Tout est-il intransmissible chez les douze apôtres ?
Quelle autorité ont les évêques ?
Le concile de Trente enseigne que “les évêques, qui ont succédé aux apôtres, constituent principalement l’ordre hiérarchique et ont été établis par l’Esprit Saint pour gouverner l’Église de Dieu” ; Dz 960. Le concile Vatican I a déclaré : “Ainsi donc, comme Jésus envoya les apôtres qu’il avait choisis du monde, de même qu’il avait lui-même été envoyé par le Père (Jn 20, 21), de la même manière il voulut que, dans son Église, il y eût des pasteurs et des docteurs jusqu’à la consommation des siècles” ; Dz 1821. Ces pasteurs et docteurs sont les évêques, successeurs des apôtres ; Dz 1828 : “episcopi, qui positi a Spiritu Sancto in Apostolorum locum successerunt” (“les évêques, établis par l’Esprit Saint, ont succédé aux apôtres dans leurs fonctions”).
La perpétuation des pouvoirs hiérarchiques est une conséquence nécessaire de l’indéfectibilité de l’Église, voulue et garantie par le Christ. La promesse que le Christ fit à ses apôtres de les assister jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20) suppose que le ministère des apôtres se perpétuerait dans les successeurs des apôtres.
Ceux-ci, conformément au mandat du Christ, communiquèrent leurs pouvoirs à d’autres personnes ; par exemple, saint Paul à Timothée et à Tite. Cf. 2 Tm 4, 2-5 ; Tt 2, 1 (pouvoir d’enseigner) ; 1 Tm 5, 19-21 ; Tt 2, 15 (pouvoir de gouverner) ; 1 Tm 5, 22 ; Tt 1, 5 (pouvoir de sanctifier). Dans ces deux disciples de l’Apôtre apparaît pour la première fois avec toute clarté l’épiscopat monarchique qui exerce le ministère apostolique. Les “anges” des sept communautés d’Asie Mineure (Ap 2-3), selon l’interprétation traditionnelle (qui n’a pas manqué de contradicteurs), sont précisément les évêques de ces communautés.
Le disciple des apôtres SAINT CLÉMENT DE ROME nous rapporte ce qui suit au sujet de la transmission des pouvoirs hiérarchiques par les apôtres : “Ils prêchaient dans les provinces et les villes et, après avoir éprouvé l’esprit de leurs prémices, ils les établissaient évêques et diacres de ceux qui devaient croire à l’avenir” (Lettre aux Corinthiens 42, 4) ; “Nos apôtres savaient par notre Seigneur Jésus-Christ que des disputes surgiraient autour de la charge épiscopale. Pour cette raison, le sachant parfaitement d’avance, ils instituèrent ceux dont nous avons parlé auparavant et leur donnèrent la consigne qu’à leur mort d’autres hommes éprouvés leur succèdent dans le ministère” (ibid. 44, 1-2). SAINT IGNACE D’ANTIOCHE témoigne, au début du IIe siècle, qu’à la tête des communautés d’Asie Mineure et même “dans les pays les plus reculés” (Lettre aux Éphésiens 3, 2) se trouvait un seul évêque entre les mains duquel était tout le gouvernement religieux et disciplinaire de la communauté. “Sans l’évêque, que personne ne fasse rien de ce qui concerne l’Église. Que seule soit considérée comme valide l’eucharistie célébrée par l’évêque ou par quelqu’un qu’il a délégué. Là où paraît l’évêque, là soit le peuple, de même que là où est le Christ, là est l’Église catholique. Il n’est pas permis de baptiser sans l’évêque ni de célébrer l’agape ; mais tout ce qu’il approuve est agréable à Dieu, afin que tout ce qui se réalise soit solide et légitime… Celui qui honore l’évêque est honoré par Dieu ; celui qui fait quelque chose sans l’évêque sert le diable” (Lettre aux Smyrniotes 8, 1-2 ; 9, 1). Dans toute communauté existent, outre l’évêque et sous lui, d’autres ministres : les prêtres et les diacres.
Selon SAINT JUSTIN MARTYR, “celui qui préside les frères” (c’est-à-dire l’évêque) est celui qui accomplit la liturgie (Apol. 1, 65 et 67). SAINT IRÉNÉE considère la succession ininterrompue des évêques à partir des apôtres comme la garantie la plus sûre de la tradition intégrale de la doctrine catholique : “Nous pouvons énumérer les évêques institués par les apôtres et tous ceux qui leur ont succédé jusqu’à nous” (Adv. haer. III 3, 1). Mais, comme il serait très long d’énumérer la succession apostolique de toutes les Églises, le saint se limite à indiquer celle de cette Église “qui est la plus grande, la plus ancienne et connue de tous, fondée et établie à Rome par les glorieux apôtres Pierre et Paul”. Il nous transmet la plus ancienne liste des évêques de l’Église romaine, qui commence par les “bienheureux apôtres” et arrive jusqu’à Éleuthère, 12e successeur des apôtres (ibid. III, 3, 3). De saint Polycarpe, SAINT IRÉNÉE rapporte (ibid. III, 3, 4) qu’il fut institué évêque de Smyrne “par les apôtres” —selon TERTULLIEN (De praescr. 32), par l’apôtre saint Jean—. TERTULLIEN, de même que saint Irénée, fonde la vérité de la doctrine catholique sur la succession apostolique des évêques (De praescr. 32).
Auteur : Ludwig Ott
Source : Manuel de théologie dogmatique, Editorial Herder, Barcelone, 1986, pp. 422-424