– À l’aveugle ? – demanda Luigi Gonella, du Politecnico de Turin, responsable des études scientifiques du Saint Suaire.

– À l’aveugle ! – confirmèrent avec force les représentants de trois laboratoires situés en Grande-Bretagne (Oxford University Research Laboratory for Archaeology de l’Institut Hall), en Suisse (Institut fédéral de technologie) et aux États-Unis (laboratoire de l’Université d’Arizona, à Tucson).

Luigi Gonella accepta. « À l’aveugle », cela supposait – selon ce qui fut convenu – que, afin que chacun des laboratoires réalisât l’épreuve du carbone 14, on leur enverrait trois échantillons « non identifiés » : l’un correspondant à un tissu du Ier siècle, un autre à une toile du XIVe siècle et le troisième appartenant au Suaire de Turin ; c’est-à-dire qu’on leur remit un échantillon du Saint Suaire et deux de contrôle (un quatrième fut ajouté de manière surprenante), sous forme anonyme, sans qu’ils connaissent les clés d’identification de chaque échantillon, de sorte qu’ils ne puissent savoir lequel correspondait au Suaire (cette dernière précaution se révéla inopérante pour plusieurs raisons, entre autres parce que, les échantillons n’ayant pas été découpés en morceaux, celui du tissu du Suaire est très facile à identifier, puisque la texture et le grammage de ses fils ont été très largement divulgués).

« Je crois que c’est la première fois, déclara Luigi Gonella, que des laboratoires offrent leurs services au propriétaire d’un objet et non l’inverse. Je regrette qu’ils aient écarté la possibilité qui leur a été offerte d’une recherche conjointe avec d’autres spécialistes. »

Cependant, on connut bientôt le grand « sarcasme » que représentèrent l’offre de ces laboratoires et leur demande « à l’aveugle ». En effet, il avait été convenu que les clés d’identification des échantillons ne seraient ouvertes qu’en présence du gardien du Saint Suaire, le cardinal Ballestrero. Mais, comme l’écrivit Gianni Sangalli, directeur de la revue « Torino » : « Il est étonnant que des instituts scientifiques sérieux comme le sont ces trois laboratoires aient laissé filtrer des nouvelles si concrètes qu’elles permirent aux journalistes de parler d’une “falsification médiévale” des mois avant que les recherches ne fussent menées à terme. » Et il poursuit : « Il vaut la peine de souligner le fait que les trois laboratoires, qui, d’un côté, n’ont toléré aucun contrôle sur leur travail de la part d’experts en sindonologie et dans les péripéties de l’histoire du Suaire, ni du représentant du gardien du Suaire ou de l’Académie pontificale des sciences, et qui, de l’autre, s’étaient engagés à travailler indépendamment les uns des autres et à le faire, de surcroît, “à l’aveugle”, aient éprouvé, semble-t-il, le besoin de se réunir en Suisse quelques mois avant de rendre publics les résultats de leurs recherches. »

Le quotidien « ABC » se fit l’écho d’un long écrit dans lequel « l’érudit français Bruno Bonnet-Eymard accusa le scientifique Michael Tite, conservateur du British Museum de Londres, d’avoir substitué au morceau de toile découpé dans le Saint Suaire, qui fut analysé par la méthode du carbone 14, un autre confectionné au Moyen Âge. Bruno Bonnet affirma que Jacques Évin, directeur du laboratoire de radiocarbone de l’université française de Lyon, remit à Tite un morceau de toile médiévale des XIIIe-XIVe siècles très semblable au tissu du “Suaire”, et qui avait appartenu à une chape pluviale de saint Louis d’Anjou, mort en 1297. De l’avis de l’érudit français, il est très probable que Tite ait échangé le véritable morceau de toile contre le morceau médiéval et que, par conséquent, toute l’opération se soit révélée être une farce ».

De même, un journal anglais donna la nouvelle, reprise par la revue « Epoca », selon laquelle l’un des scientifiques qui réalisèrent l’épreuve du carbone 14 toucha, au lieu des cinquante mille pesetas qui lui revenaient pour son travail, deux cents millions de pesetas ! (Loring, vidéo « La Sábana Santa »)

En tout cas, la pression que la grande majorité des chaînes de télévision, des stations de radio, des journaux et des revues exercèrent sur l’opinion publique, en affirmant que l’épreuve du carbone 14 avait démontré définitivement la fausseté du Saint Suaire, acquit une intensité suffisante pour que le cardinal Ballestrero se vît obligé de convoquer les médias et de rendre compte de la « fausseté » du Saint Suaire, sur la base d’un simple télégramme dans lequel on lui communiquait les résultats. Telle fut la campagne internationale accusant le Suaire de n’être qu’une simple « falsification du Moyen Âge », que l’objet archéologique le plus étudié de tous les temps, au sujet duquel des dizaines et des dizaines de recherches indiquaient avec une probabilité de presque cent pour cent que le Suaire était authentique, se trouva démenti au moyen d’un simple télégramme (le rapport fut publié six mois plus tard, le 16 février 1989, dans la revue « Nature »).

Naturellement, les scientifiques qui menèrent à bien la datation au carbone 14 ont été invités aux divers congrès internationaux et symposiums, mais ils n’y ont jamais assisté, excepté au congrès de septembre 1989 célébré à Paris. Harcelé par les critiques des scientifiques et sans réponses valables (Loring, vidéo citée), Tite, le coordinateur général, écrivit le 14 septembre la lettre suivante : « Cher professeur Gonella. Après le récent congrès de Paris, je vous écris pour vous rappeler que moi non plus je ne considère pas le résultat de la datation du Suaire de Turin comme une démonstration de ce qu’il serait un faux. Comme vous l’avez souligné à juste titre, la qualification de faux implique une intention délibérée de tromper, tandis que la date de l’examen radiocarbonique n’offre clairement aucune évidence en faveur de cette thèse. J’ai moi-même voulu éviter l’usage du mot faux, mais je crains que la désignation du Suaire par ce terme n’ait eu son origine dans les nombreux articles de presse écrits à la suite des interviews que j’ai accordées. Il ne me reste qu’à vous prier de m’excuser une fois de plus pour tous les problèmes que ces articles vous ont causés, à vous et aux autres personnes de Turin. »

En résumé, il ne fait aucun doute que, depuis la découverte de la méthode du carbone 14, on n’a jamais imputé à aucun scientifique autant de manquements concrets à l’éthique professionnelle qu’à ceux de ces trois laboratoires, sans qu’ils aient donné la moindre réponse, publié un seul article ou fait la moindre déclaration pour défendre leur manière « scientifique » de procéder. Et de même, rarement au long de ce siècle a-t-on vu, de la part de la quasi-totalité des médias, un intérêt plus grand à faire savoir que « le Saint Suaire est faux », en ce sens que cela soulève de sérieux doutes contre la foi ou contre l’honnêteté de la hiérarchie ecclésiastique.

Ce fait confirme une fois de plus l’hypothèse soutenue tout au long du présent livre : le Saint Suaire constitue un motif de crédibilité d’une force telle qu’il confronte celui qui le connaît à la véracité de la Passion, de la Mort et de la Résurrection de Jésus de Nazareth, confirmant l’authenticité des Évangiles et de la doctrine chrétienne, qui se révèlent véridiques.

On dit cela parce que le lecteur peut imaginer ce que les médias auraient dit s’il s’était agi du linceul sépulcral, par exemple, de Toutankhamon (avec la légende qui l’entoure).

Les médias auraient mis en relief l’inadéquation de l’application de la méthode du carbone 14 à une toile qui, comme celle du Suaire, a subi au long des siècles des vicissitudes si nombreuses et si variées que les scientifiques considèrent que, avec un haut degré de probabilité, elles pourraient avoir altéré la composition chimique du carbone qu’elle contient.

Outre l’incendie de Chambéry déjà évoqué, le Suaire a subi au moins un autre incendie, qui a laissé ses traces sous forme de petites brûlures. Mais en ne considérant que celui de Chambéry, qu’on n’oublie pas que la toile supporta des températures très élevées, qui allèrent jusqu’à faire fondre l’argent du coffret qui la contenait, la brûlant en bonne partie. Pour l’éteindre, elle fut presque entièrement trempée d’eau, une eau qui entraîna avec elle des particules charbonneuses (sans parler de ce que relate un chroniqueur du XVIe siècle, si c’est vrai : « Afin de vérifier s’il s’agissait du Saint Suaire authentique, on le fit bouillir dans l’huile, on le passa au feu, on le lava et on le frotta plusieurs fois, mais on ne put effacer la figure »).

En outre, le Suaire est demeuré exposé pendant des centaines d’heures à l’air libre, peut-être aux rayons directs du soleil, et chacun sait le fort effet que produit la lumière solaire, même diffuse, sur le lin. Bien d’autres fois, il est resté étendu pendant des heures et même des jours dans des églises humides et froides, dans des locaux fermés occupés par des multitudes de fidèles (donc dans des atmosphères chargées de dioxyde de carbone) et à proximité de rangées de cierges allumés, avec la production de fumées qui s’ensuit. Il a été touché par des centaines de mains qui l’ont plié et déplié… des mains qui, à l’occasion, pouvaient fort bien être quelque peu moites. Il a été mis en contact avec des malades pour obtenir leur guérison, caressé et embrassé, peut-être des milliers de fois… En peu de mots, on calcule que la matière étrangère qui s’est incorporée au tissu du Suaire constitue de 10 à 15 % de son poids. (P. Solé, « La Sábana Santa de Turín »).

En outre, les médias auraient étayé les informations précédentes par les déclarations de Libby lui-même, le découvreur de la méthode du carbone 14, pour laquelle on lui décerna le prix Nobel. Libby déclara en son temps : « On ne peut appliquer l’épreuve du carbone 14 au Suaire de Turin. Les résultats seraient nécessairement faux. »

Et ce n’est pas tout. Les médias ridiculiseraient les résultats de la méthode du C-14 : ils auraient rappelé, par exemple, la datation de ces arbres vivants, situés sur l’une des autoroutes qui mènent à Rome, dont le C-14 détermina qu’ils étaient morts depuis des centaines d’années ; ou ils auraient reproduit la nouvelle publiée dans la revue « SCIENCE », en décembre 1988, selon laquelle le C-14 avait daté des escargots vivants de 26 000 ans d’ancienneté, c’est-à-dire comme si ces escargots étaient morts il y a 260 siècles.

De même, les médias auraient reproché au laboratoire de Tucson, qui intervint dans le processus de datation du Suaire, d’avoir attribué à une nappe actuelle une ancienneté de plusieurs centaines d’années, c’est-à-dire d’avoir conclu que le lin avec lequel fut tissée cette nappe avait été coupé il y a plusieurs siècles. Et à celui de Zurich, qui fut également l’un des trois laboratoires à dater le Suaire, d’avoir déterminé, dans ses analyses d’une corne viking, que l’animal dont provenait cette corne mourrait en l’an 2006 après Jésus-Christ. Qui plus est, ils auraient mis en relief la forte relativisation que les archéologues font des résultats du C-14.

Cependant, les médias se seraient trompés dans une large mesure, parce que, depuis l’époque de Libby, les procédés de nettoyage des objets que l’on va soumettre à l’épreuve du C-14 se sont considérablement améliorés ; et s’il existe des erreurs, il est certain que la méthode du C-14 est très éprouvée et que, même si les archéologues relativisent ses résultats, le C-14 constitue fréquemment l’une des données significatives dans la datation d’un objet.

Peut-être le lecteur ne partagera-t-il pas l’exercice de futuribles qui vient d’être fait. Son objet est de mettre en relief que la découverte d’empreintes sur le linceul mortuaire de Toutankhamon, ne compromettant pas le comportement intérieur des personnes, constituerait certes une nouvelle passionnante. Dans le cas du Saint Suaire, la nouvelle est intéressante elle aussi, mais comme elle implique l’admission nécessaire de la réalité de la Passion, de la Mort et de la Résurrection de Jésus de Nazareth, qui a dit qu’il était le Fils de Dieu, l’engagement qu’elle suppose pour l’orientation de sa propre vie selon le message chrétien revêt un caractère radical.

Le docteur ingénieur agronome et docteur en théologie Manuel Ordeig publia, dans le numéro 299, d’avril 1990, de la revue « Palabra », l’article le plus pondéré et le plus suggestif sur l’épreuve du C-14 appliquée au Saint Suaire. En voici quelques paragraphes.

L’INTERPRÉTATION DES ANALYSES DU CARBONE 14

Une évaluation de ces analyses et de leurs résultats s’impose : des analyses prises en elles-mêmes, et de leur relation avec les autres données connues sur le Saint Suaire.

Disons d’emblée que l’analyse du carbone 14, dans une étude archéologique, est une donnée parmi d’autres ; nullement apodictique. Dans une étude scientifique sérieuse, toutes les données sont importantes. On ne rejette jamais un résultat, ni n’en accepte un autre, sans un examen critique de sa validité. Dans le cas du Saint Suaire, beaucoup ont accepté sans critique le résultat du carbone 14, en oubliant les autres données – scientifiques elles aussi – dont on dispose pour le confronter. Malheureusement, il y a aussi des personnes qui écartent aprioristiquement le résultat du carbone 14, simplement parce qu’il ne leur plaît pas ; et cela non plus n’est pas licite.

Selon l’argument d’un spécialiste (Michael Winter, « Fiabilité de datations par le C-14 », dans « Les Nouvelles du Ceshe », févr. 84), « dans la pratique, les résultats (du C-14) sont si dispersés que beaucoup d’entre eux ne sont pas rendus publics. Si une date issue du C-14 confirme nos théories, nous l’introduisons dans le texte de notre thèse. Si elle n’est que partiellement contradictoire, nous la reléguons dans une note. Si elle diffère du tout au tout de la thèse défendue, nous l’écartons complètement ».

Cela veut dire que, outre le C-14, il est nécessaire, dans tout projet archéologique, de compter sur d’autres références chronologiques qui confrontent ses résultats. « Une datation isolée du contexte archéologique ne suffit pas à définir l’âge d’un objet » (Marie-Claire van Oosterwyck-Gastuche : congrès de Paris, septembre 1989). Aucun archéologue sérieux n’accepte donc comme une donnée de foi les résultats du C-14, surtout s’ils contredisent d’autres datations auxquelles il peut soumettre sa recherche. Naturellement, il ne les ignore pas non plus du fait qu’ils divergent : ils lui posent un problème et l’incitent à poursuivre ses recherches, jusqu’à parvenir à une explication du pourquoi de cette apparente divergence.

L’une des choses qui surprennent le plus dans l’article de « Nature » est l’ignorance qu’il montre à l’égard de toutes les autres recherches menées sur le Suaire. C’est comme si personne n’avait rien dit sur cette toile jusqu’en 1988. Dans la bibliographie qu’ils citent, il n’y a qu’un seul ouvrage sur le Saint Suaire, assez incomplet du reste. Bien plus, ils allèrent jusqu’à ne permettre à aucun autre chercheur connaissant les questions sindonologiques d’assister à leurs analyses et à leurs épreuves ; et ils refusèrent catégoriquement une étude interdisciplinaire des résultats.

Cette attitude a logiquement provoqué que beaucoup de chercheurs du Suaire soient peinés et quelque peu ulcérés. Et il est également logique que cette attitude entraîne avec elle une certaine méfiance, du moins envers les intentions de ceux qui réalisèrent les analyses.

DES RÉSULTATS A-CRITIQUES

L’objection la plus sérieuse que l’on puisse opposer à l’acceptation de ce que dit l’article cité de « Nature » est peut-être qu’il s’agit d’une exposition a-critique des résultats du carbone 14. Le Dr Tite, en effet, se borne à effectuer une étude simplement statistique des résultats obtenus par les trois laboratoires : un catalogage des douze données d’âge.

Pour sa part, le Centre espagnol de sindonologie, qui a tenu ses membres rigoureusement informés des nouvelles qui se sont produites à partir de l’épreuve du C-14, fournit en 1992 une information qui constitue le début de la « rectification de l’âge du Saint Suaire sur la base du carbone 14 lui-même ». Voici, avec quelques modifications et ajouts, plusieurs paragraphes de la passionnante information du numéro 7 de la revue « Linteum », éditée par ledit Centre :

Comme on le sait, en 1988, trois laboratoires (Oxford, Zurich et Arizona) analysèrent chacun un fragment de lin du Saint Suaire ; les résultats de la proportion de C-14 trouvée dans ses fibres permettaient de déduire que le Suaire avait un âge d’environ 700 ans, ce qui situait l’époque de sa fabrication autour de l’an 1300.

Dès le premier moment, les scientifiques connaisseurs du Suaire, qui l’avaient soumis antérieurement à d’autres analyses, doutèrent de la validité de la datation réalisée par la méthode du C-14. Leurs objections étaient fondées sur les données publiées dans diverses revues scientifiques au sujet de la nature déconcertante de l’empreinte sindonique, absolument incompatible avec toute falsification médiévale. Or, Jean-Baptiste Rinaudo, chercheur en médecine nucléaire à Montpellier, a développé une théorie selon laquelle le mécanisme de formation de l’image pourrait avoir faussé les résultats des épreuves du C-14.

La plus grande énigme du Saint Suaire est, sans aucun doute, l’origine des empreintes qu’il contient. Sur le Suaire est « portraiturée » l’image d’un homme crucifié, couronné d’épines et percé d’un coup de lance, dont l’analyse coïncide avec les descriptions de la Passion de Jésus-Christ que font les Évangiles. Cependant, personne n’a pu savoir comment ces impressions se sont produites. Les études réalisées à la fin des années 70 par des membres de l’équipe STURP (Shroud of Turin Research Project), publiées dans diverses revues scientifiques, déterminèrent que ces empreintes ne sont pas un dessin ; ne sont ni peinture, ni estampage, ni gravure ; ne sont pas produites par imprégnation ou vaporigraphie ; ne sont pas – comme certains le prétendent – des empreintes thermo-oxydantes produites par un relief de bronze surchauffé ; on ne sait, en définitive, ce qu’elles sont, et jusqu’à présent toute l’immense capacité scientifique du XXe siècle a été insuffisante pour reproduire un effet semblable sur une autre toile de lin. Plus d’un chercheur a sérieusement qualifié ces empreintes d’UNE DES PLUS SURPRENANTES ÉNIGMES DE L’HISTOIRE.

Très récemment, cependant, J.-B. Rinaudo est parvenu à produire sur une toile de lin une empreinte d’une certaine manière semblable à l’image du Saint Suaire. Les empreintes sindoniques sont formées par une très légère oxydation et déshydratation des microfibrilles les plus superficielles du fil qui forme le tissu du Saint Suaire. Chaque fil de lin, semblable à un fil ordinaire, est en réalité formé de quelques centaines de fibrilles de lin, entrelacées avec les suivantes pour donner sa continuité au fil. Les empreintes du Suaire affectent exclusivement les microfibrilles les plus superficielles de chaque fil : seul un centième de l’épaisseur du fil de lin est altéré ; et non parce qu’il « possède » quelque chose (peinture, etc.), mais parce qu’on lui a « enlevé » un peu d’eau et que certains des composants cellulaires du lin se sont oxydés. Cette empreinte, si caractéristique et si insolite – on n’en connaît pas d’autre semblable au monde –, a été reproduite dans ses caractéristiques essentielles par ledit chercheur français.

Rinaudo, partant du fait que, sous les effets d’une source d’énergie, l’hydrogène lourd (deutérium) libère un proton et un neutron, a constaté que ce proton, fortement énergétique, est capable de dégrader le lin en produisant une empreinte dans une certaine mesure analogue à celle du Saint Suaire.

Outre cette empreinte, il y a un second effet extrêmement important pour la datation du Suaire. Le neutron qui se dégage avec le proton heurte des noyaux atomiques de carbone, les transformant en carbone 14 et enrichissant ainsi le pourcentage de C-14 dans l’ensemble du lin. La proportion de C-14 augmentant dans la toile, celle-ci paraît plus « jeune » (c’est-à-dire plus riche en C-14) qu’elle ne devrait l’être si elle était du Ier siècle. De fait, une fois décompté cet effet d’enrichissement en C-14 des résultats donnés par les laboratoires qui analysèrent le Suaire, celui-ci pourrait être – avec une approximation relative – quelque peu antérieur au Ier siècle.

L’action des protons sur le lin pour former l’image a été vérifiée dans un accélérateur de particules de Grenoble (France). Parallèlement, à Lyon (France), on a démontré et mesuré l’enrichissement en C-14 que produit ce bombardement nucléaire.

Rinaudo réussit à reproduire sur des fibrilles de fil des oxydations semblables à celles qui forment les empreintes du Saint Suaire, en bombardant une toile de lin avec des rayons alpha provenant de la désintégration du deutérium. En même temps, ces protons (rayons alpha) étaient accompagnés de neutrons de basse énergie (neutrons thermiques) provenant du même deutérium ; ceux-ci produisirent un enrichissement du lin en carbone 14. Si cette hypothèse de la formation des empreintes du Suaire était vraie, en même temps que la tache par oxydation, elle expliquerait le faussement apparent de l’âge de la toile, puisque, en s’enrichissant en C-14, le lin apparaîtrait plus « jeune » qu’il ne l’est en réalité…

Selon J.-B. Rinaudo, lorsqu’il explique ses recherches et les applique au Suaire de Turin, « tout se passe comme si cette radiation avait été finement dosée. En effet, s’il y avait eu trop d’énergie et, par conséquent, trop de protons, l’image serait ressortie excessivement sombre. Si, au contraire, l’énergie avait été insuffisante, l’image aurait été peu contrastée et par conséquent illisible. C’est exactement comme si quelqu’un avait eu l’intention précise de provoquer l’image. »

Rinaudo compara ce phénomène à l’origine de l’univers (le fameux Big Bang), où il est également nécessaire d’admettre une énorme source d’énergie inconnue, elle aussi extrêmement dosée. Dans les deux cas, on aboutit à un point d’interrogation.

Les analyses du C-14 effectuées le 1er mai de cette même année sur les fragments de lin de Rinaudo lui donnèrent raison quant à l’enrichissement en C-14 : une augmentation de 102 % du niveau de C-14. Précisément celle qui est nécessaire pour convertir une toile du Ier siècle en une toile apparemment du XIIIe siècle. Tout n’est pas dit pour autant, mais l’intuition de Rinaudo, à savoir que nous sommes sur la bonne voie, s’en trouve confirmée.

Naturellement, reste sans explication scientifique la question de savoir quelle fut la source d’énergie NUCLÉAIRE qui, il y a vingt siècles, put bombarder le drap de lin et y imprimer ces changements.

Restera cependant à jamais un mystère l’identité de ce cadavre qui put ÉMETTRE UNE ÉNERGIE DE TYPE NUCLÉAIRE, TRÈS BRÈVE, TRÈS INTENSE ET PARFAITEMENT AJUSTÉE À L’EFFET DE NOUS LAISSER SUR LA TOILE LES EMPREINTES DE SON CORPS.

L’EMPREINTE MATÉRIELLE D’UNE RÉSURRECTION ?

– Docteur, vous êtes en danger. Sortez vite par la porte de derrière – murmura l’un de ses assistants dévoués.
Le docteur Yves Delage, médecin de renommée internationale, directeur du laboratoire de Roscoff, militant actif dans les rangs athées-rationalistes, interrompit sa conférence et regarda, stupéfait, la foule agressive, congestionnée et vociférante de ses coreligionnaires dans l’idéal athée et le progressisme scientifique. Ils l’accusaient de trahison, et de nombreux poings commencèrent à se lever, menaçants.

– S’il vous plaît, docteur, je rangerai tout moi-même. Vous, partez au plus vite – insista de nouveau, suppliant, son collaborateur.

Yves Delage comprit qu’il avait raison et entama son repli de l’estrade vers la porte de derrière. Le secrétaire de l’Académie l’intercepta, le visage décomposé, la voix altérée et criarde :
– Monsieur Delage, j’assume la responsabilité personnelle de ce que, dans les Actes de cette illustrissime Académie, il ne reste aucune trace du nom que vous avez prononcé en le mettant en relation avec la toile de Turin.

Delage n’en croyait pas ses oreilles ni ses yeux. Entre la plupart des membres de l’Académie des sciences existait un lien très particulier, comme il arrive d’ordinaire entre tous ceux qui partagent un même idéal, surtout si celui-ci est minoritaire. Et la vérité est qu’en 1902 encore, l’idéal d’un athéisme actif et militant, considéré comme la source inépuisable d’un constant progrès matériel, scientifique et libérateur, n’était partagé que par quelques minorités très qualifiées d’Europe et d’Amérique. En effet, la croyance selon laquelle, à mesure que le peuple se libérerait de sa foi religieuse, se produiraient un irrésistible développement scientifique, le bien-être matériel et la liberté citoyenne, seuls de petits groupes d’intellectuels, d’artistes et d’hommes d’affaires la partageaient et luttaient pour elle.

Mais ce qui n’entrait pas dans la tête de Delage, c’était la réaction de ses coreligionnaires face à ce qu’il venait d’exposer dans sa conférence ; car il avait bien souvent commenté avec eux la différence entre leur mentalité athée et rationaliste, tolérante, compréhensive, ouverte à toute idée ou à tout progrès de quelque signe que ce fût, et la mentalité catholique, dogmatique, intolérante, cramponnée à des formes inquisitoriales et réactionnaires. Et pourtant, maintenant, ils étaient là, ses propres compagnons de lutte pour ce sublime idéal en quoi consistait pour lui l’athéisme libérateur, antidogmatique et rationaliste, à l’insulter, à le menacer, à l’accuser de traître, parce qu’en exposant les résultats de l’une des recherches les plus exhaustives menées au cours de sa vie de scientifique, il avait pris acte de l’authenticité de la toile de Turin, ainsi que de la coïncidence entre les caractéristiques qui apparaissaient dans la figure de cette toile et celles du personnage historique appelé JÉSUS DE NAZARETH.

Quelle différence ! À peine deux heures auparavant, en entrant à l’Académie, il avait entendu le secrétaire lui-même dire avec un enthousiasme débordant : « Docteur, c’est un succès, la salle est bondée, on ne pourrait pas y glisser une épingle. » Et en effet, quand il commença à parler, il se fit un silence plein d’attente. Ce fut en prononçant pour la première fois le nom de Jésus de Nazareth que commencèrent les murmures. Vinrent ensuite les cris, les trépignements, et maintenant il devait sortir rapidement pour éviter quelque agression personnelle.

Il se rappela l’attente qui se créa lorsque l’opinion publique apprit qu’Yves Delage s’était chargé de la recherche sur le Suaire de Turin. Beaucoup pensèrent que l’on allait enfin démasquer cette énième supercherie de l’Église catholique, destinée à tromper, une fois de plus, le petit peuple simple, si enclin à croire des fantaisies extraordinaires et merveilleuses. Étonnamment, il arriva le contraire. Yves Delage, avec l’honnêteté professionnelle et personnelle qui le caractérisa toute sa vie, exposa avec simplicité et une rigueur scientifique implacable les résultats de sa longue et pénible recherche. En résumé, ses conclusions pouvaient se synthétiser dans l’affirmation que le Suaire de Turin n’était pas une falsification, et que les caractéristiques de la figure de l’homme crucifié, telles qu’elles apparaissaient sur la toile, correspondaient à celles de JÉSUS DE NAZARETH.

Yves Delage décida de repasser une nouvelle fois ce qu’il avait exposé à l’Académie. Avant de commencer cet examen, une pensée se fraya un chemin avec force dans son esprit lucide : « il existait une grande majorité de personnes pour lesquelles l’affirmation que le Saint Suaire, comme on l’appelait, était authentique comportait, qu’on le voulût ou non, un enjeu religieux, la véracité de la religion chrétienne, et c’est cela qu’elles ne pouvaient admettre ».

Il regarda avidement les photographies avec la figure de l’homme crucifié et observa, en premier lieu, la tête ensanglantée. Il ne faisait aucun doute que l’on avait enfoncé sur la tête de cet homme non pas une couronne d’épines en forme d’anneau, mais une véritable calotte, un casque d’épines qui lui couvrait la tête. La nuque, surtout, était particulièrement endommagée, comme il devait en être pour un homme mort en croix avec une sorte de heaume de branches épineuses enfoncé sur la tête. Le crucifié meurt par asphyxie. Il ne peut expirer, expulser l’air de ses poumons et inspirer un peu d’air pur. Pour y parvenir, il doit s’appuyer sur le clou qui fixe ses pieds au bois et tenter de se soulever par la force des muscles noués et crispés de ses jambes, tout en rejetant compulsivement la tête en arrière, afin d’expulser une bouffée de l’air vicié de ses poumons. Et dans ce mouvement pour se hisser puis se laisser retomber en rejetant la tête en arrière, les épines s’enfoncent chaque fois davantage, les crampes musculaires augmentent, il se produit une tétanisation dans laquelle, les forces épuisées et au milieu de douleurs atroces, le crucifié meurt.

Arrivé là, la sensibilité de Delage s’émut. À l’occasion de sa recherche sur le Saint Suaire, il avait lu tout ce qui lui était tombé entre les mains sur les exécutions romaines, et il reconnaissait que les écrivains de ce temps, de Cicéron à Sénèque, n’exagéraient pas lorsqu’ils décrivaient, avec un sentiment mêlé d’horreur et de pitié, que le crucifié « …meurt à chaque respiration, goutte à goutte, membre à membre… »

En outre, la manière dont les soldats romains avaient coutume de conduire le cruciarius ou patibulatus à la mort expliquait aussi que la couronne de branches épineuses eût blessé plus profondément la nuque. En effet, le condamné à la mort en croix ne portait jusqu’au lieu du supplice que le patibulum, c’est-à-dire la poutre transversale.

Cette manière d’être attaché laissait le cruciarius sans défense face aux chutes possibles, qu’il ne pouvait amortir qu’avec les genoux ou avec le visage. En tout cas, chaque fois qu’il tombait à terre, la poutre transversale attachée à ses bras et à ses épaules frappait la nuque du condamné.

Yves Delage vérifia de nouveau, conformément à ce qu’établissaient les dispositions romaines quant à la manière dont le cruciarius devait porter la poutre transversale jusqu’au lieu du supplice, que les genoux de l’homme du Saint Suaire étaient horriblement écorchés et le visage tuméfié et blessé, en conséquence de quelques chutes dans lesquelles, logiquement, les mains et les bras étant attachés en croix à une lourde poutre, c’étaient les genoux et le visage même du condamné qui supportaient les chocs contre le sol.

Son attention fut attirée par LA BARBE, qui apparaissait partiellement ARRACHÉE, et il se rappela de nouveau la prophétie d’Isaïe qu’il avait lue, comme tant d’autres passages de la Bible, tandis qu’il menait sa recherche. Isaïe, bien des siècles avant la naissance de Jésus de Nazareth, parlant du Messie, du Fils de Dieu, prophétisa au verset 6 du chapitre 50 de son livre : « J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui M’ARRACHAIENT LA BARBE ; je n’ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats. »

Parmi les dizaines et dizaines de blessures, de plaies et de tuméfactions qui couvraient le corps de l’homme du Suaire, la plus frappante était sans aucun doute celle du côté droit. L’énorme masse de sang qui s’en était écoulée présentait une caractéristique surprenante : des taches blanches alternaient avec les taches rouge sombre du sang. Delage reprit la loupe et l’appliqua une fois de plus sur la blessure. Il était évident que l’incision s’était produite après la mort de l’homme, entre le cinquième et le sixième espace intercostal, et qu’elle avait déchiré le cœur, dont l’oreillette droite, comme il arrive chez les cadavres récents, était pleine de sang.

Delage resta en suspens en contemplant le sang qui envahissait les deux poignets de l’homme du Suaire, produit, semble-t-il, d’une perforation de ceux-ci. Il se souvint que, pendant sa recherche, nombreux furent ceux qui lui objectèrent que le cadavre du Suaire ne pouvait être Jésus-Christ, parce qu’à Jésus on avait transpercé les mains, non les poignets. La force avec laquelle ces personnes soulignèrent ce fait, dans le désir qu’il écartât de sa considération toute référence à Jésus de Nazareth, attira son attention, parce que tous les médecins de tous les temps incluent dans la main le carpe ou poignet, le métacarpe ou paume de la main, et les doigts avec leurs trois os ou phalanges. La vérité est qu’il était beaucoup plus logique, du point de vue anatomique, que l’on eût introduit les clous du crucifié entre les os métacarpiens plutôt que dans les paumes des mains, où il était fort possible que se produisît facilement un déchirement des tissus, si bien que le condamné se serait détaché de la croix.

Delage s’adossa au fauteuil et regarda l’ensemble de la photographie. Il prit la Bible, qu’il avait tant maniée pendant sa recherche, et dont certains passages lui étaient familiers. L’homme du Saint Suaire, horriblement torturé de la tête aux pieds, constituait la reproduction presque exacte de l’« homme de douleur », du Messie prophétisé par Isaïe presque mille ans avant la mort de Jésus de Nazareth. Il lut la fin du chapitre 52, qui se rapporte au Serviteur de Yahvé : « …des multitudes avaient été saisies d’épouvante à sa vue / tant son aspect était défiguré / qu’il ne semblait plus être celui d’un homme /… » Il poursuivit avec le début du chapitre 53, qui se rapporte lui aussi au Serviteur de Yahvé, au Messie : « …Sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, / sans apparence qui nous eût séduits. / Objet de mépris, abandonné des hommes, / homme de douleur, familier de la souffrance, / comme quelqu’un devant qui on se voile la face, / méprisé, nous n’en faisions aucun cas. »

Le reste du chapitre du livre d’Isaïe semblait recueillir ce qu’exprimait le visage du Suaire : aucun désir de vengeance, aucun sentiment de haine ou de rancune de la part du crucifié, mais au contraire l’expression de la paix et de l’amour ; la manifestation du triomphe, de la domination et de la seigneurie sur la douleur et la mort.

UN DÉFI À LA SCIENCE ?

Le Saint Suaire n’est pas matière de foi, tout simplement parce que Dieu n’a rien révélé à son sujet. Par conséquent, le croyant peut croire ou ne pas croire au Saint Suaire en toute liberté. Le Saint Suaire est une relique, un document historique, un objet scientifique, et la foi ne se fonde pas sur des objets, mais sur la parole de Dieu.

Ce qui se passe, c’est que la science dit de cet objet des choses impressionnantes ; mais c’est la science qui le dit, non l’Évangile.

Et ainsi, la science dit : la toile de Turin est la seule, jusqu’à présent, qui porte imprimée la figure d’un crucifié du Ier siècle qui fut, en outre, couronné d’épines, frappé, flagellé, percé d’un coup de lance après sa mort et enterré à la hâte.

Et le croyant ouvre l’Évangile et dit : ça alors ! mais tout cela est arrivé à Jésus. Quelles probabilités y aura-t-il que ce fût Jésus ? Et les mathématiciens lui assurent 5 000 trillions pour et une contre. (Ce chiffre, que reproduit le Dr Molina, correspond aux calculs du professeur Filas et, comme le lecteur peut le vérifier, il est très supérieur à celui de Zeuli et Barberis cité au chapitre V, « Est-ce Jésus de Nazareth ou un autre homme ? »)

Et la science continue de dire : au moment où l’empreinte se grava, le corps disparut, la toile était horizontale et immobile, et il y avait un linge autour de la tête.

Et le croyant ouvre l’Évangile et dit : ça alors ! mais tout cela, c’est aussi ce qu’ont dit saint Luc et saint Jean, qui ne disposaient pas du VP8.

Et la science continue de dire : ce cadavre, avant que ne commence la putréfaction, à un instant déterminé, émit une radiation, une énergie inconnue, qui dura des millièmes de seconde, comme un éclair. Pendant un instant, le corps cessa de peser et disparut, sans que fût affecté le Suaire qui le couvrait, lequel demeura horizontal et immobile ! Autrement dit, pour ce corps n’existaient ni la loi de la gravité (puisqu’il ne pesait pas), ni la loi de l’impénétrabilité (puisqu’il traversait les toiles). Il avait donc changé de nature : à partir de cet instant, il n’est plus ce qu’il était.

Et le croyant ouvre l’Évangile et dit : ça alors ! mais il est dit ici que Jésus, en six occasions distinctes, et en plein triomphe apostolique, annonça qu’il devait souffrir une Passion terrible, mais que le troisième jour il ressusciterait.

Et l’Évangile dit aussi que, après sa résurrection, il apparut plusieurs fois, étant lui-même, mais avec un corps différent.

La question du croyant tombe, comme la pomme de Newton, sous son propre poids : et ces faits étranges que la science rencontre dans ce cadavre, ne se pourrait-il pas qu’ils signifient la transformation glorieuse de ce corps lors de sa résurrection ?

Naturellement, penser ainsi ne laisse pas d’être audacieux, parce que la science ne parle ni de résurrection ni de corps glorieux ; mais remarquez bien : la science ne parle pas de Saint Suaire, elle dit Suaire de Turin, sans se demander s’il est saint ou pécheur ; la science ne parle pas de résurrection, elle dit que le corps d’un cadavre, en un instant infinitésimal, disparut ; la science ne parle pas de corps glorieux, elle dit que ce corps devint radiant, cessa de peser et s’échappa, à travers les toiles, comme quelque chose d’insubstantiel, sans se demander si la transformation de nature de ce corps fut glorieuse ou mondaine ; la science ne dit pas que ce cadavre fût celui de Jésus (il pourrait ne pas l’être), mais les mathématiciens affirment qu’il existe 5 000 trillions de probabilités contre une que ce le soit.

Un corps éthéré, insubstantiel, qui échappe aux lois physiques de la gravité et de l’impénétrabilité, je ne sais comment les scientifiques l’appelleront : nous, les croyants, nous l’appelons glorieux ; mais, en tout cas, scientifiques et croyants, avec des expressions différentes, nous définissons peut-être la même chose.

Les empreintes négatives tridimensionnelles dues à la radiation seraient des empreintes de la Résurrection glorieuse du Christ.

Il convient ici de repasser ce qui a déjà été dit au sujet du nombre de probabilités que l’Homme du Suaire fût Jésus.

Tous les calculs furent faits en tenant compte du fait que l’homme couvert par la toile de Turin :

  1. fut couronné d’épines…comme Jésus
  2. fut atrocement flagellé…comme Jésus
  3. fut frappé au visage…comme Jésus
  4. fut crucifié avec des clous…comme Jésus
  5. On ne lui brisa pas les jambes…comme dans le cas de Jésus
  6. On lui ouvrit le côté…comme à Jésus
  7. fut enseveli dans un linceul…comme Jésus
  8. cette toile resta sans tache de décomposition ou de putréfaction…comme celle de Jésus
  9. fut enterré provisoirement…comme Jésus
  10. etc…

Dans chacun de ces cas de figure, nous nous demandons : à combien de crucifiés aura-t-on mis une couronne ? combien en aura-t-on enseveli dans un linceul ?

Eh bien, en n’utilisant que ces données, nous voyions déjà le nombre astronomique qui en résultait. Mais maintenant, à ces nombres, il faut ajouter un facteur nouveau : ces empreintes tridimensionnelles indiquent que l’Homme du Suaire est ressuscité. Combien de crucifiés sont ressuscités ? Mettez le nombre que vous voudrez et multipliez par les chiffres que nous maniions auparavant, et vous vous rendrez compte que le nombre de probabilités atteint désormais une certitude telle que je doute qu’il y ait dans l’histoire un autre personnage mieux caractérisé.

Et il dut en être ainsi, parce que, si le Christ n’était pas ressuscité, il n’y aurait pas ces images sur le Saint Suaire : il ne pourrait pas y en avoir. Il pourrait y avoir des taches de sang, de sueur ou de salive ; mais des images en relief, si uniformes, imprimées en négatif pour celles du corps, avec des photos en positif pour le sang, cela ne se serait jamais obtenu.

Bon, tout cela est si étonnant qu’on en reste bouche bée ; mais, bien qu’extraordinaire, ce n’est ni de la science-fiction, ni des élucubrations imaginatives. Ce sont des déductions logiques de faits scientifiques pleinement démontrés, interprétés à la lumière de la foi par des personnes croyantes.

Ils méritent un grand respect, tous ceux qui, adoptant une attitude honnête devant la vie et devant la science, ne croient pas au surnaturel : pour quelque raison que ce soit, mais qui s’efforcent de chercher la vérité.

Lorsque, cherchant cette vérité, ils laissent de côté l’Évangile et recourent à la science pour qu’elle leur explique les phénomènes scientifiques que présente la toile de Turin, ils se sentent passablement inquiets, parce que la science leur dit :

La toile de Turin est un cas rare et unique au monde, car elle porte des figures que nous n’avons pu expliquer jusqu’à présent par des causes naturelles. Et aujourd’hui nous ne pouvons donner de réponse logique quand on nous demande :

– Pourquoi des images photographiques se sont-elles gravées sur une toile dix-huit siècles avant l’invention de la photographie ?

– Pourquoi cette impression s’est-elle réalisée en négatif, sachant que les négatifs ne peuvent être de facture humaine ?

– Pourquoi est-ce la seule toile au monde portant l’image en négatif de la totalité d’un corps humain ?

– Pourquoi n’a-t-on jamais réussi à faire produire par un cadavre des empreintes semblables, au fil de milliers d’expériences menées avec tous les moyens de la science actuelle ? (les empreintes obtenues par Rinaudo en 1993 sont celles d’objets, en laboratoire et au moyen d’une source d’énergie externe).

– Pourquoi ces images coïncident-elles exactement avec la Passion de Jésus ?

– Pourquoi coïncident-elles exactement avec l’ensevelissement provisoire de Jésus ?

– Pourquoi une toile qui porte imprimée la figure d’un cadavre n’a-t-elle pas la moindre tache de décomposition cadavérique ?

– Pourquoi est-ce la seule photographie humaine sur une toile avec des images tridimensionnelles parfaites ?

– Pourquoi le corps, en s’échappant, n’altéra-t-il la position ni du Suaire ni du linge de tête ?

– Pourquoi les taches de sang ne se détruisirent-elles pas lorsqu’il s’échappa ?

– Pourquoi toute l’image est-elle gravée de manière si uniforme, alors que la logique voudrait que les empreintes du dos fussent plus marquées ?

– Pourquoi les taches de sang s’imprimèrent-elles sous une forme différente de celle des empreintes du corps ?

– Pourquoi les inscriptions de monnaies romaines s’imprimèrent-elles sur une toile ?

– Pourquoi les empreintes du corps, du sang et des monnaies sont-elles intactes, après avoir subi un bain d’eau bouillante et un feu qui fond l’argent ?

– Pourquoi le cadavre couvert par la toile de Turin émit-il, en un instant, une énergie capable de la roussir ?

– Pourquoi, durant cette incandescence, le corps cessa-t-il de peser ?

– Pourquoi, à cet instant, le corps disparut-il en même temps qu’il imprimait l’empreinte ?

Ce sont dix-sept pourquoi scientifiques que nous pose le Saint Suaire, et aucun d’eux n’est explicable par des causes naturelles.

Ces dix-sept pourquoi inexplicables par des causes naturelles peuvent tous s’expliquer par une cause surnaturelle : la Résurrection du Christ.

Faisons-en l’essai :

– Ces images photographiques se gravèrent sur une toile, avant l’invention de la photographie, parce qu’elles ne furent pas faites avec un appareil moderne, mais au moyen de la radiation émise par la Résurrection.

– Cette impression se réalisa en négatif parce que telles sont les images gravées par la radiation.

– C’est la seule toile portant l’image en négatif de tout un corps, parce que c’est la seule résurrection accomplie au monde dans ces circonstances.

– Jamais un cadavre n’a produit d’empreintes semblables, parce que jamais on ne pourra reproduire, expérimentalement, une résurrection.

– Elles coïncident avec la Passion de Jésus, parce que celui qui y est portraituré et qui est ressuscité est JÉSUS.

– Elles coïncident avec un ensevelissement provisoire, parce qu’il ne fait aucun doute que tel fut l’ensevelissement de Jésus.

C’est la seule image humaine qui apparaisse tridimensionnelle sur l’écran du VP8, parce que cette toile reçut la radiation de la seule Résurrection glorieuse connue. Pour mieux le faire comprendre : n’importe quelle PHOTOGRAPHIE NORMALE D’UN HOMME, d’une statue ou d’un paysage, EST PLANE ET BIDIMENSIONNELLE, si bien qu’elle se transformera en une image distordue et grotesque sur l’écran du VP8. C’est seulement lorsque la profondeur est authentique, lorsque sous la caméra du VP8 se trouve l’objet réel, la statue, le vase, la pierre, le visage, que l’on peut alors voir avec une exactitude absolue ses trois dimensions.

– En s’échappant, le corps n’altéra la position ni du Suaire ni du linge de tête, parce que la Résurrection se fit avec un corps glorieux, et celui-ci peut traverser les corps sans les modifier. C’est ainsi qu’il se présenta au Cénacle, les portes étant closes. Sans les forcer, sans violence.

– Les taches de sang ne se détruisirent pas lorsque le corps s’échappa, parce que le corps glorieux n’adhère pas aux croûtes de sang.

– Toute l’image est gravée si uniformément parce que la Résurrection se fit en lévitation et que, dans ces circonstances, les empreintes du dos se marquent aussi bien que celles de devant, puisque le poids du corps n’intervient pas.

– Ces inscriptions s’imprimèrent par la radiation de la Résurrection.

– Les empreintes sont intactes, malgré le feu et l’eau, parce qu’elles ne sont pas peintes, mais gravées par la force de la Résurrection.

– Ce cadavre émit de l’énergie parce que la Résurrection put être cela : une explosion d’énergie.

– Le corps cessa de peser par la transformation du corps humain en corps glorieux.

Autrement dit, les dix-sept pourquoi qui ne trouvaient pas d’explication par des causes naturelles s’expliquent tous par une cause surnaturelle : la Résurrection du Christ. C’est là que réside l’extraordinaire du Saint Suaire.

Car dix-sept faits non naturels sont dix-sept problèmes que la science doit expliquer, sans y être parvenue jusqu’à présent malgré ses efforts.

Auteur : Francisco Ansón

Source : Livre « La Sábana Santa – últimos hallazgos », 1994