Le présent article se propose d’éclaircir quelques-unes des questions fréquemment soulevées par l’utilisation de l’« Évangile selon Thomas » dans des productions cinématographiques récentes.

Des faits réels ?

Dans l’intrigue d’un certain film de 1999 apparaît la découverte d’un évangile antérieur à ceux acceptés dans la Bible et écrit en araméen occidental — la langue de Jésus —, et l’Église catholique y est le méchant qui tente de dissimuler cette découverte pour se protéger de l’effondrement.

Le thème de certaines vérités et de certains documents cachés par l’Église catholique n’est en rien une nouveauté, et il a constitué un riche filon de fantaisie largement exploité dans la littérature et le cinéma récents.

L’affaire de l’évangile araméen est fantaisiste, ce qui est parfaitement admissible dans les limites d’une certaine licence poétique ; mais la position contre les prétendus représentants de l’Église catholique à la fin du film se justifie par une déformation à propos de ce que l’on connaît comme l’« Évangile selon Thomas ».

Prétendant fonder le film sur des faits réels, on conclut par un énoncé écrit qui dit à peu près :

En 1945 fut découvert à Nag Hammadi, en Égypte, « Les paroles secrètes de Jésus »,
connu comme l’Évangile selon Thomas.
Le Vatican considéra immédiatement l’écrit comme hérétique.

 

Ledit écrit existe réellement, et il contient les paroles attribuées à Jésus qui sont reprises dans le film comme faisant partie de l’imaginaire évangile araméen :

« Fends un morceau de bois et là je suis ; soulève une pierre et tu m’y trouveras » NHC2 46,26-28.

Note sur
l’interprétation
de ce texte

 

On peut consulter le texte original copte correspondant.

Mais l’Église catholique n’a jamais vu cet écrit comme une menace ; au contraire, des chercheurs du monde entier, catholiques ou non, se sont attelés à la tâche d’aborder cette fascinante découverte.

Par son contenu, il fut rapidement identifié comme appartenant à un mouvement qui connut son apogée aux IIe-IIIe siècles apr. J.-C., appelé gnosticisme.

Ce mouvement, situé géographiquement surtout en Égypte, était un mélange de courants philosophiques d’origine grecque et judaïque, avec une forte saveur de religion à mystères, plein de prétendues révélations secrètes, et très sélectif.

À un moment donné, les gnostiques adoptèrent comme protagoniste le Jésus des chrétiens.

C’est-à-dire qu’un mouvement non chrétien s’appropria le Jésus du christianisme et en fit un gnostique.

Au sens strict, le gnosticisme n’atteint même pas le rang d’hérésie, puisqu’il n’est pas né au sein de l’Église.

Mais les chrétiens des IIe-IIIe siècles, avec des figures comme Origène et Athanase d’Alexandrie, durent se défendre de ce mouvement qui déformait la figure de Jésus en le présentant comme « le principal gnostique ».

Abondants sont les écrits conservés de cette époque, où l’on voit déjà comment le christianisme lutte durement aux moments mêmes de sa naissance.

La découverte récente de l’« Évangile selon Thomas » a représenté, pour l’Église catholique et pour les chercheurs du monde entier, une fabuleuse occasion de confirmer ce que l’on savait déjà et de disposer de plus d’éléments de jugement pour étudier cette époque.

En quoi a consisté la découverte de Nag Hammadi ?

En 1945, des paysans découvrirent à Nag Hammadi, en Égypte, des codex de papyrus qui furent ensuite datés d’environ le IVe siècle apr. J.-C.

codex de ThomasPhotographie de codex de Nag Hammadi
Copiée de http://home.fireplug.net/~rshand/reflections/messiah/testament.html

Le contenu le plus étonnant se trouvait dans le deuxième des douze codex découverts : aux folios 33 à 52 — vingt pages en tout — se trouvait un texte en langue copte (ancien égyptien), en parfait état, avec les mots finaux suivants :

Photographie retouchée de l’original

photographie de l’évangile selon Thomas

En caractères numériques

photographie de l’évangile selon Thomas 2

Prononciation

EUANGUÉLION
KATÁ TOMAS

Signification

ÉVANGILE
SELON THOMAS

Quiconque lit l’espagnol peut, avec un peu d’effort, identifier quelques-unes des lettres.

Je renvoie à une photographie du folio 52 du 2e codex (fin de Thomas) :

 

photographie du folio 52 du 2e codex (fin de Thomas)

photographie du folio 52 du 2e codex (fin de Thomas).

 

Note du 9 mars 2000 :

Je recommande le fascicule : NAG HAMMADI / Évangile selon Thomas : textes gnostiques des origines du christianisme, KUNTZMANN – DUBOIS, dans la collection « Documents autour de la Bible », n° 16, Éd. Verbo Divino.

Où se trouve actuellement l’Évangile selon Thomas ?

Il se trouve au Musée copte du Vieux Caire, en Égypte.

Il est et a toujours été la propriété du peuple et du gouvernement égyptiens, non du Vatican ni d’aucun groupe religieux.

Encore que, pour être précis, ce qui se trouve là-bas soit :

les 12 codex de papyrus en langue copte sahidique découverts à Nag Hammadi en 1945, dont le deuxième contient, aux folios 33 à 52, une collection intégrale de paroles introduites par la formule « Jésus a dit » ou « Il a dit », et qui s’achève par les mots « Évangile selon Thomas ».

Un tableau du contenu des codex les plus importants peut être consulté chez mon ami Michael Grondin, et voici une traduction intégrale en espagnol. Une autre encore, en espagnol, se trouve sur http://www.metalog.org/files/tomas.html.

Je dis « pour être précis » parce que, comme on le répond dans d’autres sections,

  • ce n’est pas un évangile (voir la formation des évangiles)
  • ce n’est pas un original, mais une copie de copies antérieures qui circulaient déjà, tout comme il en va des fragments que nous conservons des véritables évangiles.

 

Qu’est-ce qu’un évangile ?

On entend surtout deux choses par ce terme :

a) Étymologiquement, il signifie « Bonne Nouvelle », et il se réfère concrètement à l’annonce qui est faite que Jésus est mort et ressuscité pour le salut de tous. Nous trouvons un exemple de ce sens dans la voix de saint Paul : 1 Co 15,1-4 et Rm 1,1-6.

b) Comme genre littéraire (écrit d’un certain type), il se réfère aux écrits qui se développèrent dans certaines communautés chrétiennes primitives dans le but d’annoncer de manière systématique la Bonne Nouvelle de Jésus, en l’expliquant surtout à travers le récit de Ses actes et de Ses paroles.

Combien y a-t-il d’évangiles ?

Ils sont quatre, et ils apparaissent dans l’ordre suivant dans la Bible :

1.- Évangile selon saint Matthieu
2.- Évangile selon saint Marc
3.- Évangile selon saint Luc
4.- Évangile selon saint Jean

Existe-t-il des évangiles en dehors des quatre qui se trouvent dans la Bible ?

Au sens strict, non.

Il existe, en revanche, beaucoup d’écrits des premiers siècles du christianisme (et d’autres de siècles bien postérieurs) qui se donnent à eux-mêmes le nom d’évangiles. Ces « évangiles », avec bien d’autres écrits, ont été classés dans l’histoire de l’Église comme livres apocryphes.

Comment se sont formés les évangiles ?

C’est là l’une des questions les plus passionnantes lorsqu’on fait l’effort de comprendre la Bible et, pour notre propos, le pourquoi de l’absence de Thomas en elle.

Quelqu’un pourrait répondre :

« Comme toute la Bible, c’est Dieu qui les a écrits ».

Ou bien :

« Ils ont été écrits par chacun de leurs auteurs respectifs, comme leur nom l’indique : Matthieu, Marc, Luc et Jean ».

Quelqu’un pourrait approfondir en répondant :

« Ils ont été écrits par chacun des quatre évangélistes, mais inspirés par Dieu ».

Et quelqu’un d’autre pourrait pousser la question plus en détail :

« L’inspiration des auteurs humains par Dieu ne consiste pas en une dictée, ni en des révélations sous forme de songes, d’extases ou de situations indiquant que l’évangéliste écrivait mot à mot ce que Dieu lui indiquait. L’inspiration consiste en ce que Dieu, sans que les auteurs humains s’en rendent compte, mais plongés dans une communauté de foi, allait assemblant et tissant l’ensemble de toutes les Saintes Écritures, accompagnant les croyants dans leur histoire ».

Très juste.

Cependant, la question est bien plus profonde, et elle mérite une étude attentive du seul aspect auquel nous ayons accès : l’aspect humain, car le divin restera toujours hors de notre compréhension.

Commençons par l’origine du christianisme.

1) En quoi croyaient les premiers disciples de ce charpentier de Galilée ?

Aux évangiles ?

Non, parce qu’ils n’existaient pas encore. Le premier évangile écrit apparut quelques décennies après qu’il y avait déjà des chrétiens.

Croyaient-ils alors en la Bible ?

Jusqu’à un certain point, oui. Les Écritures existant alors, que nous, chrétiens, appelons aujourd’hui « Ancien Testament » et qui forment la première partie de ce que nous appelons aujourd’hui la Bible, servaient à être lues en public.

Mais il faut observer que les gens ordinaires ne lisaient pas la Bible, pour deux raisons toutes simples :

a) Presque personne ne savait lire.

b) Les écrits (codex, papyrus, parchemins) étaient très coûteux parce que copiés à la main, et ils étaient donc réservés à l’usage public, car seul un fonds commun pouvait couvrir de telles dépenses. Les Bibles imprimées telles que nous les connaissons aujourd’hui datent de Gutenberg (1400-1468) et au-delà.

Croyaient-ils aux dix commandements, au pardon, à l’amour du prochain ?

À tout cela, oui, bien sûr. Mais aucun code moral, si bon et si accepté soit-il, n’est l’essence du christianisme, et il ne suffit pas de le vivre.

En quoi croyaient donc les premiers chrétiens ?

En JÉSUS-CHRIST comme Dieu fait homme, mort et ressuscité pour que nous parvenions tous au salut que nous ne méritions pas.

Ni les commandements, ni l’Église, ni aucun écrit ni aucune coutume ne sont plus importants que la foi en ce Jésus Ressuscité.

2) Après que Jésus ne fut plus physiquement présent sur la Terre, comment les chrétiens pouvaient-ils savoir qu’ils suivaient le vrai Jésus et ses enseignements ?

Réponse : l’Église.

Église vient du grec « Ekklesía », qui signifie Assemblée.

Elle désigne donc la communauté des croyants, avec à sa tête les apôtres, qui vivait sa foi à partir des souvenirs et des enseignements sur ce Jésus que beaucoup des nouveaux membres n’avaient plus connu personnellement.

Quiconque lit le livre des Actes des Apôtres se rendra compte à quel point les premiers chrétiens furent extrêmement jaloux, non seulement d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus, mais de conserver ce en quoi ils croyaient à l’abri des déformations et des interprétations déviantes, lesquelles abondèrent dès le début.

Innombrables sont les exemples de cette lutte pour préserver la foi, qui se reflète dès la naissance de l’Église. On peut examiner les passages suivants :

Sur d’« autres » évangiles (au sens de doctrines différentes) :
– 2 Co 11,4
– Ga 1,6-7

Sur des obligations inutiles :

– Actes 15,1ss

Ainsi donc, c’est l’Église, avec Pierre et les apôtres à sa tête, qui veille jalousement à transmettre et à faire croître, fidèlement et sans déformations, la foi en Jésus-Christ.

3) De quelle manière les communautés chrétiennes ont-elles transmis la foi en Jésus de génération en génération ?

Voici la partie la plus intéressante de toutes.

La principale manière d’annoncer Jésus à quelqu’un qui ne le connaît pas, ou d’approfondir en Lui auprès de qui a déjà eu un premier contact, est la transmission orale.

C’est-à-dire par des paroles parlées, prononcées avec la langue, les lèvres, le pharynx, les dents et le palais.

Comprendre cette situation est plus difficile qu’il n’y paraît pour nous, parce que nous sommes très habitués à avoir accès aux journaux, aux livres, aux revues et à toutes sortes de publications.

Rien de tout cela à cette époque.

Nous avons facilement sous la main papier et crayon pour écrire n’importe quoi et, ces dernières années, même l’imprimé est devenu non essentiel avec l’informatique et la correspondance électronique.

Il nous paraît si naturel que tout le monde doive savoir lire.

Mais il n’en était pas ainsi à cette époque.

N’écrivaient que ceux qui en faisaient leur métier (d’où le mot « scribe »).

Et l’on n’écrivait que des choses qui valaient l’investissement de tanner la peau de bête, de fabriquer l’encre et d’engager quelqu’un qui sût écrire.

Il n’est pas étonnant que les écrits les plus abondants et les plus anciens soient des contrats de vente et des reçus d’argent.

Or, pour en revenir aux communautés chrétiennes, à mesure qu’elles grandissaient avec de nouveaux membres venus de partout et porteurs de toutes sortes de coutumes et de croyances, il devenait de plus en plus nécessaire de ne pas s’en remettre à la mémoire et à la transmission orale.

Il ne suffisait plus que quelqu’un qui avait connu personnellement l’un de ceux qui eurent un contact physique avec Jésus racontât ce qu’on lui avait raconté. Cela avait ses limites.

Et comme chaque communauté se constituait son bagage de souvenirs des paroles et des actes de Jésus selon sa propre réalité, toutes les Églises ne conservaient ni ne transmettaient exactement les mêmes choses, bien que, pour l’essentiel, elles dussent coïncider.

Et à un moment donné, quelqu’un de la communauté systématise sagement la Bonne Nouvelle sur Jésus qui se transmettait déjà depuis des années, en la mettant par écrit.

Et ainsi, cet écrit, dont le contenu se transmettait déjà oralement et était bien vivant dans la mémoire de la communauté, devenait un patrimoine sacré qui servait à transmettre plus fidèlement la Bonne Nouvelle : ainsi naissaient les Évangiles.

Les différentes origines géographiques expliquent les différences entre les quatre évangiles : à Rome, on vécut de fortes persécutions, et c’est pourquoi la communauté transmettait avec force les paroles encourageantes de Jésus : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive » (Mc 8,34 ; 10,21).

L’évangile selon saint Marc, qui reflète la vie de la communauté de Rome, abonde pour cela en encouragement face à la souffrance.

L’Évangile selon saint Luc, en revanche, adressé à des non-Juifs, a un langage plus accessible et plus agréable à lire, outre qu’il choisit, parmi les paroles de Jésus, celles qui parlent du « véritable trésor dans les cieux » (Lc 18,22 ; 12,15 ; 12,33), car parmi les membres des communautés où naquit cet évangile il y avait beaucoup de riches.

4) Résumé.

Les évangiles naissent dans les communautés chrétiennes lorsqu’on met par écrit ce qui se transmettait déjà depuis des années : la Bonne Nouvelle de Jésus Ressuscité.

Avec cette explication devient claire la table suivante des priorités de la foi :

En effet, d’abord vient Jésus, puis ceux qui le suivent, et ensuite la Parole humano-divine qui nourrit cette marche à sa suite.

Pourquoi l’évangile selon Thomas n’est-il pas inclus dans la Bible ?

Parce que, à la différence des évangiles canoniques (ceux qui, eux, sont considérés comme inspirés par Dieu), il n’est pas né d’une communauté chrétienne.

Le plus probable est qu’il ait circulé comme un écrit gnostique, car il a un style qui ressemble beaucoup à ce mouvement par son caractère obscur, ésotérique et rempli de formules mystériques.

Et même s’il était né dans une communauté chrétienne, ce qui détermina que certains livres fussent acceptés comme canoniques et d’autres non fut le consensus entre les Églises (qu’on entende par « Églises » les différentes communautés chrétiennes appartenant à l’unique Église de Jésus-Christ).

Le témoignage le plus ancien d’un canon de livres sacrés est ce que l’on connaît comme le « fragment de Muratori », qui date du IIe siècle et comprend une liste des écrits qui circulent comme inspirés dans l’Église.

Par ailleurs, des spécialistes affirment que le copte sahidique, la langue dans laquelle se trouvent les codex de Nag Hammadi, ne fut jamais parlé parmi les gens ordinaires.

Comme le gnosticisme était plutôt élitiste, ils s’inventèrent pratiquement leur propre langue : un mélange d’égyptien avec des mots et des caractères grecs.

L’affaire n’est pas si simple, car on ne sait pas si ce que nous conservons actuellement répond à un original copte, ou s’il s’agit plutôt de la traduction d’un original grec, comme semblent le montrer certains fragments découverts en 1896-1905 dans une autre localité égyptienne appelée Oxyrhynque.

De toute façon, quiconque lit les 114 « paroles de Jésus » contenues dans cet ouvrage, groupées sans ordre logique apparent, et dont certaines sont identiques à celles des évangiles canoniques, se rendra compte du grand abîme qui existe entre l’« Évangile selon Thomas » et les quatre qui, depuis deux mille ans, sont utilisés dans l’Église.

Qu’a apporté la découverte de Nag Hammadi aux études bibliques ?

(Je suggère au lecteur moyen de sauter la lecture de cette section)

Elle a surtout confirmé une hypothèse qui existait déjà :

Que circulaient, comme un genre littéraire propre, des collections de paroles de Jésus.

Cette hypothèse servit dès 1838 de base pour expliquer l’origine de nombreux passages évangéliques qui se trouvent en Matthieu et en Luc, mais pas en Marc. Cette collection hypothétique de paroles de Jésus qui servit de source à Matthieu et à Luc fut appelée « Q » (en allemand « Quelle », source).

Ainsi, cet ouvrage trouvé dans le codex II de Nag Hammadi, connu comme l’Évangile selon Thomas, est parallèle par le style à « Q », mais non aux évangiles canoniques.

À propos de cet article.

L’auteur de cet essai, prêtre catholique du diocèse de Tijuana, eut son premier contact avec l’« Évangile selon Thomas » en 1986, à l’occasion d’un travail de recherche sur des paroles de Jésus en dehors des évangiles.

Je remercie pour leurs conseils quelques spécialistes : Mgr Isidro Puente, qui se fit remarquer lors de sa soutenance de thèse doctorale sur une traduction, faite par lui, d’un texte copte en latin, dans les années 1970 ; le P. Florentino Durazo, spécialiste en patristique ; et M. Michael Grondin, érudit enthousiaste des codex de Nag Hammadi, qui eut l’amabilité de me fournir sa version du texte copte, en format modifiable, de l’« évangile selon Thomas », intégral.

M. Grondin maintient un magnifique espace de référence pour les spécialistes du 2e codex de Nag Hammadi sur http://gospel-thomas.net/ .

L’approfondissement académique a conduit votre humble serviteur à aimer davantage la Parole de Dieu, comptant parmi ses plus grandes fortunes de pouvoir la lire dans les langues originales.

Je vois dans cette affaire une occasion de diffuser des questions qui, pour la plupart des gens, sont assez arides, mais qui peuvent aider à mieux comprendre la Bible et l’Église.

©1999-2005 Juan García Ruvalcaba. J’encourage quiconque le jugera utile à reproduire en tout ou en partie et par n’importe quel moyen le présent matériel. J’en appelle seulement à l’éthique la plus élémentaire, pour que celui qui le fera

a) cite cette source (http://www.giscala.com/tomas/).
b) n’en tire pas profit.

c) si possible, m’en avise à email

 

Ad Maiorem Dei Gloriam

 

Juan García Ruvalcaba

 

Notes.

1)

Les caractères qui apparaissent sur cette photo, tirée d’un film, ne sont pas de l’araméen du temps de Jésus. Ils correspondent à l’hébreu du temps d’Ézéchias, qui régna à Jérusalem de 727 à 698 av. J.-C.

J’ai placé près de chaque lettre sa translittération correspondante. Si cela signifie réellement quelque chose, la seule chose cohérente que j’aie trouvée est le mot « yashud » (qui dévaste), lequel se trouve aussi dans le Psaume 91,6.

tom_ezeq

 

 

 

 

 

 

 

2) NHC2 46,26-28 :

Lire : « Nag Hammadi, Codex 2, folio 46, lignes 26 à 28 ».

Bien que la collection soit divisée en 114 « paroles de Jésus », et que pour cela même on ait rapidement utilisé cette numérotation en « paroles » (ou logia) pour localiser un texte déterminé, cela est considéré comme moins scientifique.

Si nous nous en tenons à cette manière plus simple de citer, nous dirions EvTh 77 (Évangile selon Thomas, logion 77).

3) Omniprésence divine et panthéisme

L’omniprésence divine, c’est-à-dire le fait que Dieu est partout, est un postulat chrétien. Fait aussi partie de la tradition spirituelle chrétienne une certaine forme de contact avec le Créateur à travers Ses créatures.

Un discours à part, quant à la perception humaine, est la non-incompatibilité entre le concept d’omniprésence et la nécessité de lieux visibles de culte.

Distinct de l’omniprésence divine, et contraire à la foi chrétienne, est le « panthéisme », c’est-à-dire l’affirmation que tout est Dieu, puisqu’elle Lui retire Son caractère transcendant, personnel, supérieur et, surtout, distinct de Sa création.

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4) À cette époque, alors que je suivais la première année de théologie comme séminariste, ce fut le logion (parole) 82 qui retint mon attention, à l’occasion d’un travail écrit que je devais remettre pour le cours d’introduction théologique :
« Qui est près de moi, est près du feu ;
qui est loin de moi,
est loin du Royaume ». (EvTh 82).

Un bibliste allemand nommé Joachim Jeremias, dans son livre Paroles inconnues de Jésus (Ed. Sígueme), p. 72ss., considère que ce logion, attesté aussi par plusieurs auteurs chrétiens des IIe-IVe siècles, remonte véritablement à Jésus-Christ, bien qu’il ne soit pas consigné dans les évangiles.

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Note du 20 juin 2001.

Ici se trouvait une note du 8 février 2000, suivie de plusieurs commentaires qui complétaient l’article. Aujourd’hui, 20 juin 2001, j’ai épuré l’article, en supprimant surtout presque tout ce qui pouvait paraître polémique. Je n’ai laissé que trois commentaires de lecteurs.

« …nous avons eu des activités dans des paroisses et des groupes de l’Église, mais sincèrement nous ignorions l’existence de l’“évangile” mentionné dans le film ».

Gabriela Tabernero

 

L’une des ressources les plus intelligentes de la production fut de recourir à un document précieux, mais inconnu même des gens de culture moyenne. De fait, les prêtres catholiques qui ont vu ce film se souviennent, certes, dans la plupart des cas, qu’il existe un évangile apocryphe de Thomas ; mais, s’agissant d’un sujet plutôt secondaire dans le cycle des études théologiques, il faudrait un intérêt particulier pour être familiarisé, je ne dis pas avec cet écrit, mais avec les apocryphes en général.

J’ai téléchargé d’internet les évangiles de Thomas, car le film et son intrigue m’ont beaucoup plu ; je m’apprête à les lire. Votre commentaire m’a paru très cohérent, mais j’écouterai l’autre son de cloche à ce sujet et je vous ferai part de mes conclusions dans un prochain courriel, car il y a là beaucoup à dire et à penser selon les points de vue de celui qui les lit.

Carlos Alberto Arias

J’attends vos conclusions.

Encore que deux sons de cloche opposés me paraissent insuffisants pour se former une conclusion personnelle. Il faudrait pas mal de clochers, et d’abondantes heures d’étude généreuse avec un esprit réellement critique, sans sacrifier l’intelligence au pauvre expédient de trouver sa propre opinion dans une moyenne démocratique de celles des autres.

« …Mais, dites-moi : est-il possible qu’à un moment donné quelque apôtre en dehors des 4 ait pu tenir quelque chose de semblable à un journal de sa vie avec Jésus et l’ait écrit, et qu’avec le temps cela se soit perdu ? »

Jorge Rojas

La possibilité que quelque chose de plus proche de Jésus que les évangiles dont nous disposons ait été écrit existe, bien qu’elle soit petite.

De fait, un bibliste italien (je ne me souviens pas de son nom) a affirmé il y a environ cinq ans que, contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas l’évangile de Marc le plus ancien, mais celui de Jean.

Son hypothèse est que l’évangéliste Jean écrivit presque directement les événements de la vie de Jésus, et non plusieurs années après. Il expose plusieurs raisons qu’il serait long de mentionner (noms exacts de lieux avec description de détails, mention de l’heure qu’il était, etc.), bien qu’il n’ait pas rencontré beaucoup d’acceptation dans le monde érudit.

Par ailleurs, on avance depuis longtemps l’idée qu’il a probablement existé ce que l’on appelle un « proto-évangile araméen de Matthieu », qui s’est perdu et qui servit de base à l’actuel Matthieu grec. Cette hypothèse est fondée sur une mention que fait un certain Papias.

Et c’est un fait presque certain, comme je le mentionne plus haut, qu’il a dû exister un écrit contenant des paroles de Jésus (semblable par le style à l’« Évangile selon Thomas ») et qui servit de source aux évangiles de Matthieu et de Luc. Cet écrit, connu comme « Q », est une pure hypothèse, qui ne se trouve nulle part, mais dont nous détectons les traces en Lc et en Mt.

Mais pour en revenir à ta question, de savoir s’il est possible que quelque apôtre en dehors des quatre ait écrit quelque chose ressemblant à une biographie ou à un journal des activités de Jésus, je peux seulement te dire que nous nous mouvons dans le monde des possibles. Il n’y a d’éléments ni pour l’affirmer ni pour le nier.

Encore que les raisons qui le rendent peu probable soient :

1.- L’art d’écrire était réservé à quelques-uns, et aucun des disciples de Jésus ne semble avoir été un scribe : les principaux étaient des pêcheurs. Les formes écrites des évangiles virent sûrement le jour en engageant quelqu’un d’approprié. Et du reste, les communautés étaient pauvres ; c’est pourquoi les manuscrits les plus anciens sont en papyrus, matériau moins cher que le parchemin, et généralement d’une très mauvaise écriture, ce qui indique que les scribes engagés n’étaient pas des plus professionnels, disons-le.

2.- Il n’existe aucun témoignage indiquant que quelqu’un ait écrit quelque chose de manière immédiate.

Cependant, il y a quelque chose de très intéressant.

L’idée s’affirme de plus en plus parmi les chercheurs que Jésus parlait de telle manière — comme un orateur exceptionnel — que ses phrases courtes et intenses étaient conçues pour être mémorisées et répétées rapidement, ce qui facilita leur mise par écrit ultérieure.

 

Note du 26 février 2000.

Fin du discours ; tout est entendu
Qohélet 12,13

Aujourd’hui, samedi 26 février 2000, cette page ayant atteint de manière inattendue mille visites (pour quelque chose de fait maison, ce n’est pas mal) et beaucoup restant à commenter sur la grande quantité de sujets qui peuvent naître de la curiosité des lecteurs, je me déclare fatigué et je répète avec le livre du Qohélet, au terme de son accablante réflexion :

Composer beaucoup de livres est un travail sans fin,
et trop d’étude fatigue le corps.
Fin du discours ! Tout est entendu !
Crains Dieu et observe ses commandements,
car c’est là le devoir de tout homme.

 

Qohélet 12,12b-13b

Cet espace restera ici de manière indéfinie.

Pour ma part, je réoriente les énergies qui étaient investies en ceci vers les services que je commençais à négliger, car déjà les pauvres crient au ciel en exigeant justice.

Je me recommande à vos prières.

Que Dieu vous bénisse tous.

Source : www.giscala.com