Les erreurs ont la vie dure, presque autant que Bruce Willis dans n’importe laquelle des suites de Die Hard. L’une de ces erreurs est l’histoire alternative, et presque mythologique, qui s’est propagée au sein du protestantisme, selon laquelle les Pères de l’Église auraient rejeté la primauté de Pierre et de l’évêque de Rome comme son successeur. Pour étayer leur version de l’histoire, les protestants ont coutume de fournir une série de citations patristiques au moyen desquelles ils tentent de prouver que l’exégèse qu’offre aujourd’hui l’Église catholique sur Matthieu 16, 18 (« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église ») est opposée au consensus des Pères de l’Église. Ils affirment ordinairement aussi que les Pères ne reconnaissaient pas la primauté de Pierre mais le considéraient comme un Apôtre parmi d’autres.

Je prendrai pour exemple un article qui circule depuis plusieurs années sur Internet, dû au docteur Fernando Saraví (apologète protestant), où est employée la ligne de raisonnement suivante.

1. Selon les déclarations officielles du Magistère de l’Église, le consensus des Pères est un critère fondamental dans la juste interprétation des Écritures.

2. Or ce même consensus s’oppose à l’interprétation catholique de Matthieu 16, 18, car les Pères affirmaient que Jésus ne désignait pas Pierre comme la pierre, mais bien la confession de foi de Pierre, ou Jésus-Christ lui-même.

L’Église catholique romaine elle-même ne se conforme pas à ce qu’elle définit pourtant, à savoir : éviter d’interpréter l’Écriture en dehors du consentement unanime des Pères de l’Église, puisque l’idée que la « Pierre » de Matthieu 16, 18 soit orientée vers la personne de l’apôtre Pierre est bien loin de la pensée des Pères…

Quelle est réellement l’exégèse catholique de Matthieu 16, 18 ?

Le Catéchisme officiel de l’Église catholique explique :

424 Mus par la grâce du Saint-Esprit et attirés par le Père, nous croyons et nous confessons au sujet de Jésus :

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). Sur le roc de cette foi confessée par saint Pierre, le Christ a bâti son Église (cf. Mt 16, 18 ; saint Léon le Grand, serm. 4, 3 ; 51, 1 ; 62, 2 ; 83, 3).

552 Dans le collège des Douze, Simon Pierre tient la première place (cf. Mc 3, 16 ; 9, 2 ; Lc 24, 34 ; 1 Co 15, 5). Jésus lui confie une mission unique. Grâce à une révélation venant du Père, Pierre avait confessé : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Notre Seigneur lui déclara alors : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle » (Mt 16, 18). Le Christ, « pierre vivante » (1 P 2, 4), assure à son Église, bâtie sur Pierre, la victoire sur les puissances de la mort. Pierre, à cause de la foi qu’il a confessée, demeurera le roc inébranlable de l’Église. Il aura mission d’en garder la foi de toute défaillance et d’y affermir ses frères (cf. Lc 22, 32).

881 Le Seigneur a fait du seul Simon, à qui Il a donné le nom de Pierre, le roc de son Église. Il lui en a remis les clefs (cf. Mt 16, 18-19) ; Il l’a institué pasteur de tout le troupeau (cf. Jn 21, 15-17). « Quant à la fonction de lier et de délier qui a été donnée à Pierre, il est certain qu’elle a été également attribuée au collège des Apôtres uni à son Chef » (LG 22). Cette fonction pastorale de Pierre et des autres Apôtres appartient aux fondements de l’Église. Elle est poursuivie par les évêques sous la primauté du Pape.

On peut voir comment, dès le début, l’objection protestante commence du mauvais pied, car on ne voit pas comment il pourrait être vrai que l’Église catholique ne se conforme pas à ce qu’elle définit elle-même — à savoir, éviter d’interpréter l’Écriture hors du consensus des Pères — alors que son propre Catéchisme officiel reconnaît également comme interprétation valable que c’est sur la confession de foi que le Christ édifie son Église.

Il n’y aurait donc rien d’étonnant à ce que, à l’instar du Catéchisme, les Pères de l’Église fassent usage des deux interprétations. Certes, l’Église est édifiée sur la foi au Christ, Fils du Dieu vivant, mais il est également vrai que Pierre fut choisi pour être à la tête du Collège apostolique, en vertu de cette foi ; les deux réalités sont vraies et ne s’excluent nullement l’une l’autre. Comme on le verra ci-après, lorsqu’un Père de l’Église fait usage de l’une des interprétations de Matthieu 16, 18, il n’exclut pas nécessairement l’autre. Nous verrons aussi combien son exégèse s’écarte à mille lieues de la position protestante actuelle (qui rejette généralement avec force Pierre en tant que pierre), et combien eux-mêmes, les saints Pères, considéraient non seulement valables les deux interprétations, mais même complémentaires. Pierre fut appelé Pierre en vertu de sa confession de foi, et c’est en raison de cette même confession qu’il fut institué intendant du Royaume des cieux et chef du Collège apostolique. Nous verrons aussi comment aucun de ces Pères ne rejeta réellement la primauté de Pierre, comme on tente aujourd’hui de le leur faire endosser.

Et les Conciles œcuméniques ?

Avant d’en venir aux Pères cités, je veux signaler une chose que l’article en question passe sous silence : en plein concile œcuménique d’Éphèse eut lieu une solennelle proclamation de la primauté pétrinienne, qui appelait Pierre prince et chef des Apôtres, colonne de la foi et fondement de l’Église catholique, tout en reconnaissant l’évêque de Rome comme son successeur.

« Personne ne doute, bien plus, il a été connu de tous les siècles, que le saint et bienheureux Pierre, prince et chef des Apôtres, colonne de la foi et fondement de l’Église catholique, a reçu les clefs du Royaume des mains de notre Seigneur Jésus-Christ, Sauveur et Rédempteur du genre humain, et qu’à lui a été donné le pouvoir de lier et de délier les péchés ; et que lui-même, dans ses successeurs, vit et juge jusqu’à présent et toujours. »[1]

La même chose s’est produite au concile œcuménique de Chalcédoine, où environ 520 évêques étaient réunis — presque tous orientaux ; hormis les légats du Pape et deux évêques africains, il n’y avait pratiquement aucun Occidental :

« Telle est la foi des Pères ! Telle est la foi des Apôtres ! Nous devons la croire ! Anathème à quiconque ne la croit pas ! Pierre nous a parlé par la bouche de Léon… Telle est la véritable foi. »[2]

« Car le très saint et bienheureux Léon, archevêque de la grande et antique Rome, par nos bouches et par le présent très saint Synode, conjointement avec le trois fois bienheureux et tout-glorieux Pierre, l’Apôtre qui est le rocher et le fondement de l’Église catholique, ainsi que le fondement de la foi orthodoxe. »[3]

On ne comprend tout simplement pas comment il serait possible que les Pères aient rejeté l’interprétation selon laquelle Pierre est la pierre sur laquelle est édifiée l’Église en Matthieu 16, 18, alors que cette interprétation fut précisément proclamée dans deux conciles œcuméniques remplis de Pères de l’Église et d’évêques venus de toutes les régions chrétiennes. N’est-il pas curieux, si cette interprétation avait été rejetée par le consensus des Pères, que pas un seul n’eût soufflé mot ?

Et les Pères de l’Église ?

Parcourons à présent les opinions des écrivains ecclésiastiques et des Pères de l’Église là où ils s’arrêtent pour analyser Matthieu 16, 18-19 :

Tertullien (160 – 220 apr. J.-C.)

« Si, parce que le Seigneur a dit à Pierre : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église », « je te donnerai les clefs du Royaume des cieux », ou encore : « tout ce que tu auras lié ou délié sur la terre sera lié ou délié dans les cieux », tu supposes de ce fait que le pouvoir de lier et de délier s’est transmis à toi, c’est-à-dire à toute Église semblable à Pierre, quelle espèce d’homme es-tu donc, qui renverses et changes entièrement l’intention manifeste du Seigneur, qui conféra (comme le voulait cette intention) ce pouvoir à Pierre personnellement ? « Sur toi, dit-il, je bâtirai mon Église » ; et « Je te donnerai les clefs » — à toi, non à l’Église ; et « ce que tu auras délié ou lié », non ce qu’« ils auront délié ou lié ». Car ainsi l’enseigne le résultat avec cela même. En (Pierre) lui-même l’Église fut édifiée ; c’est-à-dire, par (Pierre) lui-même ; lui-même a éprouvé la clef ; tu vois laquelle : « Hommes d’Israël, que mes paroles pénètrent dans vos oreilles : Jésus de Nazareth, homme que Dieu a destiné pour vous », et ce qui suit. (Pierre) lui-même, par conséquent, fut le premier à ouvrir, dans le baptême du Christ, l’entrée du Royaume des cieux, dans lequel sont déliés les péchés qui étaient auparavant liés ; et ceux qui n’ont pas été déliés sont liés, selon le vrai salut… »[4]

« De nouveau, Il change le nom de Simon en PierreMais pourquoi Pierre ? Si c’était à cause de la vigueur de sa foi, il y avait bien des matières solides qui auraient pu prêter leur nom à cause de leur force. Était-ce parce que le Christ était à la fois rocher et pierre ? Car nous lisons qu’Il fut posé « en pierre d’achoppement et en rocher de scandale ». »[5]

Avant d’analyser les textes de Tertullien, il est nécessaire de préciser que cet écrivain ecclésiastique, s’il fut d’abord très lu dans l’Église catholique, finit par embrasser l’hérésie montaniste.

C’est pourquoi l’on peut classer ses écrits en deux étapes : prémontanistes (œuvres qu’il composa durant sa période catholique) et postmontanistes (lorsqu’il avait déjà embrassé le montanisme, puis, finalement, les abandonna pour fonder sa propre secte : les tertullianistes).

Dans les textes prémontanistes sur la primauté, il y a une acceptation implicite, de la part de Tertullien, de la prééminence de l’Église de Rome. Dans le De praescriptione haereticorum (Prescriptions contre toutes les hérésies) il affirme que dans l’Église de Rome « nous est proche l’autorité » et mentionne le martyre de saint Pierre et de saint Paul en ce lieu.

« Mais si tu te trouves près de l’Italie, tu as Rome, d’où, pour nous aussi, nous est proche l’autorité. Qu’heureuse est cette Église à laquelle les Apôtres ont donné, avec leur sang, toute la doctrine ; où Pierre est égalé à la Passion du Seigneur ; où Paul est couronné de la mort de Jean [Baptiste] ; où l’apôtre Jean, après avoir été plongé dans l’huile bouillante sans en subir aucun dommage, est relégué dans une île. »[6]

Dans le même traité où il tente de démontrer aux hérétiques que le Seigneur n’a rien caché à la connaissance des Apôtres, il prend pour exemple Pierre et Jean ; mais de Pierre il dit qu’il est la pierre sur laquelle l’Église devait être édifiée, qu’il obtint les clefs du Royaume des Cieux et le pouvoir de lier et de délier. De Jean, il fait seulement référence en tant que disciple bien-aimé.

« Qui donc, ayant l’esprit sain, peut croire qu’aient ignoré quoi que ce soit ceux que le Seigneur donna pour maîtres, les gardant inséparablement en sa suite, dans son discipulat, dans sa vie commune, à qui il exposait à part toutes les choses obscures, leur disant que c’est à eux qu’il était donné de connaître ces mystères qu’il n’était pas permis au peuple de comprendre ?

Quelque chose a-t-il été caché à Pierre, qui fut appelé pierre de l’Église qui allait être édifiée, qui obtint les clefs du Royaume des Cieux et le pouvoir de lier et de délier dans les cieux et sur la terre ? »[7]

Jusqu’ici, si les protestants prétendent présenter Tertullien comme un opposant à l’interprétation qui reconnaît en Pierre la pierre de Matthieu 16, 18, ils se trouvent devant de sérieuses difficultés, car il n’a pas seulement refusé de rejeter cette interprétation : il en a lui-même fait usage.

Or, lorsque Tertullien embrasse le montanisme, il rejette que le pouvoir conféré à Pierre en vertu de ses clefs ait été reçu par ses successeurs, et il nie aussi que les évêques en communion avec lui puissent l’exercer, contredisant ce qu’il avait lui-même établi dans le De paenitentia (De la pénitence). Il dit en termes catégoriques dans le De pudicitia (De la pudeur) :

« Si, parce que le Seigneur a dit à Pierre : “Je bâtirai mon Église sur cette pierre ; je t’ai donné les clefs du Royaume des Cieux”, ou encore : “Tout ce que tu auras lié ou délié sur la terre sera lié ou délié dans le ciel”, tu présumes que le pouvoir de lier et de délier s’est transmis jusqu’à toi, c’est-à-dire à toute l’Église en communion avec Pierre, quelle espèce d’homme es-tu ? Tu oses pervertir et changer entièrement l’intention manifeste du Seigneur, qui n’a conféré ce privilège qu’à la personne de Pierre. “Sur toi je bâtirai mon Église”, lui dit-Il ; “à toi je donnerai les clefs”, non à l’Église. “Tout ce que tu auras lié ou délié”, etc. Et non : tout ce qu’ils auront lié ou délié… Par conséquent, le pouvoir de lier et de délier, accordé à Pierre, n’a rien à voir avec la rémission des péchés capitaux commis par les fidèles… Ce pouvoir, en effet, suivant la personne de Pierre, ne devait appartenir qu’aux hommes spirituels, qu’ils fussent apôtres ou prophètes. »[8]

En peu de mots : dans ce texte, Tertullien n’a pas rejeté l’idée que Pierre fût la pierre ; au contraire, il est allé jusqu’à affirmer que lui seul l’était, et que l’office de Pierre était exclusif et intransmissible, en sorte que même devenu hérétique, Tertullien n’offre aucun appui à l’argument protestant.

Mieux encore : le texte en question, écrit par un Tertullien devenu hostile, est très révélateur, car il rend manifeste qu’il faisait face à un évêque qui utilisait Matthieu 16, 18-19 pour affirmer que les Églises en communion avec Pierre avaient l’autorité de pardonner les péchés, y compris les plus graves — et cela en pleine époque de Tertullien ! Une telle interprétation ne devait pas être tellement impopulaire à ce moment-là, puisque non seulement Tertullien lui-même l’avait utilisée durant sa période catholique, mais qu’en quittant l’Église il se trouve confronté à un évêque qui l’employait contre lui.

Origène (185 – 254 apr. J.-C.)

« Et si nous aussi nous avons dit comme Pierre : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant” — non comme si la chair et le sang nous l’avaient révélé, mais parce que la lumière du Père qui est dans les cieux a resplendi en notre cœur —, nous devenons un Pierre, et à nous aussi le Verbe pourrait dire : “Tu es Pierre”, etc. Car est une pierre tout disciple du Christ, de qui burent ceux qui ont bu du rocher spirituel qui les suivait, et sur chaque pierre de la sorte est édifiée toute la parole de l’Église et la constitution qui lui correspond ; car en chacun des parfaits, qui possèdent la combinaison de paroles, d’actes et de pensées qui remplissent la béatitude, l’Église est édifiée par Dieu. »[9]

« La promesse donnée à Pierre ne lui est pas restreinte, mais elle est applicable à tous les disciples à son exemple. Mais si tu supposes que sur ce seul Pierre toute l’Église est édifiée par Dieu, que diras-tu de Jean le fils du tonnerre, ou de chacun des Apôtres ? Oserons-nous, autrement, dire que contre Pierre en particulier les Portes de l’Hadès ne prévaudront point, mais qu’elles prévaudront contre les autres Apôtres et contre les parfaits ? La parole précédente, « les Portes de l’Hadès ne prévaudront point contre elle », ne tient-elle pas à l’égard de tous, et dans le cas de chacun d’entre eux ? Et de même la parole : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église » ? Les clefs du Royaume des Cieux ont-elles été données par le Seigneur à Pierre seul, aucun autre des bienheureux ne devant les recevoir ? Or, si cette promesse : « Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux » est commune aux autres, comment ne le seraient pas aussi toutes les paroles qui la précèdent et celles qui sont subordonnées comme ayant été adressées à Pierre — ne doivent-elles pas être communes à eux ? Car en cet endroit, ces paroles paraissent avoir été adressées à Pierre seul… Mais dans l’Évangile de Jean, le Sauveur, ayant donné aux disciples le Saint-Esprit en soufflant sur eux, dit : « Recevez le Saint-Esprit »…

« “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant”. Et si quelqu’un lui adresse cette parole… il obtiendra les choses qui furent dites selon la lettre de l’Évangile à ce Pierre, mais aussi, comme l’enseigne l’esprit de l’Évangile, quiconque devient tel qu’était Pierre. Car ils portent le surnom de “pierre”, tous ceux qui sont imitateurs du Christ, c’est-à-dire du rocher spirituel qui suivait ceux qui étaient sauvés, afin qu’ils puissent en boire dans la sécheresse spirituelle. Mais ceux-là portent le surnom de la pierre comme le porte le Christ. Mais aussi, en tant que membres du Christ qui tirent leur surnom de Lui, ils sont appelés chrétiens ; et, de la pierre, Pierres.

Et de même, concernant Ses autres noms, tu les appliqueras à titre de surnom aux saints ; et à tous de cette sorte l’on peut dire la déclaration de Jésus : « Tu es Pierre », etc., jusqu’aux paroles [ne] « prévaudront point contre elle ». Mais qu’est-ce que le « elle » ? Est-ce la pierre sur laquelle le Christ édifie l’Église, ou est-ce l’Église elle-même ? Car la phrase est ambiguë. Ou bien est-ce comme si la pierre et l’Église étaient une seule et même chose ? Je crois que cela est vrai ; car ni contre la pierre sur laquelle le Christ édifie l’Église, ni contre l’Église, les Portes de l’Hadès ne prévaudront… »[10]

La première chose qui saute aux yeux, c’est qu’ici Origène ne s’oppose pas à l’interprétation qui reconnaît Pierre comme la pierre, ainsi que le soutient l’argument protestant. Au contraire, Origène voit dans la métaphore qui compare l’Église à un édifice spirituel une construction dont les pierres sont les « croyants » (les personnes), sur lesquelles le Christ édifie peu à peu l’Église. Pour Origène, Pierre est la première pierre, et nous sommes aussi des pierres qui composent l’édifice spirituel qu’est l’Église.

En peu de mots : tandis que la position protestante nie que Pierre fut appelé Pierre, Origène va à l’autre extrême et soutient que tous les chrétiens peuvent également être des « pierres » avec lesquelles l’Église est bâtie.

Or, est-ce un rejet de la primauté de Pierre que l’interprétation d’Origène, lorsqu’il dit que quiconque confesse le Christ comme Fils de Dieu devient un autre Pierre ? Il faut d’abord comprendre que cette manière de s’exprimer est tout à fait habituelle dans le langage métaphorique et allégorique d’Origène, qui lui valut bien des inimitiés et déboucha plus tard sur la controverse origéniste. Beaucoup ne le comprirent tout simplement pas, comme certains ne comprendraient peut-être pas aujourd’hui un prédicateur qui dirait que « chaque chrétien est un autre Christ ».

La difficulté consiste en ce que les protestants voient dans ces textes un appui à leur modèle d’Église invisible. Dans cette vision d’une Église purement invisible, il n’y aurait ni succession apostolique, ni Église visiblement organisée, avec autorité pour enseigner, corriger et excommunier : chaque croyant serait, en pratique, le juge ultime de sa propre doctrine, puisque, en fin de compte, un « Pierre » n’aurait aucune autorité sur un autre « Pierre », dès lors que tous deux confessent le Christ comme Fils de Dieu. Et remarquons l’incohérence : les communautés protestantes historiques qui conservent un gouvernement et une discipline ecclésiastiques (anglicanes, luthériennes, réformées) le font en empruntant un principe d’autorité visible que leur propre théorie de l’« Église invisible » leur refuse.

Essayer d’inscrire ces idées dans la pensée d’Origène est un anachronisme. Origène voit l’Église comme la cité de Dieu sur la terre, hors de laquelle il ne peut y avoir de salut[11]. Les laïcs doivent soumission à leurs presbytres et doivent même, en confessant leurs péchés, se soumettre au jugement du presbytre sur l’opportunité d’une confession publique[12]. Il critique durement ceux qui s’arrogent le pouvoir de pardonner les péchés, lequel fut concédé aux prêtres[13] ; jamais il ne rejette la succession apostolique, dont il affirme qu’elle est ce qui sauvegarde la tradition, si bien qu’il déclare : « Comme l’enseignement ecclésiastique, transmis en succession ordonnée depuis les Apôtres, se conserve et perdure dans les Églises jusqu’à présent, on ne doit recevoir comme article de foi que les vérités qui ne s’écartent en rien de la tradition ecclésiastique et apostolique. »[14]

Il est important de signaler qu’il existe d’autres textes d’Origène, fréquemment omis par les protestants, où il reconnaît bel et bien Pierre comme la pierre de Matthieu 16, 18 :

« Et Pierre, sur qui l’Église est édifiée, contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront point… »[15]

« Sur lui (Pierre), sur la terre, l’Église fut fondée. »[16]

« Mais qui est assez heureux pour être exempt du poids des tentations, au point qu’aucune pensée de doute ne surprenne son âme ? Vois ce que le Seigneur dit au grand fondement de l’Église, à cette pierre très solide sur laquelle le Christ a fondé l’Église : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » »[17]

« Pierre fut appelé Roc par le Seigneur, lorsqu’Il lui dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » »[18]

Ces textes montrent qu’Origène faisait aussi usage de l’interprétation selon laquelle Pierre est la pierre de Matthieu 16, 18 ; de sorte que, si Origène est cité comme un opposant à cette interprétation, l’argument protestant échoue une fois de plus.

Cyprien de Carthage (200 – 258 apr. J.-C.)

« Notre Seigneur, dont nous devons observer les préceptes et les avertissements, en décrivant l’honneur d’un évêque et l’ordre de son Église, parle dans l’Évangile et dit à Pierre : « Je te le dis, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » De là, à travers les changements des temps et des successions, l’ordonnance des évêques et le plan de l’Église vont de l’avant ; en sorte que l’Église est fondée sur les évêques, et que chaque acte de l’Église est gouverné par ces mêmes chefs. »[19]

« Et le Seigneur aussi, dans l’Évangile, lorsque les disciples l’abandonnèrent tandis qu’Il parlait, se tournant vers les Douze, dit : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » ; alors Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ; et nous croyons et savons que tu es le Fils du Dieu vivant. » Ici parle Pierre, sur qui l’Église devait être bâtie, enseignant et montrant au nom de l’Église que, même si une multitude rebelle et arrogante de ceux qui ne veulent ni écouter ni obéir peut s’en éloigner, l’Église, elle, ne se séparera pas du Christ ; et ceux-là sont l’Église qui forment un peuple uni au prêtre, et le troupeau qui adhère à son pasteur. »[20]

« Le Seigneur parle à saint Pierre et lui dit : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle… » Et bien qu’Il confère à tous les Apôtres une égale puissance après sa Résurrection en leur disant : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Recevez le Saint-Esprit. Si vous remettez à quelqu’un ses péchés, ils lui seront remis ; si vous les retenez à quelqu’un, ils lui seront retenus », néanmoins, pour manifester l’unité, Il établit une chaire et, par son autorité, disposa que l’origine de cette unité commençât par un seul. Certes, les autres Apôtres étaient la même chose que Pierre, ornés d’une égale participation à l’honneur et à la puissance ; mais le principe procède de l’unité. À Pierre la primauté est donnée, afin qu’il soit manifeste qu’une est l’Église du Christ… Celui qui n’a pas cette unité de l’Église croit-il avoir la foi ?… Celui qui s’oppose et résiste à l’Église a-t-il l’assurance de se trouver au sein de l’Église ?… L’épiscopat est un, et chacun en possède une part in solidum. L’Église aussi est une, elle qui s’étend avec sa prodigieuse fécondité dans la multitude, de même que les rayons du soleil sont nombreux, mais unique le soleil ; nombreux les rameaux d’un arbre, mais unique le tronc, fondé sur une ferme racine ; et lorsque plusieurs ruisseaux proviennent d’une même source, quoique leur nombre ait augmenté par l’abondance des eaux, l’unité de leur origine se conserve. Sépare un rayon du corps du soleil : l’unité n’admet pas la division de la lumière ; coupe un rameau de l’arbre : ce rameau ne pourra plus verdoyer ; interromps la communication du ruisseau avec la source : il se tarira. Ainsi l’Église, illuminée par la lumière du Seigneur, étend ses rayons par tout l’univers ; mais une seule est la lumière qui se répand partout, sans que l’unité du corps soit divisée ; elle étend, par sa fécondité et sa vigueur, ses rameaux sur toute la terre, elle déploie au loin ses abondants ruisseaux ; mais une seule est la tête, une seule l’origine, et une seule la Mère, abondante en fruits de fécondité. De son sein nous naissons, de son lait nous sommes nourris, et de son esprit nous sommes animés. »[21]

Ici, selon les textes patristiques mêmes cités dans l’apologie protestante, nous voyons Cyprien se référer à Pierre comme à la pierre sur laquelle l’Église est édifiée ; de sorte que ce texte ne sert pas le propos initial, qui était de prouver que les Pères de l’Église s’opposaient à reconnaître en Pierre la pierre. D’autres textes de la même veine :

« Pierre, sur qui l’Église a été édifiée par le Seigneur lui-même, un seul parlant pour tous et répondant par la voix de l’Église en disant : « Seigneur, à qui irions-nous ? » »[22]

Autre chose qu’il importe de remarquer : Cyprien reconnaît explicitement qu’à Pierre est donnée la primauté. On peut discuter la manière dont il concevait cette primauté (d’honneur, de juridiction…), mais jamais affirmer qu’il l’ait rejetée — d’autant moins que ce sont les propres paroles de Cyprien qui la reconnaissent.

Il est important de comprendre qu’il y EUT un changement significatif dans la position de Cyprien quant à sa manière de concevoir et d’interpréter la primauté de l’évêque de Rome, à la suite de son conflit avec le pape Étienne. Jamais il ne la nia, mais il en nia le caractère juridictionnel, qu’auparavant, quoique discrètement, il reconnaissait — comme on le verra plus loin.

Avant ce conflit, Cyprien était bien plus explicite à reconnaître la primauté papale, au point que l’on ne pouvait appartenir à l’Église si l’on perdait la communion avec la Chaire de Pierre. Cyprien écrit ainsi au sujet de Novatien, qui s’était révolté contre Corneille (le Pape) :

« …L’Église est une, et, de même qu’elle est une, l’on ne saurait être tout à la fois dans l’Église et hors de l’Église. Car si l’Église est avec la doctrine du (hérétique) Novatien, alors elle est contre (le Pape) Corneille. Mais si l’Église est avec Corneille, qui succéda dans sa charge à l’évêque (de Rome) Fabien par une ordination légitime, et auquel le Seigneur, outre l’honneur du sacerdoce, accorda l’honneur du martyre, alors Novatien est hors de l’Église ; il ne peut même pas être considéré comme évêque, puisqu’il ne succéda à personne et que, méprisant la tradition évangélique et apostolique, il s’est dressé de son propre chef. Car nous savons bien que celui qui n’a pas été ordonné dans l’Église n’appartient d’aucune manière à l’Église. »[23]

À cette époque, l’exercice de la primauté romaine se faisait principalement comme une cour d’appels, et Cyprien commence à voir avec déplaisir que les hérétiques s’empressent d’en appeler au Pape chaque fois qu’ils ne veulent pas se soumettre à son autorité d’évêque. C’est alors qu’il écrit en se plaignant que les hérétiques osent porter leur cause « à la chaire de Pierre, à l’Église principale d’où a jailli l’unité du sacerdoce » :

« Ils ne se contentèrent pas de se séparer de l’Évangile, d’arracher aux hérétiques l’espérance du pardon et de la pénitence, de soustraire à tout sentiment et à tout fruit de pénitence ceux qui étaient pris dans des vols, souillés d’adultères ou contaminés par le funeste contact des sacrifices, de sorte que ceux-ci ne prient plus Dieu ni ne confessent leurs péchés dans l’Église ; ils ne se contentèrent pas de constituer, hors de l’Église et contre l’Église, un conciliabule de faction corrompue, où puisse se réfugier la cohorte de ceux qui, ayant mauvaise conscience, ne veulent ni prier Dieu ni faire pénitence. Après tout cela, s’étant encore donné un faux évêque, création des hérétiques, ils ont eu l’audace de prendre la mer et de porter, au nom des schismatiques et des profanes, des lettres à la chaire de Pierre, à l’Église principale d’où a jailli l’unité du sacerdoce; et ils n’ont même pas songé à ce que ce sont précisément ces Romains dont l’Apôtre loua la foi lorsqu’il leur prêcha, à qui la perfidie ne devrait trouver aucun accès. Pourquoi sont-ils allés là annoncer qu’un pseudo-évêque avait été établi contre les évêques ? Car, ou bien ils sont satisfaits de ce qu’ils ont fait et ils persévèrent dans leur crime, ou bien ils se repentent et se rétractent, et alors ils savent où il faut revenir. Car il a été établi par nous tous qu’il est à la fois raisonnable et juste que la cause de chacun soit traitée là où le crime a été commis, et que chaque pasteur ait affectée une portion du troupeau qu’il doit régir et gouverner, rendant compte de ses actes au Seigneur. Par conséquent, ceux qui nous sont soumis ne doivent pas errer deçà delà, ni lacérer, par leur audace rusée et trompeuse, la cohérente concorde des évêques, mais défendre leur cause là où peuvent se trouver les accusateurs et les témoins de leur crime. À moins qu’on ne juge trop petite l’autorité des évêques établis en Afrique, pour ces quelques désespérés et pervers. »[24]

Lorsque les divergences éclatent enfin entre le Pape et Cyprien à propos du baptême des hérétiques, celui-ci s’obstine et rejette la juridiction du Pape sur les affaires de sa propre Église (événement qui faillit dégénérer en schisme).

Or, des érudits tels que M. Bévenot, que Quasten tient pour exact, commentent qu’il existe des preuves démontrant que Cyprien reconnaissait devoir porter au Pontife les affaires de plus grande importance.

Un exemple nous en est donné par la réaction de Cyprien à l’enquête du pape Corneille au sujet de Fortunat, le pseudo-évêque érigé par les schismatiques à Carthage — affaire que Cyprien n’avait pas communiquée au préalable à Rome. Dans sa réponse, le prélat africain reconnaît son devoir de porter au Pontife toutes les affaires de plus grande importance et lui écrit en s’excusant :

« Je ne t’ai pas écrit immédiatement, frère très cher, parce qu’il ne s’agissait pas d’une affaire si importante et si grave qu’elle demandât de t’être communiquée sur-le-champ… Je me fiais à ce que tu connaissais tout cela et j’étais certain que tu t’en souvenais. C’est pourquoi j’ai jugé qu’il n’était pas nécessaire de te communiquer avec tant de promptitude et d’urgence les folies des hérétiques… Et je ne t’ai pas écrit sur tout cela parce que, pour le reste, nous méprisons toutes ces choses, et, il y a peu, je t’ai envoyé les noms des évêques d’ici qui sont à la tête des frères et qui n’ont pas été contaminés par l’hérésie. Ce fut l’avis unanime de tous ceux de cette région que je t’envoyasse ces noms. »[25]

Cette lettre est assez significative : s’il n’avait pas reconnu la primauté de l’évêque de Rome, on ne comprendrait pas les excuses pour n’avoir pas averti plus tôt. À toute ingérence du Pape, il eût suffi d’alléguer que c’était affaire de sa propre Église ; cependant, de son propre témoignage, il ressort que l’avis unanime de tous ceux de la région était de tenir informé l’évêque de Rome.

Quelque chose de semblable se produisit au temps de la persécution de Dèce (250). Saint Cyprien se cache, mais il envoie à l’Église de Rome une lettre expliquant les raisons qui le poussèrent à fuir :

« J’ai cru nécessaire de vous écrire cette lettre pour vous rendre compte de ma conduite, de ma conformité avec la discipline et de mon zèle… Car, bien qu’absent de corps, j’ai été présent en esprit… »[26]

Il est manifeste qu’en ce moment il reconnaissait à l’Église de Rome une autorité à qui rendre des comptes ; sinon, une lettre à Rome justifiant sa conduite eût été inutile. Au sujet de ces épîtres, Quasten commente :

« Dans cette réponse, nous ne lisons pas que l’évêque soit responsable devant Dieu seul ; au contraire, en rendant effectivement compte de l’incident, il reconnaît à Corneille le droit d’exiger soumission sur toute « matière d’importance et de gravité suffisantes ». C’est pour la même raison que Cyprien agit exactement de même durant la vacance qui suivit la mort du pape Fabien (250). Lorsque le clergé de la capitale exprima sa désapprobation de ce qu’il se fût caché, Cyprien se justifia en envoyant un rapport sur sa conduite. Bien plus, et surtout, Cyprien fit sienne la position des Romains dans le problème des lapsi. On voit donc qu’il se sent tenu non seulement envers l’évêque de Rome, mais envers le siège lui-même. »[27]

Aphraate le Syrien (? – 350 apr. J.-C.)

« La foi… est comme une construction qui s’élève avec de nombreuses pièces d’artisanat, et son édifice s’élève ainsi jusqu’au sommet. Et sachez, mes bien-aimés, que dans les fondations de l’édifice on pose des pierres, et, reposant ainsi sur des pierres, tout l’édifice s’élève jusqu’à ce qu’il soit achevé. De même, la véritable Pierre, notre Seigneur Jésus-Christ, est le fondement de toute foi. Et c’est sur Lui, sur (cette) Pierre, que repose la foi. Et reposant sur la foi, toute la structure s’élève jusqu’à être achevée. Car c’est le fondement qui constitue le commencement de tout l’édifice. Lorsque quelqu’un est approché de la foi, il est placé par lui sur la Pierre, c’est-à-dire sur notre Seigneur Jésus-Christ. Et son édifice ne peut être secoué par les vagues ni endommagé par les vents. Sous les assauts de la tempête, il ne tombe pas, parce que sa structure est élevée sur le roc de la véritable Pierre. Et si j’ai appelé le Christ la Pierre, je n’ai point parlé selon ma propre pensée : les Prophètes l’ont déjà nommé à l’avance le Rocher.

Et maintenant écoutez ce qui regarde la foi qui est fondée sur la Pierre, et ce qui regarde la structure qui s’élève sur la Pierre… Ainsi aussi, celui qui devient une maison, oui, une demeure pour le Christ, qu’il soit attentif à ce qu’exige le service du Christ, qui loge en lui, et par quelles choses il peut lui plaire. Car d’abord il édifie sa construction sur la Pierre, qui est le Christ. Sur Lui, sur la pierre, est édifiée la foi… Toutes ces choses sont requises par la foi qui est fondée sur le roc de la véritable Pierre, c’est-à-dire le Christ. Et si d’aventure tu disais : « Si le Christ est posé comme fondement, comment se fait-il que le Christ habite aussi dans l’édifice lorsque celui-ci est achevé ? » — le bienheureux Apôtre a dit les deux choses. Car il a dit : « Comme un sage architecte, j’ai posé le fondement. » Et là il a défini le fondement et l’a rendu clair, car il a poursuivi : « Nul ne peut poser un autre fondement que celui qui s’y trouve posé, qui est Jésus Christ »… Et c’est pour cela que s’accomplit cette parole : que le Christ habite dans les hommes, c’est-à-dire en ceux qui croient en Lui, et qu’Il est le fondement sur lequel s’élève tout l’édifice. »[28]

Voici un exemple de la manière dont on peut mal interpréter un texte qui ne nie nullement la primauté pétrinienne, pour endosser à Aphraate un rejet qui n’a jamais existé. On observe ici comment, pour la mentalité protestante, tout texte qui parle de notre foi devant reposer sur le Christ exclurait en quelque manière la reconnaissance d’une autorité visible conférée par le Christ lui-même et exercée par le moyen de la primauté pétrinienne.

Qu’Aphraate se réfère au Christ comme au rocher dans ce genre de métaphore ne signifie nullement qu’il nie que Pierre soit le rocher de Matthieu 16, 18 ; après tout, les éléments métaphoriques ne sont pas tenus de garder le même sens d’une métaphore à l’autre.

Il est certain qu’Aphraate est encore un Père de l’Église qui fait usage des DEUX interprétations selon le contexte et la prédication. Dans ses propres Démonstrations, il invite à imiter Simon, qu’il appelle chef des disciples et fondement et rocher de l’Église.

« le chef des disciples… Le Seigneur l’accepta et l’établit comme fondement, l’appelant rocher et structure de l’Église. »[29]

D’autres textes de même veine :

« Jésus, notre Sauveur, a appelé Simon le roc ferme, et l’a placé comme un témoin fidèle parmi les nations. »[30]

Ailleurs, il donne la prééminence à Pierre sur Jacques et Jean, appelant Pierre fondement de l’Église, et Jacques et Jean piliers.

« Simon Képhas est le fondement de l’Église… Jacques et Jean, fermes piliers de l’Église. »[31]

« David… le chef des rois d’Israël, confessa son iniquité et fut pardonné ; Simon, lui aussi, le chef des disciples… lorsqu’il se repentit… notre Seigneur le reçut et le fit fondation, et l’appela Képhas, l’édifice de son Église. »[32]

Il est opportun de mentionner un autre illustre Père de la même région, connu sous le nom d’Éphrem le Syrien (306-373), qui voit lui aussi en Pierre la Pierre sur laquelle l’Église est édifiée :

« Simon, mon disciple, je t’ai établi fondement de la sainte Église. Je t’ai appelé Pierre, parce que tu supporteras toutes les constructions. Tu es l’inspecteur de ceux qui bâtiront pour moi l’Église sur la terre.

« Il était le prince des Apôtres ; il avait reçu les clefs et avait été institué pasteur du troupeau. »[33]

« S’ils désirent bâtir quelque chose de faux, toi, le fondement, tu les condamneras. Tu es la tête de la source d’où découle mon enseignement ; tu es le chef des disciples. À travers toi, je donnerai à boire à toutes les nations… Je t’ai choisi pour être le premier-né dans mon institution… Je t’ai donné les clefs de mon royaume et l’autorité sur tous mes trésors. »[34]

« …Pierre, la langue des disciples, la voix des prédicateurs, les yeux des Apôtres, gardien du ciel, premier-né de ceux qui ont les clefs. »[35]

Les « Démonstrations » attribuées à Jacques de Nisibe (? – 338 apr. J.-C.)

« La foi est composée et compactée de beaucoup de choses. Elle est comme un édifice, car elle est bâtie et achevée au moyen d’une grande espérance. Tu n’ignores pas que l’on pose de grandes pierres dans les fondations d’un édifice, puis tout ce qui est bâti au-dessus a ses pierres unies les unes aux autres, et ainsi s’élève jusqu’à l’achèvement de l’œuvre. Ainsi, de toute notre foi, notre Seigneur Jésus-Christ est le ferme et véritable fondement ; et c’est sur ce rocher qu’est établie notre foi. Par conséquent, lorsqu’un homme est venu à la foi, il est posé sur un roc ferme, qui est notre Seigneur Jésus-Christ. Et, en appelant le Christ un rocher, je ne dis rien de moi-même : les Prophètes l’avaient déjà nommé un rocher. »[36]

Voici encore un texte qui s’harmonise avec la doctrine catholique, et que les protestants présentent comme s’il lui était contraire — cette fois sous le nom de Jacques de Nisibe. Il convient de préciser que la critique patristique a établi que les « Démonstrations » qui circulèrent sous ce nom appartiennent en réalité à Aphraate le Syrien — le même Père que nous venons d’examiner —, de sorte qu’il ne s’agit pas d’un second témoignage indépendant. Quoi qu’il en soit, ce que les protestants omettent est que l’auteur lui-même affirme que c’est Pierre qui fut appelé Roc en vertu de sa foi :

« Simon, qui fut appelé roc, fut à bon droit appelé roc à cause de sa foi. »[37]

L’auteur reconnaît également Pierre comme chef des Apôtres, et l’appelle explicitement le fondement et le roc de l’édifice de l’Église :

« Et Simon, le chef des Apôtres, celui qui nia le Christ, disant ne l’avoir point vu, maudissant et jurant qu’il ne le connaissait pas — dès l’instant où il offrit à Dieu contrition et pénitence, et lava ses péchés dans les larmes de sa douleur —, notre Seigneur le reçut et l’établit fondement, et l’appela le roc de l’édifice de l’Église. »[38]

Ambrosiaster (366-384 apr. J.-C.)

« Paul écrit sur les ordres ecclésiastiques ; il traite ici des fondements de l’Église. Les Prophètes préparèrent, les Apôtres établirent les fondements. C’est pourquoi le Seigneur dit à Pierre : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église », c’est-à-dire que sur la confession de foi catholique j’établirai dans la vie les fidèles. »[39]

Ici encore se produit la même chose. Lorsque les protestants font usage de cette citation, ils oublient de mentionner qu’Ambrosiaster reconnaissait Pierre comme le premier des Apôtres et celui à qui le Seigneur donna les clefs :

« Le premier des Apôtres, à qui le Seigneur donna les clefs du Royaume des Cieux. »[40]

« …tous ont été compris dans Pierre, parce qu’il fut établi leur chef. »[41]

Dans le texte suivant, Ambrosiaster déclare la primauté juridictionnelle de Pierre sur les Églises :

« Il est juste, en effet, qu’il [Paul] fût anxieux de voir Pierre, parce qu’il fut le premier des Apôtres, et qu’il fut chargé par le Sauveur du soin des églises. »[42]

Il se réfère aussi au pape Damase comme à celui qui gouverne l’Église :

« Considérant que le monde entier est de Dieu, l’Église, cependant, est dite Sa maison, laquelle Damase, au jour d’aujourd’hui, gouverne. »[43]

Eusèbe de Césarée (263 – 340 apr. J.-C.)

« Tu ne t’écarteras nullement du domaine de la vérité si tu supposes que « le monde » est en réalité l’Église de Dieu, et que son « fondement » est au premier chef ce rocher indiciblement solide sur lequel elle est fondée, comme le dit l’Écriture : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle » ; et ailleurs : « Or le rocher, c’était le Christ. » Car, comme l’indique l’Apôtre par ces paroles : « Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui s’y trouve, Jésus-Christ. » Alors aussi, après le Sauveur lui-même, tu peux à bon droit estimer que les fondements de l’Église sont les paroles des Prophètes et des Apôtres, selon l’affirmation de l’Apôtre : « Édifiée sur le fondement des Apôtres et des Prophètes, le Christ Jésus lui-même étant la pierre d’angle. » »[44]

Eusèbe était un autre de ces Pères qui usaient des deux interprétations de Matthieu 16, 18 selon le contexte de la prédication. Dans son œuvre la plus célèbre (Histoire ecclésiastique), il affirme, citant Origène, que l’Église fut construite sur Pierre :

« Et Pierre, sur qui l’Église du Christ est bâtie, contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront point. »[45]

L’historien mentionne en plusieurs endroits le séjour et la prédication de Pierre à Rome[46] ; il appelle aussi Pierre guide des autres Apôtres et capitaine de Dieu :

« …une Providence pleine de grâce envoya à Rome le grand et puissant Pierre, choisi pour ses mérites comme guide des autres Apôtres. Comme un noble capitaine de Dieu, il proclamait l’Évangile de la lumière et la Parole qui sauve les âmes. »[47]

« Il [le Christ] devint étranger à ses frères au moment de sa Passion, lorsque tous ses disciples l’abandonnèrent, et que le chef des Apôtres, Pierre, le renia trois fois. »[48]

Il reconnaît aussi les évêques de Rome comme successeurs de Pierre. Dans son livre III, en 1-2, il mentionne comment Lin succéda à Pierre comme évêque de Rome ; il fait de même en III, 21. Importante aussi est la notice qu’il fait d’Origène, dans son commentaire sur la Genèse, touchant la mort de Pierre à Rome.

« …Ils prétendent que tous leurs prédécesseurs, et les Apôtres eux-mêmes, enseignèrent comme eux, et que le véritable enseignement fut préservé jusqu’à l’époque de Victor, le treizième évêque de Rome après Pierre… »[49]

Hilaire de Poitiers (315 – 367 apr. J.-C.)

« Une croyance selon laquelle le Fils de Dieu ne serait Fils que de nom, et non par nature, n’est pas la foi des Évangiles ni des Apôtres… C’est pourquoi je demande : est-ce donc que le bienheureux Simon fils de Jonas lui confessa : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ? … Si Il était Fils par adoption, où reposerait la bénédiction de la confession de Pierre, qui a rendu au Fils un tribut auquel, dans ce cas, il n’aurait pas eu plus de droit qu’aucun autre membre de la communauté des saints ? La foi de l’Apôtre a pénétré dans une région fermée au raisonnement humain… Et c’est là le roc de la confession sur lequel l’Église est édifiée… à savoir que le Christ ne doit pas être seulement nommé, mais cru, comme Fils de Dieu. »[50]

« Cette foi est celle qui est le fondement de l’Église ; par cette foi les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre elle. Telle est la foi qui a les clefs du Royaume des Cieux. Tout ce que cette foi aura délié ou lié sur la terre sera délié ou lié dans le ciel… La raison même pour laquelle il est béni, c’est qu’il a confessé le Fils de Dieu. Voilà la révélation du Père ; voilà le fondement de l’Église ; voilà la garantie de sa permanence. De là qu’elle a les clefs du Royaume des Cieux ; de là le jugement dans le ciel et le jugement sur la terre… »[51]

« Ainsi notre seul inébranlable fondement, notre seul bienheureux rocher de foi, est la confession sortie de la bouche de Pierre : « Tu es le Fils du Dieu vivant. » Sur elle nous pouvons fonder une réponse à toute objection avec laquelle l’esprit pervers ou l’amère trahison voudraient attaquer la vérité. »[52]

Il est habituel de trouver les apologètes protestants citant sélectivement l’œuvre de saint Hilaire sur la Trinité. Mais avant d’analyser ces textes, il est important de comprendre le contexte de l’ouvrage : saint Hilaire n’y parle pas spécifiquement de la primauté de Pierre, il défend la doctrine trinitaire contre les hérétiques ariens. Il n’y nie pas la primauté de Pierre, mais il établit que Pierre fut choisi pour ce ministère en vertu de sa confession de foi. Cela se vérifie dans ce qu’il dit quelques lignes plus loin :

« Celui qui, dans le silence de tous les Apôtres, en reconnaissant, par la révélation du Père, le Fils de Dieu, mérita une gloire sublime qui surpasse toute faiblesse humaine, par la confession de sa foi bienheureuse. »[53]

« …C’est pour cela qu’il a les clefs du Royaume des Cieux ; c’est pour cela que ses jugements terrestres sont célestes. Il apprit, par une révélation, un mystère caché depuis l’éternité ; il exprima la foi ; il annonça la nature divine du Christ ; il le confessa Fils de Dieu. Celui qui nie cela en confessant qu’il est une créature, qu’il lui faille d’abord nier l’apostolat de Pierre, sa foi, sa béatitude, son sacerdoce, son témoignage ; et qu’après tout cela il sache qu’il s’est éloigné du Christ, parce que Pierre mérita toutes ces choses en le confessant comme Fils. »[54]

La force de l’argument de saint Hilaire contre les ariens est de leur faire comprendre que nier le Christ en sa divinité, c’était nier cela même par quoi Pierre mérita d’entendre ces paroles glorieuses et d’être choisi pour son ministère.

Mais ceux qui citent ces textes ne citent jamais d’autres passages (y compris dans la même œuvre) où saint Hilaire affirme que Pierre fut établi comme la pierre-fondement de l’Église, et qui montrent que, pour lui, contrairement à la perspective protestante, les deux interprétations sont complémentaires :

« …et le bienheureux Simon, qui après sa confession soutient l’édifice de l’Église et a reçu les clefs du Royaume des Cieux. »[55]

Le texte anglais traduit par Philip Schaff (protestant) dans The Early Church Fathers, NPNF2-09, dit : « and blessed Simon, who after his confession of the mystery was set to be the foundation-stone of the Church, and received the keys of the kingdom of heaven » — ce qui, traduit, est encore plus clair et explicite : « le bienheureux Simon qui, après la confession du mystère, fut établi comme la pierre-fondement de l’Église et reçut les clefs du Royaume des Cieux ».

D’autres textes où il maintient la même idée :

« Pierre crut le premier, et il est le prince de l’apostolat. »[56]

« La peur fit trembler les Apôtres en raison de la bassesse de la Passion (en sorte que même le roc ferme sur lequel l’Église allait être bâtie tremblât). »[57]

« Il [Jésus] prit Pierre, à qui peu auparavant il avait donné les clefs du Royaume des Cieux, sur qui il était sur le point de bâtir l’Église, contre laquelle les portes de l’enfer ne pouvaient aucunement prévaloir, lui qui, quoi qu’il liât ou déliât sur la terre, serait lié ou délié dans les cieux. Ce même Pierre, le premier confesseur du Fils de Dieu, le fondement de l’Église, le porteur des clefs du royaume céleste, dans son jugement sur la terre un jugement du ciel. »[58]

Si tout cela n’était pas suffisamment clair, dans le texte suivant saint Hilaire explique lui-même avec netteté comment la confession de Pierre obtint la récompense d’être désigné porteur des clefs et fondement de l’Église, ce qui fut signifié par le changement de son nom :

« Et dans la certaine confession de Pierre, il obtint une digne récompense… Ô bienheureuse fondation de l’Église par la désignation d’un nom nouveau, et roc digne de la ruine de ce qu’étaient les lois infernales, les portes de l’enfer et toutes les prisons de la mort ! Ô bienheureux possesseur dès lors de la porte du ciel, à la disposition duquel sont remises les clefs de l’entrée dans l’éternité, dont le jugement sur la terre est une autorité d’un jugement préalable dans le ciel, afin que ce qui est lié ou délié sur la terre le soit aussi dans le ciel… »[59]

Il reconnaît aussi l’évêque de Rome comme successeur de Pierre et sa juridiction sur toutes les provinces. Au pape saint Jules Ier, il écrit :

« Et vous, très cher et très aimé frère, quoique absent de nous de corps, vous êtes présent dans la même pensée et la même volonté… Car on tient pour ce qu’il y a de meilleur et de plus conséquent que, depuis chacune des provinces, les prêtres du Seigneur fassent rapport (ou : consultent) à la tête, qui est le siège de l’Apôtre saint Pierre. »[60]

Athanase d’Alexandrie (295 – 373 apr. J.-C.)

« C’est pourquoi nous devons chercher avant toutes choses s’Il est Fils, et à ce propos scruter tout spécialement les Écritures : « car lorsque les Apôtres furent interrogés, ce fut Pierre qui répondit en disant : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » »… Voilà la vérité et le principe souverain de notre foi… Et comme Il est un fondement, et nous des pierres édifiées sur lui… l’Église est solidement établie ; elle est fondée sur le roc, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle… Et parce que telle est la foi de l’Église, qu’ils comprennent de quelque manière que le Seigneur envoya les Apôtres et leur commanda de faire de cela le fondement de l’Église. »[61]

Comme on a pu l’observer, la confession que la foi est le fondement de l’Église n’était pas, pour les Pères de l’Église (ni pour nous), un rejet de la primauté de Pierre. On ne peut pas davantage supposer qu’un Père, en faisant usage de cette interprétation, rejette l’autre selon laquelle Pierre figure comme la Pierre. Une étude de la vie et des œuvres de saint Athanase permet d’écarter toute insinuation selon laquelle il aurait rejeté la primauté de Pierre.

Dans ses controverses avec les ariens, Athanase fut très persécuté pour avoir défendu la foi du concile de Nicée ; déposé de son siège d’Alexandrie et exilé, il recourt à l’évêque de Rome, à qui il reconnaît la primauté et l’autorité capable de le rétablir dans sa charge (ce que fit le pape Jules).

« Lorsque je quittai Alexandrie, je n’allai pas à la cour de votre frère, ni à aucune autre personne, mais seulement à Rome ; et, ayant porté mon cas devant l’Église (c’était la seule chose qui m’importait), je consacrai mon temps à l’adoration publique. »[62]

Au concile de Sardique (concile auquel participa Athanase et où son cas fut jugé), on reconnut la primauté de l’évêque de Rome, et il fut décidé que, si quelque évêque avait été jugé ou déposé, il pourrait en appeler à l’évêque de Rome, honorant ainsi la mémoire de l’Apôtre Pierre :

« Can. 3 [Isid. 4]. L’évêque Osius dit : Ceci aussi : qu’un évêque ne passe pas de sa province à une autre province où il y a des évêques, à moins qu’il ne soit invité par ses frères, de peur qu’il ne semble que nous fermions la porte de la charité. — Un autre point doit être prévu : Si par hasard, dans quelque province, un évêque a un procès contre un autre évêque son frère, qu’aucun d’eux n’appelle des évêques d’une autre province. — Et si quelque évêque a été jugé dans quelque cause et croit avoir un motif légitime pour que le jugement soit renouvelé, s’il vous plaît, honorons la mémoire du très saint Apôtre Pierre : que ceux qui ont examiné la cause, ou les évêques qui habitent dans la province voisine, écrivent à l’évêque de Rome ; et s’il juge qu’il faut renouveler le jugement, qu’on le renouvelle et qu’il désigne des juges. Mais s’il estime que la cause est telle que l’on ne doit pas refaire ce qui a été fait, ce qu’il décrétera demeurera confirmé. Cela plaît-il à tous ? Le concile répondit par l’affirmative.

« (Isid. 5) L’évêque Gaudence dit : S’il vous plaît, à cette sentence que vous avez portée, pleine de sainteté, il faut ajouter ceci : lorsqu’un évêque aura été déposé par le jugement des évêques qui résident dans les lieux voisins, et qu’il proclamera que son affaire doit être traitée dans la cité de Rome, qu’aucun autre évêque ne soit ordonné à la même chaire après l’appel de celui dont la déposition est en cause, tant que la cause n’aura pas été jugée par l’évêque de Rome.

« [Can. 3 b] (Isid. 6) L’évêque Osius dit : Il a plu également que, si un évêque avait été accusé et que les évêques de sa propre région réunis l’eussent jugé et déposé de sa dignité, et qu’il paraisse avoir interjeté appel et avoir recouru au bienheureux évêque de l’Église romaine, et que celui-ci veuille l’entendre et juge juste que l’examen soit renouvelé : qu’il daigne écrire aux évêques qui sont dans la province limitrophe et voisine, afin qu’eux-mêmes enquêtent diligemment sur toute l’affaire et définissent selon la fidélité à la vérité. Et si celui qui prie que sa cause soit entendue à nouveau amène par ses instances l’évêque romain à envoyer de son côté un presbytre, il sera au pouvoir de l’évêque de faire ce qu’il voudra ou estimera opportun ; et s’il décrète qu’il faut envoyer des juges présents avec les évêques, ayant l’autorité de celui qui les a envoyés, cela sera à son jugement. Mais s’il estime que les évêques suffisent à mettre un terme à une affaire, qu’il fasse ce qu’il aura jugé selon sa très sage décision. »[63]

Athanase appelle aussi Rome le « Trône apostolique ».[64]

Basile de Césarée (329 – 379 apr. J.-C.)

« Et la maison de Dieu, située sur les sommets des montagnes, est l’Église, selon la pensée de l’Apôtre. Car il dit qu’il faut savoir « comment se comporter dans la maison de Dieu ». Or les fondements de cette Église sont sur les montagnes saintes, puisqu’elle est bâtie sur le fondement des Apôtres et des Prophètes. L’une de ces montagnes était bien Pierre, roc sur lequel le Seigneur promit de bâtir son Église. En vérité et au plus juste titre, les âmes sublimes et élevées, qui s’élèvent au-dessus des choses terrestres, sont appelées « montagnes ». L’âme du bienheureux Pierre fut appelée un roc élevé, parce qu’il avait une ferme prise dans la foi et qu’il supporta constamment et courageusement les coups infligés par les tentations. Tous donc ceux qui ont acquis une intelligence de la divinité — à cause de l’ampleur de l’esprit et des actions qui en procèdent — sont les sommets des montagnes, et sur eux est édifiée la maison de Dieu. »[65]

Voici comment, dans le texte même cité par l’apologie protestante, il est reconnu que Pierre fut appelé Roc en vertu de sa foi — ce qui est précisément, on l’a déjà dit, l’exégèse catholique traditionnelle, différente de celle que soutiennent les protestants où le rocher est la foi ou le Christ lui-même (ce qui n’est pas ce que dit saint Basile ici).

Il existe d’autres textes où il maintient la même idée : « Celui (Pierre) qui, en raison de la prééminence de sa foi, reçut en lui-même la construction de l’Église. »[66]

Grégoire de Nysse (331 – 394 apr. J.-C.)

« le bienheureux Pierre, qui fut préféré à tous les autres disciples, qui seul reçut un témoignage et une bénédiction plus grands que le reste, et à qui furent confiées les clefs du Royaume des Cieux. »[67]

« La chaleur de nos louanges ne s’étend pas à Simon [Pierre] en tant qu’il était pêcheur ; elle s’étend plutôt à sa foi ferme, laquelle est en même temps le fondement de toute l’Église. »[68]

Encore un Père qui harmonise et use des deux interprétations. Dans le même panégyrique sur saint Étienne, il écrit aussi :

« Pierre, qui est la tête des Apôtres… il est le plus ferme et le rocher sur lequel le Sauveur édifia son Église. »[69]

Un autre Père de l’Église digne d’être mentionné est Grégoire (de Nazianze), qui utilise également l’interprétation selon laquelle Pierre est la Pierre en Matthieu 16, 18 :

« Observe que, parmi les disciples du Christ, tous élevés et dignes d’élection, l’un est appelé roc, et à lui est confiée la fondation de l’Église. »[70]

Ambroise de Milan (340 – 397 apr. J.-C.)

« La foi, donc, est le fondement de l’Église ; car ce n’est pas de la chair de Pierre, mais de sa foi, qu’il a été dit que « les portes de l’Hadès ne prévaudront point contre elle »… Efforce-toi donc d’être un roc ! Ne cherche pas le roc hors de toi, mais en toi ! Ton roc est ton œuvre, ton roc est ton esprit. Sur ce roc est bâtie ta maison. Ton roc est ta foi ; et la foi est le fondement de l’Église. Si tu es un roc, tu seras dans l’Église, puisque l’Église est sur un roc. Si tu es dans l’Église, les portes de l’enfer ne prévaudront point contre toi. »[71]

Autre texte parfaitement catholique. Pourtant, une fois encore, dans ce cas, les protestants omettent les textes où Ambroise se réfère explicitement à Pierre comme à la Pierre sur laquelle le Christ édifie son Église :

« Jusqu’à ce qu’après avoir été tenté par le diable, l’Église soit fixée sur Pierre. »[72]

« C’est à Pierre même qu’Il a dit : “Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église” ; là où est l’Église, il n’y a point de mort, mais la vie éternelle… Bienheureux Pierre, contre qui les portes de l’enfer ne prévaudront point, et les portes de l’enfer ne furent point fermées contre lui ; au contraire, c’est lui qui détruisit les puissances de l’enfer et ouvrit les lieux célestes. »[73]

« Pierre est appelé « roc » parce que, comme un roc immobile, il soutient les jointures et la masse de l’édifice chrétien tout entier. »[74]

Il parle de la communion avec les évêques catholiques comme synonyme de la communion avec l’Église de Rome :

« Mais il n’était pas si pressé qu’il en oubliât la prudence. Il fit venir l’évêque et, estimant qu’il ne peut y avoir de véritable gratitude que celle qui jaillit d’une véritable foi, l’orateur lui demanda s’il était en accord avec les évêques catholiques, c’est-à-dire avec l’Église romaine. »[75]

« Là où est Pierre, là est l’Église. Et là où est l’Église, il n’y a point de mort, mais la vie éternelle. »[76]

Un extrait de la lettre d’Ambroise le Grand à l’empereur Gratien est très intéressant pour notre sujet, car il reconnaît en Rome la tête de toute la chrétienté :

« Votre grâce ne doit pas permettre que rien ne trouble l’Église de Rome, tête de tout le monde romain et de la très sainte foi apostolique, d’où découlent, sur tous, les liens de la sacrée communion. »[77]

Didyme l’Aveugle (313 – 398 apr. J.-C.)

« Combien est puissante la foi de Pierre et sa confession que le Christ est le Dieu unique-engendré, le Verbe, le véritable Fils de Dieu, et non simplement une créature ! Bien qu’il vît Dieu sur la terre revêtu de chair et de sang, Pierre ne douta pas : il était prêt à recevoir ce que « la chair et le sang ne t’ont pas révélé ». Bien plus, il reconnut le rejeton consubstantiel et coéternel de Dieu, glorifiant ainsi cette racine incréée, cette racine sans commencement, qui lui avait révélé la vérité. Pierre crut que le Christ était une même divinité avec le Père ; et il fut ainsi appelé bienheureux par Celui qui seul est le bienheureux Seigneur. Sur ce roc l’Église fut bâtie, l’Église contre laquelle les portes de l’enfer — c’est-à-dire les arguments des hérétiques — ne prévaudront point : à lui furent données les clefs du ciel. »[78]

Ici, Didyme parle de Pierre, et c’est lui qu’il appelle roc, et c’est à lui que sont remises les clefs. Examinant la citation dans sa totalité, on voit que le rocher dont il parlait était Pierre. On pourrait dire que Didyme tient Pierre pour appelé roc parce qu’il reconnut la divinité du Christ (le même argument qu’emploie Hilaire de Poitiers contre les ariens).

Épiphane de Salamine (315 – 403 apr. J.-C.)

« C’est avant tout parce qu’il confessa que « le Christ » est « le Fils du Dieu vivant », et qu’il lui fut dit : « Sur ce roc de foi assurée je bâtirai mon Église » — car il confessa clairement que le Christ est le véritable Fils. »[79]

Autre texte employé de la même manière que les précédents. Il y a pourtant d’autres passages, eux aussi omis par les protestants, où Épiphane développe l’idée avec clarté : les deux sont le roc — à la fois la foi sur laquelle est édifiée l’Église et Pierre, qui devient un roc ferme de la construction et du fondement de la maison de Dieu :

« Et le bienheureux Pierre, qui pour un temps nia le Seigneur, qui fut le chef des Apôtres, qui devint pour nous en vérité un roc ferme sur lequel est fondée la foi du Seigneur, sur lequel l’Église est bâtie de toutes manières : d’abord, en ce qu’il confessa que le Christ était le Fils du Dieu vivant, et entendit que c’est sur ce roc ferme de la foi qu’Il bâtirait son Église… De plus, il devint aussi un roc ferme de la construction et du fondement de la maison de Dieu, en ce qu’après avoir renié le Christ et s’être converti de nouveau, il fut retrouvé par le Seigneur et jugé digne d’entendre : « Pais mes brebis et nourris mes agneaux ». »[80]

« Les saints sont appelés temple de Dieu, parce que l’Esprit-Saint habite en eux, comme en témoigne le chef des Apôtres, qui fut jugé digne d’être béni par le Seigneur, parce que « le Père le lui avait révélé ». À lui le Père révéla son véritable Fils, et il est bienheureux ; et lui-même (Pierre) révèle l’Esprit-Saint. Cela lui correspond en premier lieu, comme étant le premier des Apôtres, le roc ferme sur lequel l’Église de Dieu est édifiée, et « les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle ». « Les portes de l’enfer », ce sont les hérétiques et les hérésiarques. En tout point la foi est confirmée en lui, qui reçut les clefs du ciel, qui lie sur la terre et demeure lié dans le ciel… Il entendit de Dieu lui-même, Pierre, « Pais mes brebis » ; à lui fut confié le troupeau : il le conduit d’une manière admirable dans la puissance de son propre Maître. »[81]

Jean Chrysostome (347 – 407 apr. J.-C.)

« Par conséquent Il ajouta ceci : « Et moi je te dis : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » — c’est-à-dire sur la foi de sa confession… Car le Christ n’ajouta rien de plus à Pierre, mais, comme si sa foi était parfaite, il dit que sur cette confession Il bâtirait l’Église ; tandis que, dans l’autre cas [Jean 1, 49-50], Il ne fit rien de semblable, mais le contraire… »[82]

« Son sens [1 Co 3, 11] est celui-ci : J’ai prêché le Christ, je vous ai remis le fondement. « Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui s’y trouve. » Édifions donc sur lui, et attachons-nous à lui comme à un fondement, comme la branche à la vigne ; et qu’il n’y ait aucune distance entre nous et le Christ. »[83]

Des deux textes que l’on donne de saint Jean Chrysostome, aucun ne peut être utilisé comme preuve d’un rejet de la primauté pétrinienne.

Dans le premier texte, il fait usage de l’interprétation populaire employée contre l’arianisme, qui souligne que Pierre fut choisi intendant du Royaume des Cieux en vertu de sa confession de foi. Dans le second, il commente 1 Corinthiens 3, 11 (et non Matthieu 16, 18-19). Ce sont deux métaphores distinctes où les éléments métaphoriques ont, à leur tour, des significations différentes. En 1 Corinthiens 3, la métaphore identifie le croyant édifiant l’Église par ses œuvres ; ces œuvres peuvent être édifiées sur le fondement de l’Évangile (le Christ) ou hors de lui, recevant récompense ou châtiment (1 Corinthiens 3, 14-15). En Matthieu 16, 18, la métaphore compare l’Église à un édifice spirituel où les pierres symbolisent les croyants.

Mais de même que saint Jean Chrysostome fait un usage fréquent de l’interprétation selon laquelle la pierre de Matthieu 16, 18 est la foi, il y a aussi d’autres textes où il fait usage de l’interprétation selon laquelle Pierre est la pierre.

« Pierre, le chef du chœur, la bouche du reste des disciples, la tête de la fraternité, celui qui est placé sur l’univers tout entier, le fondement de l’Église. »[84]

« Le premier des Apôtres, le fondement de l’Église, le coryphée du chœur des disciples. »[85]

« Le fondement de l’Église, le véhément amant du Christ… »[86]

« Pierre, la base, la colonne… »[87]

« Le coryphée, Pierre, le fondement de la foi ; Paul, le vase d’élection. »[88]

« Il fut fait fondement de l’Église. »[89]

« Pierre lui-même, la tête ou couronne des Apôtres, le premier dans l’Église, l’ami du Christ, qui reçut la révélation non de l’homme mais du Père… Ce Pierre, et quand je dis Pierre, je veux dire le Roc infrangible, l’inébranlable fondement, le grand Apôtre, le premier des disciples, le premier appelé, le premier à obéir. »[90]

Les textes de cette sorte abondent. Il affirme aussi que Pierre, Jacques et Jean l’emportaient sur le reste des Apôtres, mais il reconnaît Pierre comme la tête de tous :

« Il (Jésus) ne dit pas à Pierre : « Si tu m’aimes, fais des miracles », mais : « Pais mes brebis » ; et, devant le monde entier, en lui donnant plus d’honneur qu’au reste, avec Jacques et Jean — dis-moi donc, ne l’a-t-il pas préféré ? »[91]

« Dans le Royaume, par conséquent, l’honneur ne fut pas égal, ni tous les disciples égaux, mais il y en eut trois au-dessus des autres, et même parmi ces trois il y avait une grande différence… tous furent Apôtres, tous s’assiéront sur douze trônes, tous laissèrent leurs biens, tous seront avec le Christ ; et pourtant Il choisit ces trois-là. Et de nouveau, parmi les trois, Il dit que l’un devait l’emporter. Car « s’asseoir à ma droite et à ma gauche, dit-Il, il ne m’appartient pas de le donner, mais à ceux pour qui cela a été préparé ». Et Il plaça Pierre avant eux en disant : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Et Jean, Il l’aima plus que le reste… »[92]

Dans d’autres textes, il souligne comment l’apôtre Paul donne à Pierre la première place[93].

« Je voudrais demander à ceux qui désirent abaisser la dignité du Fils : quels sont les plus grands dons — ceux que le Père a donnés à Pierre, ou ceux que le Fils lui a donnés ? Le Père a donné à Pierre la révélation du Fils, et le Fils lui a donné la mission de porter le Père et Lui-même au monde entier, et à un homme mortel Il a confié le pouvoir sur tout ce qui est dans les cieux, remettant les clefs à celui qui étendit l’Église dans le monde entier et se montra plus fort que le monde. »[94]

Il reconnaît également qu’à Pierre fut donnée la tête de l’Église universelle — reconnaissance explicite de sa primauté juridictionnelle :

« Après une grave chute (car il n’y a pas de péché égal à la négation), après un péché si grand, Il le ramena à son honneur antérieur et lui confia la tête de l’Église universelle ; et, par-dessus tout, Il nous montra qu’il avait pour son Maître un plus grand amour qu’aucun autre des Apôtres, car il fut dit de lui : « Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » »[95]

Il explique que la raison pour laquelle Paul désirait voir Pierre plus que les autres Apôtres est qu’il en était le chef :

« Il lui dit : « Pais mes brebis. » Pourquoi passer par-dessus les autres et parler des brebis à Pierre ? Il fut l’élu des Apôtres, la bouche des disciples et le chef du chœur ; c’est pour cela que Paul alla le voir à la place des autres… »[96]

« Et si quelqu’un demandait : comment Jacques reçut-il le siège de Jérusalem ?, je lui répondrais qu’Il chargea Pierre comme maître non d’un siège, mais du monde… »[97]

Il convient de nous arrêter ici, car les textes où Chrysostome parle de la primauté de Pierre sont trop abondants.

Jérôme (340 – 420 apr. J.-C.)

« Toutefois, bien que ta grandeur m’effraie, ton amabilité m’attire. Du prêtre je réclame le soin de la victime, du pasteur la protection due aux brebis… Mes paroles sont adressées au successeur du pêcheur, au disciple de la croix.

De même que je ne suis d’autre chef que le Christ, je ne communique avec nul autre qu’avec votre Béatitude, c’est-à-dire avec la chaire de Pierre. Car c’est là, je le sais, la pierre sur laquelle l’Église est édifiée ! C’est là l’unique maison où l’agneau pascal peut être mangé à bon droit. C’est là l’arche de Noé, et qui ne s’y trouvera pas périra lorsque surviendra le déluge. »[98]

« Si donc l’Apôtre Pierre, sur lequel le Seigneur a fondé l’Église, a dit expressément que la prophétie et la promesse du Seigneur y furent alors accomplies, comment pouvons-nous affirmer de notre propre chef un autre accomplissement ? »[99]

« Mais, dis-tu, l’Église a été fondée sur Pierre : bien qu’ailleurs la même chose soit attribuée à tous les Apôtres et qu’ils reçoivent tous les clefs du Royaume des Cieux, et que la solidité de l’Église dépende d’eux tous également, toutefois l’un des douze est choisi afin que, une tête ayant été établie, il n’y ait pas d’occasion de schisme.

Mais pourquoi Jean, qui était vierge, ne fut-il pas élu ? On a tenu compte de l’âge, car Pierre était le plus ancien : on ne pouvait placer un jeune homme, presque un adolescent, au-dessus d’hommes d’un âge avancé ; et un bon maître qui voulait ôter toute occasion de rivalité entre ses disciples… ne devait pas susciter d’envie contre le jeune qu’il avait aimé… Pierre est Apôtre, et Jean est Apôtre ; mais Pierre est seulement Apôtre, tandis que Jean est Apôtre, Évangéliste et prophète. Apôtre, parce qu’il a écrit aux Églises en maître ; Évangéliste, parce qu’il a composé un Évangile, ce qu’aucun autre des Apôtres, sauf Matthieu, n’a fait ; prophète, parce qu’il vit dans l’île de Patmos, où il avait été exilé par l’empereur Domitien comme témoin du Seigneur, une Apocalypse contenant les mystères infinis de l’avenir… L’écrivain vierge exposa des mystères que l’écrivain marié n’a pas pu exposer ; et pour résumer brièvement toutes choses et montrer combien grand fut le privilège de Jean, la Mère vierge fut confiée par le Seigneur vierge au disciple vierge. »[100]

« Le fondement unique que l’architecte apostolique a posé est Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sur ce fondement stable et ferme, qui a été déposé sur un terrain solide, s’édifie l’Église du Christ… Car l’Église fut fondée sur un roc… sur ce roc le Seigneur a établi son Église, et l’Apôtre Pierre a reçu son nom de ce roc (Mt 16, 18). »[101]

« Elle, qui par une ferme racine est fondée sur le roc, le Christ, l’Église catholique, est l’unique colombe ; elle se tient parfaite et proche de sa droite, et n’a en elle rien de sinistre. »[102]

« Le roc est le Christ, qui accorda à ses disciples d’être eux aussi appelés rocs : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». »[103]

Il reste peu à ajouter au sujet de saint Jérôme, puisque les textes sont suffisamment explicites. Dans le premier texte cité (la lettre au pape Damase), Jérôme affirme clairement que l’Église fut fondée sur Pierre (il fait de même dans son épître à Marcella), en sorte qu’il y a déjà ici une preuve que Jérôme ne peut pas non plus être compté parmi ceux qui s’opposent à voir dans Pierre la pierre de Matthieu 16, 18. En s’adressant au Pape, il reconnaît à l’évêque de Rome la qualité de successeur du « pêcheur » et affirme que l’Église fut édifiée sur la chaire de Pierre, qu’il compare à l’arche de Noé.

« Mes paroles parlent au successeur du pêcheur, au disciple de la croix. Comme je ne suis d’autre chef que le Christ, je ne communique avec personne sinon avec Votre Béatitude, qui est avec la chaire de Pierre. Car c’est là, je le sais, le roc sur lequel l’Église est bâtie. Voilà la maison où seulement on peut manger à bon droit l’agneau pascal. Voilà l’arche de Noé, et celui qui ne s’y trouvera pas périra quand viendra le déluge. »[104]

Dans la pensée de Jérôme, Pierre est justement appelé Roc parce qu’il a reçu son nom du Christ, le Roc, et il est juste de dire que le Christ a édifié son Église sur lui :

« « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » De même qu’Il avait Lui-même donné la lumière aux Apôtres pour qu’ils fussent appelés « lumière du monde », et les autres noms qui leur furent distribués par le Seigneur, de même Simon, qui croyait au Christ comme au roc, reçoit libéralement le nom de « Pierre », et, selon la métaphore du mot « pierre », il lui est dit à bon droit : « Je bâtirai mon Église sur toi ». »[105]

« Si donc l’Apôtre Pierre, sur lequel le Seigneur a fondé l’Église, a expressément dit que la prophétie et la promesse du Seigneur s’étaient alors pleinement accomplies (Ac 2, 14-18), comment pourrions-nous réclamer pour nous-mêmes un autre accomplissement ? »[106]

Mais plus clair encore est de lire saint Jérôme lui-même expliquant que non seulement le Christ est appelé Roc, mais Pierre également :

« Le Christ n’est pas le seul à être appelé roc, car Il a accordé à l’Apôtre Pierre qu’il fût aussi appelé roc. »[107]

Dans son traité contre Jovinien, la pensée de saint Jérôme est assez bien illustrée. Pour lui, les évêques ont exactement les mêmes pouvoirs découlant de leur ordination, quelle que soit la différence de leur juridiction. Il est donc logique qu’il comprenne pourquoi le Christ choisit l’un d’entre eux pour le placer à la tête, afin d’éviter les futurs schismes et divisions.

Quelqu’un pourrait objecter que Jérôme ne reconnaît ici à Pierre qu’une primauté d’honneur et non de juridiction, mais cela n’a guère de sens. Si, pour éviter le schisme parmi les Apôtres, on n’avait donné à Pierre qu’une suprématie d’honneur, celui-ci ne pourrait pas exiger des évêques leur soumission précisément afin d’éviter le schisme. Une primauté juridictionnelle est nécessaire pour pouvoir accomplir ce dessein.

Nil d’Ancyre (? – 430 apr. J.-C.)

« Si, de plus, il s’agit d’un homme du Seigneur, le premier à être comparé à l’or serait Céphas, dont le nom est, traduit, « roc ». Celui-ci est le plus éminent des Apôtres, aussi appelé Céphas, qui fournit dans sa confession de foi le fondement pour l’édification de l’Église. »[108]

Ce texte parle de Pierre et l’on y dit que son nom se traduit par « roc ». Comme si cela ne suffisait pas, il le reconnaît comme le plus éminent des Apôtres.

Avec Nil d’Ancyre il se passe la même chose qu’avec Chrysostome (étant donné qu’il fut son disciple). De même qu’il harmonise les deux interprétations, Pierre étant justement appelé Roc en raison de sa foi, il était aussi le chef du Collège apostolique qu’il gouvernait.

« [Pierre] la tête du Collège apostolique. »[109]

« Pierre, qui fut tout dans le Collège apostolique et gouverna toujours parmi eux. »[110]

Augustin d’Hippone (354 – 430 apr. J.-C.)

Bien que saint Augustin soit un solide défenseur de la primauté pétrinienne, il est abondamment cité par les protestants pour certains textes où il identifie le Christ lui-même, ou la foi en Lui, avec la pierre sur laquelle l’Église est édifiée. Mais avant de commencer, il faut faire un peu d’histoire et faire observer que l’évêque d’Hippone fit usage, tout au long de sa vie, des deux interprétations de manière simultanée. Parfois, il reconnaissait Pierre comme le Roc de Matthieu 16, 18 :

« …Mais ce Roc, Pierre lui-même, la grande montagne… »[111]

« Nous ne nous permettons pas d’écouter ceux qui nient que l’Église de Dieu puisse pardonner tous les péchés. Ils se trompent parce qu’ils ne reconnaissent pas en Pierre le Roc, et ils refusent de croire que les clefs du ciel ont été, de ses propres mains, remises à l’Église. »[112]

« Lorsqu’Il avait ainsi dit à ses disciples : “Vous aussi, me quitterez-vous ?”, Pierre, le Roc, répondit pour tous : “Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.” »[113]

« Pierre, qui L’avait confessé comme Fils de Dieu, et qui dans cette confession fut appelé roc sur lequel l’Église devait être édifiée. »[114]

En d’autres occasions, il adopte l’interprétation selon laquelle le roc est la foi de Pierre :

« Il leur dit alors : “Et vous, qui dites-vous que je suis ?” Pierre, prenant la parole, lui dit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.” Aussitôt il entendit du Seigneur : “Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n’est pas la chair ni le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux.” Prêtez attention aux louanges qui sont décernées à cette foi : “Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église.” Que signifie : “Sur cette pierre je bâtirai mon Église” ? Sur cette confession de foi, sur ce qui a été dit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.” Sur cette pierre, dit Jésus, je bâtirai mon Église. »[115]

« Dans ce Pierre, considérez la pierre. C’est lui, en effet, qui, à la question du Seigneur demandant ce que ses disciples disaient qu’Il était, répondit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant”… Pourquoi ai-je voulu vous prévenir de ces choses ? Pour vous signaler qu’en Pierre l’on doit reconnaître l’Église. Le Christ, en effet, a édifié son Église non sur un homme, mais sur la confession de Pierre. “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant” : voilà la pierre, voilà le fondement, voilà où est édifiée l’Église, que les forces de l’enfer ne vainquent point. »[116]

À la fin, dans ses Rétractations, il reconnaît les deux interprétations comme possibles et laisse au lecteur la liberté de décider laquelle il considère comme la plus probable :

« J’ai dit ici quelque part, “à propos de l’Apôtre Pierre, que sur lui, comme sur la pierre, est fondée l’Église”, sens que beaucoup chantent avec les vers du bienheureux Ambroise, lorsqu’il dit, du chant du coq : “Au chant du coq, / lui, pierre de l’Église, / pleure son péché.” Mais je me souviens avoir exposé par la suite, bien des fois, cette parole du Seigneur : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, en l’entendant comme se rapportant à Celui que Pierre confessa lorsqu’il dit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ; comme si Pierre, appelé ainsi de cette pierre, représentait la personne de l’Église, qui est édifiée sur cette pierre, et qui reçut les clefs du Royaume des Cieux. Car il ne lui a pas été dit : Tu es la pierre, mais Tu es Pierre. Puisque la pierre était le Christ, que Simon confessa, comme toute l’Église le confesse, il fut appelé Pierre. Entre ces deux sens, que le lecteur choisisse le plus probable. »[117]

Mais, même lorsque saint Augustin choisit d’entendre que le Roc est la foi confessée par saint Pierre, il ne rejette pas sa primauté ; il soutient au contraire que Pierre est appelé roc en raison de sa foi, et qu’en vertu de cette primauté il représente toute l’Église. À ce sujet, il écrit : « Pierre fut ainsi appelé d’après la pierre, représentant le rôle de l’Église, tenant la primauté de l’apostolat »[118] puis : « dans un seul Apôtre, en Pierre, premier et principal dans l’ordre des Apôtres et qui représentait l’Église, il fallait signifier les deux groupes, c’est-à-dire les forts et les faibles ; car sans les deux il n’y a pas d’Église. »[119]

La même idée, il la maintient en d’autres textes :

« …le premier et le chef dans l’ordre des Apôtres, dans lequel l’Église fut représentée. »[120]

« Cela rend l’Église heureuse dans cette espérance durant cette vie laborieuse. De cette Église, par la primauté de son apostolat, Pierre portait la représentation dans toute son universalité. »[121]

« L’Apôtre Pierre est le type de l’unique Église. Ce Pierre, premier dans le chœur des Apôtres, toujours prompt dans l’amour du Christ, répond fréquemment lui seul au nom de tous… Tu es Pierre. Car il s’appelait auparavant Simon ; ce nom, par lequel nous l’appelons Pierre, lui fut imposé par le Seigneur, et cela pour qu’il signifiât en figure l’Église. Si le Christ est la pierre, Pierre est le peuple chrétien. La pierre est le nom principal ; c’est pourquoi Pierre vient de la pierre, et non la pierre de Pierre, comme le Christ ne vient pas du chrétien, mais le chrétien est ainsi appelé à cause du Christ. C’est pourquoi Il dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre, que tu as confessée, sur cette pierre que tu as connue en disant : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, je bâtirai mon Église, c’est-à-dire : sur Moi, le Fils même du Dieu vivant, je bâtirai mon Église. C’est sur Moi que je t’édifierai, et non Moi sur toi. Ne voulant pas, les hommes, édifier sur des hommes, ils disaient : Moi, je suis à Paul ; moi, à Apollos ; moi, à Céphas, c’est-à-dire Pierre. Et d’autres, qui ne voulaient pas être édifiés sur Pierre, mais sur la pierre, disaient : Moi, je suis au Christ. Lorsque l’Apôtre Paul vit qu’il était choisi et le Christ délaissé, il dit : Est-ce que le Christ est divisé ? Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ? Ou bien avez-vous été baptisés au nom de Paul ? Si vous ne l’avez pas été au nom de Paul, ni non plus au nom de Pierre, mais au nom du Christ ; en sorte que Pierre fût édifié sur la pierre, et non la pierre sur Pierre. Pierre fut ainsi appelé d’après la pierre, représentant le rôle de l’Église, tenant la primauté de l’apostolat. »[122]

Il n’y a pas non plus de doute qu’il tenait cette primauté pour une primauté de juridiction et non d’honneur :

« On ne peut croire que vous gardiez la foi catholique, vous qui n’enseignez pas qu’il faut garder la foi romaine. »[123]

« Même en faisant abstraction de cette sagesse sincère et authentique…, qui, selon vous, ne se trouve pas dans l’Église catholique, bien d’autres raisons me maintiennent en son sein : le consentement des peuples et des nations ; l’autorité, érigée par les miracles, nourrie par l’espérance, accrue par la charité, confirmée par l’antiquité ; la succession des évêques depuis le siège même de l’Apôtre Pierre, à qui le Seigneur confia, après la Résurrection, le soin de paître ses brebis, jusqu’à l’épiscopat d’aujourd’hui ; et enfin le nom même de catholique, que non sans raison l’Église seule a obtenu… Ces liens du nom chrétien — si nombreux, si grands et si doux — maintiennent le croyant dans le sein de l’Église catholique, bien que la vérité, à cause de la torpeur de notre esprit et de l’indignité de notre vie, ne se manifeste pas encore. »[124]

Saint Augustin déclare que dans l’Église de Rome a toujours résidé la primauté de la chaire apostolique (il ne saurait y avoir de reconnaissance plus explicite de sa primauté).

« …Ils voyaient que Cécilien était uni par des lettres de communion à l’Église romaine, dans laquelle a toujours résidé la primauté de la chaire apostolique… »[125]

Mais peut-être l’une des plus grandes preuves de l’attitude de saint Augustin envers l’évêque de Rome est-elle offerte par son conflit avec les pélagiens. Après les conciles tenus à Carthage et à Milève, les évêques africains condamnèrent le pélagianisme et firent appel au Pape pour qu’il ratifiât leur décision. Un extrait de la lettre que 68 évêques envoyèrent au Pape dit :

« Nous nous sommes rassemblés selon la coutume en l’Église de Carthage, et un synode s’est tenu pour discuter de plusieurs sujets, lorsque notre frère prêtre Orose nous présenta des lettres de nos saints frères et évêques nos collègues Héros et Lazare, que nous joignons. Après lecture de celles-ci, nous avons constaté que Pélage et Célestius étaient accusés d’être les auteurs d’une erreur perverse qui doit être condamnée par nous tous. C’est pourquoi nous demandons que tout ce qui s’est fait ici à Carthage à l’encontre de Célestius depuis environ cinq ans soit mené à son terme. Après que l’on eut donné lecture de ces pièces, ainsi que Votre Sainteté peut s’en apercevoir d’après les actes que nous joignons, bien que la décision fût claire — par laquelle il avait été montré qu’une si grande blessure avait été amputée de l’Église par un jugement épiscopal —, nous avons néanmoins jugé opportun, d’un commun accord, que les auteurs de cette persuasion (bien que l’on dise que ce Célestius soit parvenu depuis au sacerdoce) soient ouvertement anathématisés afin que, si leur propre salut n’est pas obtenu, soit du moins procuré celui de ceux qui ont été ou pourraient être trompés par eux, lorsqu’ils connaîtront la sentence portée contre eux. Nous avons pensé juste que cet acte, honorable frère, fût communiqué à votre sainte charité, afin qu’aux statuts de notre modicité fût ajoutée l’autorité du Siège apostolique (ut statutis nostrae mediocritatis etiam apostolicae sedis adhibeatur auctoritas) pour la préservation de la sécurité d’un grand nombre et pour la correction de la perversité de quelques-uns.

Et nous craignons qu’en vous répétant ces mêmes choses que vous prêchez avec plus de grâce depuis la chaire apostolique (quae majore gratia de sede apostolica praedicas), il ne paraisse que nous agissions de manière inconvenante. Mais nous le faisons en raison seulement de notre plus grande faiblesse : plus nous montrons de zèle dans la prédication de la Parole de Dieu, plus les assauts des hérétiques sont constants et audacieux. Si donc Pélage semble à Votre Sainteté justement absous par les actes épiscopaux qui, dit-on, ont été rédigés en Orient, en tout cas l’erreur elle-même et l’impiété qui comptent aujourd’hui tant de promoteurs en divers lieux doivent aussi être anathématisées par l’autorité du Siège apostolique. Que Votre Sainteté considère et sente avec nous dans son cœur de pasteur combien vaines et destructrices sont, pour les brebis du Christ, les conséquences nécessaires de leur sacrilège discussion.

Car, même si Pélage et Célestius ont corrigé leur conduite ou déclarent n’avoir jamais tenu de telles opinions, et nient que soient d’eux les écrits qui nous sont présentés comme preuve contre eux, et s’il n’y a pas moyen de les convaincre de leur fausseté, en tout état de cause, en général, quiconque affirme dogmatiquement, etc., qu’il soit anathème. Quelles que soient les autres choses qui leur sont objectées, nous ne doutons pas que Votre Révérence, après avoir lu les actes épiscopaux qui, dit-on, ont été rédigés en Orient sur la même cause, ne porte une telle sentence qui nous fera tous nous réjouir dans la miséricorde de Dieu (id judicaturum unde omnes in Dei misericordia gaudeamus). »[126]

Une autre lettre que 61 évêques du concile de Milève envoyèrent (saint Augustin compris) disait :

« Puisque Dieu, par un don spécial de sa grâce, vous a placé sur le Siège apostolique, et nous a donné en notre temps quelqu’un tel que vous, pour qu’il nous soit plutôt imputé comme une faute de négligence si nous ne montrons pas à Votre Révérence ce qui est suggéré pour l’Église, plutôt que vous ayez pu recevoir ces choses avec mépris ou négligence, nous vous prions d’engager votre diligence pastorale envers le grand péril des membres faibles du Christ.

En suggérant ces choses à votre sein apostolique, nous n’avons pas besoin de dire grand-chose, ni d’accumuler les paroles au sujet de cette impiété, car elle excitera sans doute en vous une telle sagesse que vous ne pourrez vous abstenir de les corriger, afin qu’elles ne puissent continuer à s’infiltrer davantage… On dit que les auteurs de cette pernicieuse hérésie sont Pélage et Célestius, lesquels, en vérité, devraient préférer être guéris dans l’Église plutôt que d’en être séparés sans nécessité. On dit que l’un d’eux, Célestius, est même parvenu au sacerdoce en Asie. Votre Sainteté est mieux informée par le Concile de Carthage de ce qui a été fait contre lui il y a quelques années. Pélage, nous disent les lettres de quelques-uns de nos frères, est à Jérusalem, et l’on dit qu’il y a trompé beaucoup de gens.

Beaucoup cependant, qui ont pu examiner de plus près ses vues, le combattent au nom de la Foi catholique, mais spécifiquement votre saint fils, notre frère et compagnon dans le sacerdoce, Jérôme.

Mais nous estimons qu’avec l’aide de la miséricorde de notre Dieu, à qui nous prions qu’Il vous conseille et qu’Il écoute vos prières, ceux qui professent ces opinions perverses et vaines céderont plus facilement à l’autorité de Votre Sainteté, laquelle a été prise de l’autorité des Saintes Écritures (auctoritati sanctitatis tuae, de sanctarum scripturarum auctoritate depromptae facilius… esse cessuros), afin que nous puissions nous réjouir de leur correction plutôt que de nous attrister de leur perte. Mais quoi qu’ils choisissent eux-mêmes, Votre Révérence comprendra qu’il faut au moins prendre soin de tous ceux qui peuvent être pris dans leurs filets s’ils ne se soumettent pas honorablement. Nous écrivons ceci à Votre Sainteté depuis le Concile de Numidie, à l’exemple de nos compagnons évêques de l’Église et de la province de Carthage, qui, nous le savons, ont écrit sur ce sujet au Siège apostolique dont Votre Grâce est l’ornement. »[127]

Dans ces lettres, le Pape est désigné comme celui qui a reçu de Dieu la grâce spéciale de siéger sur la chaire apostolique, mais ce qui est le plus frappant, c’est que, bien que les sentences de deux conciles locaux réunissant de nombreux évêques (Augustin compris) soient rejetées par les hérétiques, l’autorité de la chaire apostolique peut soit les terrifier, soit peut-être les convertir.

Il faut souligner que les évêques demandent une condamnation autoritative du Pape à ces doctrines qu’ils avaient déjà condamnées précédemment, afin que le mal soit entièrement extirpé, reconnaissant implicitement que, tandis qu’un concile local ne peut atteindre que les régions africaines, la portée du Pape a une force universelle. Si cela n’est pas une primauté de juridiction, demandez-vous ce qui en serait une.

Et si l’évêque de Rome n’avait pas autorité sur toute l’Église, pourquoi les évêques d’Afrique et Augustin se seraient-ils souciés de ce que le Pape (lui aussi évêque) disait ou ne disait pas ? Pourquoi les hérétiques qui avaient ignoré la décision de plus de cent évêques se convertiraient-ils par ce qu’un seul disait ?

Par la suite, saint Augustin envoie une lettre à un évêque nommé Hilaire en le prévenant contre les hérétiques :

« …nous avons appris qu’en l’Église de Carthage un décret d’un concile d’évêques a été rédigé contre eux pour être envoyé par lettre au saint et vénérable Pape Innocent, et nous avons des lettres semblables du Concile de Numidie au même siège apostolique. »[128]

Voyons à présent la réponse du Pape aux lettres des évêques africains, datée du 3 janvier 417 :

« En vous enquérant de ces choses qui doivent être traitées par les évêques avec toute la sollicitude, et spécialement par un véritable et juste Concile catholique, préservant, comme vous l’avez fait, l’exemple de l’antique tradition et vous souciant de la discipline ecclésiastique, vous avez vraiment fortifié la vigueur de notre Foi, non moins maintenant que vous nous consultez que lorsque vous avez porté votre verdict. Car vous avez décidé qu’il convenait de soumettre à notre jugement, sachant ce qui est dû au Siège apostolique, puisque nous tous qui sommes en ce lieu désirons suivre l’Apôtre (Pierre) dont découlent l’épiscopat lui-même et l’entière autorité de ce nom. Suivant ses traces, nous savons comment condamner le mal et approuver le bien. De même, vous avez préservé par votre charge sacerdotale les coutumes des Pères et n’avez pas dédaigné ce qui est décrété par une sentence divine et non humaine, que tout ce qui se fait, même dans des provinces éloignées, ne doit pas être tenu pour achevé sans avoir été porté à la connaissance de ce Siège. Que c’est par son autorité que tous les justes prononcés doivent être confirmés, et qu’à partir de ceux-ci toutes les autres Églises (comme les eaux qui coulent de leur source et parcourent les diverses régions du monde, les ruisseaux purs de l’unique tête incorrompue) doivent recevoir ce qu’elles ont à imposer, qui elles doivent laver et qui cette eau, digne des corps purs, doit éviter comme profanés d’une souillure non lavable. Je vous félicite donc, chers frères, d’avoir adressé des lettres à notre intention par l’intermédiaire de notre frère et compagnon évêque Jules, et, tout en prenant soin des Églises que vous gouvernez, d’avoir montré votre sollicitude pour le bien-être de tous et de demander un décret qui doit profiter en une seule fois à toutes les Églises du monde, afin que l’Église, s’étant affermie dans ses règles et confirmée par ce décret d’un juste prononcé contre ces erreurs, puisse éviter de craindre ces hommes, etc. »[129]

« Parmi les devoirs de l’Église romaine et les activités du Siège apostolique où nous traitons par des discussions fidèles et curatives les consultations de divers, notre frère et compagnon évêque Jules m’a apporté sans que nous les attendissions les lettres de votre charité que vous envoyez depuis le Concile de Milève dans vos graves soucis pour la foi, ajoutant à l’écrit une plainte semblable du Concile de Carthage.

C’est donc avec le soin qui convient et à bon droit que vous consultez les secrets de l’office apostolique (apostolici consulitis honoris [al. oneris] arcano) — cet office, dis-je, à qui appartient, ainsi que les choses extérieures, le soin de toutes les Églises, sur l’opinion que vous devez avoir en cette inquiétante question, suivant ainsi l’antique règle dont vous savez qu’elle a été observée avec moi dans le monde entier. Mais je laisse ce sujet, car je ne pense pas qu’il soit inconnu de votre prudence ; sinon, pourquoi le confirmeriez-vous par votre action, si vous ne saviez que les réponses coulent toujours de la source apostolique vers toutes les provinces pour ceux qui les demandent ? Surtout lorsqu’il s’agit fréquemment d’une question de foi, j’estime que tous nos frères et compagnons évêques doivent les référer à nul autre qu’à Pierre, auteur de leur nom et de leur office, comme maintenant votre charité nous a référé un sujet qui peut être utile dans le monde entier à toutes les Églises en commun. Car, par nécessité, nous devons devenir plus vigilants lorsque nous voyons les inventeurs du mal — en raison du rapport des deux synodes — retranchés par notre sentence de la communion ecclésiale. Votre charité fera donc un double bien. Car vous obtiendrez la grâce d’avoir préservé les canons, et le monde entier partagera votre bienfait. »[130]

Il serait bien insensé de nier la conviction qu’exprime le Pape dans ses lettres aux évêques africains (Augustin compris) sur sa juridiction à l’égard du monde entier. De fait, il l’exprime de manière diaphane lorsqu’il affirme que les questions d’importance « ne doivent pas être tenues pour achevées sans avoir été portées à la connaissance de ce Siège. Que c’est par son autorité que tous les justes prononcés doivent être confirmés ». On notera comment il est affirmé qu’il s’agit d’une antique règle qui « est suivie partout », et plus clairement encore s’observe la conviction qu’à elle appartient « le soin de toutes les Églises », et que « les réponses coulent de cette source apostolique vers toutes les provinces qui les demandent », surtout en matière de foi.

Il n’est pas nécessaire de dire qu’une telle lettre n’aurait pas été bien reçue par saint Augustin et les évêques africains s’ils avaient rejeté la primauté juridictionnelle du Pape sur les provinces de l’univers. S’il en avait été ainsi, les paroles du Pape auraient été complètement déplacées ; or saint Augustin ne donne aucun signe que cette lettre ait causé le moindre embarras ; bien au contraire, il se réjouit de la sentence du Pape et écrit que, puisque Rome a parlé, la cause est donc close :

« Déjà, pour ce motif, deux missives ont été envoyées au Siège apostolique et deux rescrits en sont également venus. La cause est close, afin qu’enfin l’erreur prenne fin. »[131]

Par la suite, saint Augustin réaffirme sa pensée sur le caractère définitif du décret du Pape Innocent.

« [Célestius] aurait dû maintenir son assentiment au décret du Siège apostolique qui avait été publié par son prédécesseur de sacrée mémoire. L’accusé, toutefois, refusa de condamner les objections faites par le diacre, mais il n’osa pas s’opposer ouvertement à la lettre du bienheureux Pape Innocent. »[132]

« …il répondit qu’il consentait aux lettres du Pape Innocent de bienheureuse mémoire, en qui tout doute sur cette matière avait été levé. »[133]

« Les paroles du vénérable évêque Innocent concernant cette matière au Concile de Carthage. Que pourrait-il y avoir de plus clair ou de plus manifeste que le jugement du Siège apostolique ? »[134]

Cyrille d’Alexandrie (370 – 444 apr. J.-C.)

« Mais pourquoi disons-nous qu’ils sont “les fondements de la terre” ? Car le Christ est le fondement et l’assise inébranlable de toutes choses… Mais les fondements suivants, ceux qui nous sont plus proches, peuvent être compris comme étant les Apôtres et les évangélistes, ces témoins oculaires et ministres de la Parole qui se sont levés pour l’affermissement de la foi. Car lorsque nous reconnaissons que leurs propres traditions doivent être suivies, nous servons une foi qui est véritable et ne s’écarte point du Christ.

En effet, quand [Pierre] eut sagement et hardiment confessé sa foi à Jésus en disant : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant”, Jésus dit au divin Pierre : “Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église.” Or, par le mot “pierre”, Jésus a voulu désigner, je crois, la foi inébranlable du disciple… »[135]

« “Et moi, je te le dis : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle.” Le surnom, je crois, n’appelle “pierre” nulle autre chose que la foi inébranlable et très ferme du disciple, sur laquelle l’Église fut fondée et rendue ferme, et demeure continuellement imprenable, même à l’égard des portes mêmes de l’enfer. »[136]

Cyrille d’Alexandrie fait lui aussi usage des deux interprétations et reconnaît que Pierre est appelé « roc » en vertu de sa foi, en sorte que sur lui l’Église est édifiée.

« Il changea son nom en Pierre, du mot pierre (roc) ; car sur lui, par la suite, il fonderait son Église. »[137]

« Heureux es-tu… appelé, je suppose, rien moins que le roc, en allusion à son nom, à cause de la foi inébranlable et stable du disciple, sur laquelle l’Église du Christ est fondée et fixée sans péril de faillir. »[138]

« Il promet de fonder l’Église, de l’établir inébranlable comme Lui-même est le Seigneur de la force, et sur elle Il place Pierre comme pasteur. »[139]

Il appelle Pierre « le prince des saints disciples » :

« …Pierre qui était le prince des saints disciples… »[140]

« Par-dessus tout cela, permettez-moi de présenter le chef des saints disciples, Pierre, qui, lorsque le Seigneur, en une certaine occasion, lui demanda : “Qui les hommes disent-ils qu’est le Fils de l’homme ?”, s’écria sur-le-champ : tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »[141]

En d’autres textes, il l’appelle « l’élu des saints Apôtres », « le Coryphée », etc.

Théodoret de Cyr (393 – 458 apr. J.-C.)

« Que nul, sottement, n’imagine que le Christ est quelque autre que le Fils unique. Ne nous imaginons pas plus sages que le don de l’Esprit. Écoutons les paroles du grand Pierre : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.” Écoutons le Seigneur Christ confirmant cette confession, car : “Sur cette pierre, dit-Il, je bâtirai mon Église et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle.” C’est pourquoi aussi le sage Paul, très excellent architecte des Églises, n’a posé d’autre fondement que celui-ci. “Moi, dit-il, en bon architecte j’ai posé le fondement, et un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit. Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui s’y trouve, à savoir Jésus-Christ.”…

C’est pourquoi notre Seigneur Jésus-Christ permit au premier des Apôtres, dont Il avait fixé la confession comme une sorte d’assise et de fondement de l’Église, de vaciller, de Le renier, et Il le releva ensuite… Assurément, il appelle “un roc” la foi pieuse et la véritable confession. Car lorsque le Seigneur demanda à ses disciples qui le peuple disait qu’Il était, le bienheureux Pierre prit la parole en disant : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.” À quoi le Seigneur répondit : “En vérité, en vérité je te le dis, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle.” »[142]

Théodoret reconnaît Pierre comme « le premier des Apôtres » et affirme que l’Église est édifiée sur sa confession de foi. Dans son épître au Pape Léon, il exhorte à recourir et à en appeler au Siège apostolique (Rome), qui occupe le premier rang, lorsqu’il faut guérir les blessures des Églises.

« Si Paul, le héraut de la vérité, la trompette du Saint-Esprit, se hâta vers le grand Pierre afin qu’il pût rapporter de lui la solution souhaitée des difficultés à ceux qui, à Antioche, étaient dans le doute sur la vie selon la Loi, à plus forte raison nous, hommes insignifiants et tout petits, nous hâterons-nous vers la chaire apostolique afin de recevoir une guérison pour les plaies des Églises. Car, pour toutes ces raisons, elle est maintenue au premier rang, dans la mesure même où vous la voyez parée de tant de privilèges. »[143]

Basile de Séleucie (? – 468 apr. J.-C.)

« Par obéissance, la langue de Pierre se mit en mouvement et, bien qu’ignorante de la doctrine, apporta une réponse : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.”… Or, le Christ appela cette confession un roc, et nomma celui qui la confessa “Pierre”, tenant l’appellation comme appropriée à l’auteur de cette confession. Car tel est le roc solennel de la religion, tel est le mur de la foi et le fondement de la vérité : “Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui s’y trouve, à savoir le Christ Jésus.” »[144]

On continue de répéter l’anachronisme consistant à penser que, parce qu’un Père écrit que Pierre a reçu son nom (roc) en raison de sa confession, sa primauté est en quelque sorte rejetée. On omet également les textes où celle-ci lui est reconnue :

De même, pour Basile, saint Pierre est le chef (le coryphée) des Apôtres, et le chef des disciples du Christ.[145]

« Pierre est à nouveau appelé le Coryphée des Apôtres. »[146]

Léon Ier le Grand (400 – 461 apr. J.-C.)

« Notre Seigneur Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, institua l’observance de la religion divine qu’Il voulut, par la grâce de Dieu, voir répandre son éclat sur toutes les nations et sur tous les peuples, afin que la Vérité, auparavant confinée à l’annonce de la Loi et des Prophètes, pût, par le son de la trompette des Apôtres, se répandre pour le salut de tous les hommes, comme il est écrit : “À toute la terre est allée leur voix, et leurs paroles jusqu’aux extrémités du monde.” Or, ce mystérieux sacrement, le Seigneur voulut qu’il fût l’occupation de tous les Apôtres, mais de telle sorte qu’Il a placé la charge principale sur le bienheureux Pierre, chef de tous les Apôtres ; et c’est de lui, comme de la Tête, qu’Il veut que ses dons coulent vers tout le corps ; en sorte que quiconque ose se séparer du roc ferme de Pierre puisse comprendre qu’il n’a ni part ni portion dans le mystère divin. Car Il voulut que celui qui avait été admis au partage de Son unité indivise fût nommé comme Il le fut Lui-même, lorsqu’Il dit : “Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église” ; afin que l’édification du temple divin, par le merveilleux don de Dieu, reposât sur le roc ferme de Pierre, fortifiant ainsi Son Église qu’assurément ni la précipitation humaine ne pût la prendre d’assaut, ni les Portes de l’Hadès ne pussent tenir contre elle. Mais contre cette très sainte solidité du roc, dressée, comme nous l’avons dit, par la main qui édifie de Dieu, un homme ne peut désirer de la détruire qu’en une extrême impiété, lorsqu’il cherche à briser son pouvoir en favorisant ses propres désirs, et en ne suivant pas ce qu’il a reçu des anciens… »[147]

« Et lorsqu’ils eurent rapporté les diverses opinions des autres, Il dit : “Mais vous, qui dites-vous que je suis ?”… Alors le bienheureux Pierre, dont la confession divinement inspirée était destinée à profiter à toutes les nations, dit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.” Et ce ne fut pas sans raison qu’il fut déclaré bienheureux par le Seigneur, empruntant à la pierre angulaire principale la solidité du pouvoir, et exprimant aussi son nom, lui qui, par la révélation du Père, Le confessa à la fois comme Christ et Fils de Dieu… »[148]

« Et si Eutychès avait cru cela intelligemment et pleinement, jamais il ne se serait écarté du chemin de cette Foi. Car Pierre reçut cette réponse du Seigneur pour sa confession : “Heureux es-tu, Simon fils de Jonas ; ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te le dis : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle.” Mais celui qui tout à la fois rejette la confession du bienheureux Pierre et contredit l’Évangile du Christ, est bien loin de l’union avec cet édifice ; car il se montre comme n’ayant jamais eu aucun zèle pour comprendre la Vérité et comme n’ayant que la vaine apparence d’une haute estime, celui qui n’a orné les cheveux blancs de sa vieillesse d’aucun jugement mûr du cœur. »[149]

« Puisque donc l’Église universelle est devenue un roc (petra) par l’édification de la Pierre originelle, et que le premier des Apôtres, le très bienheureux Pierre, entendit la voix du Seigneur disant : “Tu es Pierre, et sur cette pierre (petra) je bâtirai mon Église”, qui est celui qui osera attaquer une telle force imprenable, sinon l’antichrist ou le diable qui, demeurant non converti dans son impiété, est avide de semer le mensonge par les vases de colère qui conviennent à sa perfidie, tandis que, sous le faux nom de diligence, il prétend être en quête de la Vérité ? »[150]

« Et, de Son gouvernement et de Sa protection éternels, nous avons reçu aussi le soutien de l’aide des Apôtres, laquelle, certes, ne cesse pas d’agir ; et la force du fondement, sur lequel s’élève toute la superstructure de l’Église, ne s’affaiblit point par le poids du temple qui repose sur lui. Car la solidité de cette foi qui fut louée dans le chef des Apôtres est perpétuelle ; et, comme demeure ce que Pierre crut du Christ, ainsi demeure ce que le Christ institua en Pierre. Car lorsque, comme on l’a lu dans la leçon de l’Évangile, le Seigneur eut demandé aux disciples qui ils croyaient qu’Il était, au milieu des opinions diverses qui étaient tenues, et lorsque le bienheureux Pierre eut répondu en disant : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant”, le Seigneur dit : “Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te le dis : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Et je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux. Et ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux.”

La dispensation de la Vérité demeure donc, et le bienheureux Pierre, persévérant dans la force du Roc qu’il a reçue, n’a pas abandonné le gouvernail de l’Église qu’il a pris. Car il fut établi avant le reste en telle sorte que, du fait d’être appelé le Roc, d’être proclamé le Fondement, d’être constitué Portier du Royaume des Cieux, d’être établi comme Arbitre pour lier et délier, dont les jugements conserveraient leur validité dans le ciel — de tous ces titres mystiques nous pouvons connaître la nature de son association avec le Christ. Et même aujourd’hui, il s’acquitte plus pleinement et plus efficacement de ce qui lui est confié, et accomplit chaque partie de son obligation et de sa charge en Lui et avec Lui, par Qui il a été glorifié. Et ainsi, si quoi que ce soit est justement fait et justement décrété par nous, si quoi que ce soit est obtenu de la miséricorde de Dieu par nos supplications quotidiennes, c’est par son œuvre et ses mérites, dont le pouvoir vit et dont l’autorité prévaut en son Siège. Car cela, bien-aimés, fut obtenu par cette confession qui, inspirée au cœur de l’Apôtre par Dieu le Père, transcenda toute l’incertitude des opinions humaines et fut dotée de la fermeté d’un roc qu’aucun assaut ne saurait ébranler. Car, dans toute l’Église, Pierre dit chaque jour : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant”, et toute langue qui confesse le Seigneur accueille l’instruction que sa voix apporte. Cette Foi vainc le diable et brise les liens de ses prisonniers. Elle nous arrache de cette terre et nous plante dans le ciel, et les Portes de l’Hadès ne peuvent tenir contre elle. Car elle est dotée par Dieu d’une telle solidité que la dépravation des hérétiques ne peut lui nuire, ni l’incrédulité des gentils la vaincre. »[151]

« Et à bon droit le bienheureux Apôtre Pierre fut-il loué pour avoir confessé cette union, lui qui, lorsque le Seigneur cherchait à connaître ce que les disciples savaient de Lui, devança promptement les autres et dit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.” Et cela, en vérité, il le vit non par la révélation de la chair ou du sang, qui eussent pu retarder sa vision intérieure, mais par l’Esprit même du Père agissant dans son cœur croyant, afin que, en préparation à gouverner toute l’Église, il apprît d’abord ce qu’il aurait à enseigner, et que, pour l’affermissement de la Foi qu’il était destiné à prêcher, il reçût cette assurance : “Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle.” Cette force, donc, de la Foi chrétienne, qui, édifiée sur un roc imprenable, ne craint point les portes de la mort, reconnaît l’unique Seigneur Jésus-Christ comme à la fois vrai Dieu et vrai Homme, Le croyant également Fils de la Vierge, Lui qui est le Créateur de sa Mère ; né aussi à la fin des temps, bien qu’Il soit le Créateur du temps ; Seigneur de toute puissance et pourtant mortel ; ignorant le péché et pourtant immolé pour les pécheurs selon la ressemblance de la chair pécheresse. »[152]

Ces textes que le docteur a partagés sont une excellente synthèse de la doctrine catholique sur la primauté, dont Léon est compté comme un très important représentant.

Il est important d’observer que Léon considère les deux interprétations de Matthieu 16, 18 comme complémentaires. En un endroit, il dit : « en sorte que quiconque ose se séparer du roc ferme de Pierre puisse comprendre qu’il n’a ni part ni portion dans le mystère divin », ce qui est une reconnaissance directe de Pierre comme le roc (Léon ne rejetait donc pas non plus cette interprétation) ; en un autre endroit, il précise : « Car Pierre reçut cette réponse du Seigneur pour sa confession. » Il affirme aussi que « la solidité de cette foi qui fut louée dans le chef des Apôtres est perpétuelle ; et, comme demeure ce que Pierre crut du Christ, ainsi demeure ce que le Christ institua en Pierre », ce qui est l’affirmation que le Christ a réellement institué en Pierre un ministère impérissable ; et il le précise en un autre endroit : « Car il fut établi avant le reste en telle sorte qu’il fût appelé le Roc, proclamé le Fondement, constitué Portier du Royaume des Cieux. »

Cette fois-ci, il faut saluer le fait que l’apologétique protestante n’ait pas seulement renvoyé aux textes où Léon Ier voit dans la confession de Pierre la pierre sur laquelle l’Église est édifiée, mais aussi à ceux où il se réfère explicitement à Pierre comme à la Pierre, et comme à l’intendant du Royaume des Cieux.

Mais il existe bien d’autres textes de Léon Ier en faveur de la primauté romaine. Il est recommandé de lire en entier l’épître 10 (l’épître déjà citée aux évêques de Vienne), où il enseigne que le Christ plaça la charge principale sur le bienheureux Pierre, le premier de tous les Apôtres, voulant que de lui, comme de la tête, ses dons se répandissent sur tout le corps de l’Église, en sorte que la foi et l’ordre ecclésiastique sont aussi garantis par le Siège de Pierre. Il fonde son interprétation principalement sur les textes Matthieu 16, 16-19, Luc 22, 32 s. et Jean 21, 15-19. Il appelle également Pierre guide de tous les pasteurs[153] et, conscient de sa primauté, il fait observer à l’empereur que celui-ci ne peut faire de Constantinople un siège apostolique.[154]

Autres textes intéressants où Léon Ier manifeste une claire conscience de sa primauté juridictionnelle :

« …afin qu’imitant notre mansuétude, tu nous assistes dans le soin que nous devons principalement à toutes les Églises par institution divine, et que tu puisses, dans une certaine mesure, nous rendre présents en visitant ces provinces éloignées… La connexion de tout le corps nous rend tous sains, tous également beaux, et cette relation, de fait, requiert l’unanimité de tout le corps, mais exige par-dessus tout l’harmonie entre les prêtres.

Et, bien qu’ils aient une dignité commune, ils n’ont pourtant pas le même rang ; car même parmi les bienheureux Apôtres, malgré la similitude de leur état honorable, il y avait une certaine distinction de pouvoir, et, tandis que l’élection de tous est égale, à un seul il fut donné de prendre la direction sur les autres… le soin de l’Église universelle doit converger vers le Siège de Pierre, et en aucun lieu il ne doit être séparé de sa tête. »[155]

« Du monde entier, un seul, Pierre, est choisi pour présider à la convocation de toutes les nations, et à tous les autres Apôtres, et aux Pères de l’Église… Pierre… les gouverne tous, dont le Christ est aussi le principal gouverneur. »[156]

« Le très bienheureux Pierre reçut du Seigneur la primauté des Apôtres, et l’Église de Rome est encore régie par ses institutions. »[157]

Grégoire Ier le Grand (540 – 604 apr. J.-C.)

« Mais puisque ce n’est pas ma cause, mais celle de Dieu ; puisque les lois pieuses, puisque les saints synodes, puisque les commandements mêmes de Notre Seigneur Jésus-Christ sont bouleversés par l’invention d’une certaine phrase orgueilleuse et pompeuse, que le très pieux Seigneur tranche dans la plaie et lie le patient récalcitrant par les chaînes de l’auguste autorité. Car, en liant étroitement ces choses, vous soulagez la république ; et, en tranchant ces choses, vous pourvoyez à l’accroissement de votre règne.

Car il est évident pour tous ceux qui connaissent l’Évangile que, par la voix du Seigneur, le soin de toute l’Église a été confié au saint Apôtre et Prince de tous les Apôtres, Pierre. Car à lui il est dit : “Pierre, m’aimes-tu ? Pais mes brebis.” À lui il est dit : “Voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment ; mais moi, j’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille point. Et toi, une fois revenu, affermis tes frères.” À lui il est dit : “Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Et je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux.”

Voyez : il reçut les clefs du Royaume céleste, et on lui donna le pouvoir de lier et de délier, à lui fut confié le soin et la principauté [principatus] de toute l’Église, et pourtant il n’est pas appelé l’Apôtre universel ; tandis que ce très saint homme, mon compagnon prêtre Jean, cherche à être appelé évêque universel. Je suis contraint de crier et de dire : “Ô temps, ô mœurs !”

Voyez : toutes choses, dans les régions d’Europe, sont livrées au pouvoir des barbares ; les villes sont détruites, les champs ravagés, les provinces dépeuplées ; aucun laboureur n’habite la terre ; les adorateurs des idoles prévalent et dominent pour le massacre des fidèles ; et cependant des prêtres, qui devraient eux-mêmes gésir pleurant sur le sol et dans la cendre, cherchent pour eux-mêmes des noms de vaine gloire et se glorifient de noms nouveaux et profanes.

Est-ce que je défends ma propre cause en cette affaire, très pieux Seigneur ? Est-ce que je me plains d’avoir été maltraité moi-même en particulier ? Non, la cause de Dieu tout-puissant, la cause de l’Église universelle.

Qui est celui qui, contre les ordonnances évangéliques, contre les décrets des canons, présume s’arroger un nom nouveau ? Plût à Dieu qu’il le fît, si cela ne lésait personne — convoiter d’être universel !

Et nous savons bien que beaucoup de prêtres de l’Église de Constantinople sont tombés dans le gouffre de l’hérésie… Si donc quelqu’un, en cette Église, prend pour lui-même ce nom par lequel il se fait la tête de tous les bons, il s’ensuit que l’Église universelle tombe de son piédestal (ce que Dieu ne permette pas) lorsque celui qui est appelé universel tombe. Mais loin des cœurs chrétiens soit ce nom de blasphème, par lequel est ôté l’honneur de tous les prêtres, lorsqu’un seul se l’arroge follement pour lui-même.

En vérité, en honneur de Pierre, Prince des Apôtres, ce nom fut offert par le vénérable synode de Chalcédoine au pontife romain. Mais aucun d’eux n’a jamais consenti à user d’un tel nom de singularité, de peur que, par ce qui est donné de manière particulière à un seul, les prêtres en général ne fussent privés de l’honneur qui leur est dû. Comment se fait-il que nous ne cherchions pas la gloire de ce titre même lorsqu’il nous est offert, et qu’un autre prétende se l’arroger bien qu’il ne lui soit pas offert ? »[158]

Ce texte n’est réellement pas cité pour le présenter comme un rejet par Grégoire Ier de la primauté de Pierre, car, lorsque Grégoire Ier écrit ici que « le soin de toute l’Église a été confié au saint Apôtre et Prince de tous les Apôtres, Pierre », non seulement il réaffirme la primauté de Pierre dans l’Église, mais il réaffirme aussi sa primauté juridictionnelle sur toutes les Églises du monde (de même lorsqu’il dit qu’« à lui fut confié le soin et la principauté de toute l’Église »). Ce texte est cité parce que Grégoire Ier rejette ici le titre d’évêque universel.

Comme cette controverse dépasse le cadre de ce chapitre, une brève référence suffira. Le patriarche de Constantinople s’était approprié le titre d’évêque universel, titre que le Pape avait refusé d’utiliser, bien qu’il reconnût qu’il avait, lui, le droit de s’en servir, ainsi que l’avait proclamé le concile œcuménique de Chalcédoine. C’est pourquoi le Pape affirme que quiconque, en ce siège (Constantinople), s’emparerait par usurpation de ce titre serait un précurseur de l’antichrist.

Pour bien comprendre ce refus, il faut être attentif au sens du titre en litige. Ce que Grégoire rejette — chez Jean de Constantinople et pour lui-même — c’est le titre entendu comme celui d’un évêque unique et exclusif, qui réduirait les autres évêques à n’être que ses délégués. Ce n’est pas la primauté du Siège romain qui est en jeu, primauté que Grégoire lui-même affirme et exerce dans les lettres ici citées ; il refuse le titre pour lui aussi, sans renoncer pour autant à l’autorité qu’il revendique comme successeur de Pierre.

Le Pape n’aurait pas agi de la sorte s’il n’avait été convaincu de sa primauté juridictionnelle, y compris sur le patriarche de Constantinople. À ce sujet, ses déclarations sont des plus explicites, au point d’affirmer que nul ne doute que l’Église de Constantinople est sous la sujétion du Siège apostolique.[159]

Si saint Grégoire le Grand croyait que le Siège apostolique est la tête de toutes les Églises (Ép. 13, 1), que les conciles n’ont ni autorité ni force sans le consentement du Siège apostolique (Ép. 9, 156), que le Pape, comme successeur de Pierre chef des Apôtres, a un droit divin de primauté (Ép. 3, 30), il n’y a aucun sens à soutenir qu’il rejetait la primauté pétrinienne. Et si l’intention, avec ces citations, était de prouver que saint Grégoire le Grand rejetait l’idée que Jésus se référait à Pierre comme à la pierre de Matthieu 16, 18, là aussi elle a échoué.

Autres textes :

« Qui peut ignorer le fait que la sainte Église est consolidée dans la solidité du prince des Apôtres, dont la fermeté de caractère étendit son nom de telle sorte qu’il dût être appelé Pierre, d’après le “roc”, quand la voix de la vérité dit : “Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux.” À lui encore il est dit : “Quand tu seras revenu, sois le soutien de tes frères.” »[160]

« …le Siège apostolique est, par ordre de Dieu, établi au-dessus de toutes les Églises… »[161]

Bède le Vénérable (672 – 735 apr. J.-C.)

« “Tu es Pierre, et sur cette pierre” — dont tu as pris ton nom, c’est-à-dire sur moi-même — “je bâtirai mon Église” ; sur cette perfection de la foi que tu as confessée, je bâtirai mon Église ; et si quelqu’un s’écarte de cette unanimité de confession, bien que lui-même paraisse accomplir de grandes choses, il n’appartient pas à l’édifice de mon Église… Il lui est dit métaphoriquement que l’Église doit être construite sur ce roc, c’est-à-dire sur le Sauveur que tu as confessé, qui a accordé au fidèle confesseur la participation à son nom. »[162]

Même cas, où l’on voit Bède faisant usage d’une interprétation qui ne vise nullement à nier la primauté de Pierre. On omet de nouveau les textes où il la reconnaît explicitement :

« Le bienheureux Pierre reçut de manière spéciale les clefs du Royaume des Cieux et la primauté du pouvoir judiciaire, en sorte que tous les croyants, dans le monde entier, puissent comprendre que tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, s’écartent de l’unité de la foi et de la communion, par exemple, ne peuvent ni être exemptés des conséquences de leurs péchés, ni entrer par la porte du Royaume des Cieux. »[163]

Le texte suivant est une reconnaissance encore plus claire de la primauté pétrinienne :

« Pierre reçut les clefs des cieux comme un signe pour tous les fils de l’Église, en sorte que, s’ils se séparent de la foi qu’il enseigne, ils renoncent à toute espérance d’être absous de leur faute et d’entrer par les portails éternels… Et, moi, je vous le dis : Pierre est le portier, à qui je ne contredirai point, mais j’obéirai à ses décrets en toutes choses, de peur que, lorsque j’arriverai aux portes du ciel, elles ne s’ouvrent pas. »[164]

Il est important de préciser qu’il existe bien d’autres Pères de l’Église dont les témoignages sont tout à fait clairs en faveur de la primauté de Pierre, mais, pour des raisons de longueur, il n’est pas possible de les mentionner tous. Grâce à Dieu, leurs voix s’élèvent du passé pour empêcher que l’histoire ne soit déformée.

Après tout cela, il apparaît tout à fait clairement qu’il est faux de dire que les Pères de l’Église rejetaient la primauté de Pierre, ni même de prétendre que Pierre lui-même fût rejeté comme la Pierre de Matthieu 16, 18.

À ceux qui maîtrisent l’anglais, on recommande les ouvrages spécialisés suivants, qui peuvent être téléchargés gratuitement depuis le site archive.org au format pdf : Joseph Berington, John Kirk, The Faith of Catholics, vol. II, Frederick Pustet & Co., cinquième édition révisée et augmentée.

Colin Lindsay, The Evidence for the Papacy, Londres, Longmans, Green & Co., 1870.

Charles F. B. Allnatt, Cathedra Petri, The Titles and Prerogatives of St. Peter, Londres, Burns & Oates, 1879.

Notes

  1. Concile d’Éphèse, Discours de Philippe, légat du Pontife romain, à la session 3.
  2. Concile de Chalcédoine, Actes du Concile, session 2.
  3. Concile de Chalcédoine, Actes du Concile, session 3.
  4. Citation du Dr Saraví : Tertullien, Sur la Pudeur (De pudicitia), 21 (ANF 4:99).
  5. Citation du Dr Saraví : Contre Marcion, IV, 13 (ANF 3:365).
  6. Tertullien, De praescriptione haereticorum, XXXVI, 2-3. Salvador Vicastillo, Fuentes Patrísticas 14, Tertuliano « Prescripciones » contra todas las herejías, Editorial Ciudad Nueva, Madrid 2001, p. 271.
  7. Tertullien, De praescriptione haereticorum, XXII, 3-4. Ibid., p. 217.
  8. Tertullien, De pudicitia, 21. Johannes Quasten, Patrología I (Patrologie I), Biblioteca de Autores Cristianos 206, cinquième édition, Madrid 1995, p. 631.
  9. Citation du Dr Saraví : Commentaire sur Matthieu, 10 (ANF 10:456).
  10. Citation du Dr Saraví : Origène, Commentaire sur Matthieu, XII, 11 (ANF 10:456).
  11. Origène, In Iesu Nave hom. 3, 5.
  12. Origène, In Psalmos hom. 37, 2, 5.
  13. Origène, De oratione 28.
  14. Origène, Peri Archôn (Des principes), Préface 1-2. Johannes Quasten, Patrología I (Patrologie I), Biblioteca de Autores Cristianos 206, cinquième édition, Madrid 1995, p. 372.
  15. Origène, Commentaire sur Jean 5, 3 ; ANF, vol. X, 347. William A. Jurgens, The Faith of the Early Fathers, vol. I, The Liturgical Press, Minnesota 1970, p. 202.
  16. Origène, In Epist. Ad Rom. lib. v. c. 10, tom. iv. p. 568. Charles F.B. Allnatt, Cathedra Petri, The Titles and Prerogatives of St. Peter, London, Burns & Oates, 1879, p. 16.
  17. Origène, In Exod. hom. V, n. 4, tom. II, p. 145, éd. De la Rue, Migne. Charles F. B. Allnatt, Cathedra Petri, The Titles and Prerogatives of St. Peter, Londres, Burns & Oates, 1879, p. 15-16.
  18. T. III, Comm. in Matth., n. 139, p. 927 (Alib. Tr. 35). Joseph Berington, John Kirk, The Faith of Catholics, vol. II, Frederick Pustet & Co., cinquième édition revue et augmentée, p. 6.
  19. Cyprien, Lettre 26, 1 (ANF 5:305).
  20. Cyprien, Lettre 68, 8 (ANF 5:374).
  21. Cyprien, De l’unité de l’Église, 4-5 (trad. Caminero 4, 404-405).
  22. Cyprien, Ep. lv. Ad Cornel. p. 83. Colin Lindsay, The Evidence for the Papacy, London, Longmans, Green & Co, 1870, p. 22.
  23. Cyprien, Lettre 75, 3.
  24. Cyprien, Lettre 59, 14. Sur la légitimité de l’appel à Rome.
  25. Cyprien, Lettre 59, 9.
  26. Cyprien, Lettre 20.
  27. Johannes Quasten, Patrología I (Patrologie I), Biblioteca de Autores Cristianos 206, cinquième édition, Madrid 1995, p. 670-671.
  28. Citation du Dr Saraví : Démonstrations choisies, 1, 2-6, 13, 19.
  29. Aphraate, Homily 7, 15, De Paenitentibus, éd. Parisot in Patrología Syriaca, vol. 1, col. 335. Michael M. Winter, Saint Peter and the Popes, Baltimore, Helicon, 1960, p. 58.
  30. (Démonstration X, 4). Butler, Dahlgren, Hess, Jesus, Peter & the Keys, Queenship Publishing Company, USA 1996, p. 226.
  31. (Démonstration XXIII). Aphraate, dans S. Herbert Scott, The Eastern Churches and the Papacy, Londres, Sheed & Ward, 1928, p. 60.
  32. Démonstration VII, 15 (dom J. Parisot, Patrologia Syriaca, Aphraatis Demonstrationes).
  33. Éphrem, t. II Syr., LVI, Adv. Haer. Charles F. B. Allnatt, Cathedra Petri, The Titles and Prerogatives of St. Peter, Londres, Burns & Oates, 1879, p. 41.
  34. Éphrem, Homélies 4, 1. William A. Jurgens, The Faith of the Early Fathers, vol. I, The Liturgical Press, Minnesota 1970, p. 311.
  35. Éphrem, Encom. S.S. Petri et Pauli. S. Herbert Scott, The Eastern Churches and the Papacy, Londres, Sheed & Ward, 1928, p. 62-63.
  36. Citation du Dr Saraví : Sermon 1, Sur la Foi, 1, 13.
  37. Jacques de Nisibe, Serm. I, De Fide, n. I, 13. Galland, t. V, p. 9. Charles F. B. Allnatt, Cathedra Petri, The Titles and Prerogatives of St. Peter, Londres, Burns & Oates, 1879, p. 18.
  38. Jacques de Nisibe, Orat. VII, De Paenit., n° 6, p. LVII, Galland, t. V, p. LXXXIV. Colin Lindsay, The Evidence for the Papacy, Londres, Longmans, Green & Co., 1870, p. 27.
  39. Citation du Dr Saraví : Commentaire sur les Éphésiens (PL 17:380).
  40. Ambrosiaster, Comm. in Ep. ad Galat. ii. II, dans Op. S. Ambros. Charles F. B. Allnatt, Cathedra Petri, Londres, Burns & Oates, 1879, p. 33.
  41. Ambrosiaster, Quaestiones 75, ex N. Test., dans l’Appendice de S. Augustin, t. III, 2894. Charles F. B. Allnatt, Cathedra Petri, Londres, Burns & Oates, 1879, p. 43.
  42. Ambrosiaster, Comm. sur les Galates, Migne, Patrologia Latina, vol. 17, col. 344. Michael M. Winter, Saint Peter and the Popes, Baltimore, Helicon, 1960, p. 62.
  43. Ambrosiaster, Comment. in Epist. I ad Tim., inter Op. S. Ambros. Charles F. B. Allnatt, Cathedra Petri, Londres, Burns & Oates, 1879, p. 107.
  44. Citation du Dr Saraví : Commentaire sur les Psaumes (PG 23:173, 176).
  45. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre VI, 25 ; NPNF 2, vol. I, 273.
  46. Ibid., livre VI, 14.
  47. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre II, 14, Simon le mage et Pierre. Paul L. Maier, Eusebio, Historia de la Iglesia (Eusèbe, Histoire de l’Église), Editorial Portavoz, Michigan 1999, p. 72.
  48. Eusèbe, Comm. in Ps. LXIX, t. I, p. 373, Nov. Collect. Joseph Berington, John Kirk, The Faith of Catholics, vol. II, Frederick Pustet & Co., cinquième édition révisée et augmentée, p. 13.
  49. Paul L. Maier, Eusebio, Historia de la Iglesia (Eusèbe, Histoire de l’Église), Editorial Portavoz, Michigan 1999, p. 201.
  50. Citation du Dr Saraví : De la Trinité, VI, 36 (NPNF2 9:111).
  51. Citation du Dr Saraví : De la Trinité, VI, 37 (NPNF2 9:112).
  52. Citation du Dr Saraví : De la Trinité, II, 23 (NPNF2 9:5).
  53. Tiré de La Trinidad (La Trinité), Hilario de Poitiers, VI, 20. Biblioteca de Autores Cristianos 481, p. 280-282.
  54. Ibid.
  55. Hilaire de Poitiers, De la Trinité, VI, 20. Tiré de La Trinidad (La Trinité), Hilario de Poitiers, Biblioteca de Autores Cristianos 481, p. 259.
  56. Comment. in Matth., c. 7, n. 6, p. 701, t. I. Joseph Berington, John Kirk, The Faith of Catholics, vol. II, Frederick Pustet & Co., cinquième édition révisée et augmentée, p. 15.
  57. Tract. in Ps. CXLI, n. 8, p. 603, t. I. Ibid.
  58. Tract. in Ps. CXXXI, n. 4, p. 502-503, t. I. Ibid., p. 14-15.
  59. Comm. in Matth., c. XVI, n. 7, p. 749-750. Joseph Berington, John Kirk, The Faith of Catholics, vol. II, Frederick Pustet & Co., cinquième édition révisée et augmentée, p. 15.
  60. Saint Hilaire de Poitiers, Fragment II, ex opere Historico (ex Epistola Sardic. Concilii ad Julium), n. 9, p. 629.
  61. Citation du Dr Saraví : Quatre lettres à Sérapion, 1, 28.
  62. Athanase, Defence before Constantius 4, NPNF 2, vol. IV, 239.
  63. Concile de Sardique, canon 3.
  64. Athanase, Hist. Arian. ad Monach., 35.
  65. Citation du Dr Saraví : Basile, Commentaire sur le Prophète Isaïe, 2, 66 (PG 30:233).
  66. Basile, Adversus Eunomium 2, 4. Migne, Patrologia Graeca, vol. 29, col. 577. Michael M. Winter, Saint Peter and the Popes, Baltimore, Helicon, 1960, p. 55.
  67. T. II, p. 1, Proem. de Judicio Dei, n. 7, p. 221. Colin Lindsay, The Evidence for the Papacy, Londres, Longmans, Green & Co., 1870, p. 35.
  68. Citation du Dr Saraví : Panégyrique sur saint Étienne (PG 46:733).
  69. Panegyric on St. Stephen, 3 ; Winter, p. 56.
  70. Grégoire de Nazianze (Oration 32, 18 ; Winter, p. 56).
  71. Citation du Dr Saraví : Commentaire sur Luc, VI, 98 (CSEL 32:4).
  72. Ambroise, Commentaire sur les Psaumes, 43, 40 (an 397), dans Giles, p. 145.
  73. T. I, In Ps. XL, n. 30, p. 879-880. Colin Lindsay, The Evidence for the Papacy, Londres, Longmans, Green & Co., 1870, p. 37.
  74. Ambroise, Sermon 4, dans The Great Commentary of Cornelius Lapide, II, Catholic Standard Library, trad. Thomas Mossman, John Hodges & Co., 1887, p. 220, cité dans Michael Malone (éd.), The Apostolic Digest, Irving, TX, Sacred Heart, 1987, p. 248.
  75. Ambroise, De obitu fratris Satyri, 1, 47 ; NPNF 2, vol. X, 168.
  76. Ambroise, Commentaires sur douze psaumes de David, 40, 30 ; Jurgens, II, 150.
  77. Ambroise, Lettre à l’empereur Gratien, Epistula 11, 4 ; Winter, p. 160.
  78. Didyme, De la Trinité, I, I, 30 (PG 39:416).
  79. Citation du Dr Saraví : Panarion, II-III.
  80. Adv. Haereses, p. 500. Colin Lindsay, The Evidence for the Papacy, Longmans, Green and Co., Londres 1870, p. 35-36.
  81. T. II, in Anchor., n. 9, p. 14-15. Ibid., p. 36.
  82. Citation du Dr Saraví : Homélies sur l’Évangile de Jean XXI, 1 (NPNF 14:73).
  83. Citation du Dr Saraví : Homélies sur 1 Corinthiens VIII, v. 11 (NPNF 12:47).
  84. In illud, hoc scitote, n. 4, p. 282. Colin Lindsay, The Evidence for the Papacy, Londres, Longmans, Green & Co., 1870, p. 41.
  85. Chrysostome, Ad eos qui scandalizati sunt, 17, vol. III, 517 [504].
  86. Chrysostome, In illud, Vidi Dominum, 3, vol. VI, 123 [124].
  87. Chrysostome, Hom. Quod frequenter conveniendum sit, 5, vol. XII, 466 [328].
  88. Chrysostome, Contra ludos et theatra, 1, vol. VI, 265 [273].
  89. Chrysostome, Hom. 3 in Matt., 5, vol. VII, 38 [42].
  90. T. II, Hom. III, De Paenitentia, n. 4, p. 300. Colin Lindsay, The Evidence for the Papacy, Longmans, Green and Co., Londres 1870, p. 41.
  91. Chrysostome, Hom. 46 [47] in Matt., 3, vol. VII, 480 [485].
  92. Chrysostome, Hom. 32 in Rom., 4, vol. IX, 672 [750].
  93. Hom. 4 in Acta, 3, vol. IX, 46 [37] ; Hom. 65 [66] in Matt., 4, vol. VII, 622 [648] ; ibid., Hom. 50 [51], 506 [515] ; Hom. 35 in 1 Cor., 5, vol. X, 303 [329] ; Hom. 8 in Acta, 1, vol. IX, 71-72 [64-65].
  94. Chrysostome, Hom. 54 [55] sur Matthieu, VII, 531 [546] seq.
  95. Chrysostome, Hom. 5 de Paen., 2, vol. II, 308 [311].
  96. Chrysostome, Hom. 88 [87] in Ioann., 1, vol. VIII, 477-479 [525-526].
  97. Chrysostome, sur Jean, Homélie 88, Migne, Patrologia Graeca, 59:478 ; Giles, p. 164.
  98. Citation du Dr Saraví : Jérôme, Lettre au Pape Damase, XV, 2 (NPNF2 6:1).
  99. Citation du Dr Saraví : Épître à Marcella XLI, 2 (NPNF2 6:55).
  100. Jérôme, Contre Jovinien I, 26 (NPNF2 6:366).
  101. Jérôme, Commentaire sur Matthieu, sur Mt 7, 25-27.
  102. Jérôme, Épître 65 (à Principia), 15.
  103. Jérôme, Sur Amos, VI, 12-13.
  104. Jérôme, Letters 15 [vers 375 apr. J.-C.], dans Philip Schaff et Henry Wace (éd.), Nicene and Post-Nicene Fathers — Jerome : Letters and Select Works, 2e série, vol. 6, Peabody, MA, Hendrickson, 1994, p. 18.
  105. Ibid., lib. III, Comm. in Matth., PL, t. I, col. 74. Colin Lindsay, The Evidence for the Papacy, Longmans, Green and Co., Londres 1870, p. 40. Également dans Comm. on Matthew III, 16, 18, Migne, Patrologia Latina, vol. 26, col. 117. Michael M. Winter, Saint Peter and the Popes, Baltimore, Helicon, 1960, p. 63.
  106. Jérôme, Letters 16 [385 apr. J.-C.], dans Philip Schaff et Henry Wace (éd.), Nicene and Post-Nicene Fathers — Jerome : Letters and Select Works, 2e série, vol. 6, Peabody, MA, Hendrickson, 1994, p. 55.
  107. Jérôme, Comm. on Jeremias 3, 65, Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum (Vienne), vol. 59, 202 [415 apr. J.-C.]. Michael M. Winter, Saint Peter and the Popes, Baltimore, Helicon, 1960, p. 63.
  108. Citation du Dr Saraví : Commentaire sur le Cantique des cantiques (PG 87 [ii]:1693).
  109. Nil d’Ancyre, Lib. II, Epist. CCLXI, p. 252, Bib. M. XXVI. Charles F. B. Allnatt, Cathedra Petri, The Titles and Prerogatives of St. Peter, Londres, Burns & Oates, 1879, p. 55.
  110. Nil d’Ancyre, Tract. ad Magnam., c. 8, p. 244. Ibid.
  111. Augustin d’Hippone, In Psalms, 104 [103]:16 (418 apr. J.-C.), dans NPNF1, VIII:513.
  112. Augustin d’Hippone, Christian Combat, 31, 33 (397 apr. J.-C.), dans JUR, 3:51.
  113. Augustin d’Hippone, Homilies on John, Tract 11, 5 (417 apr. J.-C.), dans NPNF1, VII:76.
  114. Augustin d’Hippone, In Psalms, 69, 4 [PL 36, 869] (418 apr. J.-C.), dans Butler, 251.
  115. Augustin d’Hippone, Exposition de l’Ép. aux Parthes, 10, 1 | Obras completas de San Agustín, t. XVIII, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid 1959, p. 346-347.
  116. Augustin d’Hippone, Sermon 229 P, 1 | Obras completas de San Agustín, t. XXIV, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid 1983, p. 371.
  117. Augustin d’Hippone, Rétractations (Retractaciones), I, 21, 1 | Obras completas de San Agustín, t. XL, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid 1995, p. 723-724.
  118. Augustin d’Hippone, Sermon 76, 3 | Obras completas de San Agustín, t. X, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid 1983, p. 393.
  119. Augustin d’Hippone, Sermon 76, 4 | Obras completas de San Agustín, t. X, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid 1983, p. 395.
  120. Augustin d’Hippone, Serm. 76, 3.
  121. Augustin d’Hippone, Sur l’Évangile de Jean, Traité 124, 5 | Obras completas de San Agustín, t. XIV, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid 1965, p. 635.
  122. Augustin, Sermon 76, Pierre marche sur les eaux, 1-3 | Obras completas de San Agustín, t. X, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid 1983, p. 392-393.
  123. Augustin d’Hippone, Serm. 120, n. 13.
  124. Augustin d’Hippone. C. ep. Man. 4, 5. | Institut Patristique Augustinien, Patrología, t. III, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid 1981, p. 482-483.
  125. Augustin d’Hippone, Ep. 43, 3, 7.
  126. Concile de Carthage au Pape Innocent Ier.
  127. Concile de Milève au Pape Innocent Ier.
  128. Augustin d’Hippone, Ep. 178, p. 773.
  129. Lettre du Pape Innocent Ier au Concile de Carthage, Ep. 181, dans FC, XII:121-122, 125, 127.
  130. Lettre du Pape Innocent Ier au Concile de Milève, Ep. 182, dans FC, XII:127, 128, 130, 131.
  131. Augustin d’Hippone, Sermo 131, 10, 10.
  132. Augustin d’Hippone, On Original Sin, 7, 8 (418 apr. J.-C.), dans NPNF1, V:239.
  133. Augustin d’Hippone, Against Two Letters of the Pelagians, 3, 5 (420 apr. J.-C.), dans NPNF1, V:393.
  134. Augustin d’Hippone, Against Two Letters of the Pelagians, 4, 6 (420 apr. J.-C.), dans NPNF1, V:394.
  135. Commentaire sur Isaïe IV, 2 (PG 70:940).
  136. Dialogue sur la Trinité IV (PG 75:866).
  137. Cyrille d’Alexandrie, t. IV, Comm. in Joan., p. 131. Colin Lindsay, The Evidence for the Papacy, Londres, Longmans, Green & Co., 1870, p. 50.
  138. Cyrille d’Alexandrie, On the Holy Trinity, Dialogue 4 (PG 75, 865). E. Giles, Documents Illustrating Papal Authority A.D. 96-454, Londres, SPCK, 1952, p. 258.
  139. Cyrille d’Alexandrie, Comm. on Matt., ad loc., Migne, Patrologia Graeca, vol. 72, col. 424. Michael M. Winter, Saint Peter and the Popes, Baltimore, Helicon, 1960, p. 74.
  140. Ibid., l. XII, p. 1064. | Joseph Berington, John Kirk, The Faith of Catholics, vol. II, Frederick Pustet & Co., cinquième édition révisée et augmentée, p. 46.
  141. Cyrille d’Alexandrie, t. V, p. 2, Hom. VIII, De Fest. Pasch., p. 105. Joseph Berington, John Kirk, The Faith of Catholics, vol. II, Frederick Pustet & Co., cinquième édition révisée et augmentée, p. 46.
  142. Citation du Dr Saraví : Épître 146 ; 77 ; Commentaire sur le Cantique des cantiques, II, 14 (NPNF2 3).
  143. Théodoret de Cyr, To Pope Leo, Epistle 113 (449 apr. J.-C.), dans NPNF2, III:293.
  144. Citation du Dr Saraví : Oratio XXV, 4 (PG 85:297-298).
  145. Basile de Séleucie, Oratio XVII, MPG, vol. 85, col. 217. | Michael M. Winter, Saint Peter and the Popes, Baltimore, Helicon, 1960, p. 74.
  146. Basile de Séleucie, Orat. XXV, p. 138. | Joseph Berington, John Kirk, The Faith of Catholics, vol. II, Frederick Pustet & Co., cinquième édition révisée et augmentée, p. 48.
  147. Citation du Dr Saraví : Épître aux évêques de la province de Vienne, X (NPNF2 12:8-9).
  148. Citation du Dr Saraví : Lettre à Flavien, XXVIII, 5 (NPNF2 12:41-42).
  149. Citation du Dr Saraví : Lettre au Synode d’Éphèse XXXIII, 1 (NPNF2 12:47).
  150. Citation du Dr Saraví : Lettre à l’empereur Léon CLVI, 2 (NPNF2 12:100).
  151. Citation du Dr Saraví : Sermon III, 2-3 (NPNF2 12:117).
  152. Citation du Dr Saraví : Sermon sur la Passion, XI, Sermon LXII, 2 (NPNF2 12:174).
  153. Léon Ier, Sermon 4, 2 et 5, 2.
  154. Léon Ier, Ep. 104, 3.
  155. Léon Ier (Letter XIV, To Anastasius, Bishop of Thessalonica, I, XII ; NPNF 2, vol. XII).
  156. Léon Ier, Sermon 4, 2. | William A. Jurgens, The Faith of the Early Fathers, vol. III, The Liturgical Press, Minnesota 1979, p. 275.
  157. Léon Ier, To Dioscorus, Bishop of Alexandria: Letter 9, 1, NPNF 2, vol. III, 7.
  158. Grégoire le Grand, Épître XX à l’empereur Maurice (NPNF 2 12:170-171).
  159. Grégoire le Grand, Ep. 9, 26.
  160. Grégoire le Grand, Ep. 40 ; Winter, p. 66.
  161. Grégoire le Grand, Letter to Subdeacon John ; Register of the Epistles, livre III, Épître XXX ; NPNF 2, vol. XII.
  162. Citation du Dr Saraví : Homélies 23 (PL 94:260).
  163. Bède le Vénérable, Hom. in die SS. Pet. et Paul. | Charles F. B. Allnatt, Cathedra Petri, The Titles and Prerogatives of St. Peter, Londres, Burns & Oates, 1879, p. 36.
  164. Bède, dans Colman Barry, Readings in Church History, Westminster, MD, Newman Press, 1957, vol. 1, 273. Michael Malone, The Apostolic Digest, Irving, TX, Sacred Heart, 1987, p. 243.