Le saint Concile enjoint à tous les évêques et aux autres personnes qui ont la charge et l’obligation d’enseigner d’instruire avec exactitude les fidèles, avant toute chose, sur l’intercession et l’invocation des saints, l’honneur dû aux reliques et l’usage légitime des images, selon la coutume de l’Église catholique et apostolique, reçue depuis les temps primitifs de la religion chrétienne, et selon le consentement des saints Pères et les décrets des saints conciles; en leur enseignant que les saints qui règnent avec le Christ prient Dieu pour les hommes; qu’il est bon et utile de les invoquer humblement et de recourir à leurs prières, à leur intercession et à leur secours pour obtenir de Dieu des bienfaits par Jésus-Christ, son Fils, notre Seigneur, qui est notre unique Rédempteur et Sauveur; et que pensent impiement ceux qui nient que l’on doive invoquer les saints qui jouissent au ciel de la félicité éternelle; ou ceux qui affirment que les saints ne prient pas pour les hommes; ou que c’est une idolâtrie de les invoquer afin qu’ils prient pour nous, même pour chacun en particulier; ou que cela répugne à la parole de Dieu et s’oppose à l’honneur de Jésus-Christ, unique médiateur entre Dieu et les hommes; ou qu’il est folie de supplier verbalement ou mentalement ceux qui règnent dans le ciel.

Qu’ils instruisent aussi les fidèles qu’ils doivent vénérer les saints corps des saints martyrs et des autres qui vivent avec le Christ, qui furent membres vivants du Christ lui-même et temples du Saint-Esprit, par qui ils doivent ressusciter pour la vie éternelle afin d’être glorifiés, et par lesquels Dieu accorde de nombreux bienfaits aux hommes; de sorte que doivent être absolument condamnés, comme l’Église les a très anciennement condamnés et les condamne encore maintenant, ceux qui affirment que l’on ne doit pas honorer ni vénérer les reliques des saints; ou que ces reliques et autres monuments sacrés sont honorés en vain par les fidèles; et que les visites fréquentes aux chapelles dédiées aux saints, dans le but d’obtenir leur secours, sont inutiles. De plus, le Concile déclare que l’on doit avoir et conserver, principalement dans les temples, les images du Christ, de la Vierge Mère de Dieu et des autres saints, et qu’il faut leur rendre l’honneur et la vénération qui leur correspondent: non pas parce que l’on croit qu’il y ait en elles une divinité ou quelque vertu pour laquelle elles mériteraient un culte, ou qu’on doive leur demander quelque chose, ou qu’il faille mettre sa confiance dans les images, comme le faisaient autrefois les païens qui plaçaient leur espérance dans les idoles; mais parce que l’honneur rendu aux images se rapporte aux originaux qu’elles représentent; de sorte que nous adorons le Christ au moyen des images que nous baisons, et devant lesquelles nous nous découvrons et nous agenouillons; et que nous vénérons les saints dont elles portent la ressemblance: tout cela est ce qui se trouve établi dans les décrets des conciles, et spécialement dans ceux du deuxième concile de Nicée contre les adversaires des images.

Que les évêques enseignent avec soin que, par les histoires de notre rédemption exprimées en peintures et autres représentations, le peuple est instruit et confirmé, puisqu’on lui rappelle les articles de la foi et qu’on les remet continuellement devant son esprit; en outre, qu’un grand fruit se tire de toutes les saintes images, non seulement parce qu’elles rappellent au peuple les bienfaits et les dons que le Christ lui a accordés, mais aussi parce que les exemples salutaires des saints et les miracles que Dieu a opérés par eux sont exposés aux yeux des fidèles, afin qu’ils en rendent grâce à Dieu et règlent leur vie et leurs mœurs sur les exemples de ces mêmes saints; de même, afin qu’ils soient excités à adorer et à aimer Dieu, et à pratiquer la piété. Et si quelqu’un enseigne ou pense le contraire de ces décrets, qu’il soit excommunié.

Mais si quelques abus se sont introduits dans ces saintes et salutaires pratiques, le saint Concile désire ardemment qu’ils soient entièrement extirpés; de sorte qu’on ne place aucune image de faux dogmes, ni qui donne aux simples l’occasion de dangereuses erreurs. Et s’il arrive que l’on exprime et figure quelquefois des histoires et des récits de la Sainte Écriture, parce que cela convient à l’instruction du peuple ignorant, qu’on enseigne au peuple que ce n’est pas représenter la divinité, comme s’il était possible de la voir avec les yeux du corps ou de l’exprimer par des couleurs ou des figures. Que toute superstition soit absolument bannie dans l’invocation des saints, dans la vénération des reliques et dans l’usage sacré des images; que tout gain sordide soit écarté; qu’enfin toute indécence soit évitée; de manière que les images ne soient pas peintes ni ornées d’une beauté scandaleuse; et que les hommes n’abusent pas non plus des fêtes des saints ni de la visite des reliques pour faire des festins et des ivresses: comme si le luxe et la débauche étaient le culte par lequel on doit célébrer les jours de fête en l’honneur des saints.

Enfin, que les évêques mettent tant de soin et de diligence en ce point que l’on ne voie rien de désordonné, ni mis hors de sa place et confusément, rien de profane et rien de déshonnête; car la sainteté convient si bien à la maison de Dieu. Et pour que ces décisions soient observées avec plus d’exactitude, le saint Concile établit qu’il ne soit permis à personne de placer, ni de faire placer, aucune image inusitée et nouvelle en aucun lieu ni aucune église, même exemptée de quelque manière que ce soit, sans l’approbation de l’évêque. On ne doit pas non plus admettre de nouveaux miracles ni adopter de nouvelles reliques sans que le même évêque les ait reconnues et approuvées. Et celui-ci, dès qu’il sera informé avec certitude de quelque point qui les concerne, consultera quelques théologiens et autres personnes pieuses, et fera ce qu’il jugera convenir à la vérité et à la piété. Dans le cas où il faudrait extirper quelque abus douteux ou difficile à résoudre, ou qu’il survienne quelque grave difficulté sur ces matières, l’évêque attendra, avant de résoudre la controverse, la sentence du métropolitain et des évêques comprovinciaux en concile provincial; de telle sorte toutefois qu’aucune chose nouvelle ou non usitée jusqu’à présent dans l’Église ne soit décrétée sans consulter le Pontife romain.