L’une des vérités les plus profondes et les plus importantes de la foi chrétienne est contenue dans le dogme de la Très Sainte Trinité. La foi trinitaire enseigne l’existence d’un seul Dieu en Trois Personnes distinctes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Une seule et même nature divine, mais trois Personnes distinctes.
Aujourd’hui, le nombre de dénominations protestantes qui rejettent le dogme trinitaire augmente considérablement, la plupart d’entre elles ayant repris certaines des anciennes hérésies christologiques.
Comment comprendre la Trinité ?
Les théologiens précisent que les mots « nature » et « personne » ne se prennent pas ici au sens courant des termes, mais selon le langage philosophique, qui est plus précis. La nature ou essence des êtres est ce qui fait que les choses sont ce qu’elles sont ; le principe qui les rend capables d’agir en tant que telles (par exemple, la nature de l’homme est d’être un animal rationnel composé d’une âme et d’un corps). La personne, en revanche, est le sujet qui agit, et en chaque homme il n’y a qu’une seule nature et une seule personne. En Dieu, au contraire, il n’en va pas ainsi : une seule Nature soutient une Trinité de Personnes.
C’est pourquoi il est impossible à l’intelligence humaine de comprendre le mystère de la Très Sainte Trinité. L’effort rationnel des théologiens (parmi lesquels nous avons saint Thomas d’Aquin) a tenté de l’illustrer de la manière suivante :
Comme les trois divines Personnes ne se distinguent ni par leur Nature, ni par leurs perfections, ni par leurs œuvres extérieures, elles ne se distinguent que par leur origine.
Elles ne se distinguent pas par leur nature, parce qu’elles ont une nature commune, la Nature divine. Ainsi, il n’y a pas trois dieux, mais un seul Dieu.
Elles ne se distinguent pas par leurs perfections, parce que celles-ci s’identifient à la Nature divine. Ainsi, aucune des trois Personnes n’est plus sage ou plus puissante, mais toutes possèdent une sagesse et un pouvoir infinis ; aucune n’est antérieure aux autres, mais toutes sont également éternelles.
Elles ne se distinguent pas par leurs œuvres extérieures, car, les trois ayant la même Toute-Puissance, ce que l’une accomplit à l’égard de la créature, les deux autres l’accomplissent également.
Elles ne se distinguent que par leur origine, parce que le Père ne provient d’aucune personne ; le Fils est engendré par le Père ; et le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, comme d’un seul principe. C’est ce qui empêche qu’une Personne soit confondue avec les autres.
Ricardo Sada Fernández[1], dans son étude sur la Trinité, nous explique cela d’une manière très didactique :
En premier lieu, considérons Dieu le Père. Celui-ci, dans sa sagesse infinie, en se connaissant lui-même, formule une pensée de lui-même. Nous, bien souvent, nous faisons quelque chose d’analogue lorsque nous pensons à nous-mêmes et que nous nous formons un concept sur notre propre moi, c’est-à-dire « ce que nous sommes à nos propres yeux ». Il y a cependant une très grande différence entre notre propre connaissance et celle que Dieu a de lui-même. Notre connaissance de nous-mêmes est imparfaite, incomplète (« nul n’est bon juge en sa propre cause »). Et même, si nous nous connaissions parfaitement — c’est-à-dire si notre concept sur notre propre moi était une très claire reproduction de nous-mêmes —, ce ne serait qu’une pensée qui ne sortirait pas de notre intériorité, sans existence indépendante, sans vie propre. La pensée cesserait d’exister, même dans mon esprit, dès que je tournerais mon attention vers un autre sujet.
S’agissant de Dieu, les choses sont très différentes. Sa pensée de lui-même est très parfaite : elle embrasse complètement tous et chacun des aspects de son infinité. Mais une pensée très parfaite, pour l’être vraiment, doit posséder une existence propre (si elle peut disparaître, cette perfection lui manquerait). Sa pensée est si infiniment complète et parfaite qu’il l’a reproduite avec une existence propre. L’image que Dieu voit de lui-même, la Parole silencieuse par laquelle il s’exprime éternellement lui-même, doit avoir une existence propre, distincte. Cette Pensée vivante dans laquelle Dieu s’exprime parfaitement lui-même, nous l’appelons Dieu le Fils. Dieu le Père est Dieu se connaissant lui-même ; Dieu le Fils est l’expression de la connaissance que Dieu a de lui-même. C’est pourquoi la seconde Personne de la Très Sainte Trinité est appelée Fils, précisément parce qu’elle est générée de toute éternité, engendrée dans l’esprit divin du Père.
De plus, comme cette génération est intellectuelle, on l’appelle « Verbe », c’est-à-dire « Parole ». Dieu le Fils est la « Parole intérieure » que Dieu le Père prononce lorsque sa sagesse infinie connaît son essence infinie.
À présent, Dieu le Père (Dieu se connaissant lui-même) et Dieu le Fils (la connaissance que Dieu a de lui-même) contemplent la nature qu’ils possèdent tous deux en commun. En se voyant (nous parlons, bien entendu, à la manière humaine), ils contemplent dans cette nature le beau et le bien à un degré infini. Et puisque le beau et le bien produisent l’amour, la Volonté divine meut ces deux Personnes à un acte d’amour infini, l’Une envers l’Autre. Puisque l’amour de Dieu pour lui-même, comme la connaissance de Dieu de lui-même, sont de la même nature divine, cet amour doit être un amour vivant. Cet amour infiniment parfait, infiniment intense, qui émane éternellement du Père et du Fils est celui que nous appelons Saint-Esprit, « qui procède du Père et du Fils ». C’est la troisième Personne de la Très Sainte Trinité. Le Saint-Esprit est l’« Amour subsistant », l’« Amour fait Personne ».
Préfigurations de la Trinité : de l’Ancien au Nouveau Testament
« Dieu dit : “Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance…” »[2]
De même que la Révélation divine a été progressive, ainsi l’a été la manière dont Dieu s’est progressivement révélé lui-même aux hommes.
La Tradition chrétienne a vu les textes où Dieu parle au pluriel[3] comme un dialogue entre les Personnes divines. Notez qu’il dit : « Faisons… » et non « je ferai ».
Certes, ce texte ne dit pas explicitement à qui Dieu parlait, mais on en déduit que c’est entre les Personnes divines, car, quel que soit celui à qui Dieu s’adressait, il prit part à l’œuvre de la création (il n’aurait pas dit « faisons » si celui à qui il parlait n’avait été qu’un simple observateur, de même que vous ne diriez pas à quelqu’un « mangeons » pour qu’il se borne à vous regarder manger).
L’homme est créé à l’image de celui qui crée, fait qui devient évident lorsque Dieu parle de faire l’être humain « à notre image, comme notre ressemblance », et lorsqu’il est dit « à l’image de Dieu il le créa ».
L’interprétation selon laquelle, dans ce texte, Dieu parlait aux anges, présente de multiples difficultés. En premier lieu, parce que l’Écriture déclare que Dieu a tout fait seul et sans aucune aide (ce qui exclut les anges).
« Ainsi parle Yahvé, ton rédempteur, celui qui t’a modelé dès le sein maternel, c’est moi, Yahvé, qui ai fait toutes choses, qui seul ai déployé les cieux, affermi la terre, sans personne avec moi. »[4]
« Ma main a fondé la terre, ma droite a tendu les cieux, moi, je les appelle et tous ensemble ils se présentent. »[5]
« Tu oublies Yahvé, ton créateur, qui a tendu les cieux et fondé la terre… »[6]
On en déduit que celui à qui Dieu parlait était aussi Yahvé et Dieu, ce que confirme l’Évangile de Jean lorsqu’il dit :
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. »[7]
Ce texte, qui fait également référence au moment de la création, est plus explicite, et l’on peut déjà relever deux choses :
1) Quel que fût celui à qui Dieu parlait, l’un d’eux était sa Parole (logos), par laquelle « tout fut fait » et sans laquelle « rien ne fut ».
2) La Parole (logos) n’a pas non plus été créée, car si tout ce qui peut être qualifié de « fait » a été fait par la Parole, il serait contradictoire de penser la Parole elle-même comme « ouvrage » d’elle-même.
De tout ce qui précède, on peut conclure que celui qui est appelé la Parole, a pris part à l’œuvre créatrice et est par conséquent également Yahvé.
Tout au long de l’histoire, cette explication a été donnée par de nombreux Pères de l’Église primitive. Saint Irénée, évêque et disciple de saint Polycarpe, qui était lui-même disciple de l’Apôtre saint Jean, explique au IIe siècle :
« Que le Verbe, c’est-à-dire le Fils, ait toujours été avec le Père, nous l’avons démontré de multiples manières. Et que sa Sagesse aussi, c’est-à-dire l’Esprit, était avec Lui avant la création. »[8]
« Ce ne sont donc pas les anges qui nous ont faits ou formés. Ils ne sauraient faire une image de Dieu ; et aucun autre non plus n’en serait capable, sinon le Verbe de Dieu ; aucune puissance autre que le Père de tous ne saurait non plus y parvenir. Dieu n’avait besoin de personne pour exécuter ce que Lui-même avait prédéterminé de faire, comme s’il ne disposait pas de ses propres mains. Sont en effet toujours avec Lui le Verbe et la Sagesse, le Fils et l’Esprit, par lesquels et en lesquels il fit toutes choses librement et spontanément. C’est à eux que s’adresse le Père en disant : Faisons l’homme à notre image et ressemblance. »[9]
Tertullien maintient la même idée :
« Si la pluralité dans la Trinité te scandalise, comme si elle n’était pas liée dans la simplicité de l’union, je te demande : comment est-il possible qu’un être qui est purement et absolument un et singulier parle au pluriel : “Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance” ? N’aurait-il pas dû dire plutôt : “Je fais, moi, l’homme à mon image et à ma ressemblance”, puisqu’il est un être unique et singulier ?
Cependant, dans le passage qui suit, nous lisons : “Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous.” Ou bien Dieu nous trompe ou se joue de nous en parlant au pluriel, s’il est unique et singulier ; ou bien s’adressait-il peut-être aux anges, comme l’interprètent les Juifs, parce qu’ils ne reconnaissent pas le Fils ? Ou bien serait-ce peut-être parce qu’il était à la fois Père, Fils et Esprit qu’il parlait au pluriel, se considérant comme multiple ?
En réalité, la raison est qu’il avait à ses côtés une seconde personne, son Fils et son Verbe, et une troisième personne, l’Esprit dans le Verbe. C’est pourquoi il a délibérément employé le pluriel : “Faisons… notre image… un de nous.” Avec qui, en effet, créait-il l’homme ? À la ressemblance de qui le créait-il ? Il parlait, d’une part, avec le Fils, qui devait un jour se revêtir de chair humaine ; de l’autre, avec l’Esprit, qui devait un jour sanctifier l’homme, comme s’il parlait à autant de ministres et de témoins. »[10]
Saint Justin Martyr, apologète du IIe siècle, nous donne une explication semblable :
« … en disant ces paroles : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance… Et, afin que vous ne détourniez pas les paroles citées et ne disiez pas ce que disent vos maîtres — à savoir que Dieu se parlait à lui-même en disant “faisons”, de même que nous, quand nous allons faire quelque chose, disons “faisons” ; ou qu’il parlait aux éléments, c’est-à-dire à la terre et aux autres dont nous savons que l’homme est composé, et que c’est à eux qu’il a dit “faisons” —, je vais vous citer maintenant d’autres paroles du même Moïse, par lesquelles, sans discussion possible, nous devons reconnaître que Dieu conversait avec quelqu’un qui était numériquement distinct et en même temps rationnel. Les voici :
Et Dieu dit : Voici qu’Adam est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal. En disant « comme l’un de nous », il indique donc le nombre de ceux qui conversent entre eux, et qu’ils sont au moins deux.
Car je ne puis, pour ma part, tenir pour vrai ce que dogmatise celle qu’on appelle chez vous hérésie, ni ses maîtres sont-ils capables de démontrer que Dieu parle aux anges ou que le corps humain est l’œuvre des anges. Mais ce rejeton, réellement émis du Père, était avec Lui avant toutes les créatures, et c’est avec celui-là que le Père converse, comme nous l’a manifesté la Parole par la bouche de Salomon, en nous disant qu’avant toutes les créatures ce même être — que Salomon appelle sagesse — fut engendré par Dieu comme principe et progéniture. »[11]
Saint Augustin, dans son ouvrage La Cité de Dieu, explique :
« Cette expression “faisons l’homme” — lorsqu’il est dit que Dieu créa l’homme — pourrait également s’entendre des anges, puisqu’il ne dit pas “je ferai” ; mais puisqu’il ajoute “à notre image et ressemblance”, il n’est pas permis de croire que l’homme fut créé à l’image des anges, ou que l’image des anges et celle de Dieu sont une seule et même image ; et c’est pourquoi on comprend bien ici la pluralité de la Trinité. »[12]
Dans les textes de l’Écriture où il est dit que Dieu est « un », on utilise le mot hébreu ejad, qui peut désigner une unité composée — comme en Genèse 2, 24, où l’homme et la femme deviennent « une seule chair » — et non yajid, qui signifie « unique ». Ce mot, bien qu’il signifie « un », est compatible avec l’idée d’unité et de pluralité d’« un formé de plusieurs » (un seul Dieu en Trois Personnes divines). L’idée de la pluralité des Personnes en Dieu ne contredit pas son unicité.
Les saints Pères de l’Église ont vu dans le Trisagion une louange au Dieu Un et Trine, dans laquelle les anges louent et glorifient en disant « Saint, Saint, Saint ». Trois fois Saint, parce que les Personnes divines sont Trois ; une seule fois Seigneur, parce qu’il n’y a qu’un seul Dieu.
« Les chérubins et les séraphins, de voix inlassables, louent et disent : Saint, Saint, Saint est le Seigneur Dieu Sabaoth (Is 6, 3). Ils ne le disent pas une seule fois, pour que tu ne croies pas en une seule personne ; ils ne le disent pas deux fois, pour que tu n’excluses pas l’Esprit ; ils ne disent pas “saints”, pour que tu n’ailles pas penser à une pluralité ; mais ils le répètent trois fois et disent la même chose, afin que, même dans l’hymne, tu comprennes la distinction de la Trinité et l’unité de la divinité. En le disant, ils louent Dieu. Nous ne trouvons rien, nous non plus, de plus précieux pour louer Dieu que de l’appeler saint. »[13]
« Lorsque les séraphins glorifient Dieu en disant trois fois : Saint, Saint, Saint, Seigneur Dieu des armées (Is 6, 3), ils glorifient le Père, le Fils et le Saint-Esprit. C’est pourquoi, de même que nous sommes baptisés au nom du Père et du Fils, et aussi au nom du Saint-Esprit, nous sommes faits fils de Dieu, et non fils des dieux. Car, en effet, le Seigneur Dieu des armées, c’est le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il n’y a qu’une seule divinité, un seul Dieu en Trois Personnes. »[14]
« Lorsque [Isaïe] vit cette redoutable révélation, qui était l’indice de l’économie par le Christ — par laquelle tout l’Univers devait être rempli de la louange divine, apprendre le mystère de la Trinité et recevoir la catéchèse, la profession et le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit —, pour faire connaître cela, les séraphins proclamaient à haute voix ce cantique : Saint, Saint, Saint, le Seigneur, dont les cieux et la terre sont remplis de la louange (Is 6, 3). »[15]
Déjà, dans le Nouveau Testament, commencent à apparaître des doxologies trinitaires (prières de louange et de glorification à la Trinité).
« La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous ! »[16]
« Et cela, vous l’étiez bien, quelques-uns. Mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu. »[17]
Les premiers chrétiens n’hésitaient pas à saluer dans leurs lettres par une triple invocation où s’unissaient le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Un autre trait fondamental de la foi des premiers chrétiens était la certitude que les charismes remis à l’Église procédaient de la Trinité, et il existait chez eux l’absolue conviction que leur vie de foi, édifiée par les charismes divins, était nourrie par les trois Personnes divines :
« Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit ; diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous. »[18]
Nous ne pouvons terminer sans mentionner la formule trinitaire du baptême :
« Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. »[19]
Dans le texte précédent, nous avons le Christ ressuscité envoyant ses disciples baptiser tous les peuples « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Il ne serait pas cohérent de penser que le Christ utilise une formule baptismale qui associe Dieu à deux simples créatures ; dès lors, la formule baptismale place le Père, le Fils et le Saint-Esprit au même niveau, comme les Trois Personnes de la Trinité.
La divinité du Christ
Les preuves de la divinité du Christ que l’on peut trouver dans l’Écriture ne sont pas rares. Le Christ, seconde Personne de la Trinité, est également Dieu et consubstantiel à Dieu le Père.
L’un des textes peut-être les plus explicites se trouve dans l’Évangile de Jean, où l’Apôtre, se référant à la Parole faite chair (le Christ), la déclare Dieu :
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. »[20]
Le Christ est également appelé « Dieu avec nous », « Dieu fort » et même simplement « Dieu ».
« Or tout ceci advint pour que s’accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : “Dieu avec nous”. »[21]
« Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix. »[22]
« Il dit à son Fils : Ton trône, ô Dieu, subsiste dans les siècles des siècles, et : le sceptre de droiture est le sceptre de sa royauté. »[23]
« Et de nouveau, lorsqu’il introduit le Premier-né dans le monde, il dit : Que tous les anges de Dieu l’adorent. »[24]
« Nous sommes dans le Véritable, dans son Fils Jésus Christ. Celui-ci est le Dieu véritable et la Vie éternelle. »[25]
« Car en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez en lui associés à sa plénitude, lui qui est la Tête de toute Principauté et de toute Puissance. »[26]
Le Christ, comme seconde Personne de la Trinité, partage la gloire du Père :
« Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde. »[27]
La foi catholique rejette la doctrine hérétique qui enseigne que le Christ est un dieu moindre, créé, distinct et subordonné à Dieu le Père. Cette doctrine, connue sous le nom d’arianisme et adoptée aujourd’hui par de nombreuses sectes (comme les Témoins de Jéhovah), voit la figure du Christ d’une manière analogue à celle dont les Grecs, dans la culture païenne, voyaient Hercule par rapport à Zeus.
Thomas lui-même, qui, après avoir douté, reconnut le Christ comme Seigneur et Dieu, ne le fit pas en pensant qu’il était un « dieu » distinct et séparé du Père :
« Puis il dit à Thomas : “Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant.” Thomas lui répondit : “Mon Seigneur et mon Dieu !” »[28]
Cette acceptation explicite de la divinité du Christ, faite devant tout le Collège apostolique, ne provoqua aucun rejet ; or, si le Christ n’était pas Dieu, cela eût été un acte d’idolâtrie grossière.
Il y a également ceux qui ont tenté de voir, dans les paroles de saint Thomas, une simple expression d’étonnement du genre « Oh my God ! », bien que le texte grec ne laisse aucun doute : ces paroles se réfèrent sans équivoque à Jésus-Christ. C’est le Christ, dans cette phrase, que Thomas désigne comme son Seigneur et son Dieu.
Toutefois, cela ne signifie pas que la divinité du Christ fut nécessairement comprise pleinement par les Apôtres dès le commencement. L’Apôtre Philippe lui-même, malgré le temps passé en compagnie du Christ, n’en avait pas, dans un premier temps, pris conscience :
« Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu.” Philippe lui dit : “Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit.” Jésus lui dit : “Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : Montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. »[29]
« Moi et le Père nous sommes un. »[30]
L’égalité du Père et du Fils quant à leur nature divine se trouve exprimée dans l’Évangile, au point qu’il est ordonné d’honorer le Fils comme on honore le Père. Si Jésus-Christ n’était pas également Dieu, ce serait un acte d’idolâtrie :
« Car le Père ne juge personne ; il a donné au Fils le jugement tout entier, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. »[31]
Saint Augustin, partant de ce texte de l’Écriture, explique clairement la divinité du Fils et son égalité avec le Père quant à sa nature.
« … il n’y a pas dans la Trinité la différence que ceux-ci veulent établir, car dans la Trinité la nature est identique, comme l’est aussi le pouvoir. C’est ce qu’a dit le Fils : Afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père ; et ceux qui veulent vivre pieusement doivent adorer le Seigneur leur Dieu et ne servir que Lui seul, ce qui fut commandé par la loi divine aux anciens pères. Il ne peut en être autrement, car nous devons servir l’unique Seigneur notre Dieu avec la révérence qui est due à Dieu… Je dis que cela ne peut en aucune façon se vérifier si la Trinité tout entière n’est pas le même Seigneur notre Dieu. »[32]
Les titres de la divinité
Le Christ, en tant que véritable Dieu, porte des titres que Dieu seul possède. Tout comme le Père et le Saint-Esprit, il est le Premier et le Dernier, l’Alpha et l’Oméga et la Fin de toutes choses.
« Ainsi parle Yahvé, roi d’Israël, Yahvé Sabaot, son rédempteur : “Je suis le premier et je suis le dernier, à part moi, il n’y a pas de dieu.” »[33]
« Je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, “Il est, Il était et Il vient”, le Maître-de-tout. »[34]
« À sa vue, je tombai à ses pieds comme mort ; mais il posa sur moi sa main droite en disant : “Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant ; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clef de la Mort et de l’Hadès.” »[35]
« À l’Ange de l’Église de Smyrne, écris : Ainsi parle “le Premier et le Dernier”, celui qui fut mort et qui a repris vie. »[36]
« Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin… Moi, Jésus, j’ai envoyé mon Ange publier chez vous ces révélations concernant les Églises. Je suis le rejeton de la race de David, l’Étoile radieuse du matin. »[37]
Les trois textes précédents sont particulièrement clairs, parce que c’est Jésus qui parle et qui emploie ces titres.
Le Christ, tout comme le Père, est Dieu de Dieu, Roi des rois et Seigneur des seigneurs :
« Car Yahvé votre Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, vaillant et redoutable, qui ne fait pas acception de personnes et ne reçoit pas de présents. »[38]
« Rendez grâce au Dieu des dieux, car éternel est son amour ! Rendez grâce au Seigneur des seigneurs, car éternel est son amour ! »[39]
« Ils mèneront campagne contre l’Agneau, et l’Agneau les vaincra, car il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, avec les siens : les appelés, les choisis, les fidèles. »[40]
« Un nom est inscrit sur son manteau et sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs. »[41]
Objections contre la divinité du Christ
Argument n° 1 – Le Christ dit : « Le Père est plus grand que moi »
« Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi. »[42]
Ce texte fut en son temps l’un des plus utilisés par les ariens pour nier l’égalité du Christ avec le Père, et l’un des plus utilisés aujourd’hui par les Témoins de Jéhovah.
La difficulté tient à une mauvaise compréhension de la doctrine trinitaire. Celle-ci enseigne que le Christ, bien qu’il ne soit qu’une seule Personne, possède deux natures (l’humaine et la divine). Cela signifie qu’avant l’Incarnation le Christ n’était que Dieu, mais qu’après elle il est devenu véritablement homme, sans cesser d’être Dieu.
Puisque Jésus-Christ est une seule Personne avec deux natures, on peut lui appliquer aussi bien les propriétés qui conviennent à sa nature humaine qu’à sa nature divine (communicatio idiomatum). C’est pourquoi l’on trouve dans le Nouveau Testament des textes où est suggérée une subordination du Christ au Père, tandis que d’autres évoquent une parfaite égalité entre eux.
Saint Augustin explique à ce propos :
« Ceux qui affirment que le Fils est inférieur au Père appuient leur sentence sur les paroles du Seigneur : Le Père est plus grand que moi. Mais la vérité démontre qu’en ce sens le Fils est aussi inférieur à lui-même. Et comment ne serait-il pas inférieur à lui-même, lui qui s’est anéanti en prenant la forme d’esclave ? Toutefois, en revêtant la nature d’esclave, il n’a pas perdu la nature de Dieu, par laquelle il est égal au Père. Si donc il a pris la forme de serviteur sans perdre sa forme divine — dans sa forme de serviteur comme dans sa forme de Dieu, il est toujours le Fils unique du Père : dans sa forme divine, égal au Père ; dans sa forme de serviteur, médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus homme —, qui ne voit que, dans sa forme de Dieu, il est supérieur à lui-même, et que, dans sa forme d’esclave, il lui est inférieur ? »[43]
Il est cependant d’autres textes du Nouveau Testament qui parlent de la parfaite égalité du Fils et du Père :
« Aussi les Juifs n’en cherchaient que davantage à le tuer, puisque, non content de violer le sabbat, il appelait encore Dieu son propre Père, se faisant égal à Dieu. Jésus reprit donc la parole et leur dit : “En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement.
Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait ; et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, à vous en stupéfier. Comme le Père en effet ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut. Car le Père ne juge personne ; il a donné au Fils le jugement tout entier, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé. »[44]
Dans ce texte, on remarque que :
1) Les Juifs voulaient tuer le Christ parce qu’il se faisait l’égal de Dieu (verset 18) ;
2) Le Christ leur fait comprendre qu’il n’est pas un Dieu séparé du Père, puisqu’il ne fait rien de lui-même (verset 19) ;
3) Vient ensuite une déclaration explicite de toute-puissance, où Jésus affirme que ce que fait le Père, le Fils peut pareillement le faire (verset 19) ;
4) Enfin, on voit une déclaration de l’égalité entre le Père et le Fils : il y est dit la volonté du Père que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père (ni plus, ni moins).
Une excellente explication nous vient encore une fois de la plume de saint Augustin :
« La pupille humaine ne peut en aucune manière voir la divinité, et ceux qui la contemplent ne sont plus des hommes, mais des surhommes. C’est donc à bon droit qu’il faut entendre du Dieu Trinité les paroles : le Bienheureux et seul puissant, qui manifestera la venue de notre Seigneur aux temps fixés (1 Timothée 6, 15). L’expression : le seul qui possède l’immortalité (1 Timothée 6, 16) offre le même sens que cette autre : le seul qui opère des prodiges (Psaume 71, 18).
Je voudrais savoir comment mes adversaires l’interprètent, car s’ils l’appliquent au seul Père, comment sera vraie l’affirmation du Fils lorsqu’il dit : Tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement ? Y a-t-il rien, parmi les prodiges, de plus prodigieux que de ressusciter et de vivifier les cadavres ?
Car le Fils lui-même dit : Comme le Père ressuscite les morts et leur rend la vie, ainsi le Fils donne la vie à qui il veut (Jean 5, 19-21). Comment le Père opérerait-il seul les miracles, si ces paroles ne permettent de les entendre ni du seul Père, ni du seul Fils, mais de l’unique et vrai Dieu ? — c’est-à-dire le Père, le Fils et le Saint-Esprit. »[45]
Dans sa Réplique au sermon des ariens, il explique :
« Car les œuvres du Père et du Fils sont les mêmes, non pas que le Fils soit le même que le Père, mais parce qu’il n’est aucune œuvre du Fils que le Père n’accomplisse par son entremise, et aucune œuvre du Père qu’il n’accomplisse en même temps par le Fils.
Car tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. Les œuvres du Fils ne sont pas d’un côté et celles du Père de l’autre, mais ce sont les mêmes ; et le Fils ne les accomplit pas d’une autre manière, mais pareillement. Or, puisque le Fils ne fait pas d’autres œuvres semblables, mais les mêmes que le Père, qu’est-ce donc que les faire pareillement, sinon les faire avec la même facilité et la même puissance ?
Car si, en vérité, les deux faisaient les mêmes œuvres, mais l’un avec plus de facilité et de pouvoir que l’autre, le Fils assurément ne les ferait pas pareillement. Mais puisqu’il fait les mêmes œuvres et pareillement, en vérité les œuvres du Fils ne sont pas différentes de celles du Père, ni diverse la puissance de ceux qui opèrent. Et cela certes non sans le Saint-Esprit, car celui-ci ne peut être séparé des deux autres dans les œuvres qui doivent être accomplies par tous deux.
Ainsi, d’une même manière admirable et divine, les trois font les œuvres de tous ensemble, et les trois font les œuvres de chacun. Car le ciel et la terre et toute créature sont l’œuvre des trois. On a dit en effet du Fils : Tout fut par lui (Jean 1, 3). Mais qui osera séparer de n’importe laquelle de ces œuvres le Saint-Esprit, qui se distingue en accordant ses grâces aux saints, dont il est écrit : Mais tout cela, c’est l’œuvre d’un seul et même Esprit, qui distribue en propre à chacun comme il l’entend ?
Enfin, le Christ étant Seigneur de tous et Dieu béni au-dessus de tout, dans les siècles (Romains 9, 5), quelle œuvre, parmi toutes, pourra-t-on refuser au Saint-Esprit, qui a formé le Christ lui-même dans le sein d’une vierge ?
Car lorsque la Vierge demanda à l’ange, qui lui annonçait son futur enfantement : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? (Luc 1, 34), elle reçut cette réponse : Le Saint-Esprit descendra sur toi (Luc 1, 35). Mais on appelle œuvres de chacun celles qui manifestent l’appartenance à une personne.
Ainsi, naître d’une vierge n’appartient qu’au Fils ; la voix venue de la nuée : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé” (Matthieu 3, 17 ; 17, 5) n’appartient qu’au Père ; seul le Saint-Esprit apparut sous la forme corporelle d’une colombe. Toutefois, la Trinité tout entière forma cette chair propre au seul Fils, cette voix propre au seul Père, cette forme propre au seul Saint-Esprit. Non que chacun d’eux soit incapable, sans les autres, de réaliser ce qui doit être accompli, mais parce que l’opération ne peut être séparée : là où non seulement la nature est égale, mais indivise. Car, étant trois, chacun d’eux est Dieu, et cependant ils ne sont pas trois dieux.
Car le Père est Dieu, et le Fils est Dieu, et le Saint-Esprit est Dieu ; et le Fils n’est pas le même que le Père, ni le Saint-Esprit le même que le Père ou le Fils ; mais le Père est toujours Père, et le Fils est toujours Fils, et l’Esprit des deux n’est jamais celui d’un seul d’entre eux, soit du Père soit du Fils, mais il est toujours l’Esprit des deux.
Néanmoins, la Trinité tout entière est un seul Dieu. Qui niera en effet que ni le Père ni le Saint-Esprit, mais seul le Fils, ait marché sur les eaux ?
Seul le Fils possède une chair, en vertu de laquelle il a pu poser ses pieds sur les eaux et y marcher. Mais qu’on ne pense en aucune manière qu’il ait réalisé cela sans le Père, puisqu’il est dit de toutes ses œuvres : Mais le Père, qui demeure en moi, fait ses œuvres.
Ni sans le Saint-Esprit, car chasser les démons fut également l’œuvre du Fils. Il est vrai que la langue de cette chair, par laquelle il commandait aux démons de sortir, appartenait au seul Fils ; mais lui-même dit : Moi, je chasse les démons par le Saint-Esprit.
De même, qui sinon le seul Fils est ressuscité ? Car seul celui qui avait une chair pouvait mourir. Et pourtant, de cette œuvre par laquelle le Fils est ressuscité, le Père n’est pas demeuré étranger, puisqu’il est écrit de Lui : « Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts » (Romains 8, 11). Et le Fils lui-même ne s’est-il pas relevé ? Où donc irait se placer ce qu’il a dit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai » (Jean 2, 19) ?
Il affirme également qu’il a le pouvoir de livrer son âme et de la reprendre (Jean 10, 18). Et qui serait assez déraisonnable pour penser que le Saint-Esprit n’a pas coopéré à la Résurrection du Christ homme, lui qui a opéré pour que ce même Christ homme existât ? »[46]
Argument n° 2 – Le Christ n’est pas omniscient
« Quant à la date de ce jour, et à l’heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, personne que le Père, seul. »[47]
Voilà un texte fort utilisé par les ariens pour tenter de démontrer que le Christ, ne connaissant pas le jour et l’heure de la fin du monde, serait inférieur à Dieu et ne serait pas Dieu.
Il est cependant d’autres textes qui indiquent l’omniscience du Christ quant à sa nature divine :
« … afin que leurs cœurs en soient stimulés et qu’étroitement rapprochés dans l’amour ils parviennent au plein épanouissement de l’intelligence qui leur fera pénétrer le mystère de Dieu, du Christ, dans lequel se trouvent, cachés, tous les trésors de la sagesse et de connaissance. »[48]
« Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. »[49]
« Il lui dit pour la troisième fois : “Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ?” Pierre fut peiné de ce qu’il lui eût dit pour la troisième fois : “M’aimes-tu ?” et il lui dit : “Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime.” Jésus lui dit : “Pais mes brebis.” »[50]
Saint Hilaire de Poitiers en donne une explication un peu longue, mais excellente :
« 58. Mais les hérétiques comprennent comme une négation de sa nature divine cette parole : Le Père est plus grand que moi (Jean 14, 28) ; ou encore : Ce jour et cette heure, nul ne les connaît, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul (Marc 13, 32 ; Matthieu 24, 36).
Ainsi, l’ignorance du jour et de l’heure leur sert à nier qu’il soit le Dieu unique engendré, de telle manière que le Dieu né de Dieu ne posséderait pas la perfection de sa nature qui est propre à Dieu, puisque, étant nécessairement dominé par cette ignorance, une force extérieure serait plus forte que lui et le maintiendrait dans la fragilité de son ignorance, comme quelqu’un d’impuissant devant elle.
Bien plus, la folie des hérétiques veut nous contraindre à cette interprétation impie, comme s’ils avaient le droit d’imposer cette confession comme devant être crue ; et ils avancent la raison que le Seigneur l’a dit ainsi, et qu’il pourrait paraître fort irrévérencieux que le témoignage qu’il se rend à lui-même soit altéré par notre interprétation différente.
59. Et en premier lieu, avant de parler du sens et de la raison de ces paroles, il faut considérer, avec le jugement du bon sens, si l’on peut croire qu’ignore quoi que ce soit celui qui est le principe de toutes choses en ce qu’elles sont et seront.
Car si tout existe par le Christ et dans le Christ, et existe par lui de telle manière que tout a en lui (Colossiens 1, 16) son être, ce qui ne lui est pas étranger ni ne cesse d’exister par lui, comment cela n’entrerait-il pas aussi dans sa connaissance, puisque bien souvent, par la vertu de sa nature qui ne peut rien ignorer, il embrasse ce qui n’existe ni en lui ni par lui ?
Et ce qui n’a sa raison d’être qu’à partir de lui et ne reçoit qu’en lui son développement vers ce qui est et ce qui sera, comment demeurerait-il en dehors de la connaissance qui correspond à sa nature, par laquelle et en laquelle est contenu tout ce qui doit advenir ?
Car le Seigneur Jésus n’ignore pas les pensées humaines, non seulement celles qui sont suscitées par un motif présent, mais aussi celles qui s’agiteront sous l’effet des désirs futurs ; ainsi l’atteste l’évangéliste : car Jésus savait dès le commencement ceux qui ne croyaient pas et celui qui allait le livrer (Jean 6, 64).
Pourra-t-on penser que le pouvoir de sa nature, qui embrasse la connaissance des choses qui n’existent pas encore et n’ignore pas les inquiétudes que devront supporter les âmes encore tranquilles, ignorait ce qui existe par lui et en lui ?
Et qu’il soit impuissant dans ce qui lui appartient, celui qui est puissant dans ce qui est d’autrui ? lui dont il est dit, comme nous le rappelons : Tout a été créé par lui et pour lui, et il est avant toutes choses (Colossiens 1, 16 s.) ; ou encore : Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute la Plénitude et par lui de réconcilier pour lui toutes choses ? (Colossiens 1, 19 s.).
Puisqu’en lui réside toute la Plénitude, puisque toutes choses sont réconciliées par lui et en lui, et que ce jour est l’espérance de notre réconciliation, ignorerait-il quand sera ce jour dont la fixation est en lui et dont le mystère existe par lui ?
Car ce jour est celui de sa venue, dont l’Apôtre dit : Lorsque le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui dans la gloire (Colossiens 3, 4).
Nul n’ignore ce qui existe par lui et en lui. Le Christ va venir, ignorerait-il le jour de sa venue ? C’est son jour, comme le dit l’Apôtre lui-même : car le jour du Seigneur viendra de nuit comme un voleur (1 Thessaloniciens 5, 2), et il faudrait croire qu’il ne le connaît point ?
Les êtres humains projettent ce qu’ils ont à faire, ils le connaissent d’avance autant qu’ils le peuvent, et la connaissance de ce qu’ils ont à faire accompagne la volonté de l’exécuter ; et celui qui est né Dieu ignorerait-il ce qui existe par lui et en lui ?
Par lui existent les temps, et le jour est en lui, puisque c’est par lui que sont déterminées les choses futures et qu’il a en main la disposition de sa venue. Et il vivrait dans une telle ignorance qu’il ne connaîtrait pas ce qui existe pour lui, à cause de la nature obtuse de son esprit ?
Serait-il comme les fauves et les bêtes sauvages qui, menant une vie étrangère à toute prévision, font ce qu’ils font sous l’impulsion d’un instinct irrationnel, emportés de-ci de-là avec un agir fortuit et incertain ?
60. Comment peut-on croire que le Seigneur de la gloire, pour ignorer le jour de sa venue, possède une nature désintégrée et imparfaite qui, d’un côté, aurait besoin de venir et, de l’autre, ne connaîtrait pas le temps de sa venue ? Il vaudrait mieux attribuer à Dieu l’ignorance qui lui ôte le pouvoir de connaître…
62. Mais Paul, le docteur des nations, ne tolère pas parmi nous cette confusion de l’erreur impie selon laquelle on croit que le Dieu unique engendré ait ignoré quelque chose. Il dit en effet : Fondés dans l’amour, puissent-ils être amenés à la richesse de la pleine intelligence, à la connaissance du mystère de Dieu, le Christ, dans lequel se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (Colossiens 2, 2 s.).
Le Dieu Christ est un mystère, et en lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. Mais cela ne peut se dire à la fois d’une partie et du tout, parce que la partie ne signifie pas le tout, et le tout ne peut être interprété comme une partie.
Mais si le Fils ignore le jour, il n’y a plus en lui tous les trésors de la connaissance. Or, si en lui sont tous les trésors de la connaissance, il n’ignore pas le jour, puisqu’il a en lui tout le trésor de la connaissance. Mais il convient de rappeler que ces trésors de la connaissance sont en lui cachés ; mais pour être cachés, ils ne cessent d’être, car ils sont en lui parce qu’il est Dieu, et c’est parce qu’il est mystère qu’ils sont cachés.
Or, pour nous, le mystère de Dieu, le Christ, dans lequel sont cachés tous les trésors de la connaissance, n’est ni caché ni ignoré. Et puisqu’il est mystère, voyons s’il est ignorant des choses qu’il ne sait pas.
Mais si, en d’autres lieux, la confession d’ignorance ne peut s’entendre comme méconnaissance, ici non plus il n’ignore pas ce qu’il méconnaît. Car, puisque son ignorance — vu que tous les trésors de la connaissance sont cachés en lui — est un dessein salvateur plutôt qu’une ignorance, on peut expliquer la raison de cette ignorance sans l’entendre comme un non-savoir.
63. Car toutes les fois que Dieu dit qu’il ignore, certes il confesse l’ignorance, mais il ne s’y trouve pas enfermé.
Car ne rien savoir n’a rien à voir avec la faiblesse de l’ignorance, mais tient à ce qu’il n’est pas temps de parler, ou à ce que l’occasion d’agir n’est pas encore venue.
Dieu parle ainsi à Abraham : Le cri de Sodome et de Gomorrhe a comblé la mesure, et leurs péchés sont très grands. C’est pourquoi je descendrai et je verrai si, selon leur cri, ils ont atteint la limite ; dans le cas contraire, je le saurai (Genèse 18, 20 s.). Nous avons ici un Dieu qui ne sait pas et qui, pourtant, n’ignore pas ; car s’il sait que les péchés sont très grands, et que cependant il descend pour voir s’ils ont comblé la mesure ou pour le savoir s’ils ne l’ont pas comblée, nous voyons qu’il n’est pas dans l’ignorance parce qu’il ne le sait pas : il le sait alors parce que le temps d’agir est venu.
Le fait que Dieu sache n’est donc pas un passage de l’ignorance à la connaissance, mais la plénitude du temps. Il faudra attendre encore qu’il sache. Mais nous ne pouvons penser de lui qu’il ne sache pas et qu’il attende cependant encore pour savoir ; c’est pourquoi il faut que le fait qu’il ne sache pas en sachant, ou qu’il sache en ignorant, n’obéisse qu’au dessein de parler et d’agir.
64. Nous ne pouvons donc douter que la connaissance de Dieu soit une question de temps plus que de mutation en lui ; car, lorsqu’il est dit que Dieu sait, il s’agit du temps de faire connaître la connaissance, plus que du moment où elle a été acquise.
C’est cela même qui nous est enseigné par ce qui fut dit à Abraham : Ne porte pas la main sur l’enfant et ne lui fais rien, car je sais maintenant que tu crains le Seigneur, ton Dieu, et tu ne m’as pas refusé ton fils bien-aimé à cause de moi (Genèse 22, 12).
Ainsi donc, Dieu sait maintenant. Qu’il sache maintenant est l’indication d’une ignorance antérieure ; mais cela ne s’accorde pas avec l’être de Dieu. De même qu’il n’est pas possible qu’il ait auparavant ignoré qu’Abraham lui était fidèle, lui dont il est dit : Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté comme justice (Genèse 15, 6).
Qu’il connaisse maintenant signifie le moment où Abraham reçut ce témoignage, et non pas que Dieu ait commencé alors à savoir. Abraham, par l’holocauste de son fils, avait montré l’amour qu’il avait pour Dieu. Dieu le connaît au moment où il en parle. Mais comme on ne doit pas penser qu’auparavant il ne le sût pas, nous devons considérer que l’on dit qu’alors il l’a su parce qu’il en parle.
Et parmi les nombreux passages que contient l’Ancien Testament au sujet de la science de Dieu, nous n’avons présenté ceux-ci qu’à titre d’exemple, pour que l’on comprenne que si Dieu ne sait pas, ce n’est pas à cause de son ignorance, mais du temps.
65. Dans les Évangiles, nous trouvons beaucoup de choses que le Seigneur ignore tout en les connaissant. Il ne connaît pas ceux qui commettent l’iniquité et qui se glorifient d’avoir fait en son nom de nombreux miracles, lorsqu’il dit : Et alors je jurerai que je ne vous connais pas. Écartez-vous de moi, vous tous qui commettez l’iniquité (Matthieu 7, 23).
Il affirme même, sous serment, qu’il ne connaît pas ceux-là mêmes qu’il connaît pourtant comme ouvriers d’iniquité. Il ne les connaît donc pas, non par ignorance, mais parce que, à cause de l’iniquité de leurs œuvres, ils sont indignes de sa connaissance ; il confirme la vérité de ce qu’il dit par le lien même du serment. Il tient le ne pas ignorer dans la puissance de sa nature, et il conserve le ne pas savoir dans le mystère de sa volonté…
66. … Lorsque celui qui connaît parfaitement les pensées et les actions interroge comme s’il ignorait les pensées et les actions — comme quand il demande à la femme pourquoi elle a touché la frange de son vêtement, ou aux Apôtres pourquoi ils discutent, ou à ceux qui pleuraient où se trouvait le sépulcre de Lazare —, il ne faut pas croire qu’il ne sache pas véritablement, mais qu’il s’agit d’une manière de parler. Car cela n’a pas de sens que celui qui, étant absent, sait que Lazare est mort et a été enseveli, ignore le lieu du sépulcre ; ni que celui qui voit les pensées n’ait pas connu la foi de la femme ; ni que celui qui n’a besoin de rien demander ait ignoré la discussion des Apôtres. Pour celui qui connaît tout, c’est un dessein caché de dire parfois qu’il ne connaît pas ce qu’il ignore.
Ainsi, dans le cas d’Abraham, il cache pour un temps sa connaissance ; ou, dans le cas des vierges folles et des ouvriers d’iniquité, il dit qu’il ne les connaît pas parce qu’ils sont indignes ; ou encore, dans le mystère du Fils de l’homme, s’il interroge comme s’il ignorait, c’est à cause de sa condition humaine.
Lui qui s’adapte à la réalité de sa naissance corporelle en tout ce en quoi notre faible nature se trouve limitée. Non parce que serait faible par nature celui qui est Dieu, mais parce que le Dieu né comme homme a assumé les faiblesses des hommes. Et il les a assumées non de telle manière que la nature immuable se soit transformée en une nature faible, mais de telle sorte que le mystère de l’assomption ait eu lieu dans la nature immuable ; car celui qui était Dieu est homme, et celui qui est homme n’a pas cessé d’être Dieu.
En agissant et en se montrant comme celui qui est né homme, la Parole, qui reste Dieu, utilise très souvent le mode de parler propre à son être d’homme, et maintes fois le mode de parler de Dieu est le même que celui des hommes ; car il dit qu’il ne sait pas ce qu’il n’est pas temps de révéler ou ce qui ne mérite pas d’être connu.
Nous devons donc comprendre pourquoi le Seigneur a affirmé qu’il ignorait le jour. Si l’on croit qu’il l’ignore absolument, l’Apôtre contredit cette affirmation : En qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (Colossiens 2, 3). »[51]
C’est la même solution que l’Église enseigne jusqu’à aujourd’hui : ce que le Christ, dans sa science humaine, déclare ignorer, il déclare également n’avoir pas mission de le révéler (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 474).
La divinité du Saint-Esprit
De même que l’Écriture identifie la Personne divine du Fils à Yahvé, de même elle le fait pour la Personne du Saint-Esprit.
Il n’est pas rare de rencontrer, dans des textes de l’Ancien Testament où Dieu parle, des paroles identifiées dans le Nouveau Testament comme celles du Saint-Esprit :
« Alors j’entendis la voix du Seigneur qui disait : “Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ?” Et je dis : “Me voici, envoie-moi.” Il me dit : “Va, et tu diras à ce peuple : Écoutez, écoutez, et ne comprenez pas ; regardez, regardez, et ne discernez pas. Appesantis le cœur de ce peuple, rends-le dur d’oreille, englue-lui les yeux, de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n’entendent, que son cœur ne comprenne, qu’il ne se convertisse et ne soit guéri.” »[52]
Ce texte est cité par saint Paul, qui attribue les paroles de Dieu au Saint-Esprit :
« Ils se séparaient sans être d’accord entre eux, quand Paul dit ce simple mot : “Elles sont bien vraies les paroles que l’Esprit Saint a dites à vos pères par la bouche du prophète Isaïe : Va trouver ce peuple et dis-lui : vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas ; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. C’est que l’esprit de ce peuple s’est épaissi : ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur esprit ne comprenne, qu’ils ne se convertissent. Et je les aurais guéris !” »[53]
Il en va de même pour ce texte de l’Ancien Testament :
« Car c’est lui notre Dieu, et nous le peuple de son bercail, le troupeau de sa main. Aujourd’hui si vous écoutiez sa voix ! “N’endurcissez pas vos cœurs comme à Meriba, comme au jour de Massa dans le désert, où vos pères m’éprouvaient, me tentaient, alors qu’ils me voyaient agir ! Quarante ans cette génération m’a dégoûté et je dis : Toujours ces cœurs errants, ces gens-là n’ont pas connu mes voies. Alors j’ai juré en ma colère : jamais ils ne parviendront à mon repos.” »[54]
Dans l’Épître aux Hébreux, ce même texte est cité : Dieu y parle, et ses paroles sont de nouveau attribuées au Saint-Esprit :
« C’est pourquoi, comme le dit l’Esprit Saint : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs comme cela s’est produit dans la Querelle, au jour de la Tentation dans le désert, où vos Pères me tentèrent, me mettant à l’épreuve, alors qu’ils avaient vu mes œuvres pendant quarante ans. C’est pourquoi j’ai été irrité contre cette génération et j’ai dit : Toujours leur cœur se fourvoie, ils n’ont pas connu mes voies, aussi ai-je juré dans ma colère : Non, ils n’entreront pas dans mon repos. »[55]
L’Écriture identifie le Saint-Esprit comme un être personnel, à la différence de la croyance hérétique de sectes telles que les Témoins de Jéhovah, qui voient dans le Saint-Esprit une force impersonnelle, ou comme « la force de Dieu sur la terre ».
Une force impersonnelle ne peut être attristée, à la différence de la troisième Personne de la Trinité :
« Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption. »[56]
On peut également pécher contre le Saint-Esprit :
« Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis. Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l’autre. »[57]
On peut résister au Saint-Esprit :
« Nuques raides, oreilles et cœurs incirconcis, toujours vous résistez à l’Esprit Saint ! Tels furent vos pères, tels vous êtes ! »[58]
Le Saint-Esprit console :
« Cependant les Églises jouissaient de la paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie ; elles s’édifiaient et vivaient dans la crainte du Seigneur, et elles étaient comblées de la consolation du Saint Esprit. »[59]
Le Saint-Esprit est envoyé par le Père et enseigne :
« Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. »[60]
Le chapitre 16 de l’Évangile de Jean distingue clairement les trois Personnes divines. Le Christ annonce qu’il va au Père et que, de là, il enverra le Saint-Esprit :
« Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir. »[61]
Le Saint-Esprit est également Dieu, raison pour laquelle saint Paul peut dire à juste titre :
« Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. »[62]
Saint Cyrille d’Alexandrie l’explique de la manière suivante :
« À ceux qui sont à ce point remplis d’ignorance, je propose qu’ils répondent à cette question : Comment pouvons-nous être temples de Dieu, nous qui, selon la parole de Paul, avons le Saint-Esprit habitant en nous, si l’Esprit n’était pas Dieu par essence ?
S’il était une créature et l’œuvre de Dieu, pour quelle raison Dieu nous détruirait-il — si nous avions détruit le temple de Dieu en profanant notre corps, dans lequel habite le Saint-Esprit, lequel possède une seule et même essence avec Dieu le Père et le Fils unique ?
S’il n’en était pas ainsi, ce que le Sauveur a dit ne serait pas vrai : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure ; car nous devons tenir compte de ce que l’Esprit habite en nous, et que par lui nous croyons avoir avec nous le Père et le Fils, comme le dit Jean lui-même dans l’une de ses lettres : À ceci nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous, qu’il nous a donné de son Esprit. »[63]
Il convient également de citer saint Basile de Césarée, qui explique comment les noms qui appartiennent au Père et au Fils sont communs au Saint-Esprit :
« Il est appelé “Esprit”, comme en : Dieu est Esprit, et en : Le Christ Seigneur est l’Esprit de notre visage. Il est “Saint”, comme saint est le Père et saint est le Fils. En effet, pour la créature, la sainteté fut introduite du dehors, tandis que, pour l’Esprit, la sainteté est la plénitude de sa nature. C’est pourquoi il n’est pas non plus “sanctifié”, mais “sanctifiant”.
Il est “Bon”, comme bon est le Père et bon est le Fils, engendré du Bon, et il a par essence la bonté. Il est “Droit”, comme droit est le Seigneur Dieu, parce qu’il est lui-même vérité et justice, sans dévier ni se plier en aucun sens, en raison de l’immutabilité de sa connaissance.
Il est “Consolateur”, comme l’Unique engendré, selon ce que celui-ci dit lui-même : Moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre Consolateur. Ainsi les noms qui appartiennent au Père et au Fils sont communs au Saint-Esprit, qui reçoit ces appellations en raison de son affinité de nature. D’où pourraient-ils en effet lui venir ailleurs ?
Il est encore appelé Esprit qui dirige, Esprit de vérité, Esprit de sagesse. L’Esprit qui m’a fait est un Esprit divin. Et Beçaléel, est-il dit, Dieu le remplit d’un Esprit divin de sagesse, d’intelligence et de connaissance. Tels sont donc ces noms : souverainement grands, et cependant, à coup sûr, sans exagération à l’égard de sa gloire. »[64]
Notes
- Ricardo Sada Fernández, El misterio de la Santísima Trinidad, disponible sur https://encuentra.com/el_misterio_de_la_santisima_trinidad_13961/ ↩
- Gn 1, 26. ↩
- Gn 11, 5-9 ; Is 6, 8. ↩
- Is 44, 24. ↩
- Is 48, 13. ↩
- Is 51, 13. ↩
- Jn 1, 1-3. ↩
- Irénée de Lyon, Contre les hérésies IV, 20, 3. Carlos Ignacio González, S.J., Ireneo de Lyon, Contra los herejes (Irénée de Lyon, Contre les hérésies), Conferencia del Episcopado Mexicano, México, 2000. ↩
- Irénée de Lyon, Contre les hérésies IV, 20, 1. ↩
- Tertullien, Contre Praxéas, 12. Johannes Quasten, Patrología (Patrologie) I, Biblioteca de Autores Cristianos 206, cinquième édition, Madrid, 1995, p. 622. ↩
- Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, 62, 1-4. Daniel Ruiz Bueno, Padres Apologetas Griegos (Pères Apologètes Grecs), Biblioteca de Autores Cristianos 116, troisième édition, Madrid, 1996, p. 411-412. ↩
- Augustin d’Hippone, La Ciudad de Dios (La Cité de Dieu), XVI, 6, 1. Biblioteca de la Iglesia Reformada, http://www.iglesiareformada.com/Agustin_Ciudad_16.html ↩
- Ambroise, L’Esprit Saint, III, 109-111. Biblioteca Patrística Ciudad Nueva, Madrid 1986ss, 41, 225-226. Guillermo Pons, La Trinidad en los Padres de la Iglesia, Editorial Ciudad Nueva, Madrid 1999, p. 56. ↩
- Pseudo-Athanase, De l’Incarnation et contre les ariens, 10. Migne, Patrologia Graeca, 161 vol., Paris 1875ss, 26, 1000. ↩
- Théodore de Mopsueste, Homélie catéchétique, 16, 36. Jesús Solano, Textos Eucarísticos Primitivos (Textes Eucharistiques Primitifs) Tomo II, Biblioteca de Autores Cristianos 118, troisième édition, Madrid, 1997, p. 102. ↩
- 2 Co 13, 13. ↩
- 1 Co 6, 11. ↩
- 1 Co 12, 4-6. ↩
- Mt 28, 19. ↩
- Jn 1, 1-3. ↩
- Mt 1, 22-23. ↩
- Is 9, 5. ↩
- He 1, 8. ↩
- He 1, 6. ↩
- 1 Jn 5, 20. ↩
- Col 2, 9-10. ↩
- Jn 17, 5. ↩
- Jn 20, 27-28. ↩
- Jn 14, 7-11. ↩
- Jn 10, 30. ↩
- Jn 5, 22-24. ↩
- Augustin d’Hippone, Réplique au sermon des ariens, XXIV, 27. Obras completas de San Agustín (Œuvres complètes de saint Augustin), Tomo XXXVIII, Biblioteca de Autores Cristianos 512, Madrid, 1990, p. 329. ↩
- Is 44, 6. ↩
- Ap 1, 8. ↩
- Ap 1, 17-18. ↩
- Ap 2, 8. ↩
- Ap 22, 13-16. ↩
- Dt 10, 17. ↩
- Ps 136, 2-3. ↩
- Ap 17, 14. ↩
- Ap 19, 16. ↩
- Jn 14, 28. ↩
- Augustin d’Hippone, La Trinité, I, 7, 14. Obras completas de San Agustín (Œuvres complètes de saint Augustin), Tomo V, Biblioteca de Autores Cristianos 39, Madrid 1985, p. 142. ↩
- Jn 5, 18-23. ↩
- Augustin d’Hippone, La Trinité, I, 6, 11. Obras completas de San Agustín (Œuvres complètes de saint Augustin), Tomo V, Biblioteca de Autores Cristianos 39, Madrid, 1985, p. 137-138. ↩
- Augustin d’Hippone, Réplique au sermon des ariens, XV. Obras completas de San Agustín (Œuvres complètes de saint Augustin), Tomo XXXVIII, Biblioteca de Autores Cristianos 512, Madrid, 1990, p. 305-308. ↩
- Mt 24, 36. ↩
- Col 2, 2-3. ↩
- Jn 16, 30. ↩
- Jn 21, 17. ↩
- Hilaire de Poitiers, La Trinité, IX, 58-67. San Hilario de Poitiers, La Trinidad (Saint Hilaire de Poitiers, La Trinité), Biblioteca de Autores Cristianos 481, édition bilingue préparée par Luis Ladaria, Madrid, 1986, p. 492-502. ↩
- Is 6, 8-10. ↩
- Ac 28, 25-27. ↩
- Ps 95, 7-11. ↩
- He 3, 7-11. ↩
- Ep 4, 30. ↩
- Mt 12, 31-32. ↩
- Ac 7, 51. ↩
- Ac 9, 31. ↩
- Jn 14, 26. ↩
- Jn 16, 7-13. ↩
- 1 Co 3, 16-17. ↩
- Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’Évangile de saint Jean, 1, 13. Migne, Patrologia Graeca, 161 vol., Paris, 1875 ss., 73, 157. Guillermo Pons, El Espíritu Santo en los Padres de la Iglesia (L’Esprit-Saint chez les Pères de l’Église), Editorial Ciudad Nueva, Madrid, 1998, p. 24. ↩
- Basile de Césarée, Sur le Saint-Esprit, 19, 48. Biblioteca de Patrística, Ciudad Nueva, Madrid, 1986 ss., 32, p. 188-189. Guillermo Pons, El Espíritu Santo en los Padres de la Iglesia (L’Esprit-Saint chez les Pères de l’Église), Editorial Ciudad Nueva, Madrid, 1998, p. 23-24. ↩