Processus de conversion.
Le pire ennemi de la vérité n’est pas le mensonge évident, mais ce qui ressemble le plus à la vérité !
Une fois de plus, l’ignorance
Lorsque j’ai rencontré pour la première fois les Témoins de Jéhovah, je n’avais que 17 ans. Bien que catholique de naissance, je n’avais jamais eu une Bible entre les mains, jusqu’à ce que je tombe sur les TJ. Ma connaissance des évangiles se limitait aux courtes histoires sur Jésus. C’étaient ces histoires que l’on entendait à la messe du dimanche ou que l’on lisait au catéchisme et qui commençaient presque toujours ainsi : « En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples… ».
Je fus très impressionné lorsqu’un TJ attira mon attention sur la date de 1914 qui, selon les prophéties bibliques, marquerait le début de la dernière génération avant la fin du monde. Non seulement les TJ avaient prédit cette date des dizaines d’années à l’avance, mais en plus, les événements survenus depuis 1914 (guerres mondiales, épidémies, famines, tremblements de terre ) semblaient leur donner raison.
Ce message m’a séduit, comme tant d’autres millions de personnes à travers le monde, et très vite je me suis mis à prêcher de maison en maison… et j’ai continué à le faire pendant 43 ans !
Des responsabilités toujours plus grandes
Au fil des années, mon zèle pour l’œuvre fut récompensé par des responsabilités toujours plus grandes. C’est ainsi que j’ai servi comme surveillant-président dans sept congrégations. J’ai contribué directement à la fondation de trois de ces congrégations grâce à mon activité à plein temps pendant 15 ans. Un jour, je reçus du siège central de Brooklyn, New York, ma nomination comme surveillant de district (une sorte d’inspecteur qui visite régulièrement une vingtaine de congrégations). En raison de mes fonctions, je passais parfois des semaines dans les filiales de la Société Watch Tower et j’en vins à avoir une connaissance très détaillée du fonctionnement de l’œuvre, en particulier des informations confidentielles. J’avais aussi des contacts personnels avec les membres du Collège central, pour lesquels je traduisais les discours lors de certaines assemblées. Étant comme eux un membre « oint », j’étais autorisé à prendre part au pain et au vin lors du Mémorial annuel. Je ne me souviens même plus des nombreux discours que j’ai donnés dans les congrégations, dans des assemblées de différents pays et jusque dans les grandes assemblées comme celles du Yankee Stadium de New York.
Avec le temps, j’ai fondé une famille et, avec mon épouse et nos cinq enfants, nous étions très souvent invités à participer au programme des assemblées régionales, nationales et internationales, où l’on nous présentait toujours comme une famille modèle. Mes trois filles aînées étaient pionnières permanentes et se sont mariées avec des pionniers permanents qui servent en outre comme anciens jusqu’à ce jour.
Bien que la Société Watch Tower recommandât de se limiter à la lecture de ses propres publications (ce que j’ai fait pendant de nombreuses années en lisant tous les livres de C.T. Russell, de J.F. Rutherford et de ce qui fut publié jusqu’en 1998), je me suis peu à peu constitué une bibliothèque contenant de nombreux ouvrages « du monde ». Grâce à cela, je me suis rendu compte que les dirigeants des TJ s’étaient trompés dans leurs prédictions et dans leurs explications de la Bible. Mais je cherchais des excuses à ces erreurs et je les attribuais à l’imperfection humaine…. jusqu’à l’année 1998 !
La génération de 1914
Rendant une nouvelle fois visite à un « intéressé » avec qui je conduisais une étude biblique pour qu’il devienne un disciple, je le trouvai très étrange. Il me dit qu’il était dans cet état parce qu’il avait vu une émission de télévision sur les TJ. Quand je lui demandai ce qui le préoccupait à ce sujet, il me proposa de regarder ensemble l’émission qu’il avait enregistrée. J’avais déjà vu beaucoup d’émissions contre les TJ (généralement si mal faites qu’au lieu de faire douter un TJ, elles le renforcent dans sa conviction). Mais ce que je vis et entendis ce jour-là chez l’« intéressé » était véritablement révélateur. L’argument se fondait sur un livre écrit par Raymond Franz, ancien membre du Collège central de Brooklyn. Son livre « Crise de conscience » révélait que les membres du Collège central savaient, au moins depuis 1978, que 1914 ne pouvait pas être la date de l’établissement du Royaume dans les cieux et que, par conséquent, la génération de 1914 était passée et qu’Armageddon n’était pas venu. Malgré l’évidence, cette date erronée continue d’être mentionnée régulièrement dans leurs publications.
Le service civil
J’ai aussi appris que, depuis plus de vingt ans, les dirigeants savaient qu’il n’y avait aucune raison biblique pour que les frères refusent le service civil en remplacement du service militaire. Une majorité des membres du Collège central était favorable à un changement, mais sans atteindre les 2/3 ; c’est pourquoi les jeunes Témoins continuèrent d’aller en prison jusqu’en 1996, date à laquelle La Tour de Garde communiqua enfin le changement de compréhension .
Je fus très surpris de tant d’insensibilité de la part d’hommes que nous considérions comme des « pasteurs ». Dans certains pays, les peines d’emprisonnement étaient de cinq ans, de trois ou d’un. J’en ai connu qui passèrent sept et même onze ans en prison à cause de leur refus d’effectuer le service civil de remplacement. Un jour, j’invitai chez moi l’un d’eux qui était enfin sorti de prison sans avoir cédé aux autorités. Il était désormais invalide. Il sursautait au moindre bruit et avait un regard terrorisé. J’admire le dévouement et le courage de son épouse, victime comme lui des conséquences d’un faux enseignement pour lequel aucun des dirigeants ne s’est jamais excusé dans la revue La Tour de Garde.
Bien au contraire, ils ont simplement écrit ce qu’ils écrivent toujours : « certains ont pensé que… » alors que la vérité est que « tous devaient penser que… » Si un Témoin acceptait d’effectuer le service civil de remplacement, il était considéré comme un exclu et il devait demander à être réintégré s’il voulait revenir dans l’organisation. (Que l’on sache, aucun de ces exclus n’a été réhabilité, bien qu’ils aient été traités injustement, car ils avaient agi en conformité avec la Bible ).
Les transfusions sanguines
Mais il y a des affaires pires que celle-là. Nous faisons référence à ceux qui refusent une transfusion sanguine en croyant que c’est la volonté de Dieu. Combien ont perdu la vie de cette manière ? Bien qu’il n’existe pas de chiffres publiés sur le nombre de TJ morts pour cette cause, le Dr Jerry Bergmann et David Reed sont arrivés à la conclusion qu’il en meurt entre 450 et 1150 chaque année ! Quand on pense que les transfusions sanguines sont interdites aux TJ depuis plus de 50 ans ! (Voir Blood Transfusion du Dr Jerry Bergman, Witness Inc., p. 3. (Le Dr Jerry Bergman est un expert auprès des tribunaux des États-Unis pour les questions relatives aux TJ. Il a écrit plus de 20 livres et plus de 400 articles dans des ouvrages spécialisés).
En lisant ces faits, beaucoup se demanderont : « pourquoi les TJ acceptent-ils cela ? ». C’est parce qu’ils croient que cette organisation est le « canal de Dieu sur la Terre ». Le Témoin qui n’accepte pas une croyance spécifique des TJ – par exemple que les Temps des Gentils se sont achevés en 1914, que le Royaume de Dieu a été établi dans les cieux et que la présence annoncée du Christ a commencé alors, ou que seuls 144 000 chrétiens iront au ciel – risque d’être exclu à tout moment. C’est la pire chose qui puisse leur arriver, car c’est quelque chose qui est considéré… pire que la mort ! (La Tour de Garde du 1.4.1986, p. 30-31)
Après avoir lu le livre de Raymond Franz qui m’a permis d’avoir pour la première fois accès à ce qui se passait dans les réunions secrètes des membres du Collège central, je me suis rendu compte que je me trouvais dans une secte dirigée par une dizaine d’hommes. Pendant les six mois suivants, j’ai vérifié minutieusement toutes les informations contenues dans ce livre avec l’aide de la Bible et, pour les questions de chronologie, avec l’aide d’encyclopédies. Il y a déjà environ cinq ans, j’ai démissionné de toutes mes fonctions parce que je n’en pouvais plus. Ma conscience m’empêchait de continuer à collaborer étroitement avec la Société Watch Tower jusqu’à arriver au moment présent où la goutte a fait déborder le vase.
Arrivé à ce point, je ne pouvais pas taire les faits que j’avais découverts. J’ai commencé à divulguer les preuves vérifiables et irréfutables qu’ils étaient dans l’erreur au sujet de 1914, qui avait été calculé sur une date fausse (607 av. n. è. au lieu de 587 av. n. è. pour la destruction de Jérusalem). Parmi tous ceux avec qui j’en ai discuté, un seul m’a trahi et m’a dénoncé aux anciens de la congrégation. Un comité judiciaire composé de trois anciens fut formé et l’on m’exclut. Quand on m’informa de cette décision, je fis aussitôt appel auprès de la filiale d’Allemagne. Voici la traduction de ma lettre d’appel :
Lettre d’appel
Karl Heinrich Geis
Friedrich Heene Str. 3
D-67061 LUDWIGSHAFEN
Wachtturm-Gesellschaft
Niederselters, Am Steinfels
D-65618 SELTERS
Le 9 septembre 1998
Objet : Appel contre l’exclusion pour cause d’apostasie.
Chers frères !
Je ne peux tout simplement pas croire que Jérusalem ait été détruite en 607 av. n. è. comme l’enseigne la Société Watch Tower. Je crois plutôt que cela s’est produit en 587 av. n. è., comme il ressort des preuves irréfutables fondées sur ce que la science reconnaît réellement et sur ce qui se trouve dans tous les livres d’histoire, dans toutes les encyclopédies et dans tous les ouvrages de référence. Ce qui fut vraiment décisif pour moi, c’est que la Parole de Dieu elle-même nous enseigne en Zacharie 7, 1-5 que, dans la quatrième année de Darius (518-517 av. n. è.), Jéhovah lui-même calcula que, depuis 70 ans, les Juifs jeûnaient chaque année depuis la destruction de Jérusalem. Puisque 517+70=587, il ne fait pas le moindre doute que la Bible indique 587 av. n. è. comme la date réelle de la destruction de Jérusalem. Pour moi, la question n’est donc pas :
· Si les déclarations de la Bible et de la science ne concordent pas, qui croiriez-vous ?
La question est plutôt :
· Si les déclarations de la Bible et ce que la science connaît réellement ne concordent pas avec ce que dit l’« Association des Témoins de Jéhovah », qui croiriez-vous ?
Comme j’ai clairement indiqué que je me suis décidé pour 587 av. n. è. comme date de la destruction de Jérusalem parce que la Bible et la science le montrent, c’est pour cela que l’on veut m’exclure de la congrégation des Témoins de Jéhovah, uniquement parce que je suis en désaccord avec l’enseignement de la Société Watch Tower. Cela ne vous rappelle-t-il pas l’histoire de Galilée et d’un certain tribunal ecclésiastique ?
Plus étonnant encore : l’accusation d’apostasie est la raison biblique invoquée par le comité judiciaire pour son jugement d’exclusion (ou d’excommunication). J’en appelle donc contre une telle sentence et je le justifie en attirant votre attention sur la fausse interprétation des faits et des textes bibliques appliqués.
1) 2 Jean 9-11 : « Quiconque va au-delà et ne demeure pas dans la doctrine du Christ ne possède point Dieu ; celui qui demeure dans cette doctrine possède le Père et le Fils. Si quelqu’un vient à vous et n’apporte point cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne lui dites pas : Salut ! Car celui qui lui dit : Salut ! participe à ses œuvres mauvaises ».
On m’accuse de ne pas « demeurer dans l’enseignement du Christ », sans me dire en quoi ni comment je serais « allé de l’avant » ! Ne serait-ce pas plutôt la Société Watch Tower qui est allée trop loin en calculant 1914 sur la base d’une date fausse comme celle de 607 et en prétendant que cette génération ne passerait pas avant que vienne la fin du monde ? Jésus n’a-t-il pas averti ses disciples en Luc 21, 8 en disant : « Prenez garde qu’on ne vous égare, car beaucoup viendront sous mon nom, en disant : “Le temps est proche.” “N’allez pas à leur suite” » ? Vous savez très bien que le deuxième volume des Études des Écritures écrit par Russell s’intitulait : « The Time is at Hand » (Le temps est proche) et que c’est précisément dans ce livre que se trouvent de nombreuses fausses prophéties, dont au moins sept sur l’année 1914 qui ne se sont pas réalisées.
Au cas où vous ne vous en souviendriez pas, je me permets un résumé des prédictions de la Société Watch Tower :
· Le commencement des « derniers jours » était en 1799, 1874, 1910, 1914.
· La fin des « derniers jours » était en 1914, 1925, 1975.
· Le temps de la parousie ou présence du Christ était en 1874, 1914, 1925.
· La Tour de Garde affirma que Jésus revint en 1874 et qu’il commença à régner en 1878.
· La résurrection des « oints » eut lieu en 1878, 1918.
· Armageddon devait commencer en 1874, 1914, 1920, 1925, vers 1975.
· Le temps de la résurrection d’Abraham, de David, etc., pour vivre sur la terre était pour 1925.
· La fin des 6000 ans de l’histoire humaine eut lieu en 1872 (plus tard, on la changea pour 1975).
En conséquence, n’est-ce pas plutôt la Société Watch Tower qui – une fois après l’autre – est allée de l’avant et n’est pas demeurée dans l’enseignement du Christ, qui a précisément dit : « Quant à ce jour et à cette heure, nul ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul » (Matthieu 24, 36) ? Suis-je vraiment un « apostat » parce que je ne peux plus croire aux choses que vous dites sur 1914 et parce que j’ai décidé de demeurer dans l’enseignement du Christ ?
2) 2 Timothée 2, 18 : « Ces [hommes] mêmes se sont écartés de la vérité, en disant que la résurrection a déjà eu lieu, et ils renversent la foi de quelques-uns. »
Le comité judiciaire m’a cité ce texte pour m’indiquer une preuve biblique selon laquelle j’aurais apostasié et me serais « écarté de la vérité ». Je voudrais vous faire remarquer que ce texte parle d’hommes qui disaient que la résurrection avait déjà eu lieu et que, à cause de cela, la foi de quelques-uns était renversée. N’est-ce pas la Société Watch Tower qui a enseigné que la résurrection des « oints » avait déjà eu lieu en 1878 ? Et n’est-ce pas elle aussi qui a renversé la foi de beaucoup quand elle a changé cette date en disant que la résurrection avait eu lieu en 1918 ? Ils ont d’abord affirmé que la résurrection avait eu lieu en 1878, chose qui s’est révélée absolument fausse ! À qui devons-nous appliquer ce verset de la deuxième à Timothée… à moi ou aux dirigeants des Témoins de Jéhovah ? Parlant de ceux qui font de telles affirmations sur la résurrection, ces dirigeants écrivent eux-mêmes dans La Tour de Garde : « Cependant, en ce qui concerne cet enseignement fondamental – ce qu’ils enseignaient quant au temps de la résurrection – l’apôtre Paul les qualifia à juste titre d’apostats, avec lesquels les chrétiens fidèles ne devaient pas avoir de compagnie ». (La Tour de Garde du 1er avril 1986, p. 31)
3) 1 Corinthiens 1, 10 : « Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à avoir tous un même langage ; qu’il n’y ait point de divisions parmi vous, mais soyez parfaitement unis dans un même esprit et dans une même pensée ».
Par ce texte, le comité judiciaire voulait me montrer que je cause des divisions si je ne dis pas la même chose que la Société Watch Tower. L’unité serait en danger ! Permettez-moi de vous rappeler, en toute modestie, que selon la Bible, ce n’est pas le point de vue ni l’enseignement de la Société Watch Tower qui est le lien d’union, mais bien plutôt « l’amour, qui est un lien d’union parfait » (Colossiens 3, 14). Même Russell, le Tower, reconnut :
« L’un des défauts que l’on commet généralement est la tentative de… vouloir amener tous les membres à penser de la même manière sur la signification de la Parole de l’Éternel… on ne devrait pas insister pour que tous en viennent à voir chaque détail comme le voit quelqu’un, ni même comme le voit la majorité. “Unité dans les choses essentielles ; amour dans celles qui ne le sont pas”, telle est la règle qu’il nous convient de suivre ». (Études des Écritures, « La Nouvelle Création », p. 353-355)
L’apôtre Paul, ainsi que d’autres rédacteurs bibliques, reconnaissait que les chrétiens pouvaient fort bien avoir une opinion différente sur certaines questions. Les raisons pouvaient en être des degrés différents de maturité ou de connaissance, ainsi que divers autres facteurs. Il écrivit :
Tel [homme] a la foi pour manger de tout, tandis que celui qui est faible mange des légumes. Que celui qui mange ne méprise pas celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange, car Dieu l’a accueilli avec faveur. Qui es-tu, toi qui juges le serviteur d’autrui ? S’il demeure debout ou s’il tombe, cela regarde son propre maître. En vérité, il sera maintenu debout, car Jéhovah peut le faire tenir debout. Tel [homme] juge un jour supérieur à un autre ; tel autre juge tous les jours pareils ; que chacun soit pleinement convaincu dans son propre esprit. Celui qui observe le jour l’observe pour Jéhovah. De même, celui qui mange, mange pour Jéhovah, car il rend grâces à Dieu ; et celui qui ne mange pas, ne mange pas pour Jéhovah, et pourtant il rend grâces à Dieu. (Romains 14, 2-6)
Paul ne voit ici aucune raison d’exclure un chrétien parce qu’il ne partage pas son point de vue !
Quand il est démontré que ses prophéties sont fausses, la Société dit toujours que c’étaient des dates sans importance. D’un côté, si la Société se trompe, cela n’a pas d’importance ; mais de l’autre, si un Témoin de Jéhovah ne croit pas en une date erronée comme celle de 607 av. n. è., cela, oui, c’est grave, au point qu’il est nécessaire de l’exclure ! Le frère F.W. Franz, notre président aujourd’hui décédé, n’a-t-il pas dit publiquement dans une assemblée, au sujet de la chronologie, qu’on pouvait l’accepter ou la rejeter ? (« …the chronology. You can accept it or reject it. » – voir The Watchtower du 15.10.1966, page 631). Le frère Franz fut-il donc exclu pour avoir invité publiquement les frères, devant de nombreux témoins, à rejeter la chronologie s’ils le voulaient ? Pas le moins du monde ! Alors… pourquoi le faire avec moi à présent ? Ne devrait-il pas exister une même loi pour le grand comme pour le petit ? La loi de Dieu ne disait-elle pas : « Vous ne commettrez pas d’injustice dans le jugement. Tu ne dois pas traiter avec partialité celui de condition humble et tu ne dois pas favoriser la personne d’un grand. C’est avec justice que tu dois juger ton prochain » ? (Lévitique 19, 15)
4) La Tour de Garde du 1.4.1986, p. 30-31 :
Finalement, les anciens du comité judiciaire trouvèrent la base pour m’exclure, mais pas dans la Bible. Ce fut dans un article où était posée la question : « Pourquoi les Témoins de Jéhovah ont-ils exclu (excommunié) certaines personnes qui professent encore croire en Dieu, en la Bible et en Jésus-Christ ? »
La réponse est celle-ci : « pour être accepté comme un associé approuvé des Témoins de Jéhovah, il est requis :
1. d’adhérer à l’ensemble des vérités bibliques,
2. y compris les croyances fondées sur les Écritures qui sont spécifiques aux Témoins
Comme par exemple, l’article cité dit :
« Que l’année 1914 marqua la fin des Temps des Gentils et l’établissement du Royaume de Dieu dans les cieux, ainsi que le temps de la présence prédite du Christ… »
Ainsi donc, (1.) la Parole de Dieu, et en plus (2.) les enseignements des hommes… mais c’est là ce que Jésus condamna catégoriquement en Marc 7, 9 et 13 en disant : « Habilement, vous mettez de côté le commandement de Dieu pour garder votre tradition » [Par exemple, Jésus a dit : “Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison.” Mais vous, vous dites : “1874, 1878, 1914, 1925, 1975”] et de cette manière vous annulez la Parole de Dieu par votre tradition que vous continuez à transmettre. Et le plus triste, c’est que vous faites beaucoup de choses semblables. »
Il est clair qu’il n’y a aucune raison biblique de m’exclure. L’enseignement qui provient des hommes, selon lequel le temps de la fin aurait commencé en 1914 et cette génération verrait la fin du monde, a déshonoré Dieu et Jésus-Christ en faisant que beaucoup de gens se moquent d’eux. C’est cette tradition humaine, héritée de Russell et que lui-même adopta de l’adventiste Barbour » [et que, soit dit en passant, je ne peux pas accepter], qui est le nœud de la question, la véritable raison de mon exclusion !
Pour tout ce qui précède, je considère que mon appel contre le jugement du comité judiciaire est suffisamment justifié. Je ne vois pas la nécessité de commenter ici tout le déroulement du procès judiciaire du 29.8.1998 devant le comité. Le samedi 5 septembre, deux anciens du comité judiciaire sont venus me rendre visite pour me demander si je m’étais repenti d’avoir dit que la Société Watch Tower induisait les gens en erreur avec la date de 607 av. n. è. et avec les affirmations relatives à 1914. Enfin, frères ! Comment vais-je me repentir si la Bible elle-même montre toutes les fausses prophéties de l’« Association des Témoins de Jéhovah » et si, en Deutéronome 18, 21-22, elle dit : « Comment connaîtrons-nous la parole que Jéhovah n’a pas dite ? Quand le prophète parlera au nom de Jéhovah et que la parole n’arrivera pas et ne se réalisera pas, c’est là la parole que Jéhovah n’a pas dite. C’est par présomption que le prophète l’a dite. Tu ne dois pas avoir peur de lui. »
On me demande de suivre la Société où qu’elle aille. Suis-je devenu un apostat parce que je choisis, au lieu de cela, de « suivre l’Agneau partout où il va » (Apocalypse 14, 4) ?
L’un des anciens, qui était prédisposé à témoigner contre moi, m’a dit dans une conversation privée qu’il suivrait la Société même si ELLE se trompait, parce que ce serait ELLE qui devrait rendre des comptes. J’ai alors attiré son attention sur le fait qu’au procès de Nuremberg, ce fut exactement l’argumentation que présentèrent pour leur défense ceux qui « ne faisaient qu’obéir aux ordres ». Après un long silence, il m’a dit : « Oui, tu as raison, chacun de nous devra rendre des comptes pour lui-même ». Dans ce cas, chacun doit aussi vérifier par lui-même, et c’est exactement ce que j’ai fait ; c’est pourquoi je doute maintenant de la véracité de l’enseignement sur 1914 fondé sur 607 av. n. è. (1 Thess 5, 21). Ne serait-il pas plus correct que les anciens du comité suivent le conseil biblique : « Continuez aussi à faire miséricorde à quelques-uns qui ont des doutes ; sauvez-les en les arrachant du feu » (Jude 22-23), au lieu d’être strictement dogmatiques ? Personnellement, je n’ai pas de doutes au sujet de la Bible, mais au sujet des enseignements humains ! L’un des anciens du comité judiciaire m’a dit [en présence des deux autres] : « Tu sais que nous aussi, nous avons des doutes ». Comment est-il possible que des juges qui ont eux aussi des doutes excluent quelqu’un qui a des doutes ?
Ce que l’on m’a demandé, c’est d’être hypocrite. Si je me tais, il ne se passe rien. Mais, tout comme les apôtres devant le Sanhédrin, j’ai dit à ces anciens du comité judiciaire : « Jugez s’il est juste, devant Dieu, de vous écouter plutôt que Dieu. Quant à nous, nous ne pouvons pas ne pas parler des choses que nous avons vues et entendues… Il faut obéir à Dieu, comme chef, plutôt qu’aux hommes » (Actes 4, 19-20 ; 5, 29).
La Tour de Garde du 15 juin 1974, p. 355, sous le thème « Peut-on être fidèle à Dieu tout en dissimulant la réalité ? », décrit parfaitement la situation dans laquelle je me trouve :
« Peut-on être fidèle à Dieu tout en dissimulant la réalité ? Quels sont les résultats quand aucune opposition ni aucun défi n’est présenté à un mensonge ? Le silence n’aide-t-il pas à faire passer le mensonge pour la vérité, à lui laisser plus de champ libre pour influencer beaucoup de gens, de sorte qu’ils subissent peut-être un tort sérieux ?… Cela ne ressemble-t-il pas à cacher une infection sans faire aucun effort pour la guérir et l’empêcher de s’étendre ? Quand certains sont en grand danger du fait d’une source dont ils ne se méfient pas, ou sont égarés par des personnes qu’ils considèrent comme leurs amis, est-ce un manque de bonté que de les en avertir ? Peut-être ces personnes préféreront-elles ne pas croire l’avertissement. Peut-être même s’en offusqueront-elles. Mais cela libère-t-il quelqu’un de la responsabilité morale de donner cet avertissement ?… Jésus connaissait la position élevée de confiance dont jouissaient ces chefs religieux aux yeux du peuple. Cela l’a-t-il amené à se taire et à ne pas avertir les autres ? Non, mais il les a démasqués énergiquement et publiquement comme des personnes qui avaient trahi Dieu et l’homme, comme des amateurs de popularité et de louange… Bien que ces hommes aient comploté de façon sanguinaire la mort de Jésus, sa fidélité à Dieu l’a poussé à faire connaître la vérité pour le bien de tous ceux qui aimaient la justice. Ses apôtres ont suivi la même conduite fidèle et n’ont pas permis qu’on les bâillonne… Ne sommes-nous pas confrontés à des conditions similaires à notre époque ?… Croyez-vous qu’aucune opposition ni aucun défi ne doit être présenté aux mensonges ? Alors, que dire des faussetés qui se disent au sujet de Dieu, des représentations faussées de ses desseins annoncés ?… Peut-être conviendrez-vous que la méchanceté devrait être clairement mise à découvert comme telle. Mais qu’en est-il si ce sont des personnes religieuses qui commettent de mauvais actes, peut-être des personnes de votre propre Église ? Votre fidélité à Dieu vous fera-t-elle prendre la parole en faveur de ce qui est juste ? » (La Tour de Garde de 1974, 15/6, p. 355-357)
De même que ni Jésus ni ses apôtres ne purent se taire, moi non plus je ne peux pas garder le silence ! « Suis-je donc devenu votre ennemi parce que je vous dis la vérité ? » (Galates 4, 16)
L’affaire est entre vos mains. Je sais que les anciens du comité judiciaire ne feront rien sans vos instructions. Quoi que vous décidiez, souvenez-vous que Jésus a prédit ces situations :
« Ils vous excluront… En fait, l’heure vient où quiconque vous tuera [par exemple en ruinant la réputation d’un croyant en le traitant d’apostat] s’imaginera avoir rendu un service sacré à Dieu » (Jean 16, 2 ). En ce qui me concerne, je me confie entièrement dans le Père, sachant que les paroles suivantes de son Fils se réaliseront : « ne les craignez pas, car il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni rien de secret qui ne doive être connu » (Matthieu 10, 26).
Que la bonté imméritée et la sagesse de notre Seigneur Jésus-Christ soient avec l’esprit que vous manifesterez.
Signé : K. H. Geis
Une copie est envoyée au Comité judiciaire
Et maintenant ?
Je n’ai jamais reçu de réponse à ma lettre adressée à la Wachtturm-Gesellschaft (Société WT d’Allemagne), et cela bien que, pendant 43 ans, j’aie donné le meilleur de moi-même en soutenant loyalement une organisation que je croyais être la seule vraie religion.
Un comité judiciaire d’appel se constitua le 21 septembre 1998 et je dus affronter six juges (à huis clos et sans avocat, comme c’est la coutume chez les TJ). Les points traités dans ma lettre d’appel furent ignorés et, après plusieurs tentatives de prouver les faits mentionnés dans ma lettre à l’aide des publications de la Société Watch Tower, et ne pouvant obtenir la parole pour me défendre, je n’eus d’autre choix que de ramasser calmement mes Tour de Garde et ma Bible et, puisque à ce moment-là tous mes juges se taisaient, je leur dis, la tête haute et en les regardant tous : « Quand Jésus comparut devant le Sanhédrin, il était prisonnier. En ce qui me concerne, je ne peux pas rester parmi vous parce que vous ne me laissez même pas présenter ma défense. À la différence de Jésus, je ne suis ni ligoté ni prisonnier, et c’est pourquoi je vais vous quitter, vous, mais pas la congrégation des frères et sœurs que j’aime tant ». Le verdict initial d’exclusion fut confirmé par ces juges. Je l’appris le 24 octobre par l’intermédiaire d’un autre TJ, qui s’étonna que je ne sois pas au courant.
À présent, je suis heureux de ne plus suivre une dizaine d’hommes, mais le Bon Pasteur Jésus-Christ. Chaque année, des dizaines de milliers de Témoins abandonnent l’organisation . Je sais maintenant où va un bon nombre d’entre eux depuis que je suis entré en contact avec quelques-uns : ils sont désormais des Témoins de Jésus, qui les conduit au Père, tout comme moi.
Je fais la connaissance d’un grand nombre de chrétiens dont la foi et l’authenticité ne peuvent être mises en doute. Ces gens sont considérés par les TJ comme des antichrists pris au piège de la « grande prostituée, Babylone la Grande », digne de la destruction à Armageddon. Certains de ces chrétiens sont devenus pour moi de véritables amis et je suis heureux d’être considéré de la même manière par eux. Je conserve un profond amour fraternel pour mes anciens compagnons Témoins, bien que beaucoup d’entre eux, trompés et aveuglés, me lapideraient comme « apostat » s’ils le pouvaient. Le jour où ils se rendront compte qu’ils croient à de nombreuses fables, peut-être rencontreront-ils le Bon Pasteur qui les consolera et les conduira vers le Père, et ils seront enfin heureux, comme tant d’autres, d’une éternité où personne ne les égarera ni ne les exploitera. Ils verront la réalité des paroles de Jésus en Jean 8, 31-32 : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres ». Quant à moi, je ne crois pas que mes décennies passées parmi les TJ aient été du temps perdu. J’ai vécu une expérience unique qui me permet, à présent, de pouvoir aider les victimes des sectes et qui me servira de leçon pour l’éternité. Une leçon que je n’oublierai pas :
Le pire ennemi de la vérité n’est pas le mensonge évident, mais ce qui ressemble le plus à la vérité !
30-09-99
Auteur : K. H. Geis