Il est fréquent d’entendre des membres de sectes comme les Témoins de Jéhovah ou les adventistes du septième jour nier l’existence de l’enfer. Pour les catholiques, cependant, l’enfer est un dogme de foi.

Sur ce point, le Catéchisme de l’Église Catholique enseigne :

1033 Nous ne pouvons pas être unis à Dieu à moins de choisir librement de l’aimer. Mais nous ne pouvons pas aimer Dieu si nous péchons gravement contre Lui, contre notre prochain ou contre nous-mêmes : « Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide ; or vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui » (1 Jn 3, 15). Notre Seigneur nous avertit que nous serons séparés de Lui si nous omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et des petits qui sont ses frères (cf. Mt 25, 31-46). Mourir en péché mortel sans s’en être repenti et sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de Lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par le mot « enfer ».

1035 L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, « le feu éternel » (cf. DS 76 ; 409 ; 411 ; 801 ; 858 ; 1002 ; 1351 ; 1575 ; SPF 12). La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire.

Fondement biblique de l’enfer

Tout comme pour la doctrine de l’immortalité de l’âme, la révélation de l’existence de l’enfer au peuple de Dieu a été progressive.

Durant les huit premiers siècles de rédaction de la Bible, le terme hébreu she’ol désigne la demeure des personnes décédées, les bons et les méchants également ; mais dans ses livres plus récents, on trouve déjà une nette différence entre le châtiment des impies et la récompense des justes, comme l’indique le livre de Daniel au chapitre 12.

« Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle. Les doctes resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui ont enseigné la justice à un grand nombre, comme les étoiles, pour toute l’éternité. »[1]

« Et on sortira pour voir les cadavres des hommes révoltés contre moi, car leur ver ne mourra pas et leur feu ne s’éteindra pas, ils seront en horreur à toute chair. »[2]

« Ensuite ils seront des cadavres méprisables, objet d’outrage parmi les morts pour toujours. Car le Seigneur les brisera en les jetant la tête en bas, sans parole, les ébranlera de leurs fondements ; ils seront totalement dévastés, plongés dans la douleur, et leur souvenir se perdra. Au moment de rendre compte de leurs péchés, ils viendront épouvantés, et leurs iniquités se dresseront contre eux pour les accuser. »[3]

Dans le Nouveau Testament, la doctrine de l’enfer est beaucoup plus claire, en particulier dans la prédication de Jésus, qui menace les pécheurs du châtiment de l’enfer en utilisant l’image de la géhenne.

« Que si ton œil droit est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi : car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que tout ton corps ne soit pas jeté dans la géhenne. »[4]

« Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt Celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l’âme et le corps. »[5]

« Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui parcourez mers et continents pour gagner un prosélyte, et, quand vous l’avez gagné, vous le rendez digne de la géhenne deux fois plus que vous ! »[6]

« Serpents, engeance de vipères ! comment pourrez-vous échapper à la condamnation de la géhenne ? »[7]

« Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le : mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. Et si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le : mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, où leur ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint point. Car tous seront salés par le feu. »[8]

Abondent également les expressions comme « feu qui ne s’éteint pas », « fournaise ardente », « supplice éternel », « être jetés dans les ténèbres extérieures », « grincements de dents », pour désigner les peines de l’enfer :

« Il tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire ; il recueillera son blé dans le grenier ; quant aux bales, il les consumera au feu qui ne s’éteint pas. »[9]

« … tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et les grincements de dents. »[10]

« et les jetteront dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents… pour les jeter dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents. »[11]

« Alors le roi dit aux valets : “Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents.” »[12]

« Alors il dira encore à ceux de gauche : “Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges.” »[13]

« Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t’en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint pas. »[14]

« Car ce sera bien l’effet de la justice de Dieu de rendre la tribulation à ceux qui vous l’infligent, et à vous, qui la subissez, le repos avec nous, quand le Seigneur Jésus se révélera du haut du ciel, avec les anges de sa puissance, au milieu d’une flamme brûlante, et qu’il tirera vengeance de ceux qui ne connaissent pas Dieu et de ceux qui n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus. Ceux-là seront châtiés d’une perte éternelle, éloignés de la face du Seigneur et de la gloire de sa force. »[15]

« Car si nous péchons volontairement, après avoir reçu la connaissance de la vérité, il n’y a plus de sacrifice pour les péchés. Il y a, au contraire, une perspective redoutable, celle du jugement et d’un courroux de feu qui doit dévorer les rebelles. »[16]

« Mais les lâches, les renégats, les dépravés, les assassins, les impurs, les sorciers, les idolâtres, bref, tous les hommes de mensonge, leur lot se trouve dans l’étang brûlant de feu et de soufre : c’est la seconde mort. »[17]

« Alors, le diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, y rejoignant la Bête et le faux prophète, et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles. »[18]

La parabole de Lazare et du riche[19] enseigne comment ceux qui ont été réprouvés souffriront un tourment éternel et irrévocable.

Les peines de l’enfer. Peine du dam et peine du sens

Le Catéchisme de l’Église Catholique enseigne que « la peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire ». Cette séparation éternelle d’avec Dieu, ou supplice de privation, est causée par l’éloignement volontaire de Dieu qui se réalise par la mort en péché mortel, et on l’appelle « peine du dam ».

Elle est la peine principale de l’enfer parce qu’elle implique la perte définitive de la vision béatifique. Les damnés sont irrévocablement séparés de Dieu, et c’est à cette séparation que se réfèrent des textes comme Matthieu 25, 41 : « Allez loin de moi, maudits… », ou 2 Thessaloniciens 1, 9 : « Ceux-là seront châtiés d’une perte éternelle, éloignés de la face du Seigneur et de la gloire de sa force ».

La peine du sens se réfère en revanche au tourment des damnés causé extérieurement par des moyens sensibles. À ce tourment se réfèrent des textes bibliques comme Apocalypse 20, 10 : « leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles », ou « là seront les pleurs et les grincements de dents ». L’Église enseigne que ce supplice sensible tourmente dès maintenant les démons et les âmes des damnés, et tourmentera aussi les corps des damnés après la résurrection, sans les consumer.

L’enfer dans l’enseignement des Pères de l’Église

L’Église primitive et les Pères de l’Église croyaient non seulement à la doctrine de l’immortalité de l’âme, mais aussi à la condamnation éternelle des damnés (à l’exception d’Origène et de quelques-uns de ses disciples qui errèrent en pensant que les peines de l’enfer étaient temporaires, et de certains hérétiques gnostiques qui affirmaient que ceux qui ne seraient pas sauvés seraient anéantis — curieusement, ce que croient aujourd’hui les Témoins de Jéhovah et les adventistes).

Déjà les premiers symboles de foi affirmaient l’existence de la condamnation éternelle, comme le Symbole d’Athanase, aussi appelé Quicumque, dans lequel il est dit : « ceux qui auront fait le bien iront à la vie éternelle et ceux qui auront fait le mal, au feu éternel ».[20]

Apocalypse de Pierre

Un fragment grec important de l’Apocalypse fut découvert à Akhmim en 1886-1887 et son contenu décrit des visions qui incluent la beauté du ciel, l’horreur de l’enfer et les châtiments auxquels sont soumis les damnés : « Et il y avait un grand lac, plein de boue ardente, où se trouvaient des hommes qui s’étaient détournés de la justice ; et les anges chargés de les tourmenter étaient au-dessus d’eux ».

Ignace d’Antioche (? – 107 apr. J.-C.)

Saint Ignace parle de la manière dont ceux qui meurent dans l’impureté iront dans le feu inextinguible :

« Ne vous y trompez pas, mes frères. Ceux qui corrompent une famille n’hériteront pas du Royaume de Dieu. Or, si ceux qui commettent ce péché selon la chair méritent la mort, combien plus celui qui corrompt par sa mauvaise doctrine la foi de Dieu, pour laquelle Jésus-Christ fut crucifié ! Un tel homme, devenu impur, ira au feu inextinguible, et de même celui qui l’écouterait. La raison, justement, pour laquelle le Seigneur consentit à recevoir un parfum sur sa tête, fut de communiquer l’incorruptibilité à l’Église. Ne vous laissez pas oindre du parfum pestilentiel de la doctrine du prince de ce monde, de peur qu’il ne vous emmène captifs loin de la vie qui nous a été proposée en récompense. Mais comment se fait-il que nous ne devenions pas tous prudents, après avoir reçu la connaissance de Dieu, qui est Jésus-Christ ? Pourquoi périssons-nous sottement, en méconnaissant le don de la grâce que le Seigneur nous a véritablement envoyé ? »[21]

Justin Martyr (100 – 165 apr. J.-C.)

Martyr de la foi chrétienne vers l’an 165 (décapité), il est considéré comme le plus grand apologète du IIᵉ siècle.

« Car parmi nous, le prince des mauvais démons s’appelle serpent, Satan et diable ou calomniateur, comme vous pouvez l’apprendre, si vous voulez vous en informer, dans nos écritures ; et que lui-même et toute son armée, ainsi que les hommes qui le suivent, doivent être envoyés au feu pour y être châtiés durant une éternité sans fin, c’est ce que le Christ a annoncé d’avance. »[22]

« Et qu’on ne nous objecte pas ce que disent ceux qui se prétendent philosophes, à savoir que ce ne sont que bruit et épouvantails ce que nous affirmons sur le châtiment que les impies doivent subir dans le feu éternel. »[23]

Martyre de Polycarpe (155 apr. J.-C.)

Il s’agit d’une lettre de l’Église de Smyrne à la communauté de Philomélium où est raconté le martyre de saint Polycarpe, disciple direct de l’Apôtre saint Jean et évêque de Smyrne.

« Et soutenus par la grâce du Christ, ils méprisaient les tourments terrestres, car par la souffrance d’une seule heure ils achetaient la vie éternelle. Le feu même de leurs inhumains bourreaux leur semblait rafraîchissant, car ils avaient devant les yeux la fuite du feu éternel qui ne s’éteint jamais, et avec les yeux du cœur ils contemplaient déjà les biens réservés à ceux qui résistent avec courage. »[24]

Lettre à Diognète

Il s’agit d’un bref traité apologétique adressé à quelqu’un du nom de Diognète qui avait apparemment posé des questions sur certains points qui avaient retenu son attention dans les croyances et le mode de vie des chrétiens. Son auteur est inconnu et l’on estime qu’il fut composé à la fin du IIᵉ siècle.

« Alors, étant sur la terre, tu contempleras que Dieu exerce son gouvernement dans les cieux ; alors tu commenceras à parler des mystères de Dieu ; alors tu aimeras et admireras ceux qui sont torturés pour n’avoir pas voulu renier Dieu ; alors tu condamneras la tromperie et l’erreur du monde, quand tu connaîtras la vraie vie du ciel, quand tu mépriseras ce qui ici paraît être la mort, quand tu craindras la vraie mort réservée à ceux qui sont condamnés au feu éternel, châtiment définitif de ceux qui y seront livrés. Alors tu admireras et tu considéreras bienheureux ceux qui supportent le feu terrestre à cause de la justice, quand tu connaîtras ce feu… »[25]

Athénagore d’Athènes (IIᵉ siècle)

« Car si nous croyions que nous ne devons vivre que cette vie présente, on pourrait soupçonner que nous péchions soumis à la servitude de la chair et du sang, ou dominés par le lucre et le désir ; mais sachant comme nous savons que Dieu surveille nos pensées et nos paroles de nuit comme de jour, et qu’Il est toute lumière et regarde même dans notre cœur, nous croyons que, sortis de cette vie, nous en vivrons une autre meilleure, à condition de demeurer avec Dieu et par Dieu inébranlables et supérieurs aux passions, avec une âme non charnelle, même dans la chair, mais avec un esprit céleste ; ou bien, tombant avec les autres, nous attend une vie pire dans le feu (car Dieu ne nous a pas créés comme des troupeaux ou des bêtes de somme, de passage, et seulement pour mourir et disparaître) ; avec cette foi, disons-nous, il n’est pas logique que nous nous livrions volontairement au mal et nous jetions nous-mêmes entre les mains du grand juge pour être châtiés. »[26]

Irénée de Lyon (130 – 202 apr. J.-C.)

« Dans le Nouveau Testament, la foi des êtres humains en Dieu grandit, car ils reçurent le Fils de Dieu comme un bien ajouté afin que l’homme participât de Dieu. De même s’accrut la perfection de la conduite humaine, car il nous est ordonné de nous abstenir non seulement des mauvaises œuvres, mais aussi des mauvaises pensées, des paroles oiseuses, des expressions vaines et des discours licencieux : ainsi s’étendit aussi le châtiment de ceux qui ne croient pas en la Parole de Dieu, qui méprisent sa venue et retournent en arrière, car il ne sera plus temporel mais éternel. À ces personnes le Seigneur dira : “Éloignez-vous de moi, maudits, au feu éternel”, et ils seront condamnés pour toujours. Mais il dira aussi à d’autres : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume qui vous a été préparé depuis toujours”, et ceux-ci recevront le Royaume où ils auront un progrès perpétuel. Cela montre qu’un seul et même est Dieu le Père, et que son Verbe est toujours aux côtés du genre humain, par diverses Économies, réalisant diverses œuvres, sauvant depuis le commencement tous ceux qui sont sauvés — c’est-à-dire ceux qui aiment Dieu et qui, selon leur capacité, suivent sa Parole — et condamnant ceux qui se condamnent, c’est-à-dire ceux qui oublient Dieu, blasphèment et transgressent sa Parole. »[27]

Tertullien (160 – 220 apr. J.-C.)

Lorsqu’il écrit De paenitentia (vers l’an 203 apr. J.-C., alors qu’il était encore catholique), il parle ici d’une seconde pénitence que Dieu « a placée dans le vestibule pour ouvrir la porte à ceux qui frappent, mais une seule fois, car celle-ci est déjà la seconde », mais pour ceux qui rejettent cette pénitence il décrit la condamnation éternelle dans l’enfer, châtiment de ceux qui n’ont pas voulu se repentir et confesser leurs péchés.

« Si tu refuses la pénitence publique, médite en ton cœur sur la géhenne qui, pour toi, doit être éteinte par la pénitence. Représente-toi avant tout la gravité de la peine, afin de ne pas hésiter à recourir au remède. Comment devons-nous considérer cette caverne du feu éternel, quand, à travers quelques-unes de ses cheminées, se produisent de telles éruptions de flammes vigoureuses qu’elles ont fait disparaître les villes voisines ou bien sont sur le point de subir le même sort un jour quelconque ? Des montagnes très hautes éclatent en morceaux à cause du feu qu’elles renferment, et c’est pour nous un indice de la perpétuité de ce feu que le fait que, malgré ces éruptions qui brisent et détruisent les montagnes, cette activité ne cesse jamais. Qui, devant ces convulsions des monts, pourrait ne pas les considérer comme un indice du jugement menaçant ? Qui pourrait penser que de telles flammes ne soient pas une sorte d’armes de jet provenant d’un feu colossal et indescriptible ? »[28]

Cyprien de Carthage (200 – 258 apr. J.-C.)

« Quelle gloire pour les fidèles il y aura alors, quel châtiment pour les incroyants, quelle douleur pour les infidèles de n’avoir pas voulu croire en un autre temps dans ce monde et de ne pouvoir désormais revenir en arrière pour croire ! La géhenne toujours en flammes et un feu dévorant embrasera ceux qui s’y rendront, et leurs tourments n’auront ni repos ni fin en aucun moment. Les âmes seront conservées avec les corps pour souffrir d’interminables supplices. Là nous verrons toujours celui qui ici-bas nous a regardés un temps, et le bref plaisir qu’eurent les yeux cruels dans les persécutions sera contrebalancé par le spectacle sans fin, selon le témoignage de la Sainte Écriture, quand elle dit : Leur ver ne mourra pas, et leur feu ne s’éteindra pas, et ils serviront de spectacle à tous les hommes. Alors le repentir sera vain, les gémissements inutiles et les prières sans effet. Tard croient en la peine éternelle ceux qui n’ont pas voulu croire en la vie éternelle. »[29]

Basile de Césarée (329 – 379 apr. J.-C.)

« Il est évident que les œuvres sont la cause pour laquelle l’on finit par être condamné au supplice, puisque c’est nous-mêmes qui nous disposons à mériter la combustion, de sorte que les vices de l’âme sont comme des étincelles de feu que nous produisons pour allumer les flammes de la géhenne, comme dans le cas de ce riche qui se consumait dans le feu de ses propres plaisirs qui le brûlaient.

En effet, l’intensité du feu dévorateur sera plus ou moins grande selon les flèches lancées sur chacun par le Malin. »[30]

« … il n’est pas dans l’enfer celui qui loue, ni dans le sépulcre celui qui se souvient de Dieu, parce que l’aide de l’Esprit n’y est pas non plus. Comment peut-on donc penser que le jugement s’effectue sans l’Esprit Saint, alors que la Parole montre que Lui-même sera aussi la récompense des justes lorsque, au lieu des arrhes, il se donnera dans sa totalité, et qu’il sera la première condamnation des pécheurs lorsqu’on les dépouillera de ce qu’ils semblaient avoir ? »[31]

Grégoire de Nazianze (329 – 390 apr. J.-C.)

« Je connais le tremblement, l’agitation, l’inquiétude et le brisement du cœur, la vacillation des genoux et d’autres peines semblables par lesquelles sont châtiés les impies. Je dirai, en effet, que les impies sont livrés aux tribunaux de la vie à venir par la justice parcimonieuse de ce monde, de sorte qu’il est préférable d’être châtié et purifié maintenant plutôt que d’être renvoyé aux supplices de l’au-delà, lorsque sera venu le temps du châtiment et non de la purification. »[32]

Grégoire de Nysse (331 – 394 apr. J.-C.)

Grégoire de Nysse parle lui aussi à plusieurs reprises du « feu inextinguible » et de l’immortalité du « ver ».

« Et la vie douloureuse des pécheurs n’a elle non plus aucune comparaison avec les sensations de ceux qui souffrent ici-bas. Mais même si l’on applique à quelque châtiment de là-haut le nom par lequel on le connaît ici-bas, la différence n’est pas petite.

En effet, en entendant le mot feu, tu as appris à penser à quelque chose de différent du feu d’ici-bas, car il s’y trouve une qualité qui n’existe pas dans celui-ci : celui-là, en effet, ne s’éteint pas, tandis que celui d’ici-bas peut être éteint par les multiples moyens que l’expérience enseigne, et la différence est grande entre un feu qui s’éteint et un autre qui est inextinguible.

C’est donc un autre feu, et non le même que celui d’ici-bas. Et de même, en entendant le mot ver, il ne faut pas se laisser entraîner par la ressemblance du nom à penser à ce petit animal terrestre, car l’ajout du qualificatif “éternel” suppose qu’il faut penser à une autre nature, différente de celle que nous connaissons. »[33]

Jérôme (340 – 420 apr. J.-C.)

« Ils sont nombreux à dire que, dans l’avenir, il n’y aura pas de supplices pour les péchés et qu’on ne leur appliquera pas de châtiments venant de l’extérieur, mais que la peine consistera dans le péché lui-même et dans la conscience du délit, le ver ne mourant pas dans le cœur et le feu brûlant dans l’âme, d’une manière semblable à la fièvre, qui ne tourmente pas le malade du dehors, mais qui, s’emparant des corps, châtie sans employer aucun instrument externe de torture. Ces persuasions sont des pièges frauduleux, des paroles vaines et sans valeur, qui charment les pécheurs comme des fleurs, mais qui leur inspirent une confiance qui les conduit aux supplices éternels. »[34]

Jean Chrysostome (347 – 407 apr. J.-C.)

Saint Jean Chrysostome donne une explication détaillée de la différence entre la peine du dam et la peine du sens, et du fait que la première est la peine principale de l’enfer parce qu’elle implique la séparation définitive de Dieu.

« La double peine de l’enfer : le feu et la privation de Dieu — Apparemment, il n’y a ici qu’un seul châtiment, celui d’être brûlé par le feu ; cependant, si nous l’examinons attentivement, nous verrons qu’il y en a deux, car celui qui est brûlé est en même temps banni pour toujours du Royaume de Dieu. Et ce châtiment est plus grave que le premier. Je sais bien que beaucoup ne craignent que le feu de l’enfer, mais je n’hésite pas à affirmer que la perte de la gloire éternelle est plus amère que le feu lui-même. Que nous ne puissions l’exprimer par des paroles n’a rien d’étonnant, car nous ne connaissons pas non plus la nature des biens éternels pour pouvoir mesurer pleinement le malheur d’en être privés… Certes, l’enfer est insupportable, ainsi que le châtiment qu’on y subit. Cependant, même si tu plaçais mille enfers devant moi, tu ne me dirais rien de comparable à la perte de cette gloire bienheureuse, au malheur d’être haï du Christ, de devoir entendre de sa bouche “je ne te connais pas”, d’être accusé par lui de l’avoir vu affamé sans lui donner à manger. Mieux vaudrait que mille foudres nous embrasent, plutôt que de voir ce doux visage qui nous rejette, et ces yeux sereins qui ne peuvent supporter de nous regarder. »[35]

Augustin d’Hippone (354 – 430 apr. J.-C.)

« Vous avez donc entendu dans l’Évangile qu’il y a deux vies : l’une présente, l’autre future. La présente, nous la possédons ; en la future, nous croyons. Nous sommes dans la présente ; à la future, nous ne sommes pas encore parvenus. Tandis que nous vivons la présente, acquérons des mérites pour gagner la future, car nous ne sommes pas encore morts. Lit-on par hasard l’Évangile dans les enfers ? S’il en était réellement ainsi, ce riche l’entendrait en vain, car il ne pourrait plus y avoir de pénitence fructueuse. C’est à nous qu’il est lu ici, et c’est ici que nous l’entendons, où, tant que nous vivons, nous pouvons être corrigés afin de ne pas parvenir à ces tourments. »[36]

« C’est à partir de ce qui se passe ici-bas que l’intelligence de l’homme pourrait se faire une idée de ce qui nous est réservé dans l’avenir. Pourtant, quelle immense disproportion ! Il vit, il ne veut pas mourir ; de là l’amour de la vie sans fin, le désir de vivre, le refus de mourir jamais. Et pourtant, ceux qui devront aller aux peines torturantes de l’enfer voudront mourir et ne le pourront pas. »[37]

Grégoire Iᵉʳ le Grand (540 – 604 apr. J.-C.)

« Si les bons sont dans le malheur et les méchants dans le bonheur, c’est peut-être parce que les bons, s’ils ont péché en quelque chose, reçoivent ici-bas le châtiment afin d’être pleinement libérés de la condamnation éternelle, tandis que les méchants trouvent ici-bas la récompense du bien accompli en cette vie, afin que dans la vie future ils ne subissent que des tourments. »[38]

Définitions du Magistère de l’Église

Au Concile de Latran IV (année 1215), on définit l’existence de l’enfer et l’éternité des peines. De même aux Conciles de Lyon II (année 1274) et de Florence (année 1439), où il est déclaré que la condamnation éternelle commence immédiatement après la mort.

Dans la Bulle Benedictus Deus (année 1336), nous lisons : « Nous définissons que, selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en péché mortel actuel descendent, après leur mort, dans l’enfer, où elles sont tourmentées par des peines infernales. »

Le Magistère récent a confirmé la doctrine de l’Église sur l’enfer de manière expresse au Concile Vatican II, dans sa Constitution dogmatique sur l’Église, où il nous exhorte à veiller pour entrer dans la vie et nous détourner du châtiment éternel : « Ignorants du jour et de l’heure, il faut que, suivant l’avertissement du Seigneur, nous restions constamment vigilants pour pouvoir, quand s’achèvera le cours unique de notre vie terrestre (cf. He 9,27), être admis avec lui aux noces et comptés parmi les bénis de Dieu (cf. Mt 25,31-46), au lieu d’être, comme les mauvais et les paresseux serviteurs (cf. Mt 25,26), écartés par l’ordre de Dieu vers le feu éternel (cf. Mt 25,41), vers ces ténèbres du dehors où “seront les pleurs et les grincements de dents” (Mt 22,13 ; 25,30). »

De même le pape Paul VI : « Ceux qui les ont refusés (l’amour et la miséricorde de Dieu) jusqu’à la fin seront destinés au feu qui ne cessera jamais. »[39]

Notes

  1. Daniel 12, 2-3
  2. Isaïe 66, 24
  3. Sagesse 4, 19-20
  4. Matthieu 5, 29
  5. Matthieu 10, 28
  6. Matthieu 23, 15
  7. Matthieu 23, 33
  8. Marc 9, 45-49
  9. Matthieu 3, 12
  10. Matthieu 8, 12
  11. Matthieu 13, 42.50
  12. Matthieu 22, 13
  13. Matthieu 25, 41
  14. Marc 9, 43
  15. 2 Thessaloniciens 1, 6-9
  16. Hébreux 10, 26-27
  17. Apocalypse 21, 8
  18. Apocalypse 20, 10
  19. Luc 16
  20. Dz 40/76
  21. Ignace d’Antioche, Lettre aux Éphésiens, 16-17 ; Daniel Ruiz Bueno, Padres Apostólicos (Pères Apostoliques), Biblioteca de Autores Cristianos 65, cinquième édition, Madrid 1985, p. 456-457.
  22. Justin Martyr, Apologie I, 28, 1 ; Daniel Ruiz Bueno, Padres Apologetas Griegos (Pères Apologètes Grecs), Biblioteca de Autores Cristianos 116, troisième édition, Madrid 1996, p. 211-212.
  23. Justin Martyr, Apologie II, 9, 1 ; Ibid., p. 271.
  24. Martyre de Polycarpe, 2, 3-4 ; Daniel Ruiz Bueno, Padres Apostólicos (Pères Apostoliques), Biblioteca de Autores Cristianos 65, cinquième édition, Madrid 1985, p. 673-674.
  25. Lettre à Diognète, 10, 7-8 ; Guillermo Pons, El más allá en los Padres de la Iglesia (L’au-delà chez les Pères de l’Église), Editorial Ciudad Nueva, Madrid 2001, p. 109.
  26. Athénagore, Supplique au sujet des chrétiens 31 ; Daniel Ruiz Bueno, Padres Apologetas Griegos (Pères Apologètes Grecs), Biblioteca de Autores Cristianos 116, troisième édition, Madrid 1996, p. 701-702.
  27. Irénée de Lyon, Contre les hérésies IV, 28, 2.
  28. Tertullien, De paenitentia 12 ; Migne, Patrologia Latina, Paris 1848ss., 1, 1247 ; Guillermo Pons, El más allá en los Padres de la Iglesia (L’au-delà chez les Pères de l’Église), Editorial Ciudad Nueva, Madrid 2001, p. 110-111.
  29. Cyprien, À Démétrien 24 ; Julio Campos, Obras de San Cipriano. Tratados. Cartas (Œuvres de saint Cyprien. Traités. Lettres), Biblioteca de Autores Cristianos 241, Madrid 1964, p. 292-293.
  30. Basile de Césarée, Commentaire sur Isaïe, 1, 64 ; Migne, Patrologia Graeca, 161 vol., Paris 1875ss., 30, 229 ; Guillermo Pons, El más allá en los Padres de la Iglesia (L’au-delà chez les Pères de l’Église), Editorial Ciudad Nueva, Madrid 2001, p. 112
  31. Basile de Césarée, Le Saint-Esprit, 16, 40 ; G. Azzali-Argimiro Velasco, Basilio de Cesarea, El Espíritu Santo (Basile de Césarée. Le Saint-Esprit), Biblioteca de Patrística 32, Ciudad Nueva, Madrid 1996, p. 175-176
  32. Grégoire de Nazianze, Discours, 16, 7 ; Migne, Patrologia Graeca, 161 vol., Paris 1875ss., 35, 944 ; Guillermo Pons, El más allá en los Padres de la Iglesia (L’au-delà chez les Pères de l’Église), Editorial Ciudad Nueva, Madrid 2001, p. 112-113
  33. Grégoire de Nysse, La Grande Catéchèse, 40, 7-8 ; M. Naldini-Argimiro Velasco, Gregorio de Nisa, La gran catequesis (Grégoire de Nysse. La grande catéchèse), Biblioteca de Patrística, Ciudad Nueva, Madrid 1993, p. 139
  34. Jérôme, Commentaire sur la Lettre aux Éphésiens, 3, 5, 6 ; Migne, Patrologia Latina, Paris 1848ss., 26, 522
  35. Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, 23, 8 ; Daniel Ruiz Bueno, Obras de San Juan Crisóstomo (Œuvres de saint Jean Chrysostome), Tomo I, Biblioteca de Autores Cristianos 141, 2ᵉ éd. (réimpression), Madrid 2007, p. 489-491.
  36. Augustin d’Hippone, Sermon, 113-A, 3 : Obras Completas de San Agustín (Œuvres complètes de saint Augustin), Tomo X, Biblioteca de Autores Cristianos 441, Madrid 1983, p. 829
  37. Augustin d’Hippone, Sermon 127, 2 : Biblioteca de Autores Cristianos 443, 106-107
  38. Grégoire le Grand, Livres Moraux, V ; J. Rico, Gregorio Magno, Libros Morales/1 (Grégoire le Grand. Livres Moraux/1), Biblioteca de Patrística 42, Ciudad Nueva, Madrid 1998, p. 300
  39. Paul VI, Profession de foi, Acta Apostolicae Sedis 60 (1968) 444