« Voici que l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront plus qu’une seule chair. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église » Ep 5, 31-32
En octobre 2006, l’agence de presse Zenit a interviewé José Antonio Galindo, oar, au sujet de son livre « Guide pour le chrétien face au pluralisme religieux actuel ». Dans cet entretien, l’auteur explique la place du Christ et la place des autres religions dans le plan du salut. Galindo dit que les autres religions « ne sauvent pas », mais qu’elles sont bien un « instrument de salut ». N’est-ce pas revenir au même ?
–Les autres religions sont, elles aussi, des instruments du salut de Dieu. Comment se concilient-elles avec Jésus-Christ, cause personnelle unique du salut de toute l’humanité ?
–Galindo : Les autres religions sont, elles aussi, des instruments du salut de Dieu, car, ayant des vérités et des valeurs, selon divers documents de l’Église, elles peuvent servir, et de fait servent, pour que Dieu sauve les fidèles de ces religions, quoique toujours par les mérites du Christ, qui est l’unique Sauveur de tous.
Les fondateurs des grandes religions sont des maîtres et, dans une certaine mesure, des modèles pour l’humanité (Lao-Tseu, Bouddha, Krishna, Mahomet, etc.), mais seul le Christ, et de manière exclusive (outre le fait d’être le Maître suprême et le Modèle parfait), est le Sauveur de toute l’humanité en général et de chacun des êtres humains en particulier.
Les religions, quelles qu’elles soient, et le Christ ne se situent pas sur le même plan. Les religions, y compris la chrétienne, sont des moyens ou des instruments, tandis que le Christ est la cause personnelle du salut, il est le sujet, la personne qui sauve (le salut est une action d’un être personnel) en se servant de ces moyens ou instruments que sont les religions.
Celui qui sauve est unique (le Christ), tandis que les moyens dont il se sert, les uns meilleurs que les autres, peuvent être et sont multiples et différents, et ces moyens sont les diverses religions. Les deux vérités se concilient si nous parlons des religions et du Christ avec précision.
Les religions ne sauvent pas (aucune), mais elles sont des instruments dont l’unique agent personnel (le Christ) se sert pour sauver ; néanmoins, il n’est pas correct non plus de dire que les religions sont étrangères au fait du salut des êtres humains, puisqu’elles en sont des moyens ou des instruments par leurs vérités et leurs valeurs.
Selon cette explication, on tente de concilier l’unicité et l’universalité de la médiation salvifique du Christ avec les autres religions, et cela ne cesse d’être contradictoire, car tandis que, d’un côté, on assure que Jésus « a fondé une religion supérieure aux autres », on mentionne aussi qu’il n’est pas « correct d’adopter l’absolutisme d’affirmer que seul le christianisme a raison » et l’on dit que cette position est « contraire à la doctrine de l’Église ».
S’il est vrai que « les religions, y compris la chrétienne, sont des moyens ou des instruments » et que « le Christ sauve en se servant de ces moyens ou instruments que sont les religions », pourquoi Dieu s’est-il donné la peine de s’incarner et de fonder une Église ? Il aurait suffi d’utiliser comme « instruments de salut » le bouddhisme, l’hindouisme, etc…
S’il est vrai que les autres religions sont un « instrument de salut », pourquoi Jésus a-t-il donné comme mandat final : « Allez par le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création » et « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné » ?
« Les fondateurs de religions ne sont pas Dieu parmi nous ; ce sont des hommes qui n’ont pas vaincu la mort. Leur cadavre est parmi nous comme celui de David (Ac 2, 29). Ils ne sont pas ressuscités. Ils ont donc fondé des religions qui ne garantissent pas la victoire sur le péché, le malin et la mort. La parole de leurs écrits (comme on l’a dit plus haut) n’a pas la garantie d’être parole de Dieu, et leurs prêtres n’agissent pas in persona Christi, mais comme de simples délégués de la communauté. C’est pourquoi, avec des éléments positifs et bons dans lesquels agit la grâce du Christ, elles ne sont rien de plus qu’une préparation évangélique. La religion chrétienne, fondée par le Fils de Dieu, vainqueur du péché et de la mort, est l’unique chemin établi par Dieu pour le salut des hommes. Ces religions étant nées d’efforts humains religieux pour chercher Dieu, elles ne sont pas exemptes d’erreurs qui éloignent les hommes de Dieu, non seulement dans le domaine de la doctrine, mais aussi dans la morale. Nous ne pouvons oublier que, dans la Tradition de l’Église, on a eu conscience que la mission libère du contact avec le malin tout ce qu’il y a de bon dans les religions (LG 35). Pour tout cela, la précision de Dominus Iesus est opportune lorsqu’elle distingue la foi théologale, comme réponse de l’homme au Christ qui se révèle, de la croyance qui, dans les religions païennes, tient à une expérience de recherche de l’absolu. »
(Abbé Dr. Miguel A. Barriola – La Déclaration « Dominus Iesus », nouveau signe de contradiction)
Le Christ unique médiateur, l’Église nécessaire au salut
On ne peut assurer que les religions non chrétiennes « sont des instruments du salut de Dieu », tandis que la Déclaration Dominus Iesus affirme qu’« on ne peut ignorer que d’autres rites, en tant qu’ils dépendent de superstitions ou d’autres erreurs (cf. 1 Co 10, 20-21), constituent plutôt un obstacle au salut ».
En lien avec l’unicité de la médiation salvifique du Christ se trouve l’unicité de l’Église qu’il a fondée. En effet, le Seigneur Jésus a constitué son Église comme réalité salvifique : comme son Corps, par lequel lui-même agit dans l’histoire du salut. Comme il n’y a qu’un seul Christ, ainsi existe-t-il un seul corps qui est le sien : « une seule Église catholique et apostolique » (cf. Symbole de la foi, DS 48). Le concile Vatican II dit à ce propos : « le saint Concile (…), fondé sur la sainte Écriture et la Tradition, enseigne que cette Église en pèlerinage est nécessaire au salut » (Lumen gentium, 14).
Par conséquent, il est erroné de considérer l’Église comme une voie de salut à côté de celles que constituent les autres religions, lesquelles seraient complémentaires par rapport à l’Église, s’acheminant conjointement avec elle vers le royaume eschatologique de Dieu. Ainsi donc, il faut exclure une certaine mentalité d’indifférentisme « marquée par un relativisme religieux qui conduit à penser qu’une religion en vaut une autre » (Redemptoris missio, 36). Il est vrai que, comme l’a rappelé le concile Vatican II, les non-chrétiens peuvent « obtenir » le salut éternel « avec l’aide de la grâce » s’ils « cherchent Dieu d’un cœur sincère » (Lumen gentium, 16). Mais, dans leur recherche sincère de la vérité de Dieu, ils sont en fait « ordonnés » au Christ et à son Corps, l’Église (cf. ib.). De toute façon, ils se trouvent dans une situation déficitaire si on la compare à celle de ceux qui, dans l’Église, ont la plénitude des moyens salvifiques. Ainsi donc, de manière compréhensible, en suivant le mandat du Seigneur (cf. Mt 28, 19-20) et comme exigence de l’amour envers tous les hommes, l’Église « annonce et a l’obligation d’annoncer sans cesse le Christ, qui est ‘le chemin, la vérité et la vie’ (Jn 14, 6), en qui les hommes trouvent la plénitude de la vie religieuse et en qui Dieu a tout réconcilié avec lui » (Nostra aetate, 2).
(Discours de S.S. Jean-Paul II à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 28/01/2000)
Le Concile a largement réclamé le rôle de l’Église pour le salut de l’humanité. Tout en reconnaissant que Dieu aime tous les hommes et leur accorde la possibilité de se sauver (cf. 1 Tm 2, 4),15 l’Église professe que Dieu a constitué le Christ comme unique médiateur et qu’elle-même a été constituée comme sacrement universel du salut (…) Ainsi l’a voulu Dieu, et pour cela il a établi et associé l’Église à son plan de salut : « Ce peuple messianique —affirme le Concile— constitué par le Christ en vue de la communion de vie, de charité et de vérité, est aussi employé par lui comme instrument de la rédemption universelle et est envoyé au monde entier comme lumière du monde et sel de la terre »
(Redemptoris missio)
« En conséquence, aucune religion humaine ne peut nous garantir une présence pleine de l’Esprit, ni ne peut prétendre à une action de celui-ci indépendante du Christ et de son Église. Les médiations salvifiques des autres religions ne peuvent être des médiations qui institueraient des régimes alternatifs de salut chrétien, comme le soutenait Dupuis[134], lequel en vient à dire aussi que nous ne pouvons admettre la médiation universelle de l’Église, car les hommes se sauvent par d’autres médiations. Le christianisme n’est pas seulement la plénitude de ces religions, mais l’origine de la grâce qui opère en elles. Il n’y a aucune grâce, conférée par l’Esprit Saint, qui ne doive se référer au Christ et à son mystère pascal, présent dans l’Église. » (Dr. Miguel A. Barriola)
Mais ce qui attire le plus mon attention, c’est lorsqu’il dit : « Les autres religions sont, elles aussi, des instruments du salut de Dieu, car, ayant des vérités et des valeurs, selon divers documents de l’Église ». Et voici la question que je me pose : Quand le concile Vatican II a-t-il dit que « les autres religions sont des instruments du salut de Dieu » ? Ceci est une INTERPRÉTATION des documents du Concile.
Mgr Ladaria mentionne, dans la présentation du document de la Commission Théologique Internationale « Le christianisme et les religions », que les documents conciliaires ne traitent pas de la « valeur de salut » des religions non chrétiennes :
« Le problème qui avait le plus occupé l’attention dans la théologie des religions était la valeur de salut possible que celles-ci pouvaient avoir. C’est le premier point qu’étudie la Commission Théologique (nn. 81-87). Ni les documents conciliaires ni l’encyclique Redemptoris missio ne s’étaient prononcés expressément sur cette question, bien que l’on eût parlé de la présence, dans les cultures et les religions, de semences du Verbe, de rayons de la vérité et aussi d’action de l’Esprit. »
La Commission Théologique (1996) fut la première à poser la « valeur de salut » que les religions pouvaient avoir. Quatre ans plus tard (2000) fut publiée la Dominus Iesus. Selon Mgr Ladaria, « la Commission a abordé l’étude de ce thème avec l’intention d’explorer (…) en ayant claire conscience de son ambiguïté pour le salut de ses adeptes » et qu’elle « veut offrir quelques pistes de réflexion, certainement pas donner des solutions définitives », mais il mentionne aussi que « la prudence est également obligée étant donné l’ambiguïté du phénomène religieux » et qu’« en tout cas, on évite d’identifier expressément ces éléments dans les religions. Ce n’est que dans la religion d’Israël, en tant qu’on y reconnaît l’authentique révélation divine, que nous pouvons affirmer avec certitude leur existence ».
Le Concile, après avoir affirmé la centralité du mystère pascal, affirme : « Cela ne vaut pas seulement pour les chrétiens, mais aussi pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels la grâce agit de façon invisible. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon connue de Dieu, la possibilité d’être associés au mystère pascal. »
(Redemptoris missio)
-« Par des voies que nous ne connaissons pas » ou « d’une façon connue de Dieu »
Lorsqu’on dit que Dieu donne sa grâce à ceux qui ignorent invinciblement le Christ « par des voies que nous ne connaissons pas », cela ne signifie pas que l’Église Catholique est étrangère à la distribution de ces grâces parmi les non-chrétiens. Le Christ et l’Église forment une unité, comme le mari et la femme forment une seule chair. La médiation salvifique de l’Église Catholique atteint des hommes et des femmes hors de ses limites visibles.
Le magistère des Papes a répété que les païens peuvent recevoir la grâce « par des voies que nous ne connaissons pas » ou « d’une façon connue de Dieu » ; mais, que je sache, il n’y a aucun fondement dans la Tradition orale et écrite pour affirmer de quelle manière la grâce se rend présente parmi les païens : on dit seulement qu’elle opère, et sans savoir comment…
On passe d’une grâce donnée « d’une façon connue de Dieu » à accepter que la grâce puisse agir à travers des rites et des coutumes de religions non chrétiennes…
Mgr Ladaria dit ceci sur l’unicité de la médiation salvifique de l’Église :
« C’est précisément cette universalité qui conduit à traiter de l’Église comme sacrement universel du salut (nn. 62-79). On pose le problème de savoir si l’Église a une signification seulement pour ceux qui lui appartiennent ou aussi pour les autres. Étant donné que la seconde réponse est celle que l’on considère juste, la nécessité de l’Église pour le salut se comprend en un double sens : la nécessité de l’appartenance à elle et la nécessité du ministère de l’Église au service de la venue du royaume de Dieu. C’est pourquoi il s’agit de la vieille question de l’extra Ecclesiam nulla salus à partir des nouvelles perspectives ouvertes à partir du concile Vatican II, du lien à l’Église, corps du Christ, de tous les justifiés, et surtout de la mission salvatrice de l’Église en son triple aspect de martyría, leitourgía et diakonía. En vertu de son témoignage, l’Église annonce à tous les hommes la Bonne Nouvelle. Dans sa liturgie, elle célèbre le mystère pascal et accomplit ainsi « sa mission de service sacerdotal en représentation de toute l’humanité. D’une manière qui, selon la volonté de Dieu, est efficace pour tous les hommes, elle rend présente la représentation du Christ qui ‘s’est fait péché pour nous’ (2 Co 5, 21) » (n. 77). Dans le service du prochain de sa diakonía, elle témoigne du don amoureux de Dieu aux hommes. Il est clair qu’en signalant ces aspects de la fonction de l’Église comme sacrement universel du salut, on ne prétendait pas avoir épuisé un thème aussi complexe. »
Le cardinal Journet, dans ses « Entretiens sur la Grâce », explique la médiation salvifique de l’Église de la manière suivante :
« Il nous reste à parler de la grâce telle qu’elle se trouve dans les âmes non mues par le Christ autrement qu’à distance (…) Avant son Ascension, Jésus envoie les apôtres par le monde :
« Allez, enseignez toutes les nations… ». Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, en Samarie et jusqu’aux extrémités de la Terre » (Ac 1, 8). « Je suis avec vous —leur dit Jésus— toujours, jusqu’à la consommation du monde » (fin de Matthieu). Là où la hiérarchie se trouve, avec ses pouvoirs d’ordre et de juridiction, elle dispensera les grâces de contact, dont nous avons parlé, qui constitueront l’Église en son acte achevé. Et comme les disciples sont envoyés par le Christ à toutes les nations, l’Église, en droit et en régime normal, devrait exister sous sa forme pleine, parfaite, achevée, sur toute la surface de la terre.
Mais que s’est-il passé en réalité ? La venue de la Vérité et de l’Amour, de manière pleine, aux jours de l’Incarnation et de la Pentecôte, a exaspéré de refus les forces du mal. En opposition aux forces évangéliques de lumière et d’amour, se coalisent les forces de l’erreur, de la haine, du mensonge, fougueusement disposées à livrer la grande bataille dont parle l’Apocalypse, bataille qui doit durer jusqu’à la fin des temps. Quelles sont ces forces du mal ? Où et en qui résident-elles ?
(…) Les forces du mal travaillent aussi, certainement, parmi les non-chrétiens. Lorsque les apôtres se dispersent par le monde, ils se heurtent à des formations religieuses issues des aberrations du paganisme (…) Aujourd’hui encore, après vingt siècles, ces formations religieuses n’ont pas été dissoutes. Combien de régions d’Afrique et d’Asie qui n’ont pas encore été évangélisées ! Ce sont des blocs dans lesquels l’orientation magistérielle, la sève des Sacrements, ne peut pénétrer, de sorte que, si la grâce existe dans ces régions, elle ne sera pas la grâce de contact, sacramentelle et orientée, pleinement christique et christo-conformante.
Outre ces blocs non éliminés, hérités du paganisme, il y en a d’autres qui se constituent au cours des temps et qui créeront de nouveaux obstacles à la mission des pouvoirs hiérarchiques et à la diffusion des grâces de contact. Ainsi apparaîtra l’erreur du judaïsme. En quoi consiste-t-elle ? En ce que, lorsque vint le Messie, le peuple juif, dépositaire de la promesse messianique, ne le reconnaît pas. Il y aura, oui, un « reste » qui intégrera l’Église, constituée au début uniquement de Juifs, avec la Vierge et les apôtres ; mais l’ensemble du peuple juif, à cause de la défaillance de ses chefs, ne saura pas voir dans l’Évangile l’accomplissement des promesses millénaires faites à Israël. (…)
Il y a eu ensuite l’extraordinaire formation religieuse de l’Islam. (…) Voici de nouveau une vaste formation religieuse dans laquelle le mélange de grandes erreurs avec de grandes vérités constituera une entrave à la prédication apostolique. Les grâces de contact qu’elle seule peut procurer se trouveront écartées dès le seuil.
Plus tard viendront les dissidences. Peut-on supposer, à l’origine de celles-ci, que quelqu’un, victime d’une erreur, ne soit néanmoins pas coupable ? Je le crois possible en certaines circonstances ; mais en d’autres cas il peut y avoir des chefs de file qui, devant Dieu, sont coupables et qui souvent nous apparaissent comme tels. Ce sont, à proprement parler, les hérésiarques qui rompent sciemment l’unité de l’Église et de la foi chrétienne. Ainsi se constituent de nouveaux blocs qui entraîneront des vérités chrétiennes : vénération de la Sainte Écriture, validité de certains Sacrements, etc., mêlées à un principe de scission. On a coutume de dire que l’eau régale est le seul liquide qui dissolve l’or ; eh bien, les dissidences sont comme un mélange d’or et d’eau régale. Ce sont elles qui, de manière plus ou moins grave, arrêtent l’élan de la hiérarchie : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant… »
(…) Il faudra signaler l’avènement du monde athée. (…)
Quelle sera l’attitude de Dieu à l’égard des formations religieuses dont nous venons de parler ? Il ne les anéantit pas. Dieu est Amour. Il est « la lumière véritable qui éclaire tout homme ». S’il monte sur la croix, c’est pour attirer tous les hommes à Lui. « Dieu, notre Sauveur, veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4).
Face aux obstacles à la prédication apostolique qui surgissent de tous côtés, que fera Dieu ? Il ouvrira un dialogue avec chacune des âmes prises dans les filets de ces blocs, dans lesquels se voient indissolublement mêlés la vérité et l’erreur, la lumière et les ténèbres. Pour suppléer aux grâces de contact, il leur enverra les grâces à distance.
(…) Mais est-ce un régime normal que les grâces viennent aux hommes à distance, alors que le Christ, depuis deux mille ans, a confié à ses disciples la mission d’aller jusqu’aux extrémités de la terre, leur promettant solennellement son assistance ? Non, il est anormal qu’il y ait sur la terre des régions et des âmes qui n’aient pas été bénéficiées par l’annonce du Message évangélique. Que Dieu utilise un détour, que dans les lieux où n’arrivent pas les grâces normales de contact il envoie des grâces anormales de suppléance, des grâces à distance, tout cela atteste en même temps le désir infini qu’il a de nous sauver et l’effroyable pouvoir du mal dans notre monde.
(…) l’Église entière supplie Jésus d’envoyer des rayons de sa grâce aux âmes qu’elle ne peut atteindre. C’est cela que nous demandons lorsque, dans le Pater, nous disons avec ferveur : « Que ton règne vienne ». L’Église, en son acte achevé, supplie, par le moyen des âmes les plus saintes de son bercail, par sa liturgie et partout où elle est véritablement établie, « pour notre salut et celui du monde entier » (Offertoire de la Messe). Dans la mesure où elle ne peut pas, dit-elle, aller leur porter la plénitude du message évangélique, avancez, ô Dieu ! en envoyant à ces âmes et à ces régions des grâces supplétives. L’Église n’est donc pas étrangère à la distribution de ces grâces qui, là où elles sont accueillies, l’établissent en son état initial, imparfait, entravé.
Les âmes qui acceptent ces grâces de suppléance feront déjà partie spirituellement de l’Église, mais d’une manière commencée, entravée. Là où une âme dit un « oui » par la pleine acceptation des grâces à distance, c’est une lumière chrétienne qui s’allume. Elle continuera d’être bouddhiste ou juive, ou musulmane, ou dissidente ; elle appartiendra encore corporellement aux formations religieuses des temps préchrétiens, mais elle appartiendra déjà spirituellement à l’Église. Et elle commencera, inconsciemment peut-être, à influer sur son milieu pour le modifier, elle insistera spontanément sur tout ce qu’elle possède d’authentique et se détachera peu à peu du reste. »
Saint Paul compare la relation matrimoniale à la communion sponsale qui existe entre le Christ et l’Église (« L’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront plus qu’une seule chair. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église » Ep 5, 31-32). « Le grand mystère est donc l’union du Christ et de l’Église, décrite avec les termes mêmes par lesquels Gn 2, 24 décrit l’union de l’homme et de la femme. Le mystère consiste en ce que le Christ et l’Église forment une unité, comme le mari et la femme forment une seule chair. Ce mystère fut caché pendant des siècles, mais maintenant, après la glorification du Christ, il a été révélé aux prophètes de la nouvelle alliance, et c’est pourquoi Paul peut fonder sur cette union matrimoniale du Christ et de son Église la morale des époux » (La Sainte Écriture — commentaire par les Professeurs de la Compagnie de Jésus, B.A.C., 1965).
Nous ne défendons pas un ecclésiocentrisme qui craint de perdre du pouvoir (d’ailleurs pratiquement inexistant en ces temps), mais bien l’union matrimoniale entre le Christ et son Église.
Dans la Nostra Aetate, on lit ceci : « L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, apportent néanmoins souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes et toutes les femmes ».
Dans l’Encyclique Evangelii Praecones (2 juin 1951), de Pie XII, il est dit que l’« Église catholique n’a pas méprisé les croyances des païens ni ne les a rejetées, mais les a plutôt délivrées de toute erreur et impureté, et les a menées à leur achèvement et perfectionnées par la sagesse chrétienne ».
Si nous reconnaissons quelque vertu à notre prochain, cela n’annule pas ses erreurs évidentes. Le Judaïsme vénère les Saintes Écritures — ils l’appellent Tanakh et nous l’Ancien Testament. Cette reconnaissance n’annule pas le fait qu’ils ont rejeté le Messie et qu’un jour — selon saint Paul — ils se convertiront au Christ et feront partie de l’Église.
Mais une chose n’enlève pas l’autre ; l’erroné est mêlé au bon. Il faut rejeter cela dans toute religion et culture, et il faut louer et respecter le second. Dans notre propre vécu de la foi s’incrustent tant d’imperfections, que l’Église va polissant patiemment tout au long de sa tradition. Malgré tout, il doit être possible de trouver un « critère » qui permette de reconnaître ce qui est valable universellement et ce qui est pareillement à rejeter pour tous.
De là, aussi, les sérieuses mises en garde face à une tolérance molle, un syncrétisme peu éclairé et un indifférentisme, pour lequel vaudraient tout autant la perle que le fumier. C’est pourquoi, de manière équilibrée, la Dominus Iesus, 22, continue de rappeler : « Avec la venue de Jésus-Christ Sauveur, Dieu a établi l’Église pour le salut de tous les hommes (cf. Ac 17, 30-31). Cette vérité de foi n’enlève rien au fait que l’Église considère les religions du monde avec un respect sincère, mais en même temps elle exclut cette mentalité indifférentiste, « marquée par un relativisme religieux qui conduit à penser qu’‘une religion en vaut une autre’ »[127]. S’il est vrai que les non-chrétiens peuvent recevoir la grâce divine, il est aussi certain qu’objectivement ils se trouvent dans une situation gravement déficitaire, si on la compare à celle de ceux qui, dans l’Église, ont la plénitude des moyens salvifiques »[128].
(Dr. Miguel A. Barriola)
Il y a confusion de termes
– On exalte l’‘ignorance invincible’ comme un bien
Il est vrai que l’ignorance invincible rend l’acte inculpable et qu’il n’y a pas de péché du point de vue moral, mais la personne ne s’améliore pas, n’acquiert pas de vertus, est moins parfaite. Une personne qui n’a pas appris à lire n’a aucune faute, mais elle ne sait pas lire, et elle n’atteint pas beaucoup de perfections humaines. Ainsi en va-t-il dans tout art (peindre, chanter, réciter, etc.), et bien sûr dans la morale (loyauté, sympathie, élégance, courtoisie, force, chasteté, responsabilité, sincérité, simplicité, magnanimité et toutes les grâces humaines). (P. Enrique Cases).
– On ignore totalement les conséquences fatales de l’‘ignorance vincible’
Tous ceux qui ignorent le Christ ne souffrent pas d’ignorance invincible ; il y a aussi ceux qui souffrent d’ignorance vincible et qui, par conséquent, sont responsables et coupables de leur rejet du Christ. Quant à la personne qui souffre d’ignorance vincible et se trouve dans une religion qui lui dit que ‘Jésus n’est pas Dieu et qu’il n’est pas l’unique sauveur de l’homme’, si on lui dit joyeusement que sa religion est un « instrument de salut », nous serions en train de réaffirmer son erreur et nous nous rendrions même responsables de sa condamnation.
– Suffit-il d’être bon pour se sauver ?
On enseigne qu’il est purement accidentel d’être né dans telle ou telle tradition religieuse ; c’est pourquoi, pour se sauver, peu importe quelle religion tu professes, pourvu que tu sois bon.
Cette proposition apparemment évidente permet quelques conclusions. Elle montre, en effet, à quel point est fausse l’opinion répandue selon laquelle chacun doit vivre selon sa conviction et sera sauvé en raison de sa fidélité à sa conscience. De quelle manière ? L’héroïsme de l’homme des SS, la cruelle précision de son obéissance pervertie, pourrait-il être une sorte de votum ecclesiae ? Jamais !
Mais cet exemple extrême fait apparaître toute la problématique de cette opinion et de son point de départ. Car, identifiant le cri de la conscience avec la conviction de chacun, qui engendre un statut social et historique, une telle thèse conduit à la conception selon laquelle un homme est sauvé chaque fois que, par l’application consciencieuse du système dans lequel il se trouve ou auquel il s’est lié. La conscience dégènère en adhésion scrupuleuse à ses idées ; le système, en chaque cas, en vient à être « le chemin du salut ». On donne l’impression d’être humain et miséricordieux quand on dit, partant de cette position, qu’un musulman doit, pour être sauvé, être « un bon musulman » (Qu’est-ce que cela signifie exactement ?), un hindou être un bon hindou, etc.[123]. Mais alors, ne doit-on pas dire qu’un cannibale doit être un « bon cannibale » et un SS convaincu être un SS complet ? Évidemment quelque chose cloche ; une « théologie des religions » qui se serait développée à partir de telles prémisses conduit nécessairement à une impasse… Ce n’est qu’en apparence que de telles thèses (qu’un musulman soit un bon musulman…) sont « progressistes » ; en réalité, elles exaltent le conservatisme à la hauteur d’une vision du monde : chacun parviendrait au salut par son système[124]… Si les religions et les systèmes donnés comme tels sauvaient l’homme, constituaient pour lui le chemin du salut, l’humanité resterait éternellement enfermée dans ses particularismes. La foi au Christ signifie, au contraire, la conviction qu’il existe un appel au dépassement de ces particularismes et que ce n’est qu’ainsi, dans la marche vers l’unité de l’esprit, que l’histoire va vers son accomplissement »[125]. (Dr. Miguel A. Barriola)
De nos jours, on tient le théologien pour un « maître de la foi », suppléant le rôle qui revient aux évêques. Il suffit que quelqu’un publie un livre pour que d’autres acceptent ses enseignements sans distinguer entre doctrine catholique, un document qui explore un thème sans intention de définir, et une interprétation personnelle.
– Un commentaire de CICLA – Confédération Interprovinciale Clarétaine d’Amérique Latine et des Caraïbes
« Parfois nous pensons jalousement que nous sommes les possesseurs exclusifs, les propriétaires du salut »
– Un commentaire sur le site de la Vicairie Épiscopale de Pastorale de l’Archidiocèse de Mexico :
« La religion que nous avons ne dépend souvent pas de nous, mais elle est la conséquence d’être né en un lieu ou en un autre, dans une famille qui a telle religion concrète. C’est pourquoi notre salut ne dépend pas de la religion que nous professons, mais de ce que nous soyons bons ; de sorte que tous ceux qui vivent sincèrement leur religion, Dieu les sauvera. Mais il est vrai aussi qu’être dans la vraie religion, comme nous le sommes, nous les catholiques, nous aide beaucoup. C’est comme un athlète qui a le meilleur entraîneur et les entraînements appropriés ; cet athlète dispose des meilleures ressources pour triompher.
http://www.vicariadepastoral.org.mx/proyectos/jesucristo/jesucristo_05.htm
Malgré la recommandation de prudence de Mgr Ladaria et le fait que ce n’est que dans la religion d’Israël, en tant qu’on y reconnaît l’authentique révélation divine, que nous pouvons affirmer avec certitude l’existence d’une valeur salvifique ; malgré toutes les clarifications, en particulier la Dominus Iesus, il y a une augmentation de la diffusion du « pluralisme religieux » qui promeut un rejet décidé de l’« ecclésiocentrisme », ce qui se traduit par un rejet de la médiation salvifique de l’Église et du christianisme et qui conduit à l’indifférentisme religieux.
Auteur : Beatriz Aparicio
