Le baptême des enfants est une pratique immémoriale de l’Église, instituée par les Apôtres. À cette occasion, je souhaite étudier les témoignages que l’Église nous a laissés tout au long de l’histoire en faveur de ce sacrement, dans lequel nous sommes ensevelis avec le Christ dans sa mort, afin que, de même que le Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, nous aussi, nous menions une vie nouvelle. Je traiterai aussi brièvement des hérésies qui, au cours des siècles, ont dressé des obstacles à ce que les enfants soient régénérés en naissant de l’eau et de l’Esprit, ainsi que de leur évolution à travers l’histoire.

Le baptême des enfants chez les Pères de l’Église du Iᵉʳ au IVᵉ siècle

Durant les quatre premiers siècles de l’ère chrétienne, on trouve un consensus quasi unanime à ce sujet (Tertullien étant la seule exception notable). Il existe de nombreux témoignages de Pères de l’Église qui parlent de l’importance du baptême des enfants. Certains choisissaient de le différer — non parce qu’ils doutaient de sa validité, mais pour des raisons telles que celle de ne pas abandonner la vie de péché et d’obtenir le pardon des péchés juste au moment de la mort (chose bien insensée, puisque nul ne sait à quel moment il mourra ni s’il aura l’occasion de se faire baptiser), ou même de se soustraire aux pénitences qu’ils auraient à accomplir s’ils retombaient dans le péché après avoir été baptisés.

Irénée de Lyon (130 – 202 apr. J.-C.)

Il se fait l’écho de la foi de l’Église primitive, qui professait que tout homme naît dans la chair et doit donc naître de l’eau et de l’Esprit, ce qu’il interprète sans équivoque comme le baptême, par lequel s’obtenait aussi la rémission des péchés.

« Ce n’est pas sans raison que Naaman, déjà vieux et atteint de lèpre, fut purifié en étant baptisé, mais pour nous indiquer à nous qui, comme des lépreux dans le péché, sommes purifiés, au moyen de l’eau sacrée et de l’invocation du Seigneur, de nos transgressions, étant spirituellement régénérés comme des bébés nouveau-nés, alors même que le Seigneur a déclaré : ‹ Celui qui ne naît pas de nouveau de l’eau et de l’Esprit n’entrera pas dans le Royaume des Cieux ›. »[1]

Tout au long des écrits de ce Père et des autres, on verra qu’à aucun moment ils ne restreignent la grâce et les dons de Dieu à qui que ce soit, bébés, adolescents ou adultes. Dans le texte suivant, bien qu’on n’y trouve pas de référence explicite au baptême des enfants, nous y trouvons la croyance que Dieu peut répandre sa grâce et sanctifier tous les hommes, indépendamment du fait qu’ils soient ou non en âge de croire (réfutant, avec plus d’un millénaire d’avance, les arguments utilisés par les anabaptistes).

« Car il est venu sauver tous les hommes : et je dis tous, c’est-à-dire tous ceux qui, par lui, renaissent pour Dieu, qu’ils soient bébés, enfants, adolescents, jeunes gens ou adultes. C’est pourquoi il a voulu passer par tous les âges : pour se faire bébé avec les bébés afin de sanctifier les bébés ; enfant avec les enfants, afin de sanctifier ceux de leur âge, en leur donnant l’exemple de la piété et en étant pour eux un modèle de justice et d’obéissance ; il s’est fait jeune avec les jeunes gens, pour donner aux jeunes gens l’exemple et les sanctifier pour le Seigneur. » [2]

Origène (185 – 254 apr. J.-C.)

Le témoignage d’Origène est d’une importance capitale, non seulement parce que, à l’instar des autres Pères, il nous explique pourquoi il est nécessaire de baptiser les enfants, mais aussi par son témoignage explicite attestant que ce fut là une coutume que l’Église reçut directement des Apôtres. Origène confirme d’avance, de sa plume, ce que l’archéologie allait corroborer en découvrant des preuves de baptêmes de tout-petits de la part de l’Église primitive.

« L’Église a reçu des Apôtres la coutume d’administrer le baptême même aux enfants. Car ceux à qui furent confiés les secrets des mystères divins savaient très bien qu’en tous il y a des souillures naturelles du péché qui doivent être effacées par l’eau et l’Esprit. » [3]

« Si les enfants sont baptisés ‘pour la rémission des péchés’, il faut se demander : de quels péchés s’agit-il ? Quand ont-ils pu pécher ? Comment peut-on admettre un tel témoignage en faveur du baptême des enfants, si l’on n’admet pas que ‘nul n’est exempt de péché, quand même sa vie sur la terre n’aurait duré qu’un seul jour’ ? Les souillures de la naissance sont effacées par le mystère du baptême. On baptise les enfants parce que ‘si l’on ne naît de l’eau et de l’Esprit, il est impossible d’entrer dans le Royaume des Cieux’. »[4]

« Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Élisée, mais aucun d’eux ne fut guéri, sinon Naaman le Syrien, qui n’appartenait pas au peuple d’Israël. Considérez le grand nombre de lépreux qu’il y avait jusqu’alors ‘en Israël selon la chair’. Voyez, d’autre part, l’Élisée spirituel, notre Seigneur et Sauveur, qui purifie dans le mystère baptismal les hommes couverts des taches de la lèpre et leur adresse ces paroles : ‘Lève-toi, va au Jourdain, lave-toi et ta chair redeviendra nette’. Naaman se leva, partit, et, en se baignant, le mystère du baptême s’accomplit : ‘sa chair redevint comme la chair d’un petit enfant’. De quel enfant ? De celui qui, ‘par le bain de la régénération’, naît dans le Christ Jésus. »[5]

« Si tu veux entendre ce que d’autres saints ont dit sur la naissance physique, écoute David lorsqu’il dit : ‘J’ai été formé, lit-on, dans le mal, et ma mère m’a conçu dans le péché’ ; il montre que toute âme qui naît dans la chair porte la souillure de l’iniquité et du péché. Telle est la raison de cette sentence que nous avons citée plus haut : Nul n’est pur de péché, pas même l’enfant qui n’a qu’un seul jour. À tout cela on peut ajouter une considération sur le motif qu’a l’Église de baptiser même les enfants, étant donné que ce sacrement de l’Église est pour la rémission des péchés. Assurément, s’il n’y avait dans les enfants rien qui requît la rémission et le pardon, la grâce du baptême paraîtrait inutile. »[6]

Hippolyte de Rome (? – 235 apr. J.-C.)

Un témoignage d’une singulière importance nous est également offert par la Tradition apostolique, qui est l’une des plus anciennes et des plus importantes constitutions ecclésiastiques de l’Antiquité (elle fut rédigée vers l’an 215). Nous y trouvons des instructions précises sur l’administration du baptême, où figure la pratique de baptiser les enfants et comment, en vertu de la foi des parents, ils pouvaient être baptisés.

« Au chant du coq, on commencera à prier sur l’eau. Que ce soit de l’eau courante de source ou qui coule d’en haut. On procédera ainsi, sauf en cas de nécessité. Mais si la nécessité est permanente et urgente, on utilisera l’eau disponible. Qu’ils se dévêtent, et qu’on baptise d’abord les enfants. Que tous ceux qui peuvent parler par eux-mêmes parlent. Quant à ceux qui ne le peuvent pas, que leurs parents parlent pour eux, ou quelqu’un de leur famille. On baptisera ensuite les hommes et enfin les femmes…

L’évêque, en leur imposant les mains, prononcera l’invocation : « Seigneur Dieu, qui les as rendus dignes d’obtenir la rémission des péchés par le bain de la régénération, rends-les dignes de recevoir l’Esprit Saint et envoie sur eux ta grâce, afin qu’ils te servent selon ta volonté ; à toi la gloire, Père, Fils et Esprit Saint, dans la Sainte Église, maintenant et pour les siècles. Amen. »[7]

Cyprien de Carthage (200 – 258 apr. J.-C.)

On a la preuve que, de son vivant, certains prétendirent différer le baptême des enfants jusqu’après le huitième jour suivant la naissance, à l’image de la circoncision ; c’est pourquoi il fut nécessaire que Cyprien, en son nom et au nom de 66 évêques, adresse une lettre à Fidus, témoignant de la foi de l’Église selon laquelle le baptême des enfants ne doit pas être différé et que les tout-petits peuvent être baptisés à tout moment. La lettre complète est disponible sur le Web, aussi bien dans le volume V des Ante-Nicene Fathers de Schaff (protestant) que dans la New Advent Encyclopedia.[8]

« Mais en ce qui concerne le cas des enfants, dans lequel tu dis qu’ils ne doivent pas être baptisés le deuxième ou le troisième jour après leur naissance, et que l’ancienne loi de la circoncision doit être prise en compte, afin que celui qui vient de naître ne soit pas sanctifié avant le huitième jour, nous sommes tous d’un avis bien différent dans notre assemblée. En effet, personne ne s’accordait avec l’opinion que tu défendais, car nous estimons tous que la miséricorde et la grâce de Dieu ne doivent être refusées à aucun être humain. Car, comme le dit le Seigneur dans son Évangile : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver », nous devons faire en sorte, dans la mesure de nos possibilités, qu’aucune âme ne se perde…

D’autre part, la foi dans l’Écriture divine nous déclare que tous, enfants comme adultes, avons la même égalité devant les dons divins…

Raison pour laquelle nous croyons que nul ne doit être empêché d’obtenir la grâce de la loi par la loi dans laquelle il a été ordonné, et que la circoncision spirituelle ne doit pas être entravée par la circoncision charnelle. mais que tous les hommes, sans exception, doivent être admis à la grâce du Christ, puisque Pierre lui-même, dans les Actes des Apôtres, déclare : « Le Seigneur m’a dit de ne traiter aucun homme de commun ou d’impur. » Or si rien ne peut faire obstacle à l’obtention de la grâce pour les adultes, et que les plus grands péchés ne peuvent empêcher ceux qui sont plus âgés, si même aux plus grands pécheurs, à ceux qui ont péché contre Dieu, la rémission des péchés est accordée dès qu’ils croient, et que nul n’est empêché du baptême et de la grâce, combien plus ne devrions-nous pas faire obstacle à un nourrisson, qui, étant nouveau-né, n’a pas péché de lui-même, sinon qu’en naissant de la chair d’Adam, il a contracté au moment de sa naissance la contagion de l’ancienne mort ?

Et donc, cher frère, telle était notre opinion dans le Concile, que nul ne doit être empêché par nous du baptême et de la grâce de Dieu, qui est miséricordieux et bon et compatissant envers tous ; ce qui, étant observé et maintenu à l’égard de tous, doit, nous semble-t-il, être respecté plus encore dans le cas des nourrissons… » [9]

Il est important de noter que ce que Fido et peut-être d’autres prêtres voulaient faire n’était pas de refuser le baptême aux enfants, comme le fait aujourd’hui une grande partie du protestantisme, mais simplement de le différer jusqu’au huitième jour.

Grégoire de Nazianze (329 – 390 apr. J.-C.)

Il écrivit un beau sermon sur le baptême où se trouve attestée la foi de l’Église primitive, dans lequel il soutenait que, si pour l’adulte la foi était nécessaire pour recevoir le sacrement, il n’en allait pas de même pour l’enfant (qui le recevait en vertu de la foi des parents) ; il n’y avait donc aucune excuse pour différer le baptême, pas même dans le cas des enfants.

« Faisons-nous baptiser pour vaincre. Prenons notre part de ces eaux, plus purifiantes que l’hysope, plus pures que le sang des victimes imposées par la Loi, plus sacrées que les cendres de la génisse dont l’aspersion pouvait suffire à donner aux fautes communes une purification corporelle provisoire, mais non une rémission complète du péché : eût-il été nécessaire, sans cela, de renouveler la purification de ceux qui l’avaient reçue une fois ? »

« Faisons-nous baptiser aujourd’hui, pour ne pas être obligés de le faire demain. Ne différons pas le bienfait comme s’il nous causait quelque dommage. N’attendons pas d’avoir péché davantage pour être, par lui, pardonnés dans une plus grande mesure. Ce serait faire une indigne spéculation commerciale à propos du Christ. Prendre une charge plus grande que celle que nous pouvons porter, c’est risquer de perdre dans un naufrage le navire, le corps et les biens, c’est-à-dire tout le fruit de la grâce qu’on n’a pas su mettre à profit… »

17… Même les enfants : ne laissez pas à la malice le temps de s’emparer d’eux, sanctifiez-les tandis qu’ils sont encore innocents, consacrez-les à l’Esprit tandis qu’ils n’ont pas encore percé leurs dents. Quelle pusillanimité et quel manque de foi chez les mères qui craignent le caractère baptismal en raison de la faiblesse de leur nature ! Avant même de l’avoir mis au monde, Anne dédia Samuel à Dieu, et, aussitôt après sa naissance, elle le consacra ; dès lors, elle le porta vêtu d’un habit sacerdotal sans aucune crainte des hommes, à cause de sa confiance en Dieu.

« Il n’est donc pas besoin d’amulettes ni d’enchantements, moyens dont se sert le Malin pour s’insinuer dans les esprits trop légers et tourner à son profit la crainte religieuse envers Dieu : opposez-lui la Trinité, grand et beau talisman… »[10]

Il recommande à titre d’opinion personnelle, si les enfants ne sont pas en danger de mourir, d’attendre l’âge de trois ans, afin qu’ils puissent sommairement réciter les mystères de la foi, bien qu’il précise que ce n’est pas une exigence ; c’est plus une préférence personnelle.

« Tout cela est bien dit pour ceux qui sollicitent par eux-mêmes le baptême ; mais qu’allons-nous dire des petits enfants, encore en bas âge, incapables de comprendre le danger dans lequel ils se trouvent et de la grâce du sacrement ? Seront-ils baptisés également ?

Certes, en cas de danger immédiat, il vaut mieux les baptiser sans leur consentement que de les laisser mourir sans avoir reçu le sceau de l’initiation. Nous sommes obligés de dire la même chose qu’au sujet de la pratique de la circoncision, laquelle se faisait le huitième jour, préfigurant le baptême, et s’exerçait aussi sur des enfants dépourvus de raison. De la même manière se faisait l’onction sur les linteaux de la porte, laquelle, bien qu’il s’agît de choses inanimées, protégeait les premiers-nés.

« Quant aux autres enfants ? Voici mon avis : attendez qu’ils atteignent l’âge de trois ans, de sorte qu’ils soient capables de comprendre et d’exprimer sommairement les mystères ; malgré l’imperfection de leur intelligence, ils reçoivent le signe, et leur corps, comme leur âme, se trouve sanctifié par le grand sacrement de l’initiation. Ils devront rendre compte de leurs actes au moment précis où, en pleine possession de la raison, ils parviendront à la pleine connaissance du Mystère, car ils ne seront pas responsables des fautes que leur fera commettre l’ignorance propre de leur âge. De plus, il leur est de toute façon avantageux de posséder le rempart du baptême pour se protéger des dangereuses attaques qui s’abattent sur nous et dépassent nos forces. »

« 27. Mais, dira-t-on, le Christ, qui est Dieu, s’est fait baptiser à trente ans, et toi tu nous pousses à nous précipiter au baptême. Affirmer ainsi sa divinité, voilà ce qui résout l’objection. Lui, la pureté même, n’avait pas besoin de purification, mais il s’est fait purifier pour vous comme pour vous il s’est fait chair, car Dieu n’a pas de corps. De plus, il ne courait aucun danger à différer son baptême, car il pouvait régler à volonté sa souffrance comme il avait réglé sa naissance. Pour vous, au contraire, le danger ne serait pas mince, si vous quittiez le monde sans avoir reçu, à votre naissance, plus qu’une vie périssable, sans être revêtus d’incorruptibilité. »[11]

Jean Chrysostome (347 – 407 apr. J.-C.)

« Dieu soit loué ! Lui qui produit de telles merveilles. Vois combien la grâce du baptême est multiple ! Certains n’y voient que la rémission des péchés, tandis que nous pouvons énumérer dix dons dans cette grâce. C’est pourquoi nous baptisons aussi les petits enfants, bien qu’ils n’aient pas de péchés, afin qu’ils aient en plus la sainteté, la justice, l’adoption filiale, l’héritage, la fratrie avec le Christ, et qu’ils deviennent membres et demeure de l’Esprit Saint. » [12]

Basile le Grand (330 – 379 apr. J.-C.)

« Il y a un temps convenable pour chaque chose : un temps pour le sommeil et un autre pour la veille, un temps pour la guerre et un temps pour la paix. Cependant, le temps du baptême embrasse toute la vie de l’homme. S’il n’est pas possible au corps de vivre sans respirer, il le sera bien moins encore à l’âme de subsister sans connaître son Créateur. »

L’ignorance de Dieu est la mort de l’âme. Celui qui n’a pas été baptisé n’a pas non plus été illuminé. De même que, sans lumière, la vue ne peut examiner ce qui l’intéresse, de même l’âme ne peut contempler Dieu. En outre, tout temps est favorable pour obtenir le salut au moyen du baptême, qu’il s’agisse de la nuit ou du jour, d’une heure ou d’un laps de temps moindre, si bref soit-il. Assurément, la date qui approche est, dans une plus grande mesure, la plus appropriée. Quelle époque, en effet, pourrait être plus adaptée au baptême que le jour de Pâques ? Car ce jour commémore la résurrection, et le baptême est une source d’énergie pour parvenir à la résurrection.

C’est pourquoi l’Église convoque depuis longtemps ses ‘enfants en bas âge’, dans une sublime proclamation, afin que ceux qu’elle a enfantés dans la douleur, après les avoir nourris du lait de l’enseignement de la catéchèse, goûtent à la nourriture solide de ses dogmes. » [13]

Le pélagianisme, première hérésie à rejeter le baptême des enfants

Mais c’est au Ve siècle qu’apparut la première hérésie qui allait nier la nécessité du baptême, y compris le baptême des petits enfants ; son auteur fut Pélage, un moine influencé par les doctrines païennes (en particulier le stoïcisme). Il minimisait l’efficacité de la grâce et estimait que la volonté, par son libre arbitre, peut atteindre à elle seule la sainteté. Pour les pélagiens, le péché originel n’existait pas ; ils pensaient qu’Adam n’avait pas été créé immortel, de sorte qu’il serait mort même s’il n’avait pas péché, et que les enfants se trouvent dans le même état qu’Adam avant sa chute, de sorte qu’ils ne contractaient aucun péché originel. En niant le péché originel, ils considéraient par conséquent le baptême des enfants comme inutile.

Après être devenu moine, Pélage se rend à Rome avant l’an 400. Après que Rome eut été conquise et saccagée par les Goths, il part pour Carthage, puis pour Jérusalem, accompagné de Célestius, autre partisan du pélagianisme, qui l’aide efficacement à propager ses doctrines.

Dix-huit évêques, dont Julien d’Éclane, adhèrent au pélagianisme, tandis que saint Augustin combat l’hérésie avec énergie. Les évêques pélagiens sont privés de leurs sièges et condamnés par les conciles africains de Carthage et de Milève (années 411, 412 et 416), lesquels prononcent la sentence suivante :

« Il a plu également que quiconque nie que les enfants nouveau-nés du sein de leurs mères doivent être baptisés, ou dit qu’ils sont effectivement baptisés pour la rémission des péchés, mais qu’ils ne tiennent d’Adam aucun péché originel qui doive être expié par le bain de la régénération — d’où il suit par conséquent qu’en eux la formule du baptême ‘pour la rémission des péchés’ doit être entendue non comme vraie, mais comme fausse —, qu’il soit anathème. Car ce que dit l’Apôtre : ‘Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi elle est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché’ [cf. Rm 5, 12], ne doit pas être entendu autrement que ne l’a toujours entendu l’Église catholique répandue par le monde. Car, selon cette règle de foi, même les petits enfants qui n’ont pas encore pu commettre par eux-mêmes aucun péché sont véritablement baptisés pour la rémission des péchés, afin que, par la régénération, soit purifié en eux ce qu’ils ont contracté par la génération. »[14]

Cependant, les pélagiens refusent de se soumettre aux conciles. Les participants des conciles écrivent au Pape pour qu’il approuve les décisions de ces conciles locaux, ce que fait le Pape Innocent Ier. Saint Augustin, avec la sentence du Siège apostolique (Rome), tient l’affaire pour close ; cependant, après la mort du Pape Innocent, Célestius fait devant le Pape Zosime une confession de foi qui faillit l’abuser, mais celui-ci confirme les sentences de son prédécesseur. Par la suite, le concile d’Éphèse, en l’an 431, condamna de nouveau le pélagianisme, qui tentait alors de se répandre en Angleterre.

Augustin d’Hippone (354 – 430 apr. J.-C.)

Grâce à son dur combat contre le pélagianisme, les textes où il approfondit la nécessité de baptiser les nourrissons pour les purifier du péché originel sont abondants.

« Le baptême des tout-petits nés de parents chrétiens.

« À cause de cette concupiscence, ce n’est même pas du mariage juste et légitime des fils de Dieu que naissent des fils de Dieu. Car ceux qui engendrent, bien qu’ayant déjà été régénérés, n’engendrent pas comme des fils de Dieu, mais comme des fils du siècle. En effet, telle est la sentence du Seigneur : ‘Les fils de ce siècle engendrent et sont engendrés’. En tant que nous sommes encore des fils de ce siècle, notre homme intérieur se corrompt. C’est pourquoi ils sont engendrés eux aussi fils de ce monde, et ils ne seront pas fils de Dieu s’ils ne sont pas régénérés. Mais, en tant que nous sommes fils de Dieu, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour ; et l’homme extérieur aussi, par le bain de la régénération, est sanctifié et reçoit l’espérance de la future incorruption, raison pour laquelle il est à juste titre appelé temple de Dieu… »[15]

« Quiconque nie que les enfants soient arrachés, lorsqu’ils sont baptisés, à ce pouvoir des ténèbres dont le diable est le prince, c’est-à-dire au pouvoir du diable et de ses anges, est réfuté par la vérité des sacrements mêmes de l’Église. Aucune nouveauté hérétique ne peut changer ni détruire quoi que ce soit dans l’Église du Christ, car la tête dirige et soutient tout son corps, tant les petits que les grands. »[16]

« En effet, depuis que la circoncision fut instituée dans le peuple de Dieu, étant alors le signe de la justification par la foi, elle avait la valeur de signifier la purification de l’ancien péché originel, même pour les tout-petits, de même que le baptême commença à avoir aussi valeur pour le renouvellement de l’homme dès le moment où il fut institué. Non qu’avant la circoncision il n’y eût aucune justice par la foi — car Abraham lui-même, père des nations qui devaient suivre sa propre foi, fut justifié par la foi alors qu’il était encore incirconcis —, mais le sacrement de la justification par la foi demeura tout à fait caché dans les temps les plus anciens. Cependant, cette même foi au Médiateur sauvait les justes d’autrefois, petits et grands. »[17]

La Réforme protestante et le mouvement anabaptiste

Ce serait des siècles plus tard, au sein même de la Réforme protestante, dans l’entourage immédiat du réformateur Ulrich Zwingli, qu’un autre mouvement s’élèverait contre le baptême des enfants. Les partisans de ce mouvement reçurent le nom d’anabaptistes (ou baptistes).

La naissance de ce mouvement remonte à l’année 1523, lorsque la Réforme parvient à Zurich. Il ne s’écoulerait pas beaucoup de temps avant que ne commencent les divisions au sein du protestantisme. Plusieurs groupes de protestants, auparavant collaborateurs, se séparent de Zwingli pour former une communauté indépendante de la tutelle de l’autorité civile. Parmi eux se comptaient Conrad Grebel (1498-1526), Felix Mantz (1500-1527) et plusieurs autres. Ils commencèrent à développer l’idée selon laquelle seuls ceux qui croient droitement et mènent une conduite droite sont membres de l’Église, de sorte que, selon eux, le baptême des enfants ne pouvait même pas être considéré comme tel et était par conséquent invalide. Les anabaptistes commencèrent alors à se faire rebaptiser, rejetant la validité de leur premier baptême et alléguant que seuls ceux qui pouvaient exprimer consciemment leur foi au Christ pouvaient être baptisés.

En 1524, Grebel refuse que son nouveau-né soit baptisé, ce qui provoque un conflit avec le conseil de Zurich ; en janvier 1525, le conseil décrète l’expulsion de la ville de quiconque ne ferait pas baptiser son enfant dans un délai de huit jours. Il est interdit à Grebel et à Mantz de prêcher ; cependant, puisque le protestantisme avait rejeté l’autorité de l’Église au nom de la libre interprétation de la Bible, ce nouveau mouvement n’avait aucune raison de se soumettre aux nouvelles autorités.[18]

C’est dans ce contexte que firent leur apparition les inquisitions protestantes. Bien qu’elles aient eu recours à la torture et que, le 7 mars 1526, la peine de mort eût été décrétée contre quiconque pratiquerait un second baptême, il leur fut impossible de contenir les anabaptistes (il en irait de même avec chaque nouvelle dénomination protestante). Ainsi commencèrent les exécutions d’anabaptistes, parmi les plus retentissantes celles de Felix Mantz (par noyade), Georg Blaurock et Michael Sattler (brûlés vifs). Les victimes se succédèrent, mais l’anabaptisme se répandit, parvenant même jusqu’en Allemagne, la terre de Luther, et jusqu’aux pays réformés, où la parole de Calvin faisait loi.

Interdits aussi bien dans les régions catholiques que protestantes, différents groupes anabaptistes voient le jour (mennonites, huttérites), certains pacifiques, d’autres moins. L’un des chefs de ces groupes anabaptistes violents fut Thomas Müntzer, qui, après avoir été disciple de Luther, finit par devenir son farouche ennemi. Il dirigea des groupes de paysans qui, bien qu’ayant commencé par formuler de justes revendications et ayant cherché le soutien moral de Luther, finirent par emprunter le chemin de la violence lorsque celui-ci finit par leur tourner le dos. C’est ici que Luther écrit « Contre les bandes de pillards et d’assassins de paysans »[19] où il exhorte les princes à perpétrer, en public ou en privé, un massacre de paysans, qui s’achève en un grotesque massacre.

Avec le temps, la tendance anabaptiste pénétra dans différentes dénominations protestantes, imprégnant de ses arguments sur le baptême même des dénominations non anabaptistes (pentecôtistes, méthodistes), mais fut à son tour rejetée par d’autres (calvinistes, luthériens, réformés).

Parmi les confessions protestantes qui rejetèrent les doctrines anabaptistes, on trouve :

« Nous enseignons que le baptême est nécessaire au salut et que par lui la grâce divine nous est donnée. Nous enseignons également que les enfants doivent être baptisés et que, par ce baptême, ils sont offerts à Dieu et reçoivent la grâce de Dieu. C’est pourquoi nous condamnons les anabaptistes qui repoussent le baptême des enfants. » [20]

« Non seulement ceux qui professent en fait la foi en Christ et l’obéissance à lui doivent être baptisés, mais aussi les enfants nés d’un ou des deux parents croyants. » [21]

« Question : Doit-on aussi baptiser les enfants ? Réponse : Naturellement, car ils sont compris, comme les adultes, dans l’alliance, et appartiennent à l’Église de Dieu. À ceux-ci comme aux adultes sont promis, par le sang du Christ, la rémission des péchés et l’Esprit Saint, auteur de la foi ; c’est pourquoi, et comme signe de cette alliance, ils doivent être incorporés à l’Église de Dieu et distingués des enfants des infidèles, ainsi qu’on le faisait dans l’alliance de l’Ancien Testament par la circoncision, dont le substitut est le Baptême dans le Nouveau. »[22]

« Nous nous opposons aux anabaptistes qui n’acceptent pas le baptême infantile des enfants des croyants. Mais selon l’Évangile, ‘le Royaume de Dieu est aux enfants’, et ces enfants sont inclus dans l’alliance de Dieu.

Pourquoi donc ne doivent-ils pas recevoir le signe de l’alliance de Dieu ? Pourquoi ne doivent-ils pas être consacrés par le saint baptême, étant donné qu’ils appartiennent déjà à l’Église et sont la propriété de Dieu et de l’Église ? » [23]

« C’est pourquoi nous croyons que celui qui désire entrer dans la vie éternelle doit être baptisé une seule fois de l’unique Baptême, sans jamais le répéter ; car nous ne pouvons pas non plus naître deux fois. Mais ce Baptême est utile non seulement tant que l’eau est sur nous, mais aussi durant tout le temps de notre vie. C’est pourquoi nous réprouvons l’erreur des Anabaptistes, qui ne se contentent pas de l’unique baptême qu’ils ont reçu une fois ; et qui, en outre, condamnent le baptême des enfants des croyants, lesquels nous croyons devoir être baptisés et scellés du signe de l’alliance, comme les enfants en Israël étaient circoncis en vertu des mêmes promesses qui furent faites à nos enfants. Et certes, le Christ a versé son sang non moins pour laver les enfants des croyants qu’il ne l’a fait pour les adultes. C’est pourquoi ils doivent recevoir le signe et le Sacrement de ce que le Christ a fait pour eux ; de même que le SEIGNEUR, dans la Loi, ordonna de leur faire participer au Sacrement de la passion et de la mort du Christ peu après leur naissance, en sacrifiant pour eux un agneau, ce qui était un signe de Jésus-Christ. Par ailleurs, le Baptême signifie pour nos enfants la même chose que la Circoncision signifiait pour le peuple juif ; ce qui fait que saint Paul appelle le Baptême ‘la circoncision du Christ’. »[24]

Les anglicans refusèrent également l’anabaptisme :

« Du Baptême. Le Baptême n’est pas seulement un signe de la profession de foi et une marque distinctive par laquelle les Chrétiens se distinguent des non-baptisés ; c’est aussi le signe de la Régénération ou de la nouvelle naissance, par lequel, comme par un instrument, ceux qui reçoivent le Baptême correctement sont greffés dans l’Église, les promesses du pardon des péchés et de notre adoption filiale par le Saint-Esprit leur sont visuellement assurées et apposées, la foi est confirmée, et la grâce, en vertu de la prière à Dieu, augmentée. Le baptême des jeunes enfants doit entièrement être conservé dans l’Église, comme très conforme à l’institution du Christ. » [25]

Jean Calvin dans son ouvrage Institution de la religion chrétienne consacre une section à réfuter l’anabaptisme. [26]

Notes

  1. Irénée de Lyon, Fragment 34
    New Advent Encyclopedia, http://www.newadvent.org/fathers/0134.htm Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf01/ix.viii.xxxiv
  2. Irénée de Lyon, Contre les hérésies, 2,22,4. Carlos Ignacio González, S.J., Ireneo de Lyon, Contra los herejes (Irénée de Lyon, Contre les hérésies), Conferencia del Episcopado Mexicano, Mexico 2000
  3. Origène, In Rom. Com., 5,9 : EH 249. Johannes Quasten, Patrología I (Patrologie I), Biblioteca de Autores Cristianos 206, Cinquième édition, Madrid 1995, p. 395
  4. Origène, In Luc. hom. 14, 1.5
  5. Origène, In Luc., hom. 33, 5. Ibid., p. 43.
  6. Origène, In Lev. Hom., 8,3. Johannes Quasten, Patrología I (Patrologie I), Biblioteca de Autores Cristianos 206, Cinquième édition, Madrid 1995, p. 394
  7. Hippolyte, Tradition apostolique, 20-21. Enrique Contreras, El Bautismo, Selección de textos patrísticos (Le Baptême, Sélection de textes patristiques), Editorial Patria Grande, Deuxième réimpression, Buenos Aires 2005, p. 45, 47
  8. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf05/iv.iv.lviii
  9. Cyprien de Carthage, Lettre à Fidus sur le baptême des nourrissons,
    Early Church Fathers, https://www.ccel.org/ccel/schaff/anf05.iv.iv.lviii.html
    New Advent Encyclopedia, http://www.newadvent.org/fathers/050658.htm
  10. Grégoire de Nazianze, Sermon 40,11-17 (sur le saint baptême). Carlos Etchevarne, El bautismo según los padres griegos (Le baptême selon les Pères grecs), p. 14, 16-17 ; Early Church Fathers, https://www.ccel.org/fathers
  11. Grégoire de Nazianze, Sermon 40,26-27 (sur le saint baptême). Carlos Etchevarne, El bautismo según los padres griegos (Le baptême selon les Pères grecs), p. 22-23 ;
    Early Church Fathers, https://www.ccel.org/ccel/schaff/npnf207.iii.xxiii.html
    New Advent Encyclopedia, http://www.newadvent.org/fathers/310240.htm
  12. Jean Chrysostome, Sermon aux néophytes, 1
  13. Basile le Grand, Protriptique du saint baptême, 1. Ibid., p. 4
  14. IIᵉ Concile de Milève, 416, et XVIᵉ Concile de Carthage, 418, approuvés par les papes saint Innocent I et saint Zosime, Du péché originel et de la grâce, canon 2. Daniel Ruiz Bueno, Denzinger, El Magisterio de la Iglesia (Le Magistère de l’Église)
  15. Augustin d’Hippone, Le Mariage et la concupiscence, I,XVIII,20. Obras completas de San Agustín (Œuvres complètes de saint Augustin), tome XXXV, Biblioteca de Autores Cristianos 457, Madrid 1984, p. 272-273
  16. Augustin d’Hippone, Le Mariage et la concupiscence, I,XX,22. Ibid., p. 276
  17. Augustin d’Hippone, Le Mariage et la concupiscence, II,XI,24. Ibid., p. 332
  18. Pour une histoire plus détaillée du mouvement anabaptiste, voir : Hubert Jedin, Manual de Historia de la Iglesia (Manuel de l’histoire de l’Église), tome V, Éditions Herder
  19. Martin Luther, Ausgewählte Werke, tome V, édité par H. H. Borcherdt et Georg Merz, Munich, Chr. Kaiser Verlag, 1962
  20. Confession d’Augsbourg, 1530, article 9 (Églises luthériennes)
  21. Confession de Westminster, 28.IV (Églises réformées)
  22. Catéchisme de Heidelberg, question 74 (Églises réformées)
  23. Confession helvétique (ancienne confession protestante de 1566)
  24. Confession belge des Églises réformées, 1619, article 34. Bibliothèque de l’Église réformée,
    Biblioteca de la Iglesia Reformada, http://www.iglesiareformada.com/Confesion_Belgica.html
  25. Les 39 Articles de la religion (confession doctrinale historique de l’Église anglicane), chapitre 27.
    http://www.iglesiareformada.com/39_Articulos.html
  26. Disponible dans la Bibliothèque de l’Église réformée :
    http://www.iglesiareformada.com/Calvino_Institucion_4_16.html