–Et avec celui-ci, cela en fait déjà cinq.
–Dans la tradition biblique, sept est un nombre parfait.
Le diagnostic exact d’une maladie est la clé pour parvenir à sa guérison. Mgr Lefebvre voyait Rome atteinte du « sida spirituel » (Tissier 597). Pour ma part, comme je l’ai déjà dit dans le premier article de cette série (126), le lefebvrisme est une maladie spirituelle qui a deux causes principales : 1re, le discernement condamnatoire de l’Église présente et de ses Papes ; et 2e, la conviction que la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X est le moyen providentiel nécessaire pour sauver l’Église, en la maintenant dans l’orthodoxie doctrinale et liturgique. Je vais maintenant assurer ce diagnostic en rappelant, dans une synthèse, le développement historique du lefebvrisme.
1970. Mgr Lefebvre fonde la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X « avant tout pour faire des prêtres et, par conséquent, ouvrir des séminaires ». C’est ainsi qu’il le déclare dans une importante conférence du début de 1987, dans laquelle il fait un résumé historique de la FSSPX. J’y reviens aussitôt. En effet, peu après le Concile Vatican II, et même durant sa célébration, la vie de l’Église fut troublée par de très fortes turbulences. Il semblait que tous les diables fussent lâchés ; d’innombrables « erreurs et horreurs » se produisaient,que j’ai déjà décrites (129), la plus spectaculaire étant peut-être l’effondrement brusque des Séminaires. Il y eut des Séminaires diocésains qui passèrent de 1 000 à 10 séminaristes, ou à zéro.
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que Mgr Lefebvre fondât en 1971 la FSSPX à Fribourg, en Suisse, avec une approbation de cinq ans de l’Évêque local, Mgr Charrière, et qu’il établît immédiatement son Séminaire, qui passa bientôt à Écône. Là se forma un Séminaire excellent, parfaitement ajusté à la tradition et aux normes de l’Église. Si je me souviens bien, à un moment donné il y avait plus de séminaristes français à la FSSPX que dans tous les Séminaires français réunis. Une très grande grâce de Dieu. Mais… Écône demeure fermée à la « nouvelle Messe » et à l’« Église conciliaire ». Les tensions avec le Saint-Siège vont croissant.
1974. Mgr Lefebvre fait enfin à Écône une déclaration solennelle de son rejet de l’« Église conciliaire » (21-XI-1974). « Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique… à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité. Nous refusons en revanche —comme nous l’avons toujours refusé— de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante, qui s’est manifestée clairement au Concile Vatican II, et après le Concile, dans toutes les réformes qui en sont issues ».
« Aucune autorité, pas même la plus haute Hiérarchie, ne peut nous obliger à abandonner ou à diminuer notre Foi catholique, clairement exprimée et professée par le Magistère de l’Église depuis dix-neuf siècles… Cette réforme, pour avoir surgi du libéralisme, du modernisme, est complètement empoisonnée ; elle sort de l’hérésie et débouche sur l’hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques… La seule attitude de fidélité à l’Église et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d’accepter la Réforme »… Tissier ajoute : « À peine Mgr Lefebvre achève-t-il la lecture de sa déclaration que les séminaristes applaudissent, conscients de vivre un moment décisif » (Tissier 506).
Ce sont des années où Mgr Lefebvre accentue de plus en plus son combat public contre le Concile, la nouvelle Messe et, en général, contre l’« Église conciliaire ». Certaines de ses œuvres sont particulièrement agressives : La messe de Luther (1975), J’accuse le concile (1976), Le coup de maître de Satan, Écône face à la persécution (1975), etc.
1975. Le rejet absolu de la nouvelle Messe est la cause principale de la suppression de la FSSPX. Une fois écoulé le délai de cinq ans d’approbation temporaire, l’Évêque Mgr Mamie, successeur de Mgr Charrière, ne renouvelle pas la permission de la FSSPX, c’est-à-dire qu’il la supprime, en un acte confirmé par le Saint-Siège, sous Paul VI. Mgr Lefebvre forme un recours auprès de la Signature Apostolique, mais il n’est pas admis à examen. Rompant alors avec l’ordre canonique de l’Église,Mgr Lefebvre décide que la FSSPX et son Séminaire doivent poursuivre leur existence, considérant que d’elle dépend la continuité historique de l’Église Catholique elle-même.
1976. Mgr Lefebvre est suspendu a divinis, et désormais il ne peut plus célébrer la Messe et les sacrements licitement. Ayant reçu une monition du Saint-Siège pour qu’il ne procédât pas à l’ordination de la première fournée de séminaristes formés à Écône, il désobéit à l’ordre, réalise les ordinations et est suspendu a divinis (22-VII-1976). Mgr Lefebvre, qui considère dès le départ que la suspension est nulle, un mois plus tard (29-VIII)célèbre la Messe de saint Pie V dans un palais des sports de Lille devant 7 000 fidèles et de nombreux médias, et proclame dans l’homélie devant quelque 400 journalistes :
« La Révolution [de 1789] a fait des martyrs, mais elle n’a rien fait en comparaison du Concile Vatican II : des prêtres apostats de leur sacerdoce ! Le mariage entre l’Église et la Révolution qu’ont voulu les catholiques libéraux triomphants, qui disent : “avec Vatican II nos thèses ont été acceptées”, est un mariage adultère. Et de cette union adultère ne peuvent naître que des bâtards. Le nouveau rite de la messe est un rite bâtard, les sacrements [des rituels rénovés] sont des sacrements bâtards, les prêtres qui sortent des séminaires sont des prêtres bâtards : ils ne savent plus qu’ils sont constitués pour monter à l’autel afin d’offrir le sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ » (Tissier 516-517).
1987. Les années passent et l’affrontement de la FSSPX avec l’Église atteint peu à peu une phase maximale. Dans le livre « Ils L’ont découronné » (1987) Mgr Lefebvre combat durement le Vatican II, et spécialement le décret sur la liberté religieuse (Dignitatis humanæ). Cet ouvrage, divisé en quatre parties et 34 chapitres, réunit une collection de conférences et d’écrits de Mgr Lefebvre. Je signale le titre de quelques chapitres : Le brigandage de Vatican II (partie IV, 24),Un libéralisme suicidaire : les réformes postconciliaires (32), etc.
Dans la IIIe partie, La Conjuration Libérale de Satan contre l’Église et la Papauté, Mgr Lefebvre rappelle certains documents secrets obtenus par Grégoire XVI et Pie IX. On y décrit les plans sataniques que, entre les années 1820 et 1846, la loge Alta Vendita des Carbonari avait déjà tracés dans le but exprès de détruire l’Église de l’intérieur. « Le pape, quel qu’il soit, ne viendra jamais aux sociétés secrètes : ce sont les sociétés secrètes qui doivent faire le premier pas vers l’Église » pour la vaincre… « Nous ne voulons pas gagner les papes à notre cause, en faire des néophytes de nos principes, des propagateurs de nos idées. Ce serait un rêve ridicule… Ce que nous devons rechercher et attendre, comme les Juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins »… Le plan conçu est d’infiltrer son esprit dans l’Église, surtout dans les séminaires et les couvents, jusqu’à ce que les principes maçonniques et libéraux soient prédominants. « Si vous voulez établir le règne des élus sur le trône de la prostituée de Babylone, que le clergé marche sous votre étendard, croyant toujours suivre la bannière des clés apostoliques ».
Terrible plan diabolique, commente Mgr Lefebvre : « un pape séduit par les idées libérales, un pape qui utilise les clés de saint Pierre au service de la contre-Église. Or, n’est-ce pas précisément ce que nous vivons actuellement depuis Vatican II et depuis le nouveau Droit Canonique ?Avec ce faux œcuménisme et cette fausse liberté religieuse promulgués à Vatican II et appliqués par les papes avec une froide persévérance, malgré toutes les ruines qu’ils ont provoquées depuis plus de vingt ans ! Sans que l’infaillibilité du Magistère de l’Église ait été compromise, même peut-être sans qu’une hérésie proprement dite ait jamais été soutenue, nous assistons à l’autodémolition systématique de l’Église. Autodémolition est un mot de Paul VI, qui dénonçait implicitement le vrai coupable, car qui peut “autodémolir” l’Église sinon celui dont la mission est de la maintenir sur le roc ferme ?… Et quel acide plus efficace pour dissoudre le roc que l’esprit libéral qui pénètre le successeur même de Pierre !… Ce plan est d’inspiration diabolique et de réalisation diabolique ! Non seulement les ennemis de l’Église l’ont révélé, mais les papes aussi l’ont dévoilé et prédit. »
La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et Rome est une importante et longue conférence que Mgr Lefebvre prononce des mois avant d’ordonner quatre Évêques pour la FSSPX (Fideliter nº 55, I-II-1987). J’en retiens quelques-uns des textes les plus significatifs.
La Messe publiée par Paul VI. En 1975 la FSSPX, comme nous l’avons déjà vu, est supprimée parce qu’elle rejette la Messe rénovée par Paul VI. C’est l’Évêque Mgr Mamie qui le décide et le communique : « “C’est inadmissible. Par conséquent, nous vous supprimons.” Il exhibe alors l’Ordo [Missae] de Mgr Bugnini, inventé, auparavant inexistant. L’obligation de la nouvelle messe a été imposée par les services du Vatican et par les évêques en France. De cette manière, malheureusement, la Messe ancienne a été abandonnée par des communautés comme l’Abbaye de Fontgombault, sous le prétexte qu’il fallait obéir aux évêques. Tout cela a été imposé par la force, par obligation. On voulait absolument nous obliger à abandonner cette liturgie et, par là même, à fermer notre séminaire.
« Face à une telle imposture et illégalité dans laquelle tout avait été fait, et surtout face à l’esprit dans lequel cette persécution avait été orchestrée, un esprit moderniste, progressiste et maçonnique, nous avons cru qu’il était un devoir de continuer. Il n’est pas possible d’admettre une chose qui a été faite illégalement, dans un mauvais esprit, contre la Tradition et contre l’Église, pour la détruire ».
« Si nos prêtres abandonnaient la liturgie véritable, le véritable Saint Sacrifice de la Messe, les véritables sacrements, alors il ne vaudrait pas la peine de continuer. Ce serait nous suicider !… Cela ferait disparaître nos séminaires. Ils ne pourraient pas accepter la nouvelle liturgie, ce serait introduire le poison de l’esprit conciliaire dans la communauté ». Et il poursuit :
Trois erreurs. « Il y a trois erreurs fondamentales qui, d’origine maçonnique, sont professées publiquement par les modernistes qui occupent l’Église. La substitution du Décalogue par les Droits de l’Homme [en référence à la liberté religieuse]… Ce faux œcuménisme qui établit de fait l’égalité entre les religions… Et la négation de la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ au moyen de la laïcisation des États. Le Pape a voulu et a pratiquement réussi à laïciser les Sociétés, et donc à supprimer le règne de Notre-Seigneur sur les Nations ».
« La situation est donc extrêmement grave, parce que tout indique que la réalisation de l’idéal maçonnique a été accomplie par Rome elle-même, par le Pape et les cardinaux. C’est ce que les francs-maçons ont toujours désiré, et ils l’ont obtenu non par eux-mêmes mais par les hommes mêmes de l’Église ».
Excommunications nulles. Pour tout cela, les sanctions ecclésiales appliquées à Mgr Lefebvre et à la FSSPX sont nulles. « C’est cette Rome libérale qui nous a condamnés. Mais en condamnant ainsi la Tradition, la Vérité. Nous avons rejeté cette condamnation parce que nous la considérons comme nulle et inspirée par l’esprit moderniste. Ce que nous faisons et continuons de faire, c’est travailler au maintien de la Tradition. Nous nous sommes ainsi trouvés dans une situation d’apparente désobéissance légale, mais nous avons continué à ordonner des prêtres, à donner des prêtres aux fidèles pour le salut de leurs âmes »…
L’Église conciliaire avec la Révolution. « Louis Veuillot disait : “Deux puissances vivent et sont en lutte dans le monde : la Révélation et la Révolution. Nous avons choisi de garder la Révélation, tandis que la nouvelle Église conciliaire a choisi la Révolution” », celle de 1789.
1988. Les ordinations schismatiques de quatre Évêques de la FSSPX (18-VI-1988) ont déjà été considérées et décrites par moi dans un autre article (126), où j’ai rappelé les graves monitions préalables du Saint-Siège, les normes de la loi canonique, la lettre pressante du Pape, etc. À plusieurs reprises, avant de procéder aux ordinations d’Évêques, Mgr Lefebvre a fait bon nombre de consultations auprès de personnes de sa plus grande confiance (Tissier 566-576). Les conseils qu’il a reçus furent très divers.
Nombreux sont ceux qui conseillent les consécrations épiscopales. Mais ils sont aussi assez nombreux —comme le P. José Bisig, son second assistant, et les futurs Évêques ordonnés les PP. Tissier et Williamson— ceux qui estiment qu’il ne faut pas accomplir un acte qui reviendrait pratiquement à nier la Primauté du Pape (Tissier 568-569). Et dans cette situation de conseils disparates, c’est personnellement Mgr Lefebvre qui prend la décision d’ordonner. Le P. Bisig, immédiatement, quitte la FSSPX, se rend à Rome avec un groupe de prêtres et de séminaristes, est reçu par le Pape, et peu après ils fondent la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre. En revanche, Tissier et Williamson acceptent l’ordination épiscopale : « Monseigneur a des grâces pour décider, et nous avons la grâce pour le suivre » (591). En cette circonstance et en d’autres, on constate que le leadership personnel de Mgr Lefebvre était très fort.
Par ailleurs, cette décision était déjà depuis quelque temps presque prise dans l’esprit de Mgr Lefebvre. Un an auparavant, réuni à Fátima avec ses plus proches collaborateurs (22-VIII-1987), il leur dit : « Nous ne pouvons pas suivre ces gens, c’est l’apostasie, ils ne croient pas en la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui doit régner. Pourquoi attendrions-nous davantage ? Procédons à la consécration » d’Évêques.
Il faut reconnaître que, voyant l’Église comme Mgr Lefebvre la voyait, il était logique qu’il ordonnât des Évêques, même si par là il encourait un « acte schismatique » (Jean-Paul II, Ecclesia Dei, 2-VII-1988). Ces ordinations épiscopales schismatiques étaient un grave devoir de conscience (attention) si l’on croit, comme Mgr Lefebvre, qu’en ce temps-là le Pape [le futur Bienheureux Jean-Paul II] était l’Antéchrist. Qu’aurait fait n’importe lequel d’entre nous si nous nous étions trouvés dans une situation semblable ?… L’Antéchrist a occupé le Siège de Pierre : que devons-nous faire ?… Évidemment : ordonner des Évêques sans sa permission, et s’il le faut contre son ordre exprès. Nous nous serions crus poussés par Dieu à créer des Évêques catholiques « pour que l’Église continue ». D’un effroyable diagnostic sur l’Église procède un acte schismatique effroyable. Mgr Lefebvre l’exprime avec toute précision dans sa Lettre aux futurs Évêques (29-VIII-1987) :
« Très chers amis, le Siège de Pierre et les postes d’autorité de Rome étant occupés par des antéchrists, la destruction du Règne de Notre-Seigneur se produit de manière accélérée… Je me vois donc obligé, par la divine Providence, de transmettre la grâce de l’épiscopat que j’ai reçue, afin que l’Église et le sacerdoce catholique continuent de subsister » (Tissier 578).
Le sermon de Mgr Lefebvre lors des ordinations épiscopales de 1988 nous donne aussi quelques clés importantes pour mieux connaître le lefebvrisme. J’ai trouvé le texte intégral en anglais et en espagnol, mais étrangement pas en français.
« Vous savez bien, chers frères, comment Léon XIII, dans une vision prophétique qu’il eut, dit qu’un jour le Siège de Pierre serait le siège de l’iniquité. Il le dit dans l’un de ses exorcismes, dans l’“exorcisme de Léon XIII”. Est-ce aujourd’hui ? Demain ? Je ne sais pas. En tout cas, cela a été annoncé. L’iniquité peut être tout simplement l’erreur. L’erreur est une iniquité : ne plus professer la Foi de toujours, ne plus professer la Foi catholique, est une grave erreur ; s’il y a une grande iniquité, c’est précisément celle-là ! Je crois vraiment pouvoir dire qu’il n’y a jamais eu dans l’Église une iniquité plus grande que la journée d’Assise », etc.
« Et non seulement le Pape Léon XIII a prophétisé ces choses, mais Notre-Dame. Dernièrement, le prêtre chargé du Prieuré de Bogotá [de la FSSPX] en Colombie m’a apporté un livre qui traite des apparitions de Notre-Dame du Bon Succès, qui a une église, une grande église en Équateur, à Quito, capitale de l’Équateur. Ces apparitions à une religieuse eurent lieu dans un couvent de Quito peu de temps après le Concile de Trente… Cette Vierge miraculeuse y est honorée avec grande dévotion par les fidèles de l’Équateur et elle prophétisa pour le XXe siècle. Elle dit clairement à cette religieuse : “Durant le XIXe siècle et la plus grande partie du XXe siècle, les erreurs se propageront de plus en plus fortement dans la Sainte Église, et conduiront l’Église à une situation de catastrophe totale, de catastrophe ! Les mœurs se corrompront et la Foi disparaîtra.” Notre impression est que nous ne pouvons pas ne pas le constater.
« Je demande pardon de continuer le récit de cette apparition, mais on y parle d’un prélat qui s’opposera totalement à cette vague d’apostasie et d’impiété et préservera le sacerdoce en préparant de bons prêtres. Faites-en vous-mêmes l’application si vous le voulez ; moi, je ne veux pas le faire. J’ai moi-même été stupéfait en lisant ces lignes, je ne peux le nier. C’est inscrit, imprimé, consigné dans les archives de cette apparition ».
Voyons, enfin, quelle est la situation actuelle de la FSSPX. Pour mieux la comprendre, il convient de rappeler que pendant de nombreuses années Mgr Lefebvre a comme son plus important interlocuteur au Saint-Siège le Cardinal Ratzinger. Celui-ci, peu après avoir été constitué Pape, Benoît XVI, accomplit deux actes de grande importance :
–1er. Au moyen du motu proprio Summorum Pontificum (7-VII-2007), le Pape réaffirme dans l’Église catholique la Messe publiée par Paul VI (1970) comme forme ordinaire de la Liturgie Eucharistique, et établit comme forme extraordinaire la Messe ancienne, antérieure au Concile Vatican II, dans la publication autorisée par Jean XXIII (1962), qui n’avait jamais été proprement abrogée.
Les conséquences que ce motu proprio a sur la licéité des Messes célébrées par des prêtres de la FSSPX sont précisées dans une lettre (23-V-2008) que Mgr Camille Perl, Vice-Président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, écrit à M. Brian Mershon, en réponse à plusieurs questions concrètes que celui-ci avait posées à la Commission.
« Les prêtres de la Société Saint-Pie X sont validement ordonnés, mais suspendus, c’est-à-dire : interdits d’exercer leurs fonctions sacerdotales parce qu’ils ne sont pas proprement incardinés dans un diocèse ou un institut religieux en pleine communion avec le Saint-Siège… Cela signifie que les Messes offertes par les prêtres de la Société Saint-Pie X sont valides, mais illicites, c.-à-d., contraires à la Loi Canonique »…
La FSSPX célèbre donc depuis des décennies illicitement la sainte Messe. Cela s’explique parce que la Fraternité a toujours considéré que tant les excommunications que les suspensions a divinis étaient et sont radicalement nulles.
–2e. Benoît XVI lève l’excommunication des quatre Évêques de la FSSPX au moyen d’un décret de la Congrégation des Évêques (21-I-2009).
Cet acte est présenté par la FSSPX comme une grande victoire. Mgr Fellay, son Supérieur Général, communique dans une lettre circulaire que
« l’excommunication des évêques consacrés par S. Exc. Mgr Marcel Lefebvre le 30 juin 1988, qui avait été déclarée par la Sacrée Congrégation des Évêques par un décret du 1er juillet 1988, et que nous avons toujours rejetée, a été retirée par un autre décret de la même Congrégation, daté du 21 janvier 2009 par mandat du Pape Benoît XVI… Grâce à ce geste, les catholiques du monde entier attachés à la Tradition ne seront plus injustement stigmatisés et condamnés pour avoir gardé la foi de leurs pères. La Tradition catholique n’est désormais plus excommuniée… Nous acceptons et faisons nôtres tous les conciles jusqu’à Vatican II. Mais nous ne pouvons qu’avoir des réserves à l’égard du Concile Vatican II… Nous espérons la prompte réhabilitation de Monseigneur Marcel Lefebvre » (Menzingen, 24-I-2009).
D’un autre côté, la remise de l’excommunication « a suscité, pour de multiples raisons, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église catholique, une discussion d’une véhémence telle qu’on n’en avait pas vu depuis longtemps ». Ainsi le dit le Pape dans le document qui suit.
Benoît XVI se voit donc obligé d’écrire une lettre pour expliquer son acte de bienveillance (10-III-2009). Le Pape y corrige tant le faux triomphalisme lefebvriste que le rejet amer et dur d’une partie des catholiques, spécialement d’Europe centrale. Dans cette lettre, donc, il déclare le sens véritable de son geste bienveillant.
L’Église, écrit le Pape, dut réagir en 1988 contre les ordinations épiscopales réalisées dans la FSSPX « par la sanction la plus dure, l’excommunication, afin d’appeler les personnes ainsi sanctionnées au repentir et au retour à l’unité. Malheureusement, vingt ans après l’ordination, cet objectif n’a pas encore été atteint.
« La remise de l’excommunication tend à la même fin que sert la sanction : inviter une fois encore les quatre Évêques au retour. Ce geste était possible après que les intéressés eurent reconnu, en principe, le Pape et son pouvoir de Pasteur, malgré les réserves sur l’obéissance à son autorité doctrinale et à celle du Concile…
« Tant que les questions relatives à la doctrine ne seront pas éclaircies, la Fraternité n’a aucun statut canonique dans l’Église, et ses ministres, bien qu’ils aient été libérés de la sanction ecclésiastique, n’exercent légitimement aucun ministère dans l’Église…
« Certes, depuis longtemps déjà et, de nouveau, à maintes reprises en cette occasion concrète, nous avons entendu de la part de représentants de cette communauté bien des choses hors de ton : orgueil et présomption, obstinations en des unilatéralismes, etc. Par amour de la vérité, je dois ajouter que j’ai aussi reçu une série d’impressionnants témoignages de gratitude, dans lesquels je percevais une ouverture des cœurs…
« Et ne devons-nous pas admettre que dans le domaine ecclésial aussi il y a eu quelque écart de ton ? Parfois on a l’impression que notre société a besoin d’un groupe au moins envers lequel n’avoir aucune tolérance ; contre lequel elle puisse tranquillement se déchaîner avec haine. Et si quelqu’un tente de s’en approcher —en ce cas le Pape— lui aussi perd le droit à la tolérance et peut également être traité avec haine, sans crainte ni réserves ».
Collaborons de tout cœur avec le Pape dans son effort pour obtenir que la FSSPX revienne à la pleine unité de l’Église. 1er. Collaborons principalement par la prière : prions, prions, prions. 2e. Collaborons par le témoignage de la vérité. Et vous m’excuserez de faire référence à ce blog Reforma o apostasía. Nous favorisons la pleine unité de la FSSPX avec l’Église catholique
–en dénonçant les infidélités doctrinales, liturgiques et disciplinaires qui aujourd’hui lèsent l’Église catholique, et en affirmant les vérités catholiques, spécialement celles qui sont le plus tues ou niées ; de cette manière se réaffirme la continuité du Magistère apostolique, tandis que la rupture avec la Tradition catholique prévaut dans tant de domaines ecclésiaux [voir sur ce blog (1-125)] ; et nous collaborons aussi
–en décrivant et en rejetant les erreurs des lefebvristes, car de cette manière on les aide à se désolidariser de ces erreurs, condition nécessaire pour qu’ils puissent « se repentir et revenir à l’unité » de l’Église, à laquelle Benoît XVI, et nous tous qui sommes pleinement unis à lui dans la communion catholique, les appellent avec tant d’insistance et de bonté [voir sur ce blog (126-129) et peut-être un autre article, si Dieu le veut].
Auteur : P. José María Iraburu