Introduction
“Au contraire, sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous. Mais que ce soit avec douceur et respect.”[1]
L’apologétique catholique est la partie de la théologie qui s’attache à exposer les raisons de la foi ; elle établit les fondements de la doctrine face aux adversaires et signale les erreurs afin d’en préserver l’intégrité.
Dès les commencements de l’Église, l’apologétique s’imposa comme nécessaire, car, même du vivant des Apôtres, celle-ci ne fut pas épargnée par des hommes qui, en interprétant de manière erronée le contenu de la Révélation, finissaient par s’écarter de la saine doctrine[2]. La structure même de l’Église, composée de ministères et d’apostolats divers, a pour finalité de conduire les croyants à la maturité et à la plénitude de la foi[3].
Depuis lors, l’Église affronte trois de ses plus grands ennemis : l’hérésie, l’apostasie et le schisme. L’hérésie naît d’un jugement erroné de l’intelligence sur des vérités de foi définies comme telles, et elle se trouve formellement constituée lorsque ce jugement erroné est maintenu de manière volontaire et obstinée à l’encontre de l’autorité de Dieu déposée en Pierre, les Apôtres et leurs successeurs.
Le schisme entraîne la rupture de l’unité et de la communion ecclésiastiques, et il est sévèrement condamné dans l’Écriture, au point que l’Apôtre saint Paul ordonne, au nom de Jésus-Christ, de s’éloigner des schismatiques[4]. L’Apôtre saint Jean va même jusqu’à employer le terme d’antichrists pour désigner ceux qui, étant sortis du sein de l’Église, ont fini par s’en séparer définitivement[5].
Quiconque étudie à fond l’histoire de l’Église constatera qu’elle a dû affronter d’innombrables hérésies qui, d’un côté, cherchaient à porter atteinte à son unité, mais, de l’autre, offraient l’occasion de réfléchir, d’approfondir et d’expliciter les vérités de la foi.
Mais si, tout au long de l’histoire, les hérésies furent nombreuses, rien ne saurait être comparé au chaos qu’allait engendrer la Réforme protestante. Martin Luther se sépare de l’Église en proclamant, comme bannière, la Sola Scriptura et le libre examen. La boîte de Pandore est ouverte, et chaque croyant se croit investi de l’autorité d’interpréter individuellement l’Écriture, y compris sur les points où l’Église s’est prononcée de manière dogmatique et définitive. Les anciennes hérésies renaissent et de nouvelles surgissent, ajustées à l’interprétation personnelle de chaque nouveau chef charismatique. Luther et les réformateurs perdent la maîtrise de leur « réforme », et s’amorce, au sein du protestantisme, une division exponentielle et irrépressible qui se poursuit encore aujourd’hui. Il est presque impossible de dénombrer les dénominations protestantes, lesquelles divergent entre elles sur des points essentiels de la doctrine chrétienne. Même au sein de l’Église, nous rencontrons des personnes qui, tout en affirmant professer la foi catholique, rejettent ouvertement les dogmes de la foi.
C’est dans ce contexte qu’une saine apologétique s’avère plus que jamais nécessaire. Le peuple catholique, dans la majorité des cas, ne possède pas les connaissances requises pour reconnaître l’erreur et s’en détourner, et devient ainsi une proie facile pour le protestantisme et ses déviations. De même, beaucoup de chrétiens sincères qui, bien qu’étant hors de la communion visible avec l’Église catholique, cherchent la vérité plénière d’un cœur droit, éprouvent de la difficulté à la trouver en raison des préjugés qui ont été semés en eux par les divers courants de pensée hostiles à notre foi.
Le Pape Jean-Paul II, dans son discours aux évêques des Antilles en visite ad limina, le 7 mai 2002, déclarait :
“Dans l’exhortation apostolique Ecclesia in America, j’ai affirmé qu’« il est nécessaire que les fidèles passent d’une foi routinière (…) à une foi consciente, vécue personnellement. Le renouveau dans la foi sera toujours le meilleur chemin pour conduire tous les hommes à la Vérité qui est le Christ » (n. 73). C’est pourquoi il est essentiel de développer, dans vos Églises particulières, une nouvelle apologétique à l’intention de votre peuple, afin qu’il comprenne ce que l’Église enseigne et puisse ainsi rendre raison de son espérance (cf. 1 P 3, 15). Dans un monde où les personnes sont soumises à la pression culturelle et idéologique continue des moyens de communication sociale et à l’attitude agressivement anticatholique de nombreuses sectes, il est essentiel que les catholiques connaissent ce qu’enseigne l’Église, en comprennent l’enseignement et en éprouvent la force libératrice. Sans cette compréhension, fera défaut l’énergie spirituelle nécessaire à la vie chrétienne et à l’œuvre d’évangélisation.
L’Église est appelée à proclamer au monde une vérité absolue et universelle, à une époque où, dans de nombreuses cultures, règne une profonde incertitude quant à l’existence même d’une telle vérité. L’Église doit par conséquent parler avec la force du témoignage authentique. En considérant ce que cela implique, le Pape Paul VI identifia quatre qualités qu’il désigna sous les termes perspicuitas, lenitas, fiducia, prudentia : clarté, affabilité, confiance et prudence (cf. Ecclesiam suam, 38).
Parler avec clarté signifie qu’il faut exposer de manière intelligible la vérité de la Révélation et les enseignements de l’Église qui en découlent. Ce que nous enseignons n’est pas toujours immédiatement ni aisément accessible aux hommes de notre temps. C’est pourquoi il faut expliquer, et non se contenter de répéter. Voilà ce que je voulais dire en affirmant qu’il nous faut une nouvelle apologétique, ajustée aux exigences actuelles, qui se souvienne que notre tâche consiste à gagner des âmes et non à triompher dans les disputes ; à mener une sorte de combat spirituel et non à nous engager dans des controverses idéologiques ; à défendre et à promouvoir l’Évangile, non à nous défendre ou à nous promouvoir nous-mêmes.
Cette apologétique doit respirer un esprit d’affabilité, une humilité et une compassion qui comprennent les angoisses et les questionnements des hommes et qui, dans le même temps, ne cèdent pas à une conception sentimentale de l’amour et de la compassion du Christ en les détachant de la vérité. Nous savons que l’amour du Christ peut comporter de grandes exigences, précisément parce que celles-ci ne sont pas liées au sentimentalisme, mais à l’unique vérité qui rend libres (cf. Jn 8, 32).
Parler avec confiance signifie ne jamais perdre de vue la vérité absolue et universelle révélée dans le Christ, non plus que le fait qu’il s’agit là de la vérité à laquelle aspirent tous les hommes, même lorsqu’ils paraissent indifférents, réticents ou hostiles.
Parler avec la sagesse pratique et le bon sens que Paul VI appelle prudence, et que saint Grégoire le Grand tient pour une vertu des courageux (cf. Moralia, 22, 1), signifie donner une réponse claire à ceux qui demandent : « Que nous faut-il donc faire ? » (Lc 3, 10. 12. 14). La grave responsabilité de notre ministère épiscopal s’y manifeste dans toute l’exigence de son défi. Il nous faut implorer chaque jour la lumière de l’Esprit-Saint, afin de parler selon la sagesse de Dieu et non selon celle du monde, « afin que ne soit pas rendue vaine la croix du Christ » (1 Co 1, 17).
Le Pape Paul VI concluait en affirmant que parler avec perspicuitas, lenitas, fiducia et prudentia « nous rendra sages, nous rendra maîtres » (Ecclesiam suam, 38). Et c’est là ce que nous sommes appelés à être avant tout : des maîtres de vérité, implorant toujours « la grâce de voir la vie dans sa plénitude et la force d’en parler efficacement » (saint Grégoire le Grand, Commentaire sur Ézéchiel, I, 11, 6).”
C’est à la lumière de tout ce qui précède que j’ai décidé d’écrire le présent ouvrage. Dans sa première édition, il rassemblait ce que je considérais comme mes meilleurs articles, publiés au fil d’un peu plus d’une décennie de ministère d’apologétique catholique. Dans cette nouvelle édition, j’ai préféré étoffer le matériau initial en y ajoutant quelques sujets et en réorganisant les précédents de manière à constituer une apologie plus homogène.
Table des matières
Dédicace3
Remerciements4
Introduction6
L’Église11
La grande « apostasie » de l’Église12
L’Église indéfectible22
La succession apostolique dans la Bible30
L’Épiscopat monarchique38
Hors de l’Église, point de salut — Brève histoire du développement du dogme53
La primauté de Pierre71
Où Jésus a-t-il appelé Pierre « Pape » ?72
La primauté de Pierre dans l’Église primitive88
Matthieu 16, 18, la primauté de Pierre et les Pères de l’Église96
Le Canon XXVIII du Concile de Chalcédoine et la primauté pétrinienne149
La Très Sainte Trinité159
La doctrine de la Très Sainte Trinité dans la Bible160
La doctrine de la Très Sainte Trinité dans l’Église primitive186
Justification et Salut209
Grâce et Liberté210
Dieu veut que tous les hommes soient sauvés229
Le Salut par la Seule Foi, l’Église Primitive et les Pères de l’Église237
Sola Scriptura267
Bible, Magistère et Tradition contre la Sola Scriptura268
Origines, causes et conséquences de la Sola Scriptura282
La Tradition, le Sola Scriptura et l’Église Primitive300
Eschatologie320
Le Purgatoire, l’Église Primitive et les Pères de l’Église321
L’âme est-elle immortelle ?332
L’enfer dans la Bible et les Pères de l’Église343
Les Sacrements354
La Transsubstantiation et l’Église primitive355
Le Sacrement de la Pénitence dans la Bible et les Pères de l’Église370
Le Baptême des enfants dans les Pères de l’Église et dans l’histoire380
La Communion des Saints390
La Communion des Saints dans la Bible391
La Vierge Marie401
La Virginité perpétuelle de Marie dans la Bible402
La Virginité perpétuelle de Marie dans l’histoire416
L’Immaculée Conception de la Vierge Marie : Objections courantes420
Les Réformateurs protestants et la Vierge Marie429
La vénération à Marie vient-elle du paganisme ?432
Sujets divers437
L’Église catholique est-elle idolâtre ?438
L’Église catholique est-elle la Grande Prostituée de Babylone ?443
Réflexions sur l’œcuménisme449
Les bonnes œuvres de l’Église catholique453
Analyse des objections contre le célibat sacerdotal459
« Le Christ n’est pas une religion ! » D’où vient ce cri de guerre ?463
Samedi et Dimanche dans l’Église primitive468
Saint Augustin et l’observance du sabbat474
Les Témoins de Jéhovah et 1914482
Les Témoins de Jéhovah ne sont pas enfants de Dieu496
Appendice500
Brève introduction aux Pères de l’Église501
Brève liste des Pères de l’Église et des écrivains ecclésiastiques502
L’Église