Réflexions sur les interrogations les plus courantes des protestants concernant le ministère pétrinien.
L’une des doctrines les plus rejetées par nos frères protestants est précisément celle de la primauté de Pierre. J’ai pu le constater lorsqu’un ami, au fil d’une conversation, me demandait avec insistance, et à plusieurs reprises :
« Mais où Jésus appelle-t-il Pierre “Pape de Rome”, “chef des Apôtres”, “infaillible” ? »
Si vous avez eu l’occasion de dialoguer avec quelque frère protestant, vous aurez sans doute entendu des questions analogues : « où la Bible dit-elle que Dieu est une Trinité ? », « où la Bible dit-elle qu’on a déplacé le jour du repos du sabbat au dimanche ? », « où dit-elle ceci ? où dit-elle cela ? où ? où ? où ?… ». C’est là qu’il nous revient, à nous catholiques, de rendre raison de notre foi.
Pour répondre précisément à cette question, il faut d’abord comprendre quelle est l’essence de la papauté, car sans cela on ne saurait voir où la papauté se trouve dans la Bible.
Mais où Jésus appelle-t-il Pierre « Pape », « chef des Apôtres », « infaillible » ?
Ici, la réponse pure et simple est : NULLE PART…
Oui, nulle part, de même que nulle part on ne lit le mot Trinité, ni Incarnation, ni une liste des livres qui composent le canon, ni bien d’autres choses encore que les protestants eux-mêmes admettent ordinairement ; car dans les Écritures, comme témoignage de la Révélation, se trouvent des vérités implicites et explicites, et, pour beaucoup d’entre elles, la compréhension qu’en a eue le peuple de Dieu s’est accrue au fil du temps.
De même que la compréhension s’accroît, de même la terminologie s’enrichit peu à peu, parvenant à exprimer plus exactement ce que l’Église a toujours cru et croira toujours. Il s’ensuit qu’aujourd’hui nous pouvons appeler Pape le successeur du ministère exercé par l’Apôtre Pierre, ou Trinité le Dieu révélé en trois Personnes divines.
Le problème de mon ami protestant, c’est d’avoir posé la mauvaise question. La doctrine de la papauté ne dépend ni de sa terminologie, ni du style selon lequel elle a été exercée au long de l’histoire.
La doctrine de la papauté ne dépend pas de la terminologie
Aujourd’hui encore, nous pourrions ne pas appeler « Pape » le successeur de Pierre et nous y référer sous toute autre forme, sans que cela change l’essence de la papauté. Ce qui importe réellement, ce n’est pas la terminologie, mais ce qu’elle veut signifier.
La doctrine de la papauté ne dépend pas du style selon lequel elle a été exercée au cours de l’histoire
Beaucoup de protestants qui ne « trouvent » pas de Pape dans les premiers siècles chrétiens ne saisissent pas l’essence même de la papauté. Si leur recherche se concentre sur quelqu’un portant le titre de « Pape », vêtu de somptueuses étoffes, à la mine pompeuse et quasi dictatoriale, exigeant que tous les chrétiens suivent ses décrets sans discussion (l’image que la plupart des protestants se font de la papauté), ils ne le trouveront pas. Il convient ici de citer la remarque de l’apologiste catholique Mark Bonocore :
« Nous n’allons pas prétendre que la perspective protestante n’a aucune validité. Au contraire, il est en partie vrai que les Papes ont agi en bien des occasions de l’histoire chrétienne avec un style autocratique et dictatorial. Toutefois, le style de la papauté ne définit pas la papauté elle-même, non plus que son existence dans l’Église primitive. »[1]
Ainsi, nous n’aurons aucune difficulté à reconnaître que ce style de papauté n’existait pas, ou bien qu’il a varié et évolué à mesure que l’Église affrontait divers défis et situations historiques ; mais la papauté elle-même (proprement définie) a existé dès le moment où le Christ confia à Pierre la charge de paître les brebis et les agneaux de son troupeau et lui remit les clefs du Royaume des Cieux.
Mais quelle est donc l’essence de la papauté, que nous puissions la reconnaître au long de l’Écriture et de la Tradition ? Mark nous en donne une définition concrète et resserrée :
« La papauté est le ministère de pasteur suprême, avec pouvoir de juridiction, qui a pour fin de maintenir l’unité universelle et l’orthodoxie au sein de l’Église chrétienne. »
Ce ministère fut-il exercé par Pierre, puis par les évêques de Rome depuis les premiers siècles chrétiens jusqu’à nos jours ? Il faut répondre sans hésiter par l’affirmative.
L’essence et l’exercice de la papauté dans l’Écriture
S’il y eut dans la vie de Pierre des jours importants, l’un d’eux fut assurément celui où Jésus lui donna un nouveau nom. Peut-être qu’aujourd’hui, changer de nom n’a plus grande signification. Les artistes le font souvent avant d’entamer leur carrière, pour mieux s’accommoder du monde du spectacle ; d’autres, tout simplement, parce qu’ils sont fâchés contre le nom que leurs parents ont bien voulu leur donner. « Pourquoi diable a-t-il fallu qu’on m’appelle Philomène ! » « Comment ont-ils pu m’appeler Pancrace ! » se plaignent certains. Dans l’antiquité, cependant, les noms avaient une profonde importance, et bien davantage encore lorsque c’était Dieu lui-même qui changeait ou attribuait le nom. Ce changement s’accompagnait d’un changement substantiel dans la vie de la personne : une nouvelle mission, une nouvelle identité.
Ainsi, si nous parcourons brièvement la Bible, nous y trouvons d’importants changements de noms : Abram devient Abraham[2] (parce qu’il serait « père d’une multitude de nations »), Saraï devient Sara[3] (« mère de rois », « princesse féconde »), Jacob devient Israël[4] (parce qu’il « a lutté avec Dieu et avec les hommes et qu’il a vaincu »), et jusqu’au nom même de Jésus[5] (« Dieu sauve », parce qu’il sauverait son peuple de ses péchés).
Comme pour eux, le jour vint pour Simon : Jésus, réuni avec ses disciples, leur demande : « Qui suis-je, au dire des hommes ? » ; et lui, comme toujours, prenant les devants sur les autres disciples, s’empresse de répondre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
Les paroles de Simon tombaient juste, car ce n’étaient « ni la chair ni le sang » qui les lui avaient révélées, « mais le Père qui est dans les cieux ». Il ne pouvait se tromper : sa confession était fruit de la Révélation divine. Il avait découvert l’identité du Christ, véritable Fils de Dieu. Jésus lui rend la pareille et lui révèle à son tour quelle serait sa propre nouvelle identité, l’office pour lequel il l’avait choisi, et qu’il lui remettait avec un nouveau nom :
« Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. »[6]
Un événement considérable s’accomplissait ainsi dans la vie de Simon. Le Christ lui avait donné un nom nouveau : « Pierre », et lui avait dit que c’est sur cette Pierre qu’il bâtirait son Église. Et puisque à un nom nouveau correspond un nouveau ministère, Pierre le reçut ce même jour :
« Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié. »[7]
La similitude de ces paroles avec celles de la prophétie d’Isaïe, où un nouveau maître du palais est établi sur le royaume de Juda, est frappante :
« Et le même jour, j’appellerai mon serviteur Élyaqim fils d’Hilqiyyahu. Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ton écharpe, je lui remettrai tes pouvoirs, il sera un père pour l’habitant de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mettrai la clé de la maison de David sur son épaule, s’il ouvre, personne ne fermera, s’il ferme, personne n’ouvrira. Et je l’enfoncerai comme un clou en un lieu solide ; il deviendra un trône de gloire pour la maison de son père. »[8]
Ce n’est point par hasard que Jésus a employé ces paroles : il attire au contraire intentionnellement l’attention sur le contexte de cette prophétie, où un nouveau maître du palais est établi sur le royaume de Juda (Élyaqim). La figure du maître du palais était fort bien connue : c’était un serviteur à qui le roi remettait les clefs.
Le texte d’Isaïe nous indique plusieurs des fonctions qu’exerçait le maître du palais : un ministre au service du roi, investi de la plus haute autorité, subordonné seulement au roi lui-même, et doté d’un rôle de paternité spirituelle : « il sera un père pour l’habitant de Jérusalem et pour la maison de Juda ».
Élyaqim n’était nullement le premier à occuper cette charge. Déjà au temps d’Abraham, celui-ci avait un intendant (Éliézer de Damas)[9], ce qui montre qu’à cette époque la figure était déjà connue. Plus tard, Joseph (fils de Jacob), vendu comme esclave et conduit en Égypte, devint intendant dans la maison de Potiphar :
« Joseph trouva grâce à ses yeux : il fut attaché au service du maître, qui l’institua son majordome et lui confia tout ce qui lui appartenait. »[10]
Puis il finit par devenir intendant dans la maison de Pharaon :
« C’est toi qui seras mon maître du palais et tout mon peuple se conformera à tes ordres, je ne te dépasserai que par le trône. » Pharaon dit à Joseph : « Vois : je t’établis sur tout le pays d’Égypte. »[11]
Ainsi, successivement, nous trouvons dans les royaumes de Juda et d’Israël, au long des siècles, de nombreuses références au maître du palais : 1 R 4,6 ; 16,9 ; 18,3 ; 2 R 10,5 ; 18,18.37 ; 19,2 ; 2 Ch 28,7 ; Is 22,15 ; 36,3.22 ; 37,2. Ce qui importe, c’est qu’en chacun de ces cas il y avait dans chaque royaume beaucoup de ministres, mais un seul maître du palais[12], muni d’une pleine autorité après celle du roi, et investi du pouvoir de prendre des décisions qu’aucun autre ministre du royaume ne pouvait révoquer : « s’il ouvre, personne ne fermera, s’il ferme, personne n’ouvrira ».
Jésus, en tant qu’héritier du trône de David, institue aussi, selon la coutume, un maître du palais royal sur son royaume. C’est en cet événement décisif que Jésus appelle Pierre « Pape », car c’est là, dans la remise des clefs à Pierre comme maître du palais du Royaume des Cieux, que s’enferme l’essence du ministère pétrinien.
Ainsi compris, on voit clairement pourquoi Pierre apparaît comme la Pierre sur laquelle est édifiée l’Église. Le Christ use d’une métaphore où l’Église est comparée à un édifice spirituel dans lequel nous, chrétiens, figurons comme des parties de la construction. Comme dans tout édifice, toutes les pierres n’occupent pas la même place et n’ont pas la même fonction ; de même, dans l’Église, nous, chrétiens, exerçons des fonctions et des ministères différents. Pierre, exerçant un ministère spécial comme maître du palais du royaume et chef du Collège apostolique, apparaîtrait comme la pierre sur laquelle est bâtie l’Église, de même que les Apôtres, Pierre compris, sont, dans d’autres métaphores, figurés comme le fondement de l’Église[13].
Faute de comprendre cela, un ami protestant me rétorquait :
« Tu es libre de croire que l’Église est bâtie sur un homme : “Pierre”, et non sur “le Christ”. »
L’erreur réside dans la méprise du sens où Pierre est la pierre de Matthieu 16,18. Pierre est la pierre sur laquelle l’Église est bâtie en tant qu’autorité visible instituée par Jésus-Christ pour la gouverner, tandis que la confession de foi en est le fondement doctrinal. Lorsque les protestants ne distinguent pas ces deux choses, ils finissent par défigurer et caricaturer la position catholique, pensant que nous aurions placé notre foi en « un homme ».
L’exercice de la papauté dans l’histoire
Au début de ces réflexions, je disais que, bien que l’essence de la papauté ait toujours été la même, son style a varié au long de l’histoire, à mesure que l’Église affrontait divers obstacles et défis.
Tant que les Apôtres étaient en vie et qu’ils étaient directement conduits par le Saint-Esprit, l’exercice de l’office pétrinien consistait principalement en une charge de conduite. C’est là que nous voyons Pierre, comme représentant des autres Apôtres, recevoir du Christ l’ordre de paître son troupeau : le peuple de Dieu.
« Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : “Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?” Il lui répondit : “Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime.” Jésus lui dit : “Pais mes agneaux.” Il lui dit à nouveau, une deuxième fois : “Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ?” — “Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t’aime.” Jésus lui dit : “Pais mes brebis.” Il lui dit pour la troisième fois : “Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ?” Pierre fut peiné de ce qu’il lui eût dit pour la troisième fois : “M’aimes-tu ?”, et il lui dit : “Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime.” Jésus lui dit : “Pais mes brebis.” »[14]
Ce texte est particulièrement remarquable ; car, si paître le troupeau est la tâche non seulement de Pierre, mais de tous les pasteurs, c’est à lui que le Christ s’adresse ici exclusivement. Notons qu’il lui confie de paître non seulement les « brebis », mais aussi les « agneaux », figure du reste des Apôtres. Notons encore que, se référant aux autres Apôtres, il lui demande : « m’aimes-tu plus que ceux-ci ? ».
Lorsque Satan demande à cribler les Apôtres « comme froment »[15], Jésus prie spécialement pour Pierre, afin que sa foi « ne défaille pas »[16]. Plus important peut-être encore : c’est à lui qu’il confie de confirmer ses frères (les Apôtres) dans la foi[17].
En qualité de maître du palais du royaume, c’est lui, et nul autre, qui reçoit la révélation selon laquelle les Gentils peuvent entrer dans l’Église[18] ; c’est le premier à prêcher à la Pentecôte[19] ; c’est lui qui prend l’initiative de compléter le groupe des Douze[20] ; c’est lui qui accomplit le premier miracle de guérison après la résurrection[21], etc.
En somme, on peut dire que le rôle de premier plan que Pierre tient dans tout le Nouveau Testament n’est autre que l’exercice de son office, mais dont le style consistait à exercer la conduite du Collège apostolique.
Une fois qu’il eut pour successeurs, dans cet office, les évêques de Rome, nous voyons que, durant les cinq premiers siècles, aucun évêque n’usurpe la primauté pour lui-même : elle est attribuée, selon l’antique coutume, à l’évêque de Rome. Les objections fréquentes de quelques protestants (car la plupart nient purement et simplement une telle primauté), selon lesquelles cette primauté n’aurait été que d’honneur et non de juridiction, ne peuvent tenir devant l’immense masse de preuves historiques qui existe. Les Papes, depuis les jours des Apôtres, ont continué d’exercer non seulement la juridiction suprême en Occident, mais encore en Orient jusqu’au grand schisme du XIᵉ siècle.
Dès les premiers siècles, cet office dut s’exercer de diverses manières : non seulement comme charge de conduite, mais aussi par la discipline de communautés rebelles (comme lorsque Clément de Rome discipline la communauté de Corinthe pour avoir déposé ses pasteurs), ou encore comme ultime et suprême cour d’appel.
Un exemple de l’exercice de cette primauté de juridiction nous est précisément donné par ces appels, car on n’en appelle jamais d’un tribunal supérieur à un tribunal inférieur. Dans l’histoire de l’Église, nous trouvons des appels venus de toutes parts (évêques, patriarches et même hérétiques) à l’Église de Rome. On pourrait en citer beaucoup d’exemples ; quelques-uns suffiront :
1) Dès le pontificat du Pape saint Anicet (c. 155), une controverse s’éleva sur les divergences entre l’Église de Rome — que presque toutes les autres suivaient — et les Églises d’Asie, touchant le jour de la célébration de Pâques. Saint Polycarpe se rendit à Rome, à plus de quatre-vingts ans, pour faire valoir que la date à laquelle ils célébraient Pâques était une tradition reçue de saint Jean lui-même. Bien qu’ils ne soient pas parvenus à un accord, le Pape Anicet et saint Polycarpe demeurèrent en paix et en communion.
Plus tard, sous le pontificat du Pape saint Victor (189-199), le problème s’aggrava de nouveau — désormais avec l’évêque Polycrate d’Éphèse à la tête des Églises d’Asie —, et le Pape Victor menaça d’excommunier ces Églises ; c’est alors qu’intervint saint Irénée qui, après avoir affirmé son adhésion à l’observance romaine, pria le Pape de ne pas les excommunier, par égard pour l’attachement qu’elles portaient à leurs antiques traditions, d’autant qu’il ne s’agissait pas d’une question doctrinale. Le Pape accepta de ne pas les excommunier, et à la longue elles finirent d’ailleurs par accepter la discipline romaine.
2) Denys, évêque de Rome, vers le milieu du IIIᵉ siècle, ayant appris que le Patriarche d’Alexandrie s’était écarté sur certains points de la foi, exige une explication ; et le patriarche, par obéissance à son supérieur, revendique aussitôt sa propre orthodoxie.
3) Saint Athanase, patriarche d’Alexandrie, en appelle au IVᵉ siècle au Pape Jules Iᵉʳ contre la sentence rendue contre lui par les évêques orientaux. Le Pape casse la sentence du concile oriental, et Athanase retourne sur son siège.
4) Saint Basile, archevêque de Césarée, toujours au IVᵉ siècle, recourt à la protection du Pape Damase.
5) Saint Jean Chrysostome, Patriarche de Constantinople, en appelle au début du Vᵉ siècle au Pape Innocent Iᵉʳ pour la réparation des torts infligés par plusieurs prélats orientaux et par l’impératrice Eudoxie de Constantinople.
6) Saint Cyrille en appelle au Pape Célestin contre Nestorius ; Nestorius en appelle lui aussi, mais sans succès, au Pape.
7) Les conciles de Milève et de Carthage, tenus par les évêques africains et saint Augustin, demandent au Pape d’approuver leurs décrets. Lorsque le Pape répond, saint Augustin s’en réjouit et tient l’affaire pour tranchée. Dans nombre de ses lettres, il soutient qu’il n’est rien de plus clair que le jugement du Siège apostolique.
8) Lorsqu’Eutychès commença à prêcher la doctrine connue sous le nom de monophysisme, il fut condamné pour hérésie par Flavien (évêque de Constantinople) au cours d’un synode. Il en appela alors au Pape Léon[22], à quoi Pierre Chrysologue (évêque de Ravenne) lui écrit (à Eutychès), pour qu’il se soumette au Pape : « Nous t’exhortons, honorable frère, à écouter obéissamment ce qui a été écrit par le bienheureux Pape de la cité de Rome, depuis le bienheureux Pierre, qui vit et préside sur son propre siège. Car nous, dans notre zèle pour la paix et pour la foi, ne pouvons trancher des questions de foi sans le consentement de l’évêque de Rome. »[23]
9) Pour juger la cause d’Eutychès, on tenta de tenir en 449, à Éphèse, un concile œcuménique (convoqué par l’empereur Théodose II avec l’autorisation du Pape Léon Iᵉʳ). Le concile fut présidé par Dioscore (Patriarche d’Alexandrie), lequel soutenait Eutychès. Eutychès obtint que la lettre du Pape apportée par les légats pontificaux ne fût pas lue ; à la suite de cette irrégularité et de quelques autres, le légat pontifical (Hilaire) annula la sentence au nom du Pape et quitta le concile.
Plus tard, au concile de Chalcédoine, on reprocha à Dioscore « d’avoir tenu un Concile (œcuménique) sans le Siège apostolique, ce qui n’avait jamais été permis », allusion au fait qu’il avait continué le concile après le départ des légats pontificaux.
Le Pape Léon reçut également les appels de Théodoret et de Flavien et avait écrit à l’empereur et à l’impératrice que tous les actes de ce concile étaient nuls ; il excommunia tous ceux qui y avaient pris part et absolvit ceux qui y avaient été condamnés (à l’exception de Domnus d’Antioche). C’est ainsi qu’un concile œcuménique fut annulé par le Pape et qu’on en vint à l’appeler le « Brigandage ».
10) Au concile de Chalcédoine, où l’on tenta, par l’approbation du canon 28, de donner à Constantinople le second rang après Rome, l’approbation pontificale fut demandée pour ce canon, et le patriarche lui-même écrivit au Pape en reconnaissant que l’approbation des actes dépendait de sa sanction. De même, le concile entier le reconnut comme successeur de Pierre et chef de l’Église catholique.
Il convient de s’arrêter ici, car tout un chapitre sera plus loin consacré à étudier avec plus d’attention les preuves historiques de la papauté ; il suffit de remarquer que si tous ces appels continuels n’impliquent pas en eux-mêmes une reconnaissance de juridiction, allez donc savoir ce qu’ils pourraient signifier.
Objections protestantes
Objection nº 1 : En Matthieu 16,18, le Christ se référait à lui-même ou à la confession de foi comme à la pierre sur laquelle il bâtirait son Église, et non à Pierre.
S’il est vrai que l’Église est bâtie sur la foi au Christ, on ne saurait méconnaître que le Christ, dans ce passage, désignait aussi Pierre comme la Pierre sur laquelle l’Église est bâtie. Il faut tenir compte du fait qu’à ce moment précis le Christ change le nom de Pierre pour faire un jeu de mots : « Tu es Pierre (Pierre-Roche), et sur cette Pierre je bâtirai mon Église. » Il n’aurait aucun sens de changer le nom de Simon en Pierre-Roche pour désigner ensuite une « autre » pierre, distincte de Pierre.
La phrase grecque porte « επι ταυτη τη πετρα » (« epi tautê tê petra »). Ici, « epi » signifie « sur », et « tautê tê petra » signifie « sur cette pierre-ci ». La phrase, sans le « tê », signifierait seulement « sur cette pierre » ; mais avec le « tê », la construction grammaticale indique de façon décisive l’identification de la pierre à laquelle il est fait référence (celle sur laquelle est bâtie l’Église) avec celle qui vient d’être mentionnée (Pierre). C’est donc Pierre, et non une autre pierre, que le Christ vise et sur laquelle l’Église est bâtie.
Robert A. Sungenis en donne l’explication suivante :
« Il est important de remarquer qu’ici Jésus choisit la formule epi tautê tê petra (“sur cette pierre”) plutôt que la formulation plus ambiguë epi tê petra (“sur la pierre”) ou epi petra (“sur une pierre”). En employant l’article défini ou indéfini, il semblerait désigner quelqu’un d’autre que Pierre ; tandis que l’adjectif démonstratif tautê (“cette”) est bien plutôt fait pour identifier quelqu’un qui se trouve dans la proximité grammaticale immédiate du substantif “pierre”. Or, la seule autre pierre qui apparaisse dans la proximité immédiate est Petros (“Pierre”), un nom propre qui signifie “Roc”… »[24]
Cela étant, il n’y a guère de sens à prétendre interpréter que le Christ aurait voulu dire : « Tu es Pierre, et sur cette pierre-là je bâtirai mon Église. »
Objection nº 2 : Le mot employé comme nom de Pierre dans le texte grec de la Bible (Petros) est distinct de celui qui sert à désigner la pierre sur laquelle est bâtie l’Église (Petra) ; le Christ n’aurait donc pas désigné Pierre comme cette Pierre.
Les protestants allèguent ordinairement que le mot employé dans le texte grec comme nom de Pierre est « Petros », qui désignerait une « petite pierre », tandis que la pierre sur laquelle l’Église est bâtie serait « Petra » et désignerait une grande pierre ou un roc. Selon cette interprétation, ce seraient deux pierres distinctes, et le passage devrait se comprendre ainsi : « Tu es un petit caillou, et sur ce roc de la foi je bâtirai mon Église. »
Il faut tout d’abord objecter qu’en grec de la koinè (la langue dans laquelle sont écrits les textes du Nouveau Testament), à cette époque, les deux mots (Petros et Petra) étaient synonymes. Pour désigner une pierre isolée — un bloc individuel, par opposition au roc — le grec dispose d’un autre mot, « lithos », lequel est fréquemment employé en ce sens dans l’Écriture. Nous en avons un exemple en Marc 15,46 :
« [Joseph d’Arimathie], ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc (petra) ; puis il roula une pierre (lithos) à l’entrée du tombeau. »
Dans le texte grec, pour le mot « roc », on emploie « petra » ; mais pour « pierre », on emploie « lithos » et non « Petros ».
Autre exemple en 1 Pierre 2,8 :
« À vous donc, les croyants, l’honneur, mais pour les incrédules, la pierre (lithos) qu’ont rejetée les constructeurs, celle-là est devenue la tête de l’angle, une pierre (lithos) d’achoppement et un rocher (petra) qui fait tomber. Ils s’y heurtent parce qu’ils ne croient pas à la Parole ; c’est bien à cela qu’ils ont été destinés. »
Ici encore, on emploie le mot « lithos » pour désigner une pierre isolée (celle contre laquelle on trébuche) et « petra » pour un roc ou une masse rocheuse. Autres exemples :
« … et lui dit : “Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et sur leurs mains ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre (lithon).” »[25]
« Quel est d’entre vous l’homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre (lithon) ? »[26]
« Jésus leur dit : “N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre (lithon) qu’avaient rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue pierre de faîte ; c’est là l’œuvre du Seigneur, et elle est admirable à nos yeux ?” »[27]
Ainsi, lorsque l’Écriture fait référence à une pierre isolée, elle emploie normalement le mot « lithos » ; tandis qu’elle emploie « petra » pour désigner un roc. Mais, surtout, Petros n’est JAMAIS employé, dans toute l’Écriture, pour désigner une simple pierre, mais seulement comme nom propre de Pierre. Si le texte grec avait voulu distinguer entre Pierre et la Pierre sur laquelle est bâtie l’Église, il aurait pu employer « lithos » pour Pierre ; or il ne le fait pas.
Pourquoi Petros (masculin) au lieu de Petra (féminin) ?
Si, avec Pierre, le texte grec emploie « Petros » et non « Petra », c’est parce que, à la différence de l’araméen, le grec comporte des genres, et qu’il n’était pas possible d’attribuer un nom propre féminin à une personne de sexe masculin (ce serait comme appeler un homme « Petrine » ou « Pétronille » en français). Ce fait a été reconnu même par des érudits protestants, parmi lesquels on peut citer D. A. Carson, R. T. France, Oscar Cullmann, Herman Ridderbos, Craig Blomberg, William F. Albright, C. S. Mann, Craig S. Keener, Francis Wright Beare, Eduard Schweizer, Ivor H. Jones, M. Eugene Boring, Thomas G. Long, Richard B. Gardner, entre autres.[28]
Mais ce qui rend peut-être cette objection plus improbable encore, c’est qu’il y a des raisons suffisantes de penser que le Christ a prononcé ces paroles non en grec, mais en araméen (la langue employée par Jésus et ses disciples). Nous en avons la preuve en Jean 1,42, où saint Jean nous raconte que le nom donné à Pierre fut Céphas :
« Il l’amena à Jésus. Jésus le regarda et dit : “Tu es Simon, le fils de Jean ; tu t’appelleras Céphas” — ce qui veut dire Pierre. »[29]
Céphas (en grec Κηφᾶς = Kêphas) est une translittération du mot araméen (כֵּיפָא = Kêphas) qui signifie Roc. Pierre est appelé à maintes reprises par ce nom dans les épîtres de Paul, ce qui n’aurait pas de sens si ce n’avait réellement été le nom que Jésus lui avait donné.
« J’entends par là que chacun de vous dit : “Moi, je suis à Paul” — “Et moi, à Apollos” — “Et moi, à Céphas” — “Et moi, au Christ”. »[30]
« … soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l’avenir. Tout est à vous. »[31]
« N’avons-nous pas le droit d’emmener avec nous une femme chrétienne, comme les autres apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas ? »[32]
« … il est apparu à Céphas, puis aux Douze. »[33]
« … je montai à Jérusalem rendre visite à Céphas et demeurai auprès de lui quinze jours. »[34]
« … Jacques, Céphas et Jean, ces notables, ces colonnes… »[35] « Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort. »[36]
« Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : “Si toi qui es Juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ?” »[37]
Ainsi donc, si Jésus a appelé Pierre « Kêphas », il a dû dire : « Tu es Kêphas, et sur ce Kêphas je bâtirai mon Église » ; et là, Pierre figure sans la moindre équivoque comme cette pierre même sur laquelle est bâtie l’Église.
Il convient de noter que Kêphas signifie « Roc » en araméen, et que cette langue dispose aussi d’un autre mot pour désigner une pierre ordinaire : « evna ». Si le Christ avait voulu donner à Pierre le nom d’une simple pierre et non d’un roc, il l’eût appelé « Evna » et non « Kêphas ».
Mais il n’y a pas seulement des raisons suffisantes de penser que le Christ a prononcé Matthieu 16,18 en araméen : une tradition patristique ancienne et largement répandue soutient que l’Évangile de Matthieu lui-même fut composé dans cette langue, et postérieurement traduit (les originaux araméens ayant, malheureusement, été perdus).
Peut-être la preuve la plus décisive nous en vient-elle du témoignage ancien et généralisé de l’Église primitive sur l’origine de cet Évangile. Le plus ancien nous vient de saint Papias, disciple direct de l’Apôtre saint Jean (selon saint Irénée de Lyon). Son témoignage est rapporté par Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique :
« Telle est la mention que Papias fait de Marc. Au sujet de Matthieu, il disait ceci : Matthieu recueillit les paroles [logia du Christ] en langue hébraïque, et chacun les traduisait comme il le pouvait. »[38]
Paul L. Maier (historien protestant) précise, à propos de ce qui précède, que lorsqu’il est question de langue hébraïque, il s’agit probablement de l’araméen, comme dans le Nouveau Testament.
Un autre témoignage presque aussi ancien nous vient de saint Irénée de Lyon (disciple de saint Polycarpe, lequel fut disciple de saint Jean et compagnon de Papias) :
« Matthieu (qui prêcha) aux Hébreux dans leur propre langue, mit aussi par écrit l’Évangile, tandis que Pierre et Paul évangélisaient et fondaient l’Église. Après leur mort, Marc, disciple et interprète de Pierre, nous transmit par écrit la prédication de Pierre. De même, Luc, compagnon de Paul, consigna dans un livre “l’Évangile qu’il prêchait”. »[39]
Origène en témoigne également, ainsi que le rapporte Eusèbe :
« J’ai appris par la tradition que, dans l’Église de Dieu, les quatre Évangiles sont les seuls qui soient incontestés. Le premier à avoir été écrit fut celui de Matthieu, qui avait été collecteur d’impôts et devint ensuite Apôtre de Jésus-Christ ; il le publia en hébreu à l’usage des croyants d’origine juive… »[40]
« Matthieu prêcha d’abord aux Hébreux, et lorsqu’il songea à se rendre aussi chez d’autres, il écrivit son Évangile dans leur langue natale, pour ceux qu’il allait laisser, son écrit comblant le vide que causait son départ. »[41]
Saint Athanase, dans sa synopsis de l’Écriture Sainte, affirme la même chose :
« L’Évangile de Matthieu fut écrit par Matthieu dans le dialecte hébreu, publié à Jérusalem, et Jacques, le frère du Seigneur, en fit une traduction. »[42]
Saint Jean Chrysostome, dans son homélie sur Matthieu, écrit :
« De Matthieu, il est dit encore que, lorsque ceux qui parmi les Juifs avaient cru vinrent à lui, devant bientôt les quitter, il leur écrivit les mêmes choses qu’il leur avait dites de vive voix : il composa lui aussi son Évangile dans la langue des Hébreux. »[43]
Épiphane de Salamine, dans son Panarion, écrit :
« Ils ont intégralement l’Évangile de Matthieu en hébreu. Car il ne fait aucun doute qu’il est encore conservé chez eux en écriture hébraïque, tel qu’il fut originairement écrit. »[44]
Comme si cela ne suffisait pas, saint Jérôme atteste avoir vu lui-même, de ses propres yeux, l’Évangile de Matthieu écrit en hébreu, dont il avait transcrit sa propre copie[45].
Saint Augustin répète la même chose :
« Des quatre [Évangiles], il est vrai, seul celui de Matthieu est reconnu comme ayant été écrit en langue hébraïque, les autres l’ayant été en grec. »[46]
Ce ne sont là que quelques-uns parmi beaucoup d’autres témoignages ; on pourrait y ajouter saint Cyrille de Jérusalem, saint Grégoire de Nazianze, et tous les écrivains ecclésiastiques du Moyen Âge ont répété que Matthieu a écrit en langue hébraïque (araméenne).
L’Encyclopédie catholique rappelle que tous les écrivains ecclésiastiques s’accordaient à dire que Matthieu écrivit son Évangile en hébreu (araméen), et affirmaient que le texte grec était une traduction de l’araméen (jusqu’à Érasme qui en douta). Cela continue d’être défendu par des spécialistes modernes, et pas seulement catholiques ; et même ceux qui soutiennent que le Matthieu grec n’est pas une simple traduction reconnaissent le substrat araméen de ce passage. Oscar Cullmann, théologien protestant suisse bien connu, explique :
« La grande antiquité et l’origine palestinienne de la section (Matthieu 16,17 et suiv.) peuvent aujourd’hui être tenues pour hors de tout doute. Cela est montré par les fortes caractéristiques linguistiques sémitiques de cette section… Le parallélisme des deux propositions : “Tu es la pierre, et sur cette pierre je bâtirai…” montre que la seconde pierre ne se réfère à nulle autre que la première. Cela apparaît plus clairement en araméen, où le même mot kepha figure aux deux endroits, à la différence du grec… Ainsi, ici, le nom et la chose sont exactement identiques. Il faut par conséquent supposer que la phrase a été forgée originairement en araméen. »[47]
En conclusion, il n’est pas exact d’interpréter que Pierre, que le Christ appela « Céphas » (Roc ou grande Pierre) et dont il garda le nom au long du temps (comme tout le Nouveau Testament l’atteste), figure en Matthieu 16,18 comme un « petit caillou ». Les tentatives de donner à ce passage une interprétation forcée et différente, afin de ne pas reconnaître que Jésus a effectivement appelé Pierre la pierre sur laquelle l’Église est bâtie, tiennent davantage du préjugé et du refus d’en accepter les implications que d’une analyse objective et contextuelle de ce passage. Faire de l’eiségèse de l’Écriture pour l’adapter à sa propre idéologie est une mauvaise pratique.
On le voit : il existe bel et bien des raisons valides et cohérentes pour lesquelles nous, catholiques, reconnaissons que le Christ a institué dans la papauté un ministère légitime et permanent. Bien entendu, ces raisons ne convaincront pas tout le monde ; mais le fait est qu’elles existent, alors même qu’on ne les partage pas.
Notes
- Mark Bonocore : Débat avec Jason Engwer, Paroles d’ouverture. ↩
- Genèse 17,3-6. ↩
- Genèse 17,16. ↩
- Genèse 32,28. ↩
- Matthieu 1,21. ↩
- Mt 16,18. ↩
- Matthieu 16,19. ↩
- Isaïe 22,20-23. ↩
- Genèse 15,2. ↩
- Gn 39,4. ↩
- Genèse 41,40-41. ↩
- De la même manière qu’il y a beaucoup d’Apôtres, mais un seul Pape. ↩
- Éphésiens 2,20. ↩
- Jean 21,15-17. ↩
- Luc 22,31. ↩
- Luc 22,32. ↩
- Luc 22,32. ↩
- Actes 10,28. ↩
- Actes 2,14. ↩
- Actes 1,15-22. ↩
- Actes 3,6-7. ↩
- D’Eutychès au Pape Léon, Ep. 21. ↩
- De Pierre Chrysologue à Eutychès, Ep. 25. ↩
- Butler, Dahlgren, Hess, Jesus, Peter & the Keys, Queenship Publishing Company, USA 1996, p. 23-24. ↩
- Matthieu 4,6. ↩
- Matthieu 7,9. ↩
- Matthieu 21,42. ↩
- L’article peut être consulté en ligne à l’adresse https://www.biblicalcatholic.com/apologetics/PeterRockKeysPrimacyRome.html ↩
- Jean 1,42. ↩
- 1 Corinthiens 1,12. ↩
- 1 Corinthiens 3,22. ↩
- 1 Corinthiens 9,5. ↩
- 1 Corinthiens 15,5. ↩
- Galates 1,18. ↩
- Galates 2,9. ↩
- Galates 2,11. ↩
- Galates 2,14. ↩
- Paul L. Maier, Eusebio, Historia de la Iglesia (Eusèbe, Histoire de l’Église), Editorial Portavoz, Michigan 1999, p. 129. ↩
- Irénée de Lyon, Contre les hérésies (Adversus Haereses) III,1,1. ↩
- Origène, cité par Eusèbe dans l’Histoire ecclésiastique. Paul L. Maier, Eusebio, Historia de la Iglesia (Eusèbe, Histoire de l’Église), Editorial Portavoz, Michigan 1999, p. 226. ↩
- Paul L. Maier, Eusebio, Historia de la Iglesia (Eusèbe, Histoire de l’Église), Editorial Portavoz, Michigan 1999, p. 113. ↩
- Cornelius a Lapide, The Great Commentary upon the Holy Scriptures, trans. Thomas W. Mossman, London, John Hodges, 1893, p. xxxvii. ↩
- Homilies of St. John Chrysostom on the Gospel According to St. Matthew, in Philip Schaff, ed., Nicene and Post-Nicene Fathers — Chrysostom, vol. 10, Christian Literature Pub. Co., 1888; rep. Peabody, MA, Hendrickson, 1994, 3. ↩
- Epiphanius, Bishop of Salamis: Selected Passages, New York, Oxford, 1990, p. 93. ↩
- The Great Commentary upon the Holy Scriptures, trans. Thomas W. Mossman, London, John Hodges, 1893, p. xxxvii. ↩
- The Harmony of the Gospels 1, 1, 4, in Philip Schaff, ed., Nicene and Post-Nicene Fathers — Augustine, vol. 6, Christian Literature Pub. Co., 1888; rep. Peabody, MA, Hendrickson, 1994, p. 78. ↩
- Oscar Cullmann, Peter: Disciple, Apostle, Martyr, trans. Floyd V. Filson, Philadelphia, Westminster, 1953, pp. 185, 206. ↩