Un lecteur demande :
J’ai beaucoup entendu parler, y compris dans certaines publications catholiques, de « contraception d’urgence ». Excusez mon ignorance, mais pouvez-vous m’expliquer de quoi il s’agit ?
Réponse :
Chère Madame,
Le terme « contraception d’urgence » désigne un ensemble de pratiques mises en œuvre pour empêcher une éventuelle grossesse non désirée, dont le mécanisme d’action consiste à contrarier le développement de l’embryon humain une fois que la fécondation a eu lieu. Étant donné qu’on ne peut exclure que l’acte sexuel ait eu lieu plusieurs jours avant l’ovulation, la « contraception d’urgence » peut parfois agir en bloquant l’ovulation, mais il s’agit surtout d’une action directe sur l’embryon, et par conséquent d’une pratique « abortive ».
Le terme « d’urgence » indique que ces pratiques doivent être employées dans un temps immédiatement postérieur à l’acte sexuel présumé fécondant.
Parmi les motivations adoptées par ceux qui soutiennent une telle campagne en faveur de la « contraception d’urgence » figurerait celle de contenir les effets des « échecs » de la contraception dite « ordinaire », et de réduire le pourcentage de femmes qui n’utilisent aucune technique contraceptive et qui recourraient, de ce fait, occasionnellement ou de façon répétée à l’avortement chirurgical comme instrument de contrôle des naissances. Avortement qui, dans certaines situations, est considéré comme dangereux pour la femme.
Cette pratique (abortive) de contrôle des naissances est employée depuis plusieurs années par certains pays d’Europe du Nord et d’Amérique du Nord. Il existe aujourd’hui une campagne acharnée pour la diffuser dans les pays en voie de développement, souvent en profitant de situations de catastrophe (guerre, disette, migrations massives, etc.).
Les formes utilisées aujourd’hui dans la « contraception d’urgence » sont : l’administration répétée de très fortes doses d’œstrogènes, ou de quantités élevées d’une combinaison d’œstrogènes et de progestatifs, ou de progestatifs seuls ; l’administration de danazol ; l’insertion du stérilet ou DIU (dispositif intra-utérin). Dans certains pays, on utilise aussi la mifépristone, mieux connue sous le nom de RU486, qui agit — tout comme le danazol — en empêchant l’implantation de l’embryon fécondé (bien qu’elle agisse également à des périodes plus avancées de la grossesse)[1].
Il est clair que le mécanisme d’action de la « contraception d’urgence » ainsi appelée s’explique, dans la majorité des cas, par le fait d’empêcher qu’un embryon fécondé ne se niche dans la paroi utérine et ne poursuive son développement. On provoque, en d’autres termes, un avortement, c’est-à-dire la mort d’un être humain récemment conçu[2].
C’est pourquoi il est absurde que la littérature spécialisée affirme que la « contraception d’urgence » n’agit pas comme un mécanisme abortif, ou que, grâce à la « contraception d’urgence », le pourcentage des avortements diminue.
On est parvenu à une telle affirmation en considérant que la grossesse commence avec l’implantation de l’embryon dans les parois utérines (donc pas avant le sixième jour, comme limite minimale, et pas après le quatorzième jour, comme limite maximale) ; l’embryon est appelé « pré-embryon » ; et l’avortement n’est considéré comme tel que s’il survient après l’implantation. En conséquence — dit-on — la « contraception d’urgence », si elle agit avant l’implantation, ne provoquerait pas l’avortement d’une grossesse déjà commencée : l’effet serait uniquement d’« empêcher la nidation de l’embryon dans l’utérus ». Cependant, quoi qu’on en dise, la suppression d’une vie humaine à n’importe laquelle de ses phases est un avortement.
Il faut donc redonner à chaque terme sa signification correcte, afin que tous sachent quelle est la réalité que comporte la « contraception d’urgence ». Et cette réalité doit interpeller la conscience de chacun, en particulier des personnels de santé (médecins, infirmières, pharmaciens, etc.) qui doivent être en mesure de présenter une objection de conscience si — au nom de la dignité de la personne — ils ne veulent pas coopérer, par la prescription ou l’administration de tels produits, au meurtre d’individus humains.
Le fait que ces produits puissent avoir, dans certains cas, seulement un effet anovulatoire, ou qu’ils n’aient aucun effet lorsqu’il n’existe pas de fécondation, ne modifie pas le jugement éthique sur une telle pratique. En effet, en recourant à la « contraception d’urgence », on assume volontairement et délibérément le risque de provoquer un avortement. En d’autres termes, si une grossesse survenait, la femme ou le médecin se seraient décidés pour l’avortement.
Bibliographie pour approfondir :
Centre de Bioéthique de l’Università del Sacro Cuore (Rome), Déclaration sur la prétendue « contraception d’urgence » (8/03/1997).
Auteur : P. Miguel Ángel Fuentes
Source : Le théologien répond
Notes
[1] L’administration de fortes doses d’œstrogène, ou d’œstro-progestatifs combinés, ou de progestatifs pendant les 72 heures qui suivent le rapport sexuel présumé fécondant, détermine soit un effet lutéolytique, soit la modification des phases de développement endométrial qui étaient physiologiquement attendues, avec des altérations au niveau cellulaire et/ou enzymatique. En conséquence, la phase de la nidation de l’embryon, éventuellement fécondé, dans les parois utérines ne commence pas, et la grossesse se termine en avortement. Pour donner une idée des fortes doses d’œstrogènes et de progestatifs administrées dans la contraception d’urgence, il suffit de mentionner qu’elles correspondent à la quantité d’hormones qu’une femme prendrait pendant deux ans lorsqu’elle les utilise comme contraceptifs « ordinaires ».
Parmi les effets secondaires de la prise d’œstrogènes et d’œstro-progestatifs, on a relevé : nausées, vomissements, céphalées, métrorragies — plus fréquentes en cas d’utilisation du lévonorgestrel seul —, mais on a également signalé de rares cas d’œdème pulmonaire aigu et une augmentation de l’incidence des grossesses ectopiques. Toutefois, on ne connaît pas encore les effets et les risques à long terme de la « contraception d’urgence » hormonale, surtout dans le cas où elle est utilisée plus d’une fois au cours de la vie fertile d’une femme.
[2] Des études menées sur des femmes auxquelles on a administré des œstrogènes et des progestatifs combinés à l’imminence de l’ovulation ont également démontré l’inhibition de la libération de l’ovocyte : cet effet, plus proprement « contraceptif », non prévisible dans les modalités habituelles d’administration du produit, n’est présent que dans 20 % des cas.