Étude des Écritures et de la doctrine patristique.

Tiré du livre « Ce ne sont pas tous ceux qui disent Seigneur, Seigneur »

Sauf indication contraire, toutes les citations bibliques sont tirées de la Bible de Jérusalem.

Présence réelle ou simple symbole ?

J’élèverai la coupe du salut (Ps 116, 13).

Peu après Martin Luther, les églises protestantes rejetèrent la croyance selon laquelle Jésus-Christ est véritablement et sacramentellement présent dans le pain et le vin consacrés. Elles disent qu’il ne s’agit que de symboles de la présence du Christ et c’est pourquoi elles n’adorent pas les éléments consacrés comme le font les catholiques. Leur argument est que le Christ parlait en parabole lorsqu’il parla de manger sa chair, et que la Cène du Seigneur n’est rien de plus qu’un souvenir : Faites ceci en mémoire de moi.

Si les frères ont raison, ils ne perdent rien. Mais si c’est l’Église catholique qui a raison, c’est-à-dire que le pain et le vin signifient efficacement et littéralement le corps et le sang de Jésus-Christ, les frères perdent énormément parce qu’ils n’ont pas l’occasion de recevoir cet aliment qui donne la vie éternelle.

« La transsubstantiation, c’est-à-dire le changement de la substance du pain et du vin dans la Cène du Seigneur, ne peut être démontrée par les Saintes Écritures, mais répugne aux paroles simples de la Bible… » (Art. 18 de la Constitution de l’Église méthodiste du Mexique, 1975, et Discipline de l’Église méthodiste du Mexique, 1991, p. 54).

« Cette doctrine qui soutient un changement de substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang du Christ… a été et demeure la cause d’innombrables superstitions, et de surcroît d’une grossière idolâtrie » (Confession de foi de Westminster, Publicaciones el Faro, Mexique, 1984, 1993, chap. 29, art. F).

Et pourtant…

Ceux qui reçoivent la communion doivent être pleinement convaincus que ce qui semble être du pain n’est pas du pain, bien que le goût soit tel, mais le corps du Christ, et que ce qui semble être du vin n’est pas du vin bien que le goût soit tel (Cyrille de Jérusalem, an 350 apr. J.-C. Discours catéchétiques).

D’abord, il est important de savoir ce que signifie le mot « transsubstantiation ». C’est la croyance selon laquelle le corps, le sang, l’âme et la divinité (en d’autres termes, le Christ lui-même) sont véritablement présents sous les apparences du pain et du vin.

Que dit la Bible ?

Comme l’affirment les frères, il est vrai que Jésus a parlé de lui-même en symboles : Je suis la porte (Jn 10, 9) ; Je suis la vigne (Jn 15, 1). En ces occasions, aucun de ceux qui écoutaient Jésus ne le prit littéralement. Personne ne demanda : « Si tu es une porte, où est la poignée ? ; si tu es la vigne, où sont les feuilles et pourquoi n’es-tu pas vert ? ». Tout le monde comprenait qu’il parlait en symboles et que cela avait un sens. Le Christ est comme une porte — nous allons au ciel par lui — il est aussi comme une vigne parce qu’il nous donne la vie lorsque nous demeurons en lui. En d’autres occasions, lorsque les gens ne le comprirent pas, il corrigea leur méprise. Il est intéressant de noter que, dans certains de ces cas, la méprise avait à voir avec la nourriture : Mais il leur dit : J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. Les disciples se disaient donc les uns aux autres : Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé (Jn 4, 34). Jésus éclaircit l’affaire. Voir aussi « le levain des pharisiens » en Mt 16, 5-12.

Mais il n’en fut pas ainsi en Jean 6 ni à la Dernière Cène. Jésus ne donna aucune explication, parce que c’était clair. Il n’y a aucune ressemblance entre « Je suis la vigne », « la porte » et « Je suis le pain de vie » de Jn 6, 35. Jésus va bien au-delà du symbolisme : « Ma chair est vraiment une nourriture, mon sang est vraiment une boisson » (v. 55). Mais regardons tout le contexte de Jean 6.

Que se passa-t-il au chapitre six de Jean ?

Le contexte du chapitre est important : Jésus fit un miracle avec du pain ; il nourrit toute la foule. Ensuite, il enseigna qu’il est lui-même le pain descendu du ciel. Il est lui-même la nourriture (Jn 6, 35-41).

La réaction des Juifs pendant le discours est extrêmement importante. Jésus commença à parler littéralement et les Juifs le prirent au pied de la lettre lorsqu’il leur dit qu’il était descendu du ciel. C’est pourquoi ils murmurèrent : Comment peut-il dire maintenant : Je suis descendu du ciel ? (Jn 6, 42). Or Jésus était réellement descendu du ciel ; ils le prirent littéralement et il ne les corrigea pas. Les frères séparés seront d’accord avec nous pour dire que Jésus est littéralement descendu du ciel. Mais il est triste que, tandis que les frères croient littéralement cette partie du discours de Jésus en Jean, ils ne prennent pas le reste du chapitre de la même manière. Pour eux, c’est symbolique. Nous verrons ci-après que ce n’est pas le cas.

Jésus continua de parler au pied de la lettre comme auparavant : Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi je le ressusciterai au dernier jour (Jn 6, 44). Les frères croient bien qu’ici Jésus a parlé littéralement lorsqu’il dit : « je le ressusciterai ». L’Église catholique le croit aussi. Mais ensuite les frères, pour des raisons historiques et non bibliques, disent que ce qui suit est symbolique.

Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera de ce pain vivra à jamais. Et même, le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. Les Juifs alors se mirent à discuter entre eux : Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous (Jn 6, 51-53).

Nous voyons que Jésus, en Jean 6, 51 à 60, dut continuer de répéter que ma chair est vraiment une nourriture et que les gens le prirent au pied de la lettre. Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? Et Jésus ne les corrigea pas ! Il ne leur dit pas qu’il parlait seulement en paraboles et qu’ils ne devaient pas le prendre littéralement[1].

Une fois de plus, Jésus répéta : ma chair est vraiment une nourriture, mon sang est vraiment une boisson (v. Jn 6, 55). Et une fois de plus les Juifs réagirent. Au v. 60 nous lisons que les pharisiens dirent : Elle est dure, cette parole ! Qui peut l’écouter ? Puis nous lisons que : Beaucoup de ses disciples se retirèrent et cessèrent de marcher avec lui (v. 66). C’est le seul cas où l’on affirme que Jésus fut abandonné par certains disciples à cause de ce qu’il disait. Et JÉSUS NE LES EMPÊCHA PAS DE S’ÉLOIGNER DE LUI. Il ne leur dit pas : « Ne partez pas, je parle seulement de façon symbolique. Ne me comprenez pas mal. » Il risqua de perdre tous ses apôtres mais continua de parler au pied de la lettre. Et les apôtres saisirent qu’il parlait ainsi. C’est pourquoi ce fut une parole « dure ».

Pourquoi les pharisiens et les disciples purent-ils saisir que Jésus parlait littéralement lorsqu’il disait qu’il était descendu du ciel et que sa chair est vraiment une nourriture, tandis que les frères pensent que Jésus n’a parlé au pied de la lettre que lorsqu’il dit qu’il était descendu du ciel dans les versets précédents ? Quel genre de maître serait Jésus si tout le monde le prend littéralement là où il ne le faudrait pas ?

Lorsqu’il dit que sa chair est vraiment une nourriture, les frères disent que ce fut une parabole. Mais le texte ne donne aucune indication que la première expression soit littérale et que la seconde ne le soit pas. De fait, après avoir dit que sa chair est vraiment une nourriture, Jésus leur dit à nouveau qu’il est le pain descendu du ciel (Jn 6, 58). Dire que, parmi trois choses que Jésus a dites littéralement, la première phrase serait littérale, la deuxième symbolique et la troisième littérale, c’est faire violence au contexte.

Au fond de l’expression « Ma chair pour que le monde ait la vie » se trouve une formule araméenne dans laquelle « chair » remplace « corps » pour désigner la réalité créaturelle de la personne humaine. « Pour la vie » traduit le mot grec HYPER qui, dans les récits de la Dernière Cène où le Christ institue la messe (plus loin), dénote le caractère sacrificiel et expiatoire de la mort du Christ.

Les frères séparés citent le verset 35 où Jésus dit que « qui vient à moi » n’aura pas faim et « qui croit en moi », comme preuves que le chapitre six est symbolique. Ils affirment que lorsque Jésus s’appelle lui-même « le pain de vie », il dit seulement que si nous croyons en lui, il nous nourrira spirituellement comme le pain nous nourrit physiquement. Ils disent que nous « mangeons » et « buvons » le Christ en allant à lui et en croyant en lui. Mais, comme nous l’avons vu, le contexte est clairement littéral et non symbolique. Martin Luther lui-même croyait à la présence véritable du Christ (voir Luther’s Collected Works nº 7, Wittenberg Edit.)[2].

De plus, Jésus ne les corrigea pas lorsque les disciples cessèrent de le suivre pour l’avoir pris littéralement (Jn 6, 66)[3]. Ils étaient de sa race et savaient comment le comprendre ; ils pouvaient aussi voir son visage et connaissaient sa manière de parler. C’est pourquoi ils murmurèrent lorsqu’il parla de ce que sa chair était vraiment une nourriture. S’il parlait seulement de l’institution d’un repas comme bénédiction, cela n’aurait pas provoqué l’abandon de la part de ses disciples, car la religion juive et les coutumes du monde antique étaient remplies de repas particuliers. Vois combien de fois Jésus participa à des repas lorsqu’il visitait les gens et comment il utilisait l’image du banquet dans ses paraboles.

Nous remarquons le caractère littéral des paroles de Jésus par l’emploi du mot grec TROGO au lieu de PHAGO. TROGO est plus précis quant à mastiquer, mâcher, ronger, tandis que PHAGO est un mot général pour manger. Les seuls autres endroits où le NT emploie TROGO sont Mt 24, 38 et Jn 13, 18. NULLE PART IL NE SIGNIFIE MANGER SYMBOLIQUEMENT[4]. De plus, les Juifs savaient déjà que Jésus parlait de manger littéralement, car ils demandèrent Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? (v. 52), avant même que Jésus utilisât TROGO.

Une autre raison d’être certain que Jésus parlait littéralement est qu’à l’époque de Jésus, « manger la chair de quelqu’un » au sens symbolique était associé à la persécution, à la violence, à la trahison et au massacre : Vous qui haïssez le bien et aimez le mal, qui arrachez leur peau de dessus eux et leur chair de dessus leurs os ; qui mangez aussi la chair de mon peuple, lui arrachez la peau, brisez ses os, les mettez en pièces comme dans une marmite, comme chair dans un chaudron (Mi 3, 2-3). Quand s’avancent contre moi les méchants pour dévorer ma chair, ce sont eux, mes oppresseurs et mes ennemis, qui trébuchent et succombent (Ps 27, 2). Chacun dévore la chair de son bras ; on taille à droite et l’on a faim, on mange à gauche et l’on n’est pas rassasié (Is 9, 19-20). À tes oppresseurs je ferai manger leur propre chair, comme de vin nouveau ils s’enivreront de leur sang. Et toute chair saura que je suis Yahvé, ton sauveur… (Is 49, 26). (Voir 2 S 23, 15-17 et Ap 17, 6 et 16.) Si Jésus avait parlé au sens figuré, il dirait : Je vous assure qu’à moins que vous ne persécutiez, ne trahissiez et ne tuiez, vous n’avez pas la vie. Celui qui commet la violence a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour.

Certains frères ajoutent qu’on ne peut prendre les paroles au sens littéral parce que Jésus dit que c’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien (Jn 6, 63). Mais Jésus ne dit pas « ma chair » ne sert de rien, mais « la chair ». Dans la Bible, « chair » ne se réfère pas seulement au corps physique d’un être humain, mais aussi au péché par contraste avec la vie de l’Esprit : De fait, quand nous étions dans la chair, les passions pécheresses, se servant de la Loi, opéraient en nos membres afin de produire des fruits de mort (Rm 7, 5 et 1 Co 2, 14 – 3, 4). Nous ne marchons pas selon la chair, mais selon l’esprit. En effet, ceux qui vivent selon la chair désirent ce qui est charnel ; ceux qui vivent selon l’esprit, ce qui est spirituel (Rm 8, 4-5).

Jésus ne proposait pas de manger son corps à ce moment-là. Cela aurait été du cannibalisme[5]. Ce qu’il disait, c’est que par la puissance de l’Esprit Saint — c’est l’esprit qui vivifie — bientôt son corps serait glorifié. Rappelle-toi que le contexte du chapitre est la Pâque (Jn 6, 4). Il visait le moment, après sa mort, où il donnerait à ses disciples son corps transformé par l’Esprit pour « la vie du monde ». Parce que l’esprit vivifie : le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde (Jn 6, 51)[6].

Dans la messe, ce n’est pas le corps de Jésus-homme comme toi et moi que nous recevons, mais le corps du Christ glorifié. Le Christ ne souffre plus, il n’y a pas de sang de globules rouges et blancs. C’est pourquoi nous disons « Corps du Christ » et non « Corps de Jésus ». Comme le Souverain Prêtre le fit à la Dernière Cène, dans la messe le prêtre, représentant le Christ, prononce sur le pain et le vin les mêmes paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Et l’Esprit vivifie : Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie (Jn 6, 63). Ce même Esprit qui donna la vie à la Création (Gn 1, 2) et forma la vie du Messie dans le sein de Marie transforme le pain en corps du Christ.

Citer Jésus « mes paroles sont esprit et vie » pour affirmer que les paroles de Jésus sont symboliques n’a pas de sens quand on réfléchit : les paroles de Jésus sont esprit et vie, bien sûr. Mais elles ne sont pas toutes symboliques.

Quand Dieu dit une chose, elle arrive (Is 55, 11). Sa parole est efficace : Ceci est mon corps (Mc 14, 22-24). Il n’a pas dit « Ceci symbolise mon corps », mais « Ceci EST ». Le Christ ayant dit « ceci est mon corps », qui va dire : « Non, Seigneur, ceci n’est pas ton corps. C’est du pain, rien de plus » ? Dire : « ceci est ma maison, ceci est mon ami » ne veut pas dire « ceci est le symbole de ma maison, le symbole de mon ami »[7] . Pendant 1 500 ans, jusqu’après Luther, personne ne contesta cette croyance.

C’est un miracle, et ce n’est pas par hasard que Jésus-Christ fit ce discours après la multiplication des pains. Le miracle pour nourrir le corps. Il voulut maintenant nourrir l’âme.

Vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés. Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme… (Jn 6, 26-27). Nos pères ont mangé la manne dans le désert… Jésus leur dit : … ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; mais c’est mon Père qui vous donne le pain venu du ciel, le vrai pain (Jn 6, 31-32). Jésus affirma que la nourriture qu’il donnerait est supérieure au pain multiplié et à la manne (vv. 31-32). Si le pain et le vin ne se changent pas en corps et sang du Christ, ces paroles sont des mensonges. Le pain et le vin ordinaires ne valent pas mieux que la manne ni ce qui nourrit miraculeusement cinq mille hommes.

Au bout du compte, s’il en est comme le disent les frères — que le Christ ne parlait pas de sa propre chair parce que « la chair ne sert de rien » (v. 63) — alors tout le chapitre N’A PAS DE SENS. Il nous faudrait comprendre que, bien que Jésus vienne d’ordonner à ses disciples de manger sa chair, il dit ensuite que faire cela n’a pas de sens (« ne sert de rien ») ! « Mange ma chair, mais tu verras que c’est une perte de temps. » Est-ce là ce que dit Jésus ? Bien sûr que non. La phrase les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie NE VEUT PAS DIRE « ce que je viens de dire est symbolique ». Le mot « esprit » n’est jamais pris ainsi dans la Bible. De plus, si Jésus précise qu’il parlait en symboles et que « la chair [littéralement parlant] ne sert de rien », pourquoi néanmoins ses disciples le quittèrent-ils ? Il est important de noter aussi qu’à la Dernière Cène Jésus utilise le mot corps : « Ceci est mon corps », et non chair. Cela rend l’affaire encore plus claire, car dans la pensée juive il n’y a pas de dualisme entre corps et âme. « Mon corps » veut dire la personne dans sa totalité. « Ceci est mon corps » signifie « c’est Moi ».

En Luc 22, 19 nous lisons : faites ceci en mémoire de moi. Les évangéliques pensent que cela veut dire que célébrer la Cène n’est rien de plus qu’un souvenir intellectuel, se rappeler ce que Jésus fit cette nuit-là. Pour eux, il n’est présent que spirituellement par la « communion » des croyants lorsqu’ils célèbrent ensemble.

Mais nous devons comprendre que Jésus célébrait la Pâque, et que pour les Juifs « faire mémoire » n’est pas seulement se rappeler un fait historique, un souvenir de quelque chose de passé, mais un REVIVRE. Un « mémorial » pour les chrétiens et les Juifs est une proclamation efficace de l’œuvre puissante que Dieu accomplit de nouveau. Cela signifie que l’événement irrépétible du Calvaire devient réalité au présent par le moyen de l’Esprit Saint. Sur l’autel, le pain et le vin ne demeurent pas seulement des symboles, mais se changent en ce Jésus-Christ de ce premier Vendredi Saint au lieu-dit du Crâne (Mc 15, 22). (Voir chapitre suivant.) C’est quelque chose du passé qui entre spirituellement dans le présent, comme l’exprime le mot grec ANAMNESIS (1 Co 11, 25).

En Exode 24, 8 nous lisons : Moïse, ayant pris le sang, en aspergea le peuple et dit : Ceci est le sang de l’Alliance que Yahvé a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses. Ces paroles préfigurent celles de Jésus lorsqu’il prit le vin : Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés (Mt 26, 27-28). Pour sceller l’Alliance, Moïse utilisa du sang d’agneau et non un symbole de celui-ci. De même lorsque Jésus, l’Agneau de Dieu, signa la Nouvelle Alliance dans son sang. Il est important de noter que le seul endroit où Jésus parle de la Nouvelle Alliance dans son sang est à la Dernière Cène, lorsqu’il partagea la coupe de vin[8].

Comment Paul comprit-il les paroles de Jésus ?[9]

Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur (1 Co 11, 27). Ou bien, selon la Version latino-américaine : Si quelqu’un mange le pain et boit la coupe du Seigneur indignement, il pèche contre le corps et le sang du Seigneur.

Paul parlait de la célébration de la Cène du Seigneur. Et pécher contre le pain, c’est pécher contre le corps (non contre le pain). Pécher contre la coupe, c’est pécher contre le Sang (et non contre la coupe). Le pain est le corps. Pécher contre Dieu, c’est pécher contre le Créateur, parce que Dieu et le Créateur sont un seul et même. Comment le péché lié au fait de « manger » pourrait-il être si grave s’il ne s’agissait que de pain et de vin ? (Voir v. 29 et suivants.) Le Créateur ne nous donne pas seulement « de petites choses qui symbolisent ». Il envoya son fils prendre notre pauvre chair et le fils se donne lui-même à nous. Quel grand amour !

Au v. 29 Paul utilise le mot DIAKRINO (discerner)[10] : qui mange et boit indignement sans discerner le Corps, mange et boit sa propre condamnation… Ainsi, les Corinthiens ne discernaient pas, ou doutaient que ce fût le corps de Jésus-Christ. S’il n’en était pas ainsi, il nous faudrait nous demander pourquoi être jugés par la maladie et la mort spirituelle (v. 30) s’ils n’abusaient que du pain ? Paul dit qu’ils étaient coupables de pécher contre le corps et le sang du Christ (v. 27), mais comment cela, s’il n’était pas physiquement présent dans le repas ? Paul ne dit pas qu’ils pèchent contre la Dène du Seigneur. On ne peut pas pécher contre ce qui n’est pas présent. La conclusion est claire : celui qui mange indignement est coupable à l’égard de ce qu’il mange.

La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? (1 Co 10, 16).

Un opuscule intitulé Roman Catholics and Communion (les catholiques romains et la communion) du groupe Evangelical Outreach argumente que s’il était vrai que Jn 6, 53 s’interprète littéralement — que manger sa chair et boire son sang donne la vie éternelle — alors comment Zachée aurait-il pu être sauvé (Lc 19, 9) si la communion ne fut instituée qu’à la Dernière Cène (Lc 22, 15-20) ? Pour l’Église catholique, cette question revient à demander comment les patriarches de l’AT purent être sauvés sans connaître ni croire en Jésus-Christ. La réponse est que Dieu ne demande pas l’impossible, comme par exemple croire au Christ avant qu’il ne fût né, communier avant que la communion ne soit instituée (dans le cas de Zachée), ou encore qu’un déficient mental croie au Christ pour se sauver alors qu’il n’en a pas la capacité mentale. Jésus ne demanderait pas au « bon » larron de se faire baptiser alors qu’il ne le pouvait pas (Lc 23, 42-43). Cet opuscule dit que l’hostie DOIT avoir goût de chair si elle l’est vraiment. Mais cet argument revient à dire que Jésus aurait dû paraître Dieu-omniprésent lorsqu’il fut sur la terre, et non comme un Juif ordinaire, s’il l’était vraiment. Or il apparut comme un homme quelconque. Qui sommes-nous pour dire comment Dieu doit ou ne doit pas agir ? S’il veut que l’hostie garde le même goût, c’est son bon plaisir.

Annoncé dans l’AT

Il est très important de lire Exode 12, 11 et suivants pour comprendre ce que faisait et pensait Jésus en célébrant la Dernière Cène pendant la fête de la Pâque.

Chaque année, les Juifs revivent la fuite d’Égypte lorsqu’ils célèbrent la Pâque dans leurs maisons en suivant les ordres de Dieu : Yahvé dit à Moïse… Le dix de ce mois, que chacun prenne un agneau… Ils en prendront du sang et l’appliqueront aux deux montants et au linteau des maisons… Cette nuit-là, on mangera la chair… et des azymes… Voici comment vous la mangerez : vos reins ceints, vos sandales aux pieds et votre bâton en main. Vous la mangerez en toute hâte : c’est une pâque pour Yahvé (Ex 12, 1-11). Littéralement de la chair d’agneau et du sang vivant !

Pour le Juif, cette fête et la manière de la célébrer sont un décret perpétuel par ordre de Yahvé (Ex 12, 17).

Pourquoi manger en toute hâte comme Dieu l’ordonne, si de nos jours le Juif n’a pas à fuir les Égyptiens ? C’est qu’il revit l’événement. Il en est ainsi pour les catholiques lorsque nous célébrons la messe : nous revivons la Dernière Cène, la Nouvelle Pâque où nous sortons de l’esclavage du péché. Et comme nous l’avons vu plus haut, c’est plus qu’un souvenir intellectuel. Ce n’est pas le même sens qu’une fête nationale où l’on se contente de se rappeler le passé sans le revivre, sans rendre présent un événement passé. Notre Pâque est différente : C’EST REVIVRE LA DERNIÈRE CÈNE, une rencontre avec Jésus DANS SA PLÉNITUDE, à la « fraction du pain » (Lc 24, 30-31).

Car il a rassasié l’âme avide, comblé de biens l’âme affamée (Ps 107, 9). Heureux qui… met son espoir en Yahvé son Dieu… aux affamés il donne le pain (Ps 146, 5-7).

Comment te sentirais-tu si, ayant faim, le papa d’un enfant lui donnait une pomme artificielle (de cire ou de bois) qui symbolise un vrai fruit ? Terrible ! Jésus dit : Quel est d’entre vous l’homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre ? Ou encore, s’il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, COMBIEN PLUS votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l’en prient ! (Mt 7, 9-11). Cependant les frères disent que Jésus ne nous donne qu’un symbole du Pain du Ciel. Si nous disons que nous avons faim, et si Jésus nous dit : Travaillez pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils… et le pain que je donnerai, c’est ma chair (Jn 6, 27-51). Nous donnera-t-il quelque chose d’artificiel qui n’est qu’un symbole, comme la pomme de cire qui ne fait que représenter la vraie nourriture ? Seigneur, nous avons faim de toi. Quel est le père parmi vous auquel son fils demandera du pain… combien plus votre Père donnera-t-il de bonnes choses…

Frère, peut-être, comme les Juifs, penses-tu que elle est dure, cette parole ! Qui peut l’écouter ?. Croire en Jésus est un acte de foi et de volonté, non de la sagesse de l’homme, dit Paul (1 Co 1, 19)[11]. Si tu continues à t’éloigner de l’Église que le Christ a fondée, tu suis l’exemple de certains des disciples qui, eux aussi, s’éloignèrent de Jésus ce jour-là (Jn 6, 66). Il vaut mieux suivre Pierre, le chef des Apôtres et le nôtre, comme le veut Jésus (Jn 21, 15-17 ; Mt 16, 18-19). Reviens à la véritable Église, car Jésus lui-même dit : qui mange ma chair et boit mon sang A LA VIE ÉTERNELLE. Si la manne de l’AT, chose miraculeuse mais seulement du pain, fut appelée froment des cieux et pain des Forts (Ps 78, 24-25), combien plus l’est le Pain descendu du Ciel : Jésus-Christ !

En résumé, nous pouvons dire qu’il y a un sens profondément spirituel en Jean 6 : Jésus est le pain spirituel envoyé par le Père. En nous donnant sa chair, il annonce sa mort sur la croix. La vie éternelle est la force qui anime les paroles de ce chapitre (Jn 6). Mais la gloire du christianisme est qu’il ne se présente pas seulement de façon symbolique, mais physiquement aussi. Parce que nous sommes physiques, Dieu offre cette dimension à notre foi pour nous bénir. C’est pourquoi nous prenons part au sacrifice du Christ non seulement en croyant en Jésus par notre esprit, mais aussi en recevant son corps. Comme dans un mariage chrétien les deux ne font qu’une seule chair (Mc 10, 8), il en est ainsi du Christ et de son épouse l’Église (Ep 5, 31-32). Le Christ entre physiquement en nous et devient un avec nous. Cela peut paraître ridicule, mais comme dit Paul, Dieu se sert de choses absurdes qui pour les païens sont folie (1 Co 1, 23).

Jésus utilisa du vin et non du jus de raisin

Beaucoup de frères tentent de nous convaincre que Jésus prit une sorte de vin sans alcool appelé « moût », ceci parce qu’ils condamnent tout usage d’alcool, et vont jusqu’à condamner les catholiques comme des ivrognes. Mais que dit la Parole de Dieu ?

La promesse de Dieu incluait une terre où coule le vin. Les aires se rempliront de blé, les cuves déborderont de vin et d’huile (Jl 2, 24). Yahvé Sabaot prépare pour tous les peuples, sur cette montagne, un festin de viandes grasses, un festin de bons vins… (Is 25, 6. Voir Ne 8, 10). Dieu sait distinguer entre le bon et le mauvais usage du vin, il approuve le bon usage. De plus, si ce n’était que du « jus de raisin », comment Isaïe pourrait-il parler de « bons vins » (autres traductions : « vins exquis ») ? L’Apôtre Paul parle aussi d’utiliser du vin pour les maladies : Cesse de ne boire que de l’eau. Prends un peu de vin à cause de ton estomac et de tes fréquents malaises (1 Tm 5, 23).

Si Jésus ne voulait pas que nous buvions du vin, pourquoi changer l’eau en vin aux noces de Cana ? (Jn 2). Aux noces juives, la fête durait au moins une semaine, Gn 29, 27 et Jg 14, 10-12.) Jésus doubla la quantité de vin ! Il n’est pas correct de dire que ce vin n’avait pas d’alcool. On emploie ici le même mot grec OINOS que Paul utilise pour dire qu’on ne doit pas s’enivrer ; il l’utilisa aussi pour condamner les Corinthiens qui s’enivraient à la Cène du Seigneur (bien que boire avec modération n’était pas mauvais : N’avez-vous donc pas de maisons pour manger et boire ?… (1 Co 11, 20-22)). Cela veut dire que ce « vin » contient de l’alcool. Sinon, pourquoi interdire de s’enivrer si ce n’est que du jus de raisin ? En Jean 2, 7-10, le mot vin est le même mot grec qu’utilise Paul dans sa première lettre à Timothée (3, 8 et 5, 23). Le maître du repas (le majordome) des noces n’aurait pas dit quel bon vin c’était s’il n’avait été que du jus !

Le théologien bibliste des Assemblées de Dieu, Stanley M. Horton, dit que le moût est « du vin nouveau, ce n’est pas du jus de raisin, mais un mot qui signifie un vin particulièrement enivrant, celui qui se fait de raisins doux » (El Espíritu Santo revelado en la Biblia [L’Esprit Saint révélé dans la Bible], Edit. Vida, USA, 1976, 1992, édition révisée). Cette phrase vient de quelqu’un qui est opposé à la consommation d’alcool !

Jésus ne s’enivra pas, mais il but bien du vin. Les pharisiens le critiquèrent parce qu’il ne jeûnait pas, ils allèrent jusqu’à l’appeler un glouton et un ivrogne (Mt 11, 19). Ils ne l’auraient pas critiqué pour avoir bu du vin s’il n’en avait jamais bu. Nous voyons le contraste avec Jean qui ne buvait pas : Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant (comme les évangéliques), et l’on dit : Il est possédé. Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et l’on dit : Voilà un glouton et un ivrogne (Mt 11, 18-19).

Il est clair que la Bible condamne l’ivrognerie (Ga 5, 21 ; Ep 5, 18). Mais elle dit aussi d’autres choses sur l’usage du vin. Au Psaume 104, 15 nous lisons que Dieu fait produire le vin qui réjouit le cœur de l’homme. Boire du vin n’est pas la même chose que s’enivrer. C’est la quantité excessive qui est mauvaise. Les diacres ne doivent pas boire trop de vin : ni buveurs, dit Paul (1 Tm 3, 8).

L’Église catholique est contre l’ivrognerie (mais non contre la personne) ; sa sagesse et sa maturité lui permettent de distinguer entre le bon et le mauvais usage. La Bible dit que juger et critiquer l’ivrogne est pire que l’ivresse elle-même (Gn 9, 21-27). En citant Galates 5, 20-21 pour critiquer les catholiques qui s’enivrent, les frères oublient que Paul condamna aussi, dans le même passage, le sectarisme et les divisions (version latino-américaine), les dissensions et les factions (Dieu parle aujourd’hui).

Venez, mangez de mon pain, buvez du vin… (Pr 9, 5).

Je m’inclinais vers lui et le faisais manger (Os 11, 4).

Les témoins de Jéhovah célèbrent leur « cène » une seule fois par an, les presbytériens quatre fois par an, les baptistes en général chaque mois. Mais l’Église suit les premiers chrétiens qui la célébraient chaque semaine (Ac 20, 7 — le premier jour de la semaine). Ne perds plus aucune autre semaine sans pouvoir manger le pain de vie que, depuis le premier siècle, les chrétiens mangent.

« Je ne suis pas catholique romain parce que, en tant qu’évangélique, je crois que la participation à la Cène du Seigneur (ou Sainte Cène) est une commémoration symbolique de la mort du Christ… et par conséquent je ne pourrais jamais croire aux incroyables affirmations de l’Église catholique selon lesquelles ses prêtres ont le pouvoir mystérieux de changer le pain et le vin ordinaires en la chair et le sang mêmes du Seigneur Jésus-Christ »[12] .

Nous savons maintenant que cette manière de comprendre la croyance catholique est incorrecte. Ce n’est pas le prêtre qui fait le miracle, mais l’Esprit Saint lui-même par son moyen. Ce n’est pas que nous croyions parce que nous comprenons comment le pain se change en corps du Christ. Nous croyons parce que Jésus l’a dit : Il a les paroles de la vie éternelle.

Que dit l’Église primitive ?

La véritable présence du Christ

  • Ignace d’Antioche (110 apr. J.-C.) : Lettre aux Romains, 7, 3, « le pain est la chair de Jésus-Christ, le vin son sang ».
    Lettre aux Smyrniotes, 6, 2 – 7, 1, « certains méchants s’écartent de l’Église pour ne pas confesser que l’Eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, celle-là même qui a souffert pour nos péchés ».
  • Didachè (9) : Les prières de l’offertoire de la messe viennent de ce chapitre. (14) : La messe est « un sacrifice pur ». C’est le sacrifice dont le Seigneur a dit : « En tout lieu et en tout temps m’est offert un sacrifice pur, parce que je suis un Grand Roi. »
  • Justin Martyr (151 apr. J.-C.) : Première Apologie, 65, 66. Justin décrit la messe catholique que l’on célébrait à cette époque. Au chapitre 66 Justin dit que le pain n’est pas un pain quelconque ni le vin une boisson quelconque, mais Jésus qui, par la puissance de sa parole, nous nourrit de son corps et de son sang, ce même corps et ce même sang de notre nature qu’il a pris en se faisant homme. « Car nous avons reçu des Apôtres que Jésus a dit “Ceci est mon sang”, et cela leur fut donné. »
  • Irénée (189 apr. J.-C.) : Contre les hérésies, 4, 32-33 : « Le vin et le pain, en recevant les paroles de la consécration, se changent en corps et sang du Christ ».
  • Clément d’Alexandrie (191 apr. J.-C.) : Le Pédagogue, 1, 6, 43, 3.
  • Tertullien (210 apr. J.-C.) : La Résurrection des morts, 8.
  • Hippolyte (217 apr. J.-C.) : Fragment du Commentaire sur les Proverbes.
  • Eusèbe : Démonstration évangélique.
  • Origène (248 apr. J.-C.) : Homélies sur les Nombres, 7, 2.
  • Tertullien : Sur la prière, La Résurrection de la chair, La couronne.
  • Cyprien (251 apr. J.-C.) : Épître à ceux qui ont cessé d’assister, 15-16.
  • Concile de Nicée I (325 apr. J.-C.), Canon 18.
  • Aphraate (340 apr. J.-C.) : Traités, 12, 6.
  • Cyrille de Jérusalem (350) : Catéchèses, 19, 7 et 22, 6-9.

« Il n’y eut pas de véritable controverse (sur la présence réelle du Christ dans la messe) durant les dix premiers siècles de l’Église » (p. xiii).

« La foi de tous les temps est la même. Au début du IIe siècle, saint Ignace d’Antioche exprimait la foi commune, en opposition à l’erreur docète, par l’expression saisissante selon laquelle l’Eucharistie est « la chair de Notre Sauveur Jésus-Christ, laquelle a souffert pour nos péchés, et que le Père a ressuscitée par sa bonté » (Lettre aux Smyrniotes).

« Cyrillonas (IVe siècle) : « le pain changé en le véritable corps de Jésus, de manière si réelle que, à cette dernière cène, Jésus… s’éleva lui-même par amour et tint son propre corps levé dans ses mains » (Hymnes, Homélies sur la Pâque du Christ nº 1).

« Le caractère sacrificiel (de l’Eucharistie) est manifestement indiqué dans la Sainte Écriture. Nous rencontrons en effet des expressions typiquement sacrificielles, principalement à propos du sang, dont il est dit qu’il est « répandu pour une multitude en rémission des péchés » (Mt 26, 28)… Plus forte encore est la mention par saint Luc que « la coupe » est répandue (22, 20), car ainsi apparaît plus clairement qu’il ne s’agit pas du sang répandu sur la croix, mais du sang contenu dans la coupe. Il s’agit donc du sacrifice offert par Jésus à la dernière cène en union indissoluble avec le sacrifice de la croix » (p. 21).

Tiré du livre Textos Eucarísticos Primitivos [Textes eucharistiques primitifs], tome I (des évangiles jusqu’à la fin du IVe siècle). J. Jesús Solano, Editorial B.A.C., Espagne, 1952.

L’érudit protestant J. N. D. Kelly admet que « l’enseignement eucharistique, dès le début, était réaliste sans contestation, c’est-à-dire que le pain et le vin consacrés étaient reçus, traités et désignés comme le Corps et le Sang du Sauveur… Ignace (d’Antioche) déclare clairement que le pain est la Chair de Jésus, la coupe son Sang… Il enseigne que le pain et le vin sont véritablement le Corps et le Sang du Seigneur » (Early Christian Doctrines, pp. 440, 197-198).

Banquet et Sacrifice

La Messe (ou Eucharistie) est le culte principal de l’Église. Cette célébration dérive de la Dernière Cène et se divise en deux parties : la Parole de Dieu, AT et NT, et le partage, la fraction du pain mentionnée en Actes 2, 42. Un modèle de cette célébration est celui de Jésus avec les disciples d’Emmaüs. Il leur expliqua que l’AT se rapportait à lui, puis il célébra avec eux la fraction du pain (Lc 24, 27-30). Nous voyons les premiers chrétiens suivre cet exemple : Le premier jour de la semaine, comme nous étions réunis pour rompre le pain, Paul, qui devait partir le lendemain, s’entretenait avec eux… Il remonta ensuite, rompit le pain et mangea ; puis il parla encore longtemps, jusqu’à l’aube ; c’est alors qu’il partit (Ac 20, 7-11).

Un Sacrifice

« Dans ce sacrement (la Cène du Seigneur) le Christ n’est pas offert à son Père, et l’on n’y accomplit aucun véritable sacrifice… ce n’est qu’une commémoration de l’unique offrande de lui-même par lui-même sur la croix… Ainsi le sacrifice papiste de la messe, comme ils l’appellent, est l’injure la plus abominable à l’unique sacrifice du Christ, la seule propitiation pour tous les péchés des élus » (Confession de Westminster, chap. 29, art. B).

L’Église catholique enseigne que la messe, en plus d’être un banquet d’action de grâces (« Eucharistie »), est aussi un sacrifice.

Les frères, citant Hébreux 9, 27-28, argumentent qu’elle ne peut être un sacrifice puisque celui-ci n’eut lieu qu’une seule fois au Calvaire. L’Église est d’accord que Jésus est mort une seule fois pour toujours.

Le Sacrifice du Christ sur la croix fut unique et suffisant pour expier les péchés de tous, et il ne peut être répété. Mais il y a plus à dire sur le sacrifice de Jésus-Christ. Il est plus exact de dire que sa mort est survenue une seule fois et ne s’est plus répétée. Mais nous verrons que la messe revit, réactualise (rend présent de nouveau) le Sacrifice. Jésus ne meurt pas, mais la messe est un véritable sacrifice qui applique aux hommes les fruits du Calvaire. C’est une actualisation sacramentelle de ce même sacrifice.

La Dernière Cène du Seigneur et le Calvaire forment une unité[13]

La Dernière Cène eut lieu pendant la fête de la Pâque (Mc 14, 1). Jésus aurait pu célébrer la Cène un autre jour, mais il le fit pendant cette fête. Et il lui donna un sens nouveau. Pour comprendre la Dernière Cène (la Messe), nous devons savoir ce que fit Jésus.

La Pâque se célébrait chaque année. Les Juifs la célèbrent encore. C’est la commémoration de la libération des Israélites de l’esclavage en Égypte. L’ange de la mort passa au-dessus de chaque maison qui avait été enduite du sang d’un agneau. Ensuite, la famille mangea l’agneau. Il ne suffit pas d’enduire le linteau de la maison avec le sang. Il fallut manger : Cette nuit-là, on mangera la chair rôtie au feu et des azymes (Ex 12, 8). L’agneau dut être sans défaut (v. 5), comme préfiguration de Jésus, l’Agneau de Dieu (Jn 1, 36), qui est aussi sans tache. En cette célébration, Dieu conclut une alliance, un pacte avec son peuple.

En Exode 24, 7-8 il est raconté que Moïse aspergea le peuple avec le sang de l’agneau pour sceller ce pacte.

Or Jésus célébra cette même fête, mais il la transforma. C’est son sang qui sauverait de la mort du péché, non celui de l’agneau. Le pain utilisé à la fête de la Pâque (et à la messe) est un pain sans levain (Mc 14, 1). Le pain dans ses mains, Jésus dit : Ceci est mon corps. Rappelons-nous ce que nous avons déjà dit sur le chapitre six de Jean : le discours de Jésus sur le fait de manger son corps fut prononcé aux abords de la Pâque (Jn 6, 4). On peut voir en cela le lien entre le discours et la célébration de la Dernière Cène. Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance (Mc 14, 24 et 1 Co 11, 25) fait allusion à l’Ancienne Alliance d’Exode 24.

Quatre coupes

Plus d’une coupe de vin entrait dans la célébration de la Pâque, comme nous le voyons en Luc 22, 17-20. Si aujourd’hui tu célèbres la Pâque avec une famille juive, elle la célébrera avec quatre coupes[14]. Ce fut la troisième coupe de vin que Jésus changea en son sang. C’est ainsi que Paul identifie la coupe de bénédiction avec l’Eucharistie en 1 Co 10, 16. Il dit quelque chose qui aurait surpris les apôtres : je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le Royaume de Dieu (Mc 14, 25). Quelle surprise pour les Apôtres, car ils savaient qu’il restait encore une autre coupe dans la fête pascale, mais Jésus ne la prit pas. Où est la dernière coupe pour achever la fête de la Pâque ? La fête que Jésus célébrait à la Dernière Cène n’était pas terminée. Il donnerait un autre sens à « la coupe » et à la fête.

La quatrième

En Marc 14, 36 Jésus dit : Père, éloigne de moi cette coupe. Voici l’autre coupe dont Jésus parla : La coupe que m’a donnée le Père, ne la boirai-je pas ? (Jn 18, 11). C’est la souffrance et la mort sur la Croix. La célébration de la Dernière Cène se poursuit dans la Passion du Seigneur. Le Calvaire achèverait la Pâque (et la Cène). Ce serait un seul acte de Sacrifice pascal. Le Calvaire représente le sacrifice de l’Agneau parfait. La tunique que portait Jésus était comme celle qu’utilisait le prêtre juif pour les sacrifices au temple (Jn 19, 23). Il est le Souverain Prêtre.

Sur le chemin du Calvaire, les soldats offrirent du vin à Jésus (Mc 15, 23), mais il ne le prit pas. Il avait dit qu’il ne boirait plus jusqu’à ce jour où il le boirait dans le Royaume (14, 25). Puis, sur la croix, Jésus dit : J’ai soif. Serait-ce que soudain Jésus avait soif ? Non. Cela faisait des heures qu’il souffrait de la soif à cause de la perte de sang (et sous un climat désertique). Mais maintenant, sur la croix, il veut achever la Dernière Cène (la dernière coupe de la Pâque), afin que l’Écriture fût accomplie (Jn 19, 28). Les soldats lui donnent du vin aigre (« atum » [gr. : OXOS], une sorte de vinaigre pour les soldats du rang) et cette fois il le boit bien (Jn 19, 29). On le lui donne au moyen d’une branche d’hysope, semblable à celle qu’ils utilisèrent lorsqu’ils enduisirent la maison du sang de l’agneau (Ex 12, 22). Puis Jésus dit (tout) est achevé. Qu’est-ce qui est « achevé » si Jésus n’est pas encore ressuscité ? Il a été ressuscité pour notre justification, dit Paul (Rm 4, 25). C’est la Dernière Cène de la Pâque qui est conclue. Et il est à noter que le nom de la quatrième coupe était « la Coupe de Consommation », et que ce que dit Jésus (en hébreu) est exactement ce que disait le père de famille lorsqu’il achevait la quatrième coupe.

La Pâque commémorait l’événement de la mort des premiers-nés des Égyptiens. Maintenant, c’est Jésus qui est le premier-né sacrifié pour sauver, non seulement les Juifs, mais le monde entier. Il est la Pâque qui nous libère (1 Co 5, 7), il est le sang de la Nouvelle Alliance répandu pour une multitude (Mc 14, 24). Mais la fête à table ne s’acheva pas.

Pour les Juifs, il ne suffisait pas d’enduire la porte pour être sauvés, il fallait manger. Et nous, ceux de la Nouvelle Alliance, nous devons le célébrer aussi : Faites ceci en mémoire de moi (1 Co 11, 24). Et ce n’est pas par hasard que la Parole de Dieu lie « se rappeler / faire mémoire » à « sacrifice » en He 10, 3. Les deux seuls endroits où l’on parle de l’holocauste — Lv 24, 7 et Nb 10, 10 (thèmes repris aux Ps 37 et 39) — établissent un lien entre pain et sacrifice.

C’est pourquoi Paul dit : célébrons la fête (1 Co 5, 8) pour maintenir présent le sacrifice. Ou comme le dit Jésus : qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle (Jn 6, 54). Pour être sauvés de la mort, les Juifs en Égypte ne mangèrent pas une chose qui représentait un agneau. Ils mangèrent l’agneau. Les catholiques non plus ne croient pas qu’ils mangent seulement un symbole de l’Agneau de Dieu. Moïse n’aspergea pas quelque chose qui symbolise du sang d’agneau (Ex 24, 8).

Jésus-Christ est notre sacrifice ; il fut sacrifié une fois au Calvaire, mais nous devons manger son corps pour accomplir l’Alliance. La Dernière Cène fut un revivre de la Pâque. La messe catholique est un revivre de la Dernière Cène. Ce n’est pas seulement un souvenir. La messe n’est pas « un autre sacrifice », mais la participation au seul et unique sacrifice du Christ sur la croix, de même que la Pâque, pour les Juifs d’aujourd’hui, est participer à cette nuit où ils célébraient leur libération d’Égypte. Le passé est rendu présent — ANAMNESIS — faites ceci en mémoire de moi.

Nous devons distinguer entre la mort du Christ et le sacrifice sur la Croix. L’Église catholique sait que le Christ est mort une fois pour toutes. Il ne meurt pas dans la messe. Mais son sacrifice est rendu présent en chacune. La Sainte Cène est infiniment liée au sacrifice du Calvaire. Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne (1 Co 11, 26).

Jean assiste à la messe céleste

C’était un dimanche, le jour du Seigneur (Ap 1, 10), lorsque l’auteur de l’Apocalypse vit Jésus : Alors je vis, debout entre le trône… un Agneau, comme égorgé (Ap 5, 5-6). Comment Jean vit-il Jésus ? Comme un roi triomphant ? Comme le Lion de Juda ? Il le vit dans sa gloire comme un agneau égorgé. Spirituellement, le sacrifice continue. La messe reflète et participe à cette célébration céleste, comme le disaient les Pères de l’Église primitive. L’auteur de la lettre aux Hébreux parle de la possibilité que Jésus soit « de nouveau » sacrifié pour nos péchés : et qui pourtant sont tombés, de les rénover une seconde fois en les amenant à la pénitence, alors qu’ils crucifient de nouveau, pour leur compte, le Fils de Dieu et le bafouent publiquement (He 6, 6). Dans la Bible Dieu parle aujourd’hui, nous lisons : parce qu’eux-mêmes crucifient de nouveau le Fils de Dieu et l’exposent à la moquerie. Évidemment, Jésus n’est pas crucifié de la même manière qu’au Calvaire. Le sens est spirituel.

Nous participons à cette coupe, à ce sacrifice : C’est à cause de toi qu’on nous massacre tout le long du jour, qu’on nous a compté comme des brebis d’abattoir (Rm 8, 36). Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? demanda Jésus (Mc 10, 38). Avec le Christ je suis crucifié ; et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi (Ga 2, 20).

Jésus se réfère clairement au sacrifice pendant la Cène : cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang (1 Co 11, 25. Voir Jérémie 31, 31). Il scella la Nouvelle Alliance entre Dieu et le peuple par son sang. Le nouveau sacrifice dans le sang du Christ est efficace pour sceller la Nouvelle Alliance comme le sacrifice d’animaux l’était pour l’Ancienne Alliance (Voir 1 Co 10, 14-21). C’est par le moyen de l’Eucharistie que Paul comprend comment s’est accomplie la prophétie de Malachie selon laquelle « la table du Seigneur » à Jérusalem serait remplacée par le sacrifice chrétien, la nouvelle « table du Seigneur » : C’est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie… Voyez l’Israël selon la chair : ceux qui mangent les victimes ne sont-ils pas en communion avec l’autel ? Qu’est-ce à dire ? Que la viande immolée aux idoles soit quelque chose ? Ou qu’une idole soit quelque chose ?… Mais ce qu’on immole, c’est à des démons et à ce qui n’est pas Dieu qu’on l’immole. Or je ne veux pas que vous entriez en communion avec les démons. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons (1 Co 10, 14 et 18-21). Note comment Paul situe les sacrifices du Temple juif, les sacrifices païens et l’Eucharistie dans la même catégorie : des tables sacrificielles, des autels auxquels les gens participent en mangeant les victimes et communient ainsi avec la divinité.

Un autre lien entre la Dernière Cène et la Croix est l’eau et le sang qui sortirent du côté du Crucifié, que l’Église primitive comprit comme symboles représentant le Baptême et l’Eucharistie.

L’Apocalypse montre l’Agneau égorgé debout (Ap 5, 6). Égorgé, comme sacrifié, n’est pas synonyme de mort. Paul dit : Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu (Rm 12, 1). La fête de la Pâque est éternelle : Célébrons la fête (1 Co 5, 8). La Messe accomplit la prophétie selon laquelle la Pâque serait éternelle, selon ce que Dieu dit aux Israélites : Ce jour-là, vous en ferez mémoire et vous le fêterez comme une fête pour Yahvé, dans vos générations… vous le fêterez : c’est un décret perpétuel. Vous observerez la fête des Azymes… vous observerez ce jour dans vos générations : c’est un décret perpétuel (Ex 12, 14-17).

Les frères citent la Lettre aux Hébreux pour dire qu’il n’y a pas d’autre sacrifice. Que le sacrifice du Christ sur la croix fut une fois pour toutes. NOUS SOMMES D’ACCORD. Mais en regardant de plus près la lettre aux Hébreux, que voyons-nous ?

1) Hébreux met en opposition le sacrifice lévitique de l’AT, non le sacrifice mémorial du Christ institué à la Dernière Cène. Les sacrifices lévitiques faisaient partie de la Loi (He 7, 11, 18 et 28). Le contexte d’Hébreux 7 à 9 ne s’oppose pas au sacrifice du Christ, mais au sacrifice lévitique.

2) Le sacrifice mémorial du Christ n’est pas sous la Loi, mais dans la promesse ou le serment de Dieu (He 7, 20-21) (Note : « sacrement » vient du mot latin qui signifie serment). C’est la même distinction entre Loi et promesse que nous trouvons en Rm 4, 13-17 ; Ga 3, 15-22.

3) Puisque le Christ est « prêtre pour l’éternité », son office d’offrir le sacrifice se poursuit : étant toujours vivant pour intercéder (He 7, 25). Frère, si tous tes péchés sont pardonnés et que tu es sauvé pour toujours, pourquoi Jésus-Christ continue-t-il d’intercéder pour toi ? (Voir thème 19.) La Bible dit : Et il est, lui, victime de propitiation pour nos péchés (le même mot utilisé en Rm 3, 25 où il parle du Christ s’offrant comme sacrifice pour les péchés). Si quelqu’un vient à pécher, nous avons comme avocat auprès du Père Jésus-Christ, le juste (1 Jn 2, 1). Ce n’est pas seulement une fois pour toutes. Son ministère de propitiation pour nos péchés se poursuit.

4) La première intercession auprès du Père eut lieu sur la croix. Son intercession se poursuit dans le sacrifice mémorial. CE N’EST PAS UN NOUVEAU SACRIFICE, mais le même sacrifice, mais d’une manière non sanglante. Sacrifice ne veut pas dire mourir, mais s’offrir soi-même (offrir vos personnes en hostie vivante, Rm 12, 1)[15]. C’est-à-dire que le Christ ne répand pas son sang comme il le fit au Calvaire ; néanmoins il s’offre au Père dans l’Eucharistie. Le Christ est mort sur la croix « une fois pour toutes » (He 7, 27), c’est-à-dire pour toute l’humanité dans toute l’éternité. Il ne va pas retourner au Calvaire pour mourir. Mais la re-présentation (le fait de rendre présent) de ce sacrifice est offerte au Père par son sacerdoce éternel.

5) Le mot « mémoire » ou « commémoration » qu’utilise Jésus à la Dernière Cène (Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 24-25) est le mot ANAMNESIS, qui traduit le mot hébreu AZKARAH (utilisé sept fois dans l’AT pour se référer aux sacrifices : Lv 2, 2. 9. 16 ; 5, 12 ; 6, 8 et Nb 5, 26) dans la Septante. Il est significatif qu’ANAMNESIS ne soit utilisé que quatre fois dans le NT, la quatrième en He 10, 3, se référant à un sacrifice mémorial[16]. L’emploi d’ANAMNESIS par Jésus en Lc 22, 19 souligne donc la dimension sacrificielle de l’Eucharistie. Jésus dit : quand vous ferez ceci, faites-le en sacrifice mémorial de moi.

6) L’emploi d’ANAMNESIS en Lc 22, 19 est d’autant plus significatif qu’il souligne l’aspect sacrificiel, puisqu’il existait un autre mot grec que Luc aurait pu utiliser pour un mémorial non sacrificiel : MNEMOSUNON (voir Mt 26, 13 ; Mc 14, 9 ; Ac 10, 4).

7) Si nous prenons l’argument protestant selon lequel « il n’y a plus de sacrifice » après la Croix, alors nous ne devrions pas obéir à la Parole de Dieu qui nous dit de « faire (offrir) des sacrifices » : de notre corps (Rm 12, 1), de nos dons (Ph 4, 18) ou de louange (He 13, 15-16). Pourquoi offrir nos corps en sacrifice si tout est accompli sur la Croix ?

En résumé, la lettre aux Hébreux avertit les nouveaux baptisés de ne pas revenir au sacrifice ancien qui n’apporte pas le salut, mais de poursuivre avec la Nouvelle Pâque et de « ne pas déserter les assemblées » (He 10, 25). L’implication est claire : le sacrifice de la messe — nouvelle pâque — se poursuivait. Nous avons un autel, [cela n’a aucun sens s’il n’y a pas de prêtres !] dont les desservants du culte n’ont pas le droit de tirer leur nourriture (He 13, 10). Souvenez-vous de vos chefs (He 13, 7).

D’autres preuves bibliques

L’AT prédit que le Christ offrirait à Dieu un sacrifice de pain et de vin. Melchisédech, un prêtre qui préfigure le Christ, offrit cela et bénit Dieu (Gn 14, 18-20). Or, le Psaume 110 dit : tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech (v. 4). En Hébreux, le Christ est ce prêtre (He 5, 5-6). Un prêtre est celui qui offre le sacrifice. Dans le cas de Jésus, il est à la fois prêtre et victime. Où se trouve la forme de sacrifice éternel (« prêtre pour l’éternité ») de Jésus qui soit selon le sacrifice offert par Melchisédech et, donc, distinct du Calvaire ? Celui de Melchisédech était sous forme de pain et de vin. Les catholiques croient que la seule chose qui accomplit cela advient à la Messe, où Jésus lui-même s’offre pour toujours au Père en sacrifice sous l’apparence du pain et du vin.

Nous avons vu que la Dernière Cène commença le sacrifice de Jésus, culminant sur « l’autel » de la Croix[17] : Ceci est mon corps, donné pour vous… Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versé pour vous (Lc 22, 19-20). Dans les deux cas, les verbes — donné et versé — sont au présent, ce qui montre qu’il ne se réfère pas uniquement au sacrifice de la Croix. De plus, « donné / versé » indique une immolation à la Cène.

Le prophète Malachie dit : en tout lieu on offre à mon nom… une offrande pure (Ml 1, 11). Le Christ est l’offrande pure. Le sacrifice du Calvaire n’eut lieu qu’une seule fois et en un seul lieu. Que prophétisa donc Malachie ? Pour les catholiques, ce sont les Messes célébrées à toute heure et dans le monde entier, où se réalise le sacrifice du Christ prophétisé par Malachie. Si ce n’est pas là, où pouvons-nous dire que s’accomplit la prophétie ?

Hébreux 9, 25-27 montre que Jésus ne meurt plus. Il offrit sa vie une seule fois et fut intronisé comme : Roi de justice… Roi de Paix, comme Grand Prêtre (He 7, 1-3). Et c’est exactement ainsi que le Père regarde l’offrande parfaite et perpétuelle de son Fils Jésus. Si elle avait pris fin, il n’y aurait pas de sacrifice éternel : Tu es prêtre à jamais (He 5, 6). Et les autres prêtres devinrent nombreux, parce que la mort les empêchait de durer ; mais lui, du fait qu’il demeure pour l’éternité, possède un sacerdoce immuable (He 7, 23-24). Le sacrifice non sanglant de la messe applique les mérites de Jésus-Christ gagnés une fois pour toutes sur la Croix. Bien qu’il ne meure plus, son Sang répandu au Calvaire est offert perpétuellement au Père par lui. Sinon, il n’y aurait pas besoin d’un autel ici-bas, comme le dit Hébreux 13, 10 : Nous avons un autel dont les desservants du culte (des Juifs) n’ont pas le droit de tirer leur nourriture (He 13, 10). Ne savez-vous pas que les ministres du temple vivent du temple, et que ceux qui servent à l’autel ont part à l’autel ? (1 Co 9, 13). Le sacrifice une fois pour toutes de Jésus est rendu présent sur nos autels à la messe : Par lui, offrons à Dieu un sacrifice de louange en tout temps (He 13, 15).

Au bout du compte, les frères qui s’appuient sur Hébreux 9 s’opposent à l’enseignement catholique du sacrifice dans la messe : « Je ne suis pas catholique romain parce que, en tant qu’évangélique, je crois que lorsque le Christ mourut sur la croix, il mourut une fois pour toutes — et par conséquent je ne pourrais jamais croire la fantastique hérésie de l’Église catholique qui déclare que chaque fois qu’un de ses prêtres offre la messe, le Christ est crucifié de nouveau sur cet autel romaniste »[18] .

Dans le livre Un Católico Investiga el Evangelio [Un catholique enquête sur l’Évangile] (pp. 21-22), l’auteur évangélique imagine le dialogue suivant avec un catholique : « Je vais supposer que tu es le Seigneur Jésus. Tu es à la droite de Dieu, gouvernant toutes les affaires de l’Univers. Tu es l’objet de l’admiration de millions et de millions d’anges et de saints… Or, d’innombrables fois par jour, arrive l’ordre de misérables vers de terre : Descends immédiatement, Jésus, je veux te sacrifier et te manger. Qu’en penses-tu ? Quelle serait ta réaction ? » Et le catholique répond : Je dirais qu’ils sont fous et blasphémateurs. L’évangélique répond, entre autres choses, que « le Christ dirait : je ne meurs plus. La mort n’a plus d’empire sur moi ».

Frère, dans la messe le prêtre dit : « Toi qui es vraiment saint, toi qui es la source de toute sainteté, Seigneur, nous te prions de sanctifier ces offrandes (le pain et le vin) en répandant sur elles ton Esprit ; qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur. » Le prêtre ne dit pas : « descends immédiatement Jésus, je veux te tuer ». C’est l’Esprit qui réalise le miracle. De plus, Jésus est omniprésent. Il n’aurait pas besoin de descendre. Par ailleurs, appeler les prêtres « misérables vers de terre » est manquer au commandement de l’amour.

Pour nous, c’est une erreur d’interprétation. Hébreux 9 examine l’Ancienne Alliance. Moïse prend le sang des taureaux et des boucs pour purifier le tabernacle (9, 19-25). Sous l’Ancienne Loi, le sacrifice dut être répété pour la rémission des péchés. Dans l’économie chrétienne, le sang du Christ fut répandu une seule fois, mais il est offert continuellement au Père. Comment cela peut-il être ? Jésus-Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais (He 13, 8). De fait, la Bible dit que le Sacrifice est offert dès la fondation du monde : l’Agneau immolé dès la fondation du monde (Ap 13, 8) ; celui-ci n’est pas fixé dans le temps[19]. Ce que Jésus fit dans le passé est pour Dieu présent maintenant, et Dieu peut faire que le Sacrifice du Christ au Calvaire soit rendu présent pour nous à la messe : Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne (1 Co 11, 26).

Que dit l’Église primitive ?

La Messe est un sacrifice

  • Didachè : Où elle cite Ml 1, 11 et 14 et Mt 5, 23-24.
  • Clément : Lettre aux Corinthiens, 44, 4-5.
  • Ignace d’Antioche : Lettre aux Philadelphiens, 4.
  • Justin Martyr : Dialogue avec Tryphon, 41.
  • Irénée (180-199 apr. J.-C.) : Contre les hérésies, 4, 17, 5.
  • Justin Martyr : Dans le Dialogue avec Tryphon, il écrit que la Messe est un sacrifice, p. 41.
  • Cyprien (252 apr. J.-C.) : Lettre de Cyprien à un certain Cécilius, 53, 14.
  • Cyrille de Jérusalem (350 apr. J.-C.) : Catéchèses, 23 : Mystagogique, 5, 8.

Auteur : Daniel Gagnon

Source : Apologetica.org

Notes

  1. Une autre raison de savoir que Jésus ne parlait pas en symboles est que, lorsqu’il disait qu’il était « la vigne » et « la porte », il se désignait lui-même « je suis », et expliquait ce que cela signifiait. Mais à la Dernière Cène, il se réfère à un objet (le pain) et dit que c’est son corps, et il n’explique jamais que cela signifiait autre chose que son corps.

  2. Si « manger ma chair » était symbolique pour « croire », pourquoi mentionner aussi « boire mon sang » ? Que gagne-t-on à dire à la fois manger et boire ? Le pain aurait pu porter le sens symbolique à lui seul.

  3. L’anticatholique James G. McCarthy (The Mass from Mystery to Meaning) dit qu’il y eut d’autres moments où Jésus parla figurativement et où les apôtres ne comprirent pas et le prirent littéralement. Il cite le moment où Jésus parla de son corps comme d’un temple, et celui où il parla du levain des pharisiens. Mais dans les DEUX CAS, Jésus les corrigea (voir Jn 2, 21 et Mt 16, 11), ce qu’il ne fit pas en Jn 6. De plus, en Jn 6, même ses disciples le quittèrent ! McCarthy mentionne correctement que boire le sang est interdit dans l’A.T. C’est exactement pour cela que la parole de Jésus est DURE ! Elle ne le serait pas si elle était symbolique. De plus, il a oublié que c’était une VRAIE NOURRITURE (les pains) que Jésus multiplia auparavant, et qu’il la relia à la manne. C’est pourquoi il ne mentionne pas le vin.

    McCarthy argumente qu’en 1 Co 11, 26 Paul parle de « boire la coupe » et non de boire son contenu, donc c’est figuratif. Pas nécessairement. Quand on veut une boisson ou que l’on demande « une bouteille » au magasin, le vendeur sait que tu parles de son contenu. Il ne te donne pas une bouteille vide ! McCarthy dit que Jean 6 n’a rien à voir avec la Dernière Cène, mais le contexte est la Pâque (Jn 6, 4), tout comme dans les autres évangiles. De plus, les paroles sont identiques « boire mon sang » et « manger ma chair » en Jn 6 et 1 Co 10, 16-17 et 11, 23-30.

  4. PHAGO peut bien avoir un sens symbolique.

  5. C’est l’un des arguments que j’utilise aussi lorsque certains frères citent Lv 7, 26 : ne pas manger de sang. Nous ne métabolisons pas le sang lorsque nous communions. De plus, la loi lévitique fut abolie par le Christ. S’ils veulent revenir à cette loi, pourquoi n’apportent-ils pas de sacrifices au temple comme le dit Lv 12 ? Les commandements du N.T. reprenaient ceux de l’Ancien (voir Mt 5, 27). Le commandement de ne pas manger de sang est remplacé par Jésus qui nous dit que si nous ne mangeons pas de son Sang, nous n’avons pas la vie éternelle.

  6. NULLE PART nous ne trouvons que la Bible traite le mot « Esprit » comme symbolique. Il est toujours réel comme l’est la matière. C’est pourquoi, dans ce texte, « manger sa chair » n’est pas le symbole de recevoir l’Esprit. Les disciples n’auraient pas quitté Jésus s’il avait parlé symboliquement.

  7. Sauf lorsque quelqu’un nous montre une photo et dit « voici mon fils ». Il n’a pas à expliquer que la photo est une image du fils et non le fils lui-même. Mais si l’image sur la photo est une autre personne ou une chose, alors il faut expliquer pourquoi il dit que c’est son fils si ce ne l’est pas. Un argument qu’utilisent certains frères pour dire que le pain consacré n’est pas le corps du Christ est le suivant : « Ceci est mon corps ne signifie pas identité mais représentation. Si je montre une photographie et dis : Ceci est ma mère, personne n’en conclura que ce morceau de carton est ma maman » (La Cena del Señor [La Cène du Seigneur], Ronald Harris, p. 8). Cet argument n’est pas logique. Bien sûr que « sa maman » n’est pas la photo, mais la personne sur la photo est bien la maman. Et c’est à elle qu’on se réfère lorsqu’on dit « c’est ma maman », non au « morceau de carton ». Si Jésus avait montré une photo de pain et dit que « ceci est mon corps », il se référerait au pain et non à la photographie. De manière semblable, Jésus prenant du pain dit que c’était son corps. Ainsi, cet argument protestant ne tient pas.

  8. Lorsque Jésus dit qu’il ne boira plus du produit de la vigne, c’est au sens de l’état d’origine. Il ne nie pas le changement en sang du Christ (voir Gn 2, 23 ; Ex 7, 12 ; Jn 2, 9 et 2 P 2, 22). De plus, le mot grec est GENNEEMA, signifiant génération / origine. Le sens de la phrase est alors « ce qui fut engendré ou produit de la vigne ». Son sens littéral ne précise pas si c’est du jus de raisin, du vin ou le sang du Christ, car tous trois peuvent être des produits de la vigne. Il en va de même en 1 Co 11, 23-29 où Paul interchange « pain » et « corps ».

  9. L’Église La Luz del Mundo [La Lumière du Monde] parle de son fondateur, Aarón Joaquín Flores, comme d’un autre « apôtre » (au même niveau que Paul, donc). Contredisant son compagnon l’Apôtre (véritable) Paul, Aarón dit : « Lorsqu’en 1928 (Aarón) revint à nouveau dans la ville de Tepic, il se mit à parler de l’Évangile, devant la Cathédrale même de l’Église catholique, disant aux gens : Ce ne sont pas des Dieux (l’hostie) que fabriquent les mains (des prêtres) ! ». Tiré de la revue La Luz del Mundo nº 2, édition de janvier 1984, p. 4. Bien sûr, si ce n’était que du pain, ce serait de l’idolâtrie de l’adorer. La Bible interdit l’idolâtrie (voir chapitre 16).

  10. Bien des fois ce mot est compris comme « discerner SANS DOUTER » (Mt 21, 21 ; Mc 11, 23 ; Ac 10, 20 et 11, 12 ; Rm 4, 20 et 14, 23 ; Jc 1, 6).

  11. Comme d’autres fondamentalistes, le déjà mentionné M. McCarthy termine son opuscule en disant combien il est absurde de croire que l’hostie consacrée, qui garde la même apparence et le même goût, est le corps du Christ. Tout aussi absurde est pour lui que Jésus, avec son corps présent à la Dernière Cène, parle du pain comme de son corps, comme s’il y avait deux corps. Mais les mêmes arguments s’entendent de la bouche d’un Juif : combien il est difficile de croire à l’incarnation, que ce bébé en langes dans les mains de Marie et qui plus tard est trahi, abandonné, renié par ses propres disciples, condamné par les autorités religieuses puis meurt sur une croix est la Seconde Personne de la Trinité. Et comment Jésus aurait-il été présent sur la terre et néanmoins membre de la Trinité au ciel ? Évidemment, nous ne nous fondons pas seulement sur les apparences et la logique pour comprendre les mystères. Jésus demande la foi.

  12. Ibid., Fisher, p. 75.

  13. Merci au Dr Scott Hahn pour avoir apporté une partie de ce chapitre.

  14. La première coupe s’appelle la Kadush. La célébration commence véritablement avec la deuxième coupe, que l’on prend après avoir récité le Psaume 113. La troisième coupe est la coupe de bénédiction, que l’on prend après avoir rendu grâces et prié sur le pain, et chanté le Hallel (Psaumes de louange nº 114-118). Dans Marc, Jésus chante ces psaumes mais ne conclut pas avec la quatrième coupe, qui s’appelle la coupe de consommation. L’Évangile de Luc a quelque peu changé l’ordre des paroles de Jésus. Il est reconnu par tous les érudits de la Bible que Luc s’est appuyé sur l’Évangile de Marc. Sinon, il semble que Jésus se contredise. Pour plus de détails sur les quatre coupes et sur la manière dont les Juifs célébraient la Cène pascale, voir le chap. 15 de La Plegaria Eucarística [La Prière eucharistique], Luis Maldonado, pp. 166-170.

  15. Et vivez dans l’amour, comme le Christ aussi vous a aimés et s’est livré pour nous, s’offrant à Dieu en sacrifice d’agréable odeur (Ep 5, 2).

  16. L’une des définitions d’ANAMNESIS dans le lexique est « sacrifice mémorial » (Bauer, Walter, A Greek English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature, Univ. of Chicago, 1979, p. 58).

  17. L’idée d’un autel comme table est implicite au Psaume 50, où les sacrifices sont présentés comme nourriture divine. Le lien entre les deux est explicite en Ez 41, 22 et Ml 1, 6b-7.

  18. Ibid., Fisher, p. 75.

  19. (L’Église catholique) assure que le pain et le vin se transforment, en vertu de l’autorité du prêtre, en corps et sang de notre Seigneur Jésus, de telle manière que l’âme et la nature divine y sont présentes. On ne nous dit pas si c’est le corps terrestre ou le corps glorifié que mangent les bons catholiques… » Análisis del ROMANISMO [Analyse du ROMANISME] par J.A. Phillips, p. 107. Mensonge ! Mensonge, parce que l’Église le dit bel et bien. Quel genre d’« analyse » ! Certains diront qu’« il n’aurait pas été possible qu’à la Dernière Cène Jésus changeât le pain et le vin en son corps et son sang. Cela signifierait qu’il y eut deux corps de Jésus, le corps normal et le pain changé en son corps et son sang. Il ne s’est pas évanoui pour se changer en pain et en vin. Son corps normal demeurait présent auprès de ses Apôtres ». M. Phillips dit : « Qu’était son corps ? Précisément le petit fragment de pain que le Christ tenait dans sa main à ce moment-là. En d’autres termes, il avait deux corps » (p. 108). Mais pourquoi limiter Jésus ? Que le Christ puisse être présent de deux manières simultanément est un mystère, comme l’est le fait que Dieu soit en tout lieu. Comme dit Keating : « un mystère est une vérité religieuse qui ne peut être pleinement comprise par la raison, sans que pour autant elle soit impossible. Une chose ne devient pas impossible du seul fait que nous ne pouvons pas la comprendre » (p. 243). Nous avons vu que le pain consacré n’est pas le corps même de Jésus tel qu’il était avant d’être transformé dans la résurrection.

Tiré du livre No todo el que dice Señor, Señor [Ce ne sont pas tous ceux qui disent Seigneur, Seigneur]
Paroisse de Clavería, Mexique, 1998
© Daniel Gagnon
Version internet : Carlos Alberto Jardón