Le purgatoire est l’une des doctrines les plus contestées par les protestants. Ils affirment fréquemment, sans la moindre rigueur historique, qu’il s’agit d’une invention du pape Grégoire le Grand au Moyen Âge. Parmi les exemples que j’ai recueillis dans divers articles sur Internet figure celui de l’anticatholique bien connu Dave Hunt :
« Dans le catholicisme, la ‹ purgation › a lieu dans un endroit appelé purgatoire, inventé par le pape Grégoire le Grand en l’an 593 apr. J.-C. »[1]
Un commentaire similaire est fait par Daniel Sapia, qui cite fréquemment le précédent :
« L’idée du Purgatoire, un lieu fictif de purification finale, fut inventée par le pape Grégoire le Grand en l’an 593. Il y avait une telle répugnance à accepter cette idée (puisqu’elle était contraire à l’Écriture) que le Purgatoire ne devint un dogme catholique officiel qu’après presque 850 ans, lors du Concile de Florence en 1439. » [2]
Est-il vrai que le purgatoire est une invention du pape Grégoire le Grand au Moyen Âge, comme l’affirme Hunt ? Est-il vrai qu’il y avait une telle répugnance à accepter la doctrine du purgatoire qu’elle ne fut définie comme dogme de foi qu’au Concile de Florence ? Avant de répondre à ces questions, il est nécessaire d’étudier la doctrine du purgatoire.
Comment le Catéchisme de l’Église et les Conciles Œcuméniques définissent-ils le purgatoire ?
Le Catéchisme de l’Église Catholique l’explique de la manière suivante :
1030 Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel.
1031 L’Église appelle Purgatoire cette purification finale des élus qui est entièrement distincte du châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence (cf. DS 1304) et de Trente (cf. DS 1820 ; 1580). La tradition de l’Église, faisant référence à certains textes de l’Écriture (par exemple 1 Co 3, 15 ; 1 P 1, 7) parle d’un feu purificateur : En ce qui concerne certaines fautes légères, il faut croire qu’avant le jugement, il existe un feu purificateur, selon ce qu’affirme Celui qui est la Vérité, en disant que si quelqu’un a prononcé un blasphème contre l’Esprit-Saint, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans le futur (Mt 12, 31). Dans cette phrase, nous pouvons comprendre que certaines fautes peuvent être pardonnées dans ce siècle, mais d’autres dans le siècle futur (saint Grégoire le Grand, dial. 4, 39).
Il convient de commencer par clarifier une première inexactitude de Sapia, car avant même le Concile Œcuménique de Florence, deux conciles œcuméniques avaient déjà défini clairement le purgatoire : le premier et le deuxième Concile de Lyon, respectivement en 1245 et 1274 :
« …Enfin, la Vérité affirmant dans l’Évangile que si quelqu’un profère un blasphème contre l’Esprit-Saint, il ne lui sera pardonné ni dans ce monde ni dans le futur [Mt 12, 32], par quoi l’on donne à entendre que certaines fautes sont pardonnées dans le siècle présent et d’autres dans le futur, et comme l’Apôtre dit aussi que le feu prouvera comment sera l’œuvre de chacun ; et : Celui dont l’œuvre brûlera souffrira un dommage ; lui, cependant, sera sauvé ; mais comme celui qui passe par le feu [1 Co 3, 13 et 15] ; et comme les Grecs eux-mêmes disent qu’ils croient et affirment véritablement et indubitablement que les âmes de ceux qui meurent, ayant reçu la pénitence mais sans l’accomplir, ou sans péché mortel mais avec des péchés véniels et menus, sont purifiées après la mort et peuvent être aidées par les suffrages de l’Église ; puisqu’ils disent que le lieu de cette purgation ne leur a pas été indiqué par leurs docteurs sous un nom certain et propre, nous qui, selon les traditions et autorités des Saints Pères, l’appelons purgatoire, voulons que désormais il soit appelé de ce nom aussi parmi eux. Car c’est par ce feu transitoire que se purifient certainement les péchés, non les criminels ou capitaux, qui n’auraient pas été auparavant pardonnés par la pénitence, mais les petits et menus, qui même après la mort pèsent, bien qu’ils aient été pardonnés en vie… »[3]
« …Mais, à cause des diverses erreurs que les uns par ignorance et les autres par malice ont introduites, elle dit et prêche que ceux qui après le baptême tombent dans le péché ne doivent pas être rebaptisés, mais obtiennent par la vraie pénitence le pardon des péchés. Et si, vraiment repentants, ils meurent dans la charité avant d’avoir satisfait par de dignes fruits de pénitence pour leurs commissions et omissions, leurs âmes sont purifiées après la mort par des peines purgatoires ou cathartiques, comme nous l’a expliqué Frère Jean ; et pour le soulagement de ces peines leur profitent les suffrages des fidèles vivants, à savoir les sacrifices des messes, les prières et les aumônes, et les autres offices de piété que, selon les institutions de l’Église, des fidèles ont coutume d’accomplir en faveur d’autres fidèles. Mais ces âmes qui, après avoir reçu le saint baptême, n’ont encouru aucune tache de péché, et aussi celles qui, après l’avoir contractée, s’en sont purgées, soit pendant qu’elles demeuraient dans leurs corps, soit après s’en être dépouillées, comme il a été dit plus haut, sont reçues immédiatement au ciel. »[4]
Le Concile de Florence se contentait de réaffirmer ce que ces conciles œcuméniques avaient déjà défini des siècles auparavant :
« …De même, si les vrais pénitents sortent de ce monde avant d’avoir satisfait par de dignes fruits de pénitence pour ce qu’ils ont commis et omis, leurs âmes sont purgées après la mort par des peines purificatoires, et, pour être soulagées de ces peines, leur profitent les suffrages des fidèles vivants, tels que le sacrifice de la messe, les prières et les aumônes, et les autres offices de piété que les fidèles ont coutume de pratiquer pour les autres fidèles selon les institutions de l’Église. Et que les âmes de ceux qui, après avoir reçu le baptême, n’ont absolument encouru aucune tache de péché, et aussi celles qui, après avoir contracté une tache de péché, s’en sont purgées, soit pendant qu’elles vivaient dans leurs corps, soit après en être sorties, selon ce qui a été dit plus haut, sont immédiatement reçues au ciel… »[5]
Le Concile de Trente (de 1545 à 1563) réaffirme à son tour :
« L’Église catholique, instruite par l’Esprit-Saint, selon la doctrine de la sainte Écriture et l’antique tradition des Pères, a enseigné dans les saints conciles, et en dernier lieu dans ce concile général de Trente, qu’il y a un Purgatoire, et que les âmes qui y sont retenues reçoivent un soulagement par les suffrages des fidèles, et en particulier par l’acceptable sacrifice de la messe ; le saint Concile ordonne aux évêques de veiller avec une extrême diligence à ce que la saine doctrine du Purgatoire, reçue des Saints Pères et des saints conciles, soit enseignée et prêchée partout, et soit crue et conservée par les fidèles chrétiens. Que l’on exclue cependant des sermons prêchés en langue vulgaire au peuple simple les questions très difficiles et subtiles qui ne contribuent en rien à l’édification et qui n’augmentent que rarement la piété. Qu’ils ne permettent pas non plus que soient divulguées et traitées des choses incertaines, ou qui ont des apparences ou des indices de fausseté. Qu’ils interdisent comme scandaleuses et sources d’achoppement pour les fidèles celles qui relèvent d’une certaine curiosité ou superstition, ou qui sentent l’intérêt ou le gain sordide. Que les évêques veillent à ce que les suffrages des fidèles, à savoir les sacrifices des messes, les prières, les aumônes et les autres œuvres de piété que l’on a coutume d’accomplir pour les autres fidèles défunts, soient exécutés pieusement et dévotement selon ce qui est établi par l’Église ; et que l’on s’acquitte avec diligence et exactitude de tout ce qui doit être fait pour les défunts, selon ce qu’exigent les fondations des testateurs ou d’autres raisons, non superficiellement, mais par des prêtres et ministres de l’Église et d’autres qui ont cette obligation. »[6]
Mais bien avant ces définitions conciliaires, la doctrine du purgatoire était largement connue, comme en témoignent les évidences patristiques suivantes.
Perpétue (181 – 203 apr. J.-C.)
Alors qu’elle est en prison, elle a une double vision dans laquelle elle voit son frère, mort à l’âge de sept ans, sortir d’un endroit ténébreux où il souffrait. Sainte Perpétue prie pour le repos éternel de son frère et reçoit une seconde vision dans laquelle elle le voit guéri et en paix.
« Sans aucun retard, cette même nuit, cela me fut montré dans une vision. Je vis Dinocrate sortant d’un lieu sombre, où se trouvaient aussi d’autres personnes, et il était desséché et très assoiffé, avec une apparence sale et pâle, avec la blessure au visage qu’il avait quand il était mort. Dinocrate avait été mon frère selon la chair, âgé de sept ans, qui mourut d’une terrible maladie… Mais j’eus confiance que ma prière avait aidé à sa souffrance, et je priai pour lui chaque jour jusqu’à ce que nous passions au camp de prisonniers… je fis ma prière pour mon frère jour et nuit, gémissant et me lamentant pour que cela me fût accordé. Alors, un jour, étant encore prisonniers, cela me fut montré. Je vis que le lieu que j’avais précédemment observé sombre était maintenant illuminé, et Dinocrate, le corps propre et bien vêtu, cherchait quelque chose pour se rafraîchir. Et là où avait été la blessure, je vis une cicatrice ; et cette piscine que j’avais vue auparavant, je vis ses niveaux descendus jusqu’au nombril de l’enfant. Et quelqu’un puisait de l’eau du bassin sans cesse, et près du bord il y avait une coupe pleine d’eau ; et Dinocrate s’approcha et commença à y boire, et la coupe ne tarissait pas. Et quand il fut satisfait, il s’éloigna de l’eau pour jouer joyeusement, comme le font les enfants, et alors je m’éveillai. Je compris alors qu’il avait été transféré du lieu du châtiment. »[7]
Abercius de Hiérapolis (? – 200 apr. J.-C.)
Avant de mourir, il composa sa propre épitaphe datée de la fin du IIᵉ siècle ou du début du IIIᵉ siècle, dans laquelle il demande que l’on prie pour lui.
« Citoyen d’une cité illustre, ce tombeau, je l’érigeai de mon vivant, pour que je pusse avoir un lieu de repos pour mon corps. Abercius est mon nom, disciple du chaste Pasteur qui paît ses brebis sur les montagnes et dans les plaines, dont les grands yeux veillent sur tout, qui m’a enseigné les écritures fidèles de la vie. Me tenant prêt, moi, Abercius, j’ordonnai que ceci fût écrit, en ma soixante-douzième année. Que celui qui est d’accord avec cela et qui le comprend prie pour Abercius. »[8]
Actes de Paul et Thècle (160 apr. J.-C.)
Les Actes de Paul et Thècle est une œuvre écrite au IIᵉ siècle (vers l’an 160) qui raconte l’histoire d’une femme convertie au christianisme après avoir entendu les prédications de saint Paul. Elle rompt ensuite ses fiançailles et se consacre à l’assister dans l’évangélisation. Nous y lisons une prière d’intercession pour qu’une chrétienne décédée soit transférée au lieu des justes.
« Et après le spectacle, Tryphène la reçoit à nouveau. Sa fille Falconille était morte et lui dit en songe : Mère, tu devrais avoir cette étrangère Thècle à ma place, pour qu’elle prie pour moi, et que je sois transférée dans le lieu des justes. »[9]
Clément d’Alexandrie (150 – 215 apr. J.-C.)
Dans Les Stromates ou Tapisseries (Στρωματεις), il est question de la purification par le « feu » que subit l’âme après la mort lorsqu’elle n’a pas atteint la sainteté complète.
« Le croyant, à travers une grande discipline, se dépouille de ses passions et passe à la demeure meilleure que la précédente, passant par le plus grand des tourments en prenant sur lui le repentir des fautes qu’il aurait pu commettre après son baptême. Il est alors torturé davantage en voyant qu’il n’a pas atteint ce que d’autres ont déjà acquis. Les plus grands tourments sont assignés au croyant parce que la Justice de Dieu est bonne et sa bonté est juste, et ces châtiments complètent le cours de l’expiation et de la purification de chacun. »[10]
« Mais nous disons que le feu sanctifie, non la chair, mais les âmes pécheresses ; en référence non pas au feu vulgaire, mais à celui de la sagesse, qui pénètre l’âme qui passe par le feu. »[11]
Tertullien (160 – 220 apr. J.-C.)
On trouve dans les écrits de Tertullien de nombreuses et claires références au purgatoire. Parmi elles, on pourrait mentionner le De anima (De l’âme), où il parle de la purification de l’âme après la mort ; le De carnis resurrectione, où il va jusqu’à affirmer que seuls les martyrs vont vivre directement en la présence de Dieu ; le De monogamia (La monogamie), où il parle de la manière dont les prières pour les défunts peuvent les aider ; et le De corona (La couronne), où il mentionne la coutume de l’Église de célébrer l’Eucharistie pour le repos éternel des défunts.
« C’est pourquoi il est très convenable que l’âme, sans attendre la chair, subisse un châtiment pour ce qu’elle a commis sans la complicité de la chair. Et il est également juste que, en récompense des bonnes et pieuses pensées qu’elle a eues sans la coopération de la chair, elle reçoive des consolations sans la chair. Bien plus, les œuvres mêmes réalisées avec la chair, c’est elle la première à les concevoir, à les disposer, à les ordonner et à les mettre en acte. Et même dans les cas où elle ne consent pas à les mettre en œuvre, elle est cependant la première à examiner ce que le corps effectuera ensuite. Enfin, la conscience ne sera jamais postérieure au fait. Par conséquent, de ce point de vue également, il convient que la substance qui a été la première à mériter la récompense soit aussi la première à la recevoir. En un mot, puisque par ce cachot que nous enseigne l’Évangile nous entendons l’enfer, et puisque par ‹ cette dette, qu’il faut payer jusqu’au dernier sou ›, nous comprenons qu’il est nécessaire de se purifier en ces mêmes lieux des fautes les plus légères, dans l’intervalle qui s’écoule avant la résurrection, nul ne pourra douter que l’âme reçoive déjà quelque châtiment en enfer, sans préjudice de la plénitude de la résurrection, où elle recevra la récompense conjointement avec la chair. »[12]
« En quittant son corps, personne ne va immédiatement vivre en la présence du Seigneur, si ce n’est par la prérogative du martyre, car alors il acquiert une demeure dans le paradis, non dans les régions inférieures. »[13]
« Certes, elle prie pour l’âme de son mari. Elle demande que, pendant cet intervalle, il puisse trouver du repos et participer à la première résurrection. Elle offre chaque année le sacrifice le jour anniversaire de sa dormition. »[14]
« Le sacrement de l’Eucharistie, confié par le Seigneur au temps du souper et pour tous, nous le recevons dans les assemblées d’avant l’aube, et uniquement de la main de ceux qui président. Nous faisons des oblations pour les défunts aux jours anniversaires de chaque année. »[15]
Bien entendu, Tertullien écrivit tout cela plusieurs siècles avant la naissance de saint Grégoire le Grand.
Cyprien de Carthage (200 – 258 apr. J.-C.)
Avec saint Cyprien, nous avons également des références au purgatoire des siècles avant saint Grégoire le Grand.
« Une chose est de demander pardon, autre chose d’atteindre la gloire. Une chose est d’être jeté en prison et de n’en pas sortir jusqu’à ce qu’on ait payé la dernière obole, autre chose de recevoir aussitôt la récompense de la foi et de la vertu. Une chose est d’être torturé par une longue souffrance pour les péchés, pour être nettoyé et complètement purgé par le feu, autre chose d’avoir été purgé de tous les péchés par la souffrance. Une chose est d’être en suspens jusqu’à la sentence de Dieu au Jour du Jugement, autre chose d’être aussitôt couronné par le Seigneur. »[16]
Il témoigne également de la coutume commune aux chrétiens d’offrir des prières et l’Eucharistie pour le repos éternel des défunts, ce qui serait inutile si les prières ne pouvaient leur être profitables.
« … Nous offrons des sacrifices pour eux, comme vous le savez, chaque fois que nous célébrons dans la commémoration annuelle les jours de la passion des martyrs. »[17]
Dans le texte suivant, on peut également voir saint Cyprien attester la coutume d’offrir l’Eucharistie pour les défunts. Il le refuse dans le cas particulier de Victor, en raison de sa violation des décisions conciliaires pour avoir nommé illégitimement tuteur le presbytre Geminius Faustinus.
« …Et c’est pourquoi Victor, puisque, contrairement à la forme prescrite récemment au concile par les prêtres, il a osé constituer tuteur le presbytre Geminius Faustinus, il n’y a pas lieu de faire parmi vous l’oblation pour sa mort ni de réciter quelque prière pour lui dans l’Église, afin que nous observions le décret des prêtres élaboré religieusement et par nécessité, et qu’en même temps l’on donne l’exemple aux autres frères, pour que personne n’appelle aux embarras mondains les prêtres et ministres de Dieu consacrés à son autel et à son Église. »[18]
Autres textes similaires :
« Enfin, notez aussi les jours où ils meurent, afin que nous puissions célébrer leurs commémorations parmi les mémoires des martyrs : bien que Tertullus, notre frère très fidèle et très dévoué, avec cette sollicitude et ce soin qu’il prodigue aux frères sans ménager son activité, et qui même dans le soin des corps n’y est pas négligent, ait écrit et écrive et me fasse savoir, entre autres choses, les jours où nos bienheureux frères passent dans la prison à l’immortalité par la fin d’une mort glorieuse, et nous célébrons ici des oblations et des sacrifices en leur commémoration, toutes choses que nous célébrerons bientôt avec vous, avec la protection de Dieu. »[19]
Origène (185 – 254 apr. J.-C.)
Il voit dans 1 Corinthiens 3 une allusion au purgatoire :
« Car si, sur le fondement du Christ, tu as bâti non seulement de l’or, de l’argent et des pierres précieuses, mais aussi du bois, du chaume ou de la paille, qu’est-ce que tu espères quand l’âme sera séparée du corps ? Entrerais-tu au ciel avec ton bois, ton chaume et ta paille, et ainsi souillerais-tu le royaume de Dieu ? Ou bien, en raison de ces obstacles, resterais-tu sans recevoir de récompense pour ton or, ton argent et tes pierres précieuses ? Aucun de ces cas n’est juste. Il reste donc que tu seras soumis au feu qui brûlera les matériaux légers ; car notre Dieu, pour ceux qui peuvent comprendre les choses du ciel, est appelé le feu purificateur.
Mais ce feu ne consume pas la créature, mais ce qu’elle a construit, bois, foin ou paille. Il est manifeste que le feu détruit le bois de nos transgressions et nous rend ensuite la récompense de nos grandes œuvres. »[20]
Lactance (250 – 317 apr. J.-C.)
Dans le livre VII de ses Institutions divines, Lactance voit dans 1 Corinthiens 3, tout comme Origène, une référence au purgatoire :
« Mais lorsqu’il jugera les justes, il les éprouvera également par le feu. Alors ceux dont les péchés excèdent en poids ou en nombre seront brûlés par le feu et consumés ; mais ceux que la justice intègre et la maturité de la vertu ont pleinement formés ne sentiront pas ce feu, car ils ont quelque chose en eux de divin qui repousse et rejette la flamme. »[21]
Éphrem de Syrie (306 – 373 apr. J.-C.)
Dans son testament, il demande que l’on prie pour lui et cite le livre des Maccabées comme preuve que les prières des vivants peuvent aider à expier les péchés des défunts.
« Lorsque le trentième jour sera accompli [après ma mort], souvenez-vous de moi, frères. Les défunts, en effet, reçoivent de l’aide grâce à l’offrande que font les vivants […] Si, comme il est écrit, les hommes de Mattathias, chargés du culte pour l’armée, expièrent par leurs offrandes les fautes de ceux qui avaient péri et qui étaient impies par leurs mœurs, combien plus les prêtres du Christ, par leurs saintes offrandes et leurs prières, expieront-ils les péchés des défunts. »[22]
Basile de Césarée (329 – 379 apr. J.-C.)
Saint Basile parle de la manière dont ces athlètes de Dieu, après leur mort, peuvent être « retenus » s’ils conservent encore quelques taches de péché.
« Je pense que les vaillants athlètes de Dieu, qui tout au long de leur vie ont souvent lutté contre des ennemis invisibles, après avoir surmonté toutes leurs attaques, en arrivant à la fin de leur vie, seront examinés par le prince de ce siècle, afin que, si à la suite de ces luttes ils portent quelques blessures ou certaines taches ou vestiges de péché, ils soient retenus ; mais, s’ils sont trouvés indemnes et sans souillure, qu’ils trouvent, comme invaincus et libres, le repos auprès du Christ. »[23]
Cyrille de Jérusalem (315 – 386 apr. J.-C.)
Dans ses catéchèses, il réaffirme l’immémoriale tradition de l’Église de prier pour les défunts pour leur repos éternel :
« Nous nous souvenons aussi de tous ceux qui se sont endormis, en premier lieu des Patriarches, des Prophètes, des Apôtres, des martyrs, afin que Dieu, par leurs prières et leur intercession, accueille notre supplication. Ensuite, nous prions aussi pour les saints Pères et évêques défunts et, en général, pour tous ceux dont la vie s’est écoulée parmi nous, en croyant que ce sera de la plus grande aide pour ceux pour qui l’on prie.
Je veux vous éclairer par un exemple, car j’en ai entendu beaucoup dire : à quoi sert-il à une âme de quitter ce monde avec ou sans péchés si l’on fait ensuite mention d’elle dans la prière ? Supposons, par exemple, qu’un roi envoie en exil ceux qui l’ont offensé, mais qu’ensuite leurs parents, affligés par cette peine, lui offrent une couronne : ne leur en saura-t-il pas gré par une remise des châtiments ? De la même manière, nous aussi nous présentons des supplications à Dieu pour les défunts, même s’ils sont pécheurs. Et nous n’offrons pas une couronne, mais nous offrons le Christ mort pour nos péchés, en demandant que le Dieu miséricordieux ait compassion et soit propice tant envers eux qu’envers nous. »[24]
Épiphane de Salamine (315 – 403 apr. J.-C.)
Il témoigne, comme les précédents, de l’utilité des prières pour les défunts afin d’obtenir de Dieu le pardon de leurs fautes.
« Quant à la récitation des noms des défunts, qu’y a-t-il de plus utile, de plus opportun et de plus digne de louange, afin que les présents se rendent compte que les défunts vivent toujours et n’ont pas été réduits à néant, mais qu’ils continuent d’exister et vivent auprès du Seigneur, et qu’ainsi soit affermie l’espérance de ceux qui prient pour leurs frères défunts, en les considérant comme s’ils avaient émigré vers un autre pays ? Les prières faites en leur faveur sont utiles, en effet, même si elles ne peuvent effacer toutes leurs fautes. »[25]
Grégoire de Nysse (331 – 394 apr. J.-C.)
Le texte suivant est une référence si claire au purgatoire qu’il ne nécessite aucun commentaire :
« Lorsqu’il renonce à son corps et que la différence entre la vertu et le vice est connue, il ne peut s’approcher de Dieu avant d’avoir purgé par le feu qui purifie les taches dont son âme est infectée. Ce même feu, en d’autres, effacera la corruption de la matière et la propension au mal. »[26]
Jean Chrysostome (347 – 407 apr. J.-C.)
Il atteste que ce furent les Apôtres eux-mêmes qui instituèrent la célébration de l’Eucharistie pour le repos éternel des défunts, et il exhorte à ne pas cesser d’aider les défunts par nos prières, puisque grâce à elles ils reçoivent consolation.
« Ce n’est pas sans raison qu’il fut déterminé, par des lois établies par les Apôtres, que dans la célébration des saints et impressionnants mystères il soit fait mémoire de ceux qui ont déjà quitté cette vie. Ils savaient, en effet, que les défunts en obtiennent beaucoup de fruit et en retirent un grand profit. Quand tout le peuple et les prêtres se tiennent les mains étendues et que se célèbre le saint sacrifice, comment Dieu ne se montrerait-il pas propice à ceux pour lesquels nous l’implorons ? Il s’agit de ceux qui sont morts en conservant la foi. »[27]
« Si les fils de Job furent purifiés par le sacrifice de leur père, pourquoi devrions-nous douter que, lorsque nous offrons nous aussi pour ceux qui sont partis, quelque consolation leur soit accordée ? Puisque Dieu a coutume d’accorder les demandes de ceux qui prient pour les autres… Ne nous lassons pas d’aider les défunts, en offrant en leur nom et en priant pour eux. »[28]
Augustin d’Hippone (354 – 430 apr. J.-C.)
Les descriptions du purgatoire de la part de saint Augustin, également bien antérieures à saint Grégoire le Grand, sont si claires qu’elles ne nécessitent pas non plus d’explications :
« Seigneur, ne me reprends pas dans ton indignation. Que je ne me trouve pas parmi ceux à qui tu diras : allez au feu éternel qui est préparé pour le diable et ses anges. Ne me corrige pas non plus dans ta fureur, mais purifie-moi en cette vie et rends-moi tel que je n’aie plus besoin du feu correcteur, destiné à ceux qui doivent être sauvés, quoique, néanmoins, comme à travers le feu. Pourquoi cela arrive-t-il, sinon parce qu’ils édifient ici sur le fondement avec du bois, de la paille, du foin ? S’ils avaient édifié sur l’or, l’argent, les pierres précieuses, ils seraient libres des deux sortes de feu : non seulement de ce feu éternel qui tourmentera à jamais les impies, mais aussi de celui qui corrigera ceux qui doivent être sauvés à travers le feu. »[29]
« Lorsque quelqu’un souffre quelque mal, par la perversité ou l’erreur d’un tiers, l’homme qui par ignorance ou injustice cause un mal à autrui pèche, certainement ; mais Dieu ne pèche pas, lui qui, par un juste quoique caché dessein, permet que cela arrive. Mais il y a des peines temporelles que les uns subissent seulement en cette vie, d’autres après la mort, et d’autres maintenant et après. De toute manière, ces peines se subissent avant ce jugement très sévère et définitif. Mais tous ceux qui doivent subir après la mort des peines temporelles ne tomberont pas dans les peines éternelles, qui auront lieu après le jugement. Il y en aura en effet à qui sera pardonné dans le siècle futur ce qui ne leur avait pas été pardonné dans le présent ; c’est-à-dire qu’ils ne seront pas châtiés du supplice éternel du siècle futur, comme nous l’avons dit plus haut. »[30]
« La plupart [des personnes], une fois connue l’obligation de la loi, se voient d’abord vaincues par les vices qui en viennent à les dominer ; ainsi elles deviennent transgresseurs de la loi. Ensuite elles cherchent refuge et aide dans la grâce, par laquelle elles recouvreront la victoire, moyennant une amère pénitence et une lutte plus énergique, soumettant d’abord l’esprit à Dieu et obtenant ensuite la domination sur la chair. Qui veut donc éviter les peines éternelles ne doit pas seulement se faire baptiser. Il devra se sanctifier en suivant le Christ. C’est ainsi qu’il passera du diable au Christ. Quant aux peines expiatoires, que personne ne pense à leur existence sinon avant le dernier et redoutable jugement. »[31]
« On ne peut nier que les âmes des défunts sont soulagées par la piété de leurs parents vivants, quand on offre pour elles le sacrifice du Médiateur ou quand on fait des aumônes dans l’Église. Mais ces choses profitent à ceux qui, de leur vivant, ont mérité qu’elles puissent leur être utiles ensuite. Car il y a un certain mode de vie, ni assez bon pour ne pas avoir besoin de ces secours après la mort, ni assez mauvais pour qu’ils ne lui profitent plus ; il y a un tel degré dans le bien que celui qui le possède n’en a pas besoin, et, au contraire, il y en a un tel dans le mal qu’il ne peut en être aidé quand il passera de cette vie. C’est donc ici que l’homme acquiert tout le mérite par lequel il pourra être soulagé ou accablé après la mort. Que personne n’espère mériter devant Dieu, quand il sera mort, ce que durant sa vie il a méprisé. »[32]
« Nous lisons dans les Livres des Maccabées qu’un sacrifice a été offert pour les morts. Et, bien que cela ne se lise en aucun autre endroit de l’Ancien Testament, ce n’est pas une petite autorité que celle de l’Église universelle qui se reflète dans cette coutume, quand, dans les prières que le prêtre offre au Seigneur, notre Dieu, sur l’autel, la commémoration des défunts a son moment particulier. »[33]
« Dans la patrie il n’y aura aucune place pour la prière, mais seulement pour la louange. Pourquoi pas pour la prière ? Parce que rien ne manquera. Ce qui ici est objet de foi, là-bas sera objet de vision ; ce qui ici est espéré, là-bas sera possédé ; ce qui ici est demandé, là-bas est reçu. Toutefois, en cette vie il existe une certaine perfection, atteinte par les saints martyrs. C’est à cela que se doit l’usage ecclésiastique, connu des fidèles, de mentionner le nom des martyrs devant l’autel de Dieu, et non pour prier pour eux, mais pour les autres défunts dont on fait mention. C’est faire injure que de prier pour un martyr, aux prières duquel nous devons nous recommander. Il a lutté contre le péché jusqu’à verser son sang. À certains, encore imparfaits, mais sans doute partiellement justifiés, l’Apôtre dit dans la lettre aux Hébreux : Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché. »[34]
Grégoire Iᵉʳ le Grand (540 – 604 apr. J.-C.)
Il voit en Matthieu 12, 32 une référence implicite au purgatoire.
« Tel qu’on sort de ce monde, tel on se présente au jugement. Mais il faut croire qu’il existe un feu purificateur pour expier les fautes légères avant le jugement. La raison en est que la Vérité affirme que si quelqu’un dit un blasphème contre l’Esprit-Saint, cela ne lui sera pardonné ni en ce siècle ni dans le futur. De cette sentence, on comprend que certaines fautes peuvent être pardonnées en ce monde et d’autres dans l’autre, car ce qui est nié pour les uns, il faut comprendre qu’il est affirmé pour les autres. Cependant, comme je l’ai déjà dit, il faut croire que cela se réfère à des péchés légers et de moindre importance. »[35]
Ce n’est là qu’une sélection partielle des textes patristiques relatifs au purgatoire. En vérité, à la lumière de ce qui précède, il devient difficile de comprendre comment certains persistent à affirmer que le purgatoire est une invention du Moyen Âge. Je prie Dieu que ce soit par ignorance et non par malice. Heureusement, ces textes sont à la portée de tous et laissent une évidence indiscutable de la foi de la première Église…
…Notre Église.
Notes
- Dave Hunt, « Justice, Forgiveness, and Restoration », 31 mars 2008. ↩
- Daniel Sapia, El Purgatorio ¿Verdad de Dios? ↩
- Iᵉʳ Concile Œcuménique de Lyon, XIII ↩
- IIᵉ Concile Œcuménique de Lyon, XIV ↩
- Concile Œcuménique de Florence, XVII ↩
- Concile Œcuménique de Trente, Session XXV, Décret sur le purgatoire ↩
- La Passion de Perpétue et Félicité, 2,3-4 ; Early Church Fathers, https://www.ccel.org/ccel/schaff/anf03.vi.vi.iv.html ↩
- Épitaphe d’Abercius. Early Church Fathers, http://www.ccel.org/ccel/wace/biodict.txt ↩
- Actes de Paul et Thècle ; Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/anf08/vii.xxvi ↩
- Clément d’Alexandrie, Stromates VI, 14 ;
Early Church Fathers, https://www.ccel.org/ccel/schaff/anf02.vi.iv.vi.xiv.html ↩ - Clément d’Alexandrie, Stromates VII, 6 ↩
- Tertullien, De l’âme, 58 : PL 2, 751 ; Johannes Quasten, Patrologie I, Biblioteca de Autores Cristianos 206, Cinquième édition, Madrid 1995, p. 633-634 ↩
- Tertullien, De la résurrection de la chair, 43 ; Ibid. ↩
- Tertullien, La monogamie, 10 ; Ibid. ↩
- Tertullien, De la couronne, 3 ; Migne, Patrologia Latina, 221 vol., Paris 1848ss., 2, 79 ; Guillermo Pons, El más allá en los Padres de la Iglesia (L’au-delà chez les Pères de l’Église), Editorial Ciudad Nueva, Madrid 2001, p. 69. ↩
- Cyprien, Lettre 51, 20 ;
Early Church Fathers, https://www.ccel.org/ccel/schaff/anf05.iv.iv.li.html ;
New Advent Encyclopedia, http://www.newadvent.org/fathers/050651.htm ↩ - Cyprien de Carthage, Lettre 33, 3 ;
New Advent Encyclopedia, http://www.newadvent.org/fathers/050633.htm ↩ - Cyprien de Carthage, Lettre 65, 2. New Advent Encyclopedia, http://www.newadvent.org/fathers/050665.htm. ↩
- Cyprien de Carthage, Lettre 36, 2 ;
New Advent Encyclopedia, http://www.newadvent.org/fathers/050636.htm ↩ - P. G., XIII, col. 445, 448 ; Encyclopédie Catholique, Purgatoire ↩
- Lactance, Institutions divines, VII, 21 ;
Early Church Fathers, https://www.ccel.org/ccel/schaff/anf07.iii.ii.vii.xxi.html ↩ - Éphrem, Testament, 72-28 ; M. J. Rouet de Journel, Enchiridion Patristicum, Herder, Barcelona 1981, 741 ; Guillermo Pons, El más allá en los Padres de la Iglesia (L’au-delà chez les Pères de l’Église), Editorial Ciudad Nueva, Madrid 2001, p. 69. ↩
- Basile de Césarée, Homélies sur les Psaumes, 7, 2 : Migne, Patrologia Graeca, 161 vol., Paris 1875ss., 29, 232 ; Ibid., p. 70 ↩
- Catéchèse XXIII, 9-10 ; http://www.mercaba.org/tesoro/CIRILO_J/Cirilo_25.htm ; Early Church Fathers, https://www.ccel.org/ccel/schaff/npnf207.ii.xxvii.html ↩
- Épiphane de Salamine, Panarion, 75, 8 ; Migne, Patrologia Graeca, 161 vol., Paris 1875ss., 42, 513 ; Guillermo Pons, El más allá en los Padres de la Iglesia (L’au-delà chez les Pères de l’Église), Editorial Ciudad Nueva, Madrid 2001, p. 70-71. ↩
- Grégoire de Nysse, Sermon sur les morts, II, 58 ; W. A. Jurgens, The Faith of the Early Fathers, II, 58 ↩
- Jean Chrysostome, Homélies sur la Lettre aux Philippiens 3,4 ; Migne Patrología Griega, 161 vols., París 1875ss, 62, 203 ; Guillermo Pons, El más allá en los Padres de la Iglesia, Editorial Ciudad Nueva, Madrid 2001, p. 71. ↩
- Homélies sur la Première épître aux Corinthiens 41,8 ; Early Church Fathers, http://www.ccel.org/print/schaff/npnf112/iv.xlii ; New Advent Encyclopedia, http://www.newadvent.org/fathers/220141.htm ↩
- Augustin d’Hippone, Enarrations sur les Psaumes 37,3 : Biblioteca de Autores Cristianos 235, 654 ; Guillermo Pons, El más allá en los Padres de la Iglesia, Editorial Ciudad Nueva, Madrid 2001, p. 71-72. ↩
- Augustin d’Hippone, La Cité de Dieu XXI,13 : Biblioteca de Autores Cristianos 172, 791-792 ; Ibid., p. 72. ↩
- Augustin d’Hippone, La Cité de Dieu, 21, 16 : Biblioteca de Autores Cristianos 172, 798 ; Ibid., p. 72-73 ↩
- Augustin d’Hippone, Les huit questions de Dulcitius, 2, 4 : Biblioteca de Autores Cristianos 551, 389 ; Ibid., p. 73 ↩
- Augustin d’Hippone, Le soin dû aux morts, 1, 3 : Biblioteca de Autores Cristianos 551, 439 ; Ibid., p. 73-74 ↩
- Augustin d’Hippone, Sermon 159, 1 : Biblioteca de Autores Cristianos 443, 498 ; Ibid., p. 74 ↩
- Grégoire le Grand, Dialogues, 4, 39 : PL 77, 396 ; Ibid., p. 74-75 ↩