Un ancien chrétien évangélique explique la réalité du Purgatoire

Supposons qu’un ami ou un collègue de travail vienne vous dire :

« L’Église catholique possède cette vaste doctrine du purgatoire, inventée au Moyen Âge. L’Église avait même coutume de vendre des indulgences pour raccourcir d’un nombre fixe de jours le temps que l’on passerait au purgatoire. Cette doctrine repose sur des livres qui n’appartiennent pas à la Bible. Il n’existe dans l’au-delà aucun lieu ni aucune région pour les sauvés, hormis le ciel. Il n’y a pas de souffrance dans l’au-delà, et à la minute même où nous mourons nous allons au ciel, comme le dit Paul : “Être absent du corps, c’est être présent avec le Christ” ; prier pour les personnes au purgatoire n’a aucun sens. Pire encore, cela contredit la suffisance de l’œuvre du Christ. C’est totalement antibiblique. Aucun protestant ne pourrait y croire. »

Que répondriez-vous ?

Eh bien, la première chose à dire serait : « Holà ! Du calme ! Un argument à la fois, d’accord ? » Puis examinez avec lui ses arguments un par un…

1. « L’Église catholique possède cette vaste doctrine du Purgatoire ».

C’est tout à fait faux. À titre d’exemple, la section consacrée au purgatoire dans le Catéchisme de l’Église catholique ne comprend que trois paragraphes (CEC 1030-1032). Pour l’essentiel, il n’y a que trois points sur ce sujet que l’Église catholique tient pour certains : (1) qu’il existe une purification après la mort, (2) que cette purification comporte un certain type de souffrance ou d’inconfort, et (3) que Dieu vient en aide à ceux qui traversent cette purification, en réponse aux actions de ceux qui sont vivants. Parmi les points sur lesquels l’Église n’insiste pas figurent les idées selon lesquelles le purgatoire serait un lieu ou durerait dans le temps, comme nous le verrons plus loin.

2. « Inventée au Moyen Âge ».

L’idée que le purgatoire serait une invention tardive est tout aussi fausse. En réalité, il fait partie de la vraie religion depuis le temps du Christ. On en trouve témoignage non seulement dans 2 Maccabées, qui atteste directement cette croyance (voir plus bas), mais aussi dans d’autres livres juifs préchrétiens, comme La Vie d’Adam et Ève, qui affirme qu’Adam sera libéré du purgatoire au Dernier Jour.

Il faisait également partie de la vraie religion au temps de Jésus, comme le montrent les écrits du Nouveau Testament. Et il a fait partie de la vraie religion depuis toujours, dès le temps du Christ, comme le montrent aussi les écrits des Pères de l’Église (voir le sujet « Le Purgatoire dans l’Église primitive et les Pères de l’Église »).

Ce ne sont pas seulement les catholiques qui croient à cette purification finale, mais aussi les orthodoxes orientaux (bien qu’ils n’emploient pas souvent le terme « purgatoire » pour la désigner), tout comme les juifs orthodoxes. De fait, aujourd’hui encore, lorsqu’un être cher d’une personne juive meurt, celle-ci récite pendant les onze mois qui suivent le décès une prière connue sous le nom de Qaddish des endeuillés, pour la purification de l’être aimé.

Puisque la doctrine du purgatoire a été soutenue par les juifs préchrétiens, les juifs postchrétiens, les catholiques et les orthodoxes orientaux, personne ne songea à la nier jusqu’à la Réforme protestante, si bien que seuls les protestants la nient aujourd’hui.

3. « L’Église avait même coutume de vendre des indulgences pour raccourcir d’un nombre fixe de jours le temps que l’on passerait au Purgatoire ».

À propos de cet argument, faites d’abord remarquer qu’il porte en réalité sur les indulgences, qui constituent un sujet à part (voir mon article, « Introduction aux indulgences »). Si quelqu’un souhaite réellement entendre ce que les catholiques ont à dire sur eux-mêmes, il faut traiter un sujet à la fois, et non plusieurs à la fois dans une sorte d’approche « à bout portant » de l’apologétique.

Deuxièmement, les indulgences n’ont jamais été vendues. À une certaine époque, durant une période de peut-être deux cents ans, il était possible de faire un don charitable à une cause déterminée, comme un fonds destiné à construire un orphelinat ou une église, comme l’un des moyens par lesquels une indulgence pouvait être obtenue. Cela n’est pas différent de ce que font les ministères protestants qui offrent quelque chose en échange d’une contribution charitable ou d’une « offrande d’amour » à une cause méritoire. Toutefois, en raison du scandale que les protestants provoquèrent, il y a plus de quatre cents ans (peu après le Concile de Trente) l’Église interdit le don charitable comme moyen d’obtenir des indulgences.

Troisièmement, les protestants se méprennent souvent sur le nombre de « jours » qui étaient autrefois associés aux indulgences. Ceux-ci n’ont rien à voir avec le temps passé au purgatoire. Les indulgences apparurent à l’origine comme un moyen de raccourcir la période de pénitence sur la terre. Le nombre de « jours » associé aux indulgences n’était pas compris comme raccourcissant le temps au purgatoire, mais comme facilitant la purification après la mort d’une manière analogue à la réduction de la période pénitentielle terrestre pendant le nombre de jours indiqué.

Quatrièmement, comme certaines personnes se méprenaient en pensant que le purgatoire était réduit d’un nombre donné de jours au moyen d’une indulgence, l’Église abolit le nombre de « jours » associé aux indulgences, précisément pour dissiper cette confusion.

Cinquièmement, la raison pour laquelle les « jours » n’ont jamais été compris littéralement comme des jours retranchés au purgatoire, c’est que les théologiens médiévaux, tels que saint Thomas d’Aquin, qui vivaient précisément à l’époque où ces « jours » étaient associés aux indulgences, ont été très clairs sur le fait que le temps ne fonctionne pas dans l’au-delà de la même manière qu’ici. De fait, ils avaient un terme spécial pour le désigner, et distinguaient trois modalités temporelles différentes : le cours ordinaire des événements que nous connaissons ici-bas sur la terre, appelé « temps » ; le présent perpétuel que connaît Dieu, appelé « éternité » ; et l’état intermédiaire, moins bien compris, que connaissent ceux qui sont dans l’au-delà, appelé « éviternité ».

Ainsi l’Église n’a jamais affirmé que le purgatoire impliquerait le même type de temps que celui que nous connaissons ici-bas sur la terre, ni même un temps quelconque. C’est pourquoi le cardinal Joseph Ratzinger, qui n’est nullement un théologien libéral, écrit que le purgatoire peut comporter une durée « existentielle » plutôt que « temporelle » (voir le livre « Eschatologie », de Ratzinger). Ce peut être quelque chose que l’on éprouve, mais que l’on éprouve en un instant, plutôt que quelque chose que l’on traverse au fil du temps.

4. « Cette doctrine repose sur des livres qui n’appartiennent pas à la Bible ».

Lorsqu’un protestant dit cela, il a à l’esprit 2 Maccabées 12, où Judas Maccabée et ses hommes prient pour leurs camarades tombés au combat qui « s’étaient endormis dans la piété », afin qu’ils pussent être « délivrés de leurs péchés » dans l’au-delà, et que c’était là une « sainte et pieuse pensée » que d’agir ainsi.

Par conséquent, 2 Maccabées soutient la prière pour les morts afin qu’ils puissent être délivrés des conséquences de leurs péchés (car ce qu’ils avaient nécessairement à l’esprit, c’étaient les conséquences du péché, puisqu’on ne pèche pas dans l’au-delà). Comme il n’est pas agréable d’être soumis aux conséquences de ses propres péchés, nous pouvons en déduire un certain type de souffrance ou d’inconfort, et par conséquent toute la doctrine du purgatoire : une purification (délivrance) après la mort, qui comporte un certain type de souffrance ou d’inconfort, et qui peut être assistée par les prières des vivants.

Cependant, même si 2 Maccabées 12 enseigne assurément la doctrine du purgatoire, cette doctrine n’est nullement « fondée sur » ce passage. Elle peut être appuyée par de nombreux passages du Nouveau Testament, mais plus fondamentalement encore (et c’est ce que vous devriez faire remarquer aux protestants), elle peut être déduite des seuls principes de la théologie protestante.

Voyez : les protestants sont très fermes (voire insistants) sur le fait que nous continuons de pécher jusqu’à la fin de cette vie à cause de notre nature corrompue. Pourtant, ils sont tout aussi insistants (si on les presse) sur le fait que nous ne pécherons pas au ciel parce que nous n’aurons plus de nature corrompue. Il faut donc, entre la mort et la gloire, qu’il y ait une sanctification — une purification — de notre nature.

Cette purification ne se déroule peut-être pas dans le temps, mais, comme nous l’avons vu, cela ne fait pas obstacle à la doctrine du purgatoire. Il demeure que, entre la mort et la gloire, il doit y avoir une purification, et cela est par définition le purgatoire — la purification finale ou, pour le dire en termes plus protestants, « la sanctification finale » ou « la dernière étape de la sanctification ».

5. « Il n’existe dans l’au-delà aucun lieu ni aucune région pour les sauvés, hormis le ciel ».

Eh bien, cela est peut-être vrai. L’Église enseigne que le purgatoire est la purification finale, mais non qu’il ait lieu dans quelque région particulière de l’au-delà. De même que nous ignorons comment fonctionne le temps dans l’au-delà — ce qui signifie que le purgatoire ne prend peut-être pas de temps —, nous ignorons également comment fonctionne l’espace dans l’au-delà, en particulier pour les âmes désincarnées — ce qui signifie que le purgatoire pourrait ne pas se produire en un lieu particulier.

La purification finale peut avoir lieu dans la présence immédiate de Dieu (dans la mesure où la présence de Dieu peut être décrite en termes spatiaux). De fait, dans son livre sur l’eschatologie, le cardinal Joseph Ratzinger décrit le purgatoire comme une rencontre ardente et transformante avec le Christ et son amour :

« Le purgatoire n’est pas, comme le pensait Tertullien, une sorte de camp de concentration supraterrestre où l’on est contraint de subir des châtiments d’une manière plus ou moins arbitraire. Il est bien plutôt le processus de transformation intérieurement nécessaire par lequel une personne devient capable du Christ, capable de Dieu [c’est-à-dire capable de l’union totale avec le Christ et avec Dieu], et donc capable d’unité avec toute la communion des saints. Il suffit de considérer les personnes avec un certain degré de réalisme pour se rendre compte de la nécessité d’un tel processus. Il ne remplace pas la grâce par les œuvres, mais permet à la première de remporter sa victoire totale précisément en tant que grâce. Ce qui sauve effectivement, c’est le plein consentement de la foi. Mais chez la plupart d’entre nous, ce choix fondamental est enseveli sous une grande quantité de bois, de foin et de paille. Ce n’est qu’avec peine qu’il peut émerger de dessous l’entrelacs d’un égoïsme que nous sommes incapables de démolir de nos propres mains. L’homme est celui qui reçoit la divine miséricorde, mais cela ne le libère pas de la nécessité d’être transformé. La rencontre avec le Seigneur est cette transformation. C’est le feu qui consume nos scories et nous transforme pour faire de nous des vases de joie éternelle. »

Par conséquent, selon la manière dont Ratzinger explique la doctrine, nous sommes arrachés à cette vie et introduits dans l’union directe avec Jésus ; son amour ardent et sa sainteté consument toutes les scories et impuretés de nos âmes et nous rendent aptes à la vie dans la lumière glorieuse et insurpassable de la présence et de la sainteté de Dieu.

6. « Il n’y a pas de souffrance dans l’au-delà ».

Cet argument est tout à fait faux. Il n’est pas vrai qu’il n’y ait pas de souffrance dans l’au-delà, pas même pour les sauvés. Il nous est dit qu’un jour, dans l’ordre éternel, « Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Apocalypse 21, 4) — mais notez quand cela se produit : dans l’ordre éternel, après la descente de la Nouvelle Jérusalem et la fin des cieux et de la terre actuels.

Avant ce temps-là, l’Écriture ne nous donne aucune promesse que nous serons exempts de toute souffrance. En réalité, elle indique exactement le contraire. Paul nous dit :

« Aussi bien, que nous demeurions en ce corps ou que nous le quittions, avons-nous à cœur de lui plaire. Car il faut que tous nous soyons mis à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun recouvre ce qu’il aura fait pendant qu’il était dans son corps, soit en bien, soit en mal. Connaissant donc la crainte du Seigneur, nous cherchons à persuader les hommes » (2 Corinthiens 5, 9-11).

Paul affirme que, par crainte du Seigneur, il cherche à plaire à Dieu, parce que nous comparaîtrons tous devant Dieu pour être jugés selon que ce que nous avons fait est bon ou mauvais. La perspective de paraître devant le tribunal du Christ est donc redoutable, même pour les chrétiens.

C’est là une chose que reconnaissent même les protestants. Par exemple, dans sa série À travers la Bible (à propos de Romains 14 en l’occurrence), le prédicateur protestant J. Vernon McGee faisait remarquer qu’il n’était pas pressé de comparaître devant le tribunal du Christ, parce que, à son tribunal, Jésus-Christ allait prendre à part J. Vernon McGee — ce que le Christ approuve assurément, lorsqu’il dit à ses disciples (les chrétiens) :

« Que si l’on bâtit sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, de la paille, l’œuvre de chacun deviendra manifeste ; le Jour la fera connaître, car il doit se révéler dans le feu, et c’est ce feu qui éprouvera la qualité de l’œuvre de chacun. Si l’œuvre bâtie sur le fondement subsiste, l’ouvrier recevra un salaire ; si son œuvre est consumée, il en subira la perte ; quant à lui, il sera sauvé, mais comme à travers le feu » (1 Corinthiens 3, 12-15).

Cela s’applique clairement aux sauvés, car Paul le dit (« il sera sauvé »), mais il n’indique pas que cet examen de la vie soit une chose agréable, car, comme Paul le dit aussi, l’œuvre de la personne en question « est consumée » et « il en subira la perte », et, bien qu’il soit sauvé, ce sera « comme à travers le feu ». Inutile de dire que voir l’œuvre de sa vie se consumer dans les flammes, la perdre alors qu’on espérait « recevoir un salaire », et s’échapper à travers les flammes, n’a rien d’agréable.

Par conséquent, le jour où nous recevrons notre jugement particulier à la fin de la vie ne sera pas agréable dans la mesure où nos œuvres ne seront pas bonnes. Cela montre clairement la réalité de la souffrance et de l’inconfort après la mort, mais avant l’inauguration de l’ordre éternel.

Or, certains protestants tentent un stratagème pour contourner ce passage, en disant que ce sont nos œuvres qui sont éprouvées. Il est vrai que, superficiellement, dans ce passage Paul dit que nos œuvres seront éprouvées par le feu. Mais cela ne change rien, car nous éprouverons existentiellement la manière dont nos œuvres sont éprouvées et consumées. C’est pourquoi Paul dit que celui dont les œuvres subsistent « recevra un salaire » — quelque chose qu’il éprouvera — et que celui dont les œuvres sont consumées en subira la perte — là encore, quelque chose qu’il éprouvera.

C’est pourquoi Paul couronne le passage en disant que le sauvé qui subira cette perte ne sera sauvé que « comme à travers le feu » — l’image d’un homme qui s’échappe d’un édifice en flammes, ce à quoi Paul faisait précisément allusion : l’église locale en tant qu’édifice construit par des hommes, soit avec des matériaux ignifuges, soit avec des matériaux qui seront consumés (voir le contexte précédent). D’où l’image d’un homme qui a mal construit sa propre église locale, et qui voit ensuite son œuvre — l’édifice qu’il a construit — consumée par le feu, de sorte qu’il doit le fuir à travers les flammes pour s’échapper.

Par conséquent, même si Paul dit que nos œuvres (l’édifice que nous construisons) seront éprouvées dans le feu, il se représente les flammes nous atteignant nous-mêmes si notre édifice prend feu et que nous sommes contraints de le fuir. Ainsi, sous cette métaphore de Paul, nos œuvres sont éprouvées, mais nous-mêmes ressentons les conséquences de cet examen de la manière la plus douloureuse qui soit, car il n’y a rien d’agréable à devoir s’échapper d’un édifice en flammes tandis que l’œuvre de sa vie s’effondre autour de soi.

7. « Paul dit : “être absent du corps, c’est être présent avec le Christ” ».

C’est là pratiquement le mantra de certaines personnalités protestantes de la radio. Pourtant, c’est totalement et entièrement faux. Paul n’a pas dit : « Être absent du corps, c’est être présent avec le Christ. » Ce qu’il a réellement dit, c’est :

« [6] Ainsi, toujours pleins de hardiesse, et sachant que demeurer dans ce corps, c’est vivre en exil loin du Seigneur, [7] car nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. [8] Oui, nous sommes pleins de hardiesse, et nous préférerions quitter ce corps pour aller demeurer près du Seigneur. Aussi bien, que nous demeurions en ce corps ou que nous le quittions, avons-nous à cœur de lui plaire. [10] Car il faut que tous nous soyons mis à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun recouvre ce qu’il aura fait pendant qu’il était dans son corps, soit en bien, soit en mal. [11] Connaissant donc la crainte du Seigneur, nous cherchons à persuader les hommes. Quant à Dieu, nous sommes à découvert devant lui, et j’espère que, dans vos consciences aussi, nous sommes à découvert » (2 Corinthiens 5, 6-11).

Remarquons que Paul parle de lui-même au moyen du pluriel « nous » dans ce passage, comme le montre le verset 11, où il mentionne son ministère d’évangélisation et oppose le « nous » qui cherche à persuader les hommes à l’espérance que « vous » aussi ayez la même connaissance. Ses paroles s’appliquent clairement à d’autres personnes en général, mais il parle avant tout de lui-même.

Par conséquent, ce que Paul dit ici (v. 6), c’est qu’il sait que, tant qu’il est dans le corps, il est loin du Seigneur — ce qui est assurément vrai et qu’aucun catholique ne nierait. Nous ne sommes pas, en cette vie, dans la présence immédiate, dévoilée et visible du Christ. De sorte qu’à ce verset un catholique peut simplement répondre : « Et alors ? Qui ne le sait pas ? »

Paul affirme ensuite (v. 8) qu’il préférerait être hors du corps et auprès du Seigneur. C’est ce que les personnalités protestantes de la radio font passer pour « être hors du corps, c’est être auprès du Christ ». Ce n’est pas ce que Paul a dit.

Tout d’abord, il parle de lui-même, rappelons-le, et non des gens en général. Il y a bon nombre de chrétiens — et, pour être franc, la plupart d’entre eux — qui préféreraient de beaucoup demeurer présents dans le corps plutôt que mourir pour aller être avec Jésus. La préférence de Paul, qui est de mourir pour être avec Jésus plutôt que de vivre en demeurant dans le corps, n’est nullement un sentiment universel parmi les chrétiens.

Deuxièmement, il exprime un désir. Il souhaite que quelque chose se produise. Mais il y a une grande différence entre dire que l’on souhaite que quelque chose se produise et dire que cela se produira infailliblement.

Troisièmement, il y a une différence plus grande encore entre dire que l’on souhaite que deux choses se produisent et dire que, lorsque l’une survient, l’autre survient à l’instant même. Par exemple, si moi, en tant que personne non mariée, je disais : « Je veux rentrer chez moi et dîner », je ne voudrais pas dire qu’à l’instant où j’arriverai chez moi je serai en train de dîner. N’étant pas marié, il me faudra préparer le dîner avant de pouvoir dîner. Il y a manifestement un certain délai entre mon arrivée à la maison et mon dîner. On pourrait dire la même chose d’une personne qui dit : « Je veux rentrer chez moi et regarder mon émission préférée. » Le fait d’arriver chez soi ne signifie pas que l’on est aussitôt en train de regarder son émission préférée. De fait, il peut se passer des heures avant que son émission préférée ne soit diffusée.

Et remarquez que, dans la parabole de Lazare et de l’homme riche, Jésus montre l’âme du défunt emportée par les anges vers son lieu de repos (Luc 16, 22). Manifestement, sous cette image, un certain temps de transport est décrit.

Quatrièmement, il ne s’ensuit pas davantage, même si une chose découle automatiquement de l’autre, que les deux soient identiques. Que B découle de A ne garantit pas l’affirmation selon laquelle A serait B ; or c’est précisément ainsi que les personnalités protestantes de la radio tordent le langage de Paul lorsqu’elles déclarent : « Paul dit : “Être absent du corps, c’est être présent avec le Seigneur.” » Elles le disent de telle manière que cela paraît une citation directe, et non un résumé ; et comme beaucoup de gens ne cherchent jamais le verset pour voir ce que Paul dit réellement, ils ne se rendent jamais compte qu’il ne s’agit pas d’une citation directe, et sont amenés à croire à tort que l’Écriture dit quelque chose qu’elle ne dit pas.

C’est pourquoi ce résumé (inexact) du langage de Paul est passé dans le domaine des mythes. C’est l’un de ces versets mythiques que les gens ont entendus tant de fois qu’ils pensent que la Bible les contient, alors qu’en réalité il n’en est rien (par exemple : « Épargner la verge, c’est gâter l’enfant », « Le lion se couchera avec l’agneau », chez les pentecôtistes : « Parler en langues est la preuve du baptême dans l’Esprit Saint », et le roi de tous les versets mythiques : « Il aide ceux qui s’aident eux-mêmes »). Les personnalités protestantes de la radio contribuent donc non seulement à l’ignorance biblique de la société en disant cela, mais aussi aux affirmations bibliques erronées.

Cinquièmement, il est particulièrement ironique que ce passage soit utilisé pour désapprouver le purgatoire, puisqu’il parle (v. 9, 10, 11) de la nécessité de plaire au Seigneur en cette vie, parce que, lorsque nous serons absents du corps et présents auprès du Seigneur, il nous faudra « comparaître devant le tribunal du Christ » pour rendre compte de tout ce que nous avons fait durant notre vie dans le corps — ce qui, dit Paul, le motive, car il est quelqu’un de « pénétré de la crainte du Seigneur ». De sorte que l’on peut dire : « Voulez-vous être absent du corps et instantanément présent auprès du Christ ? Magnifique ! Tant mieux pour vous ! Mais ce qui va se passer lorsque vous serez absent du corps et présent auprès du Christ — comme le montre ce passage —, c’est le jugement particulier, au cours duquel vous rendrez compte de chacun de vos actes et où vos œuvres seront éprouvées dans le feu. »

En tout cas, la première chose que vous devriez faire remarquer à un protestant qui recourt à l’« absent du corps / présent avec Jésus », c’est : « Ce n’est pas ce que Paul a dit. Ce qu’il a réellement dit, c’est qu’il “préférerait être hors du corps et présent auprès du Seigneur”. Mais il y a une grande distance entre l’affirmation “Je désire A et B” et l’affirmation “Quiconque fait A fera instantanément B”, et plus encore “A est B” ! »

La deuxième chose que vous devriez faire remarquer, c’est : « Eh ! Rappelez-vous : le purgatoire peut être instantané. De sorte que, si nous étions instantanément dans la présence du Christ après la mort (contrairement à l’image donnée par le Christ, celle d’être emportés par les anges vers notre destination), qu’est-ce que cela changerait ? Cela ne fait aucune différence pour la position catholique, car le temps ne fonctionne pas de la même manière dans l’au-delà, et le purgatoire pourrait n’être qu’une transformation instantanée, “en un clin d’œil”. »

8. « Prier pour les personnes au purgatoire n’a aucun sens ».

L’une des choses que les protestants trouvent difficiles à comprendre, surtout s’ils sont conscients du fait que le purgatoire peut ne pas se dérouler dans le temps, est la pratique de prier pour ceux qui sont en train d’être sanctifiés. Ils demanderont : « Si l’on est mort et que le temps de trouver le pardon est passé, comment la prière peut-elle changer quelque chose ? Et si la purification ne se déroule pas dans le temps, comment pouvez-vous prier pour elle après qu’elle a eu lieu ? »

En réponse à la première question, rappelez-vous ce qu’est le purgatoire : l’étape finale de la sanctification. Or, la sanctification peut être douloureuse ou non douloureuse (généralement la première), y compris son étape finale. Par conséquent, de même que nous pouvons prier pour d’autres en cette vie afin qu’ils soient rendus saints plus rapidement ou de manière non douloureuse, de même nous pouvons prier pour ceux qui sont à l’étape finale de la sanctification afin qu’ils soient rendus saints plus rapidement ou de manière non douloureuse.

Considérez une analogie : supposons que vous ayez un ami qui entre dans l’armée et se trouve au camp d’entraînement. Or, (théoriquement) tout homme qui entre dans l’armée doit être amené à un certain niveau d’excellence physique, ce qui est le but du camp d’entraînement. Peu importe le point de départ, le but de l’entraînement est de l’amener à ce niveau d’excellence physique.

C’est là ce que fait le purgatoire. Le purgatoire est le camp d’entraînement du ciel. Le but du purgatoire est de vous amener au niveau d’excellence spirituelle nécessaire pour éprouver toute la force de la présence de Dieu. Peu importe le point de départ : il n’y aura pas de péché au ciel, et vous devez être amené à ce niveau au cours de la sanctification finale, avant d’être glorifié avec Dieu au ciel.

Or, lorsque vous avez un ami au camp d’entraînement — qu’il s’agisse de l’entraînement physique ici-bas sur la terre ou de l’entraînement spirituel dans l’au-delà —, vous pouvez prier pour lui afin que l’entraînement lui soit facile, afin qu’il soit amené au niveau d’excellence dont il a besoin de la manière la moins douloureuse possible. Cela peut ou non abréger son temps au camp (de fait, aux États-Unis, le camp d’entraînement de l’armée a une durée fixe), mais vous pouvez néanmoins prier pour que ce lui soit plus facile pendant qu’il est amené au niveau où il doit se trouver.

Quant à la seconde question, concernant la manière dont nous pouvons prier pour quelqu’un si sa purification a été instantanée, il n’y a aucune différence avec le fait de prier pour n’importe quel événement passé. Dieu est hors du temps et connaît donc votre demande de toute éternité, ce qui signifie qu’il peut appliquer votre demande à n’importe quelle période où celle-ci est pertinente.

C’est pourquoi beaucoup de ministres protestants, pensant à quelqu’un qui vient de mourir et dont la profession de foi fut douteuse, diront : « Ô Seigneur, si telle est ta volonté, qu’il ait mis sa foi en ton Fils avant de mourir ! »

De même, beaucoup de laïcs protestants, lorsqu’ils courent avec angoisse vers leur maison parce qu’un terrible accident est survenu et qu’ils craignent, par exemple, que leur fille soit morte, prieront : « Ô Seigneur, quand j’arriverai là-bas, qu’elle ne soit pas morte ! Qu’elle ne soit pas morte, ô Seigneur ! » Bien entendu, ou elle l’est, ou elle ne l’est pas. Elle est déjà morte ou elle ne l’est pas. Mais comme Dieu est hors du temps et entend toutes nos demandes simultanément, il demeure rationnel de lui demander qu’il n’ait pas permis que quelque chose lui arrive pendant que nous étions absents.

C. S. Lewis, le célèbre auteur protestant, parle de la prière pour les événements passés de façon assez développée dans ses écrits, et il précise que le seul cas où il est irrationnel de prier pour un événement passé est celui où l’on sait qu’il n’était pas dans la volonté de Dieu d’exaucer la prière, parce que l’on sait déjà comment le fait s’est produit. Ainsi serait-il irrationnel de prier pour qu’Abraham Lincoln ne soit pas assassiné, puisque nous savons déjà qu’il l’a été ; ou serait-il irrationnel de prier pour que les nazis perdent telle bataille de la Seconde Guerre mondiale si l’on sait déjà qu’ils ont gagné cette bataille. Dans ces cas, il est irrationnel de prier parce que l’on connaît déjà la volonté de Dieu en la matière et que l’on sait qu’elle n’était pas la nôtre. Mais tant que l’on ne connaît pas quelle est la volonté de Dieu à propos de quelque chose — que ce soit passé, présent ou futur —, il demeure rationnel de prier.

Par conséquent, s’il s’avère que le purgatoire est instantané au moment de la mort, il demeure rationnel de prier pour que cette sanctification finale ait été plus facile pour ceux qui l’ont éprouvée, de la même manière qu’il est rationnel qu’un ministre protestant présent à des funérailles prie ainsi en son cœur : « Ô Seigneur, que cet homme ait mis sa confiance en ton Fils ! »

9. « Cela contredit la suffisance de l’œuvre du Christ ».

Bien. L’idée est ici que, puisque le purgatoire implique une souffrance, il doit d’une certaine manière contredire les souffrances du Christ et sous-entendre que celles-ci n’ont pas été suffisantes.

Il n’en est rien !

Rappelez-vous : le purgatoire est simplement l’étape finale de la sanctification. La sanctification en cette vie comporte la douleur — « car celui que le Seigneur aime, il le corrige, et il châtie tout fils qu’il agrée » [et] « toute correction, sur le moment, ne semble pas sujet de joie, mais de tristesse » (Hébreux 12, 6.11) —, et pourtant nul ne dit que cette souffrance contredise les souffrances du Christ. De la même manière, la souffrance au cours de la sanctification finale ne contredit en rien les souffrances du Christ et ne sous-entend nullement qu’elles soient insuffisantes.

Bien au contraire ! Le fait est que la souffrance que nous éprouvons dans la sanctification en cette vie est quelque chose que nous recevons à cause du sacrifice du Christ pour nous. Ses souffrances ont payé le prix pour que nous soyons sanctifiés, et ses souffrances ont payé le prix de toute notre sanctification — aussi bien la part initiale que la part finale. C’est pourquoi, en premier lieu, c’est à cause du sacrifice du Christ que nous recevons la sanctification finale ! S’il n’avait pas souffert, la sanctification finale ne nous serait pas donnée (ni la glorification à laquelle elle conduit), mais nous irions directement en enfer. Par conséquent, le purgatoire ne sous-entend pas que les souffrances du Christ furent insuffisantes ; bien plutôt, le fait que la sanctification finale du purgatoire nous soit donnée est dû aux souffrances du Christ !

10. « C’est totalement antibiblique ».

Ce que nous avons dit jusqu’ici devrait révéler la fausseté de ce reproche. Le purgatoire n’est en aucune manière une doctrine antibiblique. Bien plutôt, elle est pleinement biblique, avec des fondements tant implicites qu’explicites. Implicitement, elle peut être déduite des principes bibliques selon lesquels nous continuons de pécher jusqu’à la mort, mais qu’il n’y aura pas de péché dans la gloire. Par conséquent, entre la mort et la gloire, il doit y avoir une purification.

Explicitement, nous avons non seulement le témoignage de passages tels que celui de 2 Maccabées 12, mais aussi le témoignage de passages qui décrivent notre responsabilité devant le Christ au jugement particulier, y compris la description particulièrement saisissante de quelqu’un qui s’échappe à travers les flammes en 1 Corinthiens 3, 11-15.

Jésus lui-même y ajoute lorsqu’il parle, en Matthieu 12, 32, d’un péché qui ne sera pardonné ni en cette vie ni en celle à venir, sous-entendant que certains péchés (les péchés véniels dont nous ne nous serions pas repentis avant notre mort) seront pardonnés lorsque nous nous en repentirons au premier instant de notre vie d’outre-tombe.

Bien plus, en Matthieu 5, 25-26, Jésus nous dit : « Hâte-toi de t’accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l’adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. En vérité, je te le dis : tu ne sortiras pas de là que tu n’aies rendu jusqu’au dernier sou. »

Dans cette parabole, Dieu est le juge, et si nous ne nous sommes pas réconciliés avec notre prochain avant de voir Dieu, Dieu nous demandera compte du mal que nous leur avons fait. C’est ce que la Bible veut dire lorsqu’elle affirme que Dieu tirera vengeance pour nous, de sorte que nous ne devons pas nous venger nous-mêmes, car Dieu défendra la cause des pauvres et des veuves. Chaque fois qu’une personne pauvre ou une veuve (ou toute autre personne) est opprimée ou subit une injustice, Dieu demandera compte à l’oppresseur de ce qu’il a fait — à moins que la personne opprimée ne choisisse librement de pardonner à l’offenseur. En ce cas, Dieu ne demandera pas compte à l’offenseur du mal qu’il a fait au niveau humain (c’est-à-dire contre l’être humain envers lequel il a été injuste) ; mais, à moins que nous n’ayons obtenu le pardon de Dieu pour le mal que nous avons commis contre Dieu, il continuera de nous en demander compte.

C’est pourquoi, dans nos péchés contre autrui, il y a deux dimensions : l’humaine, par laquelle nous péchons contre notre prochain en cet acte, et la divine, par laquelle nous péchons contre Dieu en cet acte. Ainsi le vol est-il un péché contre notre prochain que nous volons, et un péché contre Dieu, dont nous violons la loi. Nous devons obtenir le pardon de Dieu pour l’aspect divin de notre péché ; mais, comme Jésus nous le dit en Matthieu 5, 25-26, nous devons obtenir le pardon de l’aspect humain de notre péché auprès de l’être humain contre lequel nous avons péché. Si nous ne le faisons pas, Dieu nous en demandera compte.

Bien entendu, comme les hommes sont des êtres finis, nos péchés contre eux ne peuvent mériter qu’un châtiment fini (à la différence de nos péchés contre Dieu, qui est un être infini, de sorte que nos péchés contre lui peuvent mériter un châtiment infini). Comme ce châtiment est fini, il doit être temporaire (car un châtiment éternel est infini, puisqu’il comporte la réception d’une douleur durant une période infinie de temps). Or, si ce châtiment que nous recevrons lorsque nous serons jugés par Dieu (selon la parabole de Jésus) est temporaire, alors c’est le purgatoire. C’est pourquoi Jésus dit : « Tu ne sortiras pas de là que tu n’aies rendu jusqu’au dernier sou », car il viendra un moment où prendra fin le châtiment fini dû à la dimension humaine et finie de ses péchés.

Quoi qu’il en soit, on en a dit plus qu’assez pour montrer l’inexactitude du reproche selon lequel le purgatoire serait une doctrine antibiblique. En réalité, elle est fermement enracinée dans l’Écriture.

11. « Aucun protestant ne pourrait y croire ».

Je suis désolé, mais cela aussi est faux. Il y a des protestants qui croient au purgatoire. L’un de ceux qui furent très explicites à son sujet fut C. S. Lewis. Dans ses Lettres à Malcolm, il écrivit :

« Bien sûr que je prie pour les morts. Ce geste est si spontané, si inévitable, que seul l’argument théologique le plus contraignant contre lui pourrait m’en empêcher. Et je sais à peine comment le reste de mes prières pourrait subsister si celles qui sont pour les morts étaient interdites. À notre âge, la plupart de ceux que nous aimons le plus sont morts. Quelle sorte de relation pourrais-je avoir avec Dieu si je ne pouvais lui mentionner ce que j’aime le plus ? »

« Je crois au purgatoire… Nos âmes réclament le purgatoire, n’est-ce pas ? Est-ce que cela ne nous briserait pas le cœur si Dieu nous disait : “Il est vrai, mon enfant, que tu as mauvaise haleine et que tes haillons dégoulinent de boue et de limon, mais ici nous sommes charitables et personne ne te reprochera ces choses ni ne se détournera de toi. Entre dans la joie” ? Ne lui répondrions-nous pas : “Avec tout le respect que je vous dois, Seigneur, et s’il n’y a pas d’objection, je préférerais être d’abord nettoyé” ? “Tu sais que cela peut être douloureux.” — “Malgré tout, Seigneur.” »

« Je suppose que le processus de purification comportera normalement une souffrance. En partie par tradition ; en partie parce que la plupart de ce qui m’a fait vraiment du bien l’a comportée. Mais je ne pense pas que la souffrance soit le but de la purification. Je puis fort bien croire que des personnes ni beaucoup pires ni beaucoup meilleures que moi souffriront moins ou plus que moi… le traitement administré sera celui qui sera nécessaire, qu’il fasse peu ou beaucoup souffrir. »

« Mon image préférée en cette matière vient du fauteuil du dentiste. J’espère que, lorsque la dent de la vie me sera arrachée et que je serai en train de “reprendre mes esprits”, une voix dira : “Rincez-vous la bouche avec ceci.” Ce sera cela, le purgatoire. Le rinçage peut durer plus longtemps que je ne l’imagine à présent. Son goût peut être plus brûlant et plus astringent que ma sensibilité actuelle ne pourrait le supporter. Mais… il ne sera [pas] écœurant ni impie. »

Mais au-delà de protestants comme Lewis, qui admettent ouvertement leur croyance au purgatoire, on peut dire que les protestants en général croient au purgatoire, et qu’ils ne l’appellent simplement pas ainsi. Car tout protestant historique admettra que notre péché continuel en cette vie ne se poursuit pas au ciel. De fait, ils insisteront bien sur le point que, quoique notre sanctification ne soit pas complète en cette vie, elle sera achevée (instantanément, disent-ils) dès que cette vie prendra fin. Mais c’est justement cela, le purgatoire ! — la sanctification finale, la purification. Il est donc permis de dire que beaucoup de protestants croient au purgatoire sans s’en rendre compte.

Une démarche positive

Toutes ces réflexions nous aident à comprendre comment répondre aux objections qu’un protestant peut opposer à la doctrine du purgatoire. Cependant, comme ce sont des réfutations, elles ne constituent pas en elles-mêmes un exposé positif de la doctrine à l’intention des protestants. Si l’on veut faire cela — présenter un exposé de la doctrine plutôt qu’expliquer pourquoi les objections qu’on lui oppose échouent —, alors il faudrait nouer ensemble les réflexions précédentes et dire quelque chose comme ceci :

« Le purgatoire est le nom que les catholiques donnent à la purification finale qui a lieu à la fin de la vie. Comme nous péchons encore en cette vie, mais que nous ne pécherons plus lorsque nous serons dans la gloire, il doit y avoir une purification entre la mort et la glorification. C’est là une chose que même les protestants admettent. Le purgatoire est donc l’étape finale de notre sanctification. Il est notre passage vers la gloire. Tout au long de la vie chrétienne, Dieu purifie nos cœurs et nous donne une plus grande sainteté, mais ce processus sanctifiant n’est pas achevé (ni rien qui s’en approche) avant la fin de notre vie. C’est pourquoi ce que Dieu n’a pas voulu nous donner en cette vie, il veut nous le donner une fois que nous mourons.

« Le seul point supplémentaire sur lequel l’Église catholique insiste au sujet de la purification finale est que, comme la sanctification en cette vie, elle peut comporter douleur ou inconfort, et que, tout comme lorsque quelqu’un est en train d’être sanctifié en cette vie, nous pouvons prier pour quelqu’un qui est en train d’être sanctifié au purgatoire. L’Église n’enseigne pas que le purgatoire se déroule dans une région particulière de l’au-delà, ni même qu’il se déroule à travers le temps, car nous avons fort peu d’idée de la manière dont le temps fonctionne dans l’au-delà, et le purgatoire peut être instantané de notre point de vue. »

Vous pouvez ensuite étayer cela par les versets bibliques et les autres éléments que nous avons examinés. En général, vous devriez employer le terme « sanctification » plutôt que « purification » ou « purge », car « sanctification » est un terme que les protestants comprennent et avec lequel ils sont à l’aise. En exprimant la doctrine en termes de sanctification, on la leur rend plus compréhensible et l’on renverse bon nombre de leurs objections clés (par exemple, l’idée que le purgatoire sous-entend que les souffrances du Christ furent insuffisantes).

C’est pourquoi il est utile de parler des âmes qui sont sanctifiées au purgatoire et de décrire le purgatoire comme l’étape finale de la sanctification. Si vous faites ainsi, vous rendrez la conversation beaucoup plus fluide, en parlant le langage de la personne à qui vous vous adressez, plutôt qu’en insistant pour qu’elle consente à employer le vôtre, alors qu’elle est à peine familiarisée (et fort sceptique, sinon franchement hostile) avec l’idée que vous exprimez.

En outre, il y a quelques points supplémentaires que vous devriez aborder dans votre explication, car beaucoup de protestants sont dans la confusion à leur sujet.

Le purgatoire n’est pas une destination intermédiaire !

Premièrement, vous devriez expliquer que le purgatoire n’est pas un état intermédiaire entre le ciel et l’enfer. Cela incline les protestants à le concevoir non seulement comme un lieu distinct dans l’au-delà (ce que l’Église n’enseigne pas !), mais, pire encore, comme une destination intermédiaire entre le ciel et l’enfer. Cela est totalement faux, et vous devriez souligner très fortement auprès des protestants que quiconque va au purgatoire va au ciel. De fait, la raison pour laquelle on va au purgatoire est que l’on puisse être rendu apte à la vie du ciel. Le purgatoire constitue donc le salon de beauté du ciel, le lieu où l’on va pour être apprêté avant d’être conduit à la Salle du Trône.

Pour cette raison, vous devriez éviter totalement toute expression telle que : « Le purgatoire, c’est là où l’on va quand on n’est pas assez mauvais pour l’enfer, mais pas assez bon pour le ciel. » Ce langage, outre qu’il sonne de manière légaliste, fera aussi penser à un protestant que le purgatoire est une sorte de destination intermédiaire plutôt qu’un phénomène temporaire. À la place, employez le langage qu’emploie l’Église :

« Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel. » (Catéchisme de l’Église catholique, 1030)

Ainsi faut-il mettre l’accent là où il convient, sur la purification incomplète de la personne, plutôt que de dire « pas assez bon », ce qui sous-entend (du moins pour des oreilles protestantes) une manière légaliste de gagner le ciel.

Les joies du purgatoire

Pour mieux briser les barrières protestantes à la compréhension de la doctrine, faites remarquer que l’Église n’enseigne en aucune manière que le purgatoire soit exclusivement douleur. De fait, quelques-uns des plus grands saints et théologiens ont souligné que, puisque l’âme est en plus grande union avec Dieu qu’ici-bas sur la terre, elle éprouve par conséquent de plus grandes joies. C’est pourquoi sainte Catherine de Gênes écrivit :

« Dieu inspire à l’âme, au purgatoire, un élan d’amour dévoué si ardent qu’il suffirait à l’anéantir si elle n’était immortelle. Illuminée et embrasée par cette pure charité, plus elle aime Dieu, plus elle déteste la moindre tache qui lui déplaise, le moindre défaut qui empêche son union avec lui. »

Elle écrivit aussi :

« En dehors de la félicité des saints au ciel, je pense qu’il n’y a pas de joie comparable à celle des âmes du purgatoire. Une incessante communication avec Dieu rend leur félicité chaque jour plus intense, et cette union avec Dieu croît de plus en plus intimement, à mesure que les obstacles à cette union, qui existent dans l’âme, sont consumés. Ces obstacles… sont, pour ainsi dire, comme la rouille et les résidus du péché ; et le feu continue de les consumer, et ainsi l’âme se dilate peu à peu sous l’influence divine. Aussi, à mesure que la rouille diminue et que l’âme demeure à découvert sous les rayons divins, la félicité s’accroît. L’une augmente et l’autre diminue jusqu’à ce que le temps de la tribulation prenne fin… Quant à la volonté de ces âmes, elles ne peuvent jamais dire que ces douleurs soient des douleurs, tant est grande leur conformité à la volonté de Dieu, à laquelle leurs volontés sont unies en une parfaite charité. »

De fait, les âmes du purgatoire ont un grand nombre de motifs de joie : (a) la libération du fait de commettre des péchés ; (b) la libération du désir de pécher ; (c) une plus grande union avec Dieu et le Christ ; (d) la certitude du salut final d’une manière impossible en cette vie ; (e) une appréciation finale et complète de combien Dieu a été miséricordieux envers soi ; (f) une appréciation finale et complète de combien Dieu vous aime ; (g) l’amour pur et libre, enfin, que nous éprouverons pour Dieu et pour les autres ; (h) des récompenses partielles qui peuvent être données par anticipation de l’entrée dans la pleine gloire du ciel à la fin du purgatoire.

Bien plus, il n’y a aucun enseignement selon lequel les douleurs du purgatoire l’emporteraient sur les joies du purgatoire. Comme le dit sainte Catherine, « elles ne peuvent jamais dire que ces douleurs soient des douleurs, tant est grande leur conformité à la volonté de Dieu, à laquelle leurs volontés sont unies en une parfaite charité ». Il se peut (et, à mon avis, il est très probable) que la douleur de voir certaines de nos œuvres partir en fumée soit plus que compensée par la joie d’en voir quelques-unes demeurer et d’entendre intérieurement : « C’est bien, serviteur bon et fidèle », de la part de la Source toujours aimante et infiniment bonne de notre rédemption, de notre vie et de notre existence même.

Gardez la doctrine dans une juste perspective

Enfin, exhortez votre frère ou votre sœur protestante à garder la doctrine du purgatoire dans une juste perspective. Les protestants ont fréquemment le sentiment (comme je le sais, car j’ai été l’un d’eux) que les catholiques mettent beaucoup d’accent sur certaines doctrines, à l’image de ce que fait la littérature protestante anticatholique. Ainsi, par exemple, lorsqu’un protestant pense à un catholique, il le conçoit le plus souvent comme quelqu’un qui croit au purgatoire, et non comme quelqu’un qui croit à la Trinité, et il peut en venir à penser à tort que le purgatoire est une doctrine plus importante pour un catholique que la Trinité.

C’est pourquoi, comme les polémiques protestantes anticatholiques se concentrent sur des points de désaccord (réel ou apparent) avec les catholiques, ces points prennent une plus grande importance dans l’esprit protestant et le conduisent à une vision déformée de l’importance que revêtent réellement certaines doctrines pour les catholiques. Ainsi les protestants s’imaginent-ils fréquemment que le catholicisme est une religion faite de rien d’autre que des saints, des statues, des grains du Rosaire, des œuvres, des pénitences, du purgatoire, de la souffrance et d’une foule de choses secondaires.

Ce faisant, ils filtrent le moustique mais engloutissent le chameau, passant à côté de « ce qu’il y a de plus grave » dans la foi catholique et de ce qui importe le plus aux catholiques. Le catholicisme est en réalité une religion de Dieu, du Christ, de la Trinité, de la rédemption, du pardon, de la foi, de la grâce et de la joie, comme l’illustre le fait que, si vous allez à la messe et écoutez simplement les prières officielles de l’Église, vous entendez bien davantage parler de Dieu, du Christ, de la grâce et de la joie que de saints, de statues, de grains et de purgatoire.

Cela devrait être signalé, avec force et de manière répétée, à un frère protestant, afin qu’il ait une meilleure compréhension de l’essence de l’enseignement catholique et de la vie catholique, au lieu de supposer que la discussion qu’il entend dans le traitement protestant du sujet est représentative de l’importance que les catholiques eux-mêmes accordent à ces matières.

À cette fin, il serait profitable de lui montrer effectivement la section consacrée au purgatoire dans le Catéchisme de l’Église catholique, car il ne s’agit que de trois paragraphes sur 750 pages qui expliquent en quoi consiste la foi. Pour cela, terminons simplement en regardant la section sur le purgatoire dans le Catéchisme et en laissant l’Église parler d’elle-même :

La purification finale, ou purgatoire

1030 Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel.

1031 L’Église appelle Purgatoire cette purification finale des élus, qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence (cf. DS 1304) et de Trente (cf. DS 1820 ; 1580). La tradition de l’Église, faisant référence à certains textes de l’Écriture (par exemple 1 Co 3, 15 ; 1 P 1, 7), parle d’un feu purificateur :

« Quant à certaines fautes légères, il faut croire qu’avant le Jugement il existe un feu purificateur, selon ce qu’affirme Celui qui est la Vérité, en disant que si quelqu’un a prononcé un blasphème contre le Saint-Esprit, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle futur (Mt 12, 31). De cette sentence, on peut comprendre que certaines fautes peuvent être remises en ce siècle, mais certaines autres dans le siècle futur » (saint Grégoire le Grand, dial. 4, 39).

1032 Cet enseignement s’appuie aussi sur la pratique de la prière pour les défunts, dont parle déjà l’Écriture : « Voilà pourquoi il [Judas Maccabée] fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché » (2 M 12, 46). Dès les premiers temps, l’Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique (cf. DS 856), afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L’Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts :

« Portons-leur secours et célébrons leur mémoire. Si les fils de Job ont été purifiés par le sacrifice de leur père (cf. Jb 1, 5), pourquoi douterions-nous que nos offrandes pour les morts leur apportent quelque consolation ? N’hésitons donc pas à secourir ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux » (saint Jean Chrysostome, hom. in 1 Cor. 41, 5).

Auteur : Jimmy Akin

Source : http://www.apologetica.org

Traducteur : Daniel Cotarelo García