Pourquoi l’Église catholique possède-t-elle des images si l’Ancien Testament semble les interdire (Ex 20,4-5; Dt 4,15-16; 7,25-26; 2 R 18,4; Ps 135,15-18)?

La racine hébraïque pour « adorer » est « hawah »; en hébreu cette racine signifie « adorer », tandis qu’en araméen elle désigne « raconter », « informer ». En grec, elle est toujours traduite par προσκυνέω (proskyneo).

Adorer Dieu: Gn 22,5; 24,48; 37,10; Ex 4,31; 33,10; Dt 26,10; 1 S 1,3.19; 15,25.30; 2 S 15,32; 2 R 17,36; 18,22; 32,12; 2 Ch 7,3.22; 20,18; 29,28.29.30; Is 2,10; 27,13; 36,7; 49,7.23; 66,23; Jr 1,16; 7,2; 26,2; 22,9; Ez 46,2.3.9; Za 14,16.17; Ps 5,8; 22,27.29; 29,2; 66,4; 86,9; 95,6; 96,9; Ne 8,6; 9,3.6.

Se prosterner devant Absalom: 1 S 2,36.

Adorer Dieu et rendre hommage au roi: 1 Ch 29,20.

Adorer les idoles, le soleil ou d’autres dieux: Ex 32,8; Lv 26,1; 1 R 9,6.9; 11,33 (sans correspondance grecque); 2 R 5,18; 17,16.35; 19,37; Jg 2,12.13 (dans ce cas le grec emploie λατρεύω = latreuo). 17; Is 2,20; 37,38; 46,6; Ez 8,16; Jr 25,6; 2 Ch 7,19; Is 2,20.

La racine araméenne pour adorer est « segid »; cette racine existe aussi en hébreu avec le même sens et figure traduite en grec par proskyneo: Is 44,15.17.19; 46,6 (adorer des idoles).

Adorer Dieu; refuser l’adoration d’autres dieux ou des idoles: Dn 3,12.15; cela se traduit par latreuo. Adorer des idoles: Dn 3,5.6.7.10.11.14.18; cela se traduit en grec par proskyneo.

Dans d’autres passages apparaissent ensemble les deux racines, « segid » et « hawah »: Is 44,15, où hawah correspond à proskyneo, tandis que segid ne semble pas avoir d’équivalent; Is 44,17: segid est traduit par proskyneo, tandis qu’à hawah correspond le verbe proseuchomai.

Comme on l’aura observé à partir des diverses citations précédentes, en quelque trois occasions les verbes hébreu et araméen segid et hawah sont traduits par latreuo.

Il y a d’autres verbes qui surprennent par leurs divers contextes. La gloire est un attribut divin (doxa), et nous trouvons le verbe doxazo avec le sens d’honorer l’homme en Esther 6,6.7.9.11. Le verbe sebomai apparaît dans la LXX en Is 29,13; Jos 4,24; 24,33 dans le contexte de « vénérer Dieu »; le livre de la Sagesse l’emploie pour les idoles en 15,18.

Une étude attentive de l’emploi des diverses racines montre qu’il n’y a pas, dans les écrits anciens, de distinction claire entre adorer et vénérer.

La forme de culte rendu au Christ et aux saints dans les cimetières est l’une des plus anciennes dévotions; mais ce n’est pas tout: dans les catacombes de Rome, il est fréquent de trouver des représentations du Christ comme « Bon Pasteur » et comme « poisson »; en Galilée aussi, il existe d’anciens mosaïques représentant le miracle de la multiplication des pains et des poissons. Ce culte s’est universalisé vers l’époque de Constantin.

Cependant, au IVe siècle, le concile régional d’Elvire interdisait la décoration des églises par des peintures, mais cette décision ne s’est pas universalisée; la cause résidait dans le contraste entre les mystères de la foi et les faibles créations humaines. Eusèbe de Césarée considérait lui aussi impossible la représentation de l’humanité glorieuse du Christ. De même, les monophysites étaient ennemis de telles représentations.

En 599, Serenus de Marseille mena le premier cas de destruction des images dans son diocèse, ce qui provoqua la réaction de saint Grégoire le Grand. Cette polémique s’accrut en 727, lorsque l’empereur Léon III fit abattre une figure du Christ dans les palais impériaux. Le peuple réagit et donna la mort à plusieurs officiers.

S’ensuivirent plusieurs répressions impériales sous Léon III et Constantin Copronyme. Le calme revint lorsque l’impératrice Irène occupa le trône. Le IIe concile de Nicée confirma la légitimité du culte à la session VII.

Le IVe concile de Constantinople semble employer la même racine « proskyneo » pour l’adoration de l’image du Christ Sauveur, de la Vierge Mère de Dieu, des anges et des saints.

Ainsi, plus qu’une tentative manquée de la théologie, c’est son mérite d’avoir peu à peu mieux compris la donnée afin de clarifier les termes; et, plus que de la théologie, le mérite revient au magistère ecclésiastique.

Il ne faut pas oublier que le concile d’Elvire n’eut pas de valeur universelle concernant les images. Dans ce concile, le verbe grec employé pour « adorer » est le même que pour « vénérer »: « proskyneo » (προσκυνέω).

Le dictionnaire de la langue grecque de Montanari, l’un des plus complets publiés récemment, énumère les acceptions suivantes pour ce verbe: (1) saluer avec affection, embrasser; (2) adorer, vénérer; (3) se prosterner, considérer avec respect ou vénération; (4) conjurer, chercher à apaiser en suppliant; etc.

Il est donc clair qu’un même verbe grec — celui qu’a employé Constantinople IV — sert à adorer et à vénérer.

Quant au Nouveau Testament, il y a quatre acceptions:

· Ce verbe indique le culte dû à Dieu (Mt 4,10; Lc 4,8; Jn 4,21; 1 Co 14,25; Ap 4,10; He 11,21…).

· Adorer le Christ, prophète, Messie et Dieu (Mt 2,2; 8,1; Lc 24,52; He 1,6…).

· Vénérer quelqu’un par un acte d’humble prosternation (Ac 10,25; Ap 19,10; 22,8).

· Adorer le diable, la bête, le dragon et leurs représentations (Mt 4,9; Lc 4,7; Ap 9,20; 13,4.8).

Le IVe concile de Constantinople, bien qu’il fasse usage de proskyneo pour l’adoration de l’image du Christ, de la Vierge, des anges et des saints, établit une distinction claire et subtile entre les quatre.

Dans le cas du Christ, il est dit que cette adoration est semblable à l’adoration des Évangiles, et cela n’est pas dit de la Vierge, des anges ni des saints; d’autre part, dans le cas du Christ, le verbe proskyneo est employé dans un sens fort, absolu, de « vénérer ».

Dans les trois autres cas, on recourt à deux verbes et non seulement à « adorer »; il est dit: « nous honorons et adorons ». C’est ce qu’on appelle une « hendiadys »: cet honorer et adorer, on l’appelle aujourd’hui « vénérer ».

La gradation de ces quatre groupes n’est pas non plus fortuite: le culte réservé à Marie est privilégié par rapport aux deux autres; c’est pourquoi elle figure avant eux, et le concile en donne la raison: elle est Mère de Dieu, ce que ne sont ni les anges ni les saints.

Pour l’année 869-870, il n’existait pas de terminologie claire ou nette pour désigner le culte réservé à la Vierge et aux saints (une certaine distinction avait été établie par le IIe concile de Nicée, mais elle n’avait pas été bien comprise à cause d’une mauvaise traduction, à quoi s’ajoutaient les rivalités entre les deux empires romains d’Orient et d’Occident); c’est pourquoi le verbe « vénérer » ne figure pas. En grec, vénérer se disait aussi « proskyneo », comme l’a signalé le dictionnaire de Montanari.

Au long des siècles, l’Église a précisé cette terminologie, de sorte qu’aujourd’hui le Catéchisme établit une distinction claire entre adorer et vénérer. Quelque chose de semblable s’est produit avec le terme « personne ». Avant Chalcédoine, il n’y avait pas de distinction claire entre « personne » et « nature ». Ce fut le mérite de Chalcédoine de préciser le concept de personne.

Passons maintenant aux citations vétérotestamentaires que nos frères séparés nous présentent pour dire que les catholiques commettent des actes d’idolâtrie lorsqu’ils vénèrent les images sacrées.

Il semble souvent qu’avec cette manière de citer l’Ancien Testament, on oublie que le Nouveau Testament aide à comprendre l’Ancien (cf. 2 Co 2,14) et que l’Ancien donne une base au Nouveau, comme s’il n’y avait pas de distinction entre les deux. En réalité, dans l’Ancien Testament nous trouvons une sorte d’esquisse du plan du salut.

La révélation a eu un caractère progressif jusqu’à son accomplissement définitif dans le Christ (He 1,1-2). À cette lumière, il ne semble pas être une bonne méthode de faire dire à la Bible ce que je veux, comme appui de mes goûts personnels, retranchés derrière le nom de « libre examen ». Il faut plutôt la lire à la lumière de l’Esprit dans lequel elle a été écrite.

La raison pour laquelle il n’était pas donné place aux images dans l’Ancien Testament tenait au danger que le peuple tombe dans l’idolâtrie. De fait, les prophètes ne cessaient jamais de fustiger cette coutume, qui consistait surtout en représentations de Dieu tirées du règne animal. Cette inclination s’expliquait par le fait qu’Israël vivait au milieu de nations idolâtres.

Le premier commandement du Décalogue interdisait de faire une image taillée de quelque figure que ce soit (Ex 20,3), ce qui doit être compris non pas en un sens absolu, mais dans son contexte: ne pas rendre un culte aux fausses divinités que les Juifs avaient pu voir en Égypte.

La représentation de Dieu dans une image équivalait, pour la mentalité de ce temps-là, à attribuer à Dieu une forme arbitraire selon le goût de l’homme — une chose ou un être animé —, en négligeant sa dimension transcendante (Dt 4,15-16.28). Au temps des Maccabées, on recommença à appliquer le Décalogue à la lettre.

Flavius Josèphe raconte comment le peuple réagit devant la pose d’un aigle d’or à l’entrée principale du temple, et l’indignation que ressentirent les Juifs lorsqu’ils virent que les enseignes de l’armée romaine à Jérusalem portaient des images de César.

Bien plus, le nom de Dieu ne pouvait pas être prononcé; l’homme ne pouvait pas regarder Dieu, pas même Moïse ne put le faire (il réussit seulement à voir son dos, comme l’enseigne Ex 33,18-20, texte qui corrige Ex 24,9-11 et Dt 34,10, et que confirme Jn 1,18).

S’il est vrai que le Christ nous révèle le visage de Dieu (Jn 6,46), avec lui s’inaugure une ère nouvelle, parce qu’il nous a appris à appeler Dieu « Père » en toute légitimité.

C’est donc à juste titre que saint Jean dira dans sa première lettre: « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie — car la vie s’est manifestée, nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée —, ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous; et notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Nous vous écrivons ces choses afin que votre joie soit parfaite » (1 Jn 1,1-4).

Jean parle de toucher, de voir, de contempler, de palper… en relation avec le Verbe de vie, le Christ Jésus. C’est pourquoi la représentation de son visage, de sa croix, de ses souffrances est licite: Dieu, invisible par nature, s’est rendu visible, au point de se laisser contempler, toucher, palper. L’incarnation a inauguré une nouvelle « économie des images » (NC 1159).

Le livre de l’Apocalypse montre une aversion viscérale pour toute forme de paganisme: magie (Ap 9,21; 18,23; 21,8; 22,15), nicolaïsme (Ap 2,6.15), blasphèmes contre Dieu (Ap 2,9; 13,6); adoration des anges (Ap 19,10; 22,9); des idoles (21,8; 22,15); du démon (Ap 13,4-6).

Semble-t-il se contredire lorsqu’il recourt aux comparaisons avec les pierres précieuses pour décrire celui qui siège sur le trône (Ap 4,3), lorsqu’il offre diverses représentations — thériomorphes ou non — du Christ (Lion de la tribu de Juda, racine de David, Agneau debout comme immolé, Ap 5,6); lorsqu’il nous présente Marie transcendante en Ap 12,1-2; lorsqu’il présente les quatre « Vivants » et les 24 anciens, qui tiennent des coupes contenant les prières des saints devant le trône de Dieu? Le culte de l’Église envers les images va dans cette ligne.

Si les représentations anciennes de dieux païens abondent dans de nombreuses villes, ce n’est pas parce qu’aujourd’hui on y accomplit des actes d’idolâtrie, mais parce que ce sont des œuvres d’art. Et les œuvres d’art ont une portée universelle, aussi bien pour les hommes qui nous ont précédés que pour ceux d’aujourd’hui et ceux qui viendront demain. Une fois encore, si les termes ne sont pas clairs dans l’Écriture, c’est le mérite de l’Église d’avoir établi la distinction entre adorer et vénérer.

Aux Ier-IIe siècles du christianisme, on trouve les représentations religieuses suivantes:

a. Mystères de la foi chrétienne, vertus, représentations du Christ: l’agneau, la colombe, le poisson, l’ancre.
b. Paraboles ou allégories: vigne, Bon Pasteur, vierges sages et folles.
c. Personnages de l’Ancien Testament: Noé, Daniel, Jonas, Moïse.
d. Images du Christ, de la Vierge et des saints.

Aux IIIe-IVe siècles:

a. Apparaissent des peintures de stuc sur les murs ou comme fond de verres et de médailles.
b. Scènes de la vie du Christ et de l’histoire de l’Église.
c. Scènes de la vie du Christ dans les cimetières: Moïse frappant le rocher, le pêcheur retirant le poisson de l’eau, le Baptême du Christ dans le Jourdain, le sacrifice eucharistique, l’appel des Douze.

Certains Pères et écrivains ecclésiastiques témoignent de quelques-unes de ces représentations: Irénée (Adv. Haer., I, 25), Lampride (Alex. Sev., 29), Tertullien (De pudicitia, VII, 10).

Avec la paix de Constantin, la vénération de la croix comme étendard chrétien ou « labarum » prend un nouveau relief. De cette période datent les mosaïques de Rome et de Ravenne qui représentent le Christ, la Vierge et les saints, comme on peut le constater dans le mausolée de Sainte-Constance de Rome (édifice le plus ancien du IVe siècle), dans l’abside de Sainte-Pudentienne qui représente le Christ, Pierre et Paul, ainsi que dans le grand arc de Sainte-Marie-Majeure du milieu du Ve siècle, qui représente Jésus porté par sa Mère aux côtés d’Anne et de Siméon.

De la même période, on trouve à Sainte-Sabine une préfiguration de l’« Ecclesia ex circumcisione » et de l’« Ecclesia ex gentibus ». À Ravenne, Sainte-Agathe contient une mosaïque du Christ avec deux anges; dans le mausolée de Galla Placidia (année 424) figurent le Bon Pasteur, saint Laurent et les apôtres.

Les catacombes sont une évolution des hypogées romains auxquels furent ajoutés des couloirs. Au début, elles étaient privées, mais elles se diffusèrent avec la pratique de l’inhumation chez les païens, les Juifs et les chrétiens. Cela explique qu’à côté de préfigurations païennes se trouvent des thèmes chrétiens.

Les complexes sont appelés « columbariums » puis se transformèrent en lieux d’inhumation. Ces lieux servirent de cimetière jusqu’au VIe siècle, puis devinrent des lieux de dévotion. À partir du IIIe siècle, on commença à y célébrer les diverses commémorations des fidèles défunts.

À partir du IVe siècle, on y adossa des escaliers et des autels, et l’on y transporta davantage de reliques de saints. Vers le VIIIe siècle, les catacombes tombèrent dans l’oubli.

Des 67 catacombes aujourd’hui connues, De Rossi en découvrit environ 26 en 1849, bien qu’au XVIe siècle Antonio Bosio eût donné le départ aux découvertes archéologiques. Les plus célèbres sont celles de Commodilla, Priscille, Calixte et Sébastien. Il s’agit de très vastes complexes funéraires.

Le secteur le plus ancien de Saint-Calixte est celui des cryptes de Lucine, sur la voie Appienne, qui remonte au IIe siècle. Là furent ensevelis au moins 4 des 14 papes: Pontien, Antère, Fabien, Eutychien. De Rossi reconnut les figures du Christ, de sainte Cécile et du pape Urbain dans les fresques byzantines de la crypte de sainte Cécile. Il y a là une niche avec une copie de la statue de sainte Cécile, œuvre de Maderno (l’original est au Trastevere).

Non loin de là se trouvent cinq chambres sépulcrales avec des représentations de la résurrection, des sacrements du baptême et de l’Eucharistie. Ce sont des décorations du IIIe siècle.

Les préfigurations chrétiennes les plus communes y sont: le Bon Pasteur, les deux premières lettres du mot Christ, un homme en prière, le poisson, le cerf qui lutte contre le serpent comme symbole du catéchumène, et les premières lettres de « martyr ».

Dans la ville de Rome se trouvent trois colonnes célèbres: la colonne Trajane, dont Sixte V remplaça la statue par une autre de saint Pierre, œuvre de Giacomo della Porta; cela eut lieu le 4 décembre 1587. Deux ans plus tard, le même pape ordonna de placer une statue de saint Paul sur la colonne de Marc Aurèle, Piazza Colonna: au Moyen Âge avait disparu la statue de cet empereur, sculptée entre 180 et 193 pour commémorer ses victoires sur les Marcomans, les Quades et les Sarmates.

Personne n’accomplit devant ces colonnes des actes idolâtriques. Sur la place d’Espagne à Rome, il y a aussi une ancienne colonne avec une statue de bronze de l’Immaculée; à ses pieds se trouvent des effigies de Moïse, Isaïe, Ézéchiel et David. Cette œuvre fut érigée par Luigi Poletti deux ans après la proclamation du dogme (1854) par Pie IX. Chaque année, le 8 décembre, le Pape se rend à ce lieu, dépose aux pieds de l’image de la Mère de Dieu un bouquet de fleurs et adresse un discours aux personnes présentes.

Saint Grégoire de Nazianze parle d’une image de saint Polémon qui convertit une pécheresse (Carm. I,1; sec. II, v. 800); on doute encore si le discours exhortant les peintres à être de bons maîtres dans leur art chrétien est de saint Basile ou de saint Éphrem (PG xxxi, col. 489).

Saint Grégoire de Nysse, suivant les traces des descriptions de saint Éphrem, décrit les peintures religieuses qu’il a vues dans l’oratoire de sainte Euphémie, à Chalcédoine (PG xl, col. 333-337); lui-même parle d’avoir vu des représentations du sacrifice d’Isaac et des mosaïques avec divers thèmes religieux (PG xlvi, col. 737).

Saint Nil reproche à Olympiodore d’avoir voulu peindre dans une basilique des scènes de chasse et de pêche, et l’exhorte à choisir pour sa décoration des thèmes bibliques qui instruisent les fidèles (PG lxxix, col. 577).

Saint Jérôme parle d’images des apôtres peintes sur des vases sacrés (In Ion. IV,6).

Saint Augustin indique la coutume de représenter en beaucoup de lieux saint Pierre et saint Paul auprès de Notre Seigneur (PL xxxiv, col. 1049); il parle aussi d’une peinture qu’il a vue de saint Étienne mourant lapidé, tandis que saint Paul garde les vêtements de ceux qui le lapident (PL xxxviii, col. 1434).

Dans le « Contra Faustum », il parle d’une peinture représentant le sacrifice d’Abraham (PL xlii, col. 446). Quant à l’avertissement de saint Augustin que vous relevez: d’abord, il ne convient peut-être pas de dire qu’il corrige Thomas d’Aquin, puisqu’il lui est bien postérieur. D’autre part, ses paroles doivent être pesées dans leur propre contexte: il met en garde contre l’adoration de fausses divinités. De là son insistance sur leur valeur représentative. En ce sens, il demeure dans ce que l’Église a toujours enseigné.

Prudence parle des peintures représentant le martyre de saint Cassien (PL lx, col. 433-435).
Saint Paulin de Nole et Sulpice Sévère décorent d’images religieuses les basiliques qu’ils ont construites; il s’agit de scènes vétérotestamentaires (PL lxi, col. 660).

Le culte réservé aux images n’est pas un culte d’adoration, mais de vénération: jamais l’Église n’a pensé que les images ou représentations des saints soient des dieux.

En même temps, dans la Bible figurent diverses représentations: Moïse lui-même, sur l’ordre de Dieu, fait placer deux chérubins d’or sur l’arche de l’alliance (Ex 25,18), et il éleva un serpent de bronze comme signe de salut pour ceux qui souffriraient des morsures des serpents, châtiment du peuple à cause de ses murmures (Nb 21,3): plus tard, Ézéchias fit détruire le serpent de bronze, parce que les Juifs brûlaient de l’encens devant lui (2 R 18,4). Il ne faut pas oublier non plus l’image de bois recouverte de métal, qui représentait Dieu: la mère de Michée la fit faire (Jg 17,4-5).

Les Danites s’en emparèrent, firent un sanctuaire et lui rendirent un culte (Jg 18,30-31); de même, le temple de Salomon comportait diverses décorations de chérubins, taureaux, bœufs, lions, palmiers et boutons de fleurs (1 R 6,23-35; 7,25-51); il ne faut pas oublier non plus que les Juifs avaient des chandeliers (Za 4,2). Zacharie, dans sa vision du chapitre 4, rencontre deux oliviers que Dieu dit être les deux oints qui parcourent toute la terre (Za 4,14).

Je le répète: c’est le mérite de l’Église d’avoir clarifié la terminologie à ce sujet. Ce n’est pas une vénération de la matérialité des choses, mais de ce qu’elles représentent. Il est ainsi clair qu’il n’y a pas d’idolâtrie dans l’Église catholique — autre chose est que certaines personnes ne distinguent pas cela et tombent dans des déviations, souvent par ignorance. On n’adore pas non plus les anges ni les saints.

Nous considérons les divers objets comme dignes de respect, mais nous ne leur attribuons pas des dons ou des pouvoirs spéciaux. Un autre aspect du culte rendu à la Vierge et aux saints est celui des noms: un grand nombre de personnes, croyantes ou non, portent des noms de saints, de la Vierge ou de Jésus, et nous ne croyons pas pour autant qu’il y ait idolâtrie. C’est un aspect de cette vénération.

Les images sont le souvenir des personnes, non les personnes elles-mêmes. Si je contemple la photo de ma grand-mère déjà décédée, cela ne signifie pas que j’aime un morceau de papier en couleurs, mais que ce morceau de papier me la rappelle. Je sais que ce n’est pas ma grand-mère; pourtant, il me fait souvenir de son visage, de sa manière d’être et de parler. Si je peux faire cela avec un être cher, à plus forte raison devrais-je le faire avec ce qui nous rappelle Dieu!

Nous faisons quelque chose de semblable avec le drapeau et avec d’autres symboles nationaux, comme les monuments aux héros, etc. Dans le cas des Évangiles: pourquoi les embrassons-nous? Pourquoi en prenons-nous soin? Parce qu’ils sont aussi une image de Dieu, sa parole écrite.

Ce n’est pas que nous idolâtrions un amas de papiers, mais ils contiennent ce que Dieu a voulu nous transmettre; d’autre part, l’image et la parole s’éclairent mutuellement (Nouveau Catéchisme 1160). Avec la représentation des saints, le Christ est glorifié en eux (Nouveau Catéchisme 1161).

Il convient ici d’ajouter un commentaire d’intérêt sur la Réforme protestante. Il est surprenant que plusieurs frères séparés ne se reconnaissent pas luthériens, mais aient fait leurs de nombreuses idées de Luther, consciemment ou inconsciemment.

Un exemple clair en est les principes de la « foi seule » et de l’« Écriture seule ». Mais pas seulement. Ce qui se trouve au fond de la pensée de Luther contre Marie et les saints, c’est son rejet du concept de « sacrement », puisque, selon lui, cela conduisait à confondre le divin avec l’humain (contre ce que dit l’Écriture elle-même en Jn 10,34). Au fond, pour Luther aucun être humain, ni la Vierge ni les saints, ne peut être considéré comme élevé à la vie de la grâce.

En 1521, Luther reconnaissait encore en Marie et dans les saints le titre d’intercesseurs, mais il changea peu à peu d’avis jusqu’à le nier (en 1521, lorsqu’il écrit son commentaire du Magnificat, il ne donne pas à Marie le titre d’« avocate »; en 1522, à l’occasion du sermon sur Noël, il le lui refuse explicitement). Le dernier pas qu’il fit fut l’omission de la seconde partie de l’Ave Maria, à l’instigation de Zwingli, puisqu’elle consiste en une intercession ou supplication.

En conclusion, il est non seulement bon de porter une croix sur la poitrine, d’embrasser les Évangiles, d’avoir des images du Christ, de la Vierge et des saints, mais c’est aussi une tradition ancienne de l’Église. Elles sont aussi un stimulant pour notre prière.

Depuis l’antiquité, la Vierge et les saints ont été invoqués comme intercesseurs auprès de Dieu: le culte que l’Église leur rend est dirigé vers Dieu lui-même. C’est pourquoi ils nous sont proposés comme des modèles sûrs de vie chrétienne. Parmi eux, Marie occupe une place privilégiée comme Mère de Dieu, coopératrice dans l’œuvre de la rédemption et figure de l’Église.

Auteur: Catholic.net