Quel sujet. Voyons comment vous gérez…
Je limiterai grandement ma tentative, et en évitant autant que possible les concepts spéculatifs qui ne sont pas strictement nécessaires, je m’appuierai avant tout sur la Bible, la Liturgie, le Magistère apostolique et les explications théologiques les plus courantes.

Le père et son enfant, à eux deux, écrivent une lettre. Je pars de cette image. Le père, s’approchant d’une table, fait asseoir le petit garçon – bien sûr totalement analphabète – sur ses genoux, et en prenant la main de l’enfant qui tient le crayon, il se prépare à écrire: « écrivons une lettre à la Vierge Marie ». Attention: la lettre sera en effet écrite entre les deux, père et fils. L’objet visé, écrire une lettre, dépasse absolument les capacités de l’enfant, puisqu’il ne sait ni lire ni écrire. Mais cela ne constitue pas un obstacle à la réalisation de ce travail, à condition, bien entendu, que la main de l’enfant se laisse continuellement guider par celle de son père. Et voici trois alternatives:
1.–L’enfant permet au mouvement de sa main d’être complètement docile au mouvement de la main directrice de son parent.. Et un texte intelligible et peut-être beau en sort. Même si l’écriture manuscrite, il faut l’admettre, ne sera pas un modèle parfait de calligraphie. Cette lettre a été écrite par tous deux, non seulement le père, mais aussi l’enfant. Ils sont à cause d’un travail, le père comme cause principale, l’enfant comme cause instrumentale. Le garçon bouge sa main se déplacer pour son père.
2.– L’enfant bouge sa main de sa propre volonté et de son plaisir. Et il s’avère que c’est un gribouillage inintelligible, qui ne vaut rien. Il a résisté à la motion de son père. Le bon endroit pour ce papier est la poubelle.
3.– L’enfant garde sa main rigide, sans permettre à son père de la bouger. Rien ne sort. Il a résisté à la motion de son père. Le papier reste vierge.
Ce sont les trois possibilités qu’a l’homme sous l’action de la grâce, et il n’y en a plus: l’accepter (1) ou y résister (2 et 3). Les deux dernières options sont péché, résistance à la grâce, plus ou moins grave selon l’objet de l’action, et selon le degré de conscience et de consentement volontaire qui se produit chez la personne. La première option, la seule bonne, est certainement méritoire, parce que l’enfant a fait confiance à son père et a obéi docilement à ses conseils, étant capable d’y résister: il n’est pas un crayon inerte, incapable de résister. Il a vraiment « écrit » la lettre, il a produit du bon travail; Oui, son testament a été modifié par son père. Et ils n’ont pas été coordonné les deux causes, mettant l’enfant la partie le vôtre et votre père votre part. Au contraire, la causalité de l’enfant a été subalterne entièrement avec une causalité paternelle principale. Ainsi s’est produite une heureuse synergie qui a rendu possible chez l’enfant un bon travail, pour lequel il était complètement incapable. Eh bien, c’est ainsi que se déroule toujours toute la vie chrétienne. C’est pourquoi notre Maître nous enseigne: « si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Mt 18, 3).
Pour en revenir à l’exemple précédent, il serait ridicule que l’enfant soit fier de la précieuse lettre écrite, comme s’il s’agissait d’une œuvre uniquement ou principalement la sienne; – il serait tout aussi ridicule de penser que s’il a réalisé ce travail, qui dépasse totalement ses possibilités, « il s’agissait d’une question de générosité». Ce sont des mots dénués de sens… – et il serait également absurde que l’enfant, en collaborant avec son père, soit concerné et plein d’inquiétudes: « et que dirons-nous à la Vierge?… Eh bien, jusqu’à présent, il semble que nous allons bien. Mais qu’écrira-t-on sur la page suivante du cahier? »…
Contexte de cette image. L’enfant qui écrit sous l’impulsion de son père est une bonne image, mais imparfaite, car elle n’exprime pas qu’en réalité le père non seulement émeut le main de son fils, mais son volonté. Mais on sait déjà que les images, comme les paraboles, ont « un côté » éloquent et d’autres qui ne valent rien. Et d’autre part, avec de la bonne volonté, nous pouvons compléter l’image que j’ai proposée, en pensant que le père parle à l’oreille de l’enfant, et pour son mot il lui communique esprit eh bien, cela lui permet de laisser sa main docile à la direction paternelle. Il s’agit d’une image qui a de nombreux antécédents analogues, bien que moins bons que mon exemple. Je n’en cite que deux:
Jean-Pierre de Caussade, S.J..(1675-1751) enseigne que le Saint-Esprit, dans la plénitude des temps, a écrit les Évangiles;
«mais maintenant le Saint-Esprit n’écrit les Évangiles que dans les cœurs. Toutes les actions et tous les moments des saints sont l’Évangile du Saint-Esprit… Le Saint-Esprit, par la plume de son action [de grâce], est en train d’écrire un Évangile vivant, qui ne pourra être lu qu’au jour de gloire, quand, après avoir quitté les presses de cette vie, il sera publié” (Abandon à la divine Providence, Fonds. DATE LIBRE, Pampelune 2000, 75).
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1873-1897), Docteur de l’Église, lorsqu’elle décrit l’œuvre de Dieu dans les hommes, elle accentue aussi la primauté absolue de la grâce divine, en recourant à l’image de l’artiste qui, à l’aide d’un pinceau, réalise un tableau merveilleux. Le pinceau sans l’artiste ne peut rien.
« Si la toile peinte par un artiste pouvait penser et parler, elle ne se plaindrait certainement pas d’être touchée et retouchée par le pinceau; il n’envierait pas non plus le sort de cet instrument, puisqu’il saurait que ce n’est pas au pinceau mais à l’artiste qui le manie qu’il doit la beauté dont il est recouvert” (manuscrit autobiographique C, 20 rº).
“En Dieu nous vivons, bougeons et existons” (Actes 17:28). Cette grande vérité, très rarement prêchée, avec le passage du théocentrisme à l’anthropocentrisme, est ignorée par une grande partie des chrétiens modernes. Ils se perçoivent comme s’ils étaient la cause de leur être et de leurs propres actions. Ils ignorent que si Dieu est la cause première et continue de l’être et de l’action, naturel des créatures,a fortiori Il est la cause première et continue qui, par l’illumination et le mouvement de sa grâce, rend la vie possible. surnaturel Chrétien dans chacune de ses œuvres. La sainte Liturgie, principale catéchèse de l’Église, enseigne merveilleusement cette vérité de la foi: « Accorde-nous, Seigneur, la grâce de toujours connaître et pratiquer le bien, et, puisque sans Toi nous ne pouvons même pas exister, fais-nous toujours vivre selon ta volonté. Par Jésus-Christ, Notre Seigneur. Monsieur” (Jeudi du Carême).
L’homme n’est pas fait pour agir selon sa propre volonté, mais pour toujours faire la volonté de Dieu en toute chose.. L’univers entier des créatures est fait pour toujours accomplir la volonté de son Créateur, et il le fait nécessairement. Et l’homme, la seule créature libre dans le monde visible, est créé pour accomplir librement la volonté du Seigneur. Maintenant, dans l’action humainela ligne causale du bien et du mal est totalement asymétrique. Considérons cette vérité, qui est aussi fondamentale pour pénétrer le mystère de la grâce-liberté.
L’homme ne peut produire du bien qu’avec l’aide de Dieu, assistée de la causalité divine, qui est universelle, tant dans l’ordre de la nature que dans celui de la grâce. Le Créateur donne à sa créature l’être et l’action continuel. Comme il enseigne Catéchisme: «Dieu agit dans les œuvres de ses créatures. C’est la première cause qui agit dans et à travers les secondes causes » (318). Et ceci, comme je l’ai déjà dit, se produit a fortiori dans l’ordre de la grâce: « sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5). « C’est Dieu qui produit en vous le vouloir et l’agir selon son bon plaisir » (Phil 2, 13).
Ce que l’homme peut produire seul est mauvais. Jacques Maritain l’explique bien, en s’appuyant sur l’enseignement de saint Thomas:
Le langage paradoxal est ici inévitable: lorsque l’homme cause le mal, « il a une initiative, mais c’est une initiative de non-action. La volonté créée “produit” alors le néant, produit le non-être. Et c’est tout ce qu’elle peut faire seule… Elle se soustrait — non par une action, mais par un libre non-faire ou défaire — à l’influx porteur d’être et de bonté de la Cause première… Cela nous explique cette phrase de saint Thomas: “la cause première du défaut de la grâce est en nous” (STh I-II, 112, 3 ad 2m: [« mais la cause première du don de la grâce est en Dieu, selon l’Écriture: “ta perdition vient de toi, Israël; ton secours ne procède que de Moi”, Os 13,9]). Il y a donc une ligne dans laquelle la créature est cause première, mais c’est la ligne du néant et du mal ». Et il ajoute en note: « Quand il se détourne de la motion divine, celle du bien, l’homme n’est pas plus libre que lorsqu’il laisse agir cette motion et agit bien; mais il est plus seul… L’homme ne peut être seul que dans le mal » (Saint Thomas d’Aquin et le problème du mal, dans un ouvrage de plusieurs auteurs, Le mal est parmi nous, Fom. de la Cultura, Valence 1959, 351-352).
L’action chrétienne de l’homme est donc toujours passif-actif: passif, au sens philosophique du terme, en ce sens recevoir le don gratuit de Dieu: illumination, attraction, mouvement; et actif, puisque recevoir gratuitement cette aide divine vous accorde vouloir et agir un bien qui ne pourrait pas être réalisé tout seul. Voyons cela dans trois exemples maximum.
La Vierge Marie fut catholique. Elle ne fut ni pélagienne ni semi-pélagienne, ni quiétiste ni luthérienne, ni janséniste: elle fut catholique. La Pleine de grâce, c’est-à-dire l’Immaculée, la Vierge fidèle, n’a pas de projets propres à mener; elle n’est pas capable de vouloir quoi que ce soit par elle-même. Sa volonté ne peut se mouvoir à vouloir quelque chose que mue par la volonté de son Seigneur. La Bienheureuse Vierge Marie exprime avec une parfaite clarté comment elle comprend la vie de la grâce:
Elle regarde son passé et dit: « le Puissant a fait en moi de grandes œuvres ». Et regardant son présent et son avenir, elle dit: « je suis la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon ta parole ». Dans les deux phrases, les verbes sont au passif. Elle comprend parfaitement que toute sa vie, passée, présente et future, est passive-active: c’est la providence aimante de Dieu qui, par sa grâce, agit dans son intelligence, dans sa volonté et dans ses œuvres, avec la collaboration réelle de son fiat permanent. Ni question de générosité, ni autres histoires ou contes. En Elle il n’y a qu’une docilité absolue, une louange et une gratitude infinies, dans une humilité totale et parfaite: « mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur, parce qu’il a regardé avec bonté la petitesse de sa servante ».
saint Jean-Baptiste fut aussi un catholique pratiquant. Il ne s’est jamais autorisé à vouloir quoi que ce soit, si élevé et si saint que cela fût, par lui-même, depuis sa propre volonté. Il n’a jamais voulu se mouvoir sinon mû par la volonté de Dieu, par sa grâce. Jean le Baptiste fut comme un enfant analphabète qui, laissant la main de son père guider la sienne, écrit dans le livre de sa propre vie un poème de beauté et de sainteté célestes. Et il sut aussi, éclairé par Dieu, exprimer parfaitement ce mystère: « l’homme ne doit rien prendre pour lui, si cela ne lui est donné du Ciel » (Jn 3,27). Rien: ni plus, ni moins, ni ceci, ni cela. Il doit faire tout, seulement et précisément ce que Dieu veut faire en lui et avec lui… Le don de Dieu est gratuit, libre, imprévisible: il ne peut donc pas se prendre, comme on prend une pomme sur un arbre; il ne peut que se recevoir, se demander, s’attendre, se rechercher et se réaliser.
Il est significatif que cette phrase, l’une des plus lumineuses des Évangiles, soit si rarement citée: « Il ne faut rien prendre à moins que cela ne lui soit donné du ciel ». Mais il est compréhensible que cela se produise dans des environnements volontaristes, pélagiens ou semi-pélagiens, car cela est antithétique à leurs approches erronées.
Jésus-Christ, notre Seigneur, est aussi catholique et Auteur de tous les catholiques. Il n’y a en Lui aucune ombre de quiétisme ou de volontarisme. « L’homme Christ Jésus » (1Tm 2,5), de toute éternité, dans une prédestination unique, infiniment gratuite, est l’Élu du Père. Et le Verbe divin, étant le Fils éternel du Père éternel, une fois incarné et né de la Vierge Marie, conserve dans toute sa vie terrestre une physionomie absolument filiale. Il ne se meut sinon mû par le Père.
Sa relation personnelle continuelle avec le Père se révèle tout spécialement dans les écrits de l’évangéliste saint Jean. Jésus y déclare: « Je vis par le Père » (6,57), et « le Père qui demeure en moi fait ses œuvres… Je suis dans le Père et le Père est en moi » (14,10-11). Il comprend toujours ses œuvres comme « les œuvres que mon Père m’a donné de faire, ces œuvres que je fais… » (5,36); « les œuvres que je fais au nom de mon Père » (10,25; cf. 10,37-38). C’est pourquoi il dit: « ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (4,34). « Je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (6,38). Notre Seigneur Jésus-Christ est donc psychologiquement et moralement incapable de vouloir quoi que ce soit par sa propre volonté. Il se meut toujours mû par le Père: « en vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, sinon ce qu’il voit faire au Père: ce que celui-ci fait, le Fils le fait pareillement » (5,19). Rien, il ne peut rien faire: « Je ne peux rien faire de moi-même; selon ce que j’entends, je juge, et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (5,30). « Je ne fais rien de moi-même » (8,28); « comme mon Père me l’a commandé, ainsi je fais » (14,12).
Et cette pleine identification entre la volonté du Christ et celle du Père se donne normalement avec une immense joie, parce qu’elle est faite avec un amour infini: « à cette heure-là, il tressaillit de joie dans l’Esprit Saint et dit: je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que » etc. (Lc 10,21; le texte ES indique 10,31). Mais d’autres fois elle se donne avec effroi et angoisse, en suant du sang: « cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse » (22,42).
Auteur: P. José María Iraburu