrine catholique. C’est pourquoi l’herméneutique continuiste de Vatican II est une exigence de la foi, et non pas simplement une ruse pour le défendre ; et au contraire, une interprétation de rupture est contraire à la Tradition et à la foi catholique.
Et, très paradoxalement, progressistes et lefebvristes coïncident à donner à Vatican II une interprétation de rupture. Dans sa magnifique conférence Nous avons besoin d’un nouveau Syllabus (17-XII-2010), Mgr Athanasius Schneider, Évêque auxiliaire de Karaganda (Kazakhstan), fait remarquer que
« deux groupements se font jour qui soutiennent la théorie de la rupture. L’un de ces groupes tente de protestantiser doctrinalement, liturgiquement et pastoralement la vie de l’Église. À l’opposé se trouvent ces groupes traditionalistes qui, au nom de la tradition, rejettent le Concile et se soustraient à la soumission au suprême et vivant Magistère de l’Église, à la Tête visible de l’Église, le Vicaire du Christ sur la terre, en se soumettant pour l’instant seulement au Chef invisible de l’Église, en attendant des temps meilleurs ».
Les progressistes n’interprètent pas le Concile à la lumière de la Tradition apostolique, l’unique manière légitime de le comprendre, mais ils lui font dire –quand ils daignent le citer ; rarement– ce qu’eux-mêmes pensent et désirent. Et les lefebvristes ne l’interprètent pas non plus à la lumière de la Tradition, comme il est prescrit, mais le rejettent comme opposé à elle sur de graves questions, c’est-à-dire qu’ils gardent des « réserves sur l’autorité du Concile ».
–La mauvaise interprétation lefebvriste du Concile Vatican II sur bien des questions très graves est patente. Je me limiterai à rappeler les trois erreurs capitales du Concile que Mgr Lefebvre signala dans sa longue et solennelle conférence La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et Rome (1987), un an avant les ordinations épiscopales schismatiques (cf. 130).
« Il y a trois erreurs fondamentales qui, d’origine maçonnique, sont publiquement professées par les modernistes qui occupent l’Église. [1] La substitution du Décalogue par les Droits de l’Homme [en référence à la liberté religieuse]… [2] Ce faux œcuménisme qui établit de fait l’égalité entre les religions… [3] Et la négation du règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ au moyen de la laïcisation des États… La situation est donc extrêmement grave, parce que tout indique que la réalisation de l’idéal maçonnique a été accomplie par Rome elle-même, par le Pape et les cardinaux. C’est cela que les francs-maçons ont toujours désiré, et ils l’ont obtenu non par eux-mêmes mais par les hommes mêmes de l’Église ».
1.-Le théocentrisme du Décalogue est remplacé dans l’Église conciliaire par l’anthropocentrisme des Droits de l’homme. Dans les 1000 pages du Concile Vatican II, nous pouvons trouver quelques expressions rhétoriques quelque peu ambiguës au sujet de l’homme comme centre de l’univers, qui, interprétées de façon erronée, peuvent donner lieu à un christianisme anthropocentrique. Nous trouvons, au contraire, des centaines d’expressions conciliaires nettement théocentriques, bibliques et traditionnelles, qui donnent la véritable doctrine du Concile et qui, avec un minimum d’honnêteté intellectuelle, obligent à interpréter en un sens catholique ces autres expressions ambiguës possibles. De façon systématique, ces expressions si claires et si précises sont omises par les lefebvristes, qui s’en tiennent seulement aux phrases ambiguës.
Le théocentrisme de Vatican II se manifeste avant tout dans sa précieuse doctrine liturgique : « La Liturgie est le sommet vers lequel tend toute l’action de l’Église et en même temps la source d’où découle toute sa force » (SC 10 ; cf. principe très réitéré, OT 16, PO 5). Toute la vie de l’Église, de cette manière, est orientée vers la glorification de Dieu. Mais ce théocentrisme s’affirme également avec insistance sous bien d’autres perspectives : « La loi divine, qui est éternelle, objective et universelle, est la norme suprême par laquelle Dieu ordonne, dirige et gouverne le monde et les voies de la communauté humaine selon le dessein de sa sagesse et de son amour » (DH 3). « L’homme a une loi écrite par Dieu en son cœur, dans l’obéissance à laquelle consiste la dignité humaine et par laquelle il sera jugé personnellement » (GS 16). Les fidèles doivent s’employer à procurer le bien commun, « en ayant présent à l’esprit que, en toute affaire temporelle, ils doivent se laisser guider par la conscience chrétienne, étant donné qu’aucune activité humaine, pas même dans le domaine temporel, ne peut se soustraire à l’empire de Dieu » (LG 36). C’est pourquoi, « si “autonomie du temporel” veut dire que la réalité créée est indépendante de Dieu et que les hommes peuvent en user sans référence au Créateur, il n’est aucun croyant à qui échappe la fausseté enveloppée en de telles paroles. La créature sans le Créateur s’évanouit » (GS 36). Au contraire, toutes les activités temporelles, familiales, professionnelles, etc. doivent se rattacher aux « valeurs religieuses, sous la très haute hiérarchie desquelles tout coopère à la gloire de Dieu » (ib. 43).
2.-Une fausse égalité œcuménique entre toutes les religions prétend parvenir à « une sorte de syncrétisme qui parvienne à réunir toutes les religions ». Attribuer cet enseignement au Concile et au post-concile est une grave calomnie. Nous pourrions le démontrer par d’innombrables textes.
« Cette Église pèlerine est nécessaire au salut. L’unique Médiateur et voie de salut est le Christ, qui se rend présent à nous tous en son Corps, qui est l’Église » (LG 14). À maintes reprises, Vatican II insiste sur l’« unicus Mediator Christus » (ib. 14, 28, 49, 50, citant Trente, Dz 1821). Dans le décret sur la liberté religieuse, Vatican II enseigne que l’homme « racheté par le Christ Sauveur et appelé par Jésus-Christ à la filiation divine, ne peut adhérer à Dieu, qui se révèle lui-même, à moins que, attiré par le Père, il ne rende à Dieu l’hommage rationnel et libre de la foi » (DH 10). « Et comme celui qui ne croit pas est déjà jugé, les paroles du Christ sont tout à la fois paroles de condamnation et de grâce, de mort et de vie » (AG 8). C’est pourquoi c’est le devoir sacré de l’Église d’annoncer par les missions le nom de Jésus, puisque « en nul autre il n’est de salut » (Ac 4, 12). Il est donc nécessaire que tous se convertissent à Lui, connu par la prédication de l’Église, et que par le baptême ils soient incorporés à Lui et à l’Église, qui est son Corps » (ib. 7), excluant dans l’action œcuménique « toute espèce d’indifférentisme et de confusionnisme » (ib. 15, cf. 22 ; cf. SC 9). Il suffirait, par ailleurs, de l’exhortation apostolique Evangelii nuntiandi de Paul VI (1975) et de l’encyclique Redemptoris missio de Jean-Paul II (1990) pour démontrer que la Tradition se maintient splendidement intacte aussi dans les documents post-conciliaires.
3.-La négation de la Seigneurie du Christ sur les nations est la cause de la laïcisation des États. Nous savons bien qu’en Occident les nations riches d’ancienne filiation chrétienne ont en bonne partie tourné le dos à Dieu et à son envoyé Jésus-Christ, en un processus qui a surtout son commencement au XVIIIe siècle : « nous ne voulons pas que celui-là règne sur nous » (Lc 19, 14). Et qu’après la prospérité retrouvée à la suite de la IIe Guerre Mondiale, ce processus parvient à une éclosion d’apostasie collective, qui affecte très spécialement la structure politique des États. Rejeter la faute de tout cela sur le Concile Vatican II et sur le Pape est donc une énorme erreur et une grande injustice. Mgr Lefebvre dit, dans la conférence citée de 1987 : « Le Pape a voulu et a pratiquement obtenu de laïciser les Sociétés, et par conséquent de supprimer le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur les Nations ». Voilà l’une des grandes calomnies que la FSSPX maintient vivante, en diffusant les écrits de Mgr Lefebvre et en formulant en d’autres paroles le même enseignement.
Au contraire, l’Église, Épouse fidèle du Christ, a toujours voulu et veut que « le Christ règne » sur les nations et sur tous les hommes (1 Co 15, 25). Ainsi l’exprima Vatican II : que les laïcs s’appliquent de tout leur zèle à « faire en sorte que la loi divine soit inscrite dans la cité terrestre » (GS 43), et qu’ils travaillent « à instaurer l’ordre temporel de façon qu’il s’ajuste aux principes supérieurs de la vie chrétienne » (AA 7). Et ce n’est pas là un devoir qui n’oblige que les personnes, car, comme le dit le Catéchisme (2105), citant des lieux du Concile,
« le devoir de rendre un culte authentique appartient à l’homme considéré individuellement et socialement. Telle est “la doctrine traditionnelle catholique sur le devoir moral des hommes et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ” (DH 1). En évangélisant sans cesse les hommes, l’Église travaille pour qu’ils puissent “imprégner de l’esprit chrétien la mentalité et les mœurs, les lois et les structures de la communauté dans laquelle chacun vit” (AA 13). C’est un devoir social des chrétiens de respecter et d’éveiller en chaque homme l’amour du vrai et du bien. Il leur demande de faire connaître le culte de l’unique religion véritable, qui subsiste dans l’Église catholique et apostolique. Les chrétiens sont appelés à être la lumière du monde. L’Église manifeste ainsi la royauté du Christ sur toute la création et, en particulier, sur les sociétés humaines [cite ici : Léon XIII, enc. Immortale Dei ; Pie XI, enc. Quas primas] ».
Vatican II maintint donc intacte la doctrine traditionnelle catholique concernant le devoir moral des hommes et des sociétés, aussi des États, envers la vraie religion et l’unique Église du Christ. Jamais l’Église, au Concile ou après lui, n’a enseigné que la confessionnalité chrétienne d’une nation est illicite ou toujours inopportune. C’est là une thèse fausse, contraire à la Tradition et à l’enseignement conciliaire. La Commission rédactrice de la déclaration Dignitatis humanæ sur la liberté religieuse, en précisant aux Pères conciliaires le sens du texte qu’ils devaient voter, affirma que
« si la question est bien comprise, la doctrine sur la liberté religieuse ne contredit pas le concept historique de ce qu’on appelle l’État confessionnel… Et elle n’interdit pas non plus que la religion catholique soit reconnue par le droit humain public comme religion d’État » (Relatio de textu emendato, dans Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Oecumenici Vaticani II, Typis Polyglottis Vaticanis, v. III, pars VIII, p. 463). Vatican II, par conséquent, n’interdit ni n’exige la confessionnalité de l’État, dont l’opportunité dépendra des circonstances religieuses de chaque pays. Et il enseigne que, en principe, l’Église et l’État étant au service du bien commun humain, « ils accompliront ce service avec d’autant plus d’efficacité, pour le bien de tous, que meilleure et plus saine sera la coopération entre eux, compte tenu des circonstances de lieu et de temps » (GS 76).
Comment osent-ils donc, Mgr Lefebvre et la FSSPX, ignorer dans Vatican II tant de nombreux enseignements traditionnels de l’Église catholique actuelle et interpréter les textes conciliaires et post-conciliaires en clé de rupture avec la Tradition, en accusant le Pape et l’Église, entre bien d’autres erreurs, d’un anthropocentrisme grossier, d’un syncrétisme hérétique et d’une résistance laïciste au Règne du Christ ? Pourquoi n’interprètent-ils pas les textes ambigus qu’il peut y avoir à la lumière des très nombreux textes clairs et certainement traditionnels –présents parfois dans le document même qui inclut des textes obscurs–, comme l’exige une herméneutique honnête ? Ils appliquent délibérément et habituellement une herméneutique de rupture, comme le font les progressistes, réussissant ainsi à trahir l’essence même de la Tradition qu’ils cherchent à défendre.
–Certains « gestes » de Jean-Paul II nous causèrent un profond déplaisir, à bien des catholiques, y compris des Cardinaux. Mais toujours, en respectant comme il se doit le Vicaire du Christ, nous leur donnâmes une interprétation bienveillante. En baisant le Coran, le Pape n’exprimait pas sa vénération pour les doctrines de Mahomet, mais son amour immense pour le milliard de musulmans captifs de ce livre faux. En recevant sur le front la marque de Shiva qu’une dame indienne lui imposait avec un respect affectueux, il n’exprimait en aucune façon son accord avec les mythes de l’hindouisme, mais il remerciait simplement avec le sourire pour ce geste, comme si à Hawaï on lui imposait un collier de fleurs. C’est là l’unique manière d’interpréter honnêtement et avec véracité ces actes ambigus du Pape.
En effet, les gestes expriment en langage non verbal des pensées et des intentions qui peuvent avoir des interprétations très variées, bien que celles-ci soient d’ordinaire patentes de par la personne et les circonstances. Les paroles, en revanche, ont une expressivité beaucoup plus précise et univoque. Il est donc évident que si le geste concret d’une personne pâtit d’une expressivité ambiguë, celle-ci doit être interprétée en s’en tenant à ses paroles. Autre question, sans doute, intimement annexe mais distincte, est la convenance d’un geste déterminé. Saint Pierre, par exemple, en ne mangeant pas avec les gentils, accomplit un geste qui mérite la censure de saint Paul (Ga 2, 11-13), mais qui ne compromet en rien la foi au salut chrétien des païens, foi certainement commune aux deux Apôtres (Ac 1, 15 ; 14, 27).
La réunion d’Assise fut le geste pontifical le plus abominé par Mgr Lefebvre. Jean-Paul II le disposa en l’Année Internationale de la Paix (1986, et ensuite en 2002) avec sa meilleure intention de rassembler dans la recherche unanime de la paix tous les hommes religieux du monde. Le geste, ainsi nous parut-il à beaucoup, courait de graves dangers d’être interprété de façon tordue en clé syncrétiste par des personnes mal formées ou mal intentionnées. Le Pape lui-même tenta de justifier son geste dans une allocution aux Cardinaux (22-XII-1987). Et le Cardinal Ratzinger, Préfet de la Congrégation de la Foi, fit aussi plus tard la même tentative, à l’occasion d’Assise-2002 (30 Giorni II-2002). Et ces explications nous convainquirent, les uns davantage et les autres moins. Mais aucun des fils de l’Église ne douta un instant de la parfaite foi catholique de Jean-Paul II, exprimée des milliers de fois, que ce soit dans les textes mêmes de Vatican II rappelés plus haut au sujet des missions, qu’il formula comme Père conciliaire avec le Pape et les Évêques, ou dans tant d’autres documents personnels de lui, jusqu’à parvenir à la formidable déclaration Dominus Iesus (2002).
Au contraire, les déclarations que Mgr Lefebvre fit à maintes reprises sur le Pape à l’occasion d’Assise-1986 nous paraissent honteuses et totalement insensées. Ce fut là l’une des questions qui influèrent le plus sur sa décision d’ordonner des Évêques contre la loi canonique et contre la volonté expresse du Pape.
« Nous sommes confrontés à un dilemme très grave qui, je crois, n’a jamais existé dans toute l’histoire de l’Église : que celui qui est assis sur le Siège de Pierre participe à des cultes de faux dieux. Je ne sais pas. Je me le demande. Mais il est possible que nous soyons obligés de croire que ce pape n’est pas pape » (Écône, hom. du dimanche de Pâques 1986 ; Tissier 564). Relatant cet événement, Mgr Tissier profite de l’occasion pour citer le Code de 1917 : si un chrétien encourt la communicatio in sacris, la participation active à des rites non catholiques (can. 1258), il en vient à se rendre « suspect d’hérésie » (can. 2316). Mgr Lefebvre, comme celle-ci, dit d’autres énormités : « Je crois vraiment pouvoir dire qu’il n’y a jamais eu de plus grande iniquité dans l’Église que la journée d’Assise » (Sermon lors de l’ordination schismatique d’Évêques, 18-VI-1988).
–La réintégration de la FSSPX dans l’Église catholique ne paraît pas possible pour l’instant, étant néanmoins si héroïquement recherchée par Benoît XVI, Pasteur universel, et si désirée par tous les catholiques qui aimons l’unité de l’Église. Elle ne paraît pas possible.
1. Il ne paraît pas qu’elle soit voulue aujourd’hui par la FSSPX. Et deux ne peuvent s’unir si l’un ne le veut pas. Comme nous l’avons vu, par exemple, dans la première phrase des déclarations citées de Mgr Fellay, le retour à la pleine union est la fin recherchée par le Saint-Siège dans les conversations, mais la Fraternité y cherche une autre fin, affirmer sa propre orthodoxie, en « convertissant » Rome, infectée d’hérésie ; et cela seulement.
La Fraternité, en maintenant ses « réserves » à l’égard de l’autorité du Pape et de Vatican II, ne considère pas viable pour l’instant cette « unité », qui à son sens serait fausse. D’autre part, surtout après la levée des excommunications, elle ne voit pas la convenance de changer sa situation présente, croissant en nombre et attendant la réhabilitation de Mgr Lefebvre. Le Pape les appelle « au repentir et au retour à l’unité », mais tant qu’ils continueront de voir l’Église catholique comme ils la voient, infectée de modernisme, de néo-protestantisme, de syncrétisme, d’hérésies et d’apostasie, ils se refuseront, en conscience, à faire un pas dans cette direction. Sous les applaudissements des sédévacantistes, qui lui reprochent par ailleurs ses relations sporadiques avec le Saint-Siège.
2. La Fraternité devrait confesser ouvertement que le Christ a confié à l’Église romaine la mission de garder tous les chrétiens dans la foi orthodoxe et dans l’unité, et que la FSSPX n’a pas reçu de Dieu une mission supérieure, avec l’autorité apostolique de veiller et de garantir la fidélité de « Rome » dans sa propre mission. C’est le Siège de Pierre qui reçoit du Christ le charisme suprême de confirmer dans la foi tous les chrétiens ; et ce n’est pas la FSSPX qui reçoit en notre temps cette mission, au-dessus de Rome, en se distançant d’elle. Cette dernière conviction serait totalement inconciliable avec l’Écriture sainte et avec la Tradition catholique.
3. La Fraternité devrait reconnaître les jugements juridictionnels du Pape et du Saint-Siège sur le caractère schismatique des ordinations épiscopales réalisées par Mgr Lefebvre, sur la validité des excommunications et suspenses a divinis, et concernant l’illicéité de ses célébrations sacerdotales. C’est l’Autorité de l’Église qui, en ce monde et au nom du Christ, juge ses fils ; et ce ne sont pas eux qui jugent leurs propres causes. Ce ne sont pas eux qui ont le dernier mot. Il appartient, comme ils le disent eux-mêmes, à « Rome ».
4. La Fraternité devrait renoncer à l’exercice illicite des ministères épiscopaux et sacerdotaux, en attendant de recevoir de l’Autorité apostolique les reconnaissances canoniques nécessaires, qui de la part du Saint-Siège seraient possibles, sous la forme d’une Prélature ou comme il conviendrait.
5. La FSSPX devrait accepter la Messe du Novus Ordo. Actuellement, parmi les célébrants de la Messe nouvelle il y en a beaucoup, malheureusement pas tous, qui apprécient la Messe ancienne et quelques-uns qui même la célèbrent parfois. Mais dans les Prieurés lefebvristes aucun n’est ouvert à la Messe nouvelle, tous demeurent jusqu’à présent hermétiquement fermés à elle, et ne donnent aucun signe de changement. Ils résistent ainsi au Summorum Pontificum, qu’ils considèrent d’ailleurs comme un triomphe à eux.
Le Pape y avertit qu’« évidemment, pour vivre la pleine communion, les prêtres des Communautés qui suivent l’usage ancien ne peuvent pas non plus, en principe, exclure la célébration selon les livres nouveaux. En effet, l’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté ». Ainsi l’ont accepté d’autres Communautés traditionnelles intégrées dans l’unité de l’Église, comme nous l’avons déjà vu (127 in fine).
6. La Fraternité devrait se rétracter publiquement des innombrables insultes de Mgr Lefebvre contre le Pape, Vatican II et l’Église post-conciliaire, en demandant pardon pour elles, et retirer la distribution des écrits qui diffusent tant de calomnies.
Il n’y a pas de pardon possible sans repentir et confession des péchés. Le retour de la FSSPX à l’unité ecclésiale ne paraît pas viable s’ils ne retirent pas de leurs moyens de diffusion tant de nombreuses allusions contre l’Église catholique : Église moderniste, libérale, maçonnique, syncrétiste, néo-protestante, anthropocentrique, bâtarde en sa Messe, en son sacerdoce, en ses sacrements, tombée dans l’hérésie et l’apostasie, occupée au Siège de Pierre et aux principaux postes romains par des antéchrists, etc. Mais il ne paraît pas non plus que la Fraternité ait cette intention, bien qu’il soit vrai que sur certaines de ses pages internet on a enregistré dernièrement des vidages très considérables.
7. Les Évêques de la FSSPX devraient, enfin, mettre leurs charges à la disposition du Pape, en reconnaissant l’illégitimité de leur origine. Ce pas, si dur, nous le trouvons suggéré par Mgr Lefebvre, mais pour être franchi dans une tout autre hypothèse : pour quand Rome reviendra à la vérité catholique.
« Le jour où Rome reviendra à la vérité de l’Église de toujours, ces évêques [que je pourrais ordonner] mettraient leur dignité épiscopale entre les mains du pape, en lui disant : “nous voici. Que voulez-vous faire de nous ? Si vous le voulez ainsi, nous vivrons désormais comme de simples prêtres ; et si vous voulez vous servir de nous, nous sommes à votre service” » (lors d’une retraite sacerdotale, IX-1986 : Tissier 573). Et dans sa Lettre aux futurs évêques (29-VIII-1987) il leur dit : « Je vous conférerai cette grâce, confiant que sans tarder le Siège de Pierre sera occupé par un successeur de Pierre parfaitement catholique, entre les mains duquel vous pourrez déposer la grâce de votre épiscopat afin qu’il la confirme » (578).
La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X considère aujourd’hui que ce moment n’est pas encore venu. Elle estime, à ce qu’il paraît, que Benoît XVI n’est pas « un successeur de Pierre parfaitement catholique »… Mais, enfin, par la prière de supplication, gardons l’espérance qu’un jour l’unité ecclésiale avec la FSSPX soit atteinte, puisque ce qui n’est pas possible par la misère des hommes est possible par la miséricorde de Dieu. Prions, prions, prions.
Mater Ecclesiæ, ora pro nobis.
Auteur : P. José María Iraburu