« Parfois on emploie une expression d’une hypocrisie raffinée pour désigner l’avortement provoqué : on dit que c’est l’interruption de la grossesse (…) La potence ou le garrot peuvent être appelés interruption de la respiration, et deux minutes suffisent. Quand on provoque l’avortement ou que l’on pend quelqu’un, on tue quelqu’un. Et c’est une hypocrisie de plus que de considérer qu’il y a une différence selon l’endroit du chemin où se trouve l’enfant à venir, à quelle distance de semaines ou de mois de la naissance il sera surpris par la mort. On affirme fréquemment la licéité de l’avortement lorsqu’on juge que celui qui va naître (celui qui allait naître) serait probablement anormal, physiquement ou psychiquement. mais cela implique que celui qui est anormal ne doit pas vivre, car cette condition n’est pas probable, mais certaine. Et il faudrait étendre la même norme à celui qui devient anormal par accident, maladie ou vieillesse. Et si l’on a cette conviction, il faut la maintenir avec toutes ses conséquences » [1].

L’affirmation même du droit à une maternité consciente et responsable est annulée, puisque l’on poursuit une telle maternité en l’interrompant.

On parle et même l’on débat de l’avortement, cependant on manque parfois d’idées claires ; c’est pourquoi l’on s’efforce ci-après de répondre à quelques-uns des principaux arguments que soulèvent les partisans de l’avortement.

1 MYTHE. Personne n’est en faveur de l’avortement…, mais il est parfois la seule issue.

RÉALITÉ. Ce mythe flatte l’oreille, mais il n’est pas vrai. En affirmant que l’on est conscient de la réalité de l’avortement, on prétend le justifier comme la seule issue à la situation angoissante que représente une grossesse non désirée, et l’on fait fi du fait que la pire angoisse pour une femme viendra après l’avortement.

La Dre Maria Simon, psychologue à la Clinique gynécologique universitaire de Würzburg (Allemagne), a réalisé une étude des conséquences psychiques de l’avortement. L’auteure elle-même expose les résultats de cette recherche. Elle signale qu’après un avortement s’accumulent les conséquences psychiques suivantes : sentiments de remords et de culpabilité, sautes d’humeur et dépressions, pleurs sans motif, états de peur et cauchemars. Fréquemment, ces phénomènes s’accompagnent de troubles physiques, tels que des altérations du rythme cardiaque ou de la tension artérielle, des migraines, des troubles de l’appareil digestif ou des crampes au ventre. Immédiatement après l’avortement et longtemps encore après, les cauchemars ont pour thème de petits enfants morts. 52% des femmes interrogées supportent mal de voir des femmes enceintes, car elles leur rappellent leurs propres enfants avortés. Chez 70% des femmes surgit sans cesse la pensée de ce que seraient les choses si l’enfant avorté vivait maintenant. En outre, les enquêtes révèlent des proportions allant jusqu’à 50% d’unions qui se brisent après un avortement [2].

Le Dr Nathanson est parvenu à une conclusion semblable. La femme qui se soumettait à cette intervention présentait, avec le temps, des symptômes non seulement sur le plan physique (céphalées, gastralgies, etc.) mais aussi sur le plan émotionnel (insomnie, crises d’angoisse, crises dépressives, abus d’alcool, frigidité, etc.). Ce qui vient d’être mentionné tient compte du fait que l’expérience de l’avortement provoqué peut engendrer deux possibilités : aucun effet psychopathologique ou bien un certain effet. Dans le premier cas, il s’agira de patientes présentant un certain degré d’insuffisance psychique ou un trouble de la personnalité de type sociopathique, et qui, de ce fait, manquent de conscience de leur propre conduite et de sa portée. En revanche, l’expérience de l’avortement provoqué chez une personnalité normale s’accompagne d’un déni de la culpabilité. Face à un cas de Syndrome post-avortement (SPA), s’impose une attitude thérapeutique et compréhensive, ainsi qu’une aide spirituelle [3].

Une étude financée par le gouvernement de Finlande a confirmé que les femmes qui subissent un avortement courent quatre fois plus de risques de mourir que celles qui poursuivent leur grossesse et accouchent. L’étude a analysé plus de neuf mille cas. Le médecin David C. Reardon, responsable de la recherche, a expliqué qu’« il s’agit d’une étude impeccable, fondée sur des informations véridiques » qui « confirme que le fait que l’avortement soit plus dangereux que l’accouchement ne fait aucun doute ». Les chercheurs de l’unité d’analyse statistique du National Research and Development Center for Welfare and Health ont examiné les certificats de décès de toutes les femmes en âge de procréer (entre 15 et 49 ans) qui sont mortes entre 1987 et 1994, soit environ 9,129 femmes. Ensuite, ils ont examiné la base de données nationale afin d’identifier tout événement lié à la grossesse survenu dans l’année précédant le décès. Les chercheurs ont constaté que, par rapport aux femmes qui ont mené leur grossesse à terme, celles qui avaient avorté dans l’année précédant leur décès étaient : 60 % plus susceptibles de mourir de causes naturelles ; sept fois plus enclines au suicide ; quatre fois plus susceptibles de mourir dans des accidents ; et 14 fois plus susceptibles d’être victimes d’un homicide. Les chercheurs estiment que le taux élevé de décès liés aux accidents et aux homicides est en rapport avec des taux plus élevés de conduites suicidaires ou à haut risque. Reardon, qui a publié un article à ce sujet dans la revue Post-Abortion Review, a dénoncé que « bien que cette importante étude ait été publiée par le principal organe de la médecine scandinave, elle a été complètement ignorée par la presse américaine ». « L’ensemble de la littérature médicale montre clairement que l’avortement ne fait que nuire à la santé physique et mentale des femmes », a affirmé Reardon. « On cache cela aux femmes. Personne ne leur dit que le fait d’accoucher améliore la santé féminine, non seulement par rapport à celles qui ont avorté, mais aussi par rapport à celles qui ne sont jamais tombées enceintes », a-t-il ajouté. « Si ceux qui promeuvent l’avortement sont réellement des gens pro-choice (pro-choix), ils permettraient aux femmes de connaître les risques réels de l’avortement » [4].

Ainsi donc, le recours à l’avortement ne représente pas une véritable solution, mais bien au contraire : par la suite, il se transforme en un grave problème.

Par ailleurs, il existe toujours des alternatives moins violentes que l’avortement. À cet égard, les statistiques nationales du Centre d’Aide à la Femme, après 11 ans d’accompagnement, sont parvenues à la même conclusion.

Les raisons pour lesquelles une femme décide de recourir à l’avortement sont les suivantes :

1) 51.6% sociales

2) 22.8% économiques

3) 14.3% familiales

4) 5.7% santé

5) 3.3% personnelles

6) 2.2% viol

Les aides qui leur sont offertes pour surmonter leur problème sans mettre en danger leur propre vie ni celle de leur enfant sont : une orientation éducative sur la valeur de leur personne et l’estime de soi, des colis alimentaires, une bourse d’emploi post-partum, une demi-bourse pour le suivi prénatal et l’accouchement dans des institutions publiques et privées, un hébergement et un soutien face à la famille, l’orientation vers des institutions de santé et la prise en charge des grossesses à haut risque, une assistance psychologique pour le traitement du syndrome post-viol et l’orientation vers des organismes pouvant proposer les bébés à l’adoption [5].

Grâce à ces aides, on a pu sauver de la mort des centaines de bébés, car les mères optent habituellement pour leur enfant.

Mais malgré cela, certaines personnes incitent les femmes à opter plutôt pour l’avortement, en le présentant comme le chemin « le plus facile » ou comme la « seule issue ». Cependant, ces mêmes personnes ignorent ou semblent oublier que l’avortement n’est pas la « seule issue », mais la « pire issue ».

2 MYTHE. L’avortement devrait être autorisé en cas de grossesse non désirée, parce qu’elle traumatise la femme.

RÉALITÉ. L’expérience a démontré que, si on le laisse naître, bien des enfants non désirés deviennent très aimés. Il est même probable que nous-mêmes n’ayons pas été au départ des enfants désirés, mais bel et bien accueillis.

Stan Sinberg avoue dans The Baltimore Sun être perplexe, en tant que partisan du droit à l’avortement, depuis le jour où il a appris qu’il avait failli être avorté : lors d’une réunion, sa propre mère lui a confié qu’en apprenant qu’elle était enceinte, elle avait tenté de l’avorter ; son père dit qu’il essaierait de trouver quelqu’un pour pratiquer l’avortement et, ne l’ayant pas trouvé — ou ne l’ayant pas cherché —, ils le gardèrent. Ainsi donc, il devait son existence à une législation sociale en faveur de la vie ; il vit grâce au fait que sa mère n’a pas eu le droit à l’avortement [6]. Combien devront leur vie à une telle législation ! Il n’est pas facile de le savoir.

La femme qui se rend dans une clinique d’avortement peut être certaine qu’on ne l’informera pas correctement des traumatismes qu’elle pourra subir des années plus tard, si elle prend la décision d’avorter.

Mais au fond, chez beaucoup de partisans de l’avortement existe la conviction que toute inclination, si on l’accueille, a le droit d’être satisfaite, indépendamment du caractère juste ou non de la prétention, et cela n’est pas valable. Ainsi, par exemple, le désir que quelqu’un pourrait avoir de tuer son voisin ne doit pas être mis en pratique, non seulement parce qu’il s’oppose au souhait de celui-ci de conserver sa vie, mais avant tout parce qu’il est injuste de le faire. Dès lors, de quel droit refuse-t-on la vie à celui qui n’a commis aucun délit ?

3 MYTHE. L’embryon n’est qu’une masse de cellules. La vie proprement humaine ne commence qu’à partir du moment où une activité cérébrale est enregistrée, ce qui, chez le fœtus, ne survient qu’après de nombreux mois.

RÉALITÉ. La biologie moderne enseigne que les géniteurs sont unis à leur descendance par un maillon matériel qu’est l’ADN. Dans chaque cellule reproductrice, ce filament d’environ un mètre de longueur est coupé en morceaux (23 chez l’être humain). Chaque segment est soigneusement enroulé et empaqueté (comme cela se produit dans une cassette), de telle sorte qu’au microscope il apparaît comme un bâtonnet, un chromosome [7].

Il est propre aux êtres humains de posséder 23 paires de chromosomes dans les cellules.

La génétique enseigne que, dès le moment de la fécondation, existe un être humain avec tout le matériel génétique qui se développera au fil du temps ; quelque chose de semblable à ce qui se passe avec une bande de cassette qui présente des modifications physiques et fait que, lorsqu’on la place dans un lecteur de cassettes, on entend le jarabe tapatío, bien que ni la bande ni l’appareil ne contiennent de mariachi, ni de guitares, ni de trompettes.

âge approximatif et caractéristiques

1 jour.- 1 cellule à 23 paires de chromosomes lors de l’union des cellules germinales

3-4 jours.- Il se déplace vers l’utérus

5-9 jours.- Il s’implante de lui-même dans l’utérus

10-15 jours.- Il interrompt le cycle menstruel de sa mère, il ne mesure que 2 mm

20 jours.- Se mettent en place le cerveau, le système nerveux et la colonne vertébrale

21 jours.- Le cœur commence à battre, et continuera de battre jusqu’à la mort

28 jours.- Les muscles se forment et les bras et les jambes apparaissent

30 jours.- Il est 10,000 fois plus grand que la première cellule, il mesure maintenant 4.5 mm

40 jours.- On détecte les ondes cérébrales

42 jours.- Il commence à produire des cellules sanguines. Ce serait la deuxième menstruation de la mère si elle n’était pas enceinte

60 jours.- Il mesure 3 centimètres, il a des impulsions électriques cérébrales

Accepter qu’après la fécondation un nouvel être humain a commencé d’exister n’est pas une question de goût ou d’opinion. Quelqu’un peut-il sérieusement soutenir que ce qui est humain aujourd’hui ne l’était pas hier, quand il se trouvait dans l’utérus ? Ce que l’on extrait de l’utérus lorsqu’on pratique un avortement, est-ce une chose ou un être vivant ? Et si c’est un être vivant, à quelle espèce appartient-il ?

Et en cas de « doute », la seule attitude raisonnable serait de veiller sur la grossesse, et non de la détruire. Ainsi, par exemple : si quelqu’un part à la chasse avec un ami et entend un bruit, il ne tire pas, dans le doute de savoir s’il s’agit d’un sanglier ou de son compère qui ronfle de façon très semblable.

Il n’existe aucun être humain adulte qui n’ait d’abord été embryon, fœtus et bébé. C’est pourquoi l’on dit que si le ventre de la mère était transparent, l’avortement provoqué serait perçu tout autrement.

Le bon sens — qui n’a pas besoin de connaissances scientifiques — nous dit que ce que l’on porte dans le sein maternel est quelque chose de vivant ; certains doutent pourtant qu’il s’agisse d’un être humain, mais, si ce n’est pas un être humain, quel type d’être est-ce donc ? Si l’on n’avait pas la conviction qu’il s’agit d’un être humain, pourquoi les partisans de l’avortement cherchent-ils à interrompre sa croissance ? Et pourquoi tout le monde attend-il la naissance d’un être humain ?

L’expérience démontre que c’est bien un être humain. Lorsque survient l’accouchement, il ne vient à l’idée de personne d’appeler un vétérinaire au cas où naîtrait un petit gorille ou un crocodile ; ni de faire appel à un botaniste, au cas où elle donnerait naissance à une fleur de zempazúchitl [8].

4 MYTHE. L’avortement doit être autorisé parce que la femme a le droit de disposer de son corps.

RÉALITÉ. Dans le cas de l’avortement, on ne manipule pas son propre corps, mais on met fin à la vie d’une autre personne sur laquelle on n’a aucun droit, encore moins celui de la supprimer. En outre, le droit sur son propre corps a ses limites ; par exemple, il n’est pas permis de conduire en état d’ivresse, de se vendre comme esclave ou de se dévêtir sur la voie publique. Et cela, pourquoi ? Parce qu’être maître de son propre corps ne justifie pas n’importe quelle action.

Ces dernières années, des sciences telles que la génétique, l’immunologie et la fécondation in vitro (FIV) l’ont démontré, chacune de son côté : la mère et l’enfant sont des êtres distincts. C’est d’elle qu’il reçoit nourriture et espace pour vivre. En effet, la possibilité même de la FIV représente une preuve accablante de ce que l’embryon ne constitue pas un appendice de la mère.

Une société permissive n’aura peut-être pas grande difficulté à laisser passer l’acte de la femme qui a consenti à supprimer son propre enfant ; le pire, c’est qu’elle-même ne se le pardonnera pas facilement. Et si elle parvient effectivement à surmonter cela et à faire taire sa conscience, elle le fait en s’insensibilisant, en détruisant son sens des valeurs, en se défeminisant, en se déshumanisant [9].

De fait, en principe, aucune femme normale ne persiste à soutenir la mort des enfants ; elle chercherait en tout cas d’autres alternatives non violentes ou moins brutales.

Dans un entretien accordé par Norma Mc Corvey, la femme dont le cas — dans lequel elle intervint sous le pseudonyme de Jane Roe — donna naissance à l’arrêt de la Cour suprême Roe versus Wade (1973), qui libéralisa l’avortement aux États-Unis, elle raconta qu’en 1991 elle avait commencé à travailler dans une clinique d’avortement et avait connu de près la réalité de l’avortement. En 1995, elle annonça qu’elle avait changé de mentalité, et dit : je connais très peu de gens capables d’assister à un avortement et de continuer ensuite à être en faveur de celui-ci. À la question de savoir s’il n’y avait pas parmi elles des personnes sincères qui pensent aider ainsi les femmes, elle répondit : certaines veulent peut-être se convaincre qu’elles travaillent pour une bonne cause, mais pour elles ce n’est qu’un débat intellectuel. Tout ce qu’elles veulent, c’est faire progresser leur cause. Si elles éprouvaient véritablement quelque chose pour les femmes, elles essaieraient de les aider autrement [10].

Le cas est également paradoxal, car cette femme, liée à la mort de millions d’enfants à naître, n’a jamais avorté. McCorvey était une femme célibataire, de 21 ans, enceinte pour la troisième fois, pauvre et sans instruction. Lorsque l’arrêt fut favorable à l’avortement, sa fille était déjà née ; elle la confia donc à l’adoption, tout comme les deux fillettes précédentes. Elle est aujourd’hui opposée à l’avortement à quelque période de la grossesse que ce soit [11].

On lutte de plus en plus contre la violence intrafamiliale ; l’on peut donc se demander : existe-t-il pire violence que de tuer un enfant dans le sein maternel ?

5 MYTHE. Que ce soient les médecins qui décident de l’avortement, ce sont eux qui savent s’il convient ou non de le pratiquer dans chaque cas.

RÉALITÉ. Les médecins se soumettent à une longue période d’enseignement supérieur et de pratique technique. Ils apprennent à diagnostiquer les maladies et apportent au malade une compétence spécialisée. En échange de ces services, ils sont rétribués par un paiement, par une reconnaissance particulière et par le privilège d’investir le corps d’autrui avec autorité [12]. Cependant, cela ne leur confère pas le droit de décider si l’avortement convient ou non, car les intérêts pour l’admettre peuvent être multiples.

Depuis des années existe aux États-Unis le commerce appelé « Industrie de l’avortement ». Chaque année, on pratique dans ce pays environ 1.3 million d’avortements et l’on facture en moyenne 350 dollars pour chacun. Carol Everett fut mêlée à ce commerce dans la région de Dallas, au Texas, de 1977 à 1983, en tant que directrice de quatre cliniques et propriétaire de deux d’entre elles. À cette époque, le prix oscillait entre 185 et 1,250 dollars selon le degré d’avancement de la grossesse. Elle-même en vint à gagner 150,000 dollars par an. Plus tard, Mme Everett s’éloigna de l’industrie de l’avortement à la suite d’une conversion religieuse [13].

Le gynécologue nord-américain George Flesh décida d’abandonner la pratique de l’avortement lorsqu’il commença à souffrir de crises d’angoisse, avec nausées, palpitations et vertiges. Il explique lui-même pourquoi, dans un article : « Je n’étais plus fier d’être chirurgien. Lorsque je rentrais du travail et que j’embrassais mes enfants, je me sentais indigne que Dieu m’ait béni de leurs visages souriants. Au début de mon exercice professionnel, un couple marié vint me demander de pratiquer un avortement. Comme le col de l’utérus de la patiente était rigide, je ne pus le dilater pour réaliser l’opération. Je lui dis de revenir la semaine suivante, après quoi le col de l’utérus serait plus souple. Le couple revint et me dit qu’il avait changé d’avis. Je les assistai à la naissance de leur enfant sept mois plus tard. Des années après, je pus jouer avec le petit Jeffrey dans la piscine du club de tennis dont ses parents et moi étions membres. C’était un enfant magnifique et heureux. J’étais horrifié à la pensée qu’un simple obstacle technique m’avait empêché de mettre fin à sa vie en formation (…) Chaque matin, lorsque j’embrassais mes enfants, je commençais à penser à l’aspirateur que j’utiliserais deux heures plus tard. C’était une tension émotionnelle que je ne pouvais supporter » [14].

La question de l’avortement provoqué n’est pas quelque chose que le médecin doive trancher, de même que la peine de mort n’est pas de la compétence des ingénieurs du fait que l’on utilise la chaise électrique.

6 MYTHE. Il est démontré qu’autoriser l’avortement réduit le taux de criminalité.

RÉALITÉ. Une polémique s’est élevée à la suite de l’annonce d’une étude qui affirme les effets bénéfiques de l’avortement pour la société. Selon ce qu’a rapporté l’International Herald Tribune (10/8/99), deux chercheurs : Steven Levitt, économiste, de l’Université de Chicago, et John Donohue, professeur de droit de l’Université de Stanford, ont affirmé que la légalisation de l’avortement avait fait diminuer la criminalité. Étant donné que l’incidence de l’avortement au cours des années soixante-dix fut démesurément élevée parmi les femmes pauvres des groupes minoritaires, le nombre total de jeunes susceptibles d’avoir des problèmes avec la loi est bien moindre. Levitt déclara que l’avortement offre aux mères une alternative pour ne pas avoir d’enfants qui vont affronter une vie dure. Étant donné que ces enfants seraient nés dans un milieu de pauvreté et de manque d’amour maternel, ils auraient eu une plus grande probabilité d’entrer en conflit avec la police. L’étude des deux universitaires affirme même que l’avortement aurait pu être le facteur responsable de la moitié de la réduction de la criminalité de 1991 à 1997. Les zones où les taux d’avortement furent élevés ont connu une diminution plus significative de la criminalité, selon l’étude. Les auteurs n’étaient pas satisfaits d’autres explications, comme l’augmentation du nombre de personnes incarcérées et une plus grande sévérité de la part de la police, pour justifier la diminution des crimes. Ils comparèrent les taux d’avortement de 1973 à 1976 et la criminalité de 1985 à 1997. Les dix États présentant le niveau d’avortement le plus bas virent le nombre d’homicides augmenter de 16.9% de 1985 à 1997, tandis que les dix États présentant l’incidence d’avortement la plus élevée connurent une diminution des homicides de 31.5%. Dans les jours qui suivirent la diffusion de cette nouvelle, le Pro-Life Infonet publia diverses études présentant les réactions à la thèse sur l’avortement et la criminalité. La directrice d’un groupe pro-vie de l’État du Massachusetts, Maryclare Flynn, commenta qu’« il est une honte de suggérer que les 40 millions d’enfants qui ont été avortés depuis 1973 seraient devenus des criminels. L’étude présuppose que les femmes pauvres et celles des minorités élèvent des criminels ». Un éditorial du journal Boston Herald critiqua l’étude en faisant remarquer qu’elle se situe au même niveau que les pires affirmations des groupes racistes. Le journal Chicago Tribune souligne que, peu à peu, on élimine les mots « tragique » et « regrettable » des descriptions de l’avortement, et qu’ils seront peut-être remplacés par des expressions telles que « socialement utile ». Pendant ce temps, le Christian Science Monitor affirma qu’il est simplement préférable de se réjouir de la bonne nouvelle d’un recul du crime plutôt que d’admettre que quelqu’un se décide à cambrioler une banque simplement parce que sa mère ne l’aimait pas. Le London Independent ajouta que, même en tenant l’analyse des chercheurs pour exacte, on ne saurait en tirer une politique utile. Le journal observe que, quand bien même nous pourrions mettre fin à la faim, à la pauvreté, à la misère et au crime simplement en avortant tout le monde, ce serait une idée absurde. Michael Geer, de l’Institut de la Famille de l’État de Pennsylvanie, décrivit l’étude comme un nouvel outil contre le crime, « la peine capitale préventive ». En outre, s’il peut être vrai que certains criminels potentiels aient été éliminés par l’avortement, Geer se demande : « combien de savants et de génies aurons-nous sacrifiés ? ». Alan Keyes répondit à l’étude en disant que, dans les années soixante-dix, il était évident que l’avortement était utilisé comme une arme contre les Noirs. Bientôt, observa Keyes, les Noirs perdront leur place de principale minorité aux États-Unis, et cela est dû presque entièrement au phénomène de l’avortement. Le commentateur Cal Thomas rappela que, dans les années soixante-dix, celui qui était alors le leader noir pro-vie, Jesse Jackson, et d’autres Noirs considéraient l’avortement comme un moyen employé par les Blancs pour réduire les dépenses sociales. Ainsi, point n’est besoin de nourrir et d’éduquer tant de pauvres gens. C’est comme si l’on se demandait : tuer tous les enfants des rues améliorerait-il le revenu par habitant du pays ? « Cette question renfermerait un message implicite : qualifier d’avance le meurtre de quelque chose de bon ou, à tout le moins, de fait différent. Au moment de la fécondation commence une entité biologique distincte du père et de la mère, de même qu’ensuite, lorsque le nouvel être naîtra, il aura besoin d’un environnement particulier pour continuer à vivre, tout comme vous, tout comme moi et comme tous les humains, nous avons besoin d’oxygène, d’eau et de nourriture pour pouvoir survivre. Le licencié Juan Bernardi conclut par cette phrase : « Il n’y a pas lieu de se demander si l’avortement diminue la criminalité, car l’avortement lui-même est un crime » [15].

7 MYTHE. Que l’avortement soit légal pour ceux qui le désirent ; si quelqu’un n’est pas d’accord, qu’il ne le fasse pas, mais qu’il ne veuille pas imposer son point de vue aux autres. De plus, le régime légal actuel qui pénalise l’avortement est tombé en désuétude : personne n’est poursuivi pour avortement.

RÉALITÉ. Les lois remplissent une fonction déterminée : instaurer un État de droit. En déclarant un précepte comme opportun, on postule un critère social de comportement qui, de fait, peut aller ou non dans le sens des fins des citoyens. Dans le cas de l’avortement, il est clair que ne pas le condamner porte préjudice à la personne humaine.

Le droit pénal fait de même : il impose toujours des convictions. On pourrait même affirmer qu’il serait inconcevable qu’il y renonçât ; il serait aussi absurde, du point de vue de son objet, de recourir à la sanction pénale sans être convaincu que le bien protégé le mérite, que de laisser l’observation de ses normes au libre arbitre de chaque individu [16].

Cependant, on entend fréquemment, dans un certain milieu politique, que l’on est en faveur de la vie, mais que l’on soutient l’avortement par respect pour ceux qui défendent d’autres points de vue. Ce qu’ils ne mentionnent pas, c’est que ce respect de l’opinion d’autrui a ses limites, car personne ne soutiendrait une loi qui protégerait la vie de tous, mais permettrait à n’importe qui de priver autrui de la sienne.

L’avortement est toujours un acte violent qui ne doit pas être encouragé, et celui qui est indifférent à la violence favorise celui qui l’exerce. Dans ce cas, comme dans d’autres, celui qui cherche une position neutre ou soutient le libre choix favorise en réalité l’avortement. Celui-là même accepterait que, par exemple, dans l’Allemagne nazie, on eût tenu ce raisonnement : je suis neutre, mais si tu veux réaliser le génocide, c’est ton affaire, assume-en les conséquences, mais c’est à toi de choisir.

En suivant la logique du mythe, on pourrait aussi dire : si tu ne veux pas violer, ne viole pas, mais n’impose pas ton point de vue aux autres ; comment cela sonne-t-il ?

Dans l’affaire Dred Scott, aux États-Unis, la Cour suprême de justice, par l’intermédiaire du juge Roger B. Taney, confirma et étendit l’esclavage ; elle déclara que les Noirs n’étaient pas des personnes et pouvaient donc être esclaves. On considère aujourd’hui la position de Taney comme la pire décision constitutionnelle. Mais il y a un fait curieux. Bien des années auparavant, Taney avait libéré ses propres esclaves. On pourrait dire aujourd’hui qu’il était personnellement contre l’esclavage, mais qu’il ne voulait pas imposer ses points de vue aux autres. La contradiction de Taney — celle de s’opposer en privé, mais de tolérer publiquement une pratique sociale répandue — est la position préférée, à l’égard de l’avortement, de ceux qui se déclarent pro-choice [17].

On se dit pro-choice, favorable au choix de faire mourir un innocent. D’où la question : l’avortement est-il un choix valable de la mère ? Peut-on donc « choisir » le sort du voisin, de la belle-mère ou du frère ? Pourquoi devrait-on pouvoir choisir le sort de l’enfant ?

L’expérience démontre aussi que, lorsqu’on perd le respect de la vie, on transgresse aisément n’importe quel droit. John S. Aird, démographe qui travailla près de 30 ans au bureau du Recensement des États-Unis, fait remarquer que, depuis 1979, il fut interdit d’avoir plus d’un enfant en Chine, et que cette politique démographique a été appliquée aussi bien par des menaces et des amendes que par des avortements et des stérilisations forcées [18].

8 MYTHE. L’avortement est une affaire de conscience personnelle, une question personnelle, intime, dans laquelle ni la législation, ni la religion, ni personne, hormis la mère elle-même, ne doit intervenir.

RÉALITÉ. Bien que nous devions tous suivre notre propre conscience, son rôle n’est pas de créer la vérité ; et, en particulier au sujet de l’avortement, ce n’est pas une affaire de conscience personnelle, une question personnelle, intime, dans laquelle personne ne doit intervenir, car cela affecte concrètement une personne, l’enfant à naître, qui est conduit à la mort.

Il ne faut pas perdre de vue que celui qui avorte met fin à la vie, à la liberté, à l’intimité et à la conscience d’une autre personne ; c’est pourquoi, lorsqu’on défend la vie humaine de l’enfant à naître, on n’est pas contre la femme, mais en sa faveur, car il est statistiquement démontré que, sur deux avortements, l’un concernait le sexe féminin. En protégeant la vie dès la conception, on établit qu’aucune femme ne pourra être agressée, pas même dans le ventre de sa mère.

Si l’on mène des campagnes en faveur de la conscience écologique, combien plus devons-nous faire pour les êtres humains.

Mère Teresa de Calcutta l’a compris et l’a expliqué avec clarté, en promouvant le respect de l’être humain à naître comme condition de la paix sociale. On transcrit ci-après quelques paragraphes de ses paroles lors du Petit-déjeuner de la Prière nationale à Washington, D. C. , (4-II-94) :

« Je ne peux oublier l’expérience que j’ai vécue en visitant une maison où l’on garde ces vieux parents de fils et de filles qui les ont placés dans une institution et, peut-être, les ont oubliés. J’ai vu que, dans cette maison, toutes ces personnes âgées avaient tout : une bonne nourriture, un lieu confortable, la télévision, tout. Mais tous regardaient vers la porte. Et je n’en ai vu aucun avec un sourire sur le visage.

« Je me suis tournée vers la Sœur et j’ai demandé : pourquoi ces gens qui ont ici tout le confort, pourquoi regardent-ils tous vers la porte ? Pourquoi ne sourient-ils pas ? (je suis si habituée à voir les sourires de nos gens, même ceux qui sont en train de mourir sourient). Et la Sœur a dit : c’est ainsi presque tous les jours. Ils attendent, ils ont l’espoir qu’un fils ou une fille viendra les visiter. Ils souffrent parce qu’ils sont oubliés. Et voyez, cette négligence à aimer engendre la pauvreté spirituelle. Peut-être avons-nous, dans notre propre famille, quelqu’un qui se sent seul, qui se sent malade, qui se sent inquiet. Sommes-nous là ? Sommes-nous prêts à donner jusqu’à ce que cela fasse mal afin d’être avec nos familles, ou faisons-nous passer nos intérêts d’abord ? Voilà les questions que nous devons nous poser à nous-mêmes (…) Nous devons nous rappeler que l’amour commence au foyer, et nous devons nous rappeler que l’avenir de l’humanité passe par la famille.

« J’ai été surprise, en Occident, de voir tant de jeunes garçons et de jeunes filles adonnés à la drogue. Et j’ai cherché à découvrir pourquoi. Pourquoi en est-il ainsi, alors que ceux d’Occident ont tellement plus de choses que ceux d’Orient ? Et la réponse fut : parce qu’il n’y a personne dans la famille pour les accueillir. Nos enfants dépendent de nous pour tout : leur santé, leur nourriture, leur sécurité, leur cheminement vers la connaissance et l’amour de Dieu. Pour tout cela, ils nous regardent avec confiance et espérance. Mais souvent les pères et les mères sont si occupés qu’ils n’ont pas de temps pour leurs enfants, ou peut-être ne sont-ils même pas mariés, ou ont-ils échoué dans leur mariage. Alors les enfants s’en vont dans les rues et se laissent entraîner dans la drogue ou d’autres choses. Nous parlons de l’amour de l’enfant, qui est le point où l’amour et la paix doivent commencer. Ce sont là les choses qui brisent la paix.

« Mais je sens qu’aujourd’hui le plus grand destructeur de la paix est l’avortement, car c’est une guerre contre l’enfant, la mise à mort directe d’un enfant innocent, tué par sa propre mère. Et si nous acceptons qu’une mère puisse tuer jusqu’à son propre enfant, comment pouvons-nous dire aux autres de ne pas s’entretuer ? Comment persuader une femme de ne pas se faire avorter ? Comme toujours, nous devons la persuader par l’amour, et nous devons nous rappeler à nous-mêmes qu’aimer signifie être disposés à donner jusqu’à ce que cela fasse mal. Jésus a donné jusqu’à sa vie pour nous aimer. Ainsi, la mère qui songe à l’avortement doit être aidée à aimer, c’est-à-dire à donner jusqu’à ce que cela fasse mal — ses projets ou son temps libre — pour respecter la vie de son enfant. Le père de cet enfant, qui qu’il soit, doit lui aussi donner jusqu’à ce que cela fasse mal.

« Par l’avortement, la mère n’apprend pas à aimer, mais elle tue jusqu’à son propre enfant pour résoudre ses problèmes. Et, par l’avortement, on dit au père qu’il n’a à prendre aucune responsabilité à l’égard de l’enfant qu’il a mis au monde. Le père mettra probablement d’autres femmes dans le même embarras. De sorte que l’avortement ne conduit qu’à davantage d’avortements.

« Tout pays qui accepte l’avortement n’enseigne pas à ses habitants à aimer, mais à user de n’importe quelle violence pour obtenir ce qu’ils veulent. C’est pourquoi le plus grand destructeur de l’amour et de la paix est l’avortement.

« Beaucoup de gens sont très, très préoccupés par les enfants de l’Inde, par les enfants d’Afrique, où bon nombre meurent de faim, et par des choses de ce genre. Beaucoup de gens sont aussi préoccupés par toute la violence qui règne dans ce grand pays qu’est les États-Unis. Ces préoccupations sont très bonnes. Mais bien souvent ces mêmes gens ne se préoccupent pas des millions d’êtres qui sont mis à mort par la décision délibérée de leurs propres mères. Et c’est pourquoi le plus grand destructeur de la paix, de nos jours, c’est l’avortement, qui apporte aux gens un tel aveuglement.

« Et c’est pourquoi je supplie en Inde et je supplie partout : redonnons de la valeur aux enfants. L’enfant est le don de Dieu à la famille. Chaque enfant est créé à l’image et à la ressemblance particulières de Dieu, pour de plus grandes choses, pour aimer et être aimé (…) nous devons redonner de la valeur aux enfants afin qu’ils soient le centre de notre attention et de notre sollicitude.

« (…) Nous combattons l’avortement par l’adoption, en prenant soin de la mère et en adoptant son bébé. Nous avons sauvé des milliers de vies. Nous avons dit aux cliniques, aux hôpitaux et aux postes de police : de grâce, ne détruisez pas l’enfant ; nous le prendrons. De sorte que nous avons toujours quelqu’un pour dire à la mère en difficulté : viens, nous prendrons soin de toi, nous donnerons un foyer à ton enfant. Et nous avons une énorme demande de couples qui ne peuvent pas avoir d’enfants (…)

« De grâce, ne tuez pas l’enfant. Moi, je veux cet enfant. De grâce, donnez-moi cet enfant. Je suis disposée à accueillir n’importe quel enfant qui pourrait être avorté et à le confier à un couple marié qui l’aimera et sera aimé de lui. Rien que dans notre foyer d’enfants de Calcutta, nous avons sauvé de l’avortement plus de 3,000 enfants. Ces enfants ont apporté tant d’amour et de joie à leurs parents adoptifs, et ils ont grandi si remplis d’amour et d’allégresse !.

Je sais que les couples doivent planifier leur famille, et pour cela il existe la planification familiale naturelle. La manière de planifier la famille, c’est la planification familiale naturelle, non la contraception. En détruisant le pouvoir de donner la vie, au moyen de la contraception, un mari ou une épouse se font quelque chose à eux-mêmes. Cela ramène l’attention vers soi-même et détruit ainsi le don de l’amour en lui ou en elle. En s’aimant, le mari et l’épouse doivent porter leur attention vers l’autre, comme cela se produit dans la planification familiale naturelle, et non vers soi-même, comme cela arrive avec la contraception. Une fois que l’amour vivant est détruit par la contraception, l’avortement suit très facilement.

« Je sais aussi qu’il y a de grands problèmes dans le monde, que bien des couples ne s’aiment pas mutuellement assez pour pratiquer la planification familiale naturelle. Nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes du monde, mais ne tombons pas dans le pire de tous, qui est de détruire l’amour. Et c’est ce qui arrive lorsque nous disons aux gens de pratiquer la contraception et l’avortement.

« Les pauvres sont des gens formidables. Ils peuvent nous enseigner tant de belles choses. Un jour, l’un d’eux vint nous remercier de lui avoir enseigné la planification familiale naturelle et dit : vous, les gens qui avez pratiqué la chasteté, vous êtes les mieux placés pour nous enseigner la planification familiale naturelle, car ce n’est rien d’autre qu’une maîtrise de soi qui jaillit de l’amour de chacun. Et ce que cette personne pauvre a dit est bien vrai. Ces personnes pauvres n’ont peut-être rien à manger, n’ont peut-être pas de maison où vivre, mais elles peuvent malgré tout être de grandes personnes lorsqu’elles sont spirituellement riches.

« Lorsque je recueille quelqu’un dans la rue, affamé, je lui donne une assiette de riz, un morceau de pain. Mais une personne qui est emprisonnée, qui se sent mal-aimée, sans amour, terrorisée, la personne qui a été rejetée hors de la société, cette pauvreté spirituelle est bien plus dure à vaincre. Et l’avortement, qui suit fréquemment la contraception, rend les gens spirituellement pauvres, et c’est là la pire pauvreté et la plus difficile à vaincre.

« Celles qui sont matériellement pauvres peuvent être des personnes merveilleuses. Une nuit, nous sommes sorties et avons recueilli quatre personnes dans la rue. Et l’une d’elles était dans l’état le plus terrible. J’ai dit aux sœurs : occupez-vous des trois autres ; moi, je m’occuperai de celle qui paraît la plus mal en point. J’ai donc fait pour elle tout ce que mon amour peut faire. Je l’ai mise au lit, et il y avait un beau sourire sur son visage. Elle m’a pris les mains, tandis qu’elle ne disait qu’un seul mot : merci, et elle est morte.

« Je n’ai pu m’empêcher d’examiner ma conscience devant elle. Et j’ai demandé : que dirais-je si j’étais à sa place ? Et ma réponse fut très simple. J’aurais essayé d’attirer un peu l’attention sur moi-même. J’aurais dit : j’ai faim, je suis en train de mourir, j’ai froid, je souffre, ou quelque chose. Mais elle m’a donné bien davantage — elle m’a donné son amour reconnaissant. Et elle est morte avec un sourire sur le visage. Il y avait aussi l’homme que nous avions recueilli dans le caniveau, à moitié dévoré par les vers, et après l’avoir amené à la maison, il ne disait que : « J’ai vécu comme un animal dans la rue, mais je vais mourir comme un ange, aimé et soigné ». Puis, après que nous eûmes ôté tous les vers de son corps, tout ce qu’il dit, avec un grand sourire, fut : ma Sœur, je vais à la maison de Dieu, et il mourut. Ce fut si merveilleux de voir la grandeur de cet homme qui put parler ainsi sans blâmer personne, sans rien comparer. Comme un ange ; telle est la grandeur des gens qui sont spirituellement riches, même lorsqu’ils sont matériellement pauvres.

« Nous ne sommes pas des travailleuses sociales. Peut-être faisons-nous un travail social aux yeux de certains, mais nous devons être des contemplatives au cœur du monde. Car nous apportons la présence de Dieu à leur famille, parce que les familles qui prient ensemble demeurent unies. Il y a tant de haine, tant de misère, et nous, par nos prières, par notre sacrifice, nous commençons à la maison. L’amour commence au foyer, et ce qui compte n’est pas combien nous faisons, mais combien d’amour nous mettons dans ce que nous faisons.

« Si nous sommes contemplatifs au cœur du monde avec tous ses problèmes, ces problèmes ne nous décourageront jamais. Nous devons toujours nous rappeler ce que Dieu nous dit dans les Écritures : même si une mère pouvait oublier l’enfant de ses entrailles — chose impossible, mais même si elle pouvait l’oublier — Moi, jamais je ne vous oublierai.

« Et c’est ainsi que je suis ici à m’entretenir avec vous. Je veux que vous trouviez les pauvres ici, tout d’abord dans votre propre maison. Et commencez à aimer là. Apportez la bonne nouvelle d’abord à vos propres proches. Et renseignez-vous sur vos voisins les plus proches. Savez-vous qui ils sont ?

« J’ai vécu l’expérience la plus extraordinaire d’amour du prochain avec une famille hindoue. Un monsieur vint à notre maison et dit : Mère Teresa, il y a une famille qui n’a pas mangé depuis longtemps. Faites quelque chose. J’ai donc pris un peu de riz et je m’y suis rendue immédiatement. Et j’ai vu les enfants, leurs yeux brillaient de faim. Je ne sais si vous avez déjà vu la faim. Mais moi, je la vois très souvent. Et la mère de la famille prit le riz que je lui donnai et sortit. Lorsqu’elle revint, je lui demandai : où es-tu allée ? Qu’as-tu fait ? Et elle me donna une réponse très simple : eux aussi ont faim. Ce qui me frappa, c’est ce qu’elle savait — et qui sont-ils ? Une famille musulmane. Je n’apportai pas davantage de riz ce soir-là, parce que je voulais qu’eux, hindous et musulmans, goûtent la joie de partager.

« Mais là se trouvaient ces enfants, rayonnants d’allégresse, partageant la joie et la paix avec leur mère parce qu’elle avait de l’amour à donner jusqu’à ce que cela fasse mal. Et vous voyez que c’est là que commence l’amour, au foyer, dans la famille.

« Ainsi, comme le montre l’exemple de cette famille, Dieu ne nous oubliera jamais, et il y a quelque chose que vous et moi pouvons toujours faire. Nous pouvons garder dans nos cœurs la joie d’aimer Jésus, et partager cette joie avec tous ceux avec qui nous sommes en contact. Atteignons ce seul but : qu’il n’y ait aucun enfant non désiré, non aimé, négligé, ou tué et rejeté. Et donnons jusqu’à ce que cela fasse mal, avec le sourire.

« Si nous nous rappelons que Dieu nous aime, et que nous pouvons aimer les autres comme Il nous aime, alors l’Amérique peut devenir un signe de paix pour le monde. D’ici, un signe de sollicitude pour le plus faible des faibles — l’enfant à naître. Si vous devenez une lumière éclatante de justice et de paix dans le monde, alors vous serez vraiment fidèles à ce que cherchaient les fondateurs de ce pays. Que Dieu vous bénisse ! ».

9 MYTHE. Il est préférable d’avorter lorsque le fœtus présente des altérations génétiques ou congénitales, car quelle qualité de vie pourront donc avoir ces enfants ? Personne ne désire un enfant atteint de malformations ou du SIDA.

RÉALITÉ. Beaucoup d’enfants à naître meurent ; d’autres ne pourront pas atteindre l’âge adulte parce que leur nature n’est pas préparée à y parvenir. Pourquoi donc en finir avec eux intentionnellement ?

Grâce aux progrès de la technique appliquée à la médecine, on a obtenu des avancées autrefois inimaginables, et parmi elles la possibilité de recueillir des données suffisantes pour pronostiquer quelque pathologie de l’être en gestation. Mais qui dira quelle maladie est déterminante pour opter pour l’avortement ?

La Fondation Kennedy présenta un film pour montrer combien il était terrible de rejeter les enfants parce qu’ils étaient malades. Ce film fut tourné à partir d’une histoire vraie qui se produisit à l’hôpital John Hopkins de Baltimore. L’histoire est la suivante : peu après la naissance d’un enfant atteint de mongolisme, on découvrit qu’il présentait en outre un rétrécissement du tube digestif qui l’empêchait de s’alimenter. Cette anomalie condamnait l’enfant à la mort, à moins qu’on ne lui fît subir une opération chirurgicale relativement simple. Les parents refusèrent l’intervention. Le chirurgien s’adressa alors au juge en lui proposant ceci : si je vous demande, officiellement, de m’autoriser à passer outre le refus paternel, me soutiendriez-vous ? L’avis du juge fut que les parents ont le droit de s’opposer à l’intervention. À la suite de cette réponse, le chef de Pédiatrie décida de ne pas opérer l’enfant, qui fut placé dans une chambre séparée avec l’écriteau « Nothing by mouth » (rien par la bouche), et il mit quinze jours à mourir de faim dans l’un des plus grands hôpitaux du pays le plus riche du monde [19].

Voici des cas bien différents :

Un photographe rapporta une intervention chirurgicale pour spina-bifida pratiquée sur un fœtus de 21 semaines de gestation, et saisit le moment où le bébé sortit sa toute petite main de l’intérieur de l’utérus de sa mère et tenta de saisir l’un des doigts du médecin qui l’avait opéré. La petite main appartient à Samuel Alexander Armas. Les spécialistes l’opérèrent à l’intérieur de la matrice pour corriger son anomalie. Ses parents, Julie et Alex Armas, luttèrent longtemps pour avoir un bébé. Julie, une infirmière de 27 ans, subit deux fausses couches avant de tomber enceinte du petit Samuel. Cependant, lorsqu’elle atteignit 14 semaines de gestation, elle commença à souffrir de fortes crampes, et une échographie en montra les raisons. Le cerveau de Samuel paraissait déformé et la moelle épinière se détachait d’une colonne vertébrale qui présentait elle aussi des anomalies ; le bébé souffrait de spina-bifida, et l’on pouvait choisir entre un avortement ou un enfant gravement handicapé. Selon Alex, l’avortement ne fut jamais une option. Avant de se laisser abattre, le couple décida de chercher une solution par ses propres moyens, et c’est ainsi que tous deux se mirent à solliciter de l’aide par Internet. C’est de cette manière qu’ils entrèrent en contact avec le Docteur Joseph Bruner (dont le doigt est celui que tient Samuel sur la photographie). La spina-bifida peut entraîner des lésions cérébrales, provoquer diverses paralysies et même une incapacité totale. Cependant, corrigée avant la naissance du bébé, elle offre bien plus de chances de guérison. Bien que le risque fût grand, l’opération fut un succès. Au cours de celle-ci, les médecins purent traiter le bébé sans le sortir de l’utérus, refermer la brèche provoquée par la déformation et protéger la colonne vertébrale, qui sert de voie aux signaux nerveux vers le cerveau [20].

Après la naissance, les parents de Samuel adressèrent une lettre à tous les amis qui, à travers le monde, s’étaient unis dans la prière pour le bébé, et firent de leur histoire émouvante l’étendard du combat pro-vie. Le texte de la missive dit : chers amis et proches, Samuel est né le jeudi 2 décembre à 6:25 pm au Northside Hospital, pesant 5 livres et 11 onces et mesurant 20 pouces et demi. Il est né à 36 semaines de gestation, mais il est venu au monde en présentant sa tête avec un cri. Samuel n’a eu à passer par aucune unité néonatale et il est arrivé à notre foyer avec nous le lundi 6 décembre. Après avoir vu une échographie de son cerveau, son neurochirurgien s’est montré très optimiste, car il ne présentait aucun signe d’hydrocéphalie et la malformation cérébrale était résolue. Il bouge très bien ses jambes à partir des hanches et avec un peu moins d’aisance à partir des genoux. Il était plié en deux dans l’utérus, et l’orthopédiste estime qu’il a de très bonnes chances de marcher. Il commencera sa thérapie physique la semaine prochaine afin de surmonter la raideur de ses jambes, qui a résulté de sa position dans le ventre. Samuel s’alimente très bien. Merci pour toutes vos prières et votre soutien. Nous sommes plus heureux que nous n’avons jamais rêvé qu’il fût possible de l’être ! Avec tout notre amour, Julie, Alex et Samuel Armas [21].

Un autre cas montre une bébé prématurée qui faillit mourir lorsque les médecins décidèrent de débrancher les appareils qui la maintenaient en vie, parce qu’ils pensaient qu’elle présentait une anomalie génétique grave. Les parents n’acceptèrent jamais le diagnostic des médecins. Selon les spécialistes, leur fille souffrait d’un désordre chromosomique appelé syndrome triploïde qui ne lui permettrait pas de survivre. Les spécialistes étaient disposés à débrancher les appareils qui assuraient l’alimentation et l’assistance de la bébé pendant qu’elle achevait sa croissance, parce que, prétendument, la petite avait ses jours comptés et qu’il ne « valait pas la peine » de continuer à la maintenir en vie. Les parents décidèrent de lui faire pratiquer de nouveaux examens avant de la soumettre à ce qu’ils considérèrent comme une euthanasie. Les nouvelles analyses confirmèrent leurs craintes : les médecins allaient tuer une enfant en bonne santé. Ce cas a suscité une polémique sur l’attitude indifférente de la plupart des médecins anglais à l’égard des enfants à naître et des bébés [22].

Il est très triste d’apprendre qu’il existe des parents qui rejettent leurs enfants parce qu’ils souffrent de quelque handicap, ainsi que des médecins disposés à « améliorer la race » ; cependant, il est aussi réjouissant de savoir qu’il existe toujours des personnes qui accueillent comme un enfant très aimé un bébé ainsi. Par exemple, si l’on prend l’exemple fréquent des enfants atteints du syndrome de Down et que l’on interroge les parents, la plupart d’entre eux diront que ce sont des enfants très heureux, et bien plus, qu’ils se disent eux-mêmes heureux de leur enfant.

Des enfants et des adultes ayant des problèmes de handicap sont heureux, gardent l’espérance et préfèrent vivre plutôt que de n’être jamais nés. Il existe de nombreux cas qui le confirment.

Ainsi, par exemple, Jesús Francisco Marroquín Gómez est un bon élève de cinquième année de primaire, il joue au football et au basket-ball, il a beaucoup d’amis, il veut être médecin et il a un handicap physique. Il est né avec de multiples malformations qui ont empêché le développement de certaines vertèbres et de ses jambes ; c’est pourquoi ses pieds, de très petite taille, sont rattachés à de minuscules membres fixes en forme de croix, et il se considère comme une personne heureuse [23].

Et ainsi, tous ensemble, nous pourrions citer des milliers de cas semblables. Pour toutes ces raisons, il faudrait reconsidérer ce qui est vraiment important, car on prend des décisions qui concernent la personne humaine et non l’élevage du bétail.

S’il était légitime de tuer un être humain parce qu’il court le risque d’avoir une vie « sans valeur », alors il faudrait tuer tous ceux qui entrent dans ce même modèle, car où se situe la qualité de vie d’une personne ? C’est réellement quelque chose de très subjectif. Là où l’un est heureux, un autre pense au suicide.

Lors d’un débat à la télévision française, Lejeune demanda à Monod : d’un père syphilitique et d’une mère tuberculeuse qui eurent quatre enfants ; le premier naquit aveugle, le deuxième mourut à la naissance, le troisième naquit sourd-muet, et le quatrième est tuberculeux ; la mère se retrouve enceinte d’un cinquième enfant. Vous, que feriez-vous ? — J’interromprais cette grossesse — répondit Monod en toute assurance ; ce à quoi son adversaire répliqua : observons une minute de silence, car vous auriez tué Beethoven [24].

Il est donc nécessaire d’attendre que chacun choisisse son destin, et non de le devancer en prenant une décision qui n’admet aucune rectification. Une belle loi, vraiment, que celle qui permet de tuer le plus démuni et le plus faible, et, en l’occurrence, le malade !

Ainsi, être en faveur de l’avortement eugénique conduit à l’aberration de supposer que donner la mort à un être humain, c’est lui rendre un service ; comme le dit le proverbe : « mieux vaut que tu ne m’aides pas, compère ».

10 MYTHE. Seules les femmes disposant de moyens économiques qui décident d’avorter se font pratiquer des avortements illégaux dans les meilleures conditions, tandis que les autres meurent ou restent affectées à cause de l’avortement clandestin mal pratiqué.

RÉALITÉ. L’argument de ceux qui sont en faveur de l’avortement pour éviter la clandestinité est le suivant : si la mère risque sa vie pour tuer son enfant, donnons-lui la permission de pouvoir le détruire sans courir de risque.

Autoriser l’avortement parce qu’il se pratiquera de toute façon clandestinement est aussi absurde que de raisonner ainsi : si un bandit risque sa vie pour voler, il vaudra mieux lui laisser la porte ouverte et la lumière allumée pour qu’il ne trébuche pas [25].

Une chose que l’on n’a pas coutume de dire, c’est que l’avortement est toujours dangereux en lui-même, qu’il soit pratiqué clandestinement ou entre des mains expertes et dans les meilleures conditions d’hygiène. Il n’existe pas de « bons avortements ». Certaines conséquences sont : hémorragie, perforation utérine, infection génitale, stérilité permanente, grossesse ectopique, ouverture permanente du col de l’utérus, perforation de l’intestin. À cela s’ajoutent les troubles psychiques, plus graves et plus profonds que les précédents.

Des témoignages — comme celui-ci — indiquent que l’avortement marque à jamais : « Je ne sais pas pourquoi je l’ai fait, mais ce dont je suis sûre, c’est que je ne me remets toujours pas de cette expérience. Les cauchemars ne me laissent pas vivre en paix » [26].

Les partisans de l’avortement citent des chiffres alarmants de femmes décédées à cause d’avortements clandestins. Il faudrait leur demander combien de femmes meurent chaque année, car ce serait une folie d’adopter la mesure juridique de tuer des innocents sur la foi d’une donnée imprécise ou inconnue.

Diverses organisations internationales de planification familiale, comme l’institut Alan Guttmacher — entité financée en grande partie par l’International Planned Parenthood Federation (IPPF) —, ont diffusé des données sur les femmes décédées à cause des avortements clandestins en Amérique latine. Selon leurs chiffres, ces décès s’élevaient chaque année à 300,000 au Mexique. Cependant, l’annuaire statistique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a démenti ces chiffres. Ainsi, par exemple, en 1989, 172,423 femmes moururent dans notre pays, dont 21,177 étaient en âge de procréer, et de ces décès, l’OMS n’en enregistre que 149 au Mexique dus à l’avortement, y compris les avortements spontanés [27].

Les données de l’INEGI [28] indiquent qu’en 1994 on enregistra un total de 181,136 décès féminins. Les 5 principales causes furent : maladies du cœur 16.7%, tumeurs malignes 13.4%, diabète sucré 9.4%, maladie cérébrovasculaire 6.7%, pneumonie et grippe 4.9%, sans préciser l’âge.

Quant à la mortalité maternelle, pour chaque 10,000 naissances vivantes, 4.9 femmes moururent en 1994. Les principales causes sont : toxémie de la grossesse 27.4%, hémorragie de la grossesse 24.1%, complication du post-partum 10.4%, avortement 6.7%. Enfants nés vivants en 1994 : 2,903,825. Par conséquent, pour raison de maternité, 1,421 femmes moururent cette année-là, et parmi elles 212 furent attribuées à l’avortement ; où sont donc passés les chiffres des autres femmes décédées ? Qui soutient ces quantités ? D’où ont-elles été obtenues ?

Or, il n’est pas nouveau de manipuler les chiffres pour parvenir à imposer l’avortement ; c’est ainsi que Bernard Nathanson, celui que l’on appela le « Roi de l’avortement » pour tous les États-Unis en 1973, y parvint. Comme il le déclara lui-même une fois son opinion changée. En 1968, il organisa l’« Association nationale pour l’abrogation des lois sur l’avortement », et affirmait que de 10 à 15 mille femmes mouraient chaque année à cause des avortements clandestins, alors qu’en réalité il savait que les cas se situaient entre 200 et 300 [29].

En tout cas, quel que soit le chiffre réel des femmes décédées par avortements clandestins, cela signifierait uniquement que, tant la société que le gouvernement, nous n’avons pas su offrir d’alternatives aux femmes qui ont conçu un enfant non désiré.

La fonction de la loi est de créer un État de droit ; si, au contraire, elle consistait à consacrer les situations de fait, il est clair qu’il ne pourrait en être ainsi dans le seul cas de l’avortement. Face à l’ampleur du vol, de la violence, de la fraude, des tortures, des enlèvements, du harcèlement sexuel, de la corruption de mineurs (par mendicité induite, drogue, agression sexuelle), de l’exploitation (sourds-muets, déments, infirmes), de la maltraitance infantile et féminine, de la corruption, du terrorisme, du narcotrafic, etc., il ne resterait au législateur d’autre voie que de déclarer légal ce qui est illégitime. Pourquoi, dans ces cas, ne propose-t-on pas de changer les lois pour dépénaliser les délits ? [30].

Certains affirment que tant que l’avortement ne sera pas autorisé, il y aura davantage d’avortements clandestins. À ces personnes, il faudrait demander si elles pensent sérieusement que : y aura-t-il moins de gens qui se droguent lorsque la drogue sera autorisée ? Y aura-t-il moins d’agressions lorsque voler sera légal ? Doit-on alors légaliser les délits que le peuple commet de façon récurrente ? En ce cas, aux États-Unis, on devrait commencer à songer à légaliser le fait que les enfants des écoles primaires criblent de balles leurs camarades [31].

Il est indubitable que, dans toute législation, il existe des préceptes qu’il faudrait changer. Ceux qui invoquent les coutumes pour demander l’abrogation d’une loi le font parce qu’ils supposent qu’il s’agit d’une norme circonstancielle, et dans bien des cas il en sera ainsi. Cependant, il existe aussi des préceptes indérogeables, qui rendent possible de jouir de la sécurité juridique et sociale : la vie appartient à ces normes.

Par ailleurs, c’est un fait que, dans les pays où l’avortement est légal, la pratique illégale se poursuit. Pourquoi ? : pour ne pas apparaître comme mère célibataire ; pour dissimuler une aventure ; par haine du père ; parce que les conditions requises pour un avortement légal ne sont pas réunies ; ou simplement parce qu’une clinique clandestine revient moins cher.

Aux États-Unis, une fillette naquit estropiée à 34 semaines de gestation à la suite d’un avortement illégal et non consommé. La mère voulut avorter et se rendit chez un médecin qui tient une clinique d’avortement illégale à New York, avec pour résultat l’amputation d’un bras à la fillette, qui survécut à l’opération. Lorsque la photo de la fillette parut dans les journaux, l’indignation publique ne se fit pas attendre à l’égard de l’auteur de l’avortement manqué. Cependant, ce que fit ce médecin est ce que l’on pratique quotidiennement dans une multitude d’avortements légaux consommés, à ceci près que, dans ces derniers, le fœtus est mis en pièces. Ainsi donc, lorsque le travail consiste à tuer, le plus incompétent fait le moins de mal [32].

Au Mexique, l’expérience montre que les avortements sont évitables si l’on parvient à expliquer aux femmes que l’avortement est l’homicide de leur enfant.

« Et c’est que — commente le Pape Jean-Paul II — l’enfant à naître est faible, sans défense, au point d’être privé même du plus infime moyen de défense, celui de la force implorante des gémissements et des pleurs du nouveau-né. Il est entièrement confié à la protection et aux soins de celle qui le porte dans son sein » [33].

11 MYTHE. L’avortement est une bonne mesure de contrôle des naissances ; à quoi bon mettre davantage de gens au monde ?

RÉALITÉ. La surpopulation n’est pas un problème au Mexique ; en revanche, la naissance d’enfants qui naissent hors mariage (environ 50%) sans fonder une famille l’est bel et bien, comme nous l’ont indiqué les recensements.

Pour assurer le renouvellement des générations dans le monde, il faut 2.1 naissances par couple. Il existe actuellement des pays dont le taux de croissance est inférieur, si bien que leur population commence à disparaître après des années de contrôle de la natalité. C’est que, comme le dit la maxime : Dieu pardonne toujours, les hommes quelquefois, mais la nature, jamais.

Ce doit être significatif qu’en Europe et au Canada on soutienne économiquement les familles nombreuses.

12 MYTHE. L’avortement doit être une option lorsqu’on n’a pas la capacité d’assurer l’entretien économique de l’enfant à naître.

RÉALITÉ. Si l’on autorise légalement à attenter à la vie du plus sans défense et du plus innocent des individus, quel est alors le sens de la loi ? En aucune façon supprimer des êtres humains ne peut être une solution acceptable. Pas plus qu’être pauvre ne peut être considéré comme un délit. Il en est certains qui souhaitent appliquer à la population ce dicton : « chien mort, rage finie ».

Dans une claire reconnaissance de la valeur de la vie dès la conception, la Cour suprême de justice de Buenos Aires décida d’accorder une allocation à un bébé à naître, après avoir constaté que la mère, bien que désireuse d’élever son enfant, ne disposait pas des moyens économiques pour l’entretenir. Techniquement, c’est l’enfant à naître qui recevra une allocation de 350 dollars, en la personne de la mère, pendant un an à partir de la période de la grossesse. La décision d’affecter cette aide fut prise après avoir pris connaissance de la situation de la mère, et ainsi éviter qu’elle ne confie son enfant à l’adoption, une possibilité qui avait été envisagée bien qu’elle voulût élever le bébé. L’affaire parvint à la Cour et fit l’objet d’une procédure des plus sommaires. C’est la première fois que, de cette manière, on reconnaît la valeur de la vie avant la naissance. Dans la décision signée par le Président de la Cour suprême de justice, le juge expliqua qu’avec cette mesure on reconnaît le droit à la protection de la vie « dès la conception jusqu’à la mort naturelle », comme le dit la Constitution provinciale promulguée en 1994 [34].

Au Mexique, une solution semblable pourrait se fonder sur l’application du dernier paragraphe de l’article 4º de la Constitution fédérale, qui indique : « la loi déterminera les aides à la protection des mineurs, à la charge des Institutions publiques ».

L’administration municipale de la ville de Niscemi (Italie), grand centre agricole de Sicile, a décidé d’offrir des aides spéciales aux femmes qui attendent un enfant et se trouvent en situation de difficulté économique. Le budget municipal prévoit une aide économique pouvant aller jusqu’à 6,000 dollars pour les femmes qui renoncent à l’avortement et décident de mener leur grossesse jusqu’au bout. L’initiative s’inscrit dans un projet plus vaste dénommé « Guichet Enfance ». Le programme a été doté financièrement de 115,000 dollars. Le conseiller municipal avoue que l’idée lui vint à la suite d’une conversation avec une infirmière professionnelle de l’hôpital local, qui lui révéla que la plupart des femmes qui s’adressaient au service public de santé pour avorter le faisaient poussées par leur difficile situation socio-économique. Ce programme, qui a pu être mis en marche en détournant des fonds du cabinet du maire, prévoit aussi la création d’œuvres caritatives dirigées par des entités religieuses et des associations à but non lucratif pour l’assistance aux enfants dans le besoin ; le renforcement des structures de service à l’enfance, comme les crèches ; l’activation de centres de rencontre pour enfants et adolescents ; et l’institution de services de soutien aux activités scolaires et extrascolaires [35].

Dans la ville de Milan (Italie) également, la mairie accorde une aide d’un million de lires par mois (500 dollars) aux femmes enceintes qui, se trouvant en difficultés économiques, désirent garder leur enfant plutôt que d’avorter, mariées ou célibataires, italiennes ou étrangères. L’objectif est de protéger la maternité des personnes disposant de peu de ressources et d’éviter l’avortement pour des motifs économiques [36].

Ce dont ces pauvres femmes ont besoin, c’est de soutien, mais cette aide ne doit pas consister à tuer les enfants. Autoriser l’avortement pour des raisons économiques ne représente aucun progrès ni aucune avancée sociale, mais bien tout le contraire : la civilisation qui promeut l’avortement pour des raisons économiques est totalement dépourvue de solidarité et révèle une grande pauvreté et une grande misère humaines.

C’est ce que démontra la législation du Yucatán, où l’avortement est considéré comme légal en raison de la situation économique des parents. Alors qu’il est clair, pour tout Mexicain authentique, que la solution devrait aller en sens contraire, car la culture de ce pays a traditionnellement su accueillir le plus démuni ; c’est pourquoi la législation devrait prévoir un système plus conforme à nos coutumes, dans lequel le corps social soit valorisé à chaque niveau, et où soient maintenues en même temps vivantes les riches et multiples relations humaines qui garantissent l’existence d’un réseau capable de soutenir les membres les plus faibles.

Pourquoi certains estiment-ils que, pour aider, il faille avorter ? Simplement parce qu’ils ne sont pas des personnes aptes à gouverner.

13 MYTHE. Dans les pays les plus développés, on pratique l’avortement sur demande. Interdire ne sert qu’à condamner les femmes sans ressources à un grave risque pour leur vie ; à qui sert-il que les avortements soient considérés comme un délit ?

RÉALITÉ. Avec cette dernière question, il devient évident que l’on ne tient pas compte de celui que l’on élimine. Il est vrai qu’à l’heure actuelle de nombreux pays ont autorisé la pratique de l’avortement sur demande, mais il est vrai aussi que ces changements législatifs constituent un recul, en ce qu’ils permettent la suppression de vies innocentes.

Dans ces lieux où l’avortement sur demande est un « droit » des citoyens, se produisent aussi des cas comme les suivants. Deux femmes se trouvaient dans des circonstances semblables. Toutes deux avaient trois enfants lorsqu’elles se trouvèrent confrontées à une grossesse inattendue. Toutes deux se rendaient compte qu’un enfant de plus supposerait des désagréments et des problèmes, et les obligerait à renoncer aux projets qu’elles avaient formés concernant leur travail et leur vie familiale. L’une voulut garder l’enfant ; l’autre avorta. Les récits sont les suivants : l’écrivaine Elizabeth Klein attendait son quatrième enfant aux alentours de son quarantième anniversaire. Ses amis lui demandaient : et ton livre ? Tu as trois enfants. Tu en as déjà fait assez. Jusqu’au moment où elle vit sur l’écran du scanner la tête parfaitement formée de l’enfant qu’elle portait, et elle désira garder le bébé. Elle écrit ensuite : depuis que notre petite fille est née, nous ne pouvons plus imaginer la vie sans elle. L’autre récit est le suivant : lorsque Elinor Nelson apprit qu’elle était enceinte, elle en éprouva un fort saisissement. Dans son cas, tomber enceinte par les moyens naturels était extraordinaire, mais par la fécondation in vitro elle avait eu des triplés. Après tout, c’était la plus normale des expériences reproductives qu’elle eût connues ; cependant, en voyant le désordre que faisaient ses enfants de deux ans, elle décida d’avorter. Klein écrit : il nous est particulièrement agréable d’avoir notre fille en prime, maintenant que ses frères ont quitté la maison. Nous avons désormais avec elle ces conversations intimes de fin de repas qui étaient rarement possibles lorsque notre bruyant trio se mettait à table (comment se sentirait Elinor Nelson si elle lisait ceci ?) [37].

On connaît aussi le témoignage édifiant de mères qui, dans les pays du dénommé premier monde, ont préféré garder leur bébé au risque de mourir plutôt que d’opter pour un avortement, comme par exemple la Vénérable Gianna Beretta Molla, et plus récemment Carla Pomella, qui accoucha le 22 avril 1995 et mourut au mois de juin de cette même année.

Supposer que les femmes aient, par elles-mêmes, le droit de décider si elles poursuivent leur grossesse ou non, donnerait à entendre que la procréation est soumise à leur volonté, et par conséquent toute la responsabilité de l’élevage et de l’éducation. Car les droits sont toujours liés à des responsabilités

Et c’est ainsi que l’a établi la législation dans les pays où l’avortement est libre. On l’utilise comme excuse pour les hommes qui se dérobent à leur responsabilité, en alléguant que l’enfant qu’ils ont contribué à engendrer aurait dû être avorté, et que la femme qui n’a pas voulu avorter ne peut leur imposer aucune responsabilité pour le « style de vie qu’elle a choisi ». Cependant, tous en subissent le préjudice, car certains apprennent trop tard, et avec douleur, que l’enfant qu’ils auraient accueilli est mort [38].

En outre, aux États-Unis, il existe aussi des réactions favorables à la vie. En témoignent les dénommées opérations sauvetage qui entravent, pacifiquement, l’entrée des cliniques d’avortement, dans le but de sauver d’une mort certaine au moins quelques enfants à naître. Cela a été mené à bien, bien que le Congrès américain ait adopté une loi qui établit des peines pour les responsables de manifestations devant les cliniques d’avortement. Les sanctions peuvent aller jusqu’à un an de prison et 100,000 dollars d’amende la première fois, ou jusqu’à trois ans et 250,000 dollars pour les récidivistes, en cas de violence.

Dépénaliser ne transformerait pas en droit ce qui était un délit, mais la réalité démontre que c’est ainsi que cela finit par se produire, en raison de la fonction promotrice des normes juridiques. Même si l’on ne cherchait à l’appliquer que pour les cas d’exception, on finirait par rendre une telle conduite « normale » et exempte de réprobation sociale, ce qui faciliterait sa multiplication.

Il est peu raisonnable de supposer que, parce que les pays du premier monde le pratiquent, cette conduite doive être imitée ; c’est comme dire que, si aux États-Unis le SIDA constitue l’une des principales causes de mort chez les personnes de 24 à 44 ans, il doit en être de même au Mexique, et autant en ce qui concerne les toxicomanes, les homicides dans les écoles [39].

14 MYTHE. L’avortement est un problème de santé publique.

RÉPONSE. Sans doute ceux qui le soutiennent ont-ils leurs raisons, mais il est nécessaire de faire remarquer qu’avant d’être une question de santé publique, c’est avant tout une affaire de justice, et par conséquent de Droit, qui cherche à se conduire avec la plus grande justice.

Il est évident que l’on ne saurait concilier une idée de Droit juste là où l’on ne reconnaît pas la personnalité à tous les êtres humains de façon égale, à quelque stade que ce soit de leur évolution biologique [40].

Présenter l’avortement prioritairement comme un problème de santé publique est aussi naïf que d’affirmer que le braquage d’une banque est une affaire fiscale (il ne paraît guère probable que cette opinion soit partagée par celui qui a été mis en joue), ou que la violence du narcotrafic doit être évaluée par l’Écologie (à cause du plomb dans les poumons, du bruit des rafales et de la pollution par la poudre).

Réponses aux mythes de catholiques qui soutiennent des positions contraires à la doctrine de l’Église

La grande majorité des actions quotidiennes s’accomplissent grâce à la confiance. On se fie à l’écriteau indiquant l’itinéraire que suivra le bus dans lequel on monte, à la solidité de la maison que l’on a acquise avec tant d’efforts ; nous nous fions à l’essence que nous mettons dans le réservoir de la voiture, aux aliments que nous mangeons chaque jour, à l’eau que nous buvons, au médicament que nous achetons, nous confions notre propre vie au médecin qui a commis de graves erreurs dans sa vie professionnelle, et un très long etc., y compris le fait qu’un tel est notre père. Nous nous fions et nous agissons, car si nous ne voulions pas procéder avec foi, en étant cohérents, nous resterions immobiles jusqu’à ce que nous ayons vérifié que l’eau que je vais boire n’est pas contaminée par le choléra, que la dame qui me donne des indications et qui se dit ma mère l’est réellement, que les éléments du tableau périodique existent bel et bien et ne sont pas simplement un exercice pour la mémoire.

Il est évident que placer sa foi comporte des risques, et logiquement on finit parfois par être trompé : on vend des aliments avec des parasites, de l’essence frelatée, des kilos de moindre poids, etc. Mais ces fraudes ne sont pas le fruit de la confiance, mais d’autres conduites : manque d’hygiène, cupidité, hypocrisie. Il est vrai que la confiance fut le meilleur terreau pour aller plus loin dans ces conduites répréhensibles, mais elle n’en fut pas la cause.

Même si la confiance est certes un risque, et un risque que l’on assume plus fréquemment que nous n’en avons bien souvent conscience, c’est cependant grâce à elle que le monde poursuit sa marche, car ce n’est qu’avec la confiance que l’on peut aller de l’avant.

Sans cette foi, nous ne pourrions même pas sortir dans la rue, car il est aussi bien physiquement qu’intellectuellement impossible de tout vérifier, faute d’aptitudes, de connaissances et de temps.

Toute limite de temps, d’aptitude ou de connaissances suffit à empêcher la vérification du bénéfice que l’on peut tirer de la quasi-totalité des actions que, jour après jour et instant après instant, nous accomplissons.

On se fie au fait que le film choisi comblera notre attente, qu’aura bien lieu la fête à laquelle nous avons été invités, que demain nous vivrons. On croit même certains éditorialistes de journaux ! On se fie à quelque chose ou à quelqu’un, bien qu’il n’existe aucune méthode scientifique qui conduise à la vérification. Si, au lieu de nous conduire sur la base de la foi, nous attendions d’avoir la certitude de tout, nous ne pourrions tout simplement pas avancer.

L’Encyclique le dit mieux : L’homme n’est pas fait pour vivre seul. Il naît et grandit dans une famille, pour s’introduire plus tard par son travail dans la société. Dès la naissance, il se trouve donc intégré dans différentes traditions, dont il reçoit non seulement son langage et sa formation culturelle, mais aussi de multiples vérités auxquelles il croit presque instinctivement. En tout cas, la croissance et la maturation personnelles impliquent que ces vérités elles-mêmes puissent être mises en doute et soumises à l’activité critique de la pensée. Cela n’empêche pas que, après ce passage, ces mêmes vérités soient « retrouvées » sur la base de l’expérience qui en est faite ou, par la suite, en vertu du raisonnement. Malgré cela, dans la vie d’un homme, les vérités simplement crues demeurent beaucoup plus nombreuses que celles qu’il acquiert par sa vérification personnelle. Qui, en effet, serait en mesure de soumettre à la critique les innombrables résultats des sciences sur lesquels se fonde la vie moderne ? Qui pourrait contrôler pour son compte le flux des informations qui jour après jour parviennent de toutes les parties du monde et que l’on tient généralement pour vraies ? Qui, enfin, pourrait reparcourir les chemins d’expérience et de pensée par lesquels se sont accumulés les trésors de sagesse et de religiosité de l’humanité ? L’homme, être qui cherche la vérité, est donc aussi celui qui vit de croyance. Dans son acte de croire, chacun se fie aux connaissances acquises par d’autres personnes. On peut observer là une tension significative : d’une part, la connaissance par croyance apparaît comme une forme imparfaite de connaissance, qui doit se perfectionner progressivement grâce à l’évidence atteinte personnellement ; d’autre part, la croyance se révèle souvent humainement plus riche que la simple évidence, car elle inclut un rapport interpersonnel et met en jeu non seulement les capacités cognitives personnelles, mais encore la capacité plus radicale de se fier à d’autres personnes, et d’entrer dans un rapport plus stable et plus intime avec elles. En même temps, cependant, la connaissance par croyance, qui se fonde sur la confiance interpersonnelle, n’est pas sans référence à la vérité : en croyant, l’homme s’en remet à la vérité que l’autre lui manifeste. En tant que vitale et essentielle pour son existence, cette vérité est atteinte non seulement par une voie rationnelle, mais aussi par l’abandon confiant à d’autres personnes, qui peuvent garantir la certitude et l’authenticité de la vérité même. La capacité et le choix de se confier soi-même et sa vie à une autre personne constituent assurément un des actes anthropologiquement les plus significatifs et les plus expressifs [41].

Cela étant, lorsqu’un chrétien place sa foi dans l’Église, il le fait en sachant en qui il se fie :

a) Infaillible en matière de foi et de morale (Constitution dogmatique Pastor Aeternus) ;

b) Maîtresse en humanité ;

c) Forte pour proclamer la vérité ;

d) et Mère (Encyclique Mater et magistra 15-V-61), avec une affection pour ses enfants et pour les plus démunis qu’elle a manifestée par son dévouement tout au long des deux mille ans de son existence.

Alors, pourquoi tant de résistance de la part de certains à se fier à Elle ?

Dans le domaine de ce qu’il faut croire, commente le Pape Jean-Paul II dans un autre document : le péché humain des origines est raconté dans le livre de la Genèse 3. Il n’est pas difficile de découvrir dans ce texte les problèmes essentiels de l’homme dissimulés sous un contenu apparemment si simple. Manger ou ne pas manger du fruit d’un certain arbre peut paraître en soi sans importance. Cependant, l’arbre « de la connaissance du bien et du mal » signifie la limite infranchissable pour l’homme et pour toute créature. La créature n’est toujours, en effet, qu’une créature, et non Dieu. Elle ne peut d’aucune manière prétendre être « comme Dieu », « connaissant le bien et le mal » comme Dieu. Seul Dieu est la source de tout être ; seul Dieu est la Vérité et la Bonté absolues, en qui se mesure et à partir de qui se distingue le bien et le mal. Seul Dieu est le Législateur éternel, dont dérive toute loi dans le monde créé, et en particulier la loi de la nature humaine (Loi naturelle). L’homme, en tant que créature rationnelle, connaît cette loi et doit se laisser guider par elle dans sa propre conduite. Il ne peut prétendre établir lui-même la loi morale, décider par lui-même de ce qui est bien et de ce qui est mal, indépendamment du Créateur, bien plus, contre le Créateur. Ni l’homme ni aucune autre créature ne peut se mettre à la place de Dieu en s’attribuant la maîtrise de l’ordre moral, contre la constitution ontologique même de la création, qui se reflète dans la sphère psychologico-éthique par les impératifs fondamentaux de la conscience et, par conséquent, de la conduite humaine [42].

Malgré cela, certains ne veulent pas croire l’Église, lui accorder leur confiance, obtenant de cette manière — disent-ils — leur autonomie, leur majorité intérieure, ou d’autres aspirations semblables. Face à cette situation, il convient de paraphraser Chesterton en ces termes :

Ce qui se passe avec l’ambiance culturelle qui nous entoure, c’est qu’elle abonde non pas en pensée, mais en verbiage. Beaucoup savent que telle phrase doit s’employer à propos de tel sujet ; mais ils n’imaginent jamais même comment ils pourraient l’appliquer à un autre thème. Se demander de quoi cela dépend, considérer où cela mène, méditer s’il existe d’autres cas auxquels cela s’applique : tout cela paraît être un monde inconnu pour beaucoup de ceux qui emploient les mots avec une bonne dose de légèreté. Le fait est que ces personnes n’emploient ces mots qu’en rapport avec un sujet déterminé. Elles se comprennent entre elles par des formules. Par exemple, une jeune mère qui dit : « Je ne veux enseigner aucune religion à mon fils. Je ne veux pas l’influencer ; je veux qu’il la choisisse par lui-même quand il sera grand ». Voilà un exemple très courant d’un argument ordinaire, fréquemment répété, et qui, pourtant, ne s’applique jamais véritablement. Bien sûr, la mère influencera toujours son fils. De la même manière, la mère aurait pu dire : « J’espère qu’il choisira ses propres amis quand il grandira ; c’est pourquoi je ne veux lui présenter ni tantes ni oncles ». La personne adulte ne peut en aucun cas échapper à la responsabilité d’influencer l’enfant ; pas même lorsqu’elle s’impose la responsabilité de ne pas le faire. La mère peut éduquer son fils sans lui choisir une religion ; mais non sans lui choisir un milieu. Si elle choisit de laisser de côté la religion, elle choisit déjà le milieu. Pour que son fils ne subisse pas l’influence des traditions sociales, la mère devrait isoler son enfant sur une île déserte et l’y éduquer. Mais la mère choisit alors l’île, le lac et la solitude ; et elle est aussi responsable d’agir ainsi que si elle avait choisi la secte « X » ou la théologie « Y ». Il est tout à fait évident, pour qui réfléchit deux minutes aux choses, que la responsabilité d’orienter l’enfance appartient à l’adulte, mais les gens qui répètent cette phraséologie n’y réfléchissent pas deux minutes. Ils ne cherchent pas à relier leurs mots à une raison, à une philosophie. Ils ont entendu cet argument appliqué à la religion, et ils ne pensent jamais à l’appliquer à autre chose qu’à la religion. Ils ont entendu dire qu’il y a des personnes qui refusent d’éduquer leurs enfants, même dans leur propre religion. De même, il pourrait y avoir des personnes qui refuseraient d’éduquer leurs enfants dans leur propre civilisation. Si l’enfant, une fois grand, peut préférer un autre credo, il est également certain qu’il peut préférer une autre culture. Il peut être contrarié de ne pas avoir été éduqué comme un bourgeois ; il peut regretter profondément de ne pas avoir été éduqué comme un gentleman anglais. De la même manière, il peut regretter d’avoir été éduqué comme un sauvage du désert. Il peut éprouver de l’envie devant la dignité du code de Confucius ou pleurer sur les ruines de la grande civilisation inca, mais, évidemment, quelqu’un a dû l’éduquer pour qu’il en vienne à cet état de regretter telle ou telle chose ; et c’est une grande responsabilité que celle de ne pas guider l’enfant vers une fin quelconque. Le fait est que ces personnes posent une question à la réponse de laquelle elles-mêmes ne sont pas préparées, même lorsqu’il s’agit des thèmes qu’elles-mêmes suggèrent, parce qu’elles ne font pas le moindre effort de traiter la question considérée dans son ensemble. Elles ne font que répéter le fade commentaire que l’on fait au sujet de cette polémique. Il en va comme si nous pensions qu’en entonnant la même note musicale cent cinquante fois nous parviendrions à chanter comme un ténor d’opéra. Nous ne pouvons pas tous chanter ainsi ni penser comme un philosophe, mais nous nous en rapprocherions bien davantage si nous pouvions oublier tout ce chapelet de phrases de certains journaux et de ceux qui se disent eux-mêmes « intellectuels », et recommencer, en pensant par nous-mêmes [43].

Un membre de l’Académie royale de la langue espagnole tient un raisonnement semblable — à propos de l’avortement — : « L’épineuse question de l’avortement volontaire peut se poser de manières très diverses. Parmi ceux qui considèrent l’inconvénient ou l’illicéité de l’avortement, l’approche la plus fréquente est l’approche religieuse. Mais on répond habituellement que l’on ne peut imposer à une société tout entière une morale particulière. Il existe une autre approche qui prétend avoir une validité universelle, et c’est l’approche scientifique. Les raisons biologiques, concrètement génétiques, sont considérées comme démontrables, concluantes pour quiconque. Mais leurs preuves ne sont pas accessibles à l’immense majorité des hommes et des femmes, qui les admettent par foi ; on l’entend bien, par foi en la science » [44].

Enfin, il paraît nécessaire de rappeler aux « croyants » que, dans le Symbole — tant l’apostolique que le niceno-constantinopolitain — nous disons : je crois en l’Église.

15 MYTHE. Il existe des manières différentes de penser. Certains théologiens ont résolu la question de l’avortement d’une manière différente de celle de l’Église.

RÉALITÉ. C’est une réalité connue qu’il existe des théologiens en désaccord avec l’enseignement traditionnel de l’Église ; il est cependant nécessaire de rappeler que celle-ci n’est pas une institution que l’on puisse qualifier de démocratique, comme, curieusement, ne l’est pas non plus la plus haute organisation mondiale, l’ONU. Personnellement, je n’oserais pas défendre qu’elle continue d’en être ainsi, mais, en revanche, je suis pleinement convaincu que ce qui a été établi par Dieu ne saurait être démocratique. Et non seulement cela : l’Église est aussi dogmatique, mais nous trouvons pareillement des exemples de dogmes dans la vie courante ; pensons, par exemple, à l’opéra ou au choix du meilleur vin rouge. Et, d’ailleurs, avec l’énorme avantage, dans le cas de l’Église, de l’absolue certitude qu’elle ne changera pas sa manière de penser.

Mais, avant cela, on peut se demander : a-t-on seulement lu les documents du Magistère qui traitent de ces thèmes ? Il existe des documents adressés aux fidèles catholiques — c’est-à-dire aux baptisés qui croient au Christ et sont membres de l’Église. Il n’est pas possible d’en pénétrer le sens si l’on ne remarque pas qu’un catholique n’est pas seulement sujet de droits, mais aussi d’obligations. Le soin de la vie est l’une d’elles.

Et quant à « la manière de penser », l’Église ne propose pas de philosophie propre ni ne canonise une philosophie particulière au détriment des autres ; elle a cependant le devoir d’indiquer ce qui, dans un système philosophique, peut être incompatible avec sa foi [45].

En outre, la lumière de la raison et la lumière de la foi procèdent toutes deux de Dieu ; par conséquent, elles ne peuvent se contredire l’une l’autre [46].

Dans cette même ligne, certains, abandonnant la recherche de la vérité pour elle-même, ont adopté pour unique objectif l’obtention de la certitude subjective ou de l’utilité pratique. Il en découle comme conséquence l’obscurcissement de l’authentique dignité de la raison, qui n’est plus capable de connaître le vrai ni de chercher l’absolu [47].

Par conséquent, il est possible que certains théologiens aient résolu la question de l’avortement d’une manière différente de celle de l’Église. Ces personnes peuvent être sincères, mais elles se trompent sincèrement.

16 MYTHE. Que l’Église ne s’en mêle pas, qu’elle ne veuille pas imposer les critères religieux aux autres.

RÉALITÉ. Ce qui est curieux, c’est que ceux qui disent cela sont d’accord pour imposer leur propre point de vue aux autres. Et, à l’égard de l’Église, pourquoi ne pas le faire ? Si ces personnes désirent le faire, qu’est-ce qui les empêche d’exercer leur droit en tant que citoyens ? Depuis quand appartenir à un groupe religieux disqualifie-t-il quelqu’un comme citoyen ? Eux aussi ont des droits.

Être toléré dans l’expression de ses idées est le minimum que l’on puisse espérer ; pourquoi certains prétendent-ils exclure les autres de ce droit ?

En outre, dans ce pays, nous sommes plus nombreux à nous prononcer en faveur du respect de la vie humaine dès le moment de la conception, sans faire de distinction quant à la religion que chacun professe.

17 MYTHE. Le Pape n’est infaillible que lorsqu’il proclame ex cathedra une doctrine en matière de foi ou de morale, et au sujet de l’avortement il ne s’est jamais prononcé de cette façon. En outre, il n’existe aucun enseignement de l’Église sur le moment où le fœtus reçoit l’âme et devient une personne.

RÉALITÉ. Accepter qu’avec la fécondation un nouvel être humain a commencé d’exister n’est pas une question de goût ou d’opinion, c’est une réalité scientifique.

Par ailleurs, le Pape a déclaré : « Dès que l’ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie qui n’est celle ni du père ni de la mère, mais d’un nouvel être humain qui se développe pour lui-même. Il ne sera jamais rendu humain s’il ne l’est pas dès lors (…) Dès la fécondation, est commencée l’aventure d’une vie humaine (…) l’être humain doit être respecté et traité comme une personne dès sa conception » [48].

« Les évêques qui enseignent en communion avec le Pontife romain ont droit, de la part de tous, au respect qui convient à des témoins de la vérité divine et catholique ; les fidèles doivent s’attacher à la pensée que leurs évêques expriment, au nom du Christ, en matière de foi et de mœurs, et ils doivent lui donner l’assentiment religieux de leur esprit. Cet assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence est dû, à un titre singulier, au Souverain Pontife en son magistère authentique, même lorsqu’il ne parle pas ex cathedra, ce qui implique la reconnaissance respectueuse de son suprême magistère, et l’adhésion sincère à ses affirmations, en conformité à ce qu’il manifeste de sa pensée et de sa volonté et que l’on peut déduire en particulier du caractère des documents, ou de l’insistance à proposer une certaine doctrine, ou de la manière même de s’exprimer (…) C’est pourquoi les définitions qu’il prononce sont dites, à juste titre, irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église, étant prononcées sous l’assistance du Saint-Esprit à lui promise en la personne de saint Pierre, n’ayant pas besoin, par conséquent, d’une approbation d’autrui, de même qu’elles ne peuvent comporter d’appel à un autre jugement. Alors, en effet, le Pontife romain ne prononce pas une sentence en tant que personne privée, mais il expose et défend la doctrine de la foi catholique, en tant qu’il est, à l’égard de l’Église universelle, le maître suprême en qui réside, à titre singulier, le charisme d’infaillibilité qui est celui de l’Église elle-même. L’infaillibilité promise à l’Église réside aussi dans le corps des évêques quand il exerce son magistère suprême en union avec le successeur de Pierre » [49].

L’expression ex cathedra indique la solennité de ce type de magistère (la place d’honneur). Pour qu’une doctrine papale soit une définition ex cathedra, quatre conditions sont requises (Concile Vatican I) : lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur des chrétiens, il définit par sa suprême autorité apostolique qu’une doctrine sur la foi et les mœurs doit être tenue par l’Église universelle, en vertu de l’assistance divine qui lui fut promise en la personne du bienheureux Pierre [50].

Ainsi, nous avons la déclaration suivante du Pontife Romain : « C’est pourquoi, avec l’autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en communion avec les Évêques — qui ont condamné l’avortement à différentes reprises et qui (…) ont exprimé unanimement leur accord avec cette doctrine —, je déclare que l’avortement direct, c’est-à-dire voulu comme fin ou comme moyen, constitue toujours un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d’un être humain innocent. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite ; elle est transmise par la Tradition de l’Église et enseignée par le Magistère ordinaire et universel » [51].

Un dogme est une vérité toujours présente dans l’Église et manifestée à un instant déterminé de l’histoire. Or, l’assentiment dû au Magistère du Pontife romain ne se limite pas aux vérités solennellement définies ex cathedra, mais s’étend à tous les actes de son magistère ordinaire.

De nombreux documents confirment la position de l’Église catholique en faveur de l’être humain depuis la conception jusqu’à la mort naturelle : la Lettre encyclique Casti connubii du Pape Pie XI (31 décembre 1930) ; les Encycliques Mater et magistra (15 mai 1961) et Pacem in terris (11 avril 1963), toutes deux du Pape Jean XXIII ; la Lettre encyclique Humanae vitae du Pape Paul VI (25 juillet 1968) ; la Constitution pastorale Gaudium et spes du Concile Vatican II (7 décembre 1965) ; l’Exhortation apostolique Familiaris consortio du Pape Jean-Paul II (22 novembre 1981) ; l’Instruction connue sous le nom de Donum vitae (22 février 1987) ; la Lettre encyclique Evangelium vitae (25 mars 1995) ; la Lettre du Pape Jean-Paul II aux Femmes (29 juin 1995).

Le Catéchisme indique : « dotée d’une âme spirituelle et immortelle, la personne humaine est la seule créature sur la terre que Dieu a voulue pour elle-même. Dès sa conception, elle est destinée à la béatitude éternelle » [52].

Par ailleurs, il faudra dire aussi que le Pape n’a pas non plus déclaré ex cathedra de dogmes sur la protection écologique, le respect de l’opinion divergente, la condamnation du mensonge public, simplement parce qu’il ne l’a pas jugé nécessaire, et que, bien moins encore, un dogme en faveur de l’avortement ne sera jamais promulgué.

18 MYTHE. Les théologiens, en tant que partie du Magistère de l’Église, reviennent à des concepts théologiques formulés par saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, selon lesquels Dieu ne dote d’une âme la vie prénatale que lorsqu’elle possède un corps reconnaissablement humain. S’ils avaient eu accès aux connaissances actuelles, ils auraient élargi leur doctrine et enseigné que Dieu dote le fœtus d’une âme lorsque le cerveau est déjà développé.

RÉALITÉ. Le Magistère de l’Église est représenté par le Pape, ou par un Concile approuvé par le Pontife romain, et par les Évêques en communion avec lui ; les théologiens ne font pas, par eux-mêmes, partie de ce Magistère.

Saint Thomas d’Aquin, qui ignorait (au XIIIe siècle) la génétique et l’existence des chromosomes, adopta au sujet du fœtus l’opinion de l’animation retardée, également appelée médiate, selon laquelle l’enfant à naître n’était pas considéré comme une personne humaine avant plusieurs jours après la fécondation. Le fondement de cette théorie est d’origine philosophique : à ces étapes du développement, l’apparence humaine fait défaut, et l’âme humaine ne peut informer un corps qui ne soit pas humain (Somme théologique III, q.6 a.4). Cependant, il s’opposait à ce que l’on attentât à cet être à naître, car s’il ne le considérait pas, dans les premiers jours de la conception, comme une personne humaine, il pensait néanmoins à lui comme à sa puissance la plus proche, qui deviendrait sans équivoque un être humain. Si l’enfant à naître, au moment de l’avortement, était animé, son élimination serait un homicide ; s’il n’était pas animé, nous serions — malgré tout — en présence d’un péché grave.

Et si, avec les connaissances actuelles de la génétique, il était nécessaire de redéfinir la position philosophique de l’enseignement thomiste, nous devrions affirmer, avec lui, que le zygote composé de 46 chromosomes étant un véritable corps humain, il y aurait là une âme humaine, dès le moment même de la conception.

Or, indépendamment de la théorie de l’animation retardée, la position de l’Église est claire lorsqu’elle impose une peine canonique telle que l’excommunication, dans le Code de droit canonique, canon 1398 : « Qui procure un avortement, si l’effet s’ensuit, encourt une excommunication immédiate ».

19 MYTHE. L’Église catholique enseigne qu’en dernière instance la conscience doit être le principe directeur de l’action et que nous ne péchons que lorsque nous agissons contre notre conscience. Nous avons l’obligation de bien la former et de prendre en compte tous les aspects qui peuvent nous aider à prendre une décision appropriée au sujet de l’avortement ; mais la décision lui appartient.

RÉALITÉ. Bien que nous devions tous suivre notre propre conscience, son rôle n’est pas de créer la vérité.

La conscience morale est l’intelligence elle-même qui porte un jugement pratique sur la bonté ou la malice d’un acte ; c’est pourquoi il n’est pas licite d’agir contre sa propre conscience, même lorsque le jugement est erroné, pourvu qu’il s’agisse d’une ignorance insurmontable pour la personne. Or, il s’agit normalement d’erreurs surmontables, avec l’obligation d’éclaircir les questions importantes. Il existe donc l’obligation de former la conscience, car si la conscience se trompe par des négligences volontaires et coupables, la personne est responsable de cette erreur [53]. Dans le cas de l’avortement, il ne paraît pas probable qu’une erreur se produise dans l’appréciation de sa bonté ou de sa malice.

Dans l’Encyclique Veritatis Splendor, on explique : « Une fois perdue l’idée d’une vérité universelle quant au Bien connaissable par la raison humaine, la conception de la conscience est, elle aussi, inévitablement modifiée : la conscience n’est plus considérée dans sa réalité originelle, c’est-à-dire comme un acte de l’intelligence de la personne, qui a pour rôle d’appliquer la connaissance universelle du bien dans une situation déterminée et d’exprimer ainsi un jugement sur la juste conduite à choisir ici et maintenant ; on a tendance à attribuer à la conscience individuelle le privilège de déterminer les critères du bien et du mal, de manière autonome, et d’agir en conséquence. Cette vision ne fait qu’un avec une éthique individualiste, pour laquelle chacun se trouve confronté à sa vérité, différente de la vérité des autres » [54].

L’Église catholique est intervenue en déclarant qu’il revient à son Magistère d’interpréter la loi morale [55], et à plusieurs reprises elle s’est déclarée en faveur de la vie dès le moment de la conception.

Le droit à la vie est traité abondamment par l’Encyclique Evangelium Vitae, où elle indique au n° 73 : « L’avortement et l’euthanasie sont donc des crimes qu’aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer. Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s’y opposer par l’objection de conscience. Dès les origines de l’Église, la prédication apostolique a enseigné aux chrétiens le devoir d’obéir aux pouvoirs publics légitimement constitués (cf. Rm 13, 1-7 ; 1 P 2, 13-14), mais elle a donné en même temps le ferme avertissement qu’“il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes” (Ac 5, 29). Dans l’Ancien Testament déjà, précisément au sujet des menaces contre la vie, nous trouvons un exemple significatif de résistance à un ordre injuste de l’autorité. Les sages-femmes des Hébreux s’opposèrent au pharaon, qui avait ordonné de faire mourir tout nouveau-né de sexe masculin : “Elles ne firent pas ce que leur avait dit le roi d’Égypte et laissèrent vivre les garçons” (Ex 1, 17). Mais il faut bien voir le motif profond de leur comportement : “Les sages-femmes craignirent Dieu” (ibid.). Il n’y a que l’obéissance à Dieu — auquel seul est due la crainte qui constitue la reconnaissance de son absolue souveraineté — pour faire naître la force et le courage de résister aux lois injustes des hommes. Ce sont la force et le courage de ceux qui sont prêts même à aller en prison ou à être tués par l’épée, dans la certitude que cela “fonde l’endurance et la confiance des saints” (Ap 13, 10). »

20 MYTHE. Il y a des théologiens catholiques, des prêtres et des évêques qui considèrent certains avortements comme moraux. Et, bien que le Droit canonique établisse que celle qui commet un avortement est automatiquement excommuniée, cela est faux si elle le fait conformément à sa conscience.

RÉALITÉ. Comme l’affirme le Pape Pie XII : si les Souverains Pontifes, dans leur Magistère, prononcent une sentence sur des sujets jusqu’alors controversés, il est évident que, selon l’intention et la volonté de ces mêmes Pontifes, ces questions ne peuvent plus être considérées comme relevant de la libre discussion entre les théologiens [56].

« l’Église romaine, par disposition du Seigneur, possède la primauté de pouvoir ordinaire sur toutes les autres, et que ce pouvoir de juridiction du Pontife romain, qui est véritablement épiscopal, est immédiat. À ce pouvoir sont obligés, par le devoir de subordination hiérarchique et de véritable obéissance, les pasteurs et les fidèles (…) non seulement dans les matières qui concernent la foi et les mœurs, mais aussi en ce qui touche au régime et à la discipline de l’Église » [57].

Le pouvoir du Pontife romain s’étend sur les Conciles et les Patriarches [58], sur les évêques aussi bien individuellement que réunis dans le Collège épiscopal, dont le Successeur de Pierre est la Tête [59].

Il est clair que les nombreuses opinions ne font pas le Magistère, même lorsqu’elles proviennent des voix de personnes « très catholiques ». De plus, dans une matière aussi claire que l’avortement, il ne paraît pas possible de justifier une erreur de la conscience ; il s’agit, en tout cas, d’une autosuggestion selon laquelle on agit correctement.

Le Pape Jean-Paul II a signalé au Mexique ceci : « Qu’aucun Mexicain n’ose porter atteinte au don sacré de la vie dans le sein maternel ! ».

21 MYTHE. En Italie, pays majoritairement catholique, sur le territoire duquel se trouve le Vatican, on dépénalisa l’avortement en raison de la situation d’injustice que représentait le fait que les femmes disposant de moyens économiques pouvaient se faire pratiquer des avortements dans de bonnes conditions, tandis que les femmes de peu de ressources devaient recourir à des méthodes qui se révélaient souvent mortelles. Ce fait indique que l’Église devrait changer sa position au sujet de l’avortement.

RÉALITÉ. D’une part, avec l’approbation de l’avortement en Italie, on a perçu le manque de cohérence de ceux qui se déclarent eux-mêmes catholiques. Or, cette situation n’a pas ébranlé l’enseignement de toujours de l’Église dans sa doctrine.

D’autre part, bien des situations semblables se sont produites tout au long de l’histoire, dont on a toujours réussi à se relever. Par exemple, la Bible montre que la situation fut pire pour toute l’humanité lorsque Adam et Ève désobéirent au commandement de Dieu de ne pas goûter au fruit de l’arbre défendu. On surmonta l’hérésie d’Arius, adoptée par la majorité des évêques catholiques du IVe siècle. On peut aussi rappeler la situation de l’Église en Orient avec la conquête musulmane (VIIe s.), la Réforme protestante du XVIe siècle, etc. Il est donc évident qu’autre chose est ce que soutient l’Église catholique, et autre chose ce que chacun décide de faire de sa liberté.

De la même manière que si l’on disait que ce sont les catholiques qui commettent des homicides, qui violent, volent, frappent et mentent. En aucun cas ils ne le feraient en accomplissement de la doctrine catholique, mais en donnant cours à des doctrines semblables à l’argument du mythe, à savoir : « si cela se fait, c’est que c’est bien ». Par conséquent, en poursuivant cette ligne de pensée, si maintenant arrivaient quelques individus qui disaient « cette assemblée est bien ennuyeuse, allons-y mettre de l’ambiance », et se mettaient à frapper, à violer et à mettre le feu à ceux d’entre nous qui sommes réunis, ce n’est pas parce que les amateurs de violence commenteraient que l’on a ôté l’ennui de la réunion que celle-ci serait qualifiée d’excellente.

Comme il a été répondu précédemment, celles qui avortent, avec ou sans ressources, donnent la mort à une autre personne, en plus de se causer un grave dommage à elles-mêmes. Ainsi donc, ceux qui le conseillent ne donnent pas une bonne recommandation. La pauvre femme qui a avorté regrettera de l’avoir fait, peut-être au pire moment de sa vie. Un signe le montre : ils sont de plus en plus nombreux, aux États-Unis, les médecins qui se repentent d’avoir pratiqué des avortements.

Qu’il y a des catholiques en faveur de l’avortement ! Oui, c’est vrai. Mais, que ces personnes aient raison ! De toute évidence, la réponse est non. Il est indéniable qu’il y a des mères qui avortent, comme il est indéniable qu’il existe des personnes qui commettent des erreurs.

22 MYTHE. Nous, les « Catholiques pour le Droit de Décider », appartenons à l’Église catholique parce que nous sommes baptisées ; nous avons cependant des opinions différentes de ce qu’enseigne le Pape sur certaines matières, comme par exemple l’avortement.

RÉALITÉ. Il existe d’innombrables matières opinables où chaque personne, catholique ou non, peut manifester librement ses convictions ; quelques rares vérités ont cependant été enseignées par l’Église à ses fidèles. À ce sujet, la Lumen Gentium indique, n° 25 : « les fidèles (…) doivent s’attacher à la pensée que leurs évêques expriment, au nom du Christ, en matière de foi et de mœurs, et ils doivent lui donner l’assentiment religieux de leur esprit ». Comment ces personnes se désignant elles-mêmes « Catholiques pour le Droit de Décider » (CDD) expliquent-elles leur manque d’adhésion ?

Les évêques mexicains ont publiquement désavoué l’association se désignant elle-même « Catholiques pour le Droit de Décider », car il n’est licite à personne de s’attribuer le prétendu « droit de choisir » lorsqu’il s’agit de la vie d’une personne. À personne, prêtre ou fidèle, il n’est licite de manipuler la Sainte Écriture ou le Magistère pour justifier une opinion personnelle en cette matière [60].

L’Église a dénoncé le groupe se désignant lui-même « Catholiques pour le Droit de Décider (CDD) ». La hiérarchie ecclésiastique a précisé que les CDD reçoivent des financements de plusieurs millions de dollars de la part de puissantes fondations américaines telles que Ford, Rockefeller Dayton, Packard et Mac Arthur, entre autres. Et cela, sans compter les ressources que leur fournissent les organismes de l’ONU elle-même, et, dans le cas du Mexique, le Conseil national de la Population (CONAPO). « Nul qui soit en faveur de la pratique de l’avortement, de l’union entre homosexuels et de l’adoption d’enfants par ces couples, de l’usage indiscriminé de contraceptifs chez les adolescents et de la stérilisation massive comme méthode de contrôle démographique, ne peut légitimement se dire catholique », a averti la Conférence de l’Épiscopat mexicain (CEM) [61].

En outre, le Pontife romain, comme la pierre qui supporte le poids de l’Église catholique, est le seul placé à sa tête. Sa doctrine doit être acceptée même lorsqu’il ne parle pas ex cathedra, et acceptée dans sa totalité.

Par conséquent, n’est pas maître dans l’Église celui qui se présente lui-même du milieu du peuple, quels que soient les titres qu’il prétende faire valoir.

Ce mythe n’a rien de surprenant non plus, car on fit de même aux États-Unis pour libéraliser l’avortement dans les années soixante-dix : on s’en prit à l’Église en présentant des femmes catholiques pour les mettre en avant comme des boucliers, afin qu’elles disent qu’elles étaient en faveur de l’avortement [62].

23 MYTHE. Je pratique la religion catholique et, personnellement, je ne serai jamais d’accord avec l’avortement ; je suis cependant d’avis que, même si la vie de l’enfant à naître est un bien que l’on doit protéger, il est nécessaire que la législation n’empêche pas la liberté de pratiquer ou non un avortement lorsqu’une femme a été violée ou que sa vie est en danger.

RÉPONSE. Personnellement, chacun peut avoir une opinion sur une très vaste gamme de questions ; les opinions doivent cependant être étayées, avoir un fondement, et, spontanément, nous exigeons tous une certaine cohérence à leur égard.

L’avortement direct est l’une de ces questions qui engagent la vie d’une personne, celle de l’enfant à naître. C’est pourquoi, pour disposer de cette vie, un solide fondement est requis. Certains le trouvent dans les cas limites du viol et du danger pour la vie ; il en sera traité au chapitre suivant ; toutefois, quant à l’aspect de la cohérence avec la religion catholique, il faudrait d’abord connaître ce que l’Église dit au sujet de la défense de l’enfant à naître dans la législation, afin de savoir au moins si son opinion est conforme à la religion qu’il pratique.

On présente ci-après quelques points traités dans divers documents :

ENCYCLIQUE « EVANGELIUM VITAE » ROME 25-III-95

58. Parmi tous les crimes que l’homme peut accomplir contre la vie, l’avortement provoqué présente des caractéristiques qui le rendent particulièrement grave et condamnable. Le deuxième Concile du Vatican le définit comme « un crime abominable », en même temps que l’infanticide.

Mais aujourd’hui, dans la conscience de nombreuses personnes, la perception de sa gravité s’est progressivement obscurcie. L’acceptation de l’avortement dans les mentalités, dans les mœurs et dans la loi elle-même est un signe éloquent d’une crise très dangereuse du sens moral, qui devient toujours plus incapable de distinguer entre le bien et le mal, même lorsque le droit fondamental à la vie est en jeu. Devant une situation aussi grave, le courage de regarder la vérité en face et d’appeler les choses par leur nom est plus que jamais nécessaire, sans céder à des compromis par facilité ou à la tentation de s’abuser soi-même. À ce propos, le reproche du Prophète retentit de manière catégorique : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres » (Is 5, 20). Précisément dans le cas de l’avortement, on observe le développement d’une terminologie ambiguë, comme celle d’« interruption de grossesse », qui tend à en cacher la véritable nature et à en atténuer la gravité dans l’opinion publique. Ce phénomène linguistique est sans doute lui-même le symptôme d’un malaise éprouvé par les consciences. Mais aucune parole ne réussit à changer la réalité des choses.

71. Pour l’avenir de la société et pour le développement d’une saine démocratie, il est donc urgent de redécouvrir l’existence de valeurs humaines et morales essentielles et originelles, qui découlent de la vérité même de l’être humain et qui expriment et protègent la dignité de la personne : ce sont donc des valeurs qu’aucune personne, aucune majorité ni aucun État ne pourront jamais créer, modifier ou abolir, mais que l’on est tenu de reconnaître, respecter et promouvoir.

Dans ce contexte, il faut reprendre les éléments fondamentaux de la conception des rapports entre la loi civile et la loi morale, tels qu’ils sont proposés par l’Église, mais qui font aussi partie du patrimoine des grandes traditions juridiques de l’humanité.

Le rôle de la loi civile est certainement différent de celui de la loi morale et de portée plus limitée. C’est pourquoi « en aucun domaine de la vie, la loi civile ne peut se substituer à la conscience, ni dicter des normes sur ce qui dépasse sa compétence », qui est d’assurer le bien commun des personnes par la reconnaissance et la défense de leurs droits fondamentaux, la promotion de la paix et de la moralité publique. En effet, le rôle de la loi civile consiste à garantir une convivialité en société bien ordonnée, dans la vraie justice, afin que tous « nous puissions mener une vie calme et paisible en toute piété et dignité » (1 Tm 2, 2). C’est précisément pourquoi la loi civile doit assurer à tous les membres de la société le respect de certains droits fondamentaux, qui appartiennent originellement à la personne et que n’importe quelle loi positive doit reconnaître et garantir. Premier et fondamental entre tous, le droit inviolable à la vie de tout être humain innocent. Si les pouvoirs publics peuvent parfois renoncer à réprimer ce qui provoquerait, par son interdiction, un dommage plus grave, ils ne peuvent cependant jamais accepter de légitimer, au titre de droit des individus — même si ceux-ci étaient la majorité des membres de la société —, l’atteinte portée à d’autres personnes par la méconnaissance d’un droit aussi fondamental que celui à la vie. La tolérance légale de l’avortement et de l’euthanasie ne peut en aucun cas s’appuyer sur le respect de la conscience d’autrui, précisément parce que la société a le droit et le devoir de se protéger contre les abus qui peuvent intervenir au nom de la conscience et sous le prétexte de la liberté.

Dans l’encyclique Pacem in terris, Jean XXIII avait rappelé à ce sujet : « Pour la pensée contemporaine, le bien commun réside surtout dans la sauvegarde des droits et des devoirs de la personne humaine ; dès lors, le rôle des gouvernants consiste surtout à garantir la reconnaissance et le respect des droits, leur conciliation mutuelle et leur expansion, et en conséquence à faciliter à chaque citoyen l’accomplissement de ses devoirs. Car “la mission essentielle de toute autorité politique est de protéger les droits inviolables de l’être humain et de faire en sorte que chacun s’acquitte plus aisément de sa fonction particulière”. C’est pourquoi, si les pouvoirs publics viennent à méconnaître ou à violer les droits de l’homme, non seulement ils manquent au devoir de leur charge, mais leurs dispositions sont dépourvues de toute valeur juridique ».

72. La doctrine sur la nécessaire conformité de la loi civile avec la loi morale est aussi en continuité avec toute la tradition de l’Église, comme cela ressort, une fois encore, de l’encyclique déjà citée de Jean XXIII : « L’autorité, exigée par l’ordre moral, émane de Dieu. Si donc il arrive aux dirigeants d’édicter des lois ou de prendre des mesures contraires à cet ordre moral et par conséquent, à la volonté divine, ces dispositions ne peuvent obliger les consciences (…) ; bien plus, en pareil cas, l’autorité cesse d’être elle-même et dégénère en oppression ». C’est là l’enseignement lumineux de saint Thomas d’Aquin qui écrit notamment : « La loi humaine a raison de loi en tant qu’elle est conforme à la raison droite ; à ce titre, il est manifeste qu’elle découle de la loi éternelle. Mais, dans la mesure où elle s’écarte de la raison, elle est déclarée loi inique et, dès lors, n’a plus raison de loi, elle est plutôt une violence ». Et encore : « Toute loi portée par les hommes n’a raison de loi que dans la mesure où elle découle de la loi naturelle. Si elle dévie en quelque point de la loi naturelle, ce n’est alors plus une loi mais une corruption de la loi ».

La première et la plus immédiate des applications de cette doctrine concerne la loi humaine qui méconnaît le droit fondamental et originel à la vie, droit propre à tout homme. Ainsi les lois qui, dans le cas de l’avortement et de l’euthanasie, légitiment la suppression directe d’êtres humains innocents sont en contradiction totale et insurmontable avec le droit inviolable à la vie propre à tous les hommes, et elles nient par conséquent l’égalité de tous devant la loi (…)

Les lois qui autorisent et favorisent l’avortement et l’euthanasie s’opposent, non seulement au bien de l’individu, mais au bien commun et, par conséquent, elles sont entièrement dépourvues d’une authentique validité juridique. En effet, la méconnaissance du droit à la vie, précisément parce qu’elle conduit à supprimer la personne que la société a pour raison d’être de servir, est ce qui s’oppose le plus directement et de manière irréparable à la possibilité de réaliser le bien commun. Il s’ensuit que, lorsqu’une loi civile légitime l’avortement ou l’euthanasie, du fait même, elle cesse d’être une vraie loi civile, qui oblige moralement.

73. L’avortement et l’euthanasie sont donc des crimes qu’aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer (…)

Dans le cas d’une loi intrinsèquement injuste, comme celle qui admet l’avortement ou l’euthanasie, il n’est donc jamais licite de s’y conformer, « ni … participer à une campagne d’opinion en faveur d’une telle loi, ni … donner à celle-ci son suffrage ».

Un problème de conscience particulier pourrait se poser dans les cas où un vote parlementaire se révélerait déterminant pour favoriser une loi plus restrictive, c’est-à-dire destinée à restreindre le nombre des avortements autorisés, pour remplacer une loi plus permissive déjà en vigueur ou mise aux voix. De tels cas ne sont pas rares. En effet, on observe le fait que, tandis que dans certaines régions du monde les campagnes se poursuivent pour introduire des lois favorables à l’avortement, soutenues bien souvent par de puissantes organisations internationales, dans d’autres pays au contraire — notamment dans ceux qui ont déjà fait l’expérience amère de telles législations permissives — se manifestent les signes d’une nouvelle réflexion. Dans le cas ici supposé, il est évident que, lorsqu’il ne serait pas possible d’éviter ou d’abroger complètement une loi permettant l’avortement, un parlementaire, dont l’opposition personnelle absolue à l’avortement serait manifeste et connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d’une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. Agissant ainsi, en effet, on n’apporte pas une collaboration illicite à une loi inique ; on accomplit plutôt une tentative légitime, qui est un devoir, d’en limiter les aspects injustes.

Catéchisme de l’Église CATHOLIQUE

2272. La coopération formelle à un avortement constitue une faute grave. L’Église sanctionne d’une peine canonique d’excommunication ce délit contre la vie humaine. « Qui procure un avortement, si l’effet s’en suit, encourt l’excommunication latæ sententiæ » (CIC, can. 1398), c’est-à-dire « par le fait même de la commission du délit » (CIC, can. 1314), aux conditions prévues par le Droit (CIC, can. 1323-1324). L’Église n’entend pas ainsi restreindre le champ de la miséricorde ; elle manifeste la gravité du crime commis, le dommage irréparable causé à l’innocent mis à mort, à ses parents et à toute la société.

2273. Le droit inaliénable à la vie de tout individu humain innocent constitue un élément constitutif de la société civile et de sa législation :

« Les droits inaliénables de la personne devront être reconnus et respectés par la société civile et l’autorité politique. Les droits de l’homme ne dépendent ni des individus, ni des parents, et ne représentent pas même une concession de la société et de l’État ; ils appartiennent à la nature humaine et sont inhérents à la personne en raison de l’acte créateur dont elle tire son origine. Parmi ces droits fondamentaux, il faut nommer le droit à la vie et à l’intégrité physique de tout être humain depuis la conception jusqu’à la mort ».

« Dans le moment où une loi positive prive une catégorie d’êtres humains de la protection que la législation civile doit leur accorder, l’État en vient à nier l’égalité de tous devant la loi. Quand l’État ne met pas sa force au service des droits de tous les citoyens, et en particulier des plus faibles, les fondements même d’un état de droit se trouvent menacés (…) Comme conséquence du respect et de la protection qui doivent être assurés à l’enfant dès le moment de sa conception, la loi devra prévoir des sanctions pénales appropriées pour toute violation délibérée de ses droits ».

EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE « ECCLESIA IN AMERICA » MEXIQUE 22-I-99

63. En Amérique, comme en d’autres parties du monde, un modèle de société où dominent les puissants, excluant et même éliminant les faibles, semble aujourd’hui se profiler : je pense ici aux enfants non nés, victimes sans défense de l’avortement ; aux personnes âgées et aux malades incurables, parfois objet d’euthanasie ; et à tant d’autres êtres humains mis en marge par la société de consommation et par le matérialisme. Et je ne puis oublier le recours non nécessaire à la peine de mort, lorsque d’autres moyens non sanglants suffisent à défendre et à protéger la sécurité des personnes contre l’agresseur (…) Aujourd’hui, en effet, étant donné les possibilités dont l’État dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable « sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants ». Un tel modèle de société porte l’empreinte de la culture de la mort, et il est de ce fait en opposition avec le message évangélique. Devant cette réalité affligeante, la communauté ecclésiale entend s’engager toujours plus à défendre la culture de la vie.

À ce sujet, les Pères synodaux, se faisant l’écho des récents documents du Magistère de l’Église, ont réaffirmé avec vigueur leur respect inconditionnel et leur total attachement envers la vie humaine depuis le moment de la conception jusqu’à celui de la mort naturelle, et ils ont prononcé la condamnation de maux comme l’avortement et l’euthanasie. Pour maintenir ces enseignements de la loi divine et naturelle, il est essentiel de promouvoir la connaissance de la doctrine sociale de l’Église et de s’employer à ce que les valeurs de la vie et de la famille soient reconnues et défendues dans les mœurs et dans les normes juridiques des États. En plus de la sauvegarde de la vie, on doit intensifier, grâce à de multiples institutions pastorales, une promotion active de l’adoption et une assistance constante aux femmes ayant une grossesse problématique, aussi bien avant qu’après la naissance de leur enfant. Une attention pastorale spéciale doit aussi être portée aux femmes qui ont subi ou procuré activement l’avortement.

Comment ne pas rendre grâce à Dieu et ne pas exprimer des sentiments de vive appréciation à nos frères et sœurs dans la foi qui, en Amérique, avec d’autres chrétiens et d’innombrables personnes de bonne volonté, sont engagés, par tous les moyens légaux, dans la défense de la vie et dans la sauvegarde de l’enfant à naître, du malade incurable et des personnes handicapées ? Leur action est encore plus méritoire si l’on considère l’indifférence de beaucoup, les menaces d’eugénisme et les attentats contre la vie et la dignité humaine, qui sont quotidiennement perpétrés partout.

Ces mêmes égards sont dus aux personnes âgées, parfois oubliées et livrées à elles-mêmes. Elles doivent être respectées comme des personnes ; il est important de prendre pour elles des initiatives d’accueil et d’assistance, qui promeuvent leurs droits et leur assurent, autant que possible, le bien-être physique et spirituel. Les personnes âgées doivent être protégées des situations et des pressions qui pourraient les pousser au suicide ; en particulier, elles doivent être soutenues contre la tentation du suicide assisté et de l’euthanasie.

Avec les Pasteurs du peuple de Dieu en Amérique, je fais appel aux catholiques qui travaillent dans le domaine médical et sanitaire et à ceux qui occupent des charges publiques, comme à ceux qui sont engagés dans l’enseignement, afin qu’ils fassent tout leur possible pour défendre la vie de ceux qui courent un plus grand danger, en agissant avec une conscience formée d’une manière droite selon la doctrine catholique. Les Évêques et les prêtres ont, dans ce domaine, la responsabilité spéciale de donner un témoignage inlassable en faveur de l’Évangile de la vie et d’exhorter les fidèles à agir en conséquence. En même temps, il est indispensable que l’Église en Amérique éclaire, par des interventions opportunes, l’élaboration des décisions des assemblées législatives, en stimulant les citoyens, aussi bien les catholiques que les autres personnes de bonne volonté, à constituer des organisations pour promouvoir des projets de loi valables et s’opposer à ceux qui menacent la famille et la vie, deux réalités inséparables. De nos jours, il faut tenir compte de façon spéciale de ce qui se rapporte au diagnostic prénatal, pour qu’il ne lèse en aucune manière la dignité humaine.

Auteur : Oscar Fernández Espinosa de los Monteros. Avocat et chercheur en matière de Bioéthique

Source : Encuentra.com

Première version : 12-V-99

Version antérieure : 29-III-00

Dernière version : 20-VII-00

MEXIQUE

e-mail : oscarf@altavista.net

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[1] MARIAS, Julian, « La cuestión del aborto », dans le journal EL NORTE, Monterrey, Mexique, 25-XI-99

[2] Cf. « Aborto y angustia » dans ACEPRENSA, 139/92, Madrid, Espagne, 28-X-92

* Si tu souhaites en savoir plus sur ce sujet, communique directement avec l’auteur du livre à l’adresse internet suivante : oscarf@altavista.net

[3] Cf. HERNÁNDEZ GÁLVEZ, Dr. Edgar, « Síndrome post-aborto », dans http://www.vidahumana.org/vidafam/aborto/galvez.htm1

[4] Cf. « Aborto es cuatro veces más peligroso que parto, demuestra estudio », dans ACI Digital, http://www.aciprensa.com, 20-VI-00

[5] Cf. CENTRO DE AYUDA A LA MUJER, Informe de México en el seguimiento Beijing+5 capítulo la mujer y la salud, p. 1 et Estadísticas Nacionales, Mexique, 1989-1999,

[6] Cf. « Contento de estar aquí » dans ACEPRENSA, 99/93, Madrid, Espagne, 2-VII-93

[7] Cf. « La certeza de una nueva vida » dans Servicio Especial de Informaciones nº 235, Mexique, 15-III-83

[8] SALDAÑA ARÉVALO, Dr. Emilio, directement à l’auteur.

[9] Cf. BURKE, Cormac, Felicidad y entrega en el matrimonio, Ediciones Rialp S.A., Madrid, Espagne, 1990, pp. 198-199

[10] Cf. « El aborto visto de cerca » dans ACEPRENSA, 172/95, Madrid, Espagne, 27-XII-95

[11] Cf. « EE.UU.: 25 años de la legalización del aborto » dans ACEPRENSA, 16/98, Madrid, Espagne, 28-I-98

[12] Cf. NATHANSON, Bernard, La Mano de Dios, Ediciones Palabra, 4 Edición, Madrid, Espagne, 1999, p. 135

[13] Cf. SHEIBER, Marta, « Yo me hice rica con el aborto », dans la revue PALABRA nº 309, Espagne, janvier 1991, p. 46

[14] International Herald Tribune, 18-IX-91.

[15] Malheureusement, il ne m’est pas possible de connaître la source de ces paragraphes. Si quelqu’un les identifie, je lui serais très reconnaissant de me le communiquer afin d’accorder la juste reconnaissance à l’auteur de cet écrit. Oscar Fernández E.

[16] Cf. OLLERO, Andrés (Université de Grenade, Espagne), « Eutanasia y Multiculturalismo, Derecho, moral y religión en una sociedad pluralista », n° 3

[17] « El Cardenal y el Gobernador », dans ACEPRENSA, 119/90, Madrid, Espagne, 1-VIII-90

[18] Cf. « El Gulag demográfico chino elevado a modelo por la ONU », dans EUROPE TODAY, nº 131, Bruxelles, Belgique, 27-IX-94, p. 3

[19] Cf. LEJEUNE, Jerome., « Los médicos desnaturalizados », dans Dejadlos vivir, Ediciones Rialp S.A., Madrid, Espagne, 1980, pp. 32 et 33

[20] Cf. « Fotografía de feto y médico se convierte en nuevo estandarte pro-vida », ACI Digital, http://www.aciprensa.com, 18-VIII-99

[21] Cf. « Padres de Samuel dirigen carta a pro-vidas del mundo », ACI Digital, http://www.aciprensa.com, 11-XII-99

[22] Cf. « Médicos casi matan a bebé prematura por falsa anomalía », dans ACI Digital, http://www.aciprensa.com, 1-IV-00

[23] Cf. MEDELLÍN, María Luisa, « Es un niño sin límites », dans le journal EL NORTE, Monterrey, Mexique, 8-IV-99

[24] Cf. LLANO CIFUENTES, Carlos, « Trece argumentos en favor de la vida » dans la revue ISTMO nº 162, Mexique, janvier-février 1986, p.15

[25] SAVE, Alvar, Directement à l’auteur, Hermosillo, Mexique, 13-VI-00

[26] Cf. REYES, Rosalía, « Aborto la marca para siempre… », dans le journal EL NORTE, Monterrey, Mexique, 2-VI-99

[27] Cf. « campaña abortista con datos falsos » dans ACEPRENSA, 123/91, Madrid, Espagne, 1991.

[28] Cf. INSTITUTO NACIONAL DE ESTADÍSTICA, GEOGRAFÍA E INFORMÁTICA, Mujeres y Hombres en México , México, D.F., 1997

[29] « La conversión científica del Rey del aborto » dans ACEPRENSA, 71/82, Madrid, Espagne, 12-V-82

[30] Cf. ÁLVAREZ SALAS, Dr. José, « La realidad del aborto », communication présentée au Foro Regional de Salud, Zona Pacífico, Culiacán, Mexique, 8 et 9 octobre 1993, p. 13

[31] Cf. MAYRA DE YAMALLEL, « Sugiere educación y apoyo para el niño » dans le Courrier des lecteurs du journal EL NORTE, Monterrey, Mexique, 21-V-99

[32] Cf. SERRANO, Rafael, « Aborto ilegal, no clandestino », dans ACEPRENSA, 168/91, Madrid, Espagne, 1991

[33] JEAN-PAUL II, Encyclique Evangelium vitae, 25-III-95, nº 58

[34] Cf. « Justicia argentina otorga subsidio a bebé por nacer », dans ACI Digital, http://www.aciprensa.com, 8-V-99

[35] Cf. « Italia: Un Ayuntamiento ayuda a las mujeres que no abortan », dans ZENIT, http://www.zenit.org, 5-VI-00

[36] Cf. « Milán: ayudas para evitar el aborto por motivos económicos » dans ACEPRENSA, 185/99, Madrid, Espagne, 29-XII-99

[37] Cf. « Cuando llega un hijo inesperado », dans ACEPRENSA, 99/93, Madrid, Espagne, 1-VII-93

[38] Cf. « Por una sociedad más acogedora », dans ACEPRENSA, 102/96, Madrid, Espagne, 17-VII-96

[39] PARTIDA, Daniel, Directement à l’auteur, Hermosillo, Mexique,, 13-VI-00

[40] Cf. BARRA, Rodolfo Carlos, Estatuto jurídico del embrión humano, dans le III Encuentro de Políticos y Legisladores de América, Buenos Aires, Argentine, 3-5 août 1999, p. 3

[41] Cf. JEAN-PAUL II, Encyclique Fides et ratio, 14-IX-98, n° 31- 33

[42] Cf. JEAN-PAUL II, Creo en Dios Padre, 4a Edición, Ed. Palabra, S.A., Madrid, Espagne, 1996, pp. 302 et 303

[43] Cf. CHESTERTON, G.K., Charlas, Espasa-Calpe, Austral n° 525, Buenos Aires, Argentine 1945, pp. 14-18

[44] MARÍAS, Julian, « La cuestión del aborto », dans le journal EL NORTE, Monterrey, Mexique, 25-XI-99

[45] Cf. JEAN-PAUL II, Encyclique Fides et ratio, 14-IX-98, n° 49

[46] Cf. JEAN-PAUL II, Encyclique Fides et ratio, 14-IX-98, n° 43

[47] Cf. JEAN-PAUL II, Encyclique Fides et ratio, 14-IX-98, n° 47

[48] JEAN-PAUL II, Encyclique Evangelium vitae, 25-III-95, nº 6

[49] Concile Vatican II, Constitution dogmatique Lumen Gentium, nº 25

[50] Cf. Concile Vatican I, Constitution dogmatique Pastor Aeternus, Chapitre IV

[51] JEAN-PAUL II, Encyclique Evangelium vitae, 25-III-95, nº 62

[52] Catéchisme de l’Église catholique nº 1703

[53] Cf. SADA, Ricardo et Alfonso Monroy, Curso de Teología Moral, Editora de Revistas S.A. de C.V., Quinta Edición, Mexique, 1989, pp. 60- 62

[54] Cf. JEAN-PAUL II, Encyclique Fides et ratio, 14-IX-98, n° 98

[55] Cf. Encyclique Humanae vitae, 25-VII-68, n° 4

[56] Cf. Lettre Hac nostra aetate, 9-I-1951, nº 21 et Encyclique Humani generis, 12-VIII-1950

[57] Concile Vatican I, Constitution dogmatique Pastor Aeternus, Chapitre III

[58] Cf. Ier Concile de Nicée, can. 6, an 325 ; Ier Concile de Constantinople, can. 3, an 381 ; IVe Concile de Constantinople, can. 17, an 870 ; Concile Vatican II, décret Orientalium Ecclesiarum, nº 7

[59] Cf. Léon XIII, Encyclique Satis cognitum, 29-VI-1896 ; Concile Vatican II, Constitution dogmatique Lumen Gentium, nº 22

[60] Cf. « Obispos piden identificar a políticos anti-vida y no votar por ellos », dans ACI Digital http://www.aciprensa.com, 1-V-99

[61] « Cf. ONU:Insisten feministas en excluir a la Santa Sede del seno de Naciones Unidas », dans le journal El Heraldo de México, México, D.F., 4-IV-00

[62] SERVICIO ESPECIAL DE INFORMACIONES, nº 239, México, D.F., 15-V-83, p. 3