Christianisme Primitif

Serment antimoderniste

Le Serment antimoderniste fut promulgué par le pape Pie X en 1910 (Sacrorum Antistitum) et imposé aux clercs, professeurs de séminaire, prédicateurs et théologiens. En 1967, sous Paul VI, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi supprima son obligation. Il convient de préciser que cette suppression fut d’ordre disciplinaire et non doctrinal : l’Église n’a pas abandonné ni atténué son rejet du modernisme. Des documents ultérieurs tels que l’encyclique Fides et Ratio (Jean-Paul II, 1998) et la déclaration Dominus Iesus (CDF, 2000) réaffirment clairement les vérités que le Serment protégeait : l’objectivité de la connaissance rationnelle de Dieu, l’historicité des Évangiles, l’immuabilité du dépôt de la foi. Il est reproduit ici comme document historique qui exprime de manière synthétique la position pérenne du Magistère face aux erreurs du relativisme et de l’évolutionnisme dogmatique.

«Moi, N., j’adhère fermement et je reçois toutes et chacune des vérités définies, affirmées et déclarées par l’Église en son magistère infaillible, principalement les articles de doctrine qui vont directement contre les erreurs de ce temps.

En premier lieu, je professe que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude, et donc également démontré, par la lumière naturelle de la raison, à partir des choses créées, c’est-à-dire des œuvres visibles de la création, comme la cause par ses effets.

En second lieu, j’admets et je reconnais les arguments extrinsèques de la révélation, c’est-à-dire les faits divins, et parmi eux au premier rang les miracles et les prophéties, comme des signes très certains de l’origine divine de la religion chrétienne ; et je tiens ces mêmes arguments pour parfaitement proportionnés à l’intelligence de tous les temps et de tous les hommes, y compris les hommes de ce temps.

En troisième lieu, je crois pareillement avec une foi ferme que l’Église, gardienne et maîtresse de la parole révélée, a été instituée de manière proche et directe par le Christ lui-même, vrai et historique, durant sa vie parmi nous ; et je crois que cette Église a été édifiée sur Pierre, chef de la hiérarchie, et sur ses successeurs jusqu’à la fin des temps.

En quatrième lieu, je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des Apôtres par les Pères orthodoxes, toujours dans le même sens et la même interprétation. C’est pourquoi je rejette absolument la supposition hérétique de l’évolution des dogmes, selon laquelle ceux-ci changeraient de sens pour en recevoir un autre que celui qu’a donné l’Église. Je réprouve également toute erreur qui consiste à substituer au dépôt divin confié à l’épouse du Christ et à sa vigilante garde une fiction philosophique ou une création de la conscience humaine, formée peu à peu par l’effort des hommes et susceptible d’un progrès indéfini dans l’avenir.

En cinquième lieu, je tiens avec une ferme certitude et je professe sincèrement que la foi n’est pas un sentiment religieux aveugle qui sourd des profondeurs du subconscient sous l’impulsion du cœur et sous l’inclination d’une volonté moralement formée, mais un véritable assentiment de l’intelligence à la vérité reçue du dehors par l’ouïe, par lequel nous tenons pour vrais, à cause de l’autorité de Dieu lui-même qui est véracité absolue, ce qui a été dit, attesté et révélé par le Dieu personnel, notre Créateur et notre Seigneur. De plus, avec la révérence qui convient, je soumets et j’adhère de tout cœur aux condamnations, déclarations et prescriptions contenues dans l’encyclique Pascendi et le décret Lamentabili, en particulier en ce qui concerne ce qu’on appelle l’histoire des dogmes.

Je rejette pareillement l’erreur de ceux qui disent que la foi soutenue par l’Église contredit l’histoire, et que les dogmes catholiques, dans le sens où ils sont maintenant entendus, sont irréconciliables avec les origines les plus vraies de la religion chrétienne.

Je condamne et rejette l’opinion de ceux qui disent qu’un chrétien instruit revêt une double personnalité, celle d’un croyant et en même temps celle d’un historien, comme s’il était permis à un historien de soutenir des choses qui contredisent la foi du croyant, ou d’établir des prémisses qui, pourvu qu’il n’y ait pas de négation directe des dogmes, conduiraient à la conclusion que les dogmes sont faux ou douteux.

Je réprouve également la méthode qui consiste à juger et à interpréter la Sainte Écriture en s’écartant de la tradition de l’Église, de l’analogie de la foi et des normes du Siège apostolique, et qui embrasse librement et sans discernement les erreurs des rationalistes en prenant la critique textuelle pour la seule et suprême norme.

Je rejette également l’opinion de ceux qui soutiennent qu’un professeur traitant d’une matière historico-théologique devrait d’abord mettre de côté toute opinion préconçue sur l’origine surnaturelle de la tradition catholique ou sur la promesse divine de préserver à jamais toute la vérité révélée ; et qu’il devrait interpréter les écrits de chacun des Pères uniquement selon des principes scientifiques, en excluant toute autorité sacrée, et avec la même liberté de jugement que celle qui est commune dans toute recherche portant sur des documents historiques ordinaires.

Je déclare être entièrement opposé à l’erreur des modernistes qui soutiennent qu’il n’y a rien de divin dans la sainte Tradition ; ou, ce qui est encore bien pire, qu’il y en a mais dans un sens panthéiste, de sorte qu’il ne resterait rien de plus que ce simple fait — à mettre sur le même plan que les faits ordinaires de l’histoire — à savoir qu’un groupe d’hommes a continué, par leur propre labeur, leur talent et leur génie, une école commencée par le Christ et ses Apôtres à travers les âges subséquents.

Je promets de soutenir fidèlement, intégralement et sincèrement tous ces articles, et de les garder inviolés, sans m’en écarter en enseignant, ni en aucune autre manière de parole ou d’écrit. Ainsi je le promets, ainsi je le jure, que Dieu m’assiste et ces saints Évangiles.»