Un conflit inexistant, selon les Écritures. Autres conflits du même ordre.
Conflits à première vue
Beaucoup de nos frères chrétiens non catholiques croient qu’il existe de sérieux « conflits » entre les doctrines bibliques et la doctrine catholique. Pour une grande majorité, cela est une évidence qui n’admet même pas la discussion : l’enseignement catholique est clairement anti-biblique et fondé sur des traditions humaines. C’est pourquoi, qu’un chrétien catholique tente d’expliquer qu’en réalité il n’y a aucune contradiction est, pour beaucoup de ces frères qui sont les nôtres, « vouloir cacher le soleil avec un doigt ».
Le présent article prétend, avec l’aide de Dieu, montrer que de tels « conflits » sont apparents, et non réels. Dans les Écritures, il nous arrive souvent, catholiques et non catholiques, de rencontrer des passages difficiles, que nous essayons de comprendre à la lumière de toute l’Écriture, du contexte, etc. Ne pouvant traiter de tous les points doctrinaux, nous en prendrons un, très important, qui nous servira à en éclairer tant d’autres, et qui est un passage fréquemment signalé aux catholiques comme anti-biblique. Je veux parler du passage de 1 Tm 2,5 (car il n’y a qu’un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme) : ce passage n’exclut-il pas très clairement la doctrine catholique de la médiation de Marie et des Saints en faveur des croyants ? Avec un peu de patience, nous verrons que la réponse, selon les Écritures, est « non ».
Dans cet article, j’entends par « fondamentaliste » un croyant au Christ qui dit fonder sa foi UNIQUEMENT sur la Bible (bien qu’à ce sujet le proverbe populaire le dise bien : « du dit au fait il y a un long trajet »), voulant signifier par là que ce frère ne prêtera l’oreille ni à l’Église, ni à la prédication orale des premiers disciples de Jésus (qui ensuite sera en partie mise par écrit), ni à rien au monde : SEULEMENT ce qui est ÉCRIT, rien de plus, puisque c’est cela la Parole de Dieu, et qu’il n’en existe aucune autre.[1]
Le sujet que nous abordons est extrêmement intéressant et très utile, non seulement pour le verset concret de 1 Tm 2,5, mais pour mieux comprendre le message évangélique dans sa perspective réelle, évitant ainsi la superficialité des vues, les critères charnels, les discussions vaines. Sans cette vision « en profondeur », nous passerons notre vie à citer des versets les uns contre les autres, chacun interprétant à sa manière chaque parole de Jésus, de Paul ou de Jean, etc. : une question sans fin. L’idée qui me pousse à écrire ces lignes est une seule : inciter à la réflexion. Celui qui est capable de penser sans préjugés se dispose à la vérité, bien qu’en pratique – et sans le savoir – il en soit l’un des pires ennemis[2].
Étant donné que l’ignorance de l’authentique enseignement de l’Église est peut-être la raison principale pour laquelle beaucoup optent pour le fondamentalisme chrétien, je me propose aussi d’illustrer, tant pour le catholique que pour le non-catholique, quel est véritablement l’enseignement que nous professons sur l’unique médiation du Christ, les médiations des Saints et quelques autres doctrines connexes, toujours de manière simple et brève[3].
Deux mille ans ne sont pas vains
Plus d’un pense que l’Évangile s’est substantiellement corrompu à l’époque immédiatement post-apostolique, traversant la longue nuit du salut-par-les-œuvres catholique, jusqu’à ce que vînt tel groupe de gens qui renouvela l’évangélisme pur, sans traditions humaines[4].
Les choses, cependant, ne sont pas si simples. Ce n’est pas ici le moment de faire une histoire de l’Église ou de la théologie, mais qu’il me soit permis de rappeler que toutes les difficultés qui existent dans les Écritures et toutes les interprétations possibles ont déjà été traitées durant des siècles, par des milliers de croyants, avec les interprétations les plus diverses, cela va de soi. Mais il est important de savoir que nous ne sommes pas des champignons qui apparaissent après la pluie, mais que nous faisons partie d’un corps, que nous avons des ancêtres dans la foi, des gens que l’Esprit Saint a également éclairés. Sur chaque parole de l’Évangile, il y a des milliers d’homélies, de controverses, de réflexions… Et il y a des milliers et des milliers de vies vécues dans la foi et en réponse aux paroles des Écritures, jusqu’à verser leur propre sang. Ne nous croyons ni les seuls, ni les premiers, ni les meilleurs !
Parmi des milliers de choses que nous pouvons apprendre des chrétiens qui ont vécu avant nous, et qui ont consacré leur vie à la connaissance et à l’interprétation des Écritures, deux notions fondamentales nous servent dans cet article, à savoir la notion d’« analogie » et celle de « participation » : ces deux mots nous conduiront par la main pour comprendre tant d’apparentes « contradictions » dans les Écritures, en particulier notre thème de l’« unique médiateur ».[5]
Selon le dictionnaire de l’Académie Royale Espagnole (1992), l’analogie est la « relation de ressemblance entre des choses distinctes ». Pour le substantif participation, le dictionnaire renvoie au verbe « participer », et participer se définit comme « prendre part à une chose ; recevoir une part de quelque chose ; partager, avoir les mêmes opinions et idées, etc., qu’une autre personne. On l’emploie souvent avec la préposition de ».
Ces concepts, dans leur simplicité, sont d’une importance fondamentale pour notre thème. La réalité de ces notions apparaîtra plus clairement dans l’application que nous en ferons à divers passages « conflictuels ».
Nous procéderons ainsi : nous énoncerons un ou plusieurs passages bibliques où l’on voit des « contradictions », puis nous verrons comment, en appliquant les notions indiquées ci-dessus, l’apparente contradiction disparaît. Un truc pour faire coïncider la Bible avec l’enseignement catholique ? Le lecteur en jugera par lui-même.
Jésus, unique fondement
L’Écriture enseigne que
a. Le Christ est l’unique fondement et personne ne peut en poser un autre (1 Co 3,11). Mais elle enseigne aussi que
b. Les apôtres sont fondement (Ep 2,20). Dans les deux textes on emploie le même mot (gr. themelion) et en se référant dans les deux cas au fondement des chrétiens.
Comme cela semble se contredire, l’un de mes amis évangéliques disait qu’en Ep 2,20 il fallait lire ainsi : « le fondement qu’ont posé les apôtres »… etc., c’est-à-dire que « fondement » serait ici « Jésus », et non les apôtres, et qu’ainsi il n’y aurait pas d’opposition. Cette solution, du point de vue grammatical, n’est pas recevable (il manque un « aussi » qui donnerait prise à la proposition du commentateur mentionné : le texte dit « le Christ étant la pierre angulaire », et non « le Christ étant aussi la pierre angulaire »), et surtout elle rompt avec l’image qu’emploie Paul. En effet, dans le texte en question, le Christ est présenté comme « pierre angulaire » (gr. akrogôniaios). La pierre angulaire est la pierre qui achève une construction, que l’on place à la fin de celle-ci pour lier et assurer le reste de l’édifice ; il ne s’agit pas d’une pierre que l’on place dans le fondement de la construction. En lisant Ep 2,20 avec l’interprétation voulue par le chrétien évangélique cité, il nous resterait une image totalement déformée : le texte deviendrait ainsi : « vous avez été édifiés sur le fondement posé par les apôtres et par les prophètes, c’est-à-dire sur le Christ, le Christ étant aussi la pierre angulaire ». Mais l’idée de Paul est de dire que chacun est une partie d’un édifice, dans lequel le Christ occupe la place centrale, et non toutes les places ! Au contraire, l’image a du sens si l’on attribue aux apôtres et aux prophètes le fait d’être « fondement » et au Christ celui d’être « pierre angulaire », comme, d’ailleurs, le rendent toutes les traductions[6]. Cette idée des apôtres comme fondement se confirme aussi en Apocalypse 21,14.
D’où vient cette interprétation, disons « forcée », que mon ami évangélique veut imposer ? Du désir de résoudre un « conflit », mais sans user des moyens appropriés pour le faire. Je m’explique : pour lui, les deux passages « s’opposent » : comment le Christ peut-il être l’unique fondement et, en même temps, les apôtres l’être aussi ? Et il explique le problème en changeant le texte au moyen d’une traduction qui dénature et rend inutilisable l’image. Cela n’est pas de la bonne exégèse. Il justifie cette traduction en disant que la Parole de Dieu ne peut s’opposer à elle-même, et que si la Parole de Dieu enseigne que Jésus est l’unique fondement, il ne se peut pas que la Parole de Dieu dise maintenant que les apôtres sont fondement…
Quelle est la solution ? Éphésiens 2,20 s’opposerait-il réellement à 1 Co 3,11 si nous prenons les apôtres comme fondement ? La réponse, selon la doctrine catholique, est non. Le Christ est le fondement, les apôtres et les prophètes PARTICIPENT de cet office de Jésus d’être fondement. Ils ne sont pas des fondements « parallèles » à Jésus, mais « en Jésus » ils sont eux aussi fondement. L’expression grecque « en Christô », « dans le Christ », apparaît dans les écrits de Paul quelque quatre-vingts fois. Que signifie « dans le Christ » ? S’agirait-il d’une banalité, d’un tour de phrase de Paul dénué de sens ?
Pour terminer ce point, rappelons que le Nouveau Testament appelle « fondement » (au sens spirituel comme dans les deux textes étudiés) également le « repentir des œuvres mortes » (He 6,1), les « bonnes œuvres » (1 Tm 6,18-19) et la « prédication évangélique » (Rm 5,20). Remarquable en particulier 1 Tm 3,15, où l’Église est appelée « colonne et soutien de la vérité ».[7]
Jésus, unique pasteur
L’Écriture enseigne que
a. Jésus est le grand pasteur de nos âmes (He 13,17.20 ; 1 P 2,25 ; Jn 10,11.14.16). En 1 P 5,4, il est appelé « pasteur suprême », ou « pasteur des pasteurs » (gr. archipoimenos). Je ne crois pas qu’il soit déraisonnable d’affirmer que les chrétiens ont UN seul pasteur, qui est Jésus. Mais l’Écriture enseigne aussi que
b. Il y a d’autres hommes qui sont eux aussi pasteurs (Ep 4,11).
Alors, qui est le pasteur ? Jésus ou quelque autre ? Lorsque Paul parle des « pasteurs » en Ep 4,11 (gr. poimenas), porte-t-il atteinte à Jésus comme unique pasteur ? Lorsqu’en Actes 20,28 Paul exhorte les presbytres de l’Église à paître le troupeau, a-t-il par hasard oublié que Jésus est le Pasteur ? Ou Jésus lui-même l’aurait-il oublié quand il dit à Pierre « pais mes brebis » (Jn 21,15-17) ?
Non, ni Jésus, ni Pierre, ni Paul, ni Jean ne l’avaient oublié ; ils savaient parfaitement que l’office d’être « pasteur de nos âmes », Jésus voulait le partager, le « faire participer » aux autres. De même qu’il a voulu que nous « participions » à ses souffrances (1 P 4,13). Jésus est « LE pasteur », les autres sont « pasteurs par participation ». Remarquons que, sans ce concept de participation, dans tous ces passages il y aurait une « contradiction » insurmontable, comme dans les passages que nous verrons.
Jésus, unique maître
L’Écriture enseigne que
a. Jésus est l’unique maître, et il ne faut donner ce titre à personne d’autre (Mt 23,8.10 ; Jn 13,13). Mais elle enseigne aussi que
b. Paul s’appelait lui-même, en toute vérité, « maître » (1 Tm 2,7 ; 2 Tm 1,11) et dans l’Église il y eut toujours de nombreux « maîtres » désignés par l’Esprit Saint lui-même (Ep 4,11).
Mais alors, comment Jésus peut-il dire qu’il ne faut appeler personne maître, et ensuite Paul s’appeler en toute liberté « maître », comme si Jésus n’avait rien dit ? Et les premiers chrétiens qui appelaient certains hommes « maîtres » ? Qu’était-il advenu de l’interdiction de Jésus ? Serait-ce que la « corruption du message évangélique par les dogmes humains de l’Église catholique » avait déjà fait irruption dans les communautés chrétiennes… ?
Jésus, unique évêque
L’Écriture enseigne que
a. Jésus est L’évêque (gr. episcopos) de nos âmes (1 P 2,25). Mais elle enseigne aussi que
b. Dieu a établi certains comme évêques des croyants (Actes 20,28 ; Ph 1,1).
Avec ce que nous avons dit jusqu’ici, je crois qu’il n’est pas nécessaire d’abonder en paroles. Les « évêques » le sont par analogie, c’est-à-dire en participant à l’« épiscopat » de Jésus, qui est l’évêque de manière absolue et d’où provient tout épiscopat. Que quelqu’un soit « évêque » ne veut pas dire qu’il vole la place de Jésus : s’il est évêque, il l’est EN l’unique évêque de nos âmes, qui est Jésus. Il n’y a pas de conflit, il y a participation à un office.
Dieu, unique Père
L’Écriture enseigne que
a. On ne peut appeler personne au monde « père », si ce n’est Dieu seul (Mt 23,9). Mais elle enseigne aussi que
b. Paul se présente comme père (1 Co 4,15), et appelle Abraham « père de nous tous » (selon le contexte, il se réfère aux Juifs et aux Grecs, c’est-à-dire une paternité spirituelle, exactement ce que Jésus avait « interdit » en Mt 23).
Nous comprenons les paroles de Jésus comme se référant aux « pères » spirituels, car si nous les prenons au sens littéral, nous en arriverions à ne pouvoir appeler « papa » nos papas, etc. Laissons cela de côté.
Mais même sur le plan spirituel, une fois encore nous nous trouvons face à un faux « conflit », si souvent invoqué contre les catholiques. Le refrain habituel sonne à peu près ainsi : « Mt 23,9 interdit d’appeler « père » n’importe quelle personne au monde, et les catholiques appellent leurs prêtres « pères ». Plus clair, impossible : voilà, une fois encore, la doctrine anti-biblique des catholiques ».
Cependant, les apôtres ne pensaient pas ainsi. Beaucoup de chrétiens fondamentalistes voient l’arbre mais ignorent la forêt.[8] Car, pour les apôtres, il n’y avait pas d’opposition excluante entre Dieu-Père et l’apôtre-père. Il n’y a pas non plus la moindre opposition pour l’Église. L’Église catholique est libre, et cela, tout le monde ne le comprend pas. Mais elle continuera de jouir de cette liberté qui vient de l’Esprit. Cela arrivait déjà à Paul :
Cependant, Tite lui-même qui était avec moi, tout en étant grec, ne fut pas contraint de se faire circoncire, malgré les faux frères qui s’étaient secrètement infiltrés pour espionner la liberté que nous avons dans le Christ Jésus, afin de nous réduire en esclavage. Pas un seul instant nous ne leur cédâmes par soumission, pour que la vérité de l’évangile demeurât en votre faveur (Ga 2,3-5)
Pas un seul instant ! dit Paul. Paul avait un esprit grand, universel, ouvert ; il n’était point un bigot ni ne voulait passer pour le parfait observant de nouvelles lois. Pour lui, le Christ était tout, sa vie, sa prédication, ses pensées, ses sentiments… N’irait-il pas s’appeler lui aussi « père » de ceux qu’il avait « enfantés dans les douleurs de l’enfantement » ? (Ga 4,19). Le Christ, qui l’avait appelé à compléter ce qui manquait à sa passion au bénéfice de son Église (Col 1,24), reprocherait-il à Paul de se présenter ouvertement comme « père » de ceux qui l’écoutaient ? Dieu-Père s’offenserait-il devant ce magnifique exemple de paternité spirituelle, image – opaque sans doute – de la paternité de Dieu ? Paul ne participait-il pas à la paternité divine en « engendrant » (gr. gennaô, qui signifie « devenir père en ayant engendré ») de nouveaux fils pour l’évangile ? (1 Co 4,15)
En résumé, Paul se présente comme « père » de ses auditeurs. On peut rappeler ici en particulier 1 Co 4,15 :
Car même si vous aviez mille pédagogues dans le Christ, vous n’avez pourtant pas plusieurs pères, puisque c’est moi qui, dans le Christ Jésus, vous ai engendrés par l’évangile.
En Rm 4,16, Paul appelle Abraham « père de nous tous », en se référant aux Juifs qui ont cru et aux gentils qui ont cru (voir le contexte). Il s’agit donc d’une paternité spirituelle, comme celle dont on parle à la Sainte Messe : « notre père Abraham ». Or, c’est précisément de cette paternité qu’il s’agissait en Mt 23,9, lorsque Jésus dit « n’appelez personne au monde père ». Paul n’aurait-il pas compris le message de Jésus ?
Une explication, dans les Écritures elles-mêmes, se trouve dans un autre texte de l’apôtre : en Ep 3,14-15, Paul proclame : « je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute paternité (gr. patria) tire son nom aux cieux et sur la terre ». Le substantif grec « patria », traduit parfois par « famille », vient de la racine « patros », c’est-à-dire « père ». N’est-ce pas là ce que Jésus voulait dire en réalité en Matthieu, et non que nous évitions de « nommer » quiconque du mot « père » ? Si Paul parle d’une « paternité » qui provient de Dieu, serait-il mal de reconnaître cette paternité chez les personnes en les appelant « père », comme le font les catholiques ? Ou bien devons-nous reconnaître que « toute paternité vient de Dieu », mais ensuite… ne pouvons pas la nommer !? Cela serait bien proche du pharisaïsme. Ne serait-ce pas plutôt que ce que Jésus enseignait était à découvrir que, si la paternité existe dans le monde, elle provient exclusivement de Dieu ?
Dieu est Père, et « en Dieu » Paul est père. Et s’il l’est, il n’y a aucune raison de s’abstenir, poussé par un néo-légalisme vétérotestamentaire, de l’appeler « père ». On l’appelle « père » par analogie avec Dieu-Père, par participation à son fait d’engendrer des fils. En 1 Th 2,11, Paul dit qu’il s’est comporté avec les Thessaloniciens « comme un père avec ses enfants » : dérobe-t-il sournoisement la gloire à Dieu, unique Père ?[9]
Le grand connaisseur des Écritures et de l’histoire de l’Église Tomáš Špidlík explique ainsi notre participation à la paternité divine[10] :
« Le caractère paternel de Dieu est si parfait qu’il renferme une valeur absolue, comme toutes ses qualités divines. C’est pourquoi Jésus nous avertit : « N’appelez personne au monde “père”, car un seul est votre père, celui qui est aux cieux » (Mt 23,9). D’autre part, cependant, les valeurs absolues de Dieu nous ont été communiquées par le don de l’Esprit, raison pour laquelle nous avons été invités à « être parfaits comme est parfait notre Père céleste » (Mt 5,48). La paternité divine se reflète, d’une certaine manière, dans l’image, et particulièrement chez les saints, destinés à avoir des disciples-fils, et en général dans la « maternité » de l’Église. […] La vie de l’Esprit commence par le baptême ; c’est pourquoi le prêtre qui baptise est « père », comme aussi celui qui réconcilie avec Dieu et nourrit la vie par l’eucharistie ; pères sont aussi les évêques auxquels est confiée la vie de l’Église, qui gardent la droite doctrine dans les conciles œcuméniques et qui ordonnent les prêtres. »
C’est pour ces raisons que, nous catholiques, nous appelons nos prêtres, qui nous ont engendrés à Dieu dans le baptême, nous ont exposé la foi (He 13,7) et nous nourrissent du « pain de vie » dans l’eucharistie, « pères ». Je suis d’accord que cela requiert beaucoup de liberté.
Dieu, unique Juge
L’Écriture enseigne que
a. Dieu est l’unique Juge (Ps 50,6 ; 75,7 ; He 12,23). Mais elle enseigne aussi que
b. Les chrétiens seront juges (Mt 19,28 ; Lc 22,30 ; 1 Co 6,2-3).
C’est-à-dire que Dieu est le seul qui puisse juger, et cela apparaît clairement dans toute l’Écriture, mais, par sa décision, il a voulu faire participer les croyants à ce pouvoir. Qui jugera le monde, Dieu ou les croyants ? C’est une fausse dichotomie : Dieu jugera et les croyants jugeront aussi.
Dieu, unique Saint
L’Écriture enseigne que
a. Dieu est l’unique Saint (Ap 15,4, gr. hosios). Mais elle enseigne aussi que
b. L’évêque doit être saint (Tt 1,8, gr. hosios).
Évidemment, la sainteté que l’on attend de l’évêque n’est pas une sainteté parallèle à celle de Dieu, mais il s’agit d’une participation à l’unique sainteté de Dieu, et personne ne pense qu’on attribue à un homme une qualité qui est exclusive de Dieu. Mais le fait est qu’Apocalypse 15,4 dit que Dieu seul est saint. Nous avons donc ici un autre exemple de la manière dont quelque chose est attribué exclusivement à Dieu, et ensuite attribué à un être humain ou attendu de lui également.
Dieu, unique Dieu
L’Écriture enseigne que
a. Il n’y a qu’un seul Dieu (de la première à la dernière page). Mais elle enseigne aussi que
b. « Vous êtes tous des dieux » (Jn 10,34, où Jésus cite le psaume 82,6 – texte massorétique : « elohim attem » ; LXX : « theoi este » ; également employé analogiquement en Exode 7,1)
Jésus emploie ce passage du psaume en son sens le plus originel, faisant voir à ceux qui l’accusaient de « se faire Dieu » que les Écritures enseignaient (et ne pouvaient errer) que nous « sommes des dieux ».
Ce qu’il faut souligner ici, c’est la liberté de Jésus (et, avant lui, du psalmiste) pour attribuer aux hommes la nature divine, du moins en un certain sens. Comment cela peut-il être ? Une fois encore… par participation ! Mais s’agit-il seulement d’une citation isolée et sans importance, que nous devrions prendre d’une manière exclusivement figurative ? Nullement. C’est bien plutôt une première pierre de l’édifice théologique qui viendrait ensuite. Ensuite, quand ? Non certes avec les Conciles et les dogmes de l’Église, mais avec la prédication des apôtres. 2 P 1,4 : « il nous a été donné de précieuses et très grandes promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine ».
Participation ! De la nature divine ! On voit ici que la « participation » est, en vérité, un concept biblique, et très important. Que nous reste-t-il encore à participer de Dieu ? Si nous avons été rendus participants de la nature divine (comme un être humain en engendre un autre, de sa même nature), nous étonnerons-nous que Dieu, dans Jésus, nous ait rendus participants de tout le reste ?
Autres aspects bibliques de la participation
Nous ne voulons pas allonger inutilement l’article, qui a d’ailleurs déjà traité la substance du problème. Nous mentionnons ici quelques autres aspects (il y en a davantage) dans lesquels on voit le désir de Jésus de partager avec nous tout, sa personne, son office, sa vie, ses idéaux, et qui montrent qu’en le faisant, non seulement il ne s’abaisse ni ne s’appauvrit, mais qu’il manifeste sa puissance, sa force, sa sagesse, ses desseins de miséricorde.
· Jésus est la lumière du monde (Jn 8,12), mais ses disciples le sont aussi (Mt 5,14).
· Dieu est le seul bon (Lc 18,19), mais les personnes aussi sont bonnes (1 P 2,18 ; 4,10, etc.).
· Dieu est le seul sage (Rm 16,27), mais les hommes le sont aussi (Rm 16,19 ; Mt 23,24, etc.).
· Jésus est, clairement, notre unique prêtre (toute l’épître aux Hébreux), mais nous le sommes aussi (Ap 1,6 ; 5,10 ; 20,6).
· Pour les chrétiens il existe un unique sacrifice, celui de Jésus (He 10,12), mais nous aussi devons offrir des « sacrifices » (Ph 2,17 ; Rm 12,1 ; He 13,15).
· La passion du Christ est suffisante pour notre salut (tout le Nouveau Testament), mais Paul dit : « je complète en ma chair ce qui manque à la passion du Christ en faveur de son corps, qui est l’Église » (Col 1,24)[11].
· Dieu seul pardonne les péchés (toute l’Écriture), mais les apôtres aussi (Jn 20,23).
· Dieu est le seul juste, et il n’y a aucun juste parmi les hommes, pas un seul (Rm 3,10). Mais 1 Timothée 1,9 et 2 Pierre 2,7-8 parlent des justes, en général et en particulier (Lot). Ce n’est qu’en appliquant le concept d’« analogie » que nous pourrons expliquer cette apparente contradiction : Dieu est l’unique Juste, mais, analogiquement et par participation, le sont aussi ceux qui croient en lui, etc.
Bien entendu, beaucoup de lecteurs non catholiques s’empresseront d’expliquer chacun de ces apparents conflits. Fort bien ! Nous disons nous aussi qu’il n’y a pas de conflit réel dans ces « contradictions ». La question est : feront-ils le même effort pour expliquer le prétendu conflit « unique médiateur » – « médiation des croyants » ? Seront-ils disposés à voir qu’en réalité il n’y a pas d’opposition, tout comme ils sont disposés à ne voir aucune opposition dans d’autres passages bibliques qui, à première vue, se révèlent « évidemment » contradictoires ?[12]
À toutes ces manifestations et à tous ces offices de Jésus, qu’il a voulu partager avec nous, nous pourrions appliquer l’expression d’Yves Simoens, commentant le caractère nuptial de Jésus : « Le Christ est, oui, l’unique époux, mais non dans un splendide isolement »[13] (souligné par moi). En effet, le Christ est l’unique lumière du monde, l’unique prêtre, l’unique médiateur… « mais non dans un splendide isolement ». Il aurait pu l’être, bien sûr, mais ses desseins furent autres : il a voulu nous rendre participants de sa vie et de sa mission.
Passons maintenant à voir concrètement le thème qui a motivé le présent travail, à savoir 1 Tm 2,5, ayant déjà signalé les clés d’une juste interprétation. C’est-à-dire : ne pourrions-nous pas être nous aussi, « dans le Christ », médiateurs entre Dieu et les hommes, tout comme nous sommes aussi, dans le Christ, « dieux », « pères », « justes », « maîtres », « lumière du monde », « évêques », « fondement », etc., etc., etc. ? Bien plus, nous ne devons pas seulement nous demander si nous « pouvons » nous appeler et être « médiateurs », mais plutôt si nous ne « devons » pas l’être… Tout dépend du plan de Dieu, de sa volonté, et non de ce qui nous semble à nous.
Le Christ, unique médiateur entre Dieu et les hommes
Avant tout, qu’est-ce qu’être « médiateur » ? Une fois encore, nous recourons au dictionnaire de l’Académie Royale Espagnole ; « médier » est, selon cette source, « intercéder ou prier pour quelqu’un. S’interposer entre deux ou plusieurs personnes qui se querellent ou s’affrontent, en cherchant à les réconcilier et à les unir dans l’amitié. Être ou se tenir une chose au milieu d’autres ». Le terme lui-même ne présente pas grande difficulté et se comprend en général d’emblée : le « médiateur » est celui qui se tient entre deux ou plusieurs personnes, offrant sa personne pour faire comme un pont entre elles, surtout si celles-ci sont en conflit.
Le mot employé en 1 Tm 2,5 est « mesitês », qui, en dehors de notre texte, apparaît, dans le Nouveau Testament grec, en Ga 3,19.20 ; He 8,6 ; 9,15 ; 12,24. Dans les passages d’Hébreux, le terme apparaît toujours à côté d’« alliance » : Jésus est le « médiateur de la nouvelle alliance », par opposition à Moïse et aux anges, médiateurs de l’ancienne alliance.
Il est intéressant de noter la présence d’« homme » dans la formulation de Paul : l’unique médiateur entre Dieu et les hommes est « l’homme Christ Jésus » : c’est précisément comme homme que Jésus est capable d’intercéder pour nous. Cette observation de Paul a été comprise par certains comme voulant exclure l’Église de l’office de médiateur ; en d’autres termes : « Le Christ est la tête du corps, qui est l’Église » (Col 1,18), mais son office de médiateur ne lui appartient qu’à lui comme homme, non comme tête du corps. Que dire de cette lecture ?
À mon avis, nous nous trouvons face à une exégèse du texte qui laisse bien des doutes. Nous devons nous demander : était-ce là l’idée de Paul ? Lorsqu’il écrivit dans sa lettre que l’unique médiateur est « l’homme Christ Jésus », prétendait-il par là exclure l’Église de cet office ? En consultant plusieurs commentateurs, tant protestants que catholiques, tous s’accordent sur la même chose : ce que Paul veut souligner par l’usage du terme « homme », c’est que Jésus est vrai homme, contre ce que soutenaient les hérétiques docètes[14], à savoir que Jésus avait une apparence humaine mais n’était pas véritablement homme. Paul souligne que c’est Jésus, vrai homme et non seulement en apparence, le médiateur entre Dieu et les hommes. Il n’y a aucun motif, ni dans le texte ni dans le contexte, de l’interpréter en opposition à l’Église, sinon le motif « fondamentaliste », à savoir vouloir exclure la doctrine de la participation de l’Église à l’office médiateur de Jésus. Voyons quelques commentateurs.
B. Witherington III explique ainsi la présence du terme « homme » en 1 Tm 2,5[15] :
Que veut dire Paul lorsqu’il affirme que la grâce vient à nous – de même que la résurrection et la réconciliation – par le moyen d’un homme ? Le péché était un problème humain qui ne pouvait se résoudre en faveur de l’humanité que par le moyen d’un être humain. Certains peuvent penser que l’efficacité du salut de l’humanité tenait à Jésus en tant qu’être divin ; en revanche, Paul veut ici souligner le contraire : si Jésus n’était pas vrai homme, l’humanité n’aurait pas reçu la grâce, la résurrection, ou – comme le font remarquer Colossiens et Éphésiens – la réconciliation. De fait, l’événement extraordinaire est précisément que l’homme Jésus mourut et ressuscita : Dieu, abstraction faite du mystère de l’incarnation, n’est pas sujet à la mort. (…) En résumé, pour que le salut parvînt aux hommes et les rachetât, il devait être médiatisé par quelqu’un qui partageât l’humanité.
Le Vocabulaire de Théologie Biblique de Xavier Léon-Dufour[16], entre bien d’autres considérations, fait le commentaire suivant, sous le terme « médiateur » :
Que le Christ soit l’unique médiateur ne signifie pas que le rôle des hommes dans l’histoire du salut ait pris fin. La médiation de Jésus revêt ici-bas des signes sensibles : ce sont les hommes, à qui Jésus confie une fonction à l’égard de son Église ; même dans la vie éternelle, Jésus-Christ associe, en une certaine manière, à sa médiation les membres de son corps qui sont entrés dans la gloire. (…) Ceux qui exercent (les fonctions des apôtres au cours de l’histoire de l’Église, n.d.r.) ne sont pas, à proprement parler, des intermédiaires humains ayant une mission identique à celle qu’eurent les médiateurs de l’AT ; ils n’ajoutent pas une nouvelle médiation à celle de l’unique médiateur : ils ne sont que les moyens concrets utilisés par celui-ci pour parvenir aux hommes. (…) Évidemment, cette fonction cesse une fois que les membres du Corps du Christ ont rejoint leur tête dans sa gloire. Mais alors, à l’égard des membres de l’Église qui luttent encore sur la terre, les chrétiens vainqueurs exercent encore une fonction d’un autre ordre. Associés à la royauté du Christ (Ap 2,26s ; 3,21 ; cf. 12,5 ; 19,15), qui est un aspect de sa fonction médiatrice, ils présentent à Dieu les prières des saints d’ici-bas (5,8 ; 11,18), qui sont l’un des facteurs de la fin de l’histoire.
Commentant le rôle des « prêtres » dans le livre de l’Apocalypse, les commentateurs n’hésitent pas non plus à appeler les chrétiens « médiateurs », car l’office sacerdotal, explicitement attribué aux croyants en Jésus (voir Apocalypse 1,6 ; 5,10 et 20,6), n’est pas autre chose qu’un office de médiation entre Dieu et les hommes. Nous citons quelques exemples (souligné toujours par moi) :
Les chrétiens partagent l’autorité du roi des rois, se constituant en médiateurs sacerdotaux dans le monde de l’humanité.[17]
Le grec « hiereis » – prêtres – apparaît en opposition à « basileian » – royaume – et souligne le rôle médiateur des croyants dans leur consécration au service de Dieu.[18]
… les membres du nouvel Israël, en vertu de leur incorporation par le baptême au Christ, Prêtre et Roi (cf. Ex 19,6 ; Is 61,6 ; 1 P 2,9), deviennent eux aussi médiateurs de la Nouvelle Alliance.[19]
Comme on le voit, ce n’est pas que nous inventions une interprétation pour justifier des traditions humaines : bien des gens, connaisseurs du texte biblique et de la vie chrétienne, affirment que les Écritures enseignent que les chrétiens sont médiateurs, en participant à l’office sacerdotal, prophétique et royal de Jésus-Christ.
L’office propre du médiateur
Si nous pouvons attribuer à un médiateur un office qui lui soit propre, qui le définisse comme médiateur, je pense que tous seront d’accord pour dire que celui-ci est l’intercession en faveur de quelqu’un. Rappelons que le dictionnaire nous donnait, pour le verbe « médier », la définition « intercéder ou prier pour quelqu’un ».
Dans les Écritures, le Christ apparaît comme notre grand intercesseur (grec pour « intercéder » : entunchanô), tout comme l’Esprit Saint. En ce qui concerne Jésus, Rm 8,34 est un texte particulièrement fort :
Qui est celui qui condamne ? Le Christ Jésus est celui qui est mort, bien plus, qui est ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui aussi intercède (entunchanei) pour nous.
Non moins fort et beau, He 7,25 :
C’est pourquoi Lui (Jésus) peut aussi sauver pour toujours ceux qui, par Lui, s’approchent de Dieu, puisqu’il vit toujours pour intercéder (entunchanein) en leur faveur.
Il est donc clair que Jésus « intercède » pour nous, office propre du médiateur, et il le fait en ce moment même, tandis que j’écris ces paroles ou tandis que l’aimable lecteur les lit. Or, selon les Écritures, est-ce seulement Jésus qui intercède pour nous ?
Laissant de côté l’office de l’Esprit Saint, présenté, comme nous l’avons vu, comme intercesseur, nous trouvons dans la Parole de Dieu que les hommes aussi sont intercesseurs devant Dieu en faveur de leurs frères[20]. Voyons quelques passages, sachant qu’il y en a beaucoup d’autres au contenu similaire.
Paul n’hésite pas à exprimer sa prière pour ses frères hébreux, et pour les croyants :
Frères, le désir de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux (les Hébreux) est en vue de leur salut (Rm 10,1)
… tandis qu’eux aussi (les autres croyants), par la prière en votre faveur, montrent leur ardent désir pour vous à cause de la grâce surabondante de Dieu en vous (2 Co 9,14)
… priez en tout temps dans l’Esprit, par toutes sortes de prières et de supplications, et à cet effet, veillez avec une entière persévérance et supplication pour tous les saints (Ep 6,18)
Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. La prière fervente du juste peut beaucoup (Jc 5,16)
Or, qu’est-ce que prier en faveur de quelqu’un, sinon intercéder pour lui ?
Paul ordonne de prier les uns pour les autres :
Je vous exhorte, frères, par notre Seigneur Jésus-Christ et par l’amour de l’Esprit, à combattre avec moi dans les prières que vous adressez à Dieu pour moi (Rm 15,30)
Et dans le contexte de notre verset (1 Tm 2,5), nous trouvons ce commandement de Paul :
J’exhorte donc, avant tout, à ce que l’on fasse des demandes, des prières, des intercessions (gr. enteuxeis, de entunchanô, intercéder) et des actions de grâces pour tous les hommes (1 Tm 2,1)
Remarquons dans ce passage que Paul emploie le même mot (substantivé : « enteuxeis », « intercessions ») que celui employé en Hébreux pour dire que Jésus est toujours vivant pour « intercéder » (« entunchanein ») pour nous. Pensons un instant : si Jésus intercède pour moi en ce moment, à quoi bon alors les « intercessions » que demande Paul ? Ce ne sont pas des détails accidentels et de peu d’importance, comme on peut le voir.
Pourrions-nous penser aussi au concept paulinien d’« ambassadeurs du Christ » de 2 Co 5,20 ? Qu’est-ce qu’un ambassadeur, sinon un médiateur entre le « roi » et les autres ? Jésus a-t-il besoin d’ambassadeurs-médiateurs entre lui et nous ? Beaucoup de chrétiens non catholiques martèlent sur ce point, à savoir qu’eux vont directement au Christ, tandis que nous le ferions « par la médiation » d’autres (Marie, les Saints). Mais alors, à quoi bon des « ambassadeurs du Christ » ? Jésus ne pourrait-il pas se communiquer directement à nous, ou bien user de ses anges ? Au-delà de la manière dont chacun l’explique, il y a là une vérité profonde, et c’est celle que nous essayons de mettre en lumière : l’unique médiation de Jésus ne doit pas se comprendre au sens où le font beaucoup de chrétiens non catholiques, à savoir en niant la possibilité et même la nécessité que tous intercèdent et médient les uns pour les autres devant notre Père céleste.
Laissant Paul, nous avons un très beau texte de l’Église qui intercède pour Pierre en prison, comme nous le lisons au chapitre 12 des Actes des Apôtres :
Pierre était donc gardé dans la prison, mais l’Église faisait d’ardentes prières à Dieu pour lui (Actes 12,5)
L’intercession de Jésus pour Pierre n’était-elle pas suffisante ? Pourquoi les chrétiens priaient-ils aussi pour lui ? Nous connaissons la réponse : l’intercession de Jésus n’exclut pas d’autres intercessions ; au contraire, elle les suppose, car Il a voulu nous rendre participants de son œuvre salvatrice, c’est-à-dire de son office de médiateur.
Dans le livre de l’Apocalypse, nous remarquons la présence des prières des saints, présentées à Dieu par d’autres intermédiaires, les anges :
Un autre ange vint et se tint près de l’autel, avec un encensoir d’or ; on lui donna beaucoup de parfums pour qu’il les offrît, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or qui est devant le trône. Et la fumée des parfums monta, avec les prières des saints, de la main de l’ange devant Dieu (Ap 8,3-4)
Quel est le rôle des prières des saints ? S’agit-il d’une superficialité, ou sont-elles nécessaires ?
Il y aurait tant de passages à commenter, mais nous nous arrêtons ici. Arrivé à ce point, le croyant non catholique doit faire cette réflexion : comment se peut-il que Jésus, toujours vivant pour intercéder pour nous, accepte d’autres intercesseurs, qu’ils soient hommes ou anges ? L’intercession de Jésus n’est-elle pas suffisante ? À quoi servent les prières de Paul, ou des saints, ou de n’importe quel croyant en faveur de ses frères ? Qu’ajoute la prière du juste à la prière de Jésus en notre faveur ? N’est-elle pas totalement inutile, et même blasphématoire, d’intercéder pour un frère devant Dieu, alors que Jésus est toujours vivant pour intercéder pour nous ? (He 7,25).
Mais alors… que signifie en réalité l’unicité du Christ comme médiateur ?
À ce stade, plus d’un peut se demander : mais alors, en quoi consiste la sentence paulinienne qui déclare le Christ UNIQUE médiateur entre Dieu et les hommes ? Ce discours « catholique » ne fait-il pas qu’annuler la Parole de Dieu ? Car si la Parole dit que Jésus est l’unique médiateur, pourquoi ne pas l’accepter tel qu’il est clairement écrit, et cela suffit ?
La réponse à la seconde partie de la question se trouve dans tout ce que nous avons dit jusqu’ici : l’unicité du Christ, comme nous l’avons vu, n’exclut pas notre participation à son œuvre salvatrice. Et cela, nous l’avons vu dans la Parole de Dieu elle-même.
Pour que personne n’ait le moindre doute, qu’il soit bien clair pour le lecteur qu’en effet Jésus EST L’UNIQUE MÉDIATEUR, et qu’il n’y a aucun autre nom sous le ciel par lequel les hommes puissent être sauvés (Actes 4,12).
À quoi se réfère donc 1 Tm 2,5 ? Que voulait dire clairement Paul ?
Le contexte explique le sens véritable de l’expression : elle exclut d’autres chemins, d’autres sacrifices salvifiques, d’autres systèmes de salut qui ne soient pas Lui.
Je cite ici quelques paragraphes du document de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi Dominus Iesus, qui traite tout entier précisément de ce thème ! Je prie le lecteur de lire ces lignes avec attention : il me dira ensuite si l’Église catholique n’affirme pas l’exclusivité de la médiation du Christ, et en quel sens elle l’affirme (ce qui est en gras est toujours souligné par moi) :
On répète aussi souvent la négation de l’unicité et de l’universalité du mystère salvifique de Jésus-Christ. Cette position n’a aucun support biblique. Il faut en effet croire fermement, comme un élément permanent de la foi de l’Église, la vérité sur Jésus-Christ, Fils de Dieu, Seigneur et unique sauveur, qui par son incarnation, sa mort et sa résurrection a accompli l’histoire du salut, dont il est la plénitude et le centre.
Le Nouveau Testament en témoigne clairement : « Le Père a envoyé son Fils comme sauveur du monde » (1 Jn 4,14) ; « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). Dans son discours devant le sanhédrin, pour justifier la guérison de l’impotent de naissance réalisée au nom de Jésus (cf. Actes 3,1-8), Pierre proclame : « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Actes 4,12). Le même apôtre ajoute en outre que « Jésus-Christ est le Seigneur de tous » ; il est « le juge établi par Dieu pour les vivants et les morts » ; et donc « quiconque croit en lui recevra, par son nom, la rémission de ses péchés » (Actes 10,36.42.43).
S’adressant à la communauté de Corinthe, Paul écrit : « Bien qu’il y ait, soit au ciel, soit sur la terre, de prétendus dieux – et de fait il y a quantité de dieux et quantité de seigneurs –, pour nous en tout cas, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui viennent toutes choses et par qui nous allons » (1 Co 8,5-6). L’apôtre Jean affirme aussi : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par son entremise » (Jn 3,16-17). Dans le Nouveau Testament, la volonté salvifique universelle de Dieu est strictement reliée à la médiation unique du Christ : « [Dieu] veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous » (1 Tm 2,4-6).
Parce que conscients du don de salut unique et universel offert par le Père en Jésus-Christ dans l’Esprit (cf. Ep 1,3-14), les premiers chrétiens se sont tournés vers Israël pour lui montrer l’accomplissement du salut au-delà de la Loi. Ils se sont ensuite adressés au monde païen d’alors, qui aspirait au salut par une pluralité de dieux sauveurs. Cet héritage de foi a été récemment proposé à nouveau par le Magistère de l’Église : « L’Église, quant à elle, croit que le Christ, mort et ressuscité pour tous (cf. 2 Co 5,15), offre à l’homme, par son Esprit, lumière et forces pour répondre à sa très haute vocation. Elle croit qu’il n’est pas d’autre nom donné aux hommes par lequel ils doivent être sauvés (cf. Actes 4,12). Elle croit aussi que la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine se trouve en son Seigneur et Maître ».
Il faut donc croire fermement comme vérité de foi catholique que la volonté salvifique universelle du Dieu Un et Trine est manifestée et accomplie une fois pour toutes dans le mystère de l’incarnation, mort et résurrection du Fils de Dieu.[21]
Voilà la doctrine de l’Église catholique. Il est clair qu’on affirme ici, sans l’ombre d’un doute, que Jésus est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes, et qu’il n’y en a aucun autre. Et celui qui ne croit pas cela n’est tout simplement pas catholique. Tel est le sens, selon l’Église, des paroles de Paul. Ou, pour le rendre plus clair encore : ce que Paul dit, c’est que ni le Gnosticisme, ni Confucius, ni Bouddha, ni Mahomet, ni le New Age, ni le Dr Moon, ni la méditation transcendantale, ni le nirvana, ni la gymnastique du Yoga, ni le spiritisme, ni l’idéologie communiste, ni la nazie, ni le libéralisme, ni aucune autre créature du passé, du présent ou de l’avenir, ne peut jamais être tenu pour médiateur entre Dieu et les hommes, mais seulement Jésus-Christ, et EN Lui toute l’Église, qui est inséparablement son corps, et qui est du Christ « sa plénitude » (Ep 1,23). Nous le répétons une fois encore : les médiations des chrétiens les uns pour les autres sont faites dans le Christ, et ce n’est donc pas cela que Paul veut exclure ; au contraire, il les demande lui-même (comme nous l’avons vu plus haut).
La médiation des saints
Lorsque les catholiques invoquent l’intercession de Marie ou des saints, ils font la même chose que fait un chrétien lorsqu’il demande à un autre de prier pour lui. En réalité, lorsque les frères évangéliques « prient » pour quelqu’un, ils font office de médiateurs entre Dieu (à qui ils adressent la prière) et la personne (en faveur de laquelle ils prient). Me trompé-je ? S’ils n’exercent pas l’office de médiation (médier, c’est « intercéder » pour quelqu’un), que font-ils ?
La médiation qu’exerce un chrétien lorsqu’il prie pour un autre (que ce soit parmi les vivants, ou de la part de ceux qui « sont avec le Christ », les saints, en notre faveur) est une médiation DANS LE CHRIST, non en marge de lui ni parallèle à la sienne. Cet office de médiateurs n’annule pas l’unique médiation de Jésus, car la nôtre est une médiation participée de l’UNIQUE médiation du Christ, à la manière dont la lune irradie une lumière qui n’est pas la sienne, mais celle du soleil. Toute la première partie de cet article a été consacrée à démontrer précisément comment, dans les Écritures, il y a bien des qualités attribuées exclusivement à Dieu qui sont ensuite attribuées aussi aux croyants.
Concernant la médiation des saints (chrétiens qui sont déjà avec le Christ), le Catéchisme de l’Église Catholique (956) enseigne :
Étant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l’Église en sainteté… Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus… Ainsi leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité.
Aussi incroyable que cela paraisse, tant de chrétiens pensent qu’un croyant, tant qu’il était vivant, pouvait prier le Père pour un autre frère, mais qu’une fois qu’il meurt et est avec le Seigneur (cf. Ph 1,23 ; 2 Co 5,8)… il ne peut plus prier ! Dieu, qui est un Dieu de vivants et non de morts, et pour qui tous vivent, ne permettra-t-il pas que l’amour continue à intercéder pour la personne aimée ? Une telle chose est-elle seulement pensable ? La mort peut-elle donc nous séparer du Christ ?
Un mot en particulier pour la médiation de Marie, la Mère de Jésus, qui, au pied de la croix, reçut de son Fils la charge d’être mère de tous les croyants[22]. Le Catéchisme de l’Église Catholique, numéro 970, dit :
« Le rôle maternel de Marie à l’égard des hommes n’offusque cependant et ne diminue en rien l’unique médiation du Christ : il en manifeste au contraire la vertu. Car toute influence salutaire de la part de la bienheureuse Vierge… découle de la surabondance des mérites du Christ ; elle s’appuie sur sa médiation, dont elle dépend en tout et d’où elle tire toute sa vertu ». « Aucune créature en effet ne peut jamais être mise sur le même plan que le Verbe incarné et rédempteur. Mais tout comme le sacerdoce du Christ est participé sous formes diverses, tant par les ministres que par le peuple fidèle, et tout comme l’unique bonté de Dieu se répand réellement sous des formes diverses dans les créatures, ainsi l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite au contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l’unique source.
La médiation angélique
Et que penser de l’action des anges ? Si Jésus est l’unique médiateur à la manière dont l’entendent tant de frères non catholiques, quelle place occupent les anges, qui « sont au service de ceux qui doivent hériter du salut » ? (He 1,14) La médiation des anges n’en est-elle pas une ? Dans l’Apocalypse, ils apparaissent offrant à Dieu les prières des saints… Leur participation à l’œuvre du salut ôte-t-elle son exclusivité à l’unique médiation du Christ ? Devons-nous rejeter l’aide des anges au nom de l’unique médiation du Christ ? Le Christ veut se servir des anges pour nous favoriser dans notre salut ; allons-nous dire, nous, que nous n’avons pas besoin d’eux, parce que nous allons directement à Dieu ?
Apocalypse 8,3-4 présente les prières des saints portées à Dieu par le moyen des anges. La question que nous nous posons est : le Christ, l’Agneau immolé, a-t-il besoin d’autres médiateurs entre Dieu et les hommes ? Jésus se fâche-t-il contre les anges qui présentent à Dieu les prières ? Bien sûr que non, car si les anges peuvent être en quelque manière médiateurs, cela n’est possible que grâce à la médiation de Jésus ; la médiation angélique, en effet, serait absolument inefficace sans le salut que nous a obtenu le Christ et le Christ seul. Mais dans le Christ, l’œuvre des anges est efficace à notre égard, comme est efficace la prière du juste (épître de Jacques), et il s’agit certainement d’une médiation de salut : ils sont placés au service « de ceux qui doivent être sauvés ».
Conclusion
La solution de fond concernant cette question réside dans l’union indissoluble entre le croyant et le Christ, que l’Église catholique a comprise, vécue et développée au cours de sa longue histoire déjà, et qu’une mentalité fondamentaliste ne peut comprendre. Lorsque Jésus s’approche de « son heure » et parle le cœur sur la main, on entend des paroles comme celles-ci, encore et encore : « Moi en vous, vous en moi » (voir Jean 13-17). « Ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi », dira Paul. Quel Christ vit en Paul ? Le Christ Fils, le Christ fondement, le Christ médiateur, le Christ prêtre, le Christ pasteur, le Christ maître, etc. EN CHRIST et PAR LE CHRIST, Paul et le croyant sont eux aussi fondement, fils, médiateurs, prêtres, pasteurs, maîtres, pères, lumière, etc.
Pour Paul, c’était là une chose qu’il avait expérimentée dès son premier contact avec le Seigneur, lorsque, sur le chemin de Damas, « et tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? ; et il dit : Qui es-tu, Seigneur ? Et Lui répondit : Je suis Jésus, que tu persécutes » (Actes 9,4-5). Paul persécutait Jésus ? Mais Jésus était mort, et Paul ne croyait pas à la résurrection ! Pourquoi Jésus dit-il « ME » persécutes-tu ? Pourquoi ne dit-il pas : « tu persécutes l’Église » ou « tu persécutes mes disciples » ? Ne serait-ce pas peut-être parce que le Christ n’est plus séparable de son Corps, l’Église ?
Comme la vigne et les sarments : « celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit », « et fera des œuvres plus grandes » que celles de Jésus (Jean 15,2). Des œuvres plus grandes que celles de Jésus ?
Et que dire du « qui vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette » ? (Lc 10,16) Nous rendons-nous compte du poids de cette « interdépendance » entre Jésus et ses apôtres ? N’en superficialisons-nous pas l’interprétation ?
À mon avis, le problème principal d’une interprétation petite et « conflictuelle » de l’Écriture, comme il arrive avec le fondamentalisme chrétien, n’est pas une chose de peu d’importance. Celui qui a cette vision de l’évangile se ferme à la possibilité de vivre en plénitude le don du Christ. Il est important d’accueillir le message évangélique dans toute sa plénitude, et de ne pas rester à une certaine distance. Si Jésus veut nous rendre un avec lui, nous ne pouvons nous contenter d’aucune autre chose que d’être un avec lui. En errant sur la compréhension des Écritures et de la puissance de Dieu, nous errons « gravement » (Mc 12,27). Ce ne sont pas des vétilles, des discussions sans importance : refuser de recevoir le message du Christ tel que le Père l’a pensé fait que le croyant s’auto-exclut de la communication que Dieu veut lui faire de lui-même. Il ne suffit pas de « ne pas être loin du Royaume de Dieu » (Mc 12,34), il faut « entrer » (Mt 23,13). Selon le quatrième évangile, croire n’est jamais une simple profession de foi, un « accepter » Jésus comme sauveur une fois pour toutes et être ainsi « sauvé irréversiblement », mais il s’agit de « vivre la filiation divine » jusqu’aux ultimes conséquences, totalement, en vivant en communion inséparable avec Jésus, jusqu’à donner sa vie s’il le fallait. Jésus et le croyant, pourrait-on dire, sont « une seule chose » (voir par exemple Jean 14,20 ; 15,4-9)[23]. Et non seulement avec Jésus, mais, formant avec lui un seul corps, nous sommes aussi « membres les uns des autres » (Rm 12,4-5).
J’espère que le lecteur catholique aura trouvé là de bons éléments pour approfondir sa foi. Quant au lecteur non catholique, je ne sais si cet article le convaincra de ce que nous croyons, mais au moins il lui donnera matière à réflexion. Même s’il ne partage pas notre doctrine, il devra reconnaître que les textes bibliques que nous avons cités sont là, et qu’ils disent que Dieu a voulu nous rendre participants de son office de médiateur.
Il ne reste plus qu’à espérer que l’Esprit Saint poursuive le travail, car c’est Lui, en vérité, le véritable maître intérieur.
Auteur : Abbé Juan Carlos Sack
Source : Apologetica.org
Notes
- La grande question sera toujours celle-ci : qui interprétera correctement ce qui est dans la Bible ? Beaucoup s’empressent de dire : « l’Esprit Saint »… Cela sonne bien, mais en réalité cela donne lieu aux si nombreuses croyances distinctes et en grande partie opposées des dénominations fondamentalistes, non par la faute de l’Esprit Saint, mais de ceux qui se croient les véritables interprètes des Écritures. Tandis que j’écris ces lignes, quelque « église » chrétienne non catholique est en train de se diviser, malheureusement, et sans doute les uns comme les autres le font parce que « l’Esprit Saint le leur a mis au cœur » telle ou telle chose. Luther le disait déjà, bien découragé quelques années après ses fameuses « 95 thèses » : « Il y a presque autant de sectes et de croyances que de têtes ; celui-ci n’admet pas le Baptême ; celui-là rejette le Sacrement de l’autel ; un troisième dit qu’il y a un monde intermédiaire entre le présent et le jour du jugement ; il ne manque pas de gens qui enseignent que Jésus-Christ n’est pas Dieu. Il n’y a personne, cependant, si bouffon soit-il, qui n’affirme être inspiré par l’Esprit Saint, et qui ne considère comme prophéties ses rêves et ses divagations ». Pourquoi cela arrive-t-il, si la Parole de Dieu est UNE ? Personne ne doute que la Bible soit « infaillible » et qu’elle soit la Parole de Dieu, mais… l’interprétation qu’en donnera chaque chrétien est-elle infaillible elle aussi, du moment qu’il croit qu’elle vient de l’Esprit Saint ? De toute façon, cela fait l’objet d’autres articles, déjà présents sur Apologetica.org. ↩
- Nombreux sont les catholiques qui proviennent de communautés chrétiennes fondamentalistes, et non peu ceux qui considéraient l’Église catholique comme la personnification de l’Antéchrist. Mais ce qui caractérisait particulièrement ceux-là, c’est qu’ils n’avaient perdu ni la capacité de penser ni la disposition à suivre la vérité coûte que coûte, ce qui, en fin de compte, fit la différence. Puisse l’aimable lecteur appartenir à ce groupe ; s’il en est ainsi, je crois que cet article l’intéressera. ↩
- Je pense concrètement à DS, par exemple, qui affirme connaître le catholicisme, puisqu’il y a vécu « pendant 32 ans ». Mais selon ses paroles « l’idée de Dieu qu’on m’avait transmise était celle de ce bon petit vieux à la barbe blanche qui est assis sur le Trône du Ciel, qui nous aime et nous attend. On ne m’a jamais enseigné Sa Majesté, Sa Souveraineté, Son Autorité Suprême sur le bien et le mal… » Le lecteur jugera si DS connaît le catholicisme. Si dans le catholicisme on enseignait que Dieu n’est pas Souverain ou n’a pas autorité sur le mal, non seulement DS, mais le monde entier devrait fuir en courant une telle Église. À supposer que soit vrai ce que dit ce frère, il faudra sans nul doute reprocher à ses catéchistes et à ses prêtres (et en premier lieu à ses parents) de lui avoir transmis un message NON catholique. De toute façon, le fait que l’Église traverse des moments de crise en certains lieux et à certaines périodes ne la disqualifie pas comme église véritable. Rappelons ce qui arriva au peuple d’Israël : pratiquement TOUTE sa vie il fut infidèle à Yahvé, avec idolâtries, homicides, injustices, adultères… et un long etcétéra ; cessa-t-il pour autant d’être le peuple élu ? Non. Les enseignements de l’Ancien Testament cessent-ils d’avoir de la valeur ? Non. Ainsi en va-t-il aussi de l’Église. Et attention : nous, catholiques, avons 2000 ans d’existence, et il s’agit d’un milliard de personnes à ce jour : devons-nous nous attendre à ce que tous et toujours soient un saint Paul ? Plût à Dieu ! En ce sens, les dénominations fondamentalistes n’ont ni une longue histoire, ni une église visible que l’on puisse « réprimander » pour quoi que ce soit, ni des pasteurs visibles qui se rendent responsables des faits. De cette manière, elles peuvent passer pour « justes », toujours et partout ; de fait, l’une des armes brandies contre l’Église catholique sont les « péchés » historiques des catholiques, en faisant la sourde oreille aux demandes de pardon déjà répétées de la part du Pape Jean-Paul II, et surtout en se retranchant derrière une réalité qui, finalement, leur est contraire : elles ne sont pas répréhensibles précisément parce qu’elles n’existaient pas durant bien des siècles de l’histoire de l’Église. L’Église catholique n’a jamais proclamé qu’elle était impeccable, de sorte que nous, catholiques, ne nous effrayons pas de la présence de l’ivraie dans le champ du Seigneur. Lc 18,9-14 fait aussi partie du message évangélique. ↩
- Il y a peu, un TJ me reprochait : « Dites-moi vous quand l’Église catholique s’est consacrée à prêcher l’évangile… et quand elle a souffert la persécution ». Inutile de dire que nous ne pouvons perdre notre temps à répondre à de semblables messages. Par respect pour les millions de catholiques missionnaires et martyrs. ↩
- Nous nous empressons de dire que tant l’analogie que la participation sont, en réalité, des éléments de la vie et du langage quotidiens, qui ont simplement été étudiés et approfondis par de grands penseurs, pour le profit de tous. Nous ne parlons d’aucune invention philosophique étrange : celui qui n’accepterait pas l’idée d’analogie ou de participation ne pourrait même pas parler avec son voisin. Cela deviendra plus clair à mesure qu’avancera l’explication. ↩
- Certains diront que j’apporte de l’eau à mon moulin, en faisant une interprétation « catholique » et « forcée » du texte. Pour prouver qu’il n’en est rien, je transcris le commentaire d’Andrew T. Lincoln, protestant, dans son ouvrage sur l’épître aux Éphésiens, publié dans la prestigieuse collection « Word Biblical Commentary », à titre de simple échantillon montrant que je ne me meus pas selon un critère personnel et aveugle. Voici ce qu’écrit cet auteur : (en synthèse, pour qui ne lit pas l’anglais, il dit exactement la même chose que ce que j’ai dit plus haut, à savoir qu’ici les apôtres ne posent pas le fondement, mais qu’ils sont eux-mêmes le fondement) : « The apostles and prophets are no longer seen as those who lay the foundation of Christ or who build upon it but as the foundation itself. Some have taken the genitive as a subjective genitive, “the foundation laid by the apostles and prophets” (e.g., Meyer, 142; neb; gnb), but such an interpretation, which is sometimes motivated by the desire to harmonize Eph 2:20 with 1 Cor 3:11, introduces total confusion into the writer’s use of metaphor, because it makes Christ both the foundation and the keystone. With the vast majority of commentators we should take the genitive as appositional, i.e., the foundation which the apostles and prophets constitute » (souligné par moi). Comme l’affirme Lincoln, la grande majorité des commentateurs (de toutes confessions) interprète ce passage comme nous le faisons. ↩
- Une curiosité : dans toutes les versions anglaises, le mot « hedraiôma » – que nous traduisons ici par « soutien » – est traduit par « foundation », c’est-à-dire le même mot qu’emploient ces mêmes bibles – protestantes et catholiques – pour 1 Co 3,11 ; en d’autres termes, pour tout le monde anglophone, catholique ou protestant, le Christ est « foundation » – 1 Co 3,11 – et l’Église est « foundation » – 1 Tm 3,15. ↩
- En philosophie, cette manière de voir les choses s’appelle determinatio ad unum ; un bon exemple en est Luther lui-même. Il pensait que l’épître de Jacques était « de paille », qu’Apocalypse ne révélait rien et qu’Hébreux ne mène pas au Christ…, parce qu’il avait fortement découvert la vérité du salut par la foi (l’arbre), mais en oubliant le reste des Écritures (la forêt), de telle sorte que ce qui ne cadrait pas avec sa vision des choses, il le déclarait « doctrine de paille », « ordure papiste », etc., etc., etc. Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens le justifient et le considèrent comme un héros, lui pardonnant toutes ses erreurs (comme les publications de Chick, ou En la Calle Recta, etc.), mais je ne crois pas que ce soit là être amis de la vérité. Si le moine allemand avait conservé sa vision catholique, il aurait pu être un grand réformateur, un véritable réformateur, sans avoir besoin d’écarter des livres entiers du Nouveau Testament. Par la grâce de Dieu, le Concile de Trente déclara dogmatiquement que tant Hébreux qu’Apocalypse, comme toutes les lettres de Jean, comme Jacques, étaient Parole de Dieu autant que le reste, et non « de paille », comme le pensait le « réformateur ». ↩
- Ainsi l’entendait un évangélique qui, devant ma mise en question, me répondit : « Eh bien, Paul n’est pas Dieu, il a pu se tromper, tant pis pour lui ; moi je suis les paroles de Jésus et je n’appelle personne “père” ». Qu’est-ce qui conduit un chrétien à penser ainsi ? ↩
- Lo starets Ignazio, Lipa Edizioni, Rome (2000), pp. 8-10. ↩
- Cette expression de Paul pose problème à plus d’un chrétien, peut-être parce qu’ils ont reçu un évangile différent de celui de Paul, et que cette expression, parmi bien d’autres, ne cadre pas avec cet « évangile ». Un ancien chrétien fondamentaliste me disait que, du moins dans sa congrégation, on n’avait jamais prêché sur celui-ci et sur d’autres passages, les trouvant dénués de sens. Dans le cas de cette dernière citation de Paul, que peut-il manquer à la passion de Jésus ? Il manque ma participation aux souffrances du Seigneur, au bénéfice de l’Église. ↩
- Pensons par exemple à l’apparente opposition « salut par la foi, sans les œuvres » de Paul et « salut non seulement par la foi, mais aussi par les œuvres » de Jacques ; devant cette « contradiction », Luther déclara Jacques « épître de paille ». D’autres préfèrent ne pas approfondir le sujet, ou l’expliquer avec tant de subtilités que finalement on nie ce que Jacques est en train de dire. Une fois, quelqu’un me dit : « ce que dit Jacques est une seule citation, tandis que ce que dit Paul, ce sont de nombreuses citations »… Il tombe sous le sens que ce n’est pas là une solution. Suivant l’Église catholique, nous optons pour conserver tout ce qui est dans la Bible, et spécialement ce qui présente le plus de difficulté, car Dieu est infiniment plus grand que ce que nous pouvons comprendre de Lui, et les mystères (et apparentes contradictions) de la révélation, il faut les conserver, à moins que nous ne voulions nous faire un Dieu à notre mesure, comme l’ont fait les Mormons, les Témoins de Jéhovah, Moon, etc. ↩
- Dans son magnifique commentaire de l’évangile de saint Jean : « Selon Jean », désormais traduit en italien. ↩
- Toute l’épître de Paul aux Colossiens, selon la majorité des commentateurs, serait une mise en garde contre l’hérésie primitive des docètes, qui s’était déjà répandue dans les communautés apostoliques, du vivant même des apôtres, comme le démontrent aussi les lettres de Jean. ↩
- Dans Dizionario di Paolo e delle sue Lettere, Milan (2000), 376. ↩
- Barcelone (1980), 518-523. ↩
- W. Harrington, Revelation, dans Sacra Pagina, Collegeville (1993), 48. ↩
- R. Mounce, The Book of Revelation, dans The New International Commentary of the New Testament, Grand Rapids (1998), 50. Dans une note de la page 371, cet auteur protestant commente : « L’un des mots latins pour prêtre est pontifex, c’est-à-dire “constructeur de ponts”. Le rôle du prêtre est d’établir un pont entre Dieu et l’humanité ». ↩
- M. Ford, Revelation, dans The Anchor Bible, Garden City (1975), 378. ↩
- Précisons que la prière que l’on adresse à Dieu et celle que l’on adresse à un saint sont deux choses radicalement et absolument différentes : lorsqu’on demande l’intercession d’un saint, il s’agit du même cas que celui de quelqu’un qui demande à un frère ici sur la terre de « prier pour lui ». Mais nous ne pouvons traiter ici tous les aspects de la question. Nous renvoyons aux enseignements du Catéchisme de l’Église Catholique au sujet de la prière (c’est-à-dire la quatrième des quatre parties en lesquelles le catéchisme est divisé). ↩
- Numéros 13 et 14 de la déclaration. Vous pouvez télécharger tout le texte de ce très beau document christologique sur http://www.apologetica.org/dominus_iesus.htm. ↩
- Et pourquoi donna-t-il à Jean une autre mère, si Jean en avait déjà une ? L’auteur aurait-il consigné ce beau dialogue s’il s’agissait d’une éventualité passagère sans rapport avec les chrétiens de tous les temps ? ↩
- Voir le chapitre 12 de la Première aux Corinthiens, pour une compréhension plus profonde de l’unité du corps du Christ, tête et membres. ↩