Beaucoup parlent de la Tradition de l’Église sans comprendre réellement ce que Tradition signifie. D’autres sont dans la confusion sur sa véritable signification et sa composition. Alors : Qu’est-ce que la Tradition de l’Église ? Comprendre ce que la Tradition de l’Église est ou n’est pas constitue une affaire d’une importance vitale.
En tant que partie de la Révélation, nous savons tous que la Tradition est tout ce qui, par voie orale et non par les Saintes Écritures, fait partie du Dépôt de la Foi. Sur ce point il n’y a pas de difficulté. Mais du point de vue théologique, définir « Tradition » se révèle problématique et très déroutant pour beaucoup.
La Tradition du point de vue théologique
La Tradition de l’Église, du point de vue théologique, est une combinaison d’éléments qui s’ajoutent pour créer un tout inséparable ; c’est là l’essence même de l’Église fondée par le Christ. Ces éléments peuvent être considérés en deux groupes : les immuables, qui ne changent jamais et demeurent toujours identiques, et ceux qui peuvent changer ou sont modifiables. Il est très important de comprendre cette différence, car si on ne la comprend pas bien on peut tomber dans de très graves erreurs : ceux qui veulent changer ce qui ne peut être changé dans la Tradition tombent dans la très grave erreur du modernisme ou progressisme, une erreur condamnée par le Magistère dans le Syllabus et dans tant d’autres documents officiels. Ceux qui ne comprennent pas que la Tradition se compose également d’éléments qui peuvent changer suivent une notion erronée, limitée et incomplète de la Tradition.
Les éléments qui ne changent pas et demeurent toujours identiques dans la Tradition sont le dogme et la morale. Le dogme et la morale de l’Église — ce que nous devons croire et ce que nous devons faire ou ne pas faire pour nous sauver — sont immuables et demeurent identiques à travers tous les siècles. Ce dogme et cette morale sont un élément de la Tradition, mais ils ne sont pas la totalité de la Tradition. Dans une grande erreur se trouvent ceux qui confondent le dogme et la morale immuable comme synonymes ou totalité de la Tradition. Il n’en est pas ainsi, car dogme et morale ne sont pas la totalité de la Tradition, mais seulement des éléments de celle-ci.
Il en va comme suit : Paris n’est pas la totalité de la France, mais seulement une partie de celle-ci. Et s’il est vrai que Paris est une partie essentielle et principale de la France, il est aussi vrai que la France est plus grande que Paris. Il y a d’autres régions, villes et provinces en France en plus de Paris. Il en va de même avec la Tradition. Le dogme et la morale immuables sont une partie essentielle et principale de la Tradition, mais ils n’en sont pas la totalité, car la Tradition embrasse plus que le dogme et la morale. La Tradition de l’Église contient davantage d’éléments ; elle est plus grande que le seul dogme et la seule morale immuables. Dire ou croire que la Tradition se compose uniquement et seulement de dogme et de morale est une grande erreur et une vision limitée de celle-ci.
Dogme, Morale, Liturgie, Discipline et Action Pastorale, éléments de la Tradition
La Tradition ne se compose pas seulement du dogme et de la morale, qui ne peuvent changer et demeurent identiques à travers tous les siècles, mais elle se compose aussi de liturgie, de discipline et de l’action pastorale du Magistère. La somme de tous ces éléments — dogme et morale immuables, liturgie, discipline et action pastorale — forme ce que l’on connaît comme la Tradition de l’Église.
–Catéchisme de l’Église catholique (78) : « Cette transmission vivante, accomplie dans l’Esprit Saint, est appelée Tradition en tant que distincte de l’Écriture Sainte, bien qu’elle lui soit étroitement liée. Par elle, ‘l’Église, dans sa doctrine, sa vie et son culte, perpétue et transmet à toutes les générations tout ce qu’elle est et tout ce qu’elle croit’ (DV 8). ‘Les paroles des saints Pères attestent la présence vivifiante de cette Tradition, dont les richesses se répandent dans la pratique et la vie de l’Église qui croit et qui prie’ (DV 8). »
Ainsi donc, si la Tradition Apostolique est la partie de la Révélation non contenue dans la Bible, au sens théologique la Tradition de l’Église comme telle est une combinaison d’éléments : certains immuables et inchangeables, d’autres changeables. Les immuables sont le dogme et la morale, et les mutables, qui s’adaptent aux temps et aux circonstances, sont la liturgie, la discipline et l’action pastorale. C’est ainsi que le Pape Benoît XVI définit la Tradition dans la perspective théologique :
–Pape Benoît XVI (26 avril 2006) : « Cette actualisation permanente de la présence active de notre Seigneur Jésus-Christ en son peuple, opérée par l’Esprit Saint et exprimée dans l’Église par le ministère apostolique et la communion fraternelle, est ce que au sens théologique on entend par le terme Tradition : ce n’est pas la simple transmission matérielle de ce qui fut donné au début aux Apôtres, mais la présence efficace du Seigneur Jésus, crucifié et ressuscité, qui accompagne et guide au moyen de l’Esprit Saint la communauté rassemblée par lui.
La Tradition est la communion des fidèles autour des pasteurs légitimes tout au long de l’histoire, une communion que l’Esprit Saint nourrit, assurant le lien entre l’expérience de la foi apostolique, vécue dans la communauté originaire des disciples, et l’expérience actuelle du Christ en son Église… Ainsi donc, en concluant et en résumant, nous pouvons dire que la Tradition n’est pas transmission de choses ou de paroles, une collection de choses mortes. La Tradition est le fleuve vivant qui remonte aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes. »
La Tradition est donc la somme totale du dogme et de la morale immuables, de la discipline, de la liturgie et de l’activité pastorale. Et s’il est vrai que le dogme et la morale ne peuvent jamais changer et demeurent identiques pour toujours, les autres éléments qui complètent ce qu’est la Tradition peuvent changer. Ainsi, par exemple, la liturgie peut changer selon les temps et les circonstances, comme le démontre le Concile de Trente. Ce Concile nous dit que c’est un droit du Magistère de l’Église de changer ou de modifier sa liturgie quand elle le veut, pour les raisons qu’elle juge les plus appropriées.
Ainsi le Concile de Trente nous le confirme :
–Concile de Trente (Session 21) : « Dans l’Église a toujours existé ce pouvoir que, dans l’administration des sacrements…elle peut modifier ou changer ce qu’elle juge le plus approprié pour le bénéfice de ceux qui les reçoivent ou pour le respect dû aux sacrements eux-mêmes, selon des circonstances variables, temps ou lieux. »
Ce que le Concile de Trente nous décrète au sujet de la liturgie, l’Encyclopédie Catholique de 1907 (Nihil Obstat, Imprimatur) nous le résume.
–Encyclopédie Catholique (Nihil Obstat, Imprimatur, 1907) : « Étroitement liés aux droits pontificaux concernant l’office d’enseigner sont ceux qui concernent le culte divin. Car c’est la loi de la prière qui fixe la loi de la foi. Dans ce domaine, il y a beaucoup de choses réservées exclusivement à la réglementation du Saint-Siège. Seul le pape peut déterminer les rites liturgiques employés dans l’Église. Si quelque doute surgit au sujet du cérémonial de la liturgie, l’évêque local ne peut décider de sa seule autorité ; il doit recourir à Rome. De la même manière, le Pape a pleine autorité pour interpréter, modifier et abroger ses propres lois et celles qui ont été établies par ses prédécesseurs. Il a la même plénitude de pouvoir qu’eux, et il se trouve à l’égard des lois qu’ils ont établies dans la même position qu’à l’égard de celles promulguées par lui-même. »
De la même manière que le Concile de Trente et l’Encyclopédie Catholique nous disent que la liturgie change selon des circonstances variables, temps et lieux, » de cette même façon la discipline de l’Église change également quand l’Église le veut. Le Catéchisme de Baltimore de 1891 (Nihil Obstat, Imprimatur) nous rappelle le plein pouvoir de l’Église de changer et de modifier sa discipline tout comme la liturgie.
– Catéchisme de Baltimore 126 : Il y a deux choses que nous devons comprendre clairement et sur lesquelles il ne peut y avoir de confusion, à savoir les deux sortes de lois dans l’Église — celles que le Christ nous a données et celles que l’Église a elle-même faites. Par exemple, l’Église ne peut abolir l’un des sacrements en n’en laissant que six ; elle ne peut non plus en ajouter un, en faisant huit. Mais, par exemple, quand l’Église déclare que tel jour on ne peut manger de viande, c’est là une loi que l’Église a faite et qu’elle peut changer quand elle le veut. Notre Seigneur a laissé son Église libre de faire certaines lois selon qu’elles seraient nécessaires. L’Église a toujours exercé ce pouvoir et a fait des lois qui s’ajustent auxcirconstances de lieu ou d’époque. Aujourd’hui encore, l’Église se défait de certaines vieilles lois qui ne sont plus nécessaires et en fait d’autres qui sont plus nécessaires. Mais les doctrines, les vérités de Foi et de Morale, les choses que nous devons croire et faire pour sauver nos âmes, ne pourront jamais être changées : l’Église peut régler certaines choses dans l’application des lois divines, mais les lois en elles-mêmes ne pourront jamais être changées dans leur substance. (Catéchisme de Baltimore, Rév. Père Thomas L. Kinkead, Nihil Obstat : D. J. McMahon, Censor Librorum, Imprimatur : *Michael Augustine, Archevêque de New York, septembre 1891)
Ici donc on voit clairement que, avec les éléments qui ne changent jamais dans la Tradition, c’est-à-dire le dogme et la morale, d’autres éléments de cette même Tradition, comme la liturgie, la discipline et l’action pastorale, peuvent changer et de fait changent selon le temps et les circonstances.
L’Action Pastorale et le Développement du Dogme
Un autre élément clé dans la Tradition, du point de vue théologique, est l’action pastorale, c’est-à-dire la relation entre les pasteurs légitimes de l’Église et leur troupeau. Cette action pastorale est une partie intégrante de la Tradition et se compose à son tour de plusieurs éléments qui somment cette relation pasteur-troupeau, ou, ce qui revient au même, le Magistère de l’Église avec ses fidèles.
Un élément très important de l’action pastorale est la manière dont le pasteur, c’est-à-dire le Magistère, explique aux fidèles la doctrine inchangeable et immuable. C’est-à-dire que le Magistère de l’Église décide ou choisit la manière dont un dogme est expliqué ; comment une doctrine inchangeable et immuable s’applique aux circonstances spécifiques de chaque époque et lieu. Car une chose est le dogme en lui-même, qui est immuable et demeure identique pour toujours, et une autre chose différente est la manière dont ce dogme est expliqué. La manière dont un dogme inchangeable ou immuable est expliqué ou développé est une partie importante de cette action Pastorale du Magistère, et cette manière particulière d’expliquer le dogme immuable est quelque chose qui, également, s’ajuste ou s’adapte aux circonstances, au temps et au lieu.
Ainsi nous l’explique saint Grégoire le Grand (In Ezechielem, lib. 2, hom. 4, 12) :
« Avec le passage du temps, la science des patriarches allait croissant ; car Moïse reçut de plus grandes lumières qu’Abraham dans la science du Dieu tout-puissant, et les prophètes les reçurent plus grandes que Moïse, et les apôtres, à leur tour, plus grandes que les prophètes. »
Le bienheureux Pape Jean XXIII nous parle lui aussi de la très importante distinction entre le contenu ou la substance du dogme et la manière de l’exprimer. La substance et la signification du dogme ne changent jamais, mais la manière dont le Magistère explique ou développe ce dogme peut s’adapter à l’époque et au lieu. Une chose est le dogme en lui-même et une autre la manière d’expliquer ou de faire comprendre ce dogme. Le bienheureux nous dit que ce sont là deux choses différentes et qu’elles ne doivent pas se confondre entre elles.
–Saint-Père bienheureux Jean XXIII (11 octobre 1962) : « L’intérêt suprême du Concile Œcuménique est que le sacré dépôt de la doctrine chrétienne soit gardé et enseigné d’une manière toujours plus efficace…avant tout, il est nécessaire que l’Église ne s’écarte pas du sacré patrimoine de vérité reçu des pères ; mais, en même temps, elle doit regarder le présent, les nouvelles conditions et formes de vie introduites dans le monde actuel, qui ont ouvert de nouvelles voies à l’apostolat catholique…le XXIe Concile Œcuménique veut transmettre pure et intègre, sans atténuations ni déformations, la doctrine qui, durant vingt siècles, malgré les difficultés et les luttes, est devenue le patrimoine commun des hommes… Cependant, de l’adhésion renouvelée, sereine et tranquille, à tous les enseignements de l’Église, dans leur intégrité et leur précision, tels qu’ils resplendissent principalement dans les actes conciliaires de Trente et du premier Concile du Vatican …on espère qu’un pas en avant sera fait vers une pénétration doctrinale et une formation des consciences en correspondance plus parfaite avec la fidélité à l’authentique doctrine, en l’étudiant et en l’exposant à travers les formes de recherche et les formules littéraires de la pensée moderne. Une chose est la substance de l’ancienne doctrine, du ‘depositum fidei’, et une autre la manière de formuler son expression… »
Ce que le bienheureux Jean XXIII explique ici, c’est qu’une chose est la substance de la doctrine et une autre chose est la manière de formuler ou d’exprimer cette doctrine. Cette manière d’expliquer la doctrine ou de la développer est un élément très important de l’action pastorale du Magistère de l’Église. Selon les temps et les circonstances, l’Église adapte cette manière d’exprimer l’immuable dogme. Ainsi le dogme demeure identique et inchangeable pour toujours, mais la manière de l’expliquer change selon l’action pastorale de l’Église, qui explique ces dogmes de manière plus efficace selon les temps et les circonstances.
Ce développement du dogme ne doit jamais se confondre avec l’hérésie du modernisme.
L’hérésie du modernisme cherche à changer la signification et l’essence du dogme et à l’adapter au courant philosophique à la mode. Le développement catholique du dogme ne fait que déployer la manière d’expliquer le dogme, laissant intacts sa signification, son essence et sa substance. Tandis que l’hérésie du modernisme cherche à changer le sens et l’essence du dogme immuable, le développement catholique du dogme ne fait que rendre explicites des vérités auparavant contenues dans le dogme de manière implicite.
Le développement du dogme de l’action pastorale ne change jamais la signification du dogme, mais seulement la manière de l’expliquer. Ainsi se définit en termes théologiques ce développement du dogme :
–Fondements du Dogme Catholique : L’évolution du dogme au sens catholique. Quant à laforme du dogme, c’est-à-dire à la connaissance et à la proposition, par l’Église, des vérités révélées et, par conséquent, à la foi publique en ces mêmes vérités, il y a eu, oui, progrès (évolution accidentelledu dogme), et un tel progrès a lieu des manières suivantes : a) Des vérités qui, jusqu’à un moment déterminé, n’étaient crues que de façon implicite parviennent à être connues explicitement et sont proposées aux fidèles pour leur croyance en elles ; cf. S.th. II-II 1, 7 : « quant à l’explication, le nombre d’articles [de la foi] s’est accru, parce que certaines choses qui n’étaient pas explicitement connues des anciens sont venues à être explicitement connues par d’autres, plus tard. » b) Les dogmes matériels se convertissent en dogmes formels. c) Pour une plus claire intelligence de la part de tous et pour éviter les malentendus et les fausses interprétations, les vérités anciennes, crues depuis toujours, se proposent au moyen de concepts nouveaux et bien précis. Ainsi est-il arrivé, par exemple, avec le concept d’union hypostatique, de transsubstantiation. d) Des questions débattues jusqu’à un moment déterminé sont ensuite éclaircies et définies, les propositions hérétiques étant condamnées ; cf. SAINT AUGUSTIN, De civ. Dei xvi 2, 1 : « ab adversario mota quaestio discendi existit occasio » (une question soulevée par un adversaire devient une occasion d’acquérir de nouveaux enseignements).
L’évolution du dogme au sens indiqué est précédée d’un travail scientifique théologique, et pratiquement enseignée par le Magistère ordinaire de l’Église avec l’assistance de l’Esprit Saint (Jn 14,26). Cette formation est promue, d’une part, par le désir naturel qu’a l’homme d’approfondir la connaissance de la vérité acquise et, d’autre part, par des influences externes, comme le sont les attaques des hérétiques ou des infidèles, les controverses théologiques, le progrès des idées philosophiques et lesrecherches historiques, la liturgie et l’universelle conviction de croyances qui s’y manifeste. Les saints pères ont déjà mis en relief la nécessité d’approfondir la connaissance des vérités révélées, de dissiper les obscurités et de faire progresser la doctrine de la révélation. (Dr Ludwig Ott, Nihil Obstat : Jeremiah J. O’Sullivan. Imprimatur : + Cornelius, 7 octobre 1954)
Les saints eux aussi nous rendent témoignage de la nécessité d’expliquer ou de développer les dogmes d’une manière plus actualisée aux temps, tout en maintenant dans leur complète intégrité leur contenu et leur substance. Le grand saint Vincent de Lérins nous éclaire sur ce point du développement du dogme, point essentiel de l’action pastorale.
–Saint Vincent de Lérins : « Mais peut-être quelqu’un dira-t-il : N’y aura-t-il donc dans l’Église du Christ aucun progrès de la religion ? Certainement il existe ce progrès, et un très grand progrès… Mais il doit être un véritable progrès dans la foi, et non une altération de celle-ci. Car il est propre au progrès qu’une chose croisse en elle-même, tandis qu’il est propre à l’altération de transformer une chose en une autre. » (Commonitorium 23 ; cf. Dz 1800.)
Ici nous voyons que le développement du dogme est possible dans la manière dont l’Église les explique et les approfondit selon l’époque et les circonstances. L’essence et la substance du dogme demeurent identiques et sont immuables à travers tous les siècles, mais la manière de l’expliquer change et s’adapte. Cela est une partie importante de l’élément pastoral de la Tradition.
Peut-être le plus génial des théologiens et thomistes de l’Amérique hispanique, le docteur en logique et en théologie, le Rév. Père Rafael Faria, explique-t-il ainsi le développement catholique du dogme en 1956 :
–Cours Supérieur de Religion (1956) : L’indéfectibilité de l’Église consiste en ce qu’elle a conservé et conservera invariable le trésor qu’elle a reçu du Christ, à savoir : le Dogme, la Morale, les Sacrements et l’organisation interne. Sans doute y a-t-il eu développement et perfectionnement dans le Dogme catholique. Mais ce développement consiste, non pas en ce que l’on aurait enseigné des vérités nouvelles, non contenues dans la Sainte Écriture ou dans la Tradition, mais en ce que l’on a déclaré et enseigné sous une forme parfaitement claire et explicite des vérités qui y étaient contenues sous une forme générale, obscure ou imprécise. Par exemple, l’Écriture enseigne qu’en Dieu il y a le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Le Dogme s’est développé jusqu’à trouver la formule précise : en Dieu il y a trois personnes en une seule Nature. Et ainsi en a-t-il été d’autres vérités. L’infaillibilité de l’Église consiste à ne pouvoir errer en des matières touchant à la Foi et à la Morale. L’infaillibilité est nécessaire à l’Église parce que Dieu a obligé tous les hommes, sous peine de condamnation, à lui appartenir. « Celui qui ne croira pas sera condamné. » (Mc 16,16). Mais si l’Église pouvait errer, Dieu obligerait les hommes à accepter l’erreur, ce qui répugne à sa sagesse. (Rév. Père Dr Rafael Faria, Santa Fe de Bogotá, 1956, Livre I, Dogme, p. 135, Nihil Obstat, Imprimatur.)
Ainsi voyons-nous que la Tradition de l’Église se compose d’éléments qui ne changent jamais, comme le dogme et la morale, et d’éléments qui changent avec les temps, comme la liturgie, la discipline et l’action pastorale. Expliquer de meilleure manière ou de manière plus développée ce dogme immuable et inchangeable est une partie très importante de l’action pastorale.
Le Magistère de l’Église, Gardien Invincible de la Tradition
Selon le plan du Christ, les apôtres et leurs successeurs doivent être, jusqu’à la fin des temps, les gardiens invincibles de la Tradition. Ce fut au seul Magistère que le Christ confia la mission de garder la Tradition, de la définir et de l’exposer aux fidèles. Seul le Magistère peut interpréter le dépôt de la Foi pour nous dire ce que la Tradition est ou n’est pas, et seul le Magistère a la divine promesse du Christ qu’il ne pourra jamais être infidèle à la Tradition ni s’en éloigner.
Il est donc très important de comprendre que, pour saisir ce qu’est la Tradition d’époque en époque, nous ne pouvons écouter que le Magistère vivant de l’Église ; c’est-à-dire le Pape et les Évêques en pleine communion avec lui. Seul ce Magistère vivant peut nous dire, d’époque en époque, ce que la Tradition « est » selon les temps et les circonstances. Ainsi nous l’explique le grand Léon XIII dans son immortel Satis Cognitum :
—Pape Léon XIII, Satis Cognitum (1896) : Il est donc incontestable, après ce que nous venons de dire, que Jésus-Christ a institué dans l’Église un Magistère vivant, authentique et de plus perpétuel, investi de sa propre autorité, revêtu de l’esprit de vérité, confirmé par des miracles ; et il a voulu, et très sévèrement ordonné, que les enseignements doctrinaux de ce Magistère fussent reçus comme les siens propres. Toutes les fois donc que la parole de ce Magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si de quelque façon cela pouvait être faux, il s’ensuivrait — ce qui est évidemment absurde — que Dieu lui-même serait l’auteur de l’erreur des hommes. « Seigneur, si nous sommes dans l’erreur, tu nous as toi-même trompés. »
Ce que nous dit Léon XIII est ce que la doctrine de l’Église nous répète sans cesse : seul le Magistère de l’Église peut nous définir ce qu’est la Tradition de l’Église d’époque en époque, et personne d’autre : ainsi le répètent les saints pères, le Catéchisme et les manuels de théologie dogmatique maintes et maintes fois.
–Pape saint Pie X (10 mai 1909) : « Le premier et le plus grand critère de la foi, la règle suprême et inébranlable de l’orthodoxie, est l’obéissance au Magistère toujours vivant et infaillible de l’Église, établie par le Christ comme ‘la colonne et le soutien de la vérité’. »
–Pape Paul VI (lettre à l’archevêque Lefebvre, octobre 1976) : « Voici l’affaire essentielle…Le Christ a donné la suprême autorité de Son Église à Pierre et au Collège apostolique, c’est-à-dire au Pape et au collège des Évêques una cum Capite. Par sa nature, ‘la charge d’enseigner et de gouverner ne peut être exercée que dans la communion hiérarchique avec le chef du Collège et avec ses membres’ (Constitution Lumen Gentium, 21 ; cf. aussi 25). A fortiori, un seul évêque sans mission canonique n’a pas in actu expedito ad agendum la faculté de décider en général ce qui est règle de foi ou de déterminer ce qu’est la Tradition. »
–Catéchisme de l’Église catholique : 85 « La charge d’interpréter authentiquement la parole de Dieu, orale ou écrite, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église, qui l’exerce au nom de Jésus-Christ » (DV 10), c’est-à-dire aux évêques en communion avec le successeur de Pierre, l’évêque de Rome.
–La Religion Démontrée : « Nul n’est libre d’expliquer à sa manière la Sainte Écriture et la Tradition ; nous devons nous soumettre à l’Église enseignante, établie pour nous dire ce que nous devons croire et ce que nous devons faire. … Du reste, la raison elle-même démontre la nécessité d’une règle vivante pour donner aux fidèles la notion des vérités qu’il faut croire et des devoirs qu’il faut pratiquer…Il fallait donc un juge vivant, un interprète authentique pour fixer le sens de la révélation divine et condamner les erreurs. Pour ce motif, le Gouverneur Suprême de l’Église et les évêques en communion avec lui sont les seuls interprètes légitimes et infaillibles des Écritures et de la Tradition, l’unique règle de la foi et de la morale. » (La Religion Démontrée, p. 449, P. A. Hillaire, édition de Mgr Agustín Piaggo, 1944, Barcelone, Nihil Obstat, Imprimatur.)
–Dictionnaire de théologie Dogmatique : « Selon la doctrine catholique, la Sainte Écriture et la Tradition ne sont rien de plus que la source et la règle éloignée de la foi, tandis que la règle prochaine est le Magistère vivant de l’Église, qui réside dans le Pontife Romain et dans les Évêques en tant qu’ils sont soumis et unis à lui. » (Dictionnaire de théologie dogmatique, p. 206, Rév. Père Pietro Parente, Nihil Obstat, Imprimatur, 1955)
Nous voyons ainsi que seuls le Pape et les Évêques en pleine communion avec lui peuvent nous dire ce que la Tradition est ou n’est pas. Nul qui ne soit cet authentique Magistère vivant de l’Église, c’est-à-dire le Pape et les évêques en pleine communion avec lui, ne peut nous dire ce que la Tradition est ou n’est pas à un moment historique déterminé.
Nous connaissons tous les éléments qui composent la Tradition de l’Église : dogme, morale, liturgie, discipline, action pastorale, mais leur définition exacte à chaque époque déterminée, seul le Magistère authentique de l’Église peut la déterminer et nous la transmettre, et personne d’autre. Seuls le Pape et les évêques en communion avec lui peuvent nous dire ce que la Tradition est ou n’est pas à chaque époque déterminée.
De cette même façon nous pouvons apprécier que ce Magistère ne pourra jamais être infidèle au dépôt de la Foi, c’est-à-dire que le Magistère ne pourra jamais être infidèle à la Tradition. La promesse du Christ d’aider et de protéger son Église « tous les jours, jusqu’à la fin du monde » nous donne la garantie absolue et catégorique que le Magistère de l’Église ne sera jamais infidèle à la Tradition. Ainsi le Magistère ne pourra jamais changer l’inchangeable de la Tradition, le dogme et la morale, ni cesser de lui être fidèle. Ainsi nous l’explique le cardinal Ratzinger, aujourd’hui Pape Benoît XVI :
—Cardinal Ratzinger (lettre à l’archevêque Lefebvre, 28 juillet 1987) : « Divinement instituée, l’Église a la promesse de l’assistance du Christ jusqu’à la fin des temps. Rompre son unité par un acte de pleine désobéissance de sa part causerait un dommage incalculable et détruirait l’avenir même de son travail, car hors de l’unité avec Pierre on ne peut avoir d’avenir, mais seulement la ruine de tout ce que l’on désire et à quoi l’on aspire…De fait, c’est à Pierre que le Seigneur a confié le gouvernement de Son Église ; c’est donc le Pape qui est le principal artisan de son unité. Assuré dans la promesse du Christ, le Pape ne sera jamais capable de s’opposer à la Sainte Tradition ni au Magistère authentique. »
Ainsi pouvons-nous voir, comme le dit le cardinal Ratzinger (aujourd’hui Pape Benoît XVI), que le Pape jamais ne sera capable d’être infidèle à la Tradition. Cela se fonde sur la prière du Christ, qui pria pour la Foi de Pierre et de ses successeurs. Ainsi est-ce un dogme divinement révélé que le Pape, Vicaire du Christ sur la Terre, ne sera jamais capable de s’opposer ou d’être infidèle à la Tradition et aux éléments immuables qui ne changent jamais en elle, c’est-à-dire la doctrine et la morale. Le Christ lui-même nous assure par sa divine promesse que le Pape ne pourra jamais être infidèle à la Sainte Tradition. Ainsi nous l’assure le premier Concile du Vatican :
–Premier Concile du Vatican, Constitution dogmatique Pastor Aeternus (18 juillet 1870) : Ainsi l’Esprit Saint fut promis aux successeurs de Pierre, non pour que, par sa révélation, ils fissent connaître quelque nouvelle doctrine, mais pour que, par son assistance, ils pussent garder saintement et exposer fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. Certes, leur doctrine apostolique fut embrassée par tous les vénérables pères et révérée et suivie par les saints et orthodoxes docteurs, car ils savaient très bien que ce Siège de saint Pierre demeure toujours exempt de toute erreur, selon la divine promesse de notre Seigneur et Sauveur au prince de ses disciples : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » Ce charisme d’une foi véritable et jamais défaillante fut donc divinement conféré à Pierre et à ses successeurs sur cette chaire, afin qu’ils pussent déployer leur haut office pour le salut de tous, et afin que tout le troupeau du Christ pût être écarté par eux de l’aliment vénéneux de l’erreur et être nourri de la substance de la doctrine céleste.
La Tradition de l’Église est aussi appelée Tradition « vivante »
La Sainte Tradition de l’Église est aussi appelée Tradition vivante parce que, comme nous l’avons vu, cette Tradition, du point de vue théologique, se compose d’éléments qui ne peuvent jamais changer et demeurent toujours identiques, le dogme et la morale, mais également d’éléments qui changent ou s’adaptent avec les temps et les circonstances. Précisément à cause de ces éléments qui changent ou s’adaptent, c’est-à-dire la liturgie, l’action pastorale et la discipline, et qui sont une partie intégrante de la Tradition, on appelle aussi la Tradition « tradition vivante ». Ce nom de Tradition vivante s’emploie pour dénoter qu’il existe des éléments qui changent et sont modifiables dans la Tradition (action pastorale, liturgie, discipline) à côté des éléments qui ne changent jamais et sont immuables pour tous les temps (dogme et morale).
Une belle et docte vision de la Tradition, de sa composition et de sa définition, a été donnée par le Saint-Père Benoît XVI en mai 2006. Ici sa sainteté explique le véritable sens de ce qu’est la Tradition de l’Église :
–Pape Benoît XVI (3 mai 2006) : Chers frères et sœurs : Dans cette catéchèse, nous voulons comprendre un peu ce qu’est l’Église. La dernière fois, nous avons médité sur le thème de la Tradition apostolique. Nous avons vu qu’elle n’est pas une collection de choses, de paroles, comme une caisse de choses mortes. La Tradition est le fleuve de la vie nouvelle, qui vient depuis les origines, depuis le Christ, jusqu’à nous, et nous insère dans l’histoire de Dieu avec l’humanité…L’Église transmet tout ce qu’elle est et tout ce qu’elle croit ; elle le transmet par le culte, par la vie et par l’enseignement. Ainsi donc, la Tradition est l’Évangile vivant, annoncé par les Apôtres dans son intégrité, selon la plénitude de leur expérience unique et irremplaçable : par leur œuvre la foi se communique aux autres, jusqu’à nous, jusqu’à la fin du monde.
Par conséquent, la Tradition est l’histoire de l’Esprit qui agit dans l’histoire de l’Église à travers la médiation des Apôtres et de leurs successeurs, en fidèle continuité avec l’expérience des origines…Cette chaîne de service se poursuit jusqu’à aujourd’hui, et se poursuivra jusqu’à la fin du monde. En effet, le mandat que Jésus donna aux Apôtres fut transmis par eux à leurs successeurs. ..Ainsi, quoique d’une manière différente de celle des Apôtres, nous aussi avons une véritable expérience personnelle de la présence du Seigneur ressuscité. À travers le ministère apostolique, le Christ lui-même parvient ainsi à ceux qui sont appelés à la foi. La distance des siècles est surmontée et le Ressuscité se présente vivant et opérant pour nous, dans l’aujourd’hui de l’Église et du monde. C’est là notre grande joie. Dans le fleuve vivant de la Tradition, le Christ n’est pas distant de deux mille ans, mais il est réellement présent parmi nous et nous donne la Vérité, nous donne la lumière qui nous permet de vivre et de trouver le chemin vers l’avenir. »
L’hérésie du Modernisme : une attaque contre la Tradition
L’une des plus grandes et des plus tragiques erreurs contre la Tradition de l’Église est le modernisme ou progressisme. S’il est vrai que le modernisme, comme école philosophique, a de nombreuses variations, du point de vue théologique et en relation avec la Tradition, la principale erreur du modernisme est de vouloir changer l’inchangeable de celle-ci. Ainsi, l’hérésie du modernisme défend la très grave erreur selon laquelle l’inchangeable et l’immuable de la Tradition, c’est-à-dire le dogme et la morale, peut changer avec le temps, le lieu ou les circonstances. Cette tragique erreur défend que, de même que les éléments qui changent dans la Tradition (discipline, liturgie, action pastorale) peuvent être changés, de la même façon peuvent aussi être changés les éléments inchangeables et immuables de celle-ci (dogme et morale), ou que ceux-ci s’adaptent selon le courant ou la mode de l’époque.
L’hérésie du modernisme cherche à rompre avec le passé irrompible de la Tradition et à changer ce qui, étant vérité éternelle, ne peut changer. En tentant de changer l’inchangeable de la Tradition — le dogme qu’il faut croire pour se sauver et la morale qui régit les actes, également pour le salut —, le modernisme attente à la base fondamentale du Dépôt de la Foi.
La très grave erreur moderniste est, à la différence du développement catholique du dogme qui laisse toujours intacte et sans contradiction l’essence et la substance du dogme, le changement contradictoire d’une doctrine ; l’hérésie moderniste cherche à changer la doctrine de signification et de substance, voulant faire erreur de ce qui est vérité et vérité de ce qui est erreur, et changer l’inchangeable de la Tradition selon le goût ou la mode d’une époque. L’erreur du modernisme a été condamnée de très nombreuses fois par le Magistère de l’Église, spécialement dans le Syllabus, par saint Pie X, Paul VI et par Jean-Paul II.
Ainsi parle saint Pie X de l’hérésie du modernisme dans Pascendi :
–Saint Pie X (Pascendi, 8 septembre 1907) : « À son tour, l’homme, en croyant, peut se trouver dans des conditions qui peuvent être très diverses. Par conséquent, les formules que nous appelons dogme se trouveront exposées aux mêmes vicissitudes et, par suite, sujettes à mutation. Ainsi la voie reste ouverte vers l’évolution intime du dogme. Amoncellement, en vérité, infini de sophismes, par lequel toute la religion se lézarde et se détruit ! Non seulement le dogme peut se développer et changer, mais il le doit ; telle est la thèse fondamentale des modernistes, laquelle, par ailleurs, découle de leurs principes. »
Le Pape Paul VI nous parle lui aussi de l’impossibilité d’appliquer l’hérésie moderniste dans l’Église et de changer l’inchangeable de la Tradition. Sans égard à la pression et au courant ou à la mode des temps, l’Église ne pourra jamais, par la promesse du Christ lui-même, changer l’inchangeable de la Tradition, c’est-à-dire le dogme et la morale qui composent le Dépôt de la Foi. Paul VI nous explique, le 19 janvier 1972, que l’Église ne pourra jamais changer ni muer l’élément immuable de la Tradition. Ainsi le Pape Paul VI explique que l’Église ne pourra jamais être victime de l’hérésie du modernisme :
–Pape Paul VI (19 janvier 1972) : « Ainsi, chers fils, et en affirmant cela, nous répudions ces erreurs qui étaient déjà en circulation dans le passé et qui circulent de nouveau à l’état sauvage dans la vie spirituelle de notre temps, et qui peuvent détruire notre compréhension chrétienne de la vie et de l’histoire. Le modernisme fut l’expression caractéristique de ces fausses doctrines ; lesquelles, sous d’autres noms, sont influentes aujourd’hui.
Nous pouvons comprendre aujourd’hui pourquoi l’Église catholique, maintenant comme dans le passé, attache tant d’importance à la stricte préservation de l’authentique révélation et la considère comme un trésor inviolable, et pourquoi Elle a une notion stricte de sa mission fondamentale de défendre la doctrine de la Foi et de la transmettre d’une manière non équivoque. L’orthodoxie est sa plus grande préoccupation, et l’office pastoral est sa plus importante et divine mission.
L’enseignement des Apôtres détermine en fait le canon de sa proclamation. Les instructions de l’Apôtre Paul, « Garde ce qui t’a été confié » (1 Tm 6,20 ; 2 Tm 1,14), lui présentent un devoir qu’il serait trahison de ne pas observer. L’Église comme Maîtresse n’invente pas sa doctrine ; Elle témoigne, préserve, transmet. C’est une affaire de la Vérité du message de l’Évangile que l’Église puisse se caractériser comme conservatrice et implacable. À ceux qui veulent induire l’Église à simplifier sa Foi et à la mouler au goût de l’esprit changeant de l’époque, elle répond par le « non possumus » (nous ne pouvons pas) des Apôtres. (Ac 4,20) »
Ainsi le modernisme, l’hérésie qui veut changer l’inchangeable de la Tradition et modifier l’essence et la substance des dogmes selon le courant ou la mode des époques, demeure l’une des plus graves erreurs contre la Tradition.
Jean-Paul II définit les erreurs contre la Sainte Tradition
Le Pape bienheureux Jean-Paul II a défini en 1988 les très graves erreurs qui attentent contre la Tradition. Dans une lettre au Préfet d’alors de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Joseph Ratzinger (aujourd’hui Pape Benoît XVI), le bienheureux Jean-Paul II a défini la très grave erreur du modernisme, c’est-à-dire vouloir changer l’inchangeable de la Tradition, et aussi la très grave erreur de l’intégrisme, c’est-à-dire ne pas comprendre que la Tradition embrasse plus que de seuls éléments inchangeables, mais aussi des éléments qui changent avec le temps, comme la liturgie, l’action pastorale et la discipline. Ainsi le bienheureux Jean-Paul II nous l’explique magistralement :
–Bienheureux Jean-Paul II (8 avril 1988) : « …les paroles par lesquelles le Christ promit aux Apôtres la venue de l’Esprit Saint ont pour nous une importance spéciale : « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet, afin qu’il demeure avec vous pour toujours, l’Esprit de vérité… que le Père enverra en mon nom, il vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. « (Jn 14,16-17.26.) En tous les temps et à tout moment, l’Église a été guidée par la foi dans les paroles de son Maître et Seigneur, dans la certitude que, avec l’aide et l’assistance de l’Esprit Saint, l’Église toujours demeurera dans la vérité divine, maintenant la succession apostolique avec les Évêques en communion avec le successeur de Pierre.
L’Église a aussi exprimé cette conviction de foi dans le dernier Concile qui s’est réuni pour confirmer et renforcer l’enseignement que l’Église a hérité de la Tradition, existant depuis près de vingt siècles comme une réalité vivante qui va avançant en relation avec les problèmes et les besoins de chaque époque, et approfondit notre compréhension de ce qui est déjà contenu dans la foi transmise une fois pour toutes (cf. Jude 3).
Nous sommes profondément convaincus que « l’Esprit de vérité qui parle à l’Église » (cf. Ap 2,7.11.17, et al.) a parlé — d’une manière particulièrement solennelle et autoritative — au deuxième Concile du Vatican, préparant l’Église à entrer dans le troisième millénaire après le Christ. Puisque le travail du Concile dans son ensemble est une confirmation de la même vérité, vécue par l’Église depuis le commencement, il est aussi un « renouvellement » de cette même vérité (un « aggiornamento », comme le dit la fameuse phrase du Pape Jean XXIII), afin de rapprocher la grande famille humaine dans le monde contemporain aussi bien de la manière d’enseigner la foi et la morale que des activités apostoliques et pastorales de l’Église.
Dans la période post-conciliaire, nous avons vu un grand effort de la part de l’Église pour s’assurer que ce novum constitué par le Vatican II pénétrât correctement l’esprit et la conduite des communautés individuelles du Peuple de Dieu. Cependant, à côté de cet effort, des tendances ont surgi qui ont créé une certaine difficulté à mettre le Concile en pratique.
L’une de ces tendances se caractérise par le désir de changements qui ne sont pas toujours en harmonie avec les enseignements et l’esprit du Vatican II, même si l’on prétend faire appel au Concile. Ces changements invoquent et expriment un progrès, c’est pourquoi l’on désigne cette tendance par le nom de « progressisme ». Le progrès, en ce cas, est une orientation vers un avenir qui rompt avec le passé, sans compter avec la fonction de la Tradition, qui est fondamentale pour la mission de l’Église, afin que celle-ci puisse continuer dans la vérité qui lui a été transmise par le Christ le Seigneur et par les Apôtres, et qui est diligemment gardée par le Magistère.
La tendance opposée, cependant, définie comme ‘conservatisme’ ou ‘intégrisme’, s’arrête au passé lui-même, sans tenir compte de la juste aspiration vers l’avenir telle qu’elle se manifeste proprement dans l’œuvre du Vatican II… Elle ne voit le juste que dans ce qui est « ancien », le retenant comme synonyme de tradition.
Cependant, ce n’est pas l’« ancien » en tant que tel, ni le « nouveau » par lui-même, qui correspondent au juste concept de tradition dans la vie de l’Église. Un tel concept, en effet, signifie la fidèle permanence de l’Église dans la vérité reçue de Dieu, à travers les changeantes vicissitudes de l’histoire. L’Église, comme ce père de famille de l’Évangile, tire avec sagesse ‘de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes’, demeurant absolument obéissante à l’Esprit de vérité que le Christ a donné à l’Église comme guide divin. Et l’Église accomplit cette délicate œuvre de discernement à travers le Magistère authentique. »
L’Intégrisme, erreur contre la Tradition au même titre que le Modernisme
De même que l’hérésie du modernisme veut changer les éléments inchangeables de la Tradition (le dépôt de la Foi), une autre très grave erreur contre la Tradition est l’intégrisme schismatique. Cet intégrisme peut se produire de deux manières : la première, quand la personne entend par Tradition le synonyme de dogme et de morale et ne se rend pas compte que la Tradition embrasse d’autres éléments en plus de ce dogme et de cette morale immuable. La seconde manière dont se produit l’intégrisme est quand la personne comprend que la Tradition se compose d’autres éléments en plus du dogme et de la morale et, par conséquent, reconnaît que la liturgie, la discipline et l’action pastorale sont une partie intégrante de la Tradition, mais la personne, également, ne reconnaît pas que ces autres éléments peuvent changer ou être modifiés selon le temps ou la circonstance.
L’intégrisme est une très grave erreur qui peut conduire à d’autres erreurs doctrinales, comme nier de facto l’infaillibilité et l’indéfectibilité promises par le Christ à son Église, et il peut même conduire à des schismes contraires à la Constitution Divine de l’Église telle qu’elle a été solennellement décrétée par Pastor Aeternus au premier Concile du Vatican. Ne pas comprendre que la Tradition contient d’autres éléments en plus du dogme et de la morale, ou ne pas reconnaître que ces autres éléments (action pastorale, discipline, liturgie) peuvent changer avec le temps, est l’erreur de l’intégrisme, laquelle constitue un grave attentat contre la Sainte Tradition.
Le Saint-Père Paul VI nous parle de la façon dont cet intégrisme schismatique peut conduire, au même titre que le modernisme, à de très graves erreurs concernant la compréhension de la Sainte Tradition. Ainsi le saint Père Paul VI nous parle de la très grave erreur de l’intégrisme et de la façon dont celle-ci conduit à une compréhension fausse et erronée de la Sainte Tradition :
–Pape Paul VI (11 octobre 1976, lettre à l’archevêque Lefebvre) : « Vous dites que vous êtes fidèle à l’Église et à la Tradition par le simple fait d’obéir à certaines normes du passé qui furent décrétées par le prédécesseur de celui à qui Dieu donne aujourd’hui les pouvoirs conférés à Pierre. Sur ce point aussi, le concept de Tradition que vous invoquez est erroné. La Tradition n’est pas une donnée fixe ou morte, un fait statique qui, d’une certaine manière, bloquerait, à un moment déterminé de l’histoire, la vie de cet organisme actif qu’est l’Église, le corps mystique du Christ.
Il appartient au pape et aux conciles de porter un jugement pour discerner, dans les traditions de l’Église, ce à quoi il n’est pas possible de renoncer sans infidélité au Seigneur et à l’Esprit Saint — le dépôt de la foi — et ce qui, au contraire, peut et doit être mis à jour, afin de faciliter la mission de l’Église à travers la variété des temps et des lieux, afin de traduire le message divin dans le langage humain d’aujourd’hui et de le communiquer mieux, sans compromis de principes, indubitablement. Ainsi la Tradition est inséparable du Magistère vivant de l’Église comme elle est inséparable des saintes écritures. Ainsi agissent les papes et les conciles œcuméniques, avec l’assistance spéciale de l’Esprit Saint.
Ce fut cela, précisément, que fit le Vatican II. Rien de ce qui fut décrété dans ce Concile, comme dans les réformes que Nous avons décidé de mener à bien, ne s’oppose à ce que la Tradition bimillénaire de l’Église considère comme fondamental et immuable. De tout cela Nous sommes les garants, en vertu, non de nos qualités personnelles, mais de la tâche que le Seigneur Nous a confiée comme successeur légitime de Pierre et de l’assistance spéciale qu’il Nous a promise, comme à Pierre : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. » (Lc 22,32). Avec Nous, l’épiscopat universel est garant de cela. De nouveau, vous ne pouvez distinguer ce qui est pastoral de ce qui est dogmatique pour accepter certains textes du concile et en rejeter d’autres. »
Le bienheureux Jean-Paul II nous avertit lui aussi de la très grave erreur théologique de l’intégrisme. Ne pas reconnaître que la Sainte Tradition a d’autres éléments en plus du dogme et de la morale, et que ces éléments (liturgie, action pastorale, discipline) peuvent et doivent changer avec les temps comme le décrète le Concile de Trente, est la très grave erreur et la mauvaise compréhension de la Tradition que nous appelons intégrisme. Cet intégrisme conduit à d’autres erreurs, comme le schisme, la négation de l’indéfectibilité et de l’infaillibilité de l’Église et une nouvelle version de l’erreur luthérienne de la libre interprétation, dans laquelle le schismatique donne sa propre interprétation à la Tradition, indépendamment et à part du Pape et de l’authentique Magistère. Ainsi le bienheureux Jean-Paul II nous dit en 1988 :
–Bienheureux Jean-Paul II (Motu Proprio Ecclesia Dei, 1988) : La racine de cet acte schismatique peut se discerner dans une notion imparfaite et contradictoire de la Tradition : imparfaite parce qu’elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition, qui … provient originairement des Apôtres, « progresse dans l’Église sous l’assistance de l’Esprit Saint ; c’est-à-dire qu’elle croît avec la compréhension des choses et des paroles transmises, quand les fidèles les contemplent et les étudient …quand les évêques, successeurs des Apôtres dans le charisme de la vérité, les proclament « . Mais c’est surtout une notion contradictoire de la Tradition qui s’oppose au Magistère universel de l’Église, lequel appartient à l’Évêque de Rome et au Collège des Évêques. Nul ne peut demeurer fidèle à la Tradition s’il rompt les liens et les attaches avec celui à qui le Christ lui-même, en la personne de l’Apôtre Pierre, a confié le ministère de l’unité en son Église. »
La Sainte Tradition Toujours présente dans le Magistère Authentique
Pour nous maintenir fidèles à la Sainte Tradition de l’Église, il ne reste que la voie de suivre le Magistère authentique de l’Église. Seul le Magistère authentique peut nous conduire sûrement par le chemin de la Sainte Tradition. Seul le Magistère a la divine promesse du Christ de ne jamais s’écarter du dépôt de la Foi, et ce fut au seul Magistère authentique que le Christ autorisa à prêcher la vérité. L’unique manière de demeurer fermes dans la Foi contre les erreurs du modernisme et de l’intégrisme est la persévérance dans une complète adhésion au Magistère de l’Église.
Sur l’absolue nécessité d’être unis au Vicaire du Christ nous avertit le grand Léon XIII dans son magistral Satis Cognitum de 1896 :
— Pape Léon XIII (Satis Cognitum, 1896) : « C’est pourquoi il est nécessaire de faire ici un avertissement important. Rien ne fut conféré aux apôtres indépendamment de Pierre ; beaucoup de choses furent conférées à Pierre isolément et indépendamment des apôtres…D’où l’on voit clairement que les évêques perdraient le droit et le pouvoir de gouverner s’ils se séparaient de Pierre ou de ses successeurs. Par cette séparation, ils s’arrachent eux-mêmes du fondement sur lequel doit s’appuyer tout l’édifice et se placent hors de l’édifice lui-même ; pour la même raison, ils sont exclus du troupeau que gouverne le Pasteur suprême et bannis du royaume dont Dieu a donné les clés à Pierre seul.
Ces considérations font comprendre le plan et le dessein de Dieu dans la constitution de la société chrétienne. Ce plan est le suivant : l’Auteur divin de l’Église, en décrétant de lui donner l’unité de la foi, de gouvernement et de communion, a choisi Pierre et ses successeurs pour établir en eux le principe et comme le centre de l’unité…De là aussi cette sentence du même saint Cyprien, selon laquelle l’hérésie et le schisme se produisent et naissent du fait de refuser au pouvoir suprême l’obéissance qui lui est due : « L’unique source d’où ont surgi les hérésies et d’où sont nés les schismes, est que l’on n’obéit pas au Pontife de Dieu, et que l’on ne veut pas reconnaître dans l’Église un seul Pontife et un seul juge, qui tient la place du Christ. » Nul, donc, ne peut avoir part à l’autorité s’il n’est uni à Pierre, car il serait absurde de prétendre qu’un homme exclu de l’Église pût avoir autorité dans l’Église. »
Pour être fidèles à la Sainte Tradition, demeurons unis avec une fermeté absolue au Vicaire du Christ dans l’humilité et l’obéissance. Tenons compte de la divine promesse du Christ de l’indéfectibilité de l’unique Église véritable et tenons compte des paroles du Concile de Trente sur la façon dont des éléments intègres de la Tradition, comme la liturgie, peuvent et doivent être changés selon le temps et les circonstances :
–Concile de Trente (Session 21) : Dans l’Église a toujours existé ce pouvoir que, dans l’administration des sacrements…elle peut modifier ou changer ce qu’elle juge le plus approprié pour le bénéfice de ceux qui les reçoivent ou pour le respect dû aux sacrements eux-mêmes, selon des circonstances variables, temps ou lieux. »
Amen.
Auteur : Courtoisie d’un lecteur