Une lettre pour réfléchir. 

Devant la nécessité de rééditer notre petit livre « L’Adventisme du Septième Jour », nous avons jugé du plus grand intérêt d’inclure intégralement, comme chapitre définitif, ces pages du P. Ernesto Bravo, Directeur du Secrétariat national pour la Foi et l’Œcuménisme dans sa patrie sud-américaine – l’Équateur. Cette lettre fut écrite à un catholique de son pays, synthétisant et réfutant de façon délicate, mais nette et vigoureuse, les points fondamentaux de la doctrine adventiste.

Nous ne doutons pas que nos frères catholiques, devant ces pages pleines de profondeur biblique, admireront une fois de plus la beauté et la solidité de notre foi, et se sentiront encouragés à une vie chaque jour plus vraiment chrétienne, en pleine consonance avec les enseignements du Christ et de son Église.

Cher ami :

Je vais répondre à votre dernière lettre. L’étendue de ma réponse vous montrera bien le temps et le grand intérêt que j’ai mis à satisfaire soigneusement vos interrogations et vos doutes.

Dans ma lettre, d’une manière générale, je vais traiter les points suivants :

1. L’existence de l’Église du Christ, seulement à partir du Christ.

2. Les commandements et la Loi face au chrétien.

3. L’abolition du sabbat.

Dans votre lettre, vous vous bornez à me rapporter les objections et les doutes que vous a présentés un ami qui fréquente votre maison, « adventiste du septième jour », bien entendu. Je ne crois pas ce contact très profitable, pour parler franchement ; mais puisque vous l’avez et ne pouvez peut-être déjà plus l’éviter, je vous dirai quelque chose à leur sujet.

1. Les adventistes et l’Église du Christ.

Les adventistes ne datent que du siècle dernier, lorsque William Miller (1782-1849) commença sa prédication et ses prophéties manquées qui annonçaient la fin du monde pour 1843 puis pour 1844. Ses disciples, au lieu de se souvenir du texte de Deutéronome 18, 22 :

« Quand le prophète parlera au nom du Seigneur et que la chose n’arrivera pas, ni ne s’accomplira, c’est une parole que le Seigneur n’a pas dite ; c’est par présomption que ce prophète l’a dite : tu n’auras pas peur de lui »,

continuèrent à croire en ses doctrines et, pour comble de dommage, se réfugièrent auprès d’une autre prophétesse, également trompée, Ellen G. White (1827-1915). C’est elle qui donna à ses disciples ce nom, si étrange et si marqué par l’Ancien Testament, d’« Adventistes du Septième Jour » ; tandis que d’autres groupes d’« adventistes » qui avaient été avec Miller se séparaient parce que cela leur semblait peu chrétien.

Ils affirment que la véritable Église de Jésus-Christ existe depuis le commencement du monde par la garde des commandements. Or eux, avec leurs doctrines caractéristiques, n’existent que depuis un siècle ; ils ne sont donc pas la véritable Église du Christ.

Jésus notre Seigneur, parlant d’une chose future, dit à saint Pierre : « Tu es Roc [= Céphas : Jn 1, 42] et sur ce Roc JE BÂTIRAI mon Église ».

Comment peuvent-ils dire que l’Église du Christ existait avant le Christ ? Cela, du moins, n’est dit par aucun des passages allégués par votre ami : Ap 14, 12 ; Ap 22, 14 ; 1 Jn 2, 4. Dans le second texte, je trouve même que les meilleures éditions lisent :

« Heureux ceux qui lavent leurs robes », au lieu de l’autre leçon : « ceux qui gardent ses commandements » (note : Il est caractéristique des Adventistes du Septième Jour d’être obsédés par les commandements et par la Loi. Obsession intéressée, afin de pouvoir faire passer le sabbat. C’est pourquoi ils sont, et sont appelés, légalistes ou sabbatistes.).

Ainsi le donne l’édition critique de l’original grec préparée par le savant protestant Nestle ; et la toute récente de K. Aland, Black et Metzger ; ainsi la Vulgate latine ; ainsi Bover ; ainsi Nácar-Colunga ; ainsi AFEBE ; ainsi la Bible de Jérusalem ; ainsi la Version Moderne (protestante). Je vois même que la révision protestante Reina-Valera de 1960 l’a ainsi.

Mais enfin, même en supposant que nous lisions ici « Heureux ceux qui gardent ses commandements » – comme le porte la vieille et dépassée traduction de Cipriano de Valera – et, bien entendu, quant aux deux autres textes cités, ma réponse est la suivante.

2. Les commandements et le chrétien.

Il est curieux de voir comment les adventistes, obsédés par l’observance de leur sabbat – qui pour eux n’est rien de moins que « le signe » du peuple de Dieu – imaginent que partout où la Bible fait apparaître le mot « commandement », il veut dire le Décalogue, sabbat compris. Or est-ce vrai ? Malheureusement, ou plutôt grâce à Dieu, non.

J’ai eu la patience de parcourir tous les cas où le Nouveau Testament emploie ce mot « commandement » (en grec : « entolé ») et, à la grande surprise de votre ami, je puis vous communiquer les résultats de mes recherches. Le mot commandement dans la Bible ne veut pas toujours dire « l’un des dix du Décalogue ».

Voyons cela de près. Plaçons-nous un instant dans la position adventiste : « quand on parle, dans la Bible, de commandements, on fait forcément allusion aux Dix du Décalogue ». Alors, que faisons-nous de textes comme celui d’Ép 2, 14-15, qui nous dit que le Christ a aboli la Loi des commandements ? Il est clair que la traduction de Cipriano de Valera, traduction ancienne et déjà dépassée, comme je vous l’ai dit, restreint arbitrairement le texte aux « rites » ; mais dans les traductions des savants modernes nous ne trouvons pas cela : Version Moderne (protestante) ; version hispano-américaine, protestante elle aussi ; AFEBE ; Nácar-Colunga ; Bover ; et jusqu’à celle de Reina-Valera dans la recension de 1960.

Il y a aussi un autre passage qui nous dit :

« Ainsi se trouve aboli le commandement antérieur, en raison de son impuissance et de son inutilité ; car la Loi n’a rien mené à la perfection, mais elle a seulement servi à nous préparer une meilleure espérance par laquelle nous nous approchons de Dieu » (He 7, 18-19).

Ici, même l’ancien Cipriano de Valera a aussi « commandement », tout comme la Version Moderne.

C’est là un texte d’une importance capitale, parce qu’il nous montre le contraste qu’il y a entre l’Ancien Testament avec l’ancienne Loi, d’une part, et le Nouveau Testament, d’autre part. Il reste alors un dilemme : ou bien nous restons avec la vieille Loi dans l’Ancien Testament, ou bien nous avançons vers le christianisme qui manifeste d’autres valeurs, et nous entrons dans le Nouveau Testament. De fait, les Adventistes du Septième Jour, en cela, ne diffèrent presque pas des judaïsants.

Je me souviens d’une dame qui réussit à sortir des adventistes vers la lumière du Nouveau Testament et qui, en voyant ce texte merveilleux que je viens de vous citer de l’Épître aux Hébreux, me disait qu’elle allait le faire copier en très grandes lettres pour le mettre à l’endroit le plus visible de sa maison.

3. La grande nouveauté du christianisme.

La vérité est que nous, chrétiens, avons nos propres commandements, et que pour nous la Loi Ancienne n’est plus une autorité.

C’est ce que les adventistes refusent d’admettre, aveuglément attachés à l’Ancien Testament, comme si avec le Christ un nouvel ordre de choses n’avait pas déjà été inauguré : Nouveau Testament ou Nouvelle Alliance (Lc 22, 20 ; 1 Co 11, 25 ; 2 Co 3, 6) : « et en disant “nouvelle”, il déclare ancienne la première », comme le remarque l’Écriture elle-même (He 8, 13) ; enseignement nouveau (Mc 1, 27), avec des commandements nouveaux (Jn 13, 34 ; 15, 12-17 ; 1 Jn 2, 8-11 ; 3, 23) ; tout cela constitue comme le vin nouveau qui ne tient plus dans les outres étroites et vieillies de l’Ancien Testament (Mt 9, 17 ; Mc 2, 22 ; Lc 5, 37-38).

Nous devons « marcher dans une vie nouvelle » (Rm 6, 4), guidés non plus par la Loi Ancienne, « par la vétusté de la lettre », précise saint Paul, mais par « la nouveauté de l’Esprit » (Rm 7, 6), parce que précisément l’Esprit est pour nous la Loi et « la loi de l’Esprit nous libère de l’autre loi » (Rm 8, 2), et « si nous nous laissons conduire par l’Esprit, alors nous ne sommes plus sous la Loi » (Ga 5, 18).

C’est « l’Homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté », dont Paul nous exhorte à nous revêtir (Ép 4, 24).

Pour nous, tout a changé avec l’avènement du Christ, et en lui nous sommes comme « une créature nouvelle » ou « une création nouvelle » (2 Co 5, 17 ; Ga 6, 15).

Et les chrétiens, « après avoir jeté dehors le vieux levain, doivent être une pâte nouvelle » (1 Co 5, 7).

En résumant tout, Paul, dans un cri de triomphe, peut proclamer : « Voici, toutes choses sont devenues nouvelles ! » (2 Co 5, 17).

Telle est la grande nouveauté, dans tous les ordres, apportée par le christianisme. N’est-il pas bien triste que les frères adventistes soient aveugles pour voir tout cela et vivent les yeux tournés vers le passé caduc et aboli de l’ancien ordre, de l’Ancien Testament ?

Comme vous le voyez, ceci est décisif et d’une importance capitale. C’est pourquoi il est pénible de voir que, tandis que le Christ promet aux siens « un nom nouveau » (Ap 2, 17), eux se soient réfugiés dans un nom ancien, de l’Ancien Testament, et se nomment « Adventistes du Septième Jour ».

4. Les raisons du sabbat.

– Ainsi, aux prédicateurs adventistes qui veulent nous obliger à observer le sabbat, alléguant qu’il est comme le sceau de l’Alliance entre Dieu et son peuple (Exode 31, 13.16.17 ; Ez 20, 12.20), nous pouvons répondre que nous ne sommes plus sous l’Alliance Ancienne, mais sous « la Nouvelle, qui est meilleure et établie sur d’autres termes et sur de meilleures promesses » (He 8, 9).

– S’ils prétendent que l’observance du sabbat appartient aux commandements, nous répondrons que nous avons nos propres commandements, ceux du Christ, qui forment une Loi Nouvelle, la Loi de l’Esprit (Rm 8, 2), ou bien la « Loi de la Foi » chrétienne (Rm 3, 27), ou simplement la « Loi du Christ » (Ga 6, 2). Ainsi, « nous ne sommes pas sans Loi de Dieu, mais sous cette Loi du Christ » (1 Co 9, 21).

– S’ils affirment que le sabbat est le souvenir de la Création achevée, pour nous chrétiens la Résurrection du Christ a inauguré une « création nouvelle » (2 Co 5, 17 ; Ga 6, 15).

Et, pour terminer, nous les exhorterons à être un levain nouveau et non un vieux ferment, et à ne pas mettre leurs énergies chrétiennes – vin nouveau – dans les vieilles outres du judaïsme.

5. Les commandements chrétiens.

Mais venons-en aux commandements du chrétien. Le Christ Notre Seigneur nous dit clairement :

« Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » (Jn 14, 15).

« Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour » (Jn 15, 10).

Il ne parle pas du Décalogue ; il dit bien clairement : « mes » commandements, c’est-à-dire les normes et prescriptions spécifiquement siennes. Ensuite, lui-même précise davantage :

« Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12).

Et le meilleur commentaire pour les textes de l’Apocalypse et pour ceux des lettres de saint Jean, c’est le même auteur sacré qui nous le donne lorsqu’il dit : « Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance devant Dieu ; et quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et faisons ce qui est agréable à ses yeux. Et voici son commandement : que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ et que nous nous aimions les uns les autres, selon le commandement qu’il nous a donné. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui » (1 Jn 3, 21-24).

En résumé, ce qui nous est demandé, c’est la foi chrétienne et la charité chrétienne.

Vous me direz que peut-être cette approche constitue pour vous-même, catholique, comme une révolution dans les concepts communément admis, y compris par beaucoup de catholiques. Je n’ai aucune difficulté à le reconnaître. Mais vous avez vu comment tout ce que je vous ai dit est appuyé par l’Écriture.

La vérité est que le catholique, guidé par la main de l’Église, marche en sécurité et sait ces choses, même s’il ne sait peut-être pas les expliquer ni les formuler. Voilà pourquoi il ne garde pas le sabbat, et, dans le Décalogue, il a admis les modifications chrétiennes qui le différencient du judaïsme. En ce sens, les catéchismes et les livres de dévotion continuent à conserver le schéma des dix commandements ; mais si l’on regarde de plus près, on voit combien ils sont maintenant remplis du nouveau contenu chrétien, comme il convient à des disciples du Christ.

6. La Loi et le chrétien.

Votre ami adventiste vous a cité aussi – comme on pouvait déjà s’y attendre – le texte fameux, tant rebattu par les adventistes, et qu’ils croient définitif dans cet ordre d’idées que nous examinons. Le Christ notre Seigneur dit :

« Je ne suis pas venu abolir la Loi ou les Prophètes. Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17).

Ici, de nouveau, l’obsession du Décalogue et du sabbat fait croire aux adventistes que, lorsque le Christ dit « Loi », il ne peut se référer qu’aux Dix des deux vieilles tables sinaïtiques. (Et « les Prophètes » ?)

Faisons ici aussi la même chose que précédemment. Adoptons la position adventiste qui nous dit que, puisqu’il parle de Loi, il doit forcément se référer au Décalogue. Transcrivons d’autres textes bibliques et voyons le résultat, un résultat qui doit renverser la position adventiste et nous ouvrir les nouveaux horizons chrétiens.

« La Loi et les Prophètes vont jusqu’à Jean ; depuis lors est annoncée la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu » (Lc 16, 16).

« Vous n’êtes plus sous la Loi, mais sous la grâce » (Rm 6, 14).

Ne croyez pas que ce soient là les seuls textes. J’ai recueilli une bonne quantité de passages bibliques qui affirment que, pour le chrétien, la Loi du Sinaï a cessé d’avoir vigueur. Il est clair que cela peut donner lieu à des interprétations faussées, pourrait induire à tirer des conséquences tordues et absurdes ; mais pour éviter cet inconvénient je vous ai déjà transcrit le texte de saint Paul où, après avoir affirmé qu’il n’est pas soumis à la Loi, il explique qu’il n’est pas pour autant sans Loi, puisqu’il a une autre Loi, celle du Christ (1 Co 9, 20-21). Et il se réfère aussi à la « Loi du Christ » dans d’autres passages (Ga 6, 2).

Quant à l’autre Loi, celle de Moïse, il nous dit :

– « Je suis déjà mort à la Loi » (Ga 2, 19).

– Et nous sommes, selon le même saint Paul, « aussi libres de la Loi que la femme devient libre une fois le mari mort » (Rm 7, 1-4).

– Le Christ a aboli la Loi des commandements formulés en décrets (Ép 2, 14-15).

– La Loi était « un ministère de mort » ; Paul n’est plus prédicateur de cette Loi, mais de la Loi de l’Esprit (2 Co 3, 6-7).

– « La Loi était imparfaite et n’a rien amené à la perfection ; elle a seulement servi à nous introduire à une meilleure espérance » (He 7, 18-19).

– « La Loi ne contenait que l’ombre des biens à venir de l’époque messianique » (He 10, 1).

– « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi » (Ga 3, 13).

– « Dieu a envoyé son propre Fils, né d’une femme, soumis à la Loi, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi » (Ga 4, 4).

– « Nous savons bien que tout ce que dit la Loi s’adresse à ceux qui sont sous la Loi » (Rm 3, 19).

Mais « vous, frères, vous n’êtes pas sous la Loi, mais sous la grâce » (Rm 6, 14).

« Guidés par l’Esprit [c’est là la Loi propre du chrétien, et l’Esprit agit dans l’Église], vous n’êtes plus sous la Loi » (Ga 5, 18).

Je vous prie de lire et relire chaque texte en le méditant bien, car le sujet est si sérieux.

Devant cet amas écrasant de textes, il ne nous reste pas d’autre remède que d’admettre l’abolition définitive de la Loi Ancienne.

Au sujet du texte évangélique, Mt 5, 17, nous devons nous rendre compte que le Christ dit que, s’il « n’est pas venu abolir », il est bien venu « accomplir » ; or, en accomplissant ou perfectionnant une chose, beaucoup d’éléments caducs et inutiles restent forcément de côté. C’est ce qui est arrivé à la Loi Ancienne.

N’oubliez pas, dans ce même texte, « les Prophètes ». Il n’est pas rare que les adventistes oublient opportunément ce terme, alors que « Loi et Prophètes » ne veut pas dire Décalogue, mais « la Bible dans son ensemble », « tout l’ordre de l’Ancien Testament ». Voyez-le dans les citations suivantes, que vous devez chercher dans votre Bible ; je vous donne seulement l’équivalent libre mais exact :

– Ac 13, 15 : « après la lecture de l’Ancien Testament ».

– Jn 1, 45 : « celui qui est annoncé par les Écritures ».

– Mt 7, 12 : « toutes les Écritures se résument dans la charité ».

– Ac 24, 14 ; Rm 3, 21 ; Mt 22, 40 nous donnent la même équivalence (note : On sait comment les Juifs considéraient leur Bible (c’est-à-dire l’Ancien Testament) comme formée de trois collections : a) la Loi ou Torah ; b) les Prophètes (ou Nebiim), et c) les autres Écrits ou Hagiographes (Ketubim). Le texte de Lc 24, 44 reflète cette division tripartite, de même que le Prologue de l’Ecclésiastique, qui la présente jusqu’à trois fois. Mais parfois ils se contentaient d’une mention bipartite : « la Loi et les Prophètes », pour désigner tout l’Ancien Testament, comme on le voit par les cas que nous citons plus haut dans le texte. Parfois même seul le premier élément, « la Loi », pouvait désigner tout l’Ancien Testament, comme on le voit en Jn 10, 34 et 15, 25.).

Par conséquent, lorsque le Seigneur parle de « la Loi et les Prophètes », il se réfère à toute l’Écriture dans son ensemble, c’est-à-dire que Jésus désigne ici l’ensemble complet de l’Ancien Testament.

Or les frères adventistes savent fort bien que beaucoup de choses de l’Ancien Testament sont déjà annulées. Par exemple, la circoncision, les sacrifices sanglants, l’adoration exclusive dans le Temple de Jérusalem, et tant d’autres choses. Ils ne devront donc pas trop insister sur ce texte ; ou bien, en le citant complet : « Loi et Prophètes », ils verront qu’il ne faut pas l’entendre dans la forme rigoriste qu’ils prétendent, mais dans la forme mesurée qu’exige le contexte. Autrement « la Loi et les Prophètes », c’est-à-dire l’Ancien Testament complet, obligeraient les chrétiens à toutes les observances du judaïsme le plus rigide.

7. Le sabbat et le chrétien.

Je sais très bien que ma position peut paraître vulnérable à partir d’un point de vue très répandu, que les adventistes ont coutume de ne pas négliger, mais plutôt d’exploiter largement. Ils disent et répètent que le Décalogue contient de fait les normes de la loi naturelle et que, pour ce motif, bien qu’il ait été donné aux Israélites au Sinaï, il était en réalité adressé à l’humanité comme telle ; par conséquent, à tout homme.

Que pourrions-nous répondre à tout cela ? Le Décalogue s’identifie-t-il à la loi naturelle ? Je crois que, dans l’ensemble, c’est vrai. Le Décalogue, d’une manière générale, représente l’expression la plus claire et la plus précise des exigences de la nature humaine et, en ce sens, il est loi éternelle et indestructible.

Mais cela est-il vraiment applicable à tous les commandements du Décalogue mosaïque ? Non.

Remarquez comment, par défaut, le Décalogue (Ex 20, 1-17 ; Dt 5, 6-21) ne contient pas une interdiction du mensonge, bien qu’en dehors du Décalogue elle se trouvât en Lv 19, 11. L’Église catholique l’a ajoutée au huitième commandement, parce qu’elle était nécessaire.

De plus, le sixième commandement mosaïque (ou, selon la division protestante, le septième) interdit seulement l’adultère, et non les autres actes extérieurs d’impureté. Ici encore l’Église a complété et perfectionné, comme le Christ (Mt 5, 27-30) et les Apôtres nous l’ont enseigné, et cela se voit dans n’importe quel catéchisme catholique.

Par excès, en revanche, ou mieux, pour des raisons d’ordre circonstanciel et transitoire, il interdit de faire des images. Cela n’est pas de loi naturelle. Notez bien que je ne parle pas de l’idolâtrie, qui, elle, est bien contre la loi naturelle ; je parle simplement de faire des représentations, que ce soit pour l’ornement, pour l’instruction, ou même pour le culte – je ne dis pas l’adoration : cela, évidemment, n’est pas contre la loi naturelle, et pourtant Dieu a cru nécessaire d’imposer aux Israélites cette interdiction en raison des circonstances spéciales où ils se trouvaient, entourés de peuples idolâtres, à peine sortis d’un autre peuple terriblement idolâtre, eux-mêmes peuple rude et matérialiste (note : Si l’interdiction de faire des images était une exigence de la loi naturelle, Dieu n’aurait pas autorisé les Israélites à faire des images, comme il le fit avec les chérubins qui ornaient l’Arche de l’Alliance (ordre divin : Ex 26, 18-22 ; réalisation : Ex 37, 7), avec les ornements de diverses sortes qu’il y avait dans le Temple de Salomon (1 R 6, 27 ; 7, 25 ; 10, 19-20 ; cf. Ez 41, 18-20). Et même une image de bronze dotée d’une vertu merveilleuse, faite sur l’ordre de Dieu (Nb 21, 6-9). Le Christ notre Seigneur n’a pas hésité à se comparer à cette image salvatrice (Jn 3, 14).).

Nous pouvons dire la même chose du sabbat. Il faut consacrer quelque jour au culte et à l’adoration spéciale de Dieu : cela est clair et naturel ; mais précisément le samedi ?

Ici aussi, c’est une prescription particulière donnée aux Hébreux, précision de la loi naturelle, que saint Paul se charge ensuite de nous dire déjà passée et sans validité pour nous.

Voyez les textes, qui sont très clairs.

Ga 4, 9-11 : Pour saint Paul, dans ce passage, observer le sabbat, une fois que le Christ est venu et une fois que l’Évangile a été accepté, c’est comme revenir en arrière et renier la foi chrétienne ; c’est rendre inutile la prédication.

Lisez le texte paulinien et notez bien l’énumération : « jours » : le sabbat hebdomadaire ; « mois » : la célébration des néoménies, ou nouvelles lunes, trois mots synonymes pour désigner la même chose ; « temps » ou « saisons », les fêtes agricoles qui venaient avec elles, comme Pâque, Pentecôte et Tabernacles ; « années », enfin, ce sont les années sabbatiques jubilaires.

Col 2, 16-17 : Ces fêtes judaïques ne sont que l’ombre de ce qui devait venir. Personne n’a le droit de nous condamner ou de nous critiquer parce que nous ne les gardons pas. Le Christ était la réalité qu’elles préfiguraient.

Quand cette réalité est déjà venue, combien il est lamentable de rester attaché aux ombres ! Observez ici l’ordre inverse de l’énumération : « les fêtes » (annuelles), « néoménies » ou « nouvelles lunes » (mensuelles), « sabbats » (hebdomadaires). Ainsi vous verrez, au passage, combien il est banal et infondé de vouloir appliquer ces sabbats seulement aux années sabbatiques, comme le prétendent parfois les adventistes, pour se tirer d’affaire devant un texte si clair et qui renverse l’une des bases fondamentales de leur organisation religieuse.

Il n’y a pas de doute : selon saint Paul, le sabbat judaïque est définitivement aboli, et l’avoir ressuscité constitue, chez les adventistes, une régression au judaïsme et une négation du vrai christianisme.

8. Le sabbatisme de He 4, 9.

Une fois que saint Paul nous dit clairement que le sabbat n’est pas en vigueur pour le chrétien, quel besoin y avait-il de s’occuper de ce texte ? Cependant, voyez l’impardonnable superficialité où en sont venus nos frères adventistes, qui ne cessent d’alléguer ce passage, à première vue décisif : « Il reste donc un repos sabbatique pour le peuple de Dieu » (He 4, 9). Et c’est pourquoi eux – le « peuple adventiste », comme ils s’appellent – parce qu’ils observent le sabbat, croient être le seul « peuple de Dieu » légitime.

En effet, il suffit d’examiner le contexte pour se rendre compte de ce que veut dire l’Auteur sacré. Lisez depuis He 3, 7 jusqu’à 4, 11, et vous verrez qu’il y est question de trois repos, comme d’autant d’occasions que Dieu mit à la portée des fils d’Israël :

1. Celui du sabbat, ou repos hebdomadaire, comme souvenir de la création achevée (He 4, 4-5). Ce fut comme la première occasion, mais les Israélites la gaspillèrent. Elle est désormais passée définitivement.

2. Le repos de la Terre promise, où Josué les introduisit (He 4, 5-8). Ce fut comme la seconde, mais elle aussi resta manquée ; c’est pourquoi David continue d’exhorter dans le Psaume (95, 7-11), qui fournit à l’Auteur l’occasion du commentaire.

3. C’est le repos du Royaume de Dieu dans lequel nous sommes exhortés à entrer (He 4, 9-11). C’est l’occasion nouvelle que Dieu offre, voyant que les deux précédentes ont échoué. C’est le repos d’entrer dans l’Église du Christ et c’est aussi le repos définitif du Ciel, une fois achevées toutes les œuvres de cette vie. Mais il ne se réfère aucunement à l’observance du sabbat hebdomadaire. C’est l’espérance définitive du repos qui nous est montrée, non un commandement qui nous est imposé.

Il est triste de voir comment on abuse de textes isolés de l’Écriture pour prouver des choses absurdes, alors que, replacés dans leur contexte, ils enseignent peut-être précisément le contraire.

9. Résumé final.

Je ne peux pas m’étendre davantage. Malgré cela, la lettre est déjà longue. Quoi qu’il en soit, faisons un bref résumé de ce qui a été exposé.

Nous avons vu que les adventistes procèdent de Miller et d’Ellen White, et seulement depuis 1843. Qu’ils ne prétendent pas que l’espérance de la venue du Christ les unit à tous ceux qui l’ont désirée depuis Adam, car ce n’est pas là le seul point de leur doctrine ; il y en a beaucoup d’autres qui ne doivent leur origine qu’à William Miller, à sœur White et à ses visions.

L’Église du Christ, avec sa doctrine propre, ses commandements propres et son organisation telle qu’il voulut l’établir, n’existe que depuis le Christ notre Seigneur. Ce fait inaugure un ordre nouveau de réalités qui, en perfectionnant les anciennes, les annule et les rend définitivement caduques.

Concrètement, la Loi mosaïque est annulée, remplacée par une Loi supérieure, « la Loi du Christ », le Législateur de la Loi Nouvelle, qui nous a répété : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens ; moi, au contraire, je vous dis… » (Mt 5, 21 ; 5, 33).

Le sabbat, d’une manière particulière – qui n’appartient aucunement à la loi naturelle – a été déclaré inutile et dépassé, parce qu’il n’était qu’une ombre destinée à disparaître lorsque se manifesterait la Lumière fulgurante du Christ.

Le sabbat fut donné aux Hébreux comme une occasion de rapprochement avec Dieu. À nous, en revanche, l’Église ou Royaume de Dieu sur la terre est placé devant nous pour que nous montrions notre adhésion à Dieu en adhérant à elle : ainsi nous obtiendrons le suprême et ultime repos.

Il resterait à expliquer pourquoi l’Église catholique et toutes les Églises chrétiennes – sauf les adventistes – gardent le dimanche. La raison fondamentale est que c’est le dimanche que le Christ est ressuscité ; nous, en effet, ne sommes plus la synagogue, qui dépend de Moïse, mais le Nouvel Israël qui a pour point de départ non pas la libération d’Égypte, mais la Rédemption de Jésus-Christ qui sort victorieux du tombeau (note : Le nom que porte le « dimanche » dans les langues slaves est très beau et significatif, comme en russe, où on l’appelle « Voskrecienie », littéralement, « résurrection ».).

Au lieu de commémorer la première création, nous commémorons la création nouvelle inaugurée précisément par la Résurrection du Christ.

Le jour du triomphe du Christ a été recueilli par les Apôtres et a reçu le nom de dimanche, qui, dérivé du latin « dies dominicus », veut dire le « jour du Christ » ou jour du Seigneur Jésus. De même qu’en grec, depuis les Apôtres (cf. Ap 1, 10) jusqu’à nos jours, on l’appelle kyriaké hémera, c’est-à-dire jour du Kyrios ou Seigneur ressuscité.

Le dimanche (ou « premier jour de la semaine », comme on l’appelait au commencement, jusqu’à ce qu’il reçût le nom propre qu’il a conservé jusqu’à maintenant) est aussi le jour des réunions chrétiennes, le jour de l’Eucharistie (Ac 20, 7 et probablement aussi 1 Co 16, 1-2).

Je devrais m’allonger davantage pour vous exposer pleinement les raisons chrétiennes du dimanche. Mais il me faudrait vous écrire une autre lettre aussi longue que celle-ci.

Je crois, par cela, avoir donné une ample réponse à vos questions. Soyez persuadé, mon cher ami, que la doctrine de la Sainte Mère l’Église catholique, telle qu’on vous l’a enseignée et telle que vous la professez, est la vraie doctrine du Christ. « Qui vous écoute m’écoute » (Lc 10, 16). Avec raison elle peut dire comme saint Paul :

« Si quelqu’un vous prêche un autre Évangile, différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 9).

Tout à vous dans le Seigneur,

Auteur : P. Ernesto Bravo, SJ

Source : Apologetica.org