Présenter une définition de la secte qui soit acceptée par tous n’est pas chose simple. Cela tient au fait qu’un même terme peut avoir différentes lectures, selon qu’on l’étudie du point de vue religieux ou sociologique.
La racine étymologique du terme secte se trouve dans le verbe latin secare, qui signifie « couper, séparer, rompre avec, etc. ». Si nous approchons le sens de secte à partir du langage religieux traditionnel, nous pouvons citer les définitions suivantes :
« Une secte, dans le langage religieux traditionnel, a des résonances nettement péjoratives. Par opposition à “Église”, “secte” désigne un petit groupe sécessionniste qui réunit les disciples d’un maître hérétique »[1]
« En religion, on distingue habituellement entre secte et Église. L’Église est universelle, ouverte à tous ; la secte n’est que pour les “purs”, les “sauvés”. L’Église a divers degrés d’appartenance : il y a des fervents et des non-fervents. La secte n’est que d’initiés et de militants. L’Église accepte de s’enrichir et d’évoluer ; la secte non. L’Église agit par l’évangélisation et le dialogue, la secte par le prosélytisme. L’Église accepte les réalités humaines (politique, culture, société, divertissement, etc.) ; la secte est négative envers les réalités humaines… »[2]
« La secte se caractérise comme un groupe religieux fermé qui naît par opposition aux Églises institutionnelles établies et par opposition au monde. »[3]
« Nous pourrions, sans aucun dogmatisme, définir la secte comme ce groupe humain dans lequel se retrouvent toutes et chacune (et non seulement quelques-unes) des caractéristiques suivantes : organisation pyramidale, soumission inconditionnelle au dirigeant, qu’il soit personnel ou collectif, annulation de la critique interne, poursuite d’objectifs politiques et/ou économiques masqués sous une idéologie de type spirituel, religieuse ou philosophique ; instrumentalisation des adeptes aux fins propres de la secte ; absence de contrôle ou de surveillance de la secte par un autre pouvoir religieux ou philosophique »[4]
« Une secte est un groupe de tendance religieuse et philosophique qui unit ses adeptes autour d’un maître vénéré. Elle tente actuellement de prendre un aspect para-scientifique et souvent thérapeutique. Elle se caractérise également par un comportement élitiste, très particulariste et fermé. Enfin, elle manifeste une intolérance plus ou moins marquée et un prosélytisme vigoureux qui utilise des méthodes et des procédés de propagande »[5]
« Les sectes sont des groupes religieux, généralement petits, pleins d’enthousiasme, composés d’hommes et de femmes associés volontairement à la suite d’une conversion, qui croient détenir la vérité et le salut, excluent radicalement les autres, se placent contre les Églises et contre le monde et obéissent aveuglément à leurs fondateurs »[6]
« Les sectes sont des groupements de caractère volontaire…, avec un fort sentiment d’identité…, qui exigent de leurs membres une soumission pleine et consciente qui, si elle ne parvient pas à éliminer tous les autres engagements, doit au moins se situer au-dessus d’eux, qu’il s’agisse de l’État, de la tribu, de la classe ou du groupe familial… Elles se considèrent elles-mêmes comme une élite… comme un groupe à part, s’arrogeant, sinon toujours un salut absolument exclusif, du moins les plus grands biens. Elles montrent en outre une certaine inclination à l’exclusivisme… Le fait d’appartenir à une secte déterminée suppose donc une prise de distance, et peut-être une hostilité, envers les autres sectes et groupes religieux… Elles expulsent ceux qui se montrent indignes d’elles… La maîtrise de soi, la conscience et la rectitude sont d’importantes caractéristiques du sectarisme… Elles recourent à quelque principe d’autorité distinct de celui qui est inhérent à la tradition orthodoxe… l’autorité défendue par une secte peut être la prétendue révélation d’un leader charismatique, peut consister en une réinterprétation des écrits sacrés, ou bien peut être l’idée que les vrais fidèles obtiendront une révélation par eux-mêmes »[7]
« Les sectes destructrices sont des organisations pseudo-religieuses, pseudo-philosophiques ou pseudo-culturelles, de structure pyramidale et totalitaire, qui se consacrent au recrutement d’adeptes pour les exploiter au moyen de fausses promesses et de techniques de coercition psychologique, toujours au profit de la soif de pouvoir et de lucre de leurs dirigeants »[8]
Caractéristiques des sectes destructrices
Parmi les caractéristiques fondamentales d’une secte destructrice figurent :
1. Un groupe soudé par une doctrine (religieuse ou socio-religieuse) démagogique et dirigé par un leader charismatique qui est la divinité elle-même ou un élu de celle-ci, ou encore un détenteur de la « vérité absolue » dans n’importe quel domaine social.
2. Une structure théocratique, verticale et totalitaire, où la parole des dirigeants est dogme de foi. Les leaders interviennent jusque dans les détails les plus intimes et personnels de leurs adeptes et exigent que leurs ordres soient exécutés sans la moindre critique.
3. Elles exigent une adhésion totale au groupe et obligent (sous pression psychologique) à rompre tous les liens sociaux antérieurs à l’entrée dans le culte : parents, conjoint, amis, travail, études, etc.
4. Elles vivent en communautés fermées ou dans une dépendance totale du groupe.
5. Elles suppriment les libertés individuelles et le droit à l’intimité.
6. Elles contrôlent l’information qui parvient à leurs adeptes, en la manipulant à leur convenance.
7. Elles utilisent des techniques neurophysiologiques sophistiquées — masquées sous la « méditation » ou la « renaissance spirituelle » des adeptes —, leur causant dans bien des cas de graves lésions psychiques.
8. Elles prônent un rejet total de la société et de ses institutions. Hors du culte, tous sont des ennemis (polarisation entre le bien-secte et le mal-société) ; la société est une ordure, et les personnes qui y vivent n’ont d’intérêt que dans la mesure où elles peuvent servir le groupe.
9. Leurs activités primordiales sont le prosélytisme (gagner de nouveaux adeptes) et la collecte d’argent (quêtes de rue, cours, activités commerciales et industrielles, voire clairement délictueuses). Dans le cas des sectes multinationales, l’argent est envoyé en bonne partie aux centrales de chaque groupe.
10. Sous contrainte psychologique, elles obtiennent la remise du patrimoine personnel des nouveaux adeptes à la secte, ou de grosses sommes d’argent au titre de « stages » ou d’« audits ». Les membres qui travaillent à l’extérieur du groupe remettent tout ou une grande partie de leur salaire à la secte. Et ceux qui travaillent dans les entreprises du culte ne touchent pas de salaire (les fiches de paie de ces entreprises ne sont qu’une couverture illégale, puisqu’elles ne sont jamais effectives — ou l’argent est restitué — pour leurs membres, la main-d’œuvre).
Ces définitions et d’autres encore peuvent être trouvées dans le livre Para conocer las sectas, de Juan Bosch.
Dans les prochaines livraisons, je préciserai lesquelles de ces caractéristiques sont présentes de manière sans équivoque dans l’organisation des témoins de Jéhovah.
NOTES
- Alain Woodrow, Les nouvelles sectes, Seuil, Paris 1977, pp. 11-12 ↩
- Juan Díaz Vilar, Las sectas, un desafío a la pastoral, Northeast Hispanic Catholic Center, New York 1987, pp. 23-24 ↩
- Roger Mehl, Tratado de sociología del protestantismo, Studium, Madrid 1974, p. 252 ↩
- Cesar Vidal, El infierno de las sectas, Mensajero, Bilbao 1989, 12 ↩
- Albert Samuel, Para comprender las religiones en nuestro tiempo, Verbo Divino, Estella 1989, p. 189 ↩
- J.M. Ganuza, Las sectas nos invaden, Santiago 1990, p. 14 ↩
- Bryan Wilson, Sociología de las sectas religiosas, Guadarrama, Madrid 1970, pp. 26-27 ↩
- Text by André Dénaux, quoted by Pilar Salarrullana, Las sectas, op. cit., 53 ↩