L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est créée directement par Dieu, qu’elle n’est pas « produite » par les parents, et qu’elle est immortelle, c’est-à-dire qu’elle ne périt pas quand elle se sépare du corps dans la mort, et qu’elle s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale.
Bien que la doctrine de l’immortalité de l’âme soit clairement révélée dans les Écritures, il existe des sectes et des dénominations protestantes (Témoins de Jéhovah, Adventistes du Septième Jour, etc.) qui, s’attachant à une interprétation erronée de la Bible, s’obstinent à la rejeter.
Quels sont les arguments des sectes pour nier l’immortalité de l’âme ?
Dans le cas des Témoins de Jéhovah, j’ai pris un résumé de leur revue Réveillez-vous !, du 22 octobre 1982, dans laquelle ils exposent les arguments qu’ils utilisent pour nier l’immortalité de l’âme.
« Les Témoins de Jéhovah… croient que l’âme humaine est mortelle, que les morts ne ressentent absolument rien. À quoi cela est-il dû ? …les écrivains des Écritures hébraïques (Ancien Testament) n’ont jamais, pas une seule fois, ajouté aux mots “néphesh” (mot hébreu pour “âme”) ni “rouahh” (mot hébreu pour “esprit”) le qualificatif d’“immortel”. Bien plutôt, ils ont enseigné que l’âme humaine meurt : “L’âme qui pèche, c’est celle qui mourra.” (Ézéchiel 18,4.20, Versión Moderna ; voir aussi Psaume 22,29 ; 78,50). Il est dit que les morts sont inconscients : “Car les vivants savent qu’ils mourront, mais les morts ne savent rien, et il n’y a plus pour eux de récompense… Tout ce que ta main trouve à faire, fais-le avec ta force, car il n’y a ni œuvre, ni raison, ni science, ni sagesse dans le shéol [sépulcre commun de l’humanité] où tu t’achemines.” — Ecclésiaste 9,5.10, Bible de Jérusalem. Les Écritures grecques (Nouveau Testament) donnent le même point de vue sur l’âme et la mort. Jésus a dit que Dieu “peut détruire à la fois l’âme et le corps”. Ainsi, si l’âme peut être détruite, elle ne peut être immortelle (Matthieu 10,28). Au sujet de Jésus, l’apôtre Pierre a déclaré : “Toute âme qui n’écoute pas ce Prophète sera entièrement détruite” (Actes 3,23). Jésus a aussi montré que les morts sont inconscients, car il a assimilé la mort à “un sommeil qui donne du repos” (Jean 11,11-14). Ceci est en harmonie avec ce que peut aisément discerner toute personne qui assiste à des funérailles où l’on peut voir le corps du défunt.
Selon le récit de la création rapporté en Genèse 2,7, Adam fut formé de la poussière du sol et « l’homme devint une âme vivante ». Ainsi la Bible utilise souvent l’expression « son âme » pour se référer à la personne « elle-même ». »[1]
Partant de ce bref résumé, nous pouvons décomposer leurs arguments pour les étudier un par un.
Argument 1 : Les morts n’ont conscience de rien
« Les vivants savent au moins qu’ils mourront, mais les morts ne savent rien du tout. Il n’y a plus pour eux de salaire, puisque leur souvenir est oublié. Leur amour, leur haine, leur jalousie ont déjà péri, et ils n’auront plus jamais part à tout ce qui se fait sous le soleil. »[2]
Les Témoins de Jéhovah ont pris littéralement et hors contexte ce texte biblique pour affirmer que la personne, quand elle meurt, n’a conscience de rien ; il n’y a donc pas d’âme immortelle qui lui survive. De leur point de vue, quand une personne meurt, elle cesse d’exister et ne reste que « dans la mémoire de Jéhovah ». Mais pour comprendre pourquoi les Témoins de Jéhovah sont arrivés à cette conclusion, il faut comprendre leur façon d’interpréter les Écritures. Leur principale difficulté réside probablement dans leur incompréhension du fait que la Révélation divine a été progressive. Il ne devrait pas nous surprendre de ne trouver aucune référence à la résurrection dans tout le Pentateuque (les premières mentions se trouvent en Isaïe 26,19 et Daniel 12, et même au temps de Jésus les sadducéens la rejetaient), car à cette époque elle n’avait pas été révélée. La révélation même du Messie comme Fils de Dieu et Dieu incarné n’est pas aussi claire dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau. On pourrait citer beaucoup d’exemples, mais tout lecteur attentif pourra sûrement remarquer sans grande difficulté ce développement de la Révélation à mesure qu’il avance dans la lecture des pages de la Bible, ce qui implique qu’il y eut des moments de l’histoire où la connaissance de certaines vérités était partielle et limitée, et qu’elle augmenta progressivement.
Il en alla de même pour la compréhension du peuple de Dieu quant à sa connaissance de l’au-delà, et surtout quant à la récompense ou la sanction de chacun. Ainsi, pour l’auteur de l’Ecclésiaste, comme pour les auteurs des livres sacrés antérieurs, il n’y a pas de connaissance claire de prix ou de châtiment, à l’exception des biens et des maux de la vie présente. Il semble, certes, entrevoir que Dieu jugera les actions du juste et du méchant[3] mais sans connaître la nature de la récompense.
Ainsi, il est facile de comprendre que l’auteur ne remet pas en question l’immortalité de l’âme ni la rétribution future, mais qu’il les ignore, et compare de ce fait la condition des vivants à celle des morts conformément à ses conceptions du Shéol (lieu où, avant la résurrection du Christ, reposaient les âmes, et dans lequel elles ne prenaient plus part au monde des vivants).
On peut trouver des textes tout au long du livre qui le confirment : « Qui sait si le souffle de l’homme monte vers le haut et si le souffle de la bête descend en bas, vers la terre ? » [4]L’auteur lui-même reconnaît ici ne pas savoir ce qui arrive au souffle de vie des humains et s’il se différencie de celui des bêtes.
Ailleurs il écrit : « Car le sort de l’homme et le sort de la bête sont un sort identique : comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre, et c’est un même souffle qu’ils ont tous les deux. La supériorité de l’homme sur la bête est nulle… »[5], textes qui donnent à entendre que l’auteur parle de ce qu’il connaît et de ce qui avait été révélé jusqu’alors. Cependant, les Témoins de Jéhovah fondent toute leur doctrine sur des textes de l’Ancien Testament alors que la Révélation était en plein progrès, et se voient obligés de tordre tous les textes clairs du Nouveau Testament qui s’opposent à leur interprétation.
Ce qu’il y a de plus contradictoire dans leur théologie, c’est qu’en interprétant Ecclésiaste 9,5-6 comme ils le font, ils devraient conclure qu’il n’y a pas non plus de récompense future, puisque le texte affirme que pour les morts « Il n’y a plus pour eux de salaire », bien que nous sachions que « le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon sa conduite »[6].
Argument 2 : L’âme qui pèche mourra
« Toutes les âmes sont à moi : l’âme du père comme l’âme du fils sont à moi ; l’âme qui pèche, c’est elle qui mourra. »[7]
D’une certaine manière, les Témoins de Jéhovah ont choisi d’interpréter ce texte comme se référant à l’anéantissement ou à la destruction de l’âme. La principale difficulté réside peut-être ici dans leur incompréhension de la signification du mot mort dans la Bible, lequel dans certains cas fait référence à la séparation de l’âme et du corps (mort physique), mais dans d’autres cas à la séparation de l’homme d’avec Dieu à cause du péché (mort spirituelle).
Quelques textes où la mort désigne la séparation de l’âme et du corps :
« Au moment de rendre l’âme, car elle se mourait, elle le nomma Ben-Oni, mais son père l’appela Benjamin. »[8]
« Pour moi, certes, la Vie c’est le Christ, et mourir représente un gain. Cependant, si la vie dans cette chair doit me permettre encore un fructueux travail, j’hésite à faire un choix… Je me sens pris dans cette alternative : d’une part, j’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, ce qui serait, et de beaucoup, bien préférable ; mais de l’autre, demeurer dans la chair est plus urgent pour votre bien. »[9]
Dans le texte précédent, saint Paul est conscient que, en mourant, il quittera son corps pour être avec le Christ ; il préfère cependant rester dans la chair, mais à cause de l’évangélisation. Le texte suivant est encore plus explicite :
« Ainsi donc, toujours pleins de hardiesse, et sachant que demeurer dans ce corps, c’est vivre en exil loin du Seigneur, car nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision… Nous sommes donc pleins de hardiesse et préférons quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur. Aussi bien, que nous demeurions en ce corps ou que nous le quittions, avons-nous à cœur de lui plaire. »[10]
Ce seul texte suffit à désarmer toute la théologie des Témoins de Jéhovah et des adventistes, car il parle explicitement de la possibilité de vivre dans le corps ou hors du corps, et que dans les deux états nous pouvons nous efforcer de plaire à Dieu.
Quelques textes où la mort désigne la séparation de l’homme de Dieu par le péché :
« Et vous qui étiez morts par suite des fautes et des péchés. »[11]
« …alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ — c’est par grâce que vous êtes sauvés ! »[12]
« Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et de votre chair incirconcise, Il vous a fait revivre avec lui ! Il nous a pardonné toutes nos fautes ! »[13]
C’est pourquoi il n’est pas cohérent d’interpréter Ézéchiel 18,4 comme l’anéantissement de l’existence de l’âme, mais plutôt comme ce qu’il signifie réellement : un état dans lequel celle-ci est séparée de Dieu pour toute l’éternité.
« Car ce sera bien l’effet de la justice de Dieu de rendre la tribulation à ceux qui vous l’infligent, et à vous, qui la subissez, le repos avec nous, quand le Seigneur Jésus se révélera du haut du ciel, avec les anges de sa puissance, au milieu d’une flamme brûlante, et qu’il tirera vengeance de ceux qui ne connaissent pas Dieu et de ceux qui n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus. Ceux-là seront châtiés d’une perte éternelle, éloignés de la face du Seigneur et de la gloire de sa force. »[14]
« Là seront les pleurs et les grincements de dents, lorsque vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le Royaume de Dieu, et vous, jetés dehors. »[15]
D’autres références à la mort de l’âme, non comme un anéantissement définitif, mais comme une séparation de l’homme de Dieu, se trouvent dans l’Apocalypse, où il est question de la seconde mort :
« Eh bien ! je vous dis que beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et les grincements de dents. »[16]
« Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises : le vainqueur n’a rien à craindre de la seconde mort. »[17]
« Mais les lâches, les renégats, les dépravés, les assassins, les impurs, les sorciers, les idolâtres, bref, tous les hommes de mensonge, leur lot se trouve dans l’étang brûlant de feu et de soufre : c’est la seconde mort. »[18]
« Alors, le diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, y rejoignant la Bête et le faux prophète, et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles. »[19]
En lisant attentivement ces textes, on peut se rendre compte que la seconde mort (ainsi appelée précisément parce qu’elle est la mort de l’âme) que subiront les damnés avec le Diable, la Bête et le faux prophète impliquera non seulement d’être séparés de Dieu pour toute l’éternité (peine du dam), mais aussi une espèce de tourment éternel (peine du sens).
« Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle. »[20]
Dans absolument tous les textes qui parlent du destin final des damnés[21], nous trouvons la même chose : la mort de l’âme est un état de séparation définitive d’avec Dieu, et il n’est jamais question d’une destruction ou d’une cessation de l’existence.
Note : Les Témoins de Jéhovah enseignent qu’il y aura une résurrection des « justes et des injustes » (Actes 24,15), mais, dans leur doctrine, personne ne ressuscite pour la condamnation : les « injustes » ressuscités recevraient une seconde chance, tandis que les méchants irrécupérables ne ressusciteraient jamais, car ils auraient été anéantis pour toujours. Dans leur optique, c’est logique : cela n’aurait aucun sens qu’ils ne ressuscitent que pour être détruits de nouveau. Mais observez que cela contredit ce que le prophète Daniel avait déjà prophétisé dans le texte qui vient d’être cité : les uns s’éveillent « pour la vie éternelle » et les autres « pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle »[22].
Argument 3 : Jésus a dit que Dieu « peut détruire à la fois l’âme et le corps ». Ainsi, si l’âme peut être détruite, elle ne saurait être immortelle[23].
Ici, l’erreur des Témoins de Jéhovah consiste à interpréter à nouveau cette mort de l’âme comme un anéantissement. Leur argument est que le texte grec utilise là ἀπόλλυμι (apólumi), qu’ils traduisent et interprètent littéralement comme détruire. Le dictionnaire grec Strong nous donne la signification suivante :
G622ἀπόλλυμι (apólumi)
de G575 et la racine de G3639 ; détruire complètement (réflexivement périr, ou perdre), au sens propre ou figuré : détruire, tuer, mourir, perdre, perdu, périssable, périr.
Il n’y a aucune raison d’interpréter dans ce texte le mot apólumi comme un anéantissement ou une destruction littérale de l’âme. Le contexte du texte lui-même non seulement rejette cette idée, mais sert à la réfuter.
« Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt Celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l’âme et le corps. »[24]
Puisque les adventistes et les Témoins de Jéhovah ne croient pas à l’immortalité de l’âme, comment quelque chose pourrait-il tuer seulement le corps sans tuer l’âme ? Rappelez-vous qu’ils affirment qu’il n’existe pas d’âme qui survive au corps, et qu’à la mort du corps, l’âme meurt. Pourtant, ce n’est pas cela que Jésus dit là, mais tout le contraire. Un accident ou n’importe quel événement naturel peut tuer le corps sans tuer l’âme ; c’est pourquoi Jésus nous exhorte à ne pas craindre cela, mais bien ce qui peut tuer l’un et l’autre. Ainsi, le contexte de mort ou de destruction de l’âme dont il est question là n’est pas un anéantissement, mais un état de mort spirituelle définitive.
Preuves bibliques en faveur de l’immortalité de l’âme
Preuve 1 : La promesse faite au bon larron
Nous nous souvenons tous certainement de ce qui s’est passé avec le bon larron lorsque Jésus fut crucifié :
« L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : “N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi même, et nous aussi.” Mais l’autre, le reprenant, déclara : “Tu n’as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal.” Et il disait : “Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume.” Et il lui dit : “En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis.” »[25]
Ce qui est intéressant dans cet événement, c’est que Jésus promet au bon larron d’être ce jour-là avec Lui dans le paradis. Mais comment cela pourrait-il se produire si l’âme ne survit pas au corps ? Puisque ce simple texte démolirait instantanément toute la théologie des Témoins et des adventistes, ils ont inventé un argument assez original pour se justifier, qui consiste à alléguer que, comme à cette époque les signes de ponctuation n’existaient pas, ce que Jésus a voulu dire fut : « En vérité, je te le dis aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis » (notez où ils placent la virgule), ou, ce qui revient au même : « En vérité, je te le dis aujourd’hui, un jour tu seras avec moi dans le Paradis » (la position d’une virgule peut changer tout le sens d’une phrase).
Le problème de cet argument est que cette manière de s’exprimer était totalement étrangère à la façon de parler de Jésus recueillie dans tout le Nouveau Testament. Lorsque Jésus utilisait l’expression « en vérité, je te le dis » (d’autres traductions rendent « amen, je te le dis », « je te l’assure », etc.), il ne l’utilisait jamais de cette manière. Les exemples se comptent par dizaines ; nous pouvons en mentionner quelques-uns :
« En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas. »[26]
« En vérité, je te le dis : tu ne sortiras pas de là, que tu n’aies rendu jusqu’au dernier sou. »[27]
« Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. »[28]
« Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. »[29]
« En vérité, en vérité, je te le dis, nous parlons de ce que nous savons et nous attestons ce que nous avons vu ; mais vous n’accueillez pas notre témoignage. »[30]
« Jésus répond : Tu donneras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois. »[31]
Dans toutes ces occasions, Jésus ne dit jamais « En vérité, je te le dis AUJOURD’HUI », mais seulement et de manière très solennelle « en vérité, je te le dis ».
Les seules occasions où Jésus utilisa le mot « aujourd’hui » dans ce type d’expressions, ce fut pour affirmer que cet événement se produirait ce jour même.
« Jésus lui dit : En vérité, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. »[32]
Aucun adventiste ni Témoin de Jéhovah n’aurait l’idée de dire que le Christ disait là « AUJOURD’HUI » qu’un jour Pierre le renierait, car nous savons que le Christ faisait référence au fait que Pierre le renierait CE JOUR-LÀ.
D’autres exemples où Jésus utilise ce type d’expression sans jamais recourir au mot « AUJOURD’HUI » pour réaffirmer sa promesse ou son enseignement se trouvent tout au long de l’Évangile[33].
Les Témoins de Jéhovah et les adventistes soutiennent également que le bon larron n’a pu se trouver ce jour-là avec Jésus dans le paradis, parce que Jésus est monté vers le Père après la Résurrection :
« Jésus lui dit : “Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.” »[34]
À propos de cette apparente contradiction, saint Thomas d’Aquin commente dans la Somme Théologique, IIIe Partie, q. 52, a. 4 :
« Le Christ, pour assumer en lui-même nos peines, voulut que son corps fût mis au sépulcre ; de même, il voulut aussi que son âme descendît aux enfers. Mais son corps demeura au sépulcre un jour entier et deux nuits, afin que fût prouvée la vérité de sa mort. C’est pourquoi il faut croire que son âme demeura tout autant dans les enfers, afin que sortissent en même temps son âme des enfers et son corps du sépulcre. »
Il continue ensuite :
« Le Christ, en descendant aux enfers, délivra les saints qui s’y trouvaient, non en les tirant immédiatement du lieu des enfers, mais en les illuminant de la lumière de sa gloire dans les enfers mêmes. Et néanmoins, il convint que son âme demeurât dans les enfers tout le temps que son corps resta au sépulcre. »
« Ces paroles du Seigneur doivent s’entendre non du paradis terrestre corporel, mais du paradis spirituel, où l’on dit que vivent ceux qui jouissent de la vie divine. C’est pourquoi le larron descendit localement avec le Christ aux enfers, pour être avec Lui, puisqu’il lui avait dit : tu seras avec moi dans le paradis ; mais, quant à la récompense, il fut au paradis, parce qu’il y jouissait de la divinité, comme les autres saints. »
Preuve 2 : La parabole de Lazare et du riche
« Il y avait un homme riche qui se revêtait de pourpre et de lin fin et faisait chaque jour brillante chère. Et un pauvre, nommé Lazare, gisait près de son portail, tout couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche… Bien plus, les chiens eux-mêmes venaient lécher ses ulcères. Or il advint que le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut, et on l’ensevelit. Dans l’Hadès, en proie à des tortures, il lève les yeux et voit de loin Abraham, et Lazare en son sein. Alors il s’écria : “Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je suis tourmenté dans cette flamme.” Mais Abraham dit : “Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement ses maux ; maintenant ici il est consolé, et toi, tu es tourmenté. Ce n’est pas tout : entre nous et vous un grand abîme a été fixé, afin que ceux qui voudraient passer d’ici chez vous ne le puissent, et qu’on ne traverse pas non plus de là-bas chez nous.” Il dit alors : “Je te prie donc, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères ; qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’ils ne viennent, eux aussi, dans ce lieu de la torture.” Et Abraham de dire : “Ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent.” — “Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront.” Mais il lui dit : “Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus.” »[35]
Nous avons ici, de la bouche de Jésus lui-même, une parabole où, partant de personnages fictifs, il nous explique une situation réelle applicable à chacun d’entre nous : la récompense ou le châtiment que nous recevrons selon nos œuvres.
On ne devrait pas croire, comme le croient les sectes, que, parce qu’il s’agit d’une parabole, aucun enseignement réel ne s’y trouve enfermé. Il serait assez curieux que Jésus propose une parabole faisant allusion à l’immortalité de l’âme si c’était réellement une doctrine païenne. Car, si l’âme était mortelle, rien de plus inapproprié que d’utiliser une parabole dont l’interprétation renforcerait la conception juive de l’immortalité de l’âme, alors que Jésus aurait parfaitement pu modifier un peu la parabole, en indiquant que le riche cesserait simplement d’exister après sa mort, tandis que Lazare serait récompensé en ressuscitant au dernier jour.
Preuve 3 : La Transfiguration
« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls, à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux et ses vêtements devinrent resplendissants, d’une telle blancheur qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte. Élie leur apparut avec Moïse, et ils s’entretenaient avec Jésus. »[36]
Nous trouvons ici un autre événement qui renverse la théologie des sectes, puisque si l’âme ne survit pas au corps, on ne saurait expliquer comment Moïse et Élie purent converser avec Jésus. Il est opportun de rappeler que la mort de Moïse est clairement consignée dans les Écritures[37]. En plus de la Transfiguration, nous avons le fait que Samuel fut évoqué par la sorcière d’Endor (Samuel, après sa mort, est évoqué sur l’ordre de Saül)[38]. Tant dans le cas de Samuel que dans celui d’Élie et de Moïse, on ne peut alléguer qu’il s’agit de paraboles, ni d’hallucinations, et encore moins — comme me le dit un jour une personne de croyance adventiste — que Samuel était un démon et que Moïse était ressuscité. Dans le cas de Samuel, c’est l’Écriture elle-même qui l’identifie clairement[39] :
« La femme demanda : “Qui faut-il évoquer pour toi ?”, et il répondit : “Évoque-moi Samuel.” Alors la femme vit Samuel et, poussant un grand cri, elle dit à Saül : “Pourquoi m’as-tu trompée ? Tu es Saül !” Le roi lui dit : “N’aie pas peur ! Mais que vois-tu ?” Et la femme répondit à Saül : “Je vois un dieu qui monte de la terre.” Saül lui demanda : “Quelle apparence a-t-il ?”, et la femme répondit : “C’est un vieillard qui monte, il est drapé dans un manteau.” Alors Saül sut que c’était Samuel et, s’inclinant la face contre terre, il se prosterna. Samuel dit à Saül : “Pourquoi m’as-tu dérangé en me faisant évoquer ?” Saül dit : “Je suis dans une grande angoisse. Les Philistins me font la guerre et Dieu s’est détourné de moi, il ne me répond plus, ni par les prophètes, ni en songe. Alors je t’ai appelé pour que tu m’indiques ce que je dois faire.” Samuel dit : “Pourquoi me consulter, quand Yahvé s’est détourné de toi et est devenu ton adversaire ? Yahvé a fait pour un autre comme il t’avait dit par mon entremise : il a arraché de ta main la royauté et l’a donnée à ton prochain, David.” »[40]
Observons que dans ce texte, c’est l’Écriture elle-même qui identifie l’apparition avec Samuel à plusieurs reprises en indiquant : « Saül sut que c’était Samuel », « Samuel dit à Saül », « Samuel dit ». À aucun moment il n’est signalé que l’apparition n’était pas celui qu’elle prétendait être, et en narrant le fait, elle est identifiée comme Samuel. Attribuer à cette apparition l’identité d’un démon n’est qu’une supposition qui va au-delà du texte et que les adventistes et les Témoins de Jéhovah acceptent sur la base de préjugés de leur théologie. Il n’y a pas non plus dans l’Écriture la moindre allusion à la résurrection de Moïse. Les adventistes citent en leur faveur le texte biblique suivant :
« Pourtant, l’archange Michel, lorsqu’il plaidait contre le diable et discutait au sujet du corps de Moïse, n’osa pas porter contre lui un jugement outrageant, mais dit : “Que le Seigneur te réprime !” »[41]
De ce texte, ils concluent que saint Michel disputait à Satan le corps de Moïse parce qu’il désirait le ressusciter ; cependant, nous nous trouvons à nouveau face à une spéculation qui va au-delà de ce que dit le texte, car nulle part n’est mentionnée la raison de la dispute. Il existe différentes traditions qui présentent de multiples explications à ce fait. Une tradition rapportée par Œcuménius[42] raconte que le diable s’opposait à une sépulture honorable de Moïse, le considérant comme un meurtrier, puisqu’il avait tué un Égyptien. Une autre explication possible est que Satan voulait utiliser le corps de Moïse pour pousser le peuple à l’idolâtrie. En tout cas, il n’y a aucune mention que saint Michel ait disputé le corps de Moïse avec l’intention de le ressusciter, et il n’y a aucun précédent dans l’Écriture où un ange ait eu le pouvoir de ressusciter des personnes.
Preuve 4 : Le Christ prêche aux esprits en prison
« Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit. C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque temporisait la longanimité de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. »[43]
Ce texte fait allusion à la descente du Christ aux enfers (le Shéol pour les Hébreux) après sa mort en croix, où il prêche à tous ces justes qui y étaient retenus, en attendant que le Christ, par sa mort et sa résurrection, ouvrît le chemin pour entrer au Ciel[44]. Il va sans dire que cet événement constitue une autre preuve palpable de l’immortalité de l’âme, puisque la prédication du Christ s’adresse à des défunts.
Certains protestants voient dans cet événement un simple acte de présence devant les démons ou un acte de condamnation. Cependant, le sens du verbe grec κηρύσσειν (prêcher) est indiqué par le contexte général, qui traite de la miséricorde de Dieu et des effets de la rédemption. La prédication dut donc être l’annonce d’une bonne nouvelle, ce qui serait en harmonie avec les paroles de Pierre presque immédiatement après :
« C’est pour cela, en effet, que même aux morts a été annoncée la Bonne Nouvelle, afin que, jugés selon les hommes dans la chair, ils vivent selon Dieu dans l’esprit. »[45]
L’hypothèse d’une prédication condamnatoire serait contraire à l’esprit du passage. De plus, il faut souligner que κηρύσσειν, dans le Nouveau Testament, est toujours employé pour désigner la proclamation d’une bonne nouvelle.
Il n’y a pas non plus de place pour la supposition qu’il s’agissait de démons, car il est fait référence à des personnes incrédules qui vivaient au temps de Noé. Il faut cependant noter que, si l’Apôtre distingue particulièrement les contemporains de Noé, cela ne veut pas dire qu’il exclue le reste des justes, mais qu’il met en relief l’efficacité rédemptrice du Christ, laquelle atteignit même ceux qui en un autre temps furent considérés comme de grands pécheurs et provoquèrent le plus grand châtiment de Dieu sur le monde. Ce seraient ceux qui, au temps de Noé, avaient été incrédules face à ses exhortations au repentir, mais qui ensuite, quand le déluge se déchaîna, se repentirent, et avant de mourir demandèrent miséricorde à Dieu.
Preuve 5 : La Bible montre les sauvés en présence de Dieu
Au chapitre 11 des Hébreux, tous les patriarches et saints de l’Antiquité sont mentionnés comme des témoins autour de nous.
« Voilà donc pourquoi nous aussi, enveloppés que nous sommes d’une si grande nuée de témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège et courir avec constance l’épreuve qui nous est proposée. »[46]
L’auteur de l’épître aux Hébreux se sert ainsi d’une métaphore tirée des jeux publics, dont la société gréco-romaine était friande. Il imagine que, de même que dans ces jeux toute une nuée de témoins observe, de même nous, chrétiens, sommes entourés de toute une « nuée de témoins » qui contemplent notre effort. Ces témoins, bien entendu, sont les ancêtres qu’il vient de mentionner, et qui se trouvent dans la cité du Dieu vivant, dans l’assemblée des premiers-nés inscrits dans le Royaume des Cieux, étant les esprits des justes parvenus à leur consommation.
« Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, et de myriades d’anges, réunion de fête, et de l’assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux, d’un Dieu Juge universel, et des esprits des justes qui ont été rendus parfaits. »[47]
Il est question ici des esprits des justes. Ces justes n’ont pas encore été ressuscités, ce qui ressort clairement, en premier lieu, du fait qu’on les appelle esprits, et en second lieu, parce que la résurrection aura lieu au dernier jour[48].
Un autre texte où l’on voit clairement les âmes des justes conscientes et en présence de Dieu avant la résurrection se trouve dans l’Apocalypse :
« Lorsqu’il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui furent égorgés pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu. Ils crièrent d’une voix puissante : “Jusques à quand, Maître saint et vrai, tarderas-tu à faire justice, à tirer vengeance de notre sang sur les habitants de la terre ?” »[49]
Lorsqu’Étienne (le premier martyr chrétien) est martyrisé, il voit, avant de mourir, les cieux s’ouvrir pour recevoir son esprit :
« Tout rempli de l’Esprit Saint, il fixa son regard vers le ciel ; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. “Ah ! dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu.” Jetant alors de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et, comme un seul homme, se précipitèrent sur lui, le poussèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Et tandis qu’on le lapidait, Étienne faisait cette invocation : “Seigneur Jésus, reçois mon esprit.” Puis il fléchit les genoux et dit, dans un grand cri : “Seigneur, ne leur impute pas ce péché.” Et en disant cela, il s’endormit. »[50]
Les preuves en faveur de l’immortalité de l’âme sont nombreuses. Et de fait, non seulement les chrétiens, mais aussi les Juifs (qui ne reconnaissent que l’Ancien Testament) croient en elle. Seules les sectes qui précisément sont en tête en matière de prophéties manquées (adventistes et Témoins de Jéhovah) s’obstinent à la nier et préfèrent tordre chaque texte biblique qui leur reproche leur erreur.
Notes
- Réveillez-vous ! 1982 (g82 22/10 25-27) ↩
- Ecclésiaste 9, 5-6 ↩
- Ecclésiaste 3,17 ; 11,9 ; 12,14 ↩
- Ecclésiaste 3, 21 ↩
- Ecclésiaste 3,19 ↩
- Matthieu 16,27 ↩
- Ézéchiel 18,4 ↩
- Genèse 35, 18 ↩
- Philippiens 1, 21-24 ↩
- 2 Corinthiens 5, 6-9 ↩
- Éphésiens 2, 1 ↩
- Éphésiens 2,5 ↩
- Colossiens 2,13 ↩
- 2 Thessaloniciens 1,6-9 ↩
- Luc 13, 28 ↩
- Matthieu 8,11-12 ↩
- Apocalypse 2,11 ↩
- Apocalypse 21, 8 ↩
- Apocalypse 20,10 ↩
- Daniel 12, 2 ↩
- Matthieu 8, 12 ; 13, 42 ; 24, 51 ; 25, 30 ; Luc 13, 28 ↩
- Daniel 12,2 ↩
- Matthieu 10, 28 ↩
- Matthieu 10, 28 ↩
- Luc 23, 39-43 ↩
- Jean 21, 18 ↩
- Matthieu 5, 26 ↩
- Jean 3, 3 ↩
- Jean 3, 5 ↩
- Jean 3, 11 ↩
- Jean 13, 38 ↩
- Marc 14, 30 ↩
- Matthieu 3, 9 ; 5, 22.28.32.34.39.44 ; 12, 36 ; 19, 9 ; 21, 27 ; Luc 4, 25 ; 9, 27 ; 11, 9 ; 12, 44 ; 16, 9 ; 19, 26 ; Jean 16, 7 ↩
- Jean 20, 17 ↩
- Luc 16, 19-31 ↩
- Marc 9, 2-4 ↩
- Deutéronome 34, 5-6 ↩
- 1 Samuel 28, 6-20 ↩
- Note de l’édition : le texte hébreu de 1 Samuel 28,13 porte elohim (littéralement « un être divin »), que la Bible de Jérusalem rend par « un dieu ». Loin d’impliquer une divinité païenne, le terme désigne ici un être préternaturel venu de l’au-delà, et le texte lui-même l’identifie comme Samuel (vv. 14-16). Cette lecture est confirmée par le Siracide 46,20, où on lit que Samuel, après sa mort, « du sein de la terre il éleva la voix en prophétisant ». ↩
- 1 Samuel 28, 11-17 ↩
- Jude 1, 9 ↩
- Œcuménius, In epist. Iudae : PG 119, 713 ↩
- 1 Pierre 3, 18-20 ↩
- Hébreux 2, 10 ; 9, 8.15 ; 10, 19-20 ; 1 Pierre 3, 19 ↩
- 1 Pierre 4, 6 ↩
- Hébreux 12, 1 ↩
- Hébreux 12, 22-23 ↩
- Jean 6, 39 ↩
- Apocalypse 6, 9-10 ↩
- Actes 7, 55-60 ↩