Réponses aux objections les plus fréquentes.

Le sacramental peut-être le plus emblématique du catholicisme est le Rosaire, ce collier de grains terminé par un crucifix. Le célèbre télévangéliste Jimmy Swaggart l’a expliqué à sa manière sur la jaquette poussiéreuse de son livre anticatholique « Catholicisme et christianisme » [1]. Swaggart écrivait : « Le Rosaire (ou prière avec des “grains”) fut introduit par Pierre l’Ermite en 1090 apr. J.-C. Il fut copié des hindous et des mahométans (sic). Réciter des prières de façon répétitive est une pratique païenne et elle est explicitement condamnée par le Christ » (Mt 6:5-7) [2].

À l’exception de l’affirmation selon laquelle les grains du Rosaire sont associés chacun à une prière, Swaggart se trompe absolument sur tout le reste. Et c’est regrettable, car de telles présentations aussi grossièrement déformées effraient des chrétiens sans formation et les éloignent d’une arme puissante de prière et de contemplation.

La Tradition associe le Rosaire non pas à Pierre l’Ermite, mais à saint Dominique de Guzmán (1170-1221), dont on dit qu’il le reçut de la Vierge Marie pour combattre l’hérésie albigeoise. Cette légende semble provenir des écrits d’Alain de la Roche (1428-1475), cet infatigable prédicateur dominicain du Rosaire. Des études critiques plus modernes, menées par des dominicains et d’autres spécialistes du sujet, révèlent que l’histoire est bien plus compliquée, même si elle n’a certainement aucun rapport avec les hindous ou les musulmans.

Les moines du Moyen Âge avaient coutume de prier chaque jour les 150 psaumes. Comme les frères laïcs des ordres étaient illettrés et ne pouvaient pas les lire, la pratique de réciter le Notre Père 150 fois apparut parmi eux.

Ils utilisaient des grains pour les compter. Cette pratique se répandit parmi les laïcs et, ainsi, d’autres prières faciles à mémoriser furent ajoutées. Aux XVe et XVIe siècles, le Rosaire fut établi tel que nous le connaissons aujourd’hui, composé du Symbole des Apôtres, du Notre Père, du Je vous salue Marie et du Gloire au Père.

Le Symbole des Apôtres apparut pour la première fois comme symbole baptismal à Rome au IIe siècle, et prit sa forme actuelle au Ve siècle. Bien qu’il n’ait pas été écrit par les Apôtres, il est généralement admis qu’il pourrait fort bien être d’origine apostolique.

Le Notre Père correspond aux grains isolés,

séparés des groupes de 10 grains (les « dizaines »). Tout chrétien connaît cette prière : c’est celle que l’on trouve, dans sa version longue, en Mt 6:9-13. Fait intéressant, elle se trouve dans le même passage de l’Écriture où Jésus dit : « Mais, lorsque vous priez, n’usez pas de vaines répétitions comme font les païens, qui croient qu’à force de paroles ils seront exaucés » (Mt 6:7). C’est le verset que Jimmy Swaggart prétend condamner la « pratique païenne » consistant à « réciter des prières ». Bien que Jésus lui-même nous ait donné le Notre Père, certains chrétiens fondamentalistes tentent de dissuader les autres chrétiens de l’utiliser autrement que comme une prière modèle, car ils pensent que le prier constituerait une « vaine répétition ».

Mais examinons le contexte du verset en question. Matthieu 6:5-6 traite des pratiques de prière des Juifs eux-mêmes. Jésus les qualifie d’hypocrites. Il ne condamne pas les prières répétitives juives, qui étaient nombreuses. Par exemple, le livre des Psaumes est un recueil d’hymnes et de prières utilisées à maintes reprises dans les célébrations juives auxquelles Jésus lui-même participait. L’un des psaumes, le 136, est en lui-même une prière répétitive, sous forme de litanie. La Pâque, célébrée par Jésus avant sa crucifixion, comprenait des prières fixes répétées chaque année, parmi lesquelles les psaumes 113 à 118. Après la Cène, Jésus alla au jardin de Gethsémani et pria trois fois de suite la même prière (Mt 26:39-44). Ainsi donc, lui aussi recourut à la prière répétitive.

Dans les deux versets suivants (Mt 6:7-8), Jésus nous met en garde contre les pratiques de prière des païens, qui avaient une conception magique de la prière et dont il condamna les prières répétitives. Le verset 7 dit, dans la traduction protestante « King James » : « N’usez pas de vaines répétitions » (le mot grec original est « battalogeo ») « comme font les païens ». Battalogeo se traduit mieux par « bavarder » ou employer beaucoup de mots, et c’est ainsi qu’il est rendu dans la « Nouvelle Version Internationale » (NIV). La « Revised Standard Version » (RSV) traduit par « phrases vides » [3]. Jésus ne condamne pas la simple répétition — chose qu’il fit lui-même, comme d’autres bons Juifs — mais le verbiage des païens.

Quel genre de verbiage les païens pratiquaient-ils ? Regardons 1 Rois 18:26-29, où les prophètes païens, sur le mont Carmel, tentaient d’invoquer Baal toute la journée, répétant son nom et accomplissant des danses rituelles : « Ils prirent le taureau, le préparèrent et invoquèrent depuis le matin jusqu’à midi, en disant : “Baal, réponds-nous.” Mais il n’y eut ni voix ni réponse, et ils dansaient autour de l’autel qu’ils avaient fait… Ils crièrent plus fort et, selon leur coutume, se firent des incisions avec des couteaux jusqu’à ce que le sang coule. Passé midi, ils tombèrent en transe jusqu’à l’heure où l’on offre le sacrifice du soir, mais on n’entendit personne leur donner une réponse ou un signe d’acceptation. » Une fois que les prophètes païens eurent renoncé, Élie appela le Dieu d’Israël et sa prière fut immédiatement exaucée.

Les prières des prophètes païens étaient « vaines » parce qu’après avoir passé toute la journée à appeler désespérément Baal, celui-ci ne leur répondit jamais. Ce n’était pas un vrai dieu, contrairement au Dieu d’Israël, qui répond toujours à la prière sincère. L’argument de Jésus en Mt 6:7 est que nous n’avons pas besoin de passer toute la journée à sauter sur des autels, à nous entailler avec des couteaux ou à délirer pour être entendus par notre Père du Ciel. Il écoute nos prières quel qu’en soit le type : longues ou courtes, composées ou improvisées, en groupe ou individuelles, répétitives ou uniques, pourvu toutefois qu’elles soient senties, comprises, et non récitées machinalement ; autrement elles sont « vaines », vides, réduites à du bavardage.

Et ainsi, Jésus dit au verset suivant : « Ne leur ressemblez donc pas [aux païens], car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez » (Mt 6:8). Cela ne signifie pas que, puisque Dieu connaît déjà nos besoins, nous n’ayons pas à le prier. Comme Jésus l’enseigne dans la parabole de la veuve persévérante (Lc 18:1-8), nous devons être tenaces dans la prière, libre ou répétée (répétitive), en portant notre demande devant Dieu. D’autre part, en demandant avec persévérance l’intercession d’une personne « juste » comme Marie, celle-ci priera également pour nous avec persévérance, ce qui a devant Dieu « beaucoup de puissance » (Jc 5:16). Et quelle manière plus facile y a-t-il de faire une prière persévérante que de la répéter ? Certains soutiennent que si notre prière est la même, elle doit au moins être espacée dans le temps pour ne pas être répétitive. Cependant, Dieu est au-dessus du temps ; il lui est indifférent que nous lui demandions la même chose toutes les quinze secondes ou après un long moment. Dans le premier cas, nous pouvons donc persévérer beaucoup plus que dans le second, puisque, en un temps raisonnable, nous présentons notre prière plus souvent ; tandis que prier un Je vous salue Marie à de longs intervalles nous permettrait difficilement de prier le Rosaire entier en une journée, sans compter que cela interromprait constamment nos activités.

Saint Paul dit que nous devons « prier sans cesse » (1 Th 5:17) ; il ne dit pas « prier avec modération, de peur de nous répéter » (ce qui est inévitable dans la prière continuelle). L’un des bienfaits du Rosaire est qu’il nous conduit naturellement à une prière et à une méditation continues, ce que l’Écriture nous commande.

S’il subsistait encore quelque doute quant au fait que Dieu accepte la répétition dans la prière, nous pouvons voir aussi en Ap 4:8-11 comment les quatre Vivants en font usage : « Les quatre Vivants ont chacun six ailes, ils sont remplis d’yeux tout autour et au-dedans, et ils répètent sans repos, jour et nuit : «Saint, Saint, Saint, Seigneur, Dieu Tout-Puissant, “Celui qui était, qui est et qui vient”» », suivis des antiennes répétitives des Anciens.

Le Je vous salue Marie est le cœur du Rosaire et se dit dix fois, une fois pour chacun des grains groupés en dizaines, quinze au total, totalisant donc 150 Je vous salue Marie, autant que le psautier compte de psaumes. La première partie de la prière est composée de deux versets bibliques : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous » (Lc 1:28) et « vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni » (Lc 1:42).

Le reste de la prière est : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen. » De même qu’elle fut appelée sur la terre objet de la grâce divine (Lc 1:28) et qu’elle est maintenant glorifiée au Ciel, Marie est appelée « Sainte ».

Le titre « Mère de Dieu » (qui provient de « Theotokos » dans le grec original, ou « celle qui porte Dieu ») est très ancien. Il apparaît sur un papyrus trouvé en Égypte et daté entre 250 et 270 (ce n’est donc pas une « invention » du concile de Nicée de l’an 431, comme le soutiennent de nombreux protestants) et invoque l’intercession de la « Theotokos » [4]. Nous, catholiques, soutenons que la personne née de la Vierge Marie est la Deuxième Personne de la Très Sainte Trinité, la Parole de Dieu (en grec, Logos), et donc Dieu (Jn 1:1,14). Puisque Jésus est Dieu, humanité et divinité pleinement unies en une Personne, la mère de Jésus est donc la mère (et non la créatrice) de Dieu ; la Theotokos [5].

Beaucoup de non-catholiques s’opposent à la pratique consistant à demander aux saints du Ciel, y compris Marie, de prier pour nous. Ils citent souvent 1 Tm 2:5 : « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui aussi. » Puisque Jésus est l’unique médiateur, soutiennent-ils, Marie (ou tout autre saint) ne devrait pas être invoquée pour intercéder pour nous. En priant « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort », les catholiques empiéteraient sur l’unique médiation du Christ. Mais cette idée ne peut se maintenir que si l’on croit que la mort crée un abîme entre les chrétiens de la Terre et ceux du Ciel.

Les catholiques croient que les chrétiens ne sont pas séparés du Christ ni les uns des autres après la mort (Rm 8:38-39). Le Corps du Christ est un, bien qu’il ait de nombreux membres (1 Co 12:12), et les chrétiens ne sont pas amputés du Corps lorsqu’ils vont au Ciel. Il n’y a pas non plus deux Églises, l’une au Ciel et l’autre sur la Terre, séparées par la mort et donc sans communion l’une avec l’autre. L’Église est l’Épouse du Christ (Ap 21:9 et ss) et Jésus est un monogame strict. Nous rejetons donc toute idée qui nous sépare les uns des autres et détruit ainsi l’unité de l’Église.

Comme il est dit dans le Symbole des Apôtres, les catholiques croient à la « communion des saints ». Cela signifie que, puisque nous sommes tous un dans le Christ, nous pouvons demander aux saints du Ciel de prier pour nous de la même manière que nous pouvons le demander à nos frères et sœurs dans le Christ qui sont encore sur la Terre (comme le fit saint Paul en Rm 15:30). Puisqu’il nous a été commandé de prier les uns pour les autres (1 Tm 2:1, Ep 2:1, He 4:16) et puisque la parole du Seigneur « demeure ferme dans les Cieux » comme sur la Terre (Ps 119:89), nous n’allons pas contre l’Écriture si nous demandons les prières des saints du Ciel. C’est précisément par la médiation du Christ que les chrétiens au Ciel peuvent prier pour ceux qui sont sur la Terre. Et c’est ainsi que l’on comprend que, bien que saint Paul proclame l’unique médiation du Christ en 1 Tm 2:5, quatre versets auparavant il demande aux chrétiens des « intercessions » pour « tous les hommes ».

Nous savons que les saints du Ciel sont attentifs à ce qui nous arrive (He 12:1, Lc 15:7, Ap 19:2-3) et qu’ils offrent des prières (Ap 5:8-10, 8:3), allant même jusqu’à demander à Dieu d’intervenir sur la Terre (Ap 6:9-10). Hébreux 12:22-24 nous dit de nous approcher non seulement de Jésus, le « médiateur de la nouvelle alliance », mais aussi de la Jérusalem céleste, de « l’assemblée des premiers-nés inscrits dans le Ciel » et des « esprits des justes parvenus à la perfection ». Nous n’hésitons pas à leur demander leurs prières pour nous, car « la prière persévérante du juste a beaucoup de puissance » (Jc 5:16b). Il est vrai que nous pouvons demander directement à Dieu, mais il se réjouit sûrement davantage si, généreusement, nous intercédons pour les autres ou si, avec confiance, nous demandons leur intercession, renforçant ainsi le lien familial qu’il a créé entre nous et que nous avons si souvent du mal à reconnaître. Ainsi, si nous le faisons, nous lui donnons de la joie ; n’écoutera-t-il pas alors avec plus de bienveillance notre prière ou celle de ceux qui intercèdent pour nous ? De plus, c’est grâce à l’intercession de Marie que Jésus agit en faveur des mariés de Cana, alors que lui-même s’y refusait (Jn 2,4), en arguant que son heure n’était pas encore venue, c’est-à-dire que ce n’était pas la volonté de son Père (puisque sa mission lui avait été confiée par le Père (Jn 3,16-17; 10,36)). Nous voyons ici que, bien que « la nourriture de Jésus soit de faire la volonté de son Père » (Jn 4,34), Jésus finit par faire la volonté de sa mère (certainement avec l’accord final du Père). L’intercession de Marie a-t-elle, oui ou non, du pouvoir ?

Certains objectent que les saints sont morts et que la Bible interdit la communication avec les morts (Lv 19:31, 20:6,27) par l’intermédiaire de médiums et d’autres pratiques occultes (nécromancie).

Mais les catholiques ne prétendent pas obtenir des informations de la part des esprits, comme on le fait dans les séances de spiritisme. L’Église condamne l’occultisme. En réalité, les saints du Ciel ne sont pas « morts » ; ils sont plus vivants que nous. « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », dit Jésus en citant l’Exode. « Il n’est pas un Dieu de morts, mais de vivants, car pour lui tous vivent » (Mc 12:26-27 ou Lc 20:38). Si Jésus n’avait pas voulu que les saints de la Terre communiquent avec ceux du Ciel, il aurait choisi un mauvais exemple en apparaissant à Pierre, Jacques et Jean sur le mont Thabor (Mt 17:1-8).

Parfois, des fondamentalistes comme Jimmy Swaggart disent que prier dix Je vous salue Marie pour chaque Notre Père confirme leurs pires soupçons au sujet du catholicisme : les catholiques préféreraient Marie à Dieu dans une proportion de 10 contre 1. Une telle affirmation est non seulement offensante pour les catholiques, mais elle est en outre logiquement absurde. Dans la version protestante de la Bible King James, le nom de saint Paul apparaît 126 fois dans les Actes des Apôtres, tandis que celui de Jésus n’apparaît que 68 fois. Cela implique-t-il que l’auteur des Actes accordait à saint Paul deux fois plus d’importance qu’à Jésus ? Et le fait que, dans la traduction protestante du livre d’Esther, le mot « Dieu » ou « Seigneur » n’apparaisse pas une seule fois signifie-t-il que l’auteur de ce livre était athée ? De telles « preuves » statistiques ne prouvent absolument rien. Le Rosaire est une dévotion en l’honneur de la Bienheureuse Vierge Marie qui, sous l’inspiration divine, prophétisa que toutes les générations la diraient bienheureuse (Lc 1:48). Dans de telles dévotions, les catholiques accomplissent avec joie la prophétie, en se souvenant que Dieu nous bénit lorsque nous bénissons ceux qu’il a particulièrement favorisés (Gn 12:3, 27:29, Nb 24:9).

Après les dix Je vous salue Marie, on dit le Gloire au Père correspondant au grain isolé qui apparaît immédiatement après les dix précédents et juste avant la dizaine suivante. C’est une « doxologie » (acclamation finale) utilisée depuis les temps de l’Église primitive, lorsque existaient des controverses sur la Trinité. « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours, pour les siècles des siècles. Amen. » On le trouve aussi, comme le Symbole des Apôtres et le Notre Père, dans la plupart des principales Églises protestantes.

Mais le Rosaire ne se réduit pas à réciter des prières. Le Rosaire est une contemplation des Évangiles. À chaque dizaine est associé un « mystère », un épisode de l’Évangile que l’on médite, le mot « mystère » étant employé au sens de « révélation divine ». Il y a quinze mystères divisés en trois groupes de cinq : les joyeux, les douloureux et les glorieux.

Les mystères joyeux sont l’Annonciation (Lc 1:26-38), la Visitation de Marie à sa parente Élisabeth (Lc 1:39-56), la Nativité de Jésus (Lc 2:1-20), la Présentation de Jésus au Temple (Lc 2:22-38), et le Recouvrement de l’Enfant Jésus au Temple (Lc 2:41-52).

Les mystères douloureux sont l’agonie de Jésus au jardin de Gethsémani (Lc 22:39-53), la flagellation (Jn 19:1, Is 53:5), le couronnement d’épines (Mc 15:17-20), Jésus portant la croix (Mc 15:20-22) et la crucifixion (Jn 19:18-30).

Les mystères glorieux comprennent : la Résurrection (Jn 20:1-29), l’Ascension (Actes 1:6-12), la venue du Saint-Esprit sur les apôtres (Actes 2:1-13), l’Assomption de Marie (Ap 12:1) et le couronnement de Marie au Ciel (Ap 12:1-2,5).

À l’exception des deux derniers, tous les autres sont explicitement détaillés dans la Bible. Examinons de plus près ces deux qui ne le sont qu’implicitement.

L’assomption corps et âme de Marie au Ciel à la fin de sa vie n’est ni montrée explicitement ni contredite par la Bible, bien qu’il existe des précédents (He 11:5 mentionne l’assomption d’Hénoch, 2 Rois 2:11 atteste celle d’Élie ; saint Paul admet la possibilité de sa propre assomption corporelle en 2 Co 12:2-4). Rien n’indique que les restes de Marie aient été vénérés comme reliques (pratique habituelle dans l’Église primitive), et la croyance en son assomption est maintenue tant en Orient (orthodoxes) qu’en Occident (catholiques).

Marie est perçue dans la pensée catholique comme la proto-chrétienne et le symbole de l’Église tout entière. C’est pourquoi son assomption est vue comme un signe du destin final de l’Église. Le Christ viendra à la fin pour conduire son Épouse dans le royaume et la glorifier (2 Th 4:16-17). La croyance en l’assomption est réaffirmée par toutes les communautés chrétiennes qui ont des liens avec l’Église primitive — à laquelle notre Seigneur promit de conduire à la plénitude de la vérité (Jn 16:12-13, cf. Mt 16:18 et 28:20). Cette croyance est très ancienne et très répandue, et ceux qui nient cet enseignement le font sans fondement biblique, puisque les chrétiens sont appelés à suivre toutes les traditions apostoliques, qu’elles soient ou non écrites dans le Nouveau Testament (2 Th 2:15).

Le couronnement de Marie au Ciel doit être compris à la lumière de l’arrière-plan juif du christianisme primitif. En Juda, en partie à cause du quatrième Commandement (Ex 20:12), la mère de celui qui était oint roi remplissait une fonction d’une importance considérable, et son nom était, à deux exceptions près seulement, associé à l’inscription du roi dans les annales officielles [6]. La mère du roi portait le titre prestigieux de Gebirah [7], qui lui conférait de grands pouvoirs, et recevait des honneurs de premier rang. Elle avait une place officielle à la cour, était maîtresse du harem, disposait d’assez de pouvoir pour prendre le contrôle absolu de la nation en cas de mort du roi (comme le fit Athalie en 842 av. J.-C., 2 Rois 11:1-3), était envoyée en exil avec le roi (comme Nehoushta en 597 av. J.-C., Jr 29:2), et pouvait être déposée (comme le fut la grand-mère idolâtre du roi Asa, Maaka, qui avait d’abord été reine mère pendant le règne de son fils Abijam, 1 Rois 15:2,10,13; 2 Ch 15:16). La Gebirah était une institution monarchique et avait un trône et une couronne [8].

Puisque Jésus est l’ultime et définitif Roi des Juifs, accomplissant la prophétie messianique de 2 S 7:10-17, il serait vraiment étrange que Marie n’eût pas sa couronne comme ultime et définitive reine mère. La nature monarchique du royaume de Dieu, avec la reine mère, peut être difficile à apprécier pour ceux qui vivent dans une culture démocratique, mais c’était une chose acceptée comme naturelle dans le christianisme primitif, comme l’attestent l’art et la littérature.

En 1 Rois 1:16,31, nous voyons la reine Bethsabée supplier le roi David, son époux, « en s’agenouillant et en se prosternant à ses pieds » et en lui disant : « Que mon seigneur le roi David vive à jamais. » C’était le protocole habituel à la cour d’un monarque oriental, même si la position de la reine semble avoir été, dans une certaine mesure, plus élevée dans d’autres pays orientaux voisins qu’elle ne le fut en Juda et en Israël (comparer toutefois avec Jézabel en 1 Rois 21:7-11).

Comparons ce premier chapitre de 1 Rois avec le suivant. Dans celui-ci (versets 13 à 20), Salomon, fils de David, est investi roi. Adonias s’approche de « Bethsabée, mère de Salomon » avec une requête : « Parle, je te prie, au roi Salomon, car il ne te repoussera pas. » Bethsabée lui promet (v. 18) d’intercéder auprès de Salomon pour lui (comparer avec Jn 2:1-11, où Marie intercède auprès de Jésus) sans percevoir les projets d’Adonias pour s’emparer du trône. « Bethsabée entra chez le roi Salomon pour lui parler au sujet d’Adonias » (v. 19). L’emploi du titre « roi Salomon » indique que Salomon agit dans son rang officiel de roi (cf. v. 23).

Au lieu de se prosterner devant Salomon comme elle l’avait fait auparavant devant le roi David, « le roi se leva, alla à sa rencontre et se prosterna devant elle, puis il s’assit sur son trône ; on plaça un trône pour la mère du roi, et elle s’assit à sa droite. Elle dit : “J’ai une petite demande à te faire, ne me la refuse pas.” Le roi dit : “Demande, ma mère, car je ne te la refuserai pas” » (v. 19 et 20). Salomon n’était pas simplement un bon fils : c’était une coutume dans tout le monde antique de faire du siège à droite un lieu d’honneur et d’autorité déléguée, ce qui explique pourquoi le Nouveau Testament parle de Jésus comme assis à la droite du Père. Le statut de Bethsabée dans la société avait changé : elle devenait la « reine mère ».

La Bible enseigne que les prototypes de l’Ancien Testament (comme l’agneau pascal, le Déluge, Agar ou Sara) trouvent la plénitude de leur accomplissement dans le Nouveau Testament (Jn 1:29, 1 P 3:18-21, Ga 4:21-31). De même que le Christ est supérieur à l’agneau pascal qui le préfigure, l’accomplissement du prototype en question est toujours plus grand que le prototype. Les chrétiens reconnaissent que Jésus-Christ, le Fils de David et Roi d’Israël par excellence, est l’accomplissement parfait du roi Salomon, le fils originel de David. De la même manière, les chrétiens reconnaissent aussi que la Vierge Marie accomplit parfaitement le rôle de la mère de Salomon, la Gebirah originelle, qui préfigure la mère du Messie.

Les catholiques croient que Jésus se leva de son trône dans le Ciel et, comme Salomon, s’abaissa pour rencontrer sa mère et l’élever afin qu’elle fût avec lui (l’assomption). Puis il la conduisit à un trône préparé pour elle à sa droite, dans une position d’autorité et d’honneur (le couronnement). De là, comme Bethsabée, elle intercède en notre faveur comme reine mère de l’Église, l’Israël spirituel (Rm 11:17 et ss, 1 P 2:9). D’humble servante du Seigneur à Gebirah du royaume de Dieu : « parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante. Désormais toutes les générations me diront bienheureuse, car le Puissant a fait pour moi de grandes choses… il a renversé les puissants de leurs trônes et il a élevé les humbles » (Lc 1:48-49,52).

Épictète, au IIe siècle, disait que « si ton cœur s’accorde à une couronne, mets-lui des roses et il aura meilleure apparence ». « Rosaire » vient du latin « rosarium », qui signifie « jardin de roses », ce qui suggère que nous offrons une couronne de roses à Notre Dame.

Tel est le couronnement de la Mère du Roi (Ap 12:1) et, plus important encore, celui du Roi des rois lui-même (Ap 6:2). C’est en persévérant dans la foi que nous espérons recevoir nos propres couronnes (Ap 2:10), et aucune autre dévotion ne surpasse le Rosaire pour obtenir la force et la grâce nécessaires à cette fin. « Les athlètes se privent de tout ; eux, pour une couronne corruptible ! nous, en revanche, pour une incorruptible » (1 Co 9:25).


L’auteur écrit depuis la région de Los Angeles, où il prie régulièrement le Rosaire.

Auteur : T. L. Frazier, This Rock 1994.
Traducteur : Fernando Sales-Mayor

Source : Apologetica.org

Notes

1. Jimmy Swaggart, <Catholicism and Christianity> (Baton Rouge: Jimmy Swaggart Ministries, 1986).

2. Ibid., 160-161.

3. Battalogeo, mot grec très rarement utilisé, sauf dans des écrits néotestamentaires ; il est peut-être lié au mot araméen « battal » (sans valeur, insignifiant, inutile). Battal apparaît dans un papyrus araméen de Qumrân, avec le sens de « sans effet ». Le manuscrit syriaque sinaïtique de Matthieu traduit ce verset par « ne vous mettez pas à dire des choses sans signification ».

4. Papyrus 470, John Rylands Library, Manchester, England. (C. H. Roberts (ed.), Catalogue of Greek and Latin Papyri in the John Rylands Library, Manchester vol. III, Theological and Literary Texts (Nos. 457 – 551) (1938) no. 470.

5. Si nous cherchons un texte biblique pour appuyer l’usage du titre Theotokos, nous pouvons regarder la Visitation de Marie à sa parente Élisabeth, qui regarde Marie et s’exclame : « comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur (ha mater tou kyriou mou, dans le grec original) vienne à moi ? » (Lc 1:43). Quiconque a un peu de pratique de la Bible saura que le titre « Seigneur » (kyrios) est pratiquement synonyme du Dieu d’Israël (Ps 110:1-4). En fait, la traduction grecque de l’Ancien Testament (la Septante) emploie ce mot pour traduire le tétragramme, YHWH (Yahvé), bien que kyrios soit en réalité la traduction grecque de « Adonaï », Seigneur, en hébreu. Ainsi, ce qu’Élisabeth a dit peut être reformulé ainsi : « comment m’est-il accordé que la mère de mon Dieu vienne à moi ? ».

6. Voir 1 Rois 14:21; 15:2,10; 22:42; 2 Rois 8:26; 9:6-7,22; 12:1; 14:2; 15:2,33; 18:2; 22:1; 23:31,36; 24:18

7. Littéralement, « dame » ou « maîtresse », utilisé six fois dans la Bible et toujours comme titre de reine, soit comme épouse (1 Rois 11:19), soit comme mère du roi (1 Rois 15:13, 2 Rois 10:13, 2 Ch 15:16, Jr 13:18, 29:2). Ce titre n’est employé qu’une seule fois en référence à l’épouse d’un roi, et même là il se réfère à Tahpenès, reine d’Égypte, non de Juda, où le titre est associé à la reine mère.

8. Comparer avec Jérémie 13:18, où le prophète proclame au roi Joachin, âgé de 18 ans, et à la reine mère, Nehoushta : « Dis au roi et à la reine mère : “Humiliez-vous, asseyez-vous, car elle est tombée de vos têtes, votre précieuse couronne.” »