Un lecteur demande :

Je m’adresse à vous de la manière la plus respectueuse pour vous demander votre opinion sur un sujet à propos duquel, nous toutes les personnes soucieuses d’un monde meilleur, nous voudrions trouver les réponses à certains problèmes qui semblent avoir pour but de nous éloigner des bonnes actions et de nous détruire peu à peu. La question serait la suivante : De quelle manière l’Église accepterait-elle l’acte de l’avortement sans le considérer comme un manquement à la loi de Dieu ?

Vous remerciant d’avance pour votre réponse et, en même temps, vous félicitant pour cet espace qui nous aide vraiment, nous les jeunes, à disposer d’un autre soutien pour parvenir à un meilleur jugement sur les problèmes qui concernent notre monde.

Réponse :

La loi morale naturelle (et par conséquent la doctrine du Magistère de l’Église) n’accepte jamais l’acte volontaire et direct d’avortement. Il pourrait se présenter le cas d’une personne en particulier qui le réalise avec une ignorance inculpable et invincible de sa malice ; en ce cas, elle ne pécherait pas en raison de son ignorance, mais non parce que l’action en elle-même deviendrait bonne (il faudra voir si un tel cas d’ignorance peut se présenter dans la réalité ou non). Différent est le cas d’un acte non abortif en lui-même, mais qui a pour conséquence un effet abortif ; c’est ce que l’on appelle l’avortement indirect. Analysons les deux cas, qui sont essentiellement divers du point de vue moral.

1. L’avortement direct. Dans l’Encyclique Evangelium vitae, le Pape Jean-Paul II a déclaré en des termes très clairs : « avec l’autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en communion avec les Évêques — qui ont condamné l’avortement à différentes reprises et qui, en réponse à la consultation précédemment mentionnée, même dispersés dans le monde, ont exprimé unanimement leur accord avec cette doctrine —, je déclare que l’avortement direct, c’est-à-dire voulu comme fin ou comme moyen, constitue toujours un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d’un être humain innocent. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite ; elle est transmise par la Tradition de l’Église et enseignée par le Magistère ordinaire et universel. Aucune circonstance, aucune finalité, aucune loi au monde ne pourra jamais rendre licite un acte qui est intrinsèquement illicite, parce que contraire à la Loi de Dieu, écrite dans le cœur de tout homme, discernable par la raison elle-même et proclamée par l’Église » (n° 62).

2. L’avortement indirect. Différent du précédent est ce que l’on appelle l’avortement indirect. Il s’agit, en réalité, d’une application des principes du double effet et du volontaire indirect ou in causa. Compris de ce point de vue, on voit clairement que le terme « avortement indirect » n’est pas heureux, car il ne s’agit pas en réalité d’une action dans laquelle l’avortement est un moyen d’atteindre quelque chose (la santé de la patiente ou la régulation des naissances), mais d’une action dans laquelle l’avortement est un « effet toléré et non voulu ».
La question ici posée est la suivante : est-il licite d’accomplir une action thérapeutique (cause) dont, en dehors de l’intention de celui qui l’accomplit, outre la santé de la patiente (effet bon), résulte aussi l’avortement (effet mauvais) ? En réalité, les conditions requises pour une juste application du principe du double effet ne se rencontrent que dans très peu de cas dans lesquels le fœtus « non viable » (qui ne peut vivre hors de l’utérus maternel) est déjà mort ou irrémédiablement condamné à mourir par la nature elle-même ; là, l’action ne vise pas directement l’extraction du fœtus, mais celle-ci s’ensuit avec une assez grande probabilité, et le fait qu’il y ait une quasi-certitude de sa mort imminente et inévitable fournit la « cause proportionnée ». À propos de ce type d’actions, la Charte des personnels de santé déclare : « Lorsque l’avortement survient comme conséquence prévue mais non intentionnelle ni voulue, simplement tolérée, d’un acte thérapeutique inévitable pour la santé de la mère, il est moralement légitime. L’avortement est la conséquence indirecte d’un acte non abortif en soi » (Conseil Pontifical pour la Pastorale des Personnels de la Santé, Charte des personnels de santé, 142).

Les cas dans lesquels ce principe trouve parfois application sont les suivants :
– L’« abruptio placentae », ou décollement partiel ou total du placenta de la cavité utérine.
– L’hydramnios, ou excès anormal (ou malformation) du liquide amniotique.
– Le recours à certains médicaments (comme l’ocytocine) pour enrayer d’éventuelles hémorragies.
– Les grossesses ectopiques : au sujet de la grossesse ectopique, ou hors de son lieu, il existe plusieurs possibilités : tenter de déplacer le fœtus ectopique vers son emplacement normal, ou l’expectative armée (pour intervenir dès que se produit la rupture du sac fœtal), ou la laparotomie si le fœtus est déjà viable (dans ce cas, ce serait une simple accélération de l’accouchement).

Auteur : P. Miguel Ángel Fuentes

Source : El teólogo responde