Si c’est que j’ose à peine parler…
Vous avez raison: « la crainte de Dieu est le principe de la sagesse ». Et ce faisant, cela me laisse plus calme.
Pour parvenir au véritable discernement spirituel, il est nécessaire d’avoir 1.–l’humilité et 2.–l’abnégation de sa propre volonté. Mais il existe aussi d’autres conditions nécessaires et d’autres signes fiables:
3.–paix. La miséricorde entrailles de notre Dieu guide toujours nos pas sur le chemin de la paix (Lc 1,78-79). Et cela parce que notre « Dieu n’est pas un Dieu de confusion, mais de paix » (1 Co 14,33). Le Christ « est notre paix » (Ep 2,14). C’est pourquoi tout ce qui se fait dans le Christ et avec le Christ, sous l’impulsion de sa grâce, se fait dans la paix. Cela se fait avec joie ou avec douleur, mais toujours avec paix. Au contraire, lorsque le chrétien, agissant par lui-même, même avec la meilleure intention, fait plus ou moins ou quelque chose de différent de ce que Dieu veut faire de lui, il ne travaille pas avec le Christ, il ne permet pas à l’Esprit Saint d’agir et il voit nécessairement sa paix diminuée ou perdue. C’est pourquoi, La spiritualité chrétienne a toujours considéré la paix comme l’un des principaux critères de discernement.
C’est ainsi que le comprend sainte Thérèse: « Son joug est facile, et c’est une grande chose de ne pas traîner l’âme, mais de la conduire avec Sa douceur pour son plus grand profit” (Vie 11,17). Et saint Jean de la Croix: « ce n’est pas la volonté de Dieu que l’âme soit troublée par quoi que ce soit ou qu’elle souffre des difficultés » (Dits 56). Entendez ici par travaux ces efforts faits par la volonté de l’homme sans l’aide de la grâce de Dieu. La paix est donc dans cette pure synergie de grâce et de liberté. Mais analysons un peu plus ce point délicat.
4.–La conscience. Pour bien expliquer ce sujet très important, je retiendrai d’abord une distinction déjà classique à propos de la grâce. Le chrétien est continuellement sous l’action du Christ, sa sainte tête. Mais tout comme « Dieu fait beaucoup de bonnes choses dans l’homme que l’homme ne fait pas [grâce opérante], d’autre part, l’homme ne fait aucun bien que Dieu ne permette pas à l’homme de faire [grâce coopérante]» (OrangeII, 529, ch. 20: Denz 390).
Eh bien, alors, quand la grâce coopérante de Dieu pousse une personne à une bonne œuvre, l’incline, agissant de différentes manières dans sa compréhension, sa volonté et son sentiment: –illumine son compréhension parfois très clairement, et d’autres fois non, mais toujours assez clairement pour que la personne connaisse le bien que Dieu veut lui accorder de faire; – déplacez toujours votre volonté avec une impulsion intérieure, et c’est le fait décisif auquel la conscience doit adhérer; – et bref, cela ne stimule pas toujours l’inclination de votre sentiment; parfois oui, mais parfois non.
D’après cela, quand le témoignage de la conscience nous dit que la grâce divine pousse notre volonté à une bonne œuvre, nous devons le faire sans aucun doute, que notre entendement le comprenne d’une manière claire ou obscure, et que nos sentiments y ressentent de la joie ou de la douleur; c’est égal. Au contraire, lorsque, avant d’entreprendre un travail, ou enseigné par l’expérience de son exercice, le témoignage de conscience nous dit que la grâce n’aide pas notre volonté à l’accomplir, nous devons l’arrêter ou ne pas l’essayer, que notre entendement voie ce qu’il voit et que notre sentiment y ressente de la douleur ou de la joie; c’est égal. Sainte Thérèse, toujours harmonieuse dans l’union de la grâce et de la liberté, nous illustre ces principes par quelques-uns de ses témoignages biographiques, que je choisis parmi ceux faisant référence à la prière.
–Lorsqu’on prend conscience que la grâce nous pousse à une bonne œuvre, cela doit être fait même si le sentiment souffre.. « Très souvent, certaines années, j’avais plus de considération [dans la prière] à souhaiter la fin de l’heure où je devais être là, et à écouter quand l’horloge sonnait, qu’à d’autres bonnes choses; et bien des fois je ne sais quelle pénitence sérieuse m’a été imposée que je n’entreprendreais pas plus volontiers que de me retirer dans la prière. Et il est vrai que la force que le diable a exercée sur moi, ou ma basse habitude de ne pas aller à la prière, et la tristesse que j’ai ressentie en entrant dans l’oratoire étaient si insupportables, qu’il a fallu m’aider de tout mon esprit (qui, dit-on, n’est pas petit) pour me forcer, et à la fin le Seigneur m’a aidé. Et après qu’il m’ait donné cette force, je me suis retrouvé avec plus de calme et de don que parfois quand j’avais le désir de prier” (Vie 8,7). Certains appellent ces coopérations très douloureuses du libre arbitre des expirations de grâce. Nous trouvons un autre exemple similaire lorsque Sainte Thérèse se rend au monastère: « Je ne pense pas que ce sentiment sera plus présent quand je mourrai » (4,1-2). Dieu a illuminé sa compréhension de telle sorte qu’il a su que telle était la volonté divine et a déplacé sa volonté vers elle; mais cela a laissé le sentiment dans une désolation absolue.
–Au contraire, une bonne œuvre ne doit pas être accomplie lorsque la conscience nous dit que la grâce n’aide pas notre volonté à l’accomplir., car cela indique que ce n’est pas la volonté de Dieu. Supposons que “le maître qui enseigne [la prière] insiste pour que ce soit sans lecture; si sans cette aide on lui fait passer un long temps en prière, il lui sera impossible d’y rester longtemps, et cela nuira à sa santé s’il persiste, parce que c’est une chose très douloureuse. [Moi] à moins de terminer la communion, je n’ai jamais osé commencer à prier sans un livre, et avec cela j’ai commencé à rassembler les pensées perdues, et en guise de compliment, il a porté son âme. Et bien souvent, lors de l’ouverture du livre, rien de plus n’était nécessaire; D’autres je lis peu, d’autres beaucoup, selon la grâce que le Seigneur m’a donnée» (Vie 4,9). Et parfois, ni avec ni sans livre. Donc, “Je ne dis pas que vous ne devriez pas essayer [de prier] et d’être prudent devant Dieu, mais que si vous ne pouviez même pas avoir une bonne pensée, ne vous entretuez pas. Nous sommes des serviteurs inutiles, Que pensons-nous pouvoir faire? (22,11). Ce n’est que pour des enseignements comme ceux-ci – que nous ne trouvons si clairs chez aucun saint – qu’ils méritent d’être Médecin de l’Église.
5.–Discrétion. Il y a de la discrétion dans tout. Lorsque l’intention de faire quelque chose vient de Dieu, “elle apporte lumière, discrétion et mesure. C’est un point important pour beaucoup de choses, comme raccourcir le temps de prière – aussi agréable soit-il – quand on voit ses forces corporelles s’épuiser ou qu’on a mal à la tête”. La discrétion est très nécessaire en tout» (Manière parfaite. 19,13).
Une certaine impuissance à prier, p. Par exemple, au moins chez les bons chrétiens, “très souvent cela vient [uniquement] d’une indisposition physique. Comprenez que vous êtes malade; que l’heure de la prière soit changée, vivez cet exil du mieux que vous pouvez.” Avec discrétion, parce que parfois le diable le fera; et donc c’est bien ça, pas toujours laissé prière quand il y a une grande distraction et confusion, ni toujours tourmenter l’âme ce qu’elle ne peut pas. Il y a d’autres choses extérieures, comme les œuvres de charité et la lecture, même si parfois il ne sera même pas là pour cela. Que personne ne soit pressé ou affligé. Il est clair que si le puits ne coule pas, nous ne pouvons pas fournir l’eau. C’est vrai qu’il ne faut pas être négligent, pour que quand il y en a, on puisse l’enlever” (Vie 11,16-18).
6.–Quantité d’action. Le discernement spirituel ne doit jamais être effectué de manière purement quantitative.. Erreur très typique du volontarisme. Par exemple, « puisque la prière est si bonne, plus on y consacre de temps, mieux c’est ». Le critère quantitatif, étant en quelque sorte automatique, élimine le discernement, il est toujours in-discret. Si nous voulons agir sous la direction de Dieu, la discrétion est nécessaire en toute chose. Faisons tout, seulement et ce que Dieu veut opérer en nous et avec nous; ni plus, ni moins, ni plus. Quand Dieu veut nous donner un heure de prière quotidienne, ce sera de l’orgueil d’en faire deux, ou de la paresse d’en faire la moitié. S’ils sont terminés deux des heures de prière, quand Dieu veut nous en donner une, l’autre heure ne vient pas de l’Esprit, mais de la chair. Le chrétien ne fait pas à cette heure-là ce que Dieu a voulu faire en lui et avec lui. En raison de l’inclination capricieuse, de l’émulation, de la gratification sensible, de la mode idéologique du groupe, de quoi qu’il en soit, la volonté humaine s’est écartée de la Volonté divine.
Saint Jean de la Croix le prévient clairement: «Considérez ce que Dieu voudra et faites-le, que là tu satisferas ton cœur mieux qu’avec ce à quoi tu inclines” (Dits 72). « Ne pensez pas que plaire à Dieu soit si important travailler beaucoup comme en le faisant avec bonne volonté, sans propriété”, sans attachement (58).
7.–La Croix. Dans le doute, il faut pencher vers ce qui nous unit le plus à la croix du Christ. Le Seigneur nous a dit: « La porte est étroite et le chemin qui mène à la vie est étroit, et rares sont ceux qui les trouvent » (Mt 7, 14). Ainsi, dans le doute, il faut incliner « plus vers ce qui est difficile que vers ce qui est facile, vers ce qui est rugueux que vers ce qui est lisse, et vers ce qu’il y a de difficile et de mauvais goût dans l’ouvrage que vers ce qu’il a de savoureux et de délicieux, et ne pas choisir ce qui est moins une croix, car c’est un fardeau léger; et plus elle porte, plus elle est légère par Dieu » (Quatre avertissements 6; cf. Avis 162). C’est la même chose que, par exemple, saint Ignace enseigne dans le Exercices spirituels, en décrivant le 3ème degré d’humilité: à l’égale gloire de Dieu, ou ce qui revient au même, dans le doute, « je veux et choisis plus de pauvreté avec le pauvre Christ que de richesse, d’opprobres » etc. (167).
C’est vrai qu’il y a un s’opposer faux et maladroit, avec de très mauvais effets: « celui qui est communicatif, qu’il se taise; le renfermé, laissez-le parler”, etc. C’est un critère sans discrétion, indiscret, basé sur le faux principe “ce qui est le plus difficile est ce qui est le plus sanctifiant”. Mais il y a un s’opposer vrai et sage, car « la chair a des tendances contraires à celles de l’esprit… les deux sont opposées, et c’est pourquoi vous ne faites pas ce que vous voulez » (Ga 5, 17). Si notre conscience nous dit que c’est la volonté de Dieu que nous fassions quelque chose de raisonnablement agréable, faisons-le immédiatement. Mais dans le doute, je dis dans le doute, plutôt que le chemin large que désire l’homme vieux et charnel, préférons le chemin étroit de la Croix. Il est bien plus probable que nous obtenions la volonté de Dieu. Et si ce n’était pas le cas, Il nous le ferait savoir.
Donc On ne peut pas trouver dans l’agréable et le désagréable un critère de discernement spirituel. En ce sens, saint Jean de la Croix met en garde: « n’abandonnez jamais les œuvres à cause du manque de goût ou de saveur que vous y trouvez… ni ne les faites simplement pour la saveur ou le plaisir qu’elles vous procurent » (Précautions 16). Maintenant, considérant que nous sommes pécheurs et que notre expiation pénitentielle est généralement honteusement insuffisante, Essayons avec amour de participer davantage à la passion du Seigneur pour la rédemption des hommes (Col 1:24); Reconnaissons que, du moins tant que nous sommes encore charnels, il y a habituellement, quoique pas toujours, plus de danger d’affection désordonnée dans ce qui est attrayant que dans ce qui est répugnant; Rappelons-nous que Jésus a préféré la pauvreté à la richesse, la disgrâce à la réussite et au prestige du monde… Ainsi, pour l’amour du Crucifié, lorsque nous sommes réellement confrontés à un doute entre deux chemins, l’un large et l’autre étroit, préférons l’étroit. Cet amour de la Croix est souvent la clé du vrai discernement.
Supposons le cas d’une novice qui, convaincue de sa vocation et de sa réalité, traverse des épreuves et des souffrances très graves au cours de ses premières années. Cela amène parfois le Supérieur à la renvoyer chez elle sans discrétion: « si elle avait une vocation, Dieu l’assisterait de sa grâce et elle ne passerait pas un si mauvais moment ». Erreur très grave. C’est avoir honte de la croix du Christ. Combien de fois le Seigneur, tel un architecte, avant de construire une très haute tour, commence-t-il par creuser des fondations très profondes. Voyons cela dans un autre cas similaire, dont j’ai été témoin. Le cas de la novice crucifiée au début de manière alarmante a conduit la Supérieure à un discernement contraire: “Le Seigneur crucifie très souvent et très bientôt cette fille, qui reste convaincue de sa vocation; qu’il continue donc, avec notre aide – et avec notre patience – et à travers la croix il atteindra la lumière, à travers la douleur jusqu’à la joie de la résurrection. Et c’est ainsi: aujourd’hui, elle vit dans le monastère renaissant, en paix, joyeuse dans le Seigneur. Combien d’autres communautés religieuses, ayant honte de la Croix du Christ, ne l’auraient pas toléré et l’auraient rendu chez eux!
8.–obéissance. Les premiers moines, saint Benoît, saint Bernard, saint Ignace, tous maîtres spirituels chrétiens assurent la même chose, qu’ils soient religieux ou laïcs: Le discernement le plus sûr est celui qui est aidé par l’obéissance.
–Sainte Thérèse de Jésus “ne faisait rien sans l’avis de personnes instruites” (Vie 36.5). Elle ne se faisait pas confiance et parvenait à discerner la volonté de Dieu en consultant des personnes dignes de confiance. D’une femme très pieuse, qui ne voulait pas être soumise à un confesseur fixe, il disait: « Je préférerais la voir obéir à une personne plutôt que de ne pas communier » (Fondations 6,18); ce qui veut dire quelque chose. « Il n’y a pas de chemin qui mène plus tôt à la perfection suprême que celui de l’obéissance » (5: 10). Et il ne pensait pas seulement aux religieux en enseignant cette vérité. –Saint Jean de la Croix: Dieu “aime beaucoup le gouvernement et le traitement de l’homme par un autre homme comme lui” (2 Montée 22,9): père, conjoint, curé, directeur spirituel. Il était convaincu que beaucoup de chrétiens n’avancent pas sur le chemin de l’Évangile « parce qu’ils manquent de guides adaptés et éveillés pour les guider jusqu’au sommet » (Prologue Augmenter 3). –Saint François de Sales: « Veux-tu marcher vers la dévotion avec plus de sécurité? Cherchez un homme vertueux pour vous former et vous guider… Vous ne trouverez jamais la volonté de Dieu aussi sûrement que par le chemin de cette humble obéissance” (Introduction à la vie dévouée Moi, 4).
9.–La prière de demande. Et nous revenons avec cela au début, à la chose la plus importante: « que dois-je faire, Seigneur? (Ac 22,10). La prière de requête est la clé principale pour discerner la volonté concrète de Dieu dans toutes les questions de notre vie –vocation, travail, prière, acceptation ou refus d’une offre, etc.–. C’est le moyen le plus efficace pour parvenir à la synergie parfaite entre grâce et liberté. Elle doit toujours être la proue de toutes nos navigations spirituelles. Seigneur, “donne-nous la lumière pour connaître ta volonté et la force nécessaire pour l’accomplir” (dim.1, T. Ord.).